L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 33)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

LU cognoscatis, et crc- | cr«>irc, croyez à mes œuvres: datis quia Pater in me afin que vous connaissiez et est, et ego in Pâtre. I que vous croyiez que le Père

Après la fcte des Tabernacles vint celle de la Dédicace, et Jésus était demeuré à Jérusalem. La haine de ses ennemis croissait toujours, et voici qu'ils s'assemblent autour de lui, afin de lui faire dire qu'il est le Christ, pour l'accuser ensuite d'usurper une mission qui n'est pas la sienne. Jésus dédaigne de leur répondre, et les renvoie aux prodiges qu'ils lui ont vu opérer, et qui rendent 'de lui un si éclatant témoignage. C'est par la toi, et }3ar la foi seule, que l'homme peut arriver à Dieu en ce monde. Dieu se maniteste par des œuvres divines; l'homme qui les connaît doit croire la vérité que de telles œuvres attestent ; en croyant ainsi , il a en même temps la certitude de ce qu'il croit et le mérite de sa croyance. Le juif superbe se révolte; il voudrait dicter la loi a Dieu même, et il ne comprend pas que sa prétention est aussi impie qu'elle est absurde.

Cependant il faut que la doctrine divine ait son cours, dût-elle exciter le scandale de ces esprits pervers. Jésus n'a pas à parler seulement pour eux : il faut aussi qu'il le fasse pour ceux qui croiront. Il dit donc alorr; cette grande parole par lac^uelle il atteste, non plus seulement sa qualité de Christ, mai. sa divinité : « Moi et mon Père, nous sommer une même chose. » îl savait qu'en s'exprimant ainsi il exciterait leur fureur ; m.ais il

fallait qu'il se révélât à la terre et confondît d'avance l'hérésie. Arius se lèvera un jour contre le Fils de Dieu, et dira qu'il n'est que la plus parfaite des créatures : l'Eglise répondra qu'il est une même chose avec le Père^ qu'il lui est consubstantiel ; et après bien des agitations et bien des crimes, la secte arienne s'éteindra et tombera dans Toubli. Les Juifs sont ici les précurseurs d'Arius. Ils ont compris que Jésus confesse qu'il est Dieu, et ils tentent de le lapider. Par une dernière condescendance, Jésus veut les préparer à goûter cette vérité, en leur montrant par leurs Ecritures que l'homme peut recevoir quelquefois, dans un sens restreint, le nom de Dieu, à raison des fonctions divines qu'il exerce ; puis il porte de nouveau leur pensée sur les prodiges qui témoignent si hautement de l'assistance que lui prête son Père, et répète avec une fermeté nouvelle que < le Père est en lui, et lui dans le Père. » Rien ne peut convaincre ces cœurs obstinés ; et la peine du péché qu'ils ont commis contre le Saint-Esprit pèse toujours sur eux davantage. Que diftèrent est le sort des brebis du Sauveur! ce Elles écoutent sa voix, elles le suivent; il leur donne la vie éternelle, et nul ne les ravira de ses mains. «Heureuses brebis! elles croient parce qu'elles aiment ; c'est par le cœur que la vérité se fait jour en elles; de môme que c'est par l'orgueil de l'esprit que les ténèbres pénètrent dans l'âme de l'incrédule, et s'y établissent pour toujours» L'incrédule aime les ténèbres; il les appelle lumière, et il en vient à blasphémer, sans plus sentir qu'il blasphèmCc Le Juif en vient jusij6

A DESTO supplicationi** bus nostris, omnipotens Deus : et quibus fiduciam sperandas pietatis indulges, consuetae misericordiae tribue benignus effectum. Per Christum Dominum nostrum. Amen,

ECOUTEZ nos supplications, ô Dieu tout-puissant, et daignez accorder l'effet de votre miséricorde accoutumée à ceux auxquels vous donnez la confiance de l'espérer de votre bonté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

L'Eglise Gothique d'Espagne nous présente, dans son Bréviaire Mozarabe, cette belle prière composée de solennelles acclamations au Christ souffrant.

. \7erus Dei Filius, ^- ▼ Christe. fi). Exaudi : populo supplicanti miserere.

j^. Quitriumpho Cruels tuae salvasti solus orbem, tu cruoris tui pœna nos libéra.

j^. Qui moriens mor. /^Christ, vrai Fils ^' \Jàt Dieu ! ^. Exaucez-nous, ayez pitié d'un peuple suppliant.

j^. Vous qui , par le triomphe de votre Croix, avez seul sauvé l'univers , délivrez-nous par votre sang expiateur.

condamnez la mort, et par votre Résurrection procurez la vie : vous qui souffrez pour nous une peine qui ne vous était pas due.

j^. Accordez-nous de célébrer en paix ces jours de votre Passion. Dans ce saint temps, que votre bonté nous protège.

f. Ne laissez pas périr ceux pour qui vous avez souffert la croix ; mais, par la croix, conduisez-les à la vie éternelle.

Saluons la sainte Croix, en empruntant la voix de l'Eglise Grecque, dans son Triodion.

tem damnas , resurgens vitam praestas, sustinens pro nobis pœnam indebitam.

y. Passionis tuae dies celebremus indemnes : ut per hoc dulcedo tua nos foveat.

f. Pro quibus passus es crucem, non permittas perire ; sed per crucem duc ad vitam perpetuam.

EN changeant la disposition de ses bras, pour répandre la bénédiction sur ses petits-fils, Jacob, l'illustre patriarche, marquait la figure de la Croix ; il présageait la bénédiction de salut qui, par la Croix, est descendue sur nous tous.

O Croix digne d'honneur, nous t'embrassons comme l'armure de salut, l'invincible trophée, le signe d'alléC RUGIS speciem insinuans, manus, permutato ordine, olim expandit decantatissimus Jacob , benedictionem nepotibus impertiens ; simulque salutiferam benedictionem quae ad nos omnes pertiagit indicans.

Te salutiferam armaturam, te invictum trophaeum, lastitiae signura, quo mors occisa est, amla passion et la semaine sainie.

plcctimur, illustres effccii cjus gloria qui in le, Crux honoratissima, athxus est.

Assistunt incorporearum Virtutum ordines trementes coram ligno vitam praebente. In te enim Christus sanguinem effudit, pretium redemptionis repraesentans, daemonibus piaculareet capitale, ob perniciem hominibus illatam.

Percussum me hostis gladio sana sanguine luo, Verbum, et lancea celeriter peccatorum

Inferni habitaculum concussisti, ubi in terra defixa es : fidelibus autem fulcrum inconcussum et stabilis protectio effecta es, o veneranda Crux.

Feraces virtutum effecti decerpamus divini ligni vivificos fructus, quos protulit nobis in hoc extensus Jésus vitis illa fructifera.

grcssc, l'inslrument par lequel la mort a succombe ; nous qui participons à la gloice de celui qui fut attaché à tes bras.

Les hiérarchies angéliquet assistent saisies de tcrr£ur, en présence du bois qui donne la vie. Car sur ce bois le Christ a versé son sang, et il a offert, pour éloigner des hommes la ruine qui les menaçait, le prix de la rédemption qui détruit tous les droits que le péché avait donnés aux démons.

O Verbe, j'ai été blessé par le glaive de l'ennemi ; guérissez - moi par votre sang; hâtez-vous de déchirer par la lance de votre passion la cédule de mes péchés , et inscrivez-moi au livre de vie.

O Croix digne d'hommages, lorsque tu fus plantée en terre, les demeures infernales en furent ébranlées ; mais tu es devenue pour les fidèles l'appui solide, la protection qui ne manque jamais.

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