L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 26)
En lui va s'accomplir la plus grande rigurc de l'ancienne loi. Une fois l'année, le grandprctre entrait dans le Saint des Saints, afin d'intercéder pour le peuple. Il pénétrait derrière le voile, en face de l'Arche sainte ; mais cette redoutable faveur ne lui était accordée qu'à la condition qu'il n'entrerait dans cet asile sacré qu'en portant dans ses mains le sang de la victime qu'il venait d'immoler. P2n ces jours, le F'ils de Dieu, Grand-Prêtre par excellence, va faire son entrée dans le ciel, et nous y pénétrerons après lui ; mais il faut pour cela qu'il se présente avec du sang, et ce sang ne peut être autre que le sien. Nous allons le voir accomplir cette prescription divine. Ouvrons donc nos âmes, afin que ce sang « les purifie des œuvres mortes, comme vient de nous dire l'Apôtre, et que nous servions désormais le Dieu vivant. »
Le Graduel est emprunté au Psautier; le Sauveur y demande d'être délivré de ses ennemis, et d'être soustrait à la rage d'un peuple ameuté contre lui ; mais en même temps il accepte de faire la volonté de son Père, par qui il sera vengé.
Dans le Trahit, qui est puisé à la même source, le Messie, sous le nom d'Israël, se plaint de la fureur des Juifs qui l'ont persécuté dès sa jeunesse, et qui s'apprêtent à lui faire subir une cruelle flagellation. Il annonce en même temps les châtiments que le déicide attirera sur eux.
ERIPE me, Domine, de \q eigneur, arrachez-moi à inimicis meis : doce lo mes ennemis : enseignezLe Dimanche de la Passion.
y. C'est vous , Seigneur, qui me délivrerez d'un peuple furieux; vous me ferez triompher de ceux qui s'élèvent contre moi ; vous m'arracherez à l'homme inique.
j^. Liberator meus, Domine, de gentibus iracundis : ab insurgentibus in me exaltabis me : a vire iniquo eripies me.
Dès ma jeunesse , ils ont souvent dirigé contre moi leurs attaques.
j^. Israël peut bien dire : Dès ma jeunesse, ils ont souvent dirigé contre moi leurs attaques.
y. Mais ils n'ont rien pu contre moi. Les pécheurs m'ont laissé la trace de leurs coups sur le dos.
f. Ils ont continué longtemps leurs iniquités ; mais le ^ieigneur , qui est juste, brisera la tête des pécheurs.
f . Dicat nunc Israël : Saepe expugnaverunt me a juventute mea.
t. Etenim non potuerunt mihi : supra dorsum meum fabricaveruat peccatores.
j^. Prolongaveruntiniquitates suas: Dominus justus concidet cervices peccatorum.
EN ce temps-là, Jésus disait à la foule des Juifs : Qui de vous me convaincra de péché ? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyezvous pas ? Celui qui est de Dieu écoute la parole de Dieu. Vous ne l'écoutez point ,
Èarce que vous n'êtes pas de >ieu. Les Juifs lui dirent : N'avons-nous pas raison de
IN illo tempore : Dicebat Jésus turbis Judaeorum : Quis ex vobis arguet me de peccato ? Si veritatem dico vobis , quare non creditis mihi ? Qui ex Deo est, verba Dei audit. Propterea vos non auditis, quia ex Deo non estis. Responderunt ergo Judaei, et dixerunt
ei : Nonne benc dicimus nos quia Samaritanus es tu, et daemonium habcs ? Hespondit Jésus : Ego damonium non habeo : sed honorifico Patrem meum, et vos inhonorastis me. Ego autem non quaero gloriam meam : est qui quaerat et judicet. Amen, amen dico vobis : Si quis sermonera meum servaverit, mortem non videbit in aeternum. Dixeruntergo Judaei : Nunc cognovimus quia daemonium habes. Abraham mortuus est, et Prophatae : et tu dicis : Si quis sermonem meum servaverit, non gustabit mortem in aeternum. Numquid tu major es pâtre nostro Abraham , qui mortuus est ? et Prophetae mortui sunt. Quem teipsum facis ? Respondit Jésus : Si ego glorifie© meipsum, gloria mea nihil est : est Pater meus, qui glorificat me,
Suem vos dicitis quia >eus vester est, et non cognovistiseum ; ego autem novi eum : et si dixero quia non scio eum, ero similis vobis mendax. Sed scio eum , et sermonem ejus servo. Abraham pater vester exultavit ut videret diem meum : vidit, et gavisus
dire que vous êtes un Samaritain, et que vous êtes possédé du démon ? Jésus répondit : Je ne suis point possédé du démon ; mais j'honore mon Père, et vous me déshonorez. Pour moi, je ne cherche pas ma gloire; il est un autre qui la cnerchera et qui jugera. En vérité, en vérité, je vous le dis : Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. Les Juifs lui dirent donc : Maintenant nous voyons bien que le démon est en vous. Abraham est mort, et les Prophètes aussi ; et vous dites: Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. Etes-vous donc plus grand que notre père Abraham, qui est mort, et que les Prophètes qui aussi sont morts ? Que prétendezvous être ? Jésus répondit : Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien; c'est mon Père qui me glorifia. Vous dites qu'il est votre Dieu, et vous ne le connaissez pas; mais moi je le connais. Et si je disais que je ne le connais pas , je serais comme vous un menteur. Mais je le connais et je garde sa parole. Abraham votre père a désiré ardemment de voir mon jour: il l'a vu, et il ena été comblé de joie. Les Juifs lui dirent: Vous n'avez pas encore cinquante ans : et vous avez vu Abraham î
Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis: avant qu'Abraham fût créé, je suis. Alors ils prirent des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se cacha, et sortit du temple.
est. Dixerunt ergo Judaei ad eum : Quinquaginta annos nondum habes, et Abraham vidisti ? Dixit eis Jésus : Amen , amen dico vobis , antequara Abraham fieret , ego sum. Tulerunt ergo lapides ut jacerent in eum : Jésus autemabscondit se, et exivit de templo.
On le voit, la fureur des Juifs est au comble , et Jésus est réduit à fuir devant eux. Bientôt ils le feront mourir; mais que leur sort est différent du sien ! Par obéissance aux décrets de son Père céleste, par amour pour les hommes, il se livrera entre leurs mains, et ils le mettront à mort; mais il sortira victorieux du tombeau, il montera aux cieux, et il ira s'asseoir à la droite de son Père. Eux , au contraire , après avoir assouvi leur rage, ils s'endormiront sans remords jusqu'au terrible réveil qui leur est préparé. On sent que la réprobation de ces nommes est sans retour. Voyez avec quelle sévérité le Sauveur leur parle : « Vous n'écoutez pas la parole de Dieu, parce que vous n'êtes pas de Dieu. » Cependant il fut un temps où ils étaient de Dieu : car le Seigneur donne sa grâce a tous ; mais ils ont rendu inutile cette grâce ; ils s'agitent dans les ténèbres, et ils ne verront plus la lumière qu'ils ont refusée.
« Vous dites que le Père est votre Dieu; mais vous ne le connaissez même pas. » A force de méconnaître le Messie, la synagogue en est venue à ne plus connaître même le Dieu unique et souverain dont le culte la rend si
fière ; en effet, si elle connaissait le Pure, elle ne repousserait pas le Fils. Moïse, les Psaumes, les Prophètes sont pour elle lettre close, et ces livres divins vont bientôt passer entre les mains des gentils, qui sauront les lire et les comprendre. « Si je disais que je ne connais pas le Père, je serais comme vous un menteur. » A la dureté du langage de Jésus, on sent déjà la colère du juge qui descendra au dernier )our pour briser contre terre la tête des pécheurs. Jérusalem n'a pas connu le temps de sa visite; le Fils de Dieu est venu à elle, et elle ose dire qu'il est « possédé du démon ». Elle dit en face au Fils de Dieu, au Verbe éternel qui prouve sa divine origine par les plus éclatants prodiges, qu'Abraham et les Prophètes sont plus que lui. Etrange aveuglement qui procède de l'orgueil et de la dureté du cœur! La Pâque est proche; ces hommes mangeront religieusement l'agneau figuratif; ils savent que cet agneau est un symbole qui doit se réaliser. L'Agneau véritable sera immolé par leurs mains sacrilèges, et ils ne le reconnaîtront pas. Son sang répandu pour eux ne les sauvera pas. Leur malheur nous fait penser à tant de pécheurs endurcis pour lesquels la Pâque de cette année sera aussi stérile de conversion que celle des années précédentes ; redoublons nos prières pour eux, et demandons que le sang divin qu'ils foulent aux pieds ne crie pas contre eux devant le trône du Père céleste.
A l'Offertoire, le chrétien, plein de confiance dans les mérites du sang qui l'a racheté, emprunte les paroles de David pour louer Dieu, et pour le reconnaître auteur de cette vie
nouvelle dont le sacrifice de Jésus-Christ est la source intarissable.
SEIGNEUR, je VOUS loucraî de tout' mon cœur ; répandez votre grâce survotre serviteur, et je vivrai, et je garderai vos commandements. Donnez-moi la vie, Seigneur, selon votre parole.
CONFITEBOR tibi. Domine, in toto corde meo : rétribue servo tuo ; vivam, et custodiam sermones tuos : vivifica me secundum verbum tuum, Domine.
Le sacrifice de l'Agneau sans tache a produit deux effets sur l'homme pécheur : il a brisé ses chaînes, et il l'a rendu l'objet des complaisances du Père céleste. L'Eglise demande, dans la Secrète, que le Sacrifice qu'elle va offrir, et qui est le même que celui de la Croix, produise en nous ces mêmes résultats.
QUE cette offrande, Seigneur, nous dégage des liens de notre malice, et nous concilie les dons de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.