L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 97)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

gneur qui vous choisissait ainsi, entre tant de milliers d'autres enfants, pour honorer par votre immolation le berceau de son Fils ! La couronne a ceint votre front avant le combat; la palme est venue d'elle-même se poser dans vos faibles mains, avant que vous eussiez pu faire un effort pour la cueillir : c'est ainsi que le Seigneur s'est montré plein de munificence, et nous a fait voir qu'il est maître de ses dons. N'était-il pas juste que la Naissance du Fils de ce souverain Roi fût marquée par quelque magnifique largesse ? Nous n'en sommes point jaloux, ô Martyrs innocents ! Nous glorifions le Seigneur qui vous a choisis, et nous applaudissons avec toute l'Eglise à votre inénarrable félicité.

O fleurs des Martyrs! permettez que nous mettions en vous 'notre confiance, et que nous osionsvous supplier, par la récompense gratuite qui vous a été octroyée, de n'oublier pas vos frères qui combattent au milieu des hasards de ce monde de péché. Ces palmes et ces couronnes, dans lesquelles se joue votre innocence , nous les désirons aussi. Nous travaillons rudement à nous les assurer, et souvent nous nous sentons au moment de les perdre pour jamais. Le Dieu qui vous a glorifiés est aussi notre fin; en lui seul aussi nous trouverons le repos ; priez, afin que nous arrivions jusqu'à lui.

Demandez pour nous la simplicité, l'enfance du cœur, cette naïve confiance en Dieu qui va jusqu'au bout dans l'accomplissement de ses volontés. Obtenez que nous supportions avec calme sa croix, quand il nous l'envoie; que nous ne désirions que son bon

plaisir. Au milieu du sanglant tumulte qui vint rompre votre sommeil, votre bouche enfantine souriait aux bourreaux; vos mains semblaient se jouer avec ce glaive qui devait percer votre coeur ; vous étiez gracieux en face de la mort. Obtenez que nous aussi , nous soyons doux envers la tribulation, quand lé Seigneur nous l'envoie. Qu'elle soit pour nous un martyre par la tranquillité de notre courage, par l'union de notre volonté avec celle du Maître souverain, qui n'éprouve que pour récompenser. Que les instruments dont il se sert ne nous soient point odieux ; que la charité ne s'éteigne point dans notre cœur; et que rien n'altère cette paix sans laquelle l'âme du chrétien ne saurait plaire à Dieu.

Enfin. 6 tendres agneaux immolés pour Jésus, vous qui le suivez partout où il va, parce que vous êtes purs, donnez-nous d'apÊ rocher de l'Agneau céleste qui vous conduit, tablissez-noiïs en Bethléhem avec vous ; 3ue nous ne sortions plus de ce séjour 'amour et d'innocence. Présentez-nous à Marie, notre Mère, plus tendre encore que Rachel ; dites-lui que nous sommes ses enfants, que nous sommes vos frères ; et comme elle a compati à vos douleurs d'un instant, qu'elle daigne avoir pitié de nos longues misères.

n cette quatrième journée de la Naissance du Rédempteur, visitons l'Etable, et adorons notre Emmanuel. Considérons cette miséricorde qui l'a porté à se faire enfant

pour se rapprocher de nous, et soyons dans 1 etonnement de voir un Dieu si près de sa créature. « Celui, dit le pieux abbé Guerric « dans son cinquième Sermon sur la Nativité « du Christ, celui qui est insaisissable même « pour la subtile intelligence des Anses, a « daigne se rendre palpable aux sens eros« siers de 1 homme. Dieu ne pouvait nous « parler comme à des êtres spirituels char« nels que nous sommes ; son Verbe s'est ' fait chair, ahn que toute chair pût non seulement l'entendre, mais même le voir • « le monde n'avant pu connaître 1? Sagess° :ie,Di(lu' cette Sagesse a daigne se Taire '■ tolie. Seigneur du ciel et de la terre, vous < avez donc caché votre sagesse aux sages et ■ aux prudents du monde, pour la révéler « aux petits. Les hauteurs de l'orgueil ont « horreur de l'humilité de cet Enfant ; mais « ce qui est haut aux yeux des hommes, est « abominable devant Ûieu. Cet enfant ne se « plaît qu'avec les enfants ; il ne se repose « qu'avec les humbles et les cœurs paisibles. « Que les petits se glorifient donc en lui « et qu'ils chantent : Un petit Enfant nous est « ne ; comme lui, de son côté, se félicite, « disant par Isaïe : Me voici, moi et mes enfants « que le Seigneur m'a donnés. En effet, pour « lui fournir une compagnie en rapport avec « son âge, le Père a voulu que la gloire des « Martyrs commençât par l'innocence des « enfants: l'Esprit-Saint voulant montrer par « la que le royaume des cieux n'est que pour « ceux qui leur ressemblent. »

Honorons cette enfance de notre grand Roi, en lui consacrant aujourd'hui l'Hymne gra4f8

f;énies de l'Eglise primitive, Clément d'A- exandrie, a offerte au Christ, Roi des enfants.

Fr.enum puUoium indociliura, Penna volucrum non errantium, Verus clavus infantium, Pastor agnorum regalium. Tuos simplices Pueros congrega. Ad sancte laudandum, Sincère canendum, Ore ihnoxio, Christum puerorum ducem.

Rex sanctorum. Verbum, qui domas omnia, Patris altissimi Sapientiae rector, Laborum sustentaculum. JEvo gaudens, Humani generis Servator. Jesu,

Pastor. arator, Clavus. fra?num, Penna cœlestis Sanctissimi gregis, Piscator hominum Qui salvi fiunt ; Pelagi vitii

Frein des jeunes coursiers indomptés, aih des o:- seaux qui point ne s'égarenc, gouvernail assuré de l'enfance, pasteur des agneaux du Roi. tes simples enfants, rassemble-les, pour louer saintement, chanter avec candeur, d'une bouche innocente, le chef des enfants, le Christ.

O Roi des Saints ! Verbe, triomphateur suprême, dispensateur de la sapience du Père, du Très-Haut ; toi, l'appui dans les peines, heureux de toute éternité. Sauveur de la race mortelle, Jésus !

Pasteur, agriculteur, frein, gouvernail, aile céleste du très saint troupeau ; pécheur des hommes rachetés, amorçant à l'éternelle vie 1 innocent poisson, arraché à l'onde ennemie de la mer du vice

Sois leur guide, ô pasteur des brebis spirituelles ! ô Saint, sois leur guide. Roi des enfants sans tache ! les vestiges du Christ sont la voie du ciel.

Parole incessante, éternité sans bornes, lumière sans fin, source de miséricorde, auteur de toute vertu, vie irréprochable de ceux qui louent Dieu.

O Christ ! ô Jésus 1 nous qui. de nos tendres bouches, suçons le lait céleste exprimé des douces mamelles de ta sagesse, la grâce des grâces ; petits enfants abreuvés de la rosée de l'esprit qui découle de la parole nourrissante, chantons ensemble des louanges ingénues, des hymnes sincères à Jésus-Christ Roi.

Chantons les saintes recompenses de la doctrine de vie. Chantons avec simplesse l'Enfant t ou t - puissant. Chœur pacifique, enfants du Christ, troupe innocente, chantons ensemble le Dieu de la paix.

Sis dux, ovium Rationalium pastor ; Sancte, sis dux, Rex puerorum intactorum • Vestigia Christi, Via cœlestis.

Verbum perenne, ^vvum infinitum, Lux aeterna, Fons misericordiae, Operatrix virtutis, Honesta vita Deum laudantium Christe Jesu.

Lac cœleste, Dulcibus uberibus Nymphae gratiarum, Sapiencise tua; expressum, Infantuli Ore tenero Enutriti,

Mercedes sanctas Vitae doctrinae Canamus simul. Canamus simpliciter Puerum valentem. Chorus pacis, Christo geniti, Populus modestus, Psallamus simul Deum pacis.

Saluons aussi Marie, la Mère de cet Enfant divin, avec cette belle Séquence empruntée aux anciens Missels de l'Allemagne.

Jesu Christi generosa Mater atque filia : Radix Jesse speciosa. Virga florens et frondosa, Quam rigavit copiosa Deitatis gratia.

Auster levis te perflavit. Et perflando fœcundavit, Aquilonem qui fugavit Sua cum potentia. Florem ergo genuisti, Fructum ex quo protulisti. Gabrieli dum fuisti Paranympho credula.

Joseph, justus vir. expavit. Ista dum c >nsi Jeravit, Sciens quod non irrigavit Florescentem virgulam : Bene tamen conservavit Arcanum, nec divulgavit : Sponsam sed magnificavit, Honorans ut Dominam.

C"* lorieuse impératrice, * puissante souveraine, de Jésus-Christ noble Mère et fille; tige de Jessé, pleine de beauté, verge fleurie au vert feuillage, qu'arrose la grâce abondante de la divinité.

Un léger souffle du midi t'a réchauffée, et de sa chaleur t'a fécondée ; loin de toi, il a chassé l'Aquilon et sa puissance. Par lui tu a< produit la fleur de laquelle est sorti ton fruit, toi qui crus à la parole de Gabriel ton paranymphe.

Joseph, le juste, s'étonna en considérant ce mystère, songeant qu'il avait respecté la branche fleurie confiée à sa garde ; néanmoins il garda le secret divin : sa bouche ne s'ouvrit pas pour le divulguer; mais il glorifia son épouse, et l'honora comme sa Dame.

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