L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 90)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Lacté fluunt ubera Cum pudoris lilio ; Membra foves tenera.

Réjouissez-vous, ViergeMère, de votre joyeux enfantement, vous dont les chastes entrailles devenues fécondes ont conçu un Fils.

Vos mamelles distillent le lait, sous le lis de la pudeur ; Vierge, vous nourrissez d'un

Le Fils unique du Père, par qui il a fait les siècles, habite ici-bas dans l'humanité, soumis à une Mère pauvre.

Au ciel, il repaît d'allégresse les saints Anges; ici, il a soif, il a faim, dès son enfance.

Au ciel, il régit toutes choses ; ici, il est conduit parune Mère. Au ciel, ii donne les empires ; ici, il se soumet à sa servante.

Au ciel, il réside sur le trône suprême; ici, lié de bandelettes, il vagit dans une crèche.

O homme ! considère, rappelle à ta mémoire combien grandes sont les oeuvres de la divine clémence.

Ne désespères pas du pardon, si tu as beaucoup péché, quand tu vois les merveilles d'un tel amour.

Fuis sous la protection de la Mère, l'instrument de ton pardon : car elle tient entre ses bras la source de miséricorde.

Salue-la bien souvent, dans l'espoir et la confiance ; fléVirgo, lacté propri

Patris Unigenitus. Per quem fecit saecula Hic degit humanitus, Sub Matre paupercuh

Ibi sanctos reficit, Angelos laetitia : Hic sitit et esurit Degens ab infantia.

Ibi régit omnia. Hic a* matre regitur : Ibi dat imperia, Hic ancillas subditur.

Ibi summi culminis Residet in solio ; Hic ligatus fasciis Vagit in praesepio.

O homo ! considéra. Revocans mémorise, Quanta sint haec opéra Divins clementiaî.

Non desperes venian. Si multum deliqueris, Ubi tôt insignia Charitatis videris^

Sub matris refugio Fuge, causa veniae : Nam tenet in gremio Fontem indulgentiae.

Quondam flenti crymas Sedahas uberibus : Nunc iratum mitigas Pro nostris excessibus

Jesu, lapsos respice, Pire Matris precibus ; Emendatos effice Dignos cœli civibus. Amen.

Autrefois, quand il pleurait, vous lui présentiez votre sein, et ses larmes s'arrêtaient ; aujourd'hui, apaisezle. irrité par nos péchés.

Jésus ! nous sommes tombés ! tournez vers nous vos regards : prar les prières d'une Mère si tendre, amendez-nous, et rendez-nous dignes citoyens du ciel. Amen.

la fête du Disciple bien-aimé succède la solennité des saints Innocents ; et le berceau de l'E- mmanuel, auprès duquel nous avons vénéré le Prince des Martvrs et l'Aigle de Pathmos, nous apparaît aujourd'hui environné d'une troupe gracieuse de petits enfants, vêtus de robe blanches comme la neige, et tenant en main des palmes verdoyantes Le divin Enfant leur sourit ; il est leur Roi, et toute cette petite cour sourit aussi à l'Eglise de Dieu. La force et la fidélité nous ont introduits auprès du Rédempteur; l'innocence aujourd'hui nous convie à rester près de la crèche.

Hérode a voulu envelopper le Fils de Dieu même dans un immense massacre d'enfants ; Bethléhem a entendu les lamentations des mères ; le sang des nouveau-nés a inondé toute la contrée ; mais tous ces efforts de la tyrannie n'ont pu atteindre l'Emmanuel ; ils n'ont fait que préparer pour l'armée du ciel une nombreuse recrue de Martyrs. Ces enfants ont eu l'insigne honneur d'être immolés pour le Sauveur du monde ; mais le moment qui a suivi leur immolation leur a révélé tout à coup des joies futures et prochaines, bien au-dessus de celles d'un monde qu'ils ont traversé sans le connaître. Le Dieu riche en miséricordes n'a pas demandé d'eux autre chose qu'une souffrance de quelques instants ; et ils se sont réveillés au sein d'Abraham, francs et libres de toute autre épreuve, purs de toute souillure mondaine, appelés au triomphe comme le guerrier qui a donné sa vie pour sauver celle de son chef.

Leur mort est donc un Martyre, et c'est pourquoi l'Eglise les honore du beau nom de Fleurs des Martyrs, à cause de leur âge tendre et de leur innocence. Ils ont donc droit de figurer aujourd'hui sur le Cycle, à la suite des deux vaillants champions du Christ que nous avons célébrés. Saint Bernard, dans son sermon sur cette fête, explique admirablement l'enchaînement de ces trois solennités : « Nous avons, dit-il, dans « le bienheureux Etienne , l'œuvre et la « volonté du Martyre ; dans le bienheureux « Jean, nous remarquons seulement la voo lonté du Martyre ; et dans les bienheu<■ reux Innocents, l'œuvre seule du Martyre.

Mais qui doutera, néanmoins, de la couce ronne obtenue par ces enfants ? Deman" derez-vous où sont leurs mérites pour cette « couronne i Demandez plutôt à Hérode le « crime qu'ils ont commis pour être ainsi t>, moissonnés ? La bonté du Christ sera-t-elle

« vaincue par la cruauté d'Hérode ? Ce roi « impie a pu mettre à mort des enfants inno« cents ; et le Christ ne pourrait couronner et ceux qui ne sont morts qu'à cause de lui ?

« Etienne aura donc été Martyr aux yeux « des hommes qui ont été témoins de sa « Passion subie volontairement, jusque-là « qu'il priait pour ses persécuteurs, se « montrant plus sensible à leur crime qu'à « ses propres blessures. Jean aura donc été « Martyr aux yeux des Anges qui, étant « créatures spirituelles, ont vu les disposi« tions de son âme. Certes, ceux-là aussi « auront été vos Martyrs, 6 Dieu ! dans les« quels ni l'homme, ni l'Ange n'ont pu, il est « vrai, découvrir de mérite, mais que la « faveur singulière de votre grâce s'est chargée « d'enrichir. C'est de la bouche des nouveau« nés et des enfants à la mamelle que vous vous « êtes plu à faire sortir votre louange. Quelle « est cette louange ? Les Anges ont chanté : « Gloire à Dieu, au plus haut des deux ; et. sur « la terre, paix aux hommes de bonne volonté ! « C'est là, sans doute, une louange sublime ; « mais elle ne sera complète que lorsque celui « qui doit venir aura dit : Laisse^ venir à moi « les petits enfants ; car le Royaume des deux « est à ceux qui leur ressemblent ; paix aux « hommes, même à ceux qui n'ont pas l'usage « de leur volonté : tel est le mystère de ma « miséricorde. »

Dieu a daigné faire pour les Innocents immolés à cause de son Fils ce qu'il fait tous les jours par le sacrement de la régénération, si souvent appliqué à des enfants que la mort enlève dès les premières heures de

la vie ; et nous, baptisés dans l'eau, nous devons rendre gloire à ces nouveau-nés, baptisés dans leur sang, et associés à tous les mystères de l'enfance de Jésus-Christ. Nous devons aussi les féliciter, avec l'Eglise, de l'innocence que cette mort glorieuse et prématurée leur a conservée. Punfiés d'abord par le rite sacré qui, avant l'institution du Baptême, enlevait la tache originelle, visités antérieurement par une grâce spéciale qui les prépara à l'immolation glorieuse pour laquelle ils étaient destinés, "ils ont habité cette terre, et ils ne s'y sont point souillés Que la société de ces tendres agneaux soit donc à jamais avec l'Agneau sans tache ! et que ce monde, vieilli dans le péché, mérite miséricorde en s'associant, par ses acclamations, au triomphe de ces élus de la terre qui, semblables à la colombe de l'arche, n'y ont pas trouvé où poser leurs pieds !

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