L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 88)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ensemble de louanges à la gloire de saint Jean, par une Séquence du moyen âge des Eglises d'Occident, que nous emprunterons au recueil de l'abbaye de Saint-Gall. Elle est de la composition de Notker, et a été, piendant de longs siècles, en usage dans nos Missels Romains-Français.

C'est toi qui. par son amour, as laissé dans ta barque ton père selon la chair ;

Toi qui, pour suivre le Messie, as dédaigné le cœur d'une jeune épouse;

Toi qui méritas de goûter les eaux sacrées qui jaillissent du cœur de ce Messie ;

Toi qui, sur cette terre, as contemplé la gloire du Fils de Dieu :

Cette gloire qu'il n'est donné devoir, et nous le croyons ainsi, qu'aux seuls Saints dans la vie éternelle.

C'est toi que le Christ, sur sa croix triomphale, donna pour gardien à sa Mère.

Quas solum sanctis In vita creditur Contuenda esse perenni.

Tute carcere Flagrisque fractus, Testimonio proChristo Es gavisus.

Idemmortuos suscitas. InqueJesu nomine Venenum forte vincis.

Tibi summus tacitum Prae caeteris Verbum suum Pater révélât, Tu nos omnes Sedulis precibus Apud Deum

Captif dans un cachot, brisé parles fouets, tu t'es réjoui de rendre témoignage #u Christ.

C'est encore toi qui ressus* citas les morts, et qui, par le nom de Jésus, as vaincu le poison.

A toi, le Père suprême révèle son Verbe caché, plus qu'aux autres mortels.

Toi donc, par d'assidues prières, recommande-nous tous à Dieu,

Disciple chéri de l'Enfant qui nous est né, combien votre félicité est grande! combien admirable est la récompense de votre amour et de votre virginité ! En vous s'est accomplie la parole du Maître : Heureux ceux dont le cœur est pur, car ils verront Dieu. Et non seulement vous l'avez vu, ce Dieu-Homme, mais vous avez été son Ami, vous avez reposé sur son cœur. Jean-Baptiste tremble d'étendre sa main pour plonger dans le Jourdain sa tète divine ; Madeleine, assurée par lui-môme d'un pardon immense comme son

amour, n'ose lever la tète, et s'arrête à ses pieds ; Thomas attend son ordre pour oser mettre son doigt dans les cicatrices de seà plaies; et vous, en présence de tout le Collège Apostolique, vous prenez auprès de lui la place d'honneur, vous appuyez votre tête mortelle sur son sein. Et non seulement vous jouissez de la vue et de la possession de ce Fils de Dieu dans la chair ; mais, parce que votre cœur est pur, vous volez avec la rapidité de l'aigle, et vous tixez d'un re< gard assuré le Soleil de justice, au sein même de cette lumière inaccessible qu'il habite éternellement avec le Père et l'EspritSaint.

Tel est donc le prix de la fidélité que vous lui avez montrée en conservant pour lui, pur de toute atteinte, le précieux trésor de la chasteté. Souvenez-vous de nous, ô vous le favori du grand Roi ! Aujourd'hui, nous confessons la divinité de ce Verbe immortel que vous nous avez fait connaître ; mais nous voudrions aussi approcher de lui, dans ces jours où il se montre si accessible, si humble, si plein d'amour, sous les livrées de l'enfance et de la pauvreté. Hélas ! nos péchés nous retiennent ; notre cœur n'est pas pur, comme le vôtre ; nous avons besoin d'un protecteur qui nous introduise à la crèche de notre Maître. (Isai. i, 3.) Pour jouir de ce bonheur, ô bien-aimé de l'Emmanuel, nous espérons en vous. Vous nous avez dévoilé la divinité du Verbe dans le sein du Père; conduisez-nous en présence du Verbe fait chair. Que par vous nous puissions entrerdans l'étable, nous arrêter auprès de la crèche,

voir Je nos yeux toucher de nos mains le doux fruit de' la vie éternelle Qu'il nous soit donné de contempler les traits si pleins de charmes de celui qui est notre Sauveur et votre Ami, d'entendre les battements de ce cœur qui vous a aimé et qui nous aime ; de ce cœur qui, sous vos yeux, fut ouvert par le fer de la lance, sur la croix. Obtenez que nous demeurions près de ce berceau, que nous ayons part aux faveurs du céleste Enfant, que nous imitions comme vous sa simplicité.

Enfin, ô vous qui êtes le fils et le gardien de Marie, présentez-nous à votre Mère qui est aussi la nôtre. Qu'elle daigne, à votre prière, nous communiquer quelque chose de cette tendresse avec laquelle elle veille près du berceau de son divin Fils ; qu'elle voie en nous les frères de ce Jésus que ses flancs ont porté, qu'elle nous associe à l'affection maternelle qu'elle a ressentie pour vous, heureux dépositaire des secrets et des affections de l'Homme-Dieu.

Nous vous recommandons aussi l'Eglise de Dieu, 6 saint Apôtre ! Vous l'avez plantée, vous l'avez arrosée, vous l'avez embaumée de la céleste odeur de vos vertus, vous l'avez illuminée de vos divins enseignements ; priez maintenant que toutes ces grâces qui sont venues par vous, fructifient jusqu'au dernier jour; que la foi brille d'un nouvel éclat, que l'amour du Christ se ranime dans les cœurs, que les mœurs chrétiennes s'épurent et refleurissent, et que le Sauveur des hommes, quand il nous dit, par les paroles de votre Evangile : Vous n'êtes plus mes serviteurs,

mais mes amis, entende sortir de nos bouches et de nos cœurs une réponse d'amour et de courage qui l'assure que nous le suivrons partout, comme vous l'avez suivi.

Ç^ onsidérons le sommeil de l'Enfant Jésus, ^ dans ce troisième jour de sa naissance. Admirons ce Dieu de bonté descendu du ciel pour inviter tous les hommes à chercher entre ses bras le repos de leurs âmes, se soumettant à prendre son propre repos dans leur demeure terrestre, et sanctifiant par ce divin sommeil la nécessité que nous impose la nature. Tout à l'heure nous nous plaisions à le contempler offrant sur sa poitrine un lieu de repos à saint Jean et à toutes les âmes qui voudront l'imiter dans sa pureté et dans son amour ; maintenant nous le voyons luimême endormi doucement dans son humble couchette, ou sur le sein de sa Mère.

Saint Alphonse de Liguori, dans un de ses délicieux cantiques, célèbre ainsi le sommeil du divin Enfant et la tendresse de la ViergeMère :

« Les cieux ont suspendu leur douce har<■< monie, lorsque Marie a chanté pour en« dormir Jésus. — De sa voix divine, la « Vierge de beauté, plus brillante qu'une « étoile, disait ainsi : — Mon fils, mon Dieu, « mon cher trésor, tu dors; et moi je meurs « d'amour pour ta beauté. — Dans ton som« meil, ô mon bien, tu ne regardes pas ta « mère ; mais l'air que tu respires est du feu « pour moi. — Tes yeux fermés me pénèXXVII Décembre.

« trent de leurs traits; que sera-ce de moi « quand tu les ouvriras? — Tes joues de rose « ravissent mon cœur ! O Dieu ! mon âme « se meurt pour toi. — Tes lèvres charman« tes attirent mon baiser; pardonne, ô chéri, « je n'en puis plus. — Elle se tait, et pres« sant l'enfant sur son sein, elle dépose un « baiser sur son divin visage. — Mais l'ente fant aimé se réveille; et de ses beaux yeux « pleins d'amour, il regarde sa mère. — O « Dieu ! pour la mère, ces yeux, ces regards, « quel trait d'amour qui blesse et traverse « son cœur ! — Et toi, mon âme, si dure, tu « ne languis pas à ton tour, en voyant Marie « languir de tendresse pour son Jésus ? — « Divines beautés, je vous ai aimées tard, « mais désormais je brûlerai pour vous sans « fin. — Le Fils et la Mère, la Mère avec le « Fils, la rose avec le lis, ont pour jamais « tous mes amours 1. »

l . Fermarono i cieli La loro armonia, Cantando Maria La nanna a Gesù.

Con voce divina La Yirgine bella. Pin vaga che Stella, Diceva cosi :

Mio figlio, mio Dio, Mio caro tesoro. Tu dormi, ed io moro Per tanta beltà.

Cogli occhi serraù Voi pur mi ferite ; Or quando li aprite,

Tous les livres