L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 30)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

increpaverat, Pudenda censor imputans opprobria. Impendet, inquit, ira

Apicem deinceps ardui montis petit, Visurus inde conglobatum turbidas

dirae strucm, Tectus flagellis multinodi germinis, Nato et repente perfruens umbraculo.

civitas vulnus novi Hausit doloris, heu ! supremum palpitât. Cursant per ampla congregatim mœnia Plebs, et senatus, omnis

monilibus Matrona demptis, proque gemma et serico Crinem fluentem sordidus spargit cinis.

lèveront de l'incendie, les ruines et les désastres qui vont s'accumuler. Il se tient sous le feuillage d'une plante aux noeuds aoondants, qui, tout à coup, est sortie de terre pour lui prêter son ombrage.

Mais à peine la cité a reçu la lugubre nouvelle du fléau qui la menace, qu'une dernière émotion la saisit ; dans la vaste enceinte de ses murs on voit s'agiter le peuple, le sénat, les citoyens de tous les âges, la jeunesse pâle d'effroi, les femmes poussant des lamentations.

On décrète un jeûne public, pour tâcher d'apaiser la colère divine ; il n'est plus question de repas dans la ville. La matrone jette loin d'elle ses brillantes parures, et se revêt d'habits sombres; la cendre répandue sur sa chevelure y a remplacé les réseaux de soie et de pierreries.

Les patriciens paraissent en habits vulgaires et négligés ; dans sa douleur, chacun porte sur son corps de rudes tissus de crin; la jeune fîlle fait subir à ses membres le contact de ces soies cruelles, et couvre d'un voile noir son visage; l'enfant lui-même languit étendu sur le sable.

Le roi détache l'agrafe qui retenait sur ses épaules le manteau teint de la pourpre de Cos. Il dépouille son front du bandeau sur lequel éclataient l'émeraude et le diamant ; et ses cheveux ne connaissent plus que la poussière qui les souille.

Le manger et le boire sont oubliés; la tendre jeunesse livrée au jeûne ne se souvient plus des festins; l'enfant à la mamelle réclame en vain le lait par ses vagissements; ses larmes arrosent son berceau ; la nourrice sévère lui refuse l'aliment qui le soutenait.

Les troupeaux eux-mêmes ont leur part à cette abstinence ; on retient avec soin leurs pas dans la prairie. On les empêche de toucher le gazon humide de rosée, de se désaltérer aux eaux murmurantes des fontaines ; en face de sa crèche vide, le taureau fait entendre ses mugissements.

Bientôt, apaisé par ces expiations, Dieu retient sa colère. Il révoque son arrêt; de terrible qu'elle était, sa sentence est devenue favorable. C'est ainsi que la clémence divine se montre facile à pardonner les crimes des morRex ipse Coos aestuantem murices Laenam révulsa dissipabat fibula, Gemmas virentes, et lapillos sutiles, Insigne frontis exuebat

omnis liquerat : Quin et negato lacté, vagientium Fletu madescunt parvulorum cunulae : Succum papillae parca

f»arti de ceux qui répandent es larmes du repentir à ses pieds.

Terminons la journée par ces strophes en rhonneur de la sainte Croix, que nous empruntons au Triodion de l'Eglise grecque.

SANCTissiMUM Hgnum, in quo Christus manibus extensis adversarias potestates devicit, adoremus jejunio nitidi, ad laudem et gloriam Omnipotentis,

Crux salutifera sanctifîcationem suppeditans proposita cernitur. Accedamus, cor et corpus emundantes.

Igné mandatorum tuorum munda me, bénigne, et da, ut salutiferam Passionem tuam intuear, et cum desiderio adorem, Cruce vallatus et conservatus.

Aquis jejunii pectora purgati , lignum Crucis fideliter amplectamur , in quo Christus crucifixus aquam immortalitatis nobis emisit.

PURIFIÉS et embellis par le jeûne, adorons, pour la gloire du Tout-Puissant, le bois sacré sur lequel le Christ, ayant les bras étendus, a vaincu les puissances ennemies.

La Croix salutaire qui donna la sanctification est exposée à nos yeux. Approchons d'elle avec un cœur et un corps sans souillures.

Purifiez-moi, vous qui êtes bon, par le feu de vos commandements; donnezmoi de contempler votre PcLSsion qui donne le salut, d'être protégé par la Croix, et de vous adorer avec un ardent désir.

Ayant nos cœurs lavés dans les eaux du jetine , embrassons avec foi le bois de la Croix , du haut duquel le Christ crucifié a épanché sur nous l'eau d'immortalité.

Jésus Sauveur! notre navire, dont votre Croix est la voile, a déjà traversé la plus grande partie de la carrière des jeûnes ; par elle, conduisez-nous au port de votre Passion.

Moïse te figurait sur la montagne, ô Croix, pour la perte d'Amalec. Nous te formons sur nous ; nous te contemplons et t'adorons de cœur ; par ta vertu, nous triomphons des ennemis invisibles.

Crucis velut vélo alati, salutarem jejunii navigationem jam mediam emensi sumus, Jesu [Salvator, per quam deduc nos ad Passionis tuae portum.

Praemonstrabat te Moj^- ses in monte, o Crux, in gentium interitum. Nos vero efformantes te, et corde intuentes et adorantes , hostes carnis expertes virtute tua profligamus.

Rome, la Station était autrefois à l'Eglise du saint martyr Cyriaque , et elle est encore marquée ainsi au Missel Romain; mais cet antique sanctuaire ayant été ruiné, et le corps du saint diacre transféré dans l'Eglise de Sainte-Marie in Via lata , c'est dans cette dernière que la Station a lieu présentement.

NOSTRA tibi, Domine quaesumus, sint accepta jejunia : quas nos expiando, gratia tua dignes efficiant ; et ad remédia perducant aeterna. Per Ghristum Dominum nostrum. Amea.

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