L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 34)
Rendus fertiles en vertus, cueillons sur ce bois divin les fruits vivifiants que nous présente Jésus, la vigne féconde, étendue sur ce bois.
Nous louons, ô Jésus, votre immense bonté, en adorant la Croix, la lance et le roseau avec lesquels vous avez renversé, dans votre miséricorde, le mur de séparation qui nous faisait ennemis de Dieu.
Laudamus, Jesu, immensam bonitatem tuam, adorantes Crucem, lanceam et arundinem per quam sustulisti, misericors, inimicitiarum médium parietem.
Rome, la Station est dans l'E- glise de Saint-Apollinaire, qui fut disciple de saint Pierre, et ensuite premier Evêque de Ravenne et Martyr.
PRiESTi omnipotens Deus, ut dignitas conditionis humanas per immoderantiam sauciata, medicinalis parcimoniae studio reformetur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
FAITES, ô Dieu tout-puissant, que la nature humaine, qui a été blessée par son intempérance, soit rétablie en sa dignité par cette abstinence salutaire. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Seigneur notre Dieu, nous vous en conjurons par la gloire de votre Nom, ne nous abandonnez pas à jamais. Ne détruisez pas votre alliance, et ne retirez pas de nous votre miséricorde. Ayez égard à Abraham votre bienaimé, à Isaac votre serviteur, et à Israël votre saint, auxquels vous avez promis que vous multiplieriez leur race comme les étoiles du ciel, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer. Car nous sommes réduits. Seigneur, à un plus petit nombre que toutes les autres nations, et nous sommes aujourd'hui humiliés par toute la terre, à cause de nos péchés. Et il n'y a plus maintenant parmi nous ni prince, ni chef, ni proj^hète, ni holocauste, ni sacrifice, ni oblation, ni encens, ni lieu où nous puissions vous offrir les prémices, afin d'avoir part à votre miséricorde. Mais daignez nous recevoir à cause de notre cœur contrit et de notre esprit humilié. Que ce sacrifice offert devant vous aujourd'hui vous soit agréable comme un holocauste de béliers et de taureaux, comme l'offrande de mille agneaux gras ; car ceux qui mettent en vous leur confiance ne seront point confondus. Et maintenant, c'est de tout notre cœur que
dicens : Domine Deus noster, ne, quaesumus, tradas nos in perpetuum propter Nomen tuum, et ne dissipes testamentum tuum : neque auferas misericordiam tuam a nobis propter Abraham dilectum tuum, et Isaac servum tuum, et Israël sanctum tuum : quibus locutus es , poUicens quod multiplicares semen eorum sicut stellas cœli, et sicut arenam, quae est in littore maris : quia. Domine, imminuti sumus plus quam omnes gentes, sumusque humiles in universa terra hodie propter peccata nostra. Et non est in tempore hoc princeps, et dux, et propheta, neque holocaustum, neque sacrificium, neque oblatio, neque incensum, neque locus primiitiarum coram te, ut possimus invenire misericordiam tuam : sed in animo contrito, et spiritu humilitatis suscipiamur. Sicut in holocausto arietum, et taurorum, et sicut in millibus agnorum pinguium : sic fiât sacrificium nostrum in conspectu tuo hodie, ut placeat tibi, quoniam non est confusio confidentibus in te. Et nunc sequimurte intoto corde,
et timcmus te, et quarrimus faciem tuam. Ne confundas nos : sed fac nobiscum juxta mansuetudinem tuam, et secundum multitudincm misericordiae tuae. lu crue nos in mirahilibus tuis, et da gloriam Nomini tuo , Domine : et confundantur omnes qui ostendunt servis tuis mala, confundantur in omnipotentia tua , et robur eorum conteratur : et sciant quia tu es Dominus Deus solus, et gloriosus super orbem terrarum, Domine Deus noster.
nous allons à vous, que nous vous craignons, et que nous cherchons votre face. Ne nous repoussez pas ; mais agissez avec nous selon votre douceur, et selon la grandeur de votre miséricorde. Délivrez-nous par les merveilles de votre puissance, et donnez gloire à votre Nom, Seigneur. Que tous ceux qui font souffrir des maux à vos serviteurs soient confondus ; qu'ils soient confondus par votre toute-puissance ; que leur force soit brisée ; et qu'ils sachent que vous êtes le Seigneur, le Dieu unique, plein de gloire par toute la terre, ô Seigneur notre Dieu !
C'est ainsi que Juda, captif en Babylone, épanchait ses vœux au Seigneur par la bouche d'Azarias. La désolation était au comble dans Sion, veuve de son peuple et de ses solennités; ses tils, transplantés sur une rive étrangère, devaient successivement y mourir jusqu à la soixante-dixième année de l'exil ; après quoi Dieu se souviendrait de ses exilés, et les ramènerait en Jérusalem par la main de Gyrus. Alors aurait lieu la construction du second temple qui devait voir le Messie. Quel crime avait donc commis Juda pour se voir soumis à une telle expiation ? La fille de Sion s'était prostituée à l'idolâtrie; elle avait rompu le pacte sacré qui l'unissait au Seigneur comme à son Epoux. Toutefois son crime fut effacé par cette captivité d'un nomde la Passion. i83
bre limité d'années ; et Juda, rétabli dans la terre de ses pères, ne retourna plus au culte des faux dieux. Tl était pur d'idolâtrie lorsque le Fils de Dieu vint habiter au milieu de lui. Mais quarante ans ne s'étaient pas écoulés depuis l'ascension glorieuse de ce divin Rédempteur, que Juda reprenait de nouveau le chemin de l'exil ; qu'il était, non plus emmené captif à Babylone, mais dispersé, après d'affreux massacres, dans toutes les nations qui sont sous le ciel. Voilà, non plus soixante-dix ans, mais dix-neuf siècles qu'il est « sans prince, sans chef, sans prophète, sans holocauste, sans sacrifice et sans temple». Le crime commis par Juda est donc plus grand encore que l'idolâtrie, puisque, après une si longue suite de malheurs et d'humiliations, la justice du Père n'est pas apaisée! C'est que le sang qui fut versé par le peuple juif sur le Calvaire en ces jours n'est pas seulement le sang d'un homme ; c'est le sang d'un Dieu. Il faut que toute la terre le sache et le comprenne, à la seule vue du châtiment des meurtriers. Cette immense expiation d'un crime infini doit se continuer jusqu'aux derniers jours du monde ; alors seulement le Seigneur se souviendra d'Abraham, d'Isaac et (Je Jacob ; une grâce extraordinaire descendra sur Juda, et son retour consolera l'Eglise affligée de la défection d'un grand nombre de ses fils. Le spectacle d'un peuple entier imprégné de la malédiction dans toutes ses générations, pour avoir crucifié le Fils de Dieu, donne a réfléchir au chrétien. Il y apprend que la justice divine est terrible, et que le Père demande compte du sang de son
Fils, jusqu'à la dernière goutte, à ceux qui l'ont versé. Hâtons-nous de laver dans ce sang précieux la tache de complicité que nous avons avec les Juifs; et, rompant les liens de l'iniquité, imitons, par une entière conversion, ceux d'entre eux que nous voyons de temps en temps se détacher de leur peuple et se rendre au divin Messie, dont les bras sont étendus sur la Croix pour recevoir tous ceux qui veulent revenir à lui.
IN illo tempore : Rogabat Jesum quidam de Pharisasis. ut manducaret cum illo. Et in^ressus domum Pharisaei, discubuit. Et qccq. mulier, quas erat in civitate peccatrix, ut cognovit quod accubuisset in domo Pharisaei, attulit alabastrum unguenti ; et stans retro secus pedes ejus, lacrymis cœ- pit rigare pedes ejus. et capillis capitis sui tergebat, et osculabatur pedes ejus, et unguento ungebat. Videns autem Pharisaeus. qu' vocaverat eum, ait intra se dicens : Hic si esset Propheta, sciret utique . quae et qualis est mulier, quae tangit eum : quia peccatrix est. Et respondens
EN ce temps-là, un Pharisien pria Jésus de venir manger avec lui ; et étant entré dans la maison de ce Pharisien, il se mit à table. Et voilà qu'une femme de la ville, qui vivait dans le péché, ayant su que Jésus était à table dans la maison du Pharisien, apporta un vase d'albâtre plein d'une huile de parfum. Et se tenant derrière lui à ses pieds, elle commença à les arroser de ses larmes, et les essuyant avec ses cheveux, elle les baisait, et y répandait le parfum. Ce que voyant le Pharisien qui avait invité Jésus, il se dit en lui-même : Si cet homme était un Prophète, il saurait qui est celle qui le touche, et que c'est une pécheresse. Alors Jésus, prenant la parole, lui dit : Simon, j'ai
quelque chose à te dire. Il répondit : Maître, dites. Un créancier avait deux débiteurs ; l'un lui devait cinq cents deniers, et l'autre cinquante. Comme ils n'avaient pas de C|uoi lui rendre, il leur remit à tous deux leur dette. Lequel l'aimera le plus ? Simon répondit : J'estime que c'est celui à qui il a remis davantage. Jésus lui dit : Tu as bien jugé. Et, se tournant vers la ^mme, il dit à Simon : Vois-tu cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu n'as pas versé d'eau sur mes pieds ; mais elle, elle les a arrosés de ses larmes et les a essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas donné le baiser ; mais elle, depuis qu'elle est entrée, n'a pas cessé de baiser mes pieds. Tu n'as pas versé de parfum sur ma tête ; mais elle, elle a répandu ses parfums sur mes pieds. C'est pourquoi je te dis : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé ; mais celui à qui on remet moins, aime moins. Alors il dit à cette femme : Tes péchés te sont remis. Et ceux qui étaient à table avec lui commencèrent à dire en eux-mêmes : Quel est celui-ci qui remet même les péchés ? Et il dit à la femme : Ta foi t'a sauvée ; retire-toi en paix.
Jésus, dixit ad illum : Simon, habeo tibi aliquid dicere. At ille ait : Magister, die. Duo debitores erant cuidam fœneratori : unus debebat denarios quingentos , et alius quinquaginta. Non habentibus illis unde redderent, donavit utrisque. Quis ergo eum plus diligit ? Respondens Simon, dixit : ^stimo quia is, cui plus donavit. At ille dixit ei : Recte judicasti. Et conversus ad mulierem, dixit Simoni : Vides hanc mulierem ? Intravi in domum tuam : aquam pedibus meis non dedisti ; hœc autem lacrymis rigavit pedes meos, et capillis suis tersit. Osculum mihi non dedisti ; haec autem, ex quo intravit, non cessavit osculari pedes meos, Oleo caput meum non unxisti ; haec autem unguento unxit pedes meos. Propter quod dico tibi : Remittuntur ei peccata multa , quoniam dilexit multum. Cui autem minus dimittitur, minus diligit. Dixit autem ad illam : Remittuntur tibi peccata. Et cœperunt qui sJmul accumbebant, dicere intra se : Quis est hiCî Qui etiam peccata
dimittit? Dixit autem ad mulierem: Fides tua te salvam fecit : vade in pace.
Aux idées sombres que suggère le spectacle de la réprobation du peuple déicide, l'Eglise se hâte de faire succéder les pensées consolantes que doit produire dans nos âmes l'histoire de la pécheresse de l'Evangile. Ce trait de la vie du Sauveur ne se rapporte pas au temps de la Passion; mais les jours ou nous sommes ne sont-ils pas les jours de la miséricorde; et ne convient-il pas d'y glorifier la mansuétude et la tendresse du cœur de notre Rédempteur,qui s'apprête, en ces jours mêmes, à faire descendre le pardon sur un si grand nombre de pécheurs par toute la terre ? D'ailleurs Madeleine n'est-elle pas la compagne inséparable de son cher Maître crucitié ? Bientôt nous la verrons au pied de la Croix; étudions ce type d'amour, fidèle jusqu'à la mort; et pour cela, considérons son point de départ.
Madeleine avait mené une vie coupable ; sept démons, nous dit ailleurs le saint Evangile, avaient fixé en elle leur demeure. Il a suffi à cette femme de voir et d'entendre le Sauveur ; tout aussitôt la haine du péché la saisit, le saint amour se révèle â son cœur ; elle n'a plus qu'un désir, celui de réparer sa vie passée. Elle a péché avec éclat : il lui faut une rétractation éclatante de ses égarements ; elle a vécu dans le luxe: désormais ses parfums sont tous pour son libérateur ; de sa chevelure, dont elle était si fière. elle lui essuiera les pieds; son visage ne connaîtra plus les ris immodestes; ses yeux, qui sede la Passion. iSy
duisaient les âmes, sont noyés dans les larmes. Par le mouvement de l'Esprit divin qui la possède, elle part pour revoir Jésus. Il est chez le Pharisien, il est assis à un festin, elle va donc se donner en spectacle; que lui importe? elle s'élance avec son vase précieux, et dans un instant la voilà aux pieds du Sauveur. C'est là qu'elle s'établit, là qu'elle épanche son cœur et ses larmes. Qui pourrait décrire les sentiments qui se pressent darî^ son âme ? Jésus lui-même nous les fera connaître tout à l'heure d'un seul mot. Mais il est aisé devoir à ses pleurs combien elle est touchée, à l'emploi de ses parfums et de ses cheveux combien elle est reconnaissante, à sa prédilection pour les pieds de son Sauveur combien elle est humble.
Le Pharisien se scandalise. Par un mouvement de cet orgueil judaïque qui bientôt crucifiera le Messie, il prend de là occasion de douter de la mission de Jésus. « S'il était prophète, pense-t-il, il saurait quelle est cette femme. » Lui, s'il avait l'esprit de Dieu, il reconnaîtrait le Sauveur promis, à cette condescendance envers la créature repentante. Avec sa réputation de vertu, qu'il est au-dessous de cette pauvre femme pécheresse î Jésus prend la peine de le lui donner à comprendre, en faisant, de sa bouche divine, le parallèle de Madeleine et de Simon le Pharisien, et dans ce parallèle l'avantage reste à Madeleine. Quelle cause a donc ainsi transformé la pécheresse de manière à lui mériter, non seulement le pardon, mais les éloges publics de Jésus ? Son amour : « elle a aimé son Rédempteur, elle l'a aimé beaucoup » ; et 1g
pardon qu'elle a reçu est selon la mesure de cet amour. Il y a peu d'heures, elli n'aimaii que le monde et la vie sensuelle; le repentir a créé en elle un être nouveau; elle ne cherche plus, elle ne voit plus, elle n'aime plus que Jésus. Désormais elle s'attache à ses pas, elle veut subvenir à ses besoins, elle veut surtout le voir et l'entendre; et, au moment de répreuve, quand les Apôtres auront fui, elle sera là au pied de la Croix, pour recevoir le dernier soupir de celui à qui son âme doit la vie. Quel sujet d'espérance pour le pécheur l Jésus vient de le dire : « Celui à qui l'on remet plus, est celui-là même c|ui airne plus ». Pécheurs, songez à vos pèches; mais songez surtout à accroître votre amour. Qu'il soit en proportion de la grâce du pardon que vous allez recevoir, et « vos péchés vous seront remis ».
ESTO, quassumus Domine, propitius plebi tuas: ut quae tibi non placent respuentes, tuorum potius repleantur delectationibus mandatorum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
SOYEZ. Seigneur, favorable à votre peuple ; afin que. rejetant tout ce qui vous déplaît, il mette ses délices dans l'accomplissemen.: de vos commandements. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Nous terminerons cette journée par cette Hymne touchante du Bréviaire Mozarabe.
VERBE du Père, qui avez daigné paraître dans la chair, Agneau de Dieu, qui ôtez les péchés du monde, nous venons vers vous humblement, pour nous désaltérer dans le sang de votre auguste Passion.
Montrez-nous les stigmates de vos blessures sacrées ; faites briller le signe glorieux de votre Croix ; que, par la force inépuisable qui réside en lui, le salut soit accordé aux croyants.
Le roseau, les clous, les crachats, le breuvage de myrrhe, la couronne d'épines, les fouets, la lance, sont, ô Christ, les instruments de votre supplice; à cause d'eux, daignez aujourd'hui pardonner nos crimes.
Que le sang de vos blessures sacrées arrose et lave nos cœurs; qu'il enlève le poison de notre malice; que notre vie présente soit exemple de péché ; que la vie future nous soit une bienheureuse récompense.