L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 29)
t et les pharisiens envoyèrent des gardes pour prendre Jésus. Jésus donc leur dit :
JN illo tempore ; Miserunt principes et pharisaei ministros, ut appréhendèrent Jesum.
Je suis encore avec vous un peu de temps, et je m'en vais ensuite à celui qui m'a envoyé. Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas ; et où je serai, vous ne pouvez venir. Les Juifs dirent entre eux : Où donc ira-t-il, que nous ne pourrons le trouver ? Ira-t-il vers les Gentils qui sont dispersés, et les enseignera-t-il } Quelle est cette parole qu'il a dite : Vous me chercherez, et vous ne me trouverez pas ; et où je serai, vous ne pouvez venir ? Le d-^rnier jour de la fête, qui est le plus solennel, Jésus, se tenant debout, disait à haute voix : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive, dit l'Ecriture, couleront de son sein. Il disait ceci de l'Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui.
Dixit ergo eis Jésus : Adhuc modicum tempus vobiscum sum : et vado ad eum qui me misit. Quaerelis me, et non invenietis : et ubi ego sum, vos non potestis venire. Dixeruntergo Judaei ad semetipsos : Quo hic iturus est, quia non inveniemus eum ? Numquid in dispersionem Gentium iturus est, et docturus Gentes ? Quis est hic sermo, quem dixit : Quaeretis me, et non invenietis : et ubi sum ego, vos non potestis venire ? In novissimo autem die magno festivitatis stabat Jésus, et clamabat dicens : Si quis sitit, reniât ad me et bibat. Qui crédit in me, sicut dicit Scriptura, flumina de ventre ejus fluent aquae vivae. Hoc autem dixit de Spiritu, quem accepturi erant credentes in eum.
Les ennemis du Sauveur n'ont pas seulement songé à lancer des pierres contre lui; aujourd'hui ils veulent lui ravir la liberté, et ils envoient des soldats pour se saisir de lui. En cette rencontre, Jésus ne juge pas à propos de fuir; mais quelle terrible parole il leur dit ! « Je m'en vais à celui qui m'a envoyé ; vous me chercherez, et vous ne me trouverez plus. » Le pécheur qui a longde la Passion. 14g
temps abusé de la grâce peut donc, en punition de son ingratitude et de ses mépris, ne plus retrouver ce Sauveur avec lequel il a voulu rompre; ses efforts à le chercher sont donc quelquefois vains et stériles. Antiochus, humilié sous la main de Dieu, pria et n'obtint pas son pardon. Après la mort et la résurrection de Jésus, tandis que l'Eglise jetait ses racines dans le monde, les Juifs, qui avaient crucifié le Juste, cherchaient le Messie dans chacun des imposteurs qui s'élevèrent alors en Judée, et causèrent des soulèvements qui amenèrent la ruine de Jérusalem. Cernés de tous côtés par le glaive des Romains et par les flammes de l'incendie qui dévorait le temple et les palais, ils criaient vers le ciel et suppliaient le Dieu de leurs pères d'envoyer, selon sa promesse, le libérateur attendu ; et il ne leur venait pas en pensée que ce libérateur s'était montré à leurs pères, même à plusieurs d'entre eux, qu'ils l'avaient mis à mort, et que les Apôtres avaient déjà porté son nom aux extrémités de la terre. Ils attendirent encore, jusqu'au moment où la cité déicide s'écroula sur ceux que n'avait pas immolés l'épée du vainqueur; ceux qui survécurent furent .traînés à Rome, pour orner le triomphe de Titus. Si on leur eût demandé ce qu'ils attendaient, ils auraient répondu qu'ils attendaient le Messie. Vaine attente: le moment était passé. Tremblons que la menace du Sauveur ne s'accomplisse en plusieurs de ceux qui laisseront encore passer cette Pâque, sans faire leur retour au Dieu de miséricorde; prions, intercédons, afin qu'ils ne
tombent pas entre les mains d'une justice juc leur repentir trop tardif et trop imparait ne fléchirait pas.
Des pensées plus consolantes nous sont suggérées par la suite du récit de notre Evangile. Ames fidèles, âmes pénitentes, écoutez; c'est pour vous que parle Jésus: « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. » Rappelez-vous la prière de la pauvre Samaritaine : a Seigneur, donnez-moi toujours de cette eau. » Cette eau est la grâce divine ; puisez à longs traits dans ces fontaines du Èauveur qu'avait annoncées le Prophète ^ Cette eau donne la pureté à l'âme souillée, la force à l'âme languissante, l'amour à celle qui se sentait tiède. Bien plus, le Sauveur ajoute: <( Celui qui croit en moi deviendra, lui aussi, une source vive » : car l'Esprit-Saint viendra en lui, et alors le fidèle épanchera sur les autres cette grâce qu'il a reçue dans sa plénitude. Avec quelle sainte joie le catéchumène entendait lire ces paroles qui lui promettaient que sa soif serait enfin étanchée â la divine fontaine ! Le Sauveur a voulu être toutes choses pour l'homme régénéré : la Lumière qui éclaire ses ténèbres, le Pain qui le nourrit, la Vigne qui lui prête son cep, enfin VEau jaillissante qui rafraîchit ses ardeurs.
HUMiLiATE capita ves- I Tj umiliez vos têtes devent tra Deo. | FI Dieu.
DONNEZ, s'il VOUS plaît, Sei' gneur, à votre peuple la santé de rame et du corps, afin que, s'attachant aux bonnes œuvres, il mérite d'être toujours assisté de votre protection. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen
DA, quaesumus Domine, populo tuo salutem mentis et corporis : ut bonis operibus inhaerendo, tua semper mereatur protectione defendi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
En ce jour où la sainte Eglise nous donne à lire et à méditer un trait de l'histoire de Jonas, nous placerons ici un nouveau fragment de l'Hymne de Prudence sur le jeûne. C'est le passage où il raconte la vie de ce Prophète, et spécialement la pénitence de Ninive.
JE raconterai, à la gloire du jeûne, un fait antique rapporté dans le livre sacré ; je dirai comment la foudre du Père des hommes retint ses feux, et pardonna aux habitants d'une cité qu'elle devait dévaster.
Un peuple jadis avait mis le comble à son orgueil et à son insolence ; la licence des mœurs l'avait fait descendre tout entier à une indigne corruption ; et, plongé dans une stupide insouciance, il avait mis en oubli le culte du grand Dieu.
r>EFERRE çrisci stemma *^ nunc jejunii Libet, fideli proditum
incolis Fulmen benigni mansuefactum Patris, Pie repressis ignibus, pepercerit.
motibus, Dextram pcrarmat rhomphaeali incendie, NiniDos crêpantes, et
datur diecula, Si forte voilent improbam libidinem Veteresque nugas condomare, ac frangere. Suspendit ictum terror
ut praenuncius ; Sed nosset ille quum minacem judicem Servare malle, quam ferire ac plectere, Tectam latenter vertit
Après une longue indulgence, la justice divine offensée s'indigne et arme sa main d'un glaive de feu. IJe sombres nuages éclatent avec fracas ; des feux livides et tonnants ébranlent la voûte du ciel sur la télé des coupables.
Toutefois un délai leur est accordé pour se repentir; il leur est libre encore d'interrompre le cours de leurs infâmes débauches ; ils peuvent, s'ils le veulent, arrêter les désordres dans lesquels ils ont vieilli ; la vengeance miséricordieuse daigne suspendre ses coups ; et la sentence prononcée retarde son exécution.
Le juge plein de douceur donne mission au prophète Jonas ; il le charge d'annoncer à ce peuple le châtiment qui le menace. Il savait, le prophète, que ce juge redoutable aime à pardonner plutôt qu'à frapper et à punir. Il ose donc se dérober à ses ordres, et s'enfuit secrètement vers Tharsis.
Il prend place sur un navire des plus imposants ; bientôt on lâche le câble, et l'on s'avance dans la haute mer; mais tout à coup s'élève une furieuse tempête, L'équide la Passion.
page alarmé cherche quel peut être l'auteur d'un si grand péril ; et le sort tombe sur le prophète fugitif.
Il est le seul coupable: seul il doit périr, lui dont le nom est sorti de l'urne avec son crime. On le précipite dans les flots, et l'abîme l'engloutit. Un monstre marin le reçoit, et le prophète descend tout vivant dans les vastes flancs de l'animal.
Enfin, après trois nuits, le monstre le vomit sur un rivage, à l'endroit où le flot expire avec un léger bruit, et où l'écume vient blanchir le rocher. Délivré par l'effort de la bête, le prophète s'étonne de se sentir encore vivant.
Contraint parla volonté divine, il se dirige sans délai vers Ninive. Censeur austère, il reprend les habitants ; il dénonce leurs crimes honteux, (i La colère du vengeur suprême, dit-il, est sur vos têtes ; sous peu de jours la flamme dévorera votre cité : croyez à ma parole, é
Il monte ensuite sur la cime d'une haute montagne, afin de voir de là les épais tourbillons de fumée qui s'éTum causa tanti quseritur periculi : Sors in fugacem missa
urna expresserat, Prasceps rotatur, et profundo immergitur : Exceptus inde belluinis
Intactus exin tertias noctis vice Monstri vomentis pellitur singultibus, Qua murmuranti fine