L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 28)
CRUx benedicta niict, Dominus qua carne pcpendit, Atquc cruorc suo vulnera nostra lavat.
Mitis amore pio pro nobisvictima factus, Traxit ab ore lupi qua sacer Agnus oves.
Transfixis palmis ubi mundum a clade redeniit, Aique suo clausit funere mortis iter.
Hic manus illa fuit clavis confixa cruentis, Quse eripuit Paulum crimine, morte Petrum.
Fertilitate potens, o dulce et nobile liguum, Quando tuis ramis tam nova poma geris !
Cujus odore novo defuncta cadavera surgunt. Et redeunt vitae qui caruere die.
ELLE attire nos regards, la Croix bénie, sur laquelle le Sauveur fut suspendu par sa chair : sur laquelle il lava nos blessures dans son sang.
C'est par elle que l'A- gneau sacré, douce victime, dans son amour pour nous, a arraché les brebis de la gueule du loup.
C'est sur elle que, ayant les mains clouées, il a racheté le monde de sa perte, et, en mourant, fermé ses voies à la mort.
Sur elle fut traversée d'un clou sanglant cette main qui arracha Paul à ses crimes, et sauva Pierre du trépas.
Doux et noble bois, qu'elle est riche, ta fécondité, quand tu portes sur tes rameaux un fruit si nouveau !
A l'odeur mer^-eilleuse que tu répands, les corps morts se lèvent de leurs tombeaux, et ceux qui ne voyaient plus la lumière reviennent à la vie.
Sous le feuillage de cet arbre, on ne sent plus les ardeurs dévorantes, ni la
Dans ton éclat tu t'élèves au bord des eaux; c'est là que tu étales ta verdure embellie de fleurs nouvelles.
A tes branches est suspendue la vigne qui donne un vin si doux, dans le sang vermeil du Christ.
Tu plantata micas seciis est ubi cursus aquarum : Spargis et ornatas flore récente comas.
Appensa est vitis inter tua brachia, de qua Dulcia sanguineo vina rubore fluunt.
\ Station, à Rome, est dans l'Eglise de Saint-Chrysogone , l'un des plus célèbres Martyrs de l'Eglise Romaine , qui a inséré son nom dans le Canon de la Messe.
SANCTIFICA, quaesumus Domine, nostra jejunia : et cunctarum nobis indulgentiam propitius largire culparum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
— ^ AIGNEZ, Seigneur, sancL) jifier nos jeûnes, et dans votre bonté accordez-nous le pardon de nos péchés. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Cap. tu. y N diebus illis : Factum 1^ est verbum Domini ad Jonam Prophetam secundo, dicens : Surge, et
EN ces jours-là, le Seigneur parla une seconde fois au prophète Jonas, et lui dit: Lève-toi, va dans la grande
ville de Ninive, et y prêche ce que je t'ordonne de leur dire. Et Jonas se leva, et il alla à Ninive, selon l'ordre du Seigneur. Et Ninive était une grande ville qui avait trois journées de chemin. Et Jonas, étant entré dans la ville, marcha pendant une journée, et ensuite il cria en disant Encore quarante
jours, et Ninive sera détruite. Et les Ninivites crurent en Dieu. Ils proclamèrent un jeûne public, et se couvrirent de sacs, depuis le plus grand jusqu'au plus petit. La chose ayant été rapportée au roi de Ninive, il se leva de son trône, dépouilla ses habits royaux, se revêtit d'un sac et s'assit sur la cendre. Ensuite il fit crier partout et publier dans Ninive cet ordre de la bouche du roi et de ses grands : Que les hommes et les bêtes, les bœufs et les brebis ne mangent rien ; qu'on ne les mène point au pâturage, et qu'ils ne boivent point d'eau ; que les hommes et les bêtes se couvrent de sacs, et qu'ils crient aii Seigneur de toute leur force ; que l'homme se retire de sa mauvaise voie, et de l'iniquité dont ses mains sont souillées. Qui sait si Dieu ne se retournera pas vers nous, pour nous pardonner, et s'il ne reviendra pas de la fureur de sa colère,
vade in Niniven civitatem magnam : et praedica in ea praedicationem quam ego loquor ad te. Et surrexit Jonas, et abiit in Niniven juxta verbum Domini. Et Ninive erat civitas magna itinere trium dierum. Et cœpit Jonas introire in civitatem itinere dieî unius : et clamavit, et dixit : Adhuc quadraginta dies, et Ninive subvertetur. Et crediderunt viri Ninivitae in Deum : et praedicaverunt jejunium, et vestiti sunt saccis a majore usque ad minorem. Et pervenit verbum ad regem Ninive : et surrexit de solio suo, et abjecit vestimentum suum a se, et indutus est sacco, et sedit in cinere. Et clamavit, et dixit in Ninive ex ore régis, et principum ejus, dicens : Homines, et jumenta, et boves, et pecora non gustentquidquam : nec pascantur, et aquam.non bibant. Et operiantur saccis homines, et jumenta, et clament ad Dominum in fortitudine, et convertatur vir a via sua mala, et ab iniquitate, quae est in manibus eorum. Quis scit si convertatur, et ignoscat Deus : et
revertatur a furore irae suse, et non peribimus ? Et vidit Deus opéra corum, quia conversi sunt de via sua mala : et misertus est populo suc Dominus Deus noster.
en sorte que nous ne périrons pas ? Et Dieu considéra leurs œuvres : il vil qu'ils s'étaient convertis de leur voie mauvaise ; et le Seigneur notre Dieu eut pitié de son peuple.
La sainte Eglise nous oftre aujourd'hui ce récit, afin de ranimer notre zèle dans la voie de la pénitence.
Une ville livrée à l'idolâtrie, une capitale superbe et voluptueuse, a mérité la colère du ciel. Dieu s'apprête à la renverser sous les coups de sa vengeance ; encore quarante jours, et Ninive s'écroulera sur ses habitants. Cependant qu'est-il arrivé ? La menace du Seigneur ne s'est pas accomplie, et Ninive a été épargnée. Ce peuple infidèle s'est souvenu du Dieu qu'il avait oublié; il a crié vers le Seigneur; il s'est humilié, il a jeûné ; et l'Eglise conclut le récit du Prophète par ces touchantes paroles : « Et le Seigneur notre Dieu eut pitié de son peuple. » Ce peuple gentil était devenu \c peuple du Seigneur^ parce qu'il avait fait pénitence à la voix du Prophète. Le Seigneur n'avait fait alliance qu'avec une seule nation; mais il ne repoussait pas les hommages des Gentils qui, renonçant à leurs idoles , confessaient son saint nom et voulaient aussi le servir. Nous voyons ici l'efficacité de la pénitence du corps unie à celle du cœur pour fléchir le courroux céleste : combien devons-nous donc estimer les saintes pratiques que l'E- glise nous impose en ces jours , et réformer les fausses idées qu'une spiritualité
Cette lecture était, en même temps, un motif d'espoir et de confiance pour les catéchumènes dont l'initiation était proche. Ils y apprenaient à connaître la miséricorde du Dieu des chrétiens, dont les menaces sont si terribles, et qui cependant ne sait pas résister au repentir d'un cœur qui renonce au péché. Sortis du sein de la gentilité, de cette Ninive profane, ils apprenaient par ce récit que le Seigneur, avant même d'avoir envoyé son Fils au monde, invitait tous les hommes à devenir son peuple ; et songeant aux obstacles que leurs pères avaient eus à vaincre pour saisir la grâce qui leur était offerte et pour y persévérer, ils bénissaient le Dieu Sauveur qui, par son incarnation, son sacrifice, ses divins sacrements et son Eglise, a daigné mettre si près de nous ce salut dont il est la source unique pour l'ancien monde comme pour le nouveau. Les pénitents publics puisaient aussi dans cette lecture un nouvel encouragement à espérer le pardon. Dieu avait fait miséricorde à Ninive la cité pécheresse et condamnée ; il daignerait donc agréer aussi leur pénitence, et révoquer en leur faveur l'arrêt de sa justice.