L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 48)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

du peuple. Or celui qui le livrait leur avait donné un signe, disant: Celui que je baiserai, c'est lui : arrêtez-le. Et aussitôt, s'approchant de Jésus, il dit : Salut, Maître 1 Et il le baisa. Et Jésus lui dit: Mon ami, qu'es-tu venu faire ? Alors les autres s'approchèrent , mirent la main sur Jésus, et se saisirent de lui. Et voilà qu'un de ceux qui étaient avec Jésus, étendant la main, tira son épée, et frappant un serviteur du prince des prêtres, lui coupa l'oreille. Alors Jésus lui dit : Remets ton épée en son lieu : car tous ceux qui prendront l'épée périront par l'épée. Penses-tu que je ne puisse pas prier mon Père, et il m'enverrait aussitôt plus de douze légions d'Anges ? Comment donc s'accompliront les Ecritures qui déclarent qu'il doit être fait ainsi? En même temps Jésus dit à cette troupe : Vous êtes venus à moi avec des épées et des bâtons , comme pour prendre un voleur. Assis dans le Temple, j'y enseignais chaque jour, et vous ne m'avez pas pris. Or tout cela s'est fait pour que s'accomplît ce qu'avaient écrit les Prophètes. Alors tous les disciples, l'abandons'enfuirent.

nant, et non me tenuistis. Hoc autem totum factum est, ut adimplerentur Scripturae Prophetarum. Tune discipuli omnes, relicto eo, fugerunt.

Et les gens qui s'étaient saisis de Jésus l'emmenèrent chez Caïphe, prince des prêtres, où s'étaient assemblés les scribes et les anciens du peuple. Pierre le suivait de loin, jusque dans la cour du prince des prêtres ; et y étant entré, il s'assit avec les serviteurs pour voir la fin. Or les princes des prêtres et toute l'assemblée cherchaient un faux témoignage contre Jésus pour le faire mourir. Et ils n'en trouvèrent point , quoique beaucoup di faux témoins se fussent présentés. Enfin il vint deux faux témoins qui dirent : Celui-ci a dit : Je puis détruire le Temple de Dieu, et le rebâtir après trois jours. Et le prince des prêtres, se levant, lui dit : Vous ne répondez rien à ce que ceux-ci témoignent contre TOUS? Et Jésus se taisait. Le prince des prêtres lui dit : Je vous adjure par le Dieu vivant de nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu. Jésus lui répondit : Vous l'avez dit.- Au reste, je vous déclare <ju'un jour vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Vertu de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. Alors le prince des prêtres déchira ses vêtements, disant : Il a blasphémé ; qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Vous venez d'entendre le blasphème. Que vous

At illi tenentes Jesum duxerunt ad Caipham principem sacerdotum , ubi scribae et seniores convenerant. Petrus autem sequebatur eum a longe, usque in atrium principis sacerdotum. Et ingressus intro, sedebat cum ministris, ut videret finem. .Principes autem sacerdotum, et omneconcilium, quaerebant falsum testimônium contra Jesum, ut eum morti traderent : et non invenerunt , cum multi falsi testes accessissent. Novissime autem venerunt duo falsi testes, et dixerunt : Hic dixit : Possum destruere Templum Dei , et post triduum reasdificare illud. Et surgens princeps sacerdotum, ait illi : Nihil respondes ad ea, quae isti adversum te testificantur ? Jésus autem tace-» bat. Et princeps sacer^ dotum ait illi : Adjuro te per Deum vivum, ut dicas nobis , si tu es Christus Filius Dei. Dicit illi Jésus: Tu dixisti. Verumtamen dico vobis, amodo videbitis Filium hominis sedentem a dextris Virtutis Dei, et venientem in nubibus cœli. Tune princeps sacerdotum scidit vestiment?

sua. diccns : Blasphcmavit. Quid adhuc e^cmus testibus ? Kccc nunc audistis blasphcmiam. Quid vobis videtur ? At illi respcndcotes, dixerunt: Reus est mortis. Tune cxpuerunt in

en semble? Ils répondirent : Il mérite la mort. Alors ils lui crachèrent au visajfc. et le frappèrent avec le poing; et d'autres lui donnèrent des soufflets, disant : Christ, prophétise-nous qui est-ce oui t'a frappé ? faciem ejus : et colaphis eum ceciderunt. Alii autera palmas in faciem ejus dederunt dicentes : Prophetiza nobis, Christe. quis est, qui te percussit ?

Petrus vero sedebrit foris in atrio.Et accessit ad eum una ancilla, dicens : Et tu eum Jesu Galilaeo eras. At ille negavit coram omnibus, dicens : Nescio quid dicis. Exeunte autem illo januam, vidit eum alia ancilla : etaithis qui erant ibi : Et hic erat eum Jesu Nazareno. Et iterum negavit eum juramento : Quia non novi hominem. Et post pusillum accesserunt qui stabant, et dixerunt Petro : Vere et tu ex illis es : nam et loquela tua manifestum te facit. Tune cœpit detestari et jurare quia non novisset hominem. Et continuo gallus cantavit. Et recordatus est Petrus verbi Jesu quod dixerat : Priusquam gallus cantet, ter me negabis. Et egressus foras, flevit amare.

CependantPierreétait assis dans la cour, et une servante s'approchant, lui dit : Et toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen, Mais il le nia devant tous, disant: Je ne sais ce que tu dis. Et comme il était à la porte pour sortir, une autre servante le vit, et dit à ceux qui étaient là : Celuici était aussi avec Jésus le Nazaréen. Il le nia une seconde fois avec serment, disant : Je ne connais point cet homme. Peu après, ceux qui se trouvaient là, s'approchant de Pierre, lui dirent: Certainement toi aussi, tu es de ces gens-là : ton langage même te décèle. Alors il se mit à jurer avec exécration qu'il ne connaissait point cet homme. Et aussitôt le coq chanta. Et Pierre se souvint de la parole que lui avait dite Jésus : Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois. Et étant sorti dehors, il pleura amèrement.

anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus pour le faire mourir. Et l'ayant lié, ils l'emmenèrent et le livrèrent au gouverneur PoncePilate. Alors Judas, celui qui le trahit, voyant qu'il était condamné, se repentit et reporta les trente pièces d'argent aux princes des prêtres et aux anciens , disant : J'ai péché en livrant le sang innocent. Mais ils lui dirent : Que nous importe ? c'est ton affaire. Sur quoi, ayant jeté l'argent dans le Temple, il se retira, et alla se pendre. Mais les princes des prêtres ayant pris l'argent, dirent: Il n'est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c'est le prix du sang. Et s'étant conSiltés entre eux, ils en achetèrent le champ d'un potier pour la sépulture des étrangers. C'est pourquoi ce champ est encore aujourd'hui appelé Haceldama , c'est-àdire le champ du Sang. Alors fut accompli ce qu'avait dit le prophète Jérémie : Ils ont reçu trente, pièces d'argent, prix de celui mis à prix suivant l'appréciation des enfarts d'Israël; et ils les ont données pour le champ d'un potier, comme le Seigneur me l'a ordonné.

principes sacerdotum, et seniores populi adversus Jesum , ut eum morti îraderent. Et vinctum adduxerunt eum, et tradiderunt Pontio Pilato, pragsidi. Tune videns Judas, qui eum tradidit, quod damnatus esset , poenitentia ductus , retulit triginta argenteos principibus sacerdotum et senioribus , dicens ; Peccavi tradens sanguinem justum. At illi dixerunt : Quid ad nos ? Tu videris. Et projectis argenteis in Templo, recessit : et abiens laqueo se suspendit. Principes autem sacerdotum, acceptis argenteis, dixerunt : Non licet eos mittere in corbonam, quia pretium sanguinis est. Consilio autem inito, emerunt ex illis agrum figuli, in sepulturam pcregrinorum. Propter hoc vocatus est ager ille Haceldama, hoc est, ager Sanguinis, usque in hodiernum diem. "Tune impletum est quod dictum est per Jeremiam prophetam dicentem : Et acceperunt triginta argenteos, pretium appretiati quem appretiaverunt a filiis Israël : et dederunt eos in agrum fîguli, sicut constituitmihi Dominus.

Jésus autem sletit ante prœsidem. Et interrognvit eum pracses diccns : Tu es Rex Judaeorum ? Dicit illi Jcsus : Tu dicis. Et cum accusaretur a principibus saccrdotum et senioribus, nihil respondit. Tune dicit illi Pilatus : Non audis , quanta adversum te dicunt testimonia ? Et non respondit ei ad ullum Verbum : ita ut miraretur praeses vehementer.

Per diem autem solemnem consueverat praeses populo dimittere unum V'inctum, quem voluissent, Habebat autem tune vinctum insignem, qui dicebatur Harabbas, Con^regatis ergo illis, dixit Pilatus : Quem vultis dimittam vobis, Barabbam, an Jesum. qui dicitur Christus ? Sciebat enim, quod per invidiam tradidissent eum. Sedente autem illo pro tribunali, misit ad eum uxor ejus, dicens • Nihil tibi et justo illi : multa enim passa sum hodie per vieum propter eum, Principes autem sacerdotum et seniores persuaserunt populis, ut pétèrent Barabbam . Jesum vero perderent. Respondens autem praeses, ait

Jésus comparut donc devant le gouverneur ; et le gouverneur l'interrogea , disant , Etes-vous le Roi des Juifs? Jésus lui répondit : Vous le dites. Et comme les princes des prêtreset les anciens l'accusaient, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : N'entendez-vous pas combien de choses ils disent contre vous ? Mais à tout ce qu'il lui dit, il ne répondit rien, de sorte que le gouverneur s'étonnait grandement.

Au jour de la fête de Pâque, le gouverneur avait coutume de délivrer un prisonnier, celui que le peuple voulait. Il y en avait alors un fameux nommé Barabbas. Comme donc ils étaient tous assemblés, Pilate dit Lequel voulez-vous que je vous délivre, Barabbas, ou Jésus, qu'on appelle le Christ ? Car il savait qu'ils l'avaient livré par envie. Pendant qu'il siégeait sur son tribunal, sa femme lui envoya dire : Ne prends aucune part à l'affaire de ce juste ; car j'ai été aujourd'hui étrangement tourmentée en songe à cause de lui. Mais les princes des prêtres et les anciens persuadèrent au peuple de demander Barabbas, et de faire périr Jésus. Le gouverneur donc leur dit Lequel des deux voulez-vous que jevousdéliLe Dimanche des Rameaux.

vre ? Ils lui répondirent : Barabbas. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, qu'on appelle le Christ ? Tous dirent : Qu'il soit crucifié. Le gouverneur leur dit : Quel mal a-t-il fait ? Mais ils criaient encore plus fort, disant : Qu'il soit crucifié.

Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte croissait de plus en plus, se fit apporter de l'eau, et se lavant les mains devant le peuple , il dit : Je suis innocent du sang de ce juste : vous en répondrez. Et tout le peuple dit : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants. Alors il leur délivra Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le leur livra pour être crucifié.

Les soldats du gouverneur le menèrent dans le prétoire; et toute la cohorte s'assembla autour de lui. Et, l'ayant dépouillé, ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre. Et, tressant une couronne d'épines, ils la mirent sur sa tête, et un roseau dans sa main droite; et, fléchissant le genou devant lui, ils le raillaient , disant: Salut, Roi des Juifs. Et, crachant sur lui, ils prenaient le roseau , et en frappaient sa tête. Après s'être ainsi joués de

illis : Quem vultis vobis de duobus dimitti ? At illi dixerunt : Barabbam. Dicit illis Pilatus : Quid igitur faciam de Jesu , qui dicitur Christus ? Dicunt omnes : Crucifigatur. Ait illis praeses : Quid enim mali fecit ? At illi magis clamabant dicentes : Crucifigatur.

Videns autem Pilatus, quia nihil proficeret, sed magis tumultus fieret : accepta aqua, lavit manus coram populo, dicens : Innocens ego sum a sanguine justi hujus : vos videritis. Et respondens universus populus, dixit : Sanguis ejus super nos, et super filios nostros. Tune dimisit illis Barabbam : Jesum autem flagellatum tradidit eis, ut crucifigeretur.

Tune milites praesidis suscipientes Jesum in prastorium, congregaverunt ad eum universam cohortem. Et exuentes eum, chlamydem coccineam circumdederunt ei. Et plectentes coronam de spinis, posuerunt super caput ejus, et arundinem in dextera ejus. Et genu flexo ante eum , illudebant ei, dicentes : Ave Rex Judaeorum ! Et expuentes in eum, acceperunt arundinem, et percu-«

ticbant caput ejus. El posiquam illuscrunt ci, exueruni cum chIamyJe : et indiicrunl cum vcstimcntis cjus, et duxcrunt cum ut crucifi^crcni.

l^xcuntes autem, invcnerunt homincm Cyrcnacum, nominc Simonem. Hune anj/ariavcrunt , ut tolleret crucem cjus. Et venerunt in locum, qui dicilur Golgotha : quod est , Calvarirc locus. Et dederunt ci vinum bibere. cum felle mixtum. Et cum gustassel, noluit bibere. Postquam autem crucifixerunt cura, diviserunt vestimenta ejus sortem mittentes : ut impleretur quod dictum est per Prophetam dicentem : Diviserunt sibi vestimenta mea, et super vestem meam miserunt sortem. Et sedentes. servabant eum. Et imposuerunt super caput ejus causam ipsius scriptam : Hic est Jésus Rex Judaeorum. Tune crucifix! sunt cum eo duo latrones , unus a dextris, et unus a sinistris.

Praetereuntes autem blasphemabant eum , moventes capita sua, et dicentes : Vah ! qui destruis Templum Dei, et in triduo illud reaedificas. Salva temetipsum.

lui, iU lui ôtèrent le mantc.ii). lui remirent ses vêtement-, et remmenèrent pour le crucifier.

Comme ils sortaient . ils trouvèrent un homme de la Cyrénaïque, nommé Simon, qu'ils contraignirent de porter sa croix. Et ils vinrent au lieu appelé Golgotha, qui est le lieu du Calvaire, Et ils lui donnèrent à boire du vin mêlé avec du fiel ; et. l'ayant goûté, il n'en voulut pas boire Après qu ils l'eurent crucifié, ils partagèrent ses vêtement.'^, en les tirant au sort, afin que s'accomplît ce qu'avait dit le Prophète : Ils se sont partagé mes vêtements, et ils ont tiré ma robe au sort. Et, s'étant assis, ils le gardaient. Et audessus de sa tête ils mirent un écriteau portant le sujet de sa condamnation : Jésus, Roi des Juifs. En même temps, ils crucifièrent avec lui deux voleurs, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche.

Les passants le chargeaient d'injures, branlant la tête et disant : Eh bien ! toi qui détruis le Temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, que ne te sauves-tu toi-même ? Si tu es le Fils de Dieu, desLe Dimanche des Rameaux.

cends de la croix. Les princes des prêtres aussi, avec les scribes et les anciens, disaient en se moquant de lui : Il a sauvé les autres, et il ne peut se sauver lui-même. S'il est le Roi d'Israël, qu'il descende maintenant de sa croix, et nous croirons en lui. Il se confie en Dieu "• que Dieu maintenant le délivre , s'il l'aime ; car il a dit : Je suis le Fils de Dieu. Les voleurs qu'on avait crucifiés avec lui lui adressaient les mêmes reproches.

Or, depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, les ténèbres couvrirent toute la terre. Et vers la neuvième heure, Jésus jeta un grand cri, disant : Eli , Eli, lamma sabacthani ? c'est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? Ce qu'entendant quelques-uns de ceux qui étaient là, ils disaient : Il appelle Elie. Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il remplit de vinaigre, et la mettant au bout d'un roseau, il lui présenta à boire. Les autres disaient : Attendez : voyons si Elie viendra le délivrer. Mais Jésus, de nouveau jetant un grand cri, rendit l'esprit.

Si Filius Dei es, descende de cruce. Similiter et principes sacerdotum illudentes cum scribis et senioribus , dicebant : Alios salvos fecit : seipsum non potest salvura facere. Si Rex Israël est, descendat nunc de cruce, et credimus ci. Confidit in Deo : liberet nunc si vult eum : dixit enim , quia Filius Dei sum. Idipsum autem et latrones, qui crucifixi erant cum eo, improperabant

A sexta autem hora, tenebras factae sunt super universam terram, usque ad horam nonam. Et circa horam nonam, clamavit Jésus voce magna, dicens : Eli, Eli, lamma sabacthani ? Hoc est : Deus meus, Deus meus, ut quid dereliquisti me ? Quidam autem illic stantes, et audientes, dicebant : Eliam vocat iste. Et continuo currens unus ex eis acceptam spongiam implevit aceto, et imposuit arundini , et dabat ei bibere. Caeteri vero dicebant : Sine , videamus , an veniat Elias liberans eum. Jésus autem iterum damans voce magna, emisit spiritum.

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