L'Année liturgique — Le Temps de Noël (t. 2-3) (page 99)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 2-3, éd. 1911 (OCR) · 267 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

IL se rendit auprès du pape Alexandre III, qui le re£ut avec bonié. et le recommanda aux moines du monastère de Pontigny, Ordre de Cîteaux. chez lesquels il se rendit. Henri, l'ayant connu, écrivit des lettres menaçantes au Chapitre de Citeaux, à l'effet de faire chasser Thomas du monastère de Pontigny. Le saint homme, craignant que cet Ordre n'eût à souffrir quelque persécution à cause de lui, se retira de lui-même, et, sur l'invitation de Louis, roi de France, il

tes. adeo constanter obstitit regiae cupiditati. ut neque pollicitationibus, neque terroribus de sententia decedens, proxime conjiciendus in carcerem clam recesserit. Inde propinqui ejus omnis aetatis ejecti, amici , fautores omnes, iis quibus per aetatem liceret, jurejurando adstrictis, universos Thomam adituros, si fortasse miserabili suorum calamitatis aspectu moveretur, qui a sancto propositoprivatis incommodis deterreri minime potuisset. Non respexit carnem aut sanguinem, neque ullus in eo humanitatis sensus pastoral» officii constantiam labefactavit.

Contulit igitur se ad Alexandrum Tertium Pontificem, a qu<> bénigne acceptus est : et inde profectus, monach;-- Pontiniacensis monasterii, Cisterciensis Ordinis, ab eodem commendatus. Quod ut cognovit Henricus, missis ad Conventum Fratrum Cisterciensium minacibus litteris, Thomam e Pontiniaco monasterio exturbare conatur. Quare vir sanctus veritus ne sua causa mali aliquid Cisterciensb

familia pateretur, sponte discessit, et Ludovicum Galliœ regem, ejus invitatu convenit : ubi tamdiu fuit, quoad, Pontifice Maximo et ipso Rege agentibus,ab exilio summa totius regni gratulatione revocatur. Qui dum boni pastoris officium securus exsequitur, ecce calumniatores ad regem deferunt eum multa contra regnum et publicam quietem moliri : ut propterea saepius conquereretur rex, se in suo regno cum uno sacerdotc pacem habere non posse.

Ex qua régis voce nefarii satellites sperantes gratum se régi facturos, si Thomam e medio tollerent ; clam convenientes Cantuariam, Episcopum in templo Vespertinis horis operam dantem aggrediuntur. Qui clericis templi aditus praecludere conantibus accurrens, ostium aperuit, illis usus verbis ad suos . Ncn est î)ei Ecclesia custodienda more castrorum ; et ego pro Ecclesia Dei libenter mortem subibo. Tum ad milites : Vos Dei jussu cavete ne cuîpiam meorum noceatis. Deinde flexis genibus, Deo, beaI alla demeurer auprès de lui. 1! y resta jusqu'à ce que, par i l'intervention du souverain i Pontife et du roi, il fut rappelé de l'exil, et rentra en j Angleterre, à la grande saI tisfaction du royaume entier. Comme il s'appliquait, sans rien craindre, à remplir les devoirs d'un bon pasteur, des calomniateurs viennent rapporter au roi qu'il entreprend beaucoup de choses contre le royaume et la tranquillité publique : en sorte que ce prince se plaignait souvent de ce que, dans tout son royaume, il n'y avait qu'un évêque avec qui il ne put avoir la paix.

Ces paroles du roi ayant tait croire à quelques détestables satellites qu'ils lui feraient un grand plaisir, «'ils exterminaient Thomas, ils se rendirent secrètement à Cantorbéry, et allèrent attaquer l'évéque dans l'église même où il célébrait l'office desVéfires. Les clercs voulant leur ermer l'entrée de l'église, Thomas accourut aussitôt, et ouvrit lui-même la porte en disant aux" siens: « L'Eglise de Dieu ne doit pas être gardée comme un camp ; pour moi, je souffrirai volontiers la mort pour l'Eglise de Dieu. » Puis s'adressnnr aux soldats : « De la part de Dieu, dit-il, je vous défenJ- cher à aucun des miens. » 11

se mit ensuite a genoux, et, après avoir recommandé l'E- glise et soi-même à Dieu, à la bienheureuse Marie. à saint Denys et aux autres saints patrons de sa cathédrale, il présenta sa tête au fer sacrilège avec la même constance qu'il avait mise à résister aux lois très injustes du roi. Ceci arriva le quatre des Kalendes de Janvier , l'an du Seigneur onze cent soixante-onze : et la cervelle du martyr jaillit sur le pavé de l'église. Dieu l'ayant bientôt illustré par un grand nombre de miracles, le même pape Alexandre le mit au nombre dei S tints.

tas Maria?, sancto Dionysio, et reliquis Sanctis ejus Ecclesia; patronis, Ecclesiam et seipsum commendans, sacrum caput eadem constantia, qua iniquissimi régis le^ibus restiterat , impio ferro prxcidendum obtulit, quarto Kalendas Januarii , anno Domini millesimo centesimo septuagesimo primo, cujus cerebro respersum est totius templi pavimentum. Quem multis postea illustrem miraculis idem Alexander Pontifex retulit in Sanctorum numerum.

La Liturgie de l'Eglise d'Angleterre rendait à saint" Thomas'un culte plein de tendresse et d'enthousiasme. Nous extrairons plusieurs pièces de l'ancien Bréviaire de Salisburv, et nous donnerons d'abord un ensemble formé de la plupart des Antiennes des Matines et des Laudes. Tout l'Office est rimé, suivant l'usage du xme siècle, auquel ces compositions appartiennent.

Thomas, élevé au souverain sacerdoce, se trouve tout à coup changé en un autre homme.

Sous ses vêtements de clerc. il revêt secrètement le cilice du moine ; plus fort que la chair, il réprime les révoltes de la chair.

Agriculteur fidèle, il arraS U.M.MO sacerdotio Thomas sublimatus, et in virum alium subito mutatus.

Monachus sub clerico clam ciliciatus , carnis, carne fortior , edomat conatus.

Nec in agnos sustinet lupos desavire , nec in hortum olerum tineam transire.

Exulantis praedia praeda sunt malignis, sed in igné positum non exurit ignis.

irrumpentes templum , inauditum perpétrant sceleris exemplum.

Strictis Thomas ensibus obviam procedit,non minis. non gladiis, sed nec morti cedit.

Félix locus , felix ecclesia in qua Thomae vivit memoria : felix terra quae dédit praesulem. felix illa quoe fovit exulem.

terminât frumenti : alaastrum frangitur, fragrat vis unguenti.

Totus orbis Martyris certat in amorem, cujus signa singulos agunt in stuporem.

che les ronces du champ du Seigneur ; de ses vignes il repousse et il chasse les renards.

Il ne souffre point que le» loups dévorent les agneaux, ni que les animaux malfaisants traversent le jardin confié à sa garde.

On l'exile ; ses biens sont la proie des méchants ; mai», au milieu du feu de la tribulation. Thomas n'est pas atteint.

Des satellites de Satan pénètrent dan» le temple ; ils en font le théâtre d'un forfait inouï.

Thomas marche au-devant des épées menaçantes ; il ne cède ni aux menaces, ni aux glaives, pas même à la mort.

Lieu fortuné , heureuse église où vit la mémoire de Thomas ! heureuse terre qui a produit un tel prélat ! heureuse contrée qui, avec amour, recueillit son exill

Le grain tombe, et c'est pour produire une abondance de froment ; le vase d'albâtre est brisé, et c'est pour répandre la suavité du parfum.

L'univers entier s'empresse à témoigner son amour poulie Martyr ; ses prodiges multipliés excitent en tout lieu l'étonnement.

Les pièces qui suivent ne sont pas inoins dignes de mémoire,pour l'affection et la confiance qu'elles expriment a notre grand Martyr.

' *- au milieu de son troupeau achète la paix au prix de son sang. O douleur pleine d'sllégresse ! ô joie remplie de tristesse ! par la mort du Pasteur, le troupeau respire ; la mère en pleurs applaudit à son fils, vivant et victorieux sous le glaive.

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