L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 31)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

DAIGNEZ avoir nos jeunes pour agréables , Seigneur; afin que, produisant l'expiation, ils nous rendent dignes de votre grâce, et nous conduisent à l'éternel remède. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

EN ces jours-là, les Babyloniens s'étant assemblés, allèrent trouver le roî et lui dirent : Livre-nous Daniel qui a renversé Bel et tué le dragon : autrement, nous te ferons périr avec toute ta maison. Le roi, voyant qu'ils le pressaient avec tant de violence, et étant contraint par la nécessité, leur abandonna Daniel. Ils allèrent le jeter dans la fosse aux lions , et il y demeura six jours. Or il y avait dans la fosse sept lions à qui l'on donnait par jour deux corps avec deux brebis ; mais on ne leur en donna point alors, afin qu'ils dévorassent Daniel. En ce même temps, le prophète Habacuc était en Judée ; et ayant apprêté un potage, il l'avait mis dans un vase avec du pain trempé, et allait le porter dans le champ à ses moissonneurs. Et l'Ange du Seigneur dit à Habacuc : Porte à Babylone le dîner que tu as préparé, et donne-le à Daniel, qui est dans la fosse aux lions. Et Habacuc dit : Seigneur, je n'ai jamais vu Babylone, et je ne sais où est la fosse. Et l'Ange du Seigneur le prit par le haut de la tête, et le tenant par les cheveux, il le

JN diebus illis : Congregati sunt Babylonii ad regem, et dixerunt ei : Trade nobis Danielem, qui Bel destruxit, et draconem interfecit ; alioquin interficiemus te et domum tuam. Vidit ergo rex quod irruerent in eum vehementer : et necessitate compulsus tradidit eis Danielem. Qui miserunt eum in lacum leonum, et erat ibi diebus sex. Porro in lacu erant leones septem, et dabantur eis duo corpora quotidie, et duae oves : et tune non data sunt eis , ut devorarent Danielem. Erat autem Habacuc propheta in Judaea, et ipsc coxerat pulmentum, et intriverat panes in alveolo : et ibat in campum, ut ferret messoribus. Dixitque Angélus Domini ad Habacuc : Fer prandium quod habes, in Babylonem Danieli, qui est in lacu leonum. Et dixit Habacuc : Domine, Babylonem non vidi, et lacum nescio. Et apprehendit eum Angélus Domini in vertice ejus, et portavit eum capillo capitis

porta avec la rapidité d'un esprit jusqu'à Bah\'lonc, au-dessus de la ft)sse. Et Habacuc s'écria : Daniel, serviteur de Dieu, prends le dîner que Dieu t'a envoyé. Et Daniel dit : Seigneur, mon Dieu, vous vous êtes souvenu de moi, et vous n'avez pas abandonné ceux qui vous aiment. El se levant, il mangea ; et l'Ange du Seigneur reporta aussitôt Habacuc dans le lieu où il l'avait pris. Le roi étant venu le septième jour pour pleurer Daniel, il vint près de la fosse et regarda dedans. Or Daniel était assis au milieu des lions. Et le roi jeta un grand cri, et il dit : Vous êtes grand, Seigneur, Dieu de Daniel ! Et il le fit tirer de la fosse aux lions. Quant a ceux qui avaient voulu perdre Daniel, il les y fit jeter, et ils furent dévorés devant lui en un moment. Alors le roi dit : Que tous les habitants de ce

Èays tremblent devant le >ieu de Daniel ; car c'est lui qui sauve, qui fait des prodiges et des merveilles sur la terre, et qui a délivré Daniel de la fosse aux lions.

sui, posuitque cum in Babylone supra lacum in impetu spiritus sui. Et clamavit Habacuc, dicens : Daniel, serve Dei, toile prandium quod misit tibi Deus. Et ait Daniel : Recordatus es mei Deus, et non dereliquisti diligentes te. Surgensquc Daniel comedit. rorro Angélus Domini restituit Habacuc confestim in loco suc. Venit ergo rex die septimo, ut lugeret Danielem : et venit ad lacum, et introspexit, et ecce Daniel sedens in medio leonum. Et exclamavit voce magna rex, dicens : Magnus es, Domine Deus Danielis, Et extraxit eum de lacu leonum. Porro illos qui perditionis ejus causa ruerant, intromisit in lacum, et devorati sunt in momentocoraraeo. Tune rex ait : Paveant omnes habitantes in universa terra Deum Danielis ; quia ipse est salvator, faciens signa et mirabilia in terra : qui liberavit Danielem de lacu leonum.

Cette lecture était destinée spécialement à l'instruction des catéchumènes. Ils se préparaient à donner leurs noms à la milice chrétienne : il convenait donc de mettre sous leurs

yeux les exemples qu'ils devaient étudier et réaliser dans leur vie. Daniel exposé aux lions, pour avoir méprisé et renversé l'idole de Bel, était le type du Martyr. Daniel avait confessé le vrai Dieu dans Babylone, exterminé un dragon monstrueux, image de Satan, auquel le peuple idolâtre, après la destruction de Bel, avait transporté ses hommages superstitieux; la mort du Prophète pouvait seule apaiser les païens. Plein de confiance en son Dieu, Daniel s'était laissé descendre dans la fosse des lions, donnant ainsi aux âges chrétiens l'exemple de ce courageux dévouement qui devait apporter durant trois siècles la consécration du sang â l'établissement de l'Eglise. L'image de ce prophète entouré de lions se rencontre à chaque pas dans les Catacombes romaines ; et la plupart des peintures qui le retracent remontent aux temps des persécutions. Ainsi les yeux des catéchumènes pouvaient contempler ce que leur oreille entendait lire, et tout leur parlait d'épreuves et de sacrifices. Il est vrai que l'histoire de Daniel leur montrait la puissance de Dieu intervenant pour arracher aux lions la proie innocente qu'on leur avait jetée; mais les aspirants au baptême savaient d'avance que la délivrance sur laquelle ils devaient compter, ne leur serait accordée qu'après qu'ils auraient rendu le témoignage du sang. De temps en temps des prodiges se manifestaient jusque dans l'arène; on voyait quelquefois les léopards lécher les pieds des Martyrs, et contenir leur voracité en présence des serviteurs de Dieu; mais de si éclatants miracles ne faisaient que suspendre l'immojr)2

C'était donc le courage de Daniel, et non sa victoire sur les lions, que l'Kglise proposait à l'attention des catéchumènes; l'important pour eux était d'avoir désormais présente à la mémoire cette parole du Sauveur : a Ne craignez point ceux qui ne peuvent tuer que le corps; mais craignez plutôt celui qui peut précipiter l'âme avec le corps dans l'enfer i. » Nous sommes les descendants de ces premières générations de la sainte Eglise; mais nous n'avons pas conquis au même prix l'avantage d'être chrétiens. Ce n'est plus en face des proconsuls que nous avons à confesser Jésus-Christ ; c'est en face du monde, cet autre tyran. Que l'exemple des Martyrs nous fortifie, en ces jours, pour la lutte qu'il nous faudra soutenir de nouveau contre ses maximes, ses pompes et ses œuvres. Il y a trêve entre lui et nous, dans ce temps de recueillement et de pénitence; mais le moment viendra où nous devrons le braver et nous montrer chrétiens.

IN ilio tempore : Ambulabat Jésus in Galilaeam, nonenim volebat in Judœam ambulare.

EN ce temps-là. Jésus parcourait la Galilée, ne voulant pas aller en Judée, parce q*ue les Juifs cherchaient à le faire mourir. Or la fête des Juifs, appelée des

rabernacles, étant proche, ses frères lui dirent : Quitte ce pays, et va en Judée, afin que tes disciples voient aussi les œuvres que tu fais. Car personne n'agit en secret, lorsqu'il veut être connu dans le public. Si tu fais de telles choses, montre-toi au monde. Car ses frères non plus ne croyaient pas en lui. Jésus leur dit donc : Mon tempjs n'est pas encore venu ; mais votre temps est toujours prêt. Le monde ne saurait vous haïr ; mais moi, il me hait, parce que je rends de lui ce témoignage, que ses œuvres sont mauvaises. Allez, vous, à cette fête; pour moi, je n'y vais pas , parce que mon temps n'est pas encore accompli. Ayant dit cela, il demeura en Galilée. Et lorsque ses frères furent partis, il alla lui-même à la fête, non publiquement, mais comme en secret. Or, le jour de la fête, les Juifs le cherchaient, et ils disaient : Où est-il ? Et il y avait une grande rumeur à son sujet dans le peuple; car les uns disaient : C'est un homme de bien; et d'autres disaient : Non, mais il séduit la foule. Cependant personne ne parlait de lui ouvertement,

autem in proximo dies festus Judaeorum, Scenopegia. Dixerunt autem ad eum fratres ejus : Transi hinc, et vade in Judaeam, ut et discipuli tui videant opéra tua , quae facis. Nemo quippe in occulto quid facit, et quaerit ipse in palam esse : si haec facis, manifesta teipsum mundo. Neque enim fratres ejus credebant in eum. Dicit ergo eis Jésus : Tempus meum nondum advenit : tempus autem vestrum semper est paratum. Non potest mundus odisse vos : me autem odit : quia ego testimonium perhibeo de illo, quod opéra ejus mala sunt. Vos ascendite ad diem festum hune, ego autem non ascendo ad diem festum istum : quia meum tempus nondum impletum est. Haec eum dixisset, ipse mansit in Galilaea. Ut autem ascenderunt fratres ejus, tune et ipse ascendit ad diem festum non manifeste, sed quasi in occulto. Judaei ergo quaerebant eum in die festo, et dicebant : Ubi est ille ? et murmur mulpar crainte des Juifs, tum erat in turba de eo. Quidam enim dicebant : Quia bonus est. Alii autem dicebant : Non, sed seducit turbas. Nemo tamen palam loquebatur de illo propter metum Judaeorum.

Les faits racontés dans ce passage du saint Eva^^ile se rapportent à une époque un peu antérieure de la vie du Sauveur; mais l'Eglise nous les propose aujourd'hui, à cause de la relation qu'ils ont avec ceux que nous avons lus dans le livre sacré depuis plusieurs jours. On voit que non seulement aux approches de cette Pâque qui devait être la dernière pour la Synagogue, mais dès le temps de la fête des Tabernacles, qui avait lieu au mois de septembre, la fureur des Juifs contre Jésus conspirait déjà sa mort. Le Fils de Dieu était réduit à voyager secrètement, et, pour se rendre en sûreté à Jérusalem, il lui fallait

f>rendre des précautions. Adorons ces humiiations de l'Homme-Dieu, qui a daigné sanctifier tous les états, même celui du )uste persécuté et réduit à se dérober aux regards de ses ennemis. Il lui eût été facile d'éblouir ses adversaires par des miracles inutiles, comme ceux que désira Hérode, et de forcer ainsi leur culte et leur admiration. Dieu ne procède point ainsi; il ne contraint pas ; il agit sous les yeux de l'homme ; mais, pour reconnaître l'action de Dieu, il faut que l'homme se recueille et s'humilie, qu'il fasse taire ses passions. Alors la lumière divine se manifeste a l'àme ; cette âme a vu suffisamment; maintenant, elle croit et veut croire; son bonheur, comme son mérite, est dans la foi ; elle est en mesure d'attendre la manifestation radieuse de l'éternité.

La chair et le sang ne l'entendent pas ainsi ; ils aiment l'éclat et le bruit. Le Fils de Dieu venant sur la terre ne devait pas se soum.ettre à un tel abaissement que de faire montre aux

hommes de son pouvoir infini. Il avait à opérer des prodiges pour appuyer sa mission; mais en lui, devenu le Fils de l'homme, tout ne devait pas- être prodige. La plus large part de sa carrière était réservée aux humbles devoirs de la créature : autrement il ne nous eût pas appris par son exemple ce que nous avions tant besoin de savoir. Ses frères (on sait que les Juifs étendaient le nom de frères à tous les parents en ligne collatérale), ses frères auraient voulu avoir leur part dans cette illustration vulgaire qu'ils désiraient pour Jésus. Ils lui fournissaient l'occasion de leur dire cette forte parole que nous devons méditer en ce saint temps, pour nous en souvenir plus tard : « Le monde ne saurait vous haïr; mais moi, il me hait. » Gardons-nous donc désormais de plaire au monde ; son amitié nous séparerait de Jésus-Christ.

HUMILIEZ VOS têtes devant Itj umiliate capita vesDieu. in tra Deo.

FAITES-NOUS , Seigneur , la grâce de persévérer dans le service que vous voulez de nous ; afin que, en nos jours, ]e peuple qui vous sert croisse en nombre et en mérites. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

DA nobis , quaesumus Domine, perseverantem in tua voiuntate famulatum : ut in diebus nostris, et merito et numéro, populus tibi serviens augeatur. Per Christum Dominumnostrum. Amen.

anciens Bréviaires Romains-Français, servira aujourd'hui à exprimer nos sentiments à notre Rédempteur.

Uex Chrisic factor om-'^ nium, Redemptor et credentium : Placare votis supplicum Te laudibus colentium.

Cujus benigna gratia Crucis per aima vulnera, Virtute solvit ardua Primi parentis vincula.

Ligatus es ut solveres Mundi ruentis complices: Per probra tergens crimina Quae mundus auxit plurima.

Cruci redemptor figeris, Terram sed omnem concutis : Tradis potentem spiritum. Nigrescit atque saeculum.

C\ Christ. Créateur et Roi ^^ de tous les êtres . rédempteur des croyants, nous célébrons vos louanges : laissez-vous fléchir par nos supplications.

f>uissance a daigné briser les iens de notre premier père, par les blessures sacrées qu'elle reçut sur la Croix.

Vous, le Créateur des cieux, vous avez revêtu notre enveloppe de chair ; vous avez daigné subir l'humiliation et la douleur.

Vous avez souffert d'être enchaîné, afin de délier les pécheurs, tristes suppôts de ce monde destiné à périr ; par vos opprobres . vous avez effacé les crimes que le genre humain avait accumulés.

Rédempteur, on vous cloue à la Croix ; mais la terre entière s'ébranle ; vous rendez au Père votre âme toutepuissante ; et le monde disparaît sous d'épaisses ténèbres.

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