L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 94)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

xiITsermo inter fratres , quod discipulus ille non moritur : et non dixit Jésus : Non moritur ; sed :

point; mais: Je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne.

Daignez, Seigneur . dans votre bonté, répandre la lumière sur votre Eglise, afin qu'étant illuminée par les enseignements du bienheureux Jean, votre Apôtre et Evangéliste, elle parvienne à la possession des dons éternels. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Ecclesiam tuam, Domine, benignus illustra : ut beati Johannis, Apostoli tui et Evangelista?, illuminata doctrinis ad dona perveniat sempiterna. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Nous écouterons maintenant les diverses Eglises célébrant le triomphe des saints Innocents, dans des chants pleins de mélodie et de mystères. L'Eglise de Milan, dans son Missel Ambrosien, nous fournira d'abord cette belle Préface qui se trouve aussi au Sacramentaire Léonien.

C'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre gloire, Père tout-puissant , dans la mort précieuse des enfants que la barbarie farouche du

Vere dignum et justum est, aequum et salutare : nos in pretiosa morte parvulorum te, sancte Pater omnipotens, gloriosius collaudare: quos

propter Filii tui Domini nostri Salvatoris infantiam immani saevitia Herodes funestus occidit : immensa clementias tua; dona cognoscimus. Fulget namque sola magis gratia, quam voluntas : et clara est prius confessio. quam loquela. Ante Passio, quam membra Passionis existèrent : testes Christi, qui ejus nondum fuerant agnitores. O infinita benignitas Omnipotentis : cum pro suo nomine trucidatis , etiam nescientibus, aeternae meritum gloriae perire non patitur ; sed proprio cruore perfusis et salus regenerationis expletur, et imputatur corona martyrii !

cruel Hérode a massacrés , à l'occasion de l'enfance de notre Seigneur et .Sauveur votre Fils; car vous nous y avez manifesté l'immensité des dons de votre clémence. En effet, votre grâce brille en eux plus que leur volonté; et leur confession éclate déjà quand leur bouche n'a pas parlé encore; leur Passion précède le développement des membres dans lesquels ils l'ont soufferte; ils rendent témoignage au Christ, avant même de l'avoir reconnu. O bénignité infinie, qui ne veut pas frustrar du mérite de la gloire ceux qui, pour son nom, furent immolés, et qui ne le surent pas : en sorte que, par l'effusion de leur sang, le salut de la régénération leur est octroyé, et en même temps, leur est imputée la couronne du martyre !

Le Missel Mozarabe nous donnera la pièce suivante, pleine d'onction et d'éloquence :

DIGNUM et justum est : vere dignum et justum est, nos tibi semper et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens, aeterncDeus, pro his praecipue, quorum hodierno die anmia festivitate recolentes meC'est une chose digne et juste, oui vraiment digne et juste, que nous vous rendions grâces toujours et en tous lieux. Seigneur saint, Père tout-puissant , Dieu éternel, principalement pour ceux dont nous célébrons aujourd'hui la Passion dans une

solennité annuelle. Ce sont ceux que le satellite d'Hérode a arrachés des mamelles des mères qui les allaitaient. Ils sont appelés à bon droit fleurs des Martyrs, ceux qui . au milieu du froid de l'infidélité, ont éclr.té comme les premières perles de l'Eglise, et sont tombés sous le vent glacé de la persécution ; dont le sang a coulé comme une source, dans la cité de Bethléhem. Ils sont enfants, car l'âge leur refusait la parole; cependant ils firent entendre avec joie la louange du Seigneur. Ils prêchent, immolés, celui que vivants ils ne pouvaient annoncer. Ils parlent Car leur sang, quand leur ingue se tait encore ; et le martyre initie à la louange ceux dont la bouche ne pouvait encore parler. Le Christ enfant envoie au ciel, avant lui, des enfants ; il transmet à son Père des gages nouveaux ; il lui consacre, pour prémices, un premier martyre d'enfants, accompli par le forfait d'Hérode. L'ennemi rend service à leurs corps, au moment même où il les immole : il les égorge, et la vie sort de cette mort ; en tombant, ils ressuscitent ; leur victoire se prouve par leur trépas.

Nous devons au vénérable Bède la tou« chante et mélodieuse Hymne qui suit :

moriam Passionis celebramus : quos Herodianus satelles lactantum matrum uberibus abstraxit. Qui jure dicuntur Martyrum flores : qui in medio frigore infidelitatis exorti, velut primas erumpentes Ecclesise gemmas quasdam persécutions pruina discussit, rutilante fonte in Bethléhem civitate. Infantes enim quia aetate loqui non poterant, laudem Dominicum gaudio resonabant. Occisi praedicant : quod vivi non poterant. Loquuntur sanguine quod lingua nequiverunt. Contulit his Martyrium laudem; quibus abnegaverat lingua sermonem. Pra;mittit infantes Infans Christus ad cœlos ; transmittit nova xenia Patri ; primitias exhibet Genitori parvulorum prima rxrarfyria, Herodis scelere perpetrata. Prasstat hostis corpori ; dum nocet , beneficium tribuit ; dum occidit,moriendovivitur: cadendo resurgitur Victoria per interitum comprobatur.

T pMNUM canentes MarDicamus Innocentium, Quos terra flendo perdidit, Gaudens sed aethra suscipit.

Vultum Patris per sœ- cula, Quorum tuentur Angeli, Ejusque laudant gratiam, Hymnum canentes Martyr um.

Quos rex peremit im plus, Pius sed Auctor colligit, Secum beatos collocans, In luce regni perpetis.

Bimos et infra parvulos, Herodis ira perculit ; Finesque Bethlemiticos, Sancto respersit sanguine.

Praîclara Christo splenduit Mors innocens fidelium : Cœlis ferebant Angeli Bimos et infra parvulos.

Cantons l'hymne des Martyrs ; célébrons les Innocents, que la terre, avec tristesse, a vus périr, que le ciel joyeux a reçus.

Leurs Anges contemplent à jamais la face du Père céleste : .ils célèbrent le miracle de sa grâce, chantant l'hymne des Martyrs.

Un roi impie les a moissonnés ; leur Créateur les a recueillis dans sa bouté; il les a placés avec lui dans la félicité , dans la lumière du royaume éternel.

Celui qui donne à ses élus chacun leur demeure dans la maison de son Père, leur a assigné un rang sublime : un roi impie les a moissonnés.

Enfants de deux ans et audessous, la fureur d'Hérode les a immolés ; d'un sang pur elle a inondé toute la contrée de Bethléhem.

La mort innocente de ces fidèles a resplendi autour du Christ ; les Anges les emportaient aux cieux. enfants de deux ans et au-dessous.

Une voix retentit dans Rama, des lamentations, un deuil immense : Rachel, baignée dans ses larmes , a pleuré ses fils.

Ils jouissent d'un triomphe éternel , eux qui ont vaincu les tourments, et sur leurs douleurs gémissante, une voix retentit dans Rama.

Ne crains rien, petit troupeau, des dents perfides du lion : le bon Pasteur te donnera les pâturages célestes.

Tu suivras, d'un pas pudiÎue, le candide Agneau de >ieu ; des rnains impies du larron, ne crains rien, petit troupeau.

Il essuiera toutes les larmes, le Père, de vos visages ; la mort ne vous nuira plus, vous êtes entrés dans les murs delà Cité de la vie.

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