L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 136)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

L'Evoque et son cortège sortent de l'église pour se rendre au lieu où est la crédencc, sur laquelle sont déposés le feu nouveau et l'encens. Ce feu représente le Christ, ainsi aue nous venons de le dire ; or, le tombeau du Christ, le lieu d'où il doit ressusciter, est situé hors des portes de Jérusalem. Les saintes femmes et les Apôtres devront sortir de la ville pour se rendre au sépulcre et constater la résurrection.

Le Pontife, étant arrivé en présence des symboles, bénit d'abord le feu par les Oraisons suivantes.

Deus, qui per Filium tuum, angularem scilicet lapidem, claritatis tuœ ignem fidelibus contulisti, productum e silice, nostris profuturum usibus, novum hune ignem sanctifica , et concède nobis, ita per haec festa Paschalia cœlestibus desideriis inflammari ; ut ad perpeîuœ claritatis, puris mentibus. valeamus testa pertin^ere. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

O Dieu qui, par votre Fils, la pierre angulaire, avez allumé en vos fidèles le feu de votre charité, sanctifiez ce feu nouveau que nous avons tiré de la pierre pour servir à nos usages ; et accordeznous, durant ces fêtes pascales, d'être enflammés du désir des biens célestes, de telle sorte que nous puissions, par la pureté de nos cœurs, arriver à cette fête éternelle où nous jouirons d'une lumière qui ne s'éteindra jamais. Par le même Jesus-Christ notre Seigneur. Amen.

Seigneur Dieu, Père toutpuissant, lumière éternelle et créateur de toute lumière, bénissez celle-ci, à laquelle vous avez déjà donné le principe de la bénédiction, en éclairant le monde entier. Faites-en naître un feu qui nous échauffe et nous éclaire de votre clarté ; et de même que vous avez conduit Moïse par votre flambeau, lorsqu'il sortait d'Egypte, daignez aussi illuminer nos cœurs et nos esprits, afin que nous méritions d'arriver à la vie et à la lumière éternelle. Par Jésus-Christ notre Seigneur; Amen.

Seigneur saint. Père toutpuissant, Dieu éternel, nous bénissons ce feu en votre nom, et en celui de votre Fils unique, notre Dieu et Seigneur Jésus-Christ, et du Saint-Esprit; daignez y coopérer avec nous, aidez-nous à repousser les traits enflammés de l'ennemi, et éclaireznous de la grâce céleste : Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec ce même Fils unique et le Saint-Esprit , dans tous les siècles des siècles. Amen.

Domine Deus, Pater omnipotens, lumen indeficiens, qui es conditor omnium luminum : benedic hoc lumen, quod a te saiictificatum atque benedictum est, qui illuminasti omnem mundum : ut ab eo lumine accendamur, atque illuminemur igné claritatis tuae ; et sicut illuminasti Moysen exeuntem de ^Egypto, ita illumines corda et sensus nostros ; ut ad vitam et lucem aeternam pervenire mereamur. Per ChristumDominum nostrum. Amen.

Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus, benedicentibus nobis hune ignem in nomine tuo , et unigeniti Filii tui Dei ac Domini nostri Jesu Christi et Spiritus Sancti, cooperare digneris, et adjuva nos contra ignita tela inimici, et illustra gratia cœlesti. Qui vivis et régnas cum eodem Unigenito tuo et Spiritu Sancto, Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.

L'Evêque bénit ensuite l'encens, en adressant à Dieu cette prière:

Vcniat , quaesumus , Dmnipotens Deus, super hoc inccnsum larpa tuae bcncdictionis infusio : et hune nocturnum splendorem invisibilis rcgcnerator accende : ut non Bolum sacrificium, quod hac nocte litatum est, arcana lurainis tui admixtione refulgeat ; sed inquocumque loco ex hujus sanctificationis mysterio aliquid fuerit deportatum, expulsa diaboiicae fraudis nequitia, Virtus tuae Majestatis assistât. Per Christum Doninum nostrum. Amen.

Répandez, s'il vous plaît, Dieu tout-puissant, sur cet encens, une effusion abondante de vos bénédictions, allumez vous-même cette lumière qui doit nous éclairer durant cette nuit, vous qui êtes le régénérateur invisible ; afin que le sacrifice que l'on vous prépare pour cette nuit soit illuminé de vos feux mystérieux, et qu'en tout lieu où l'on portera quelque chose de ce que nous bénissons ici, les artifices et la malice du diable en soient expulsés, et que la puissance de votre divine Majesté y réside et y triomphe. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Après ces Oraisons, un Acolyte met dans l'encensoir quelques charbons du feu bénit. L'Evêque, ayant jeté de l'encens sur ces charbons, fait fumer l'encensoir sur le feu et sur l'encens mystérieux, après les avoir d'abord aspergés de l'eau sainte. Un autre Acolyte allume un cierge aux charbons du feu nouveau ; c'est ce cierge qui doit introduire dans l'Eglise la lumière nouvelle. En même temps, le Diacre revêt une dalmatique de couleur blanche qui vient contraster avec le pluvial violet de l'Evêque. Cette parure de joie s'expliquera bientôt par la fonction toute d'allégresse dont le Diacre est chargé. En attendant, il prend dans sa main droite un roseau, au haut duquel est fixé un cierge à trois branches. Ce roseau est un souvenir de la Passion du Sauveur et de la

faiblesse de la nature humaine qu'il a daigné s'unir par l'incarnation ; il est surmonté d'un triple cierge cjui est appelé à signifier la glorieuse Trmite à laquelle participe le Verbe incarné.

Le cortège sacré rentre dans l'église. Après avoir fait quelques pas, le Diacre incline le roseau, et l'Acolyte qui porte la lumière nouvelle allume une des trois branches du cierge. Le Diacre alors se met à genoux, et tous imitent son exemple. Elevant dans les airs la lumière qu'il vient de recevoir, il chante d'un ton de voix ordinaire :

Cette première ostension de la lumière proclame la divinité du Père qui nous a été manifestée par Jésus-Christ. « Nul ne connaît le Père, nous dit-il, sinon le Fils, et celui à qui il aura plu au Fils de le révéler i. » On se relève, et on continue d'avancer dans l'église. A l'endroit marqué, le Diacre incline une seconde fois le roseau, et l'Acolyte allume la seconde branche du cierge. Le fiiacre observe les mêmes cérémonies que la première fois, et chante d'un ton de voix plus élevé :

Cette seconde ostension de la lumière annonce la divinité du P'ils, qui s'est montré lui-même aux hommes dans l'Incarnation, et leur a révélé son égalité de nature avec le Père. On se relève encore, et l'on arrive en face de l'autel. Le Diacre incline encore le roseau, et l'Acolyte allume la troisième branche du cierge. Alors le Diacre chante une dernière fois, mais sur un ton de voix toujours plus éclatant :

Cette troisième ostension proclame la divinité du Saint-Esprit qui nous a été révélée par Jésus-Christ, lorsqu'il a donné à ses Apôtres le précepte solennel que l'Eglise se dispose à accomplir en cette nuit même : (( Enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit L » C'est donc par le Fils, qui est « la Lumière du monde», que les hommes ont connu la glorieuse Trinité dont le Pontife va demander la confession aux catéchumènes, avant de les plonger dans la fontaine sacrée, et dont le cierge a trois branches doit rappeler le mystère, durant toute cette sainte fonction.

Tel est le premier emploi du feu nouveau : annoncer les splendeurs de la Trinité divine. Maintenant il va servir à la gloire du Verbe incarné en donnant son complément au magnifique symbole qui doit désormais attirer nos regards. L'Evêque est monté à son trône ; le Diacre, ayant déposé le roseau, vient s'agenouiller à ses pieds, demandant la bénédiction pour le solennel ministère qu'il va remplir. Le Pontife lui adresse ces paroles :« Que le Seigneur soit dans votre cœur et sur vos lèvres; afin que vous accomplissiez comme il convient la proclamation de la Pâque ». Le Diacre se relève et se dirige vers l'ambon. Les clercs qui portent le roseau surmonté du cierge à trois branches et les cinq larmes d'encens, l'accompagnent. Sur l'ambon s'élève une colonne de marbre, et cette colonne est surmontée d'une colonne de cire : c'est le Cierge pascal.

LE soleil descend à l'horizon, et bientôt il aura cédé la place aux ombres de la nuit. La sainte Eglise a préparé, pour luire avec éclat durant la longue Veille qui déjà commence, un flambeau supérieur en poids et en grosseur- à tous ceux que l'on allume dans les autres solennités. Ce flambeau est unique; il a la forme d'une colonne ; et il est appelé à représenter le Christ. Avant qu'il ait été allumé, son type est dans la colonne de nuée qui couvrit le départ des Hébreux, au sortir de l'Egypte : sous cette première

forme, il figure le Christ dans le tombeau, inanimé, sans vie. Lorsqu'il aura reçu la llamine, nous verrons en lui la colonne de feu qui éclaire les pas du peuple saint ; et aussi la figure du Christ tout radieux des splendeurs de sa résurrection. La majesté de ce symbole est si grande, que la sainte Eglise emploie toutes les magnificences de son langage inspiré, pour exciter à son endroit Tenthousiasme des fidèles. Dès le commencement du v siècle, on voit le Pape saint Zozime étendre à toutes les églises de la ville de Rome le privilège de bénir aujourd'hui ce Cierge, oien que le baptûme ne fût conféré qu'au seul Baptistère du Latran. Le but de cette concession était de mettre tous les fidèles à portée de jouir des saintes impressions que ce grand rite est appelé à produire. C'est dans la même intention que la cérémonie du Cierge pascal peut s'accompliraujourd'hui danstoutes les églises, même dans celles qui ne possèdent pas de fonts baptismaux.

L'annonce de la Pâque retentit au milieu des éloges que le Diacre prodigue à ce Cierge

florieux ; et c'est en céléorant le divin flameau dont celui-ci est l'emblème, qu'il remplit sa noble fonction de héraut de la Résurrection de l'Homme-Dieu. Seul vêtu de blanc, à cette heure où le Pontife lui-même porte encore les couleurs du deuil quadragésimal, il fait éclatersa voix dans la bénédiction du Cierge, avec une liberté qui d'ordinaire n'est pas accordée au Diacre en présence du Prêtre, et moins encore de l'Evêque. Les interprètes de la sainte Liturgie nous enseignent que

le Diacre représente en ce moment Madeleine et les autres saintes femmes qui eurent l'honneur d'être initiées les premières par le Christ lui-même au mystère de sa résurrection, et furent chargées par lui, malgré l'infériorité de leur sexe, d'annoncer aux Apôtres qu'il était sorti du tombeau, et qu'il les précéderait en Galilée.

Mais il est temps d'écouter les accents forts et mélodieux de ce chant sacré qui vient faire battre nos cœurs, et nous donner un avant-goût des allégresses que nous réserve cette nuit merveilleuse. Le Diacre débute par cet exorde lyrique :

QUE la troupe angélique tressaille de joie dans les cieux ; que les divins mystères se célèbrent avec allégresse, et que la trompette sacrée publie la victoire du souverain Roi. Que la terre se réjouisse, illuminée des rayons d'une telle gloire ; que l'éclat du monarque éternel qui resplendit sur elle, l'avertisse que l'univers entier est délivré des ténèbres qui le couvraient. Que l'Eglise notre mère, environnée des clartés de cette brillante lumière , se réjouisse aussi ; et que ce temple retentisse de -la grande voix du peuple fidèle. C'est pourquoi, très chers frères, qui êtes ici pour prendre part aux splendeurs de cette sainte lumière, je vous prie d'invoquer avec moi la miséricorde du Dieu tout-puissant. Demandez

EXULTET jam angelica turba cœlorum ; exultent divina mysteria : et pro tanti Régis victoria, tuba insonet salutaris. Gaudeat et tellus tantis irradiata fulgoribus: et aeterni Régis splendore illustrata, totius orbis se sentiat amisisse caliginem. Laetetur et mater Ecclesia , tanti luminis adornata fulgoribus ; et magnis populorum vocibus hase aula resultet. Quapropter adstantes vos, fratres charissimi, ad tam miram hujus sancti luminis claritatem , una mecum, quasso, Dei omnipotentis misericordiam invocate. Ut qui me non meis meritis intra Levitarum numerum dignatus est aggregare :

luminis sui claritatem infundens , ('erei hujus Inudcm implcrc perficiat. Fer Dominum nostruin Jesum (2hristiim l'ilium suum : qui cum co vivit et régnai in unitatc Spiritus Sancti Dccs, per omniasaecula saeculorum. % Amen.

Vere dignum et justum est , invisibilem Deum Patrem omnipotentem , Filiumque ejus unigenitum, Dominum nostrum Jesum Christum , toto cordis ac mentis affectu, et vocis ministerio personare. Qui pro nobis aeterno Patri Adas debitum soivit : et veterispiaculi cautionempiocruore detersit. Haec sunt enim festa |Daschalia, in quibus verus ille Agnus occiditur, cujus sanguine postes fideliura consecrantur.

Hase nox est, in qua primum patres nostros filios Israël eductos de

pour moi qu'après m'avoir placé, sans mérites de m« part, au nombre des Lévites, il daigne m'illuminer de ses fcu.v, et m'aidcr à célébrer dignement la gloire de ce (Jicrge. Par Jésus-Christ notre Seigneur son Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec lui en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. ^. Amen.

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