L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 42)
vivement encore la scène qui eut lieu, en ce jour, à Jérusalem. La sainte Eucharistie était portée en triomphe à la Procession. L'hérésie de Bérenger contre la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie venait d'éclater à cette époque; et ce triomphe de l'Hostie sacrée était un prélude lointain à l'institution de la Fête et de la Procession du très saint Sacrement.
Un usage touchant avait lieu aussi à Jérusalem, dans la Procession des Palmes, toujours dans la même intention de renouveler la scène évangélique qui se rapporte à ce jour. Toute la communauté des Franciscains qui vieille à la ^arde des saints lieux se rendait dès le matin à Bethphagé. Là le Père Gardien de Terre Sainte, en habits pontiticaux, montait sur un ânon qu'on avait couvert de vêtements, et accompagné des religieux et des catholiques de Jérusalem, tous portant des palmes, il faisait son entrée dans la ville et descendait à la porte de l'Eglise du Saint-Sépulcre, où la Messe était célébrée avec la plus grande solennité. Depuis quelques siècles les autorités turques de Jérusalem ont interdit cette belle cérémonie, qui remontait aux temps du royaume latin de Jérusalem. -
Nous avons réuni ici, selon notre usage, les différents faits qui peuvent servir à élever la pensée des fidèles aux divers mystères de la Liturgie; ces manifestations de la foi les aideront à comprendre que, dans la Procession des Palmes, l'Eglise veut qu'ils honorent Jésus-Christ comme présent au triomphe qu'elle lui décerne aujourd'hui. Cherchons
donc par ramour a cet humble et doux Sauveur qui vient visiter la fille de Sion », comnne parle le Prophète. Il est là au milieu de nous; c'est à lui que s'adresse l'hommage de nos palmes ; joignons-y celui de nos cœurs. Il se présente pour être notre Roi; accueillons-le, et disons à notre tour : Hosannah au fils de David !
La fin de la Procession est marquée par une cérémonie empreinte du plus haut et du plus profond symbolisme. Au moment de rentrer dans 1 église, le pieux cortège en trouve les portes fermées. La marche triomphale est arrêtée; mais les chants d'allégresse ne sont pas suspendus. Une hymne spéciale au Christ-Roi retentit dans les airs avec son joyeux refrain, jusqu'à ce qu'enfin le sousdiacre ayant frappé la porte avec le bâton de la Croix, cette porte s'ouvre, et la foule, précédée du clergé, rentre dans l'église, en célébrant celui qui seul est la Résurrection et la Vie.
Cette scène mystérieuse a pour but de retracer l'entrée du Sauveur dans une autre Jérusalem, dont celle de la terre n'était que la figure. Cette Jérusalem est la patrie céleste dont Jésus nous a procuré l'entrée. Le péché du premier homme en avait fermé les portes ; mais Jésus, le Roi de gloire, les a rouvertes par la vertu de sa Croix, à laquelle elles n'ont pu résister. Continuons donc de suivre les pas du fils de David ; car il est aussi le Fils de Dieu, et il nous convie à venir prendre part à son royaume. C'est ainsi que la sainte Eglise, dans la Procession des Palmes, qui n'est d'abord que la commémoration de l'événement accompli en ce jour,-
élève notre pensée jusqu'au glorieux mystère de l'Ascension, par lequel se termine au ciel la mission du Fils de Dieu sur la terre. Mais, hélas ! les jours qui séparent l'un de l'autre ces deux triomphes du Rédempteur ne sont pas tous des jours d'allégresse, et la Procession ne sera pas plus tôt terminée, que la sainte Eglise, qui a soulevé un moment le poids de ses tristesses, n'aura plus à faire entendre que des gémissements.
La troisième partie de la fonction de ce jour est l'offrande du saint Sacrifice. Tous les chants qui l'accompagnent sont empreints de désolation ; et pour mettre le comble au deuil qui signale désormais le reste de cette journée, le récit de la Passion du Rédempteur va être lu par avance dans l'assemblée des fidèles. Depuis cinq à six siècles, l'Eglise a adopté un récitatif particulier pour cette narration du saint Evangile, qui devient ainsi un véritable drame. On entend d'abord l'historien,qui raconte les faits sur un mode grave et pathétique ; les paroles de Jésus ont un accent noble et doux, qui contraste d'une manière saisissante avec le ton élevé des autres interlocuteurs, et avec les clameurs de la populace juive. Durant le chant de la Passion, tous les assistants doivent tenir leur rameau à la main, afin de protester par cet emblème de triomphe contre les humiliations dont le Rédempteur est l'objet de la part de ses ennemis. C'est au moment où, dans son amour pour nous, il se laisse fouler sous les pieds des pécheurs, que nous devons le proclamer plus haut notre Dieu et notre souverain Roi.
Tels sont les rites généraux de cette grande journée ; nous insérerons dans le cours des prières et des lectures sacrées, selon notre coutume, les détails qui seront nécessaires pour en compléter l'intelligence.
Ce Dimanche, outre son nom liturgique et populaire de Dimanche des Rameaux, ou des Palmes, est appelé aussi Dimanche d'Hosannah, à cause du cri de triomphe dont les Juifs saluèrent l'arrivée de Jésus. Nos pères l'ont nommé longtemps Dimanche de Pdque fleurie, parce que la Pâque, qui n'est plus qu'à huit jours d'intervalle, est aujourd'hui comme en tioraison, et que les fidèles peuvent remplir dès maintenant le devoir de la communion annuelle. C'est en souvenir de cette appellation, que les Espagnols ayant découvert, le Dimanche des Rameaux de l'an i5i3, la vaste contrée qui avoisine le Mexique, lui donnèrent le nom de Floride. On trouve ce Dimanche appelé aussi Capitilavium, c'est-àdire lave-tête, parce cjue, dans les siècles de la movenne antiquité, où l'on renvoyait au Samedi-Saint le baptême des enfants nés dans les mois précédents, et qui pouvaient attendre cette époque sans danger, les parents lavaient aujourd'hui la tête ae ces enfants, afin que le samedi suivant on pût avec décence y faire l'onction du Saint-Cnrême. A une époque plus reculée, ce Dimanche, dans certaines Eglises, était nommé la Pdque des Compétents. On appelait Compétents les catéchumènes admis au baptême. Ils se rassemblaient en ce jour à l'église, et on leur faisait une explication particulière du Symbole qu'ils avaient reçu au scrutin précédent. Dans
TEglise gothique d'Espagne, on ne le donnait même qu'aujourd'hui. Enfin, chez les Grecs, ce Dimanche est désigné sous le nom de Baiphore, c'est-à-dire Porte-Palmes.
LA fonction commence par le chant de l'Hosannah, dans cette Antienne qui sert comme d'Introït :
HosANNAH au fils de David ! Béni celui qui vient au nom du Seigneur. O roi d'Israël ! Hosannah au plus haut des cieux !
HOSANNA filio David ! Benedictus qui venit in nomine Domini. O rex Israël ! Hosanna in excelsis 1
Le Prêtre prend ensuite la parole, et recueillant les vœux de toute l'assemblée, il demande à Dieu, pour son peuple, la grâce d'arriver, après ce monde passager, au terme heureux que la mort et la résurrection de Jésus-Christ nous ont préparé.
ODiEU que nous devons aimer pour être justes, multipliez en nous les dons de votre grâce ineftable ; par la mort de votre Fils, vous nous avez donné droit d'espérer ce qui est l'objet de notre foi ; faites-nous arriver, par
*-^ amare , justitia est, inefFabilis gratiae tuae in nobis dona multiplica ; et qui fecisti nos in morte Filii tui sperare quae credimus , fac nos eodem résurgente pervenire quo
tcndimus. Qui tccumvivit sa résurrection, au terme vers et rcgnat in unitate Spi- lequel nous aspirons. Par ritus Sancti Deus. per Jésus-Christ notre Seigneur, omnia saecula saeculorum. qui, étant Dieu, vit et règne Amen. avec vous en l'unité du SaintEsprit, dans tous les siècles I des siècles. Amen.
Après cette Oraison, le sous-diacre lit un passage du livre de l'Exode, dans lequel on voit le peuple de Dieu sortant de l'Egypte, et venant camper à Elim, à l'ombre de soixantedix palmiers, et auprès de douze fontaines. C'est là qu'il reçoit avis de la part de Moïse que la manne ne tardera pas à descendre du ciel pour le nourrir, et que dès le jour suivant, au matin, il en pourra apaiser sa faim. Toutes ces figures s'accomplissent dans le peuple chrétien. Par une sincère conversion, les fidèles ont rompu avec l'Egypte qui représente le monde. Les voici qui empruntent au palmier ses branches pour faire honneur à Jésus leur.Roi. Les fontaines figurent le baptême qui sera conféré bientôt à nos catéchumènes; elles sont au nombre de douze, parce que les douze articles du Symbole ont été annoncés au monde par les douze Apôtres. Enfin, le jour de Pâcjues, au matin, Jésus, Pain de vin, Manne céleste, sortira du tombeau et manifestera sa gloire.
Lectio libri Exodi. Cap. XV et xvi. diebus illis : Venerunt filii Israël in Elim, ubi erant duodecim fontes aquarum, et septuaginta palmae : et castrametati sunt juxta
Cn ces jours-là, le» enfants ■- d'Israël vinrent à Elira, où il y avait douze fontaines et soixante-dix palmiers ; et ils campèrent auprès des eaux. Toute la multitude des
enfants d'Israël partit ensuite d'Elim, et arriva au désert de Sin, qui est entre Elim et Sinaï, le quinzième jour du second mois depuis la sortie d'Egypte. Et toute la foule des enfants d'Israël murmura contre Moïse et Aaron dans le désert ; et les enfants d'Israël leur disaient: Que ne sommes-nous morts dans la terre d'Egypte par la main du Seigneur, lorsque nous étions assis près des chaudières pleines de viandes, et que nous mangions du pain à notre contentement 1 Pourquoi nous avezvous amenés dans ce désert, pour y faire mourir de faim toute cette multitude ? Alors le Seigneur dit à Moïse : Je vais vous faire pleuvoir des pains du ciel ; que le peuple sorte pour en recueillir ce ce qui lui suffira pour chaque jour, afin que j'éprouve s'il marche ou non dans ma loi. Le sixième jour ils en amasseront pour garder chez eux ; et il y aura le double de ce qu'ils recueillaient les autres jours. Moïse et Aaron dirent donc à tous les enfants d'Israël : Dès ce soir vous connaîtrez que c'est le Seigneur qui vous a tirés de la terre d'Egypte ; et demain au matin vous verrez éclater la gloire du Seigneur.
aquas. Profectique sunt de Elim : et venit omnis multitudofiliorum Israël in desertum Sin, quod est inter Elim et Sinaï : quintodecimo die mensis secundi, postquam egressi sunt de terra -(Egypti. Et murmuravit omnis congregatio filiorum Israël contra Moysen et Aaron in solitudine. Dixeruntque filii Israël ad eosj Utinam mortui essemus per manum Domini in terra ^gypti, quando sedebamus super oUas carnium : et comedebamus panem in saturitate. Cur induxistis nos in desertum istud, ut occideretis omnem multitudinem famé ? Dixit auiem Dominus ad Moysen : Ecce egopluam vobis panes de cœlo. Egrediatur populus, et colligat quae sufficiunt per singulos dies : ut tentem eum, utrum ambulet in lege mea , an non. Die autem sexto parent quod inférant : et sit duplum, quam colligere solebant per singulos dies. Dixeruntque Moyses et Aaron ad omnes filios Israël : Vespere scietis, quod Dominus eduxerit vos de terra iEgypti : et mane videbitis gloriam Domini.
Après cette lecture, le chœur chante l'un des deux Répons suivants, qui rappellent la Passion du Sauveur :
^' ^^ tifices et Pharisœi concilium, et dixerunt : Quid facimus , quia hic homo multa signa facit ? Si dimittimus eum sic, omnes credent in eum : * Et venient Romani, et toUent nostrum locum et gentem.
j^. Unus autem ex illis, Caiphas nomine, eum esset Pontifex anni illius, prophetavit dicens : Expedit vobis, ut unus moriatur homo pro populo, et non tota gens pereat. Ab illo ergo die cogitaverunt interficere eum. dicentes :
^. In ntonte Oliveti oravit ad Patrem : Pater, si fieri potest, transeat a me calix iste. * Spiritus quidem promptus est : caro autem infirma ; fiât voluntas tua.
ES Pontifes et les Phale conseil et dirent : Que faisons-nous ? Cet homme fait beaucoup de prodiges-, si nous le laissons aller de la sorte, tous croiront en lui ; * Et les Romains viendront et détruiront notre pays et notre nation.
f. Mais l'un d'eux, nommé Caiphe. étant Pontife cette année-là, prophétisa et dit : Il vous est avantageux qu'un seul homme meure pour le peuple entier , et que toute la nation ne périsse pas. Depuis ce jour, ils songèrent aux moyens de le faire mourir, et ils disaient :
* Et les Romains viendront et détruiront notre pays et notre nation.