L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 91)
Néanmoins, dans cette allégresse du ciel et de la terre, la sainte Eglise Romaine ne perd pas de vue la désolation des mères qui virent ainsi arracher de leur sein, et immoler par le glaive des soldats ces gages chéris de leur tendresse. Elle a recueifli le cri de Rachel, et ne cherche point à la consoler, si ce n'est en compatissant à son affliction. Pour honorer cette maternelle douleur, elle consent à suspendre aujourd'hui une partie des manifestations de la joie qui inonde son cœur durant cette Octave du Christ naissant. Elle n'ose revêtir dans ses vêtements sacrés la couleur de pourpre des Martyrs, pour ne pas rappeler trop vivement ce sang qui jaillit jusque sur le sein des mères ; efle s'interdit
même la couleur blanche, qui marque l'allégresse et va mal à de si poignantes douleurs. Elle revêt la couleur violette, qui est celle du deuil et des regrets. Aujourd'hui même, si la fête ne tombe pas le Dimanche, elle va jusqu'à suspendre le chant du Gloria in excelsis, qui pourtant lui est si cher en ces jours où les Anges l'ont entonné sur la terre; elle renonce au joyeux Alléluia, dans la célébration du Sacrifice; enfin elle se montre, comme toujours, inspirée par cette délicatesse sublime et chrétienne dont la sainte Liturgie est une si merveilleuse école.
Mais, après cet hommage rendu à la tendresse maternelle de Rachel, et qui répand sur tout l'Office des saints Innocents une touchante mélancolie, elle ne perd pas de vue la gloire dont jouissent ces bienheureux enfants ; et elle consacre à leur solennelle mémoire une Octave entière, comme elle l'a fait pour saint Etienne et pour saint Jean. Dans ses Cathédrales et ses Collégiales, elle honore aussi, en ce jour, les enfants qu'elle appelle à joindre leurs voix innocentes à celles des prêtres et des autres ministres sacrés. Elle leur accorde de gracieuses distinctions, jusque dans le chœur même ; elle jouit de l'allégresse naïve de ces jeunes coopérateurs qu'elle emploie à rehausser ses pompes mystérieuses ; en eux, elle rend gloire au Christ Enfant, et à l'innocente cohorte des tendres rejetons de Rachel.
A Rome, la Station qui, le jour de saint Etienne, s'est tenue dans l'Eglise de ce premier des Martyrs, sur le Mont Cœlius, et le
jour de saint Jean, dans la Basilique de SaintJean-de-Latran, où le Disciple bien-aimé partage les honneurs de Jean le Précurseur, a lieu aujourd'hui dans la Basilique de SaintPaul-hors-les Murs, dont le trésor se glorifie de posséder plusieurs des corps des saints Innocents. Au xvie siècle, Sixte-Quint en enleva une partie, pour les placer dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, près de la Crèche du Sauveur.
La sainte Eglise exalte la sagesse de Dieu, qui a su déjouer les calculs de la politique d'Hérode, et tirer sa gloire de la cruelle immolation des enfants de Bethléhem, en les élevant à la dignité de Martyrs du Christ, dont ils célèbrent les grandeurs dans une reconnaissance éternelle.
Vous avez tiré, ô Dieu ! votre louange de la bouche des nouveau-nas et des enfants à !a mamelle, pour confondre vos ennemis.
Ps. Que votre Nom est admirable par toute la terre. Seigneur notre Dieu ! Gloire au Père. Vous avez tiré.
Dans la Collecte, l'Eglise demande que ses fidèles confessent à leur tour la foi de JésusChrist par leurs œuvres. Autre est le témoignage des enfants qui ne parlent qu'en soutEx ore infantium Deus, et lactentium, perfecisti laudem propter inimicos tuos.
Ps. Domine, Dominus noster, quam admirabile est Nomen tuum in universa terra ! Gloria. Ex
frant ; autre est le témoignage du chrétien parvenu à l'âge de raison, et auquel la foi a été donnée pour qu'il la confesse devant les tyrans, s'il s'en élève; mais toujours devant le monde et les passions. Nul n'a été appelé au divin caractère du chrétien pour en garder le secret.
ODieu ! dont les Innocents Martyrs ont confessé aujourd'hui la gloire, non par leurs paroles, mais par leur mort ; mortifiez en nous les passions et les vices, afin que votre foi que notre langue publie, soit aussi confessée par nos mœurs. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Deus, cujus hodierna die praeconium Innocentes Martyres nr>a loquendo, sed moriendo confessi sunt : omnia in nobis vitiorum mala mortifica, ut fide.i tuam, quam lingua nostra loquitur , etiam moribus vita fateatur. Per Dominum nostrum. Amen.
Faites, s'il vous plaît, Dieu tout-puissant, que la nouvelle Naissance de votre Fils unique nous délivre, nous qu'une antique servitude retient sous le joug du péché.
CONCEDE , quajsumus omnipotens Deus ; ut nos Unigeniti tui nova per carnem Nativitas liberet, quos sub peccati jugo vetusta servitus tenet.
/\ plaît, Seigneur, d'imiter ce que nous honorons, afin que nous apprenions à aimer nos ennemis , puisque nous célébrons la solennité de celui qui a su implorer même pour ses persécuteurs, Jésus-Christ notre Seigneur votre Fils.
DA nobis, quaesumus Domine, imitari quod colimus : ut discamus et inimicos diligere; quia eius natalitia celebramus, qui novit etiam pro persecutoribus exorare Dominum nostrum Jesum Christum.
ECCLES1AM tuam, Domine, benignus illustra : ut beati Johannis. Apostoli tui et Evangelistae. illuminata doctrinis, ad dona perveniat sempiterna Per Dominum.
Répandez, Seigneur, dans votre bonté, votre lumière »ur votre Eglise, afin qu'étant illuminée par le> enseifnements du bienheureux ean, votre Apôtre et Evangéhste. elle parvienne aux don^ éternels.^ Par JésusChrist, notre Seigneur.
Lectio Libri Apocalypsis beati Johannis Apostoli. Cap. xiv IN diebus illis Vidi supra montem Sion Agnum stantem. et cum eo centum quadraginta quatuor millia. habentes nomen ejus, et nomen Patris ejus scriotum in frontibus suis. Et audivi vocetn de cœlo, tamquam vocem aquarum multarum. et tamquam vocem tonitrui magni ; et vocem quam audivi, sicut cithara?dorum citharizantium in citharis suis Et canta bant quasi canticum novum ante sedem. et ante quatuor animalia et seniores , et nemo poterat dicere canticum. nisi illa centum quadraginta quatuor millia, qui empti sunt de terra. Hi sunt qui cum mulieribus non
Lecture du Livre de l'Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap xiv
EN ces jours-là, je vis l'A- gneau qui était debout sur ia montagne de Sion, et avec lui cent quarante-quatre mille personnes qui avaient son nom et celui de son Père écrits sur leurs fronts. Et j'entendis une voix du ciel, comme la voix des grandes eaux, et comme la voix d'un grand tonnerre. Et la voix que j'entendis était comme le son de plusieurs harpes touchées par un chœurde musiciens Et ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône de Dieu et les quatre animaux et les vieillards ; et nul ne pouvait chanter ce cantique, que ces cent quarante-quatre mille qui ont été rachetés de la terre. Ce sont ceux-là qui ne se sont pas souillés avec les
femmes ; car ils sont vierges. Ceux-là suivent l'Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d'entre les hommes, pour être les prémices offertes à Dieu et à l'Agneau : et le mensonge ne s'est pas trouvé dans leur bouche ; car Hs sont sans tache devant le trône de Dieu.
sunt comquinati : virgines enim sunt. Hi sequuntur Agnum quocumque ierit. Hi empti sunt ex hominibus. primitiae Deo et Agno. et in ore eorum non est inventum mendacium : sine macula enim sunt ante thronum Dei.
Par le choix de ce passage mystérieux de l'Apocalypse, l'Eglise nous montre l'estime qu'elle fait de l'innocence, et l'idée que nous en devons avoir. Les Innocents suivent l'Agneau, parce qu'ils sont purs. Leurs œuvres personnelles sur la terre n'ont pas frappé les regards, mais ils ont traversé rapidement la voie de ce monde, sans avoir été atteints de ses souillures. Moins éprouvée que celle de Jean, leur pureté, empourprée de leur sang, n'en a pas moins attiré les regards de l'Agneau; et ils lui sont donnés pour compagnie. Que le chrétien donc soupire après cette innocence qui mérite de si hautes distinctions. S'il l'a conservée, qu'il la garde et la défende avec la jalousie qu'on meta veiller sur un trésor; s'il l'a perdue, qu'il la répare
Far les labeurs de la pénitence; et quand il aura recouvrée, qu'il réalise la parole du Maître qui a dit : « Celui qui a été lavé est pur désormais. » (Johan. xm, 10.)
Dans le Graduel, les Innocents bénissent le Seigneur qui a brisé pour eux le filet dans lequel le monde les voulait tenir captifs. Comme le passereau ils se sont envolés; et
leur irol rapide, que rien n'appesantissait, les a portés jusqu'au ciel.
Le Trait exhale l'indignation de Rachel sur la cruauté d'Hérode et de ses soldats. Il appelle la vengeance céleste qui ne manqua pas d'éclater contre cette ignoble famille de tyrans.
nima nostra , sicut fi passer, erepta est de raq".eo venantium