L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 137)
Il est vraiment juste et raisonnable d'employer nos cœurs et nos voix à louer le Dieu invisible, le Père toutpuissant, et son Fils JésusChrist notre Seigneur, qui a payé pour nous au Père éternel la dette d'Adam, et effacé de son propre sang la cédule des peines qu'avait méritées l'antique péché. Car voici arrivées les fêtes pascales dans lesquelles est immolé l'A- gneau véritable, dont le sang consacre les portes des fidèles.
Voici la nuit dans laquelle, après avoir tiré de l'Egypte les enfants d'Israël nos pères,
vous leur avez fait passer la mer Rouge à pied sec. C'est cette nuit qui a dissipé les ténèbres du péché par les rayons de la colonne de feu. C'est cette nuit qui, dans le monde entier, enlève aux vices du siècle ceux qui croient au Christ, les arrache aux ténèbres du péché, les rend à la grâce, les unit à la société des saints. C'est cette nuit qui voit le Christ sortir victorieux des enfers, après avoir brisé les liens de la mort. Pour nous, à quoi nous eût servi de naître, si nous n'eussions eu le bonheur d'être rachetés ?
O admirable effusion de votre bonté sur nous ! O excès incompréhensible de votre charité ! pour racheter l'esclave, vous avez livré le Fils 1 O nécessité du péché d'Adam, qui devait être effacé par la mort du Christ ! O heureuse faute, à qui il a fallu un tel réparateur !
O nuit fortunée, qui seule a connu le temps et l'heure auxquels le Christ est ressuscité des enfers ! C'est à cette nuit que l'on peut appliquer ces paroles : La nuit deviendra lumineuse comme le jour ; et celles-ci : La nuit deviendra claire comme le jour , pour éclairer mes délices. La sainteté de cette nuit bannit les crimes, lave les péchés, rétablit le coupable dans l'iniEgypto, mare Rubrum sicco vestigio transire fecisti. Haec igitur nox est, quae peccatorum tenebras, columnae illuminatione purgavit. Haec nox est, quae hodie per universum mundum, in Christo credentes, a vitiis sseculi , et caligine peccatorum segregatos reddit gratiae, sociat sanctitati. Haec nox est in qua destructis vinculis mortis, Christus ab inferis victor ascendit. Nihil enim nobis nasci profuit, nisi redimi profuisset.
O mira circa nos tuae pietatis dignatio 1 O inaestimabilis dilectio charitatis! ut servum redimeres, filium tradidisti. O certenecessarium Adae peccatum, quod Christi morte deletum est i O felix culpa, quae talem ac tantum meruit habere redemptorem !
O vere beata nox, quae sola meruit scire tempus et horam, in qua Christus ab inferis resurrexit. Haec nox est , de qua scriptum est : Et nox sicut dies illuminabitur ; et : Nox illuminatio mea in deliciis meis. Hujus igitur sanctificatio noctis, fugat scelera, culpas lavât: et reddit innocentiam lapsis , et mœstis
la-titiam. l'ugal odia , concordiam parât, et curvat impcria.
noccncc, rend la joie aux afflijjfés, dissipe les haines, ramène la concorde, et soumet à Dieu les empires.
Ici le Diacre s'interrompt, et prenant successivement les cinq grains d'encens, il les enfonce dans le Cierge, et les y dispose de manière à figurer une croix. Le nombre de ces grains d'encens ainsi insérés dans la masse du Cierge représente les cinq plaies du Christ sur la Croix : en même temps que leur emploi signifie celui des parfums que Madeleine et ses compagnes avaient préparés, pendant que le Christ reposait dans le tombeau. Jusqu'ici, comme nous l'avons dit plus haut, le Cierge pascal est le symbole de l'Homme-Dieu que sa résurrection n'a pas encore glorifié.
IN hujus igitur noctis gratia, suscipe, sancte Pater, incensi hujus sacrificium vespertinum : quod tibi in hac Cerei oblatione solemnl, par ministrorum manus de operibus apum . sacrosancta reddit Ecclesia. Sed jam columnae hujus prseconia novimus, quam in honorem Dei rutilans ignis accendit.
Après ces paroles, le Diacre s'interrompt de nouveau, et prenant des mains de l'Acolyte le roseau qui porte la triple lumière," il allume le Cierge pascal à une des branches. Cette action symbolique signifie l'instant de
Décevez donc. Père saint. •'^ en cette nuit sacrée, l'offrande que la sainte Eglise vous présente par la main de ses ministres, comme un encens du soir, par Toblation solennelle de ce Cierge dont les abeilles ont fourni la matière. Nous connaissons maintenant ce que figure cette colonne de cire qu'une flamme éclatante va allumer à l'honneur de Dieu.
la résurrection du Christ, lorsque la vertu divine vint tout à coup ranimer son corps, en lui réunissant l'âme sainte que la mort en avait séparée. Désormais le flambeau sacré, image du Christ-Lumière, est inauguré; et la sainte Eglise se réjouit dans la pensée de revoir bientôt son céleste Epoux, triomphant de la mort.
CETTE flamme, quoique partagée, ne souffre aucune diminution en communiquant sa lumière. Elle a pour aliment la cire, que la mère abeille a produite pour la composition de. ce précieux flambeau.
OUI licet sit divisus in partes, mutuati tamen luminis detrimenta non novit. Alitur enim liquantibus ceris , quas in substantiam pretiosae hujus lampadis , apis mater eduxit.
A ce moment, on allume avec le feu nouveau les lampes qui sont suspendues dans l'église. Cette illumination n'a lieu que quelque temps après celle du Cierge pascal, parce que la connaissance de la résurrection du Sauveur ne s'est répandue que sucessivement, jusqu'à ce qu'enfin elle ait éclairé tous les fidèles. Cette succession nous avertit aussi que notre résurrection sera la suite et l'imitation de celle de Jésus-Christ, qui nous ouvre la voie par laquelle nous devons rentrer en possession de 1 immortalité, avoir comme lui traversé le tombeau.
ONUIT vraiment heureuse qui dépouilla les Egyptiens pour enrichir les Hébreux ! Nuit dans laquelle le ciel s'unit à la terre , les choses divines aux choses humaines ! Faites donc, SeiOVERE beata nox , quae expoliavit M' gyptiosjditavit Hebraeos. Nox, in qua terrenis cœ- lestia , numanis divina junguntur. Oramus ergo te, Domine : ut Cereus
iste in honorem lui nominis consecratus , ad noctis hujus cali^incm dcslrucndam, indeficiens pcrscveret. Et in odorem suavitatis acceptus, supcrnis luminanbus misccatur. Flammas cjus Lucifer matulinus invcniat. Ille (inqiiam) Lucifer, qui nescit occasum. Ille, qui rcgrcssus ab inferis, humano generi sercnus illuxit.
Frecamur ergote, Domine : ut nos famulos tuos, omnemque clcrum, et devotissimum populum : una cum beatissimo Papa nostro N. et AntistitenostroN., quiète temporum concessa , in his Paschalibus gaudiis, assidua protectione regere, gubernare, et conservare digneris. (Respice etiam ad devotissimum Imperatorem nostrum N., cujus tu, Deus, desiderii vota praenoscens, inefFabili pietatis et misericordiae tuae munere, tranquillum perpetuae pacis accommoda : et cœlestem victoriam cum omni poÊulo suo L) Fer eumdem >ominum nostrum Jesum
gneur, que ce Cieree consacré à l'honneur de votre nom brûle durant toute cctJc nuit pour en dissiper les ténèbres, et que sa lumièro, s'élcvant comme un parfum d agréable odeur, se mêle à celle des flambeaux célestes. Que l'Etoile du matin le trouve encore allumé, cette Etf*ile qui n'a pas de couchant ; qui, bc levant des lieux sombres, est venue répandre sa lumière sereine sur le genre humain. Maintenant donc. Seigneur, nous vous supplions de nous accorder la paix et la tranquillité dans ces joies pascales ; et découvrir de votre protection, nous vos serviteurs, tout le clergé, le peuple fidèle, et de conserver notre bienheureux Pape N., et notre Evêque N. (Jetez aussi un regard sur notre très pieux Empereur N., et connaissant les désirs de son cœur, faites, dans votre ineffable bonté et miséricorde , q^u'il jouisse d'une paix continuelle en cette vie, et qu'il remporte avec tout son peuple cette victoire qui assure le royaume des cieux.) Far le même Jésus-Christ notre Seigneur votre Fils, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous.
I. Ces paroles se disent seulement dans les Etats soumis à l'empire d'Autriche. Voyez ci-dassus. au Vendredi saint, p. 574.
en l'unité du Saint-Esprit , dans tous les siècles des siècles. ^. Amen.
Christum Filium tuum : (jui tecum vivit et régnât in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculoruxn.^. Amen.
Le Diacre, ayant terminé cette prière, se dépouille delà dalmatique^ blanche, et après avoir revêtu la couleur violette, revient auprès du Pontife. Alors commencent les Lectures puisées dans les livres de l'Ancien Testament, et qui doivent occuper l'attention des fidèles durant une partie de cette nuit.
LE flambeau de la résurrection répand maintenant sa lumière du haut de l'ambon par toute l'église, et son éclat réjouit saintement le cœur des fidèles. Après cet imposant prélude d'une scène qui s'annonce avec tant de grandeur, tout l'intérêt se réunit désormais sur les heureux catéchumènes dont nous suivons, depuis quarante jours, l'instruction et le progrès dans la foi et les bonnes oeuvres. Ils sont en ce moment rassemblés sous le portique extérieur de l'église. Des prêtres accomplissent sur eux les rites préparatoires au Baptême qui ont été institués par- les Apôtres, et sont remplis d'un sens si profond. D'abord les prêtres tracent sur le front de chacun d'eux le signe de la croix; puis, imposant la main sur sa tête, ils adjurent Satan de sortir de cette âme et de ce corps, et de céder la place au Christ. A l'exemple du Sauveur, ils touchent de leur
salive les oreilles et les narines du néophyte, en disant aux oreilles : « Ouvrez-vous )> ; aux narines : « Respirez la douceur des parfums ». Le néophyte reçoit ensuite l'onction de l'Huile des Ôatéchumcnes sur la poitrine et entre les épaules; mais avant cette cérémonie, qui doit le désigner déjà comme l'athlète de Dieu, le prêtre l'a fait renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres.
Ces rites s'accomplissent d'abord sur les hommes, ensuite sur les femmes. Les enfants des fidèles, quoique en bas âge, sont admis à leur rang, selon leur sexe ; et si, parmi les catéchumènes, il en est qui soient atteints de maladie, et cependant aient voulu se faire porter à l'église pour recevoir, en cette nuit, la grâce de la regénération, les prêtres prononcent sur eux une touchante Oraison, dans laquelle on demande à Dieu qu'il daigne les secourir et confondre la malice de Satan.
Cet ensemble de rites, qui se nomme la Catéchi:{ation^ exige un long temps, à raison du grand nombre des aspirants au Baptême. C'est pour cette raison que l'Evêque s'est rendu à l'église dès l'heure de None et que l'on a commencé si tôt la grande Veille. Afin de tenir attentive toute l'assemblée, durant les heures nécessaires à l'accomplissement de tous les rites, on lit du haut de l'ambon les passages des Ecritures les plus analogues à cette solennelle circonstance. Cet ensemble de lectures complète le cours d'instruction dont nous avons suivi le développement, durant tout le Carême.
jusqu'au nombre de douze ; et dans l'Eglise de Rome, où on les lit successivement en latin et en grec, leur nombre équivaut à vingt-quatre. Afin de ranimer l'attention et de résumer la doctrine et les sentiments des Prophètes, une Oraison vient après chaque Leçon servir d'expression aux vœux de la sainte Eglise. De temps en temps, des Cantiques empruntés à l'Ancien Testament, et amenés par les lectures elles-mêmes, réunissent toutes les voix sur le mode touchant et mélodieux des Traits. Les aspirants au Baptême sur lesquels les rites de la Catéchization sont accomplis, ont la liberté d'entrer dans l'église, et d'y occuper leur place ordinaire. Ils achèvent de se préparer au bain sacré, en écoutant les Lectures, et en s'unissant aux Prières. Toutefois l'ensemble de la fonction présente encore un aspect de gravité austère : on sent que l'heure désirée n'a pas sonné encore. De fréquentes génuflexions, la couleur sombre des parements sacrés continuent de faire contraste avec la splendeur du Cierge mystérieux, qui répand silencieusement sa lumière sur l'assemblée sainte, encore émue des accents de triomphe que le Diacre a fait retentir, et avide de voir arriver l'heure où le Christ va ressusciter dans ses néophytes.