L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 144)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

SICUT cervus desiderat ad fontes aquarum : ita desiderat anima mea ad te, Dcus.

j^. Sitivit anima mea ad Deumvivum : quando veniam, et apparebo ante faciem Dei ?

j^. Fuerunt mihi lacrymae meae panes die ac nocte, dum dicitur mihi

pcr singulos dies : Ubi j heure : Où est ton I)icu ■' est Deus tuus ? I

On arrive bientôt au lieu du liaptûmc ; et l'Evêque, en présence de la fontaine dont les eaux limpides appellent ses bénédictions, prononce d'abord l'Oraison suivante dans laauelle il emploie, à son tour, la comparaison du cerf altéré, pour exprimer devant Dieu l'ardeur de son nouveau peuple vers la vie nouvelle dont le Christ est la source. 11 dit :

OMNIPOTENS sempiterne Deus, respice propitius ad devotionem populi renascentis, qui sicut cervus, aquarum toarum expetit fontera : et concède propitius ut fidei ipsius sitis, Baptismatis mysterio animam corpusque sanctificet. Per Dominum nostrum Jesum Ghristum. Amen.

DIEU tout-puissant et éternel, regardez favorablement la dévotion de ce peuple qui va prendre une nouvelle naissance, et aspire, comme le cerf, à la fontaine de vos eaux salutaires : daignez faire que la soif que lui inspire sa foi sanctifie les âmes et les corps, dans le mystère sacré du Baptême. Par Jésus-Christ N.-S. Amen.

La bénédiction de l'eau pour le Baptême est d'institution apostolique ; et l'antiquité de cette pratique nous est attestée par les plus grands docteurs, entre autres par saint Cyprien, saint Ambroise, saint Cyrille de Jérusalem, et saint Basile. Il est juste, en effet, 3ue cette eau, instrument de la plus divine es merveilles, soit entourée de tout ce qui peut, en glorifiant Dieu qui a daigné l'associer

à ses desseins de miséricorde sur l'humanité, la glorifier elle-même à la face du ciel et de la terre. Les chrétiens sont sortis de l'eau ; ils sont, comme disaient nos pères des premiers siècles, les heureux Poissons du Christ; rien donc d'étonnant qu'ils tressaillent de joie, en présence de l'élément auquel ils doivent la vie, et qu'ils rendent à cet élément des honneurs qui se rapportent à l'auteur même des prodiges de grâce qui vont s'opérer. La prière dont le Pontife va se servir pour bénir l'eau nous ramène au berceau de notre foi, par la noblesse et l'énergie du style de sa rédaction, par l'autorité de son langage, et par les rites antiques et primitifs dont elle est accompagnée. Elle est sur le mode pompeux de la Préface, et empreinte d'un lyrisme inspiré. Le Pontife prélude par une simple Oraison, à la suite de laquelle éclate l'enthousiasme de la sainte Eglise, qui, pour s'assurer de l'attention de tous ses enfants, provoque leurs acclamations, et les avertit de tenir leurs cœurs en haut : Sursum corda !

DIEU tout-puissant et éternel, soyez attentif à ces grands -mystères de votre bonté, à ces augustes sacrements. Envoyez l'Esprit d'adoption pour régénérer ces nouveaux peuples que la fontaine baptismale va vous enfanter ; et fortifiez par votre puissance ce que notre

R). Et cum spiritu tuo. y-«wMNlPOTENS sempi\^ terne Deus, adesto ma^nae pietatis tuae mysteriis, adesto sacramentis ; et ad recreandos novos populos,quos tibi fons Baptismatis parturit, Spiritum adoptionis

est ministcrio, virtuiis tuc-c impleatur effectu. Pcr Dominum nostrum Jcsum (>hristum T'ilium tuum, qui tecum vivit et régnât in unitatc Spiritus Sancti Deus,

VERE dignum et justum est, aequum et salutare ; nos tibi semper, et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnij50tens, aterne Deus, qui invisibili potentia, sacramentorum tuorum mirabiliter operaris effectum ; et licet nos tantis mysteriis exequendis simus indigni : tu tamen gratiae tuae dona non deserens, etiam ad nostras preces, aures tuae pietatis inclinas. Deus, cujus Spiritus super aquas, inter ipsa mundi primordia ferebatur : ut jam tune virtutem sanctificationis aquarum natura concihumblc ministère s'apprête à accomplir. Par Jcsus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, en l'unité du Saint-Esprit,

OUI, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint. Père tout-puissant, Dieu éternel, qui opérez par une puissance invisible les merveilleux effets de vos sacrements ; et quoique nous soyons indignes d'être les ministres de si grands mystères, daignez néanmoins ne pas délaisser les dons de votre grâce, mais être toujours prêt à incliner vers nous les oreilles de votre bonté. O Dieu, dont l'Esprit était porté sur les eaux à l'origine du monde, afin que dès lors cet élément conçût la puissance de sanctificaLe Samedi Saint.

tion ! O Dieu qui, en lavant par les eaux les crimes d'un monde coupable, fîtes voir dans le déluge une image de la régénération, lorsqu'un même élément devenait ainsi mystérieusement la cessation du péché et le retour à la vertu ; jetez aujourd'hui. Seigneur, vos regards sur la face de votre Eglise, et multipliez en elle vos nouvelles fénérations, vous qui corniez de joie votre Cité par le cours abondant de votre grâce, et ouvrez en ce jour la fontaine baptismale par toute la terre, pour y produire des nations nouvelles ; afin que par un acte souverain de votre divine Majesté, cette Eglise reçoive la grâce de votre Fils unique, par la vertu du Saint-Esprit.

Ici le Pontife s'arrête un moment, et plongeant sa main dans les eaux, il les divise en forme de croix, montrant par ce signe que c'est par la vertu de la Croix qu'elles ont acquis le pouvoir de régénérer les âmes. Jusqu'à la mort du Christ sur la Croix, cette puissance merveilleuse leur était seulement promise; il fallait l'effusion du sang divin pour qu'elle leur fût conférée. C'est ce sang qui opère dans l'eau sur les âmes, avec la vertu de l'Esprit-Saint que le Pontife rappellera tout à l'heure.

peret. Deus, qui nocentis mundi crimina per aquas abluens, regenerationis speciem in ipsa diluvii effusione signasti ; ut unius ejusdemque elementi mysterio, et finis esset vitiis et origo virtutibus ; respice, Domine, in faciem Ecclesias tuae ; et multiplica in ea regenerationes tuas, qui gratias tuae afBuentis impetu Iffitificas Civitatem tuam, fontemque Baptismatis aperis toto orbe terrarum gentibus innovandis : ut tuae majestatis imperio, sumat tlnigeniti tui gratiam de Spiritu Sancto.

Qu'il daigne, cet EspritSaint, féconder, par l'im. Ul hanc aquam rege' nerandis homini4b

bus pracparatam , arcana sui numinis admixtione f(i.cundet : ut sanctificalione conccpta, ab immaculato divini fontis utero, in novam renata crcaturam, progenies cœlestis emergat : et quos aul sexus in corporc, aul aetas discernit in tempore, omnes in unam pariât gratia mater infantiam. Procul ergo hinc. jubente te Domine, omnis spiritus immundus abscedat: procul tota nequitia diabolicœ fraudis absistat. Nihil hic loci habeat contrariae virtutis admixtio : non insidiando circumvolet , non latendo subrepat, non inficiendo corrumpat.

pression secrète de sa divinité, cette eau préparée pour la régénération des hommes, afin que cette divine fontaine ayant conçu la sanctification, on voie sortir de son sein très pur une race toute céleste, une créature renouvelée ; et que la grâce, comme unemère, réunisse dans un même enfantement ceux que le sexe distingue selon lecorps. ou l'âge selon le temps. Commandez donc, Seigneur, que tout esprit immonde soit écarté d'ici ; éloignez de cet élément toute la malice et tous les artifices du diable. Que la puissance ennemie ne vienne pas se mêler dans ces eaux, ni voltiger autour, en tendant des embiiches, ni s'y glisser secrètement, ni les corrompre et les souiller.

Après ces paroles, par lesquelles l'Evêque demande à Dieu qu'il daigne éloigner de ces eaux l'influence des esprits mauvais qui cherchent à infecter toute la création, il étend la main sur elles et les touche. Le caractère auguste du Pontife et du Prêtre est une source de sanctification ; et le contact de leur main sacrée opère déjà à lui seul sur les créatures, cjuand il s'exerce en vertu du sacerdoce de Jésus-Chri^ qui réside en eux.

SiT haec sancta et innocens creatura libéra ab omni impugnatoris incursu, et totius nequiUE cette créature sainte et innocente soit à couvert de toute attaque de l'ennemi, purifiée par l'expulsion

de toute sa malice. Qu'elle soit une source de vie, une eau régénérante, une fontaine purifiante; afin que tous ceux qui seront lavés dans ce bain salutaire reçoivent, par l'opération de l'Esprit-Saint, la g[râce d'une pureté parfaite.

tiae purgata discessu. Sit fons vivus, aqua regenerans, unda purificans ; ut omnes hoc lavacro salutifero diluendi, opérante in eis Spiritu Sancto, perfectae purgationis indulgentiam consequantur.

En prononçant les paroles suivantes, l'Evêque bénit par trois fais les eaux de la fontaine, en produisant sur elles le signe de la croix.

JE te bénis donc, créature d'eau, par le Dieu vivant, par le Dieu véritable, par le Dieu saint, par le Dieu qui, au commencement, te sépara de la terre d'une seule parole, et dont l'Esprit était porté sur toi.

y I NDEbenedicote, crea^ > turaaquae, per Deum vivum, per Deumverum,

Eer Deum sanctum : per leum, qui te in principio, verbo separavit ab arida : cujus Spiritus super te ferebatur.

Ici l'Evêque, nous montrant les eaux appelées déjà à féconder le Paradis terrestre, qu'elles parcouraient en quatre fleuves, les divise encore avec sa main, et les répand vers les quatre parties du monde qui plus tard devaient recevoir la prédication du saint Baptême. Il accomplit ce rite si expressif, en proférant les paroles qui suivent :

D AR le Dieu qui te fit jaillir * de la fontaine du Paradis, et «te divisa en quatre fleuves, en te commandant d'arroser toute la terre ; qui dans le désert t'enleva ton amertume, et te restituant ta douceur, te rendit potable ;

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