L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 52)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

j^. Domine, ne memineris iniquitatum nostrarum antiquarum : cite anticipent nos misericordiae tuae, quia pauperes facti sumus nimis.

f. Adjuva nos, Deus salutaris noster; et propter gloriam Nominis tui, Domine, libéra nos : et propitius esto peccatis nostris propter Nomen tuum.

niam, ubi Lazarus fuerat mortuus, qucm suscitavil Jcsus. Fccerunt autcm ci cœnam ibi : et Martha ministrabat , Lazarus vero unus erat ex discumbentibus cum eo. Maria crgo accepit libram unguenti nardi pistici prctiosi : et unxit pedes Jesu, et extcrsit pedes ejus capillis suis ; et domus impleta est ex odore unguenti.Dixitergo unus ex discipulis ejus. Judas Iscariotes, qui erat eum traditurus : Quare hoc unguentum non vaniit trecentis denariis, et datum est egenis ? Dixit autem hoc, non quia de egenis pertinebat ad eum : sed quia fur erat. et loculos habens, ea quae mittebantur portabat. Dixit ergo Jésus : Sinite illam. ut in diem sepulturcc meae servet illud. Pauperes enim semper habetis vobiscum : me autem non semper habetis. Cognovit ergo turba multa ex Judaeis, quia illi ter Jesum tantum, sed ut citavit a mortuis.

était mort Lazare qu'il avait ressuscité. Là ils lui préparèrent à souper; et .Marthe servait, et Lazare était un des convives. Or Marie prit une livre d'un nard précieux, et en parfuma les pieds de Jésus, et les essuya avec ses cheveux, et toute la maison fut remplie de l'odeur du parfum. Un de ses disciples. Judas Iscariote, qui devait trahir son maîtr-j, dit : Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum trois cents deniers, qu'r.n aurait dcn. -' aux pauvres ? Il dit cela, .-.'.a qu'il se mît en peine des pauvres, mais parce qu'il était voleur, et qu'ayant la bourse, il portait ce qu'on y mettait. Jésus dit donc : Laissez-la : elle a gardé ce parfum pour le jour de ma sépulture. Vous avez toujours des pauvres parmi vous ; mais moi, vous ne m'avez pas toujours. Les Juifs, ayant su que Jésus était là, vinrent en grand nombre, non seulement à cause de lui. mais pour voir Lazare qu'il avait ressuscité d'entre les morts. c est : et venerunt, non propLazarum vidèrent, quem susNous avons remarqué plus haut que le récit cvangélique qui vient d'être lu se rapporte au Samedi, veille du Dimanche des Rameaux, et qu'il a été inséré dans la Messe d'aujourd'hui, parce que, dans l'antiquité, ce Samedi

n'avait pas de Station. La sainte Eglise a voulu porter notre attention sur cet intéressant épisode des derniers jours de notre Rédempteur, parce qu'il nous aide à saisir l'ensemble des circonstances qui se produisaient à ce moment^utour de lui.

Marie-Madeleine, dont la conversion était, il y a quelques jours, l'objet de notre admiration, est appelée à figurer dans les scènes de la Passion et de la Résurrection de son maître. Type de l'âme purifiée et admise ensuite aux faveurs célestes, il nous importe de la suivre dans les diverses phases que la grâce divine lui fait parcourir. Nous l'avons montrée s'attachant aux pas de son Sauveur et subvenant à ses besoins ; ailleurs le saint Evangile nous la fait voir préférée à Marthe sa sœur, parce qu'elle a cnoisi la meilleure part ; dans les jours où nous sommes, elle nous intéresse surtout par son tendre attachement à Jésus. Elle sait qu'on le cherche pour le faire mourir ; et l'Esprit-Saint, qui la conduit intérieurement à travers les états tou~ jours plus parfaits qui se succèdent en elle, veut qu'aujourd'hui elle accomplisse une action prophétique à l'égard de ce qu'elle redoute le plus.

Entre les trois présents des Mages, l'un d'eux était un signe de mort pour le divin Roi que ces hommes fidèles étaient venus saluer du fond de l'Orient ; c'était la myrrhe, parfum funéraire qui fut employé si abondamment dans la sépulture du Sauveur. Nous avons vu que Madeleine, au jour de sa pénitence, témoigna de son changement de vie par l'effusion du plus précieux de ses

parfums sur les pieds de Jésus. Aujourd'hui, clic a recours encore à cette touchante manifestation de son amour. Son maître divin est à table chez Simon le Lépreux ; Marie, la Mère de douleurs, est avec lui, ainsi que les disciples ; Marthe veille au service ; tout est calme dans cette maison ; mais de tristes pressentiments sont au fond des cœurs. Tout à coup Madeleine paraît, portant dans ses mains un vase rempli d'une huile de nard du plus grand prix. Elle se dirige vers Jésus, et s'attachant à ses pieds, elle les inonde de ce parfum ; et cette fois encore elle les essuie avec ses cheveux.

Jésus était étendu sur un de ces lits dont les Orientaux se servaient, lorsqu'ils prenaient leur repas dans les festins ; il était donc facile à Madeleine d'arriver aux pieds de son maître, et de renouveler cette démonstration de respect et de tendresse à laquelle elle s'était livrée autrefois chez le pharisien ; mais en ce jour le récit sacré ne nous dit pas qu'elle ait mêlé ses larmes à son parfum. Deux des Evangélistes, dont saint Jean a voulu compléter la narration trop succincte, nous apprennent qu'elle répandit aussi cette huile de senteur sur la tête du Sauveur. Madeleine sentait-elle en ce moment toute la portée de Faction que l'Esprit divin lui inspirait ? L'Evangile ne le dit pas ; mais Jésus révéla le mystère à ses disciples ; et nous qui recueillons ses paroles, nous apprenons par ce fait que la Passion de notre Rédempteur est, pour ainsi dire, commencée, puisque déjà la main de Madeleine l'embaume pour le tom-' beau.

La suave et pénétrante odeur du parfum avait rempli toute la salle. L'un des disciples, Judas Iscariote, ose protester contre ce qu'il appelle une profusion. La bassesse de cet homme et son avarice l'ont rendu insensible et sans pudeur. La voix de plusieurs des disciples s'unit à la sienne : tant leurs pensées étaient vulgaires encore ! Jésus permit cette indigne réclamation pour plusieurs motifs. Il voulait d'abord annoncer sa mort prochaine à ceux qui l'entouraient, en leur dévoilant le secret exprimé par cette effusion d'un parfum sur son corps. Son but ensuite était de glorifier Madeleine, dont l'amour était à la fois si tendre et si ardent ; et c'est alors qu'il annonça que la renommée de cette illustre pénitente s'étendrait par toute la terre, aussi loin que l'Evangile lui-même pénétrerait. Enfin il voulut par avance consoler les âmes pieuses auxquelles son amour inspirerait de faire des largesses à ses autels, et les venger des critiques mesquines dont elles devaient souvent être l'objet.

Recueillons ces enseignements divins. Aimons à honorer Jésus dans sa personne comme dans ses pauvres. Honorons Madeleine et mettons-nous à sa suite, lorsque bientôt nous la verrons si assidue au Calvaire et au .sépulcre. Enfin préparons-nous à embaumer notre Sauveur, en réunissant pour sa sépulture la myrrhe des Mages, qui figure la pénitence, et le précieux nard de Madeleine, qui représente l'amour généreux et compatissant.

Dans l'Offertoire, le Psalmiste, au nom du Rédempteur, après avoir imploré le secours,

demande à Dieu qu'il daigne être fidèle dans l'accomplissement de ses divins décrets pour le salut de Thomine.

ERIPK me de inimicis meis. Domine : ad te confugi, doce me facere voluntatem tuam : quia Deus meus es tu.

ARRACHEZ-MOI à mes ennemis. Seigneur : jai recours à vous. Enseignez-moi à faire votre volonté; car vous êtes mon Dieu,

La Secrète exprime toute la force divine de nos augustes mystères. Non seulement ce Sacrifice purifie les âmes, mais il les élève jusqu'à l'union parfaite avec celui qui est leur principe et leur auteur.

M.C sacrificia nos, omtenti virtute mundatos, ad suum faciant puriores venire principium. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

OUE ces mystères. Seigneur Dieu tout-puissant, après nous avoir purifiés par leur efficace vertu, nous donnent de parvenir plus purs à celui qui est leur principe. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

On ajoute une autre Oraison, comme au Dimanche de la Passion, page 129.

Après la participation des fidèles au Mystère divin, on entend retentir, dans l'Antienne de la Communion, une malédiction contre les ennemis du Sauveur. C'est ainsi que, dans le gouvernement du monde, Dieu opère au même moment selon la miséricorde et selon la justice.

ERUBESCANT, et reve- I ^*\UE ceux qui se réjouissent reaniur simul, qui 1 >^ de mes maux soient cou*

verts de confusion et saisis de crainte : que la honte et l'ignominie deviennent le partage de ceux qui parlent contre moi.

gratulantur malis meis : induantur pudore et reverentia, qui maligna loquuntur adversus me.

La sainte Eglise conclut les prières de ce Sacrifice en demandant pour ses enfants la conservation de l'esprit de ferveur qu'ils viennent de puiser à sa source.

QUE vos Mystères, Seigneur, nous inspirent une ferveur divine ; afin que leur accomplissement et les fruits qu'ils produisent soient l'objet de nos plus chères délices. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

VENEZ à notre aide, ô Dieu notre Seigneur, et donnez-nous d'arriver pleins de "joie aux anniversaires des bienfaits par lesquels vous avez daigné opérer notre régénération. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

PR^BEANT nobis, Do-^ mine, divinum tua Sancta fervorem ; quo eorum pariter et actu delectemur et fructu. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

ADJUVAnos, Deus salutaris noster; et ad bénéficia recolenda, quibus nos instaurare dignatus es, tribue venire gaudentes. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Nous terminerons la journée par cette belle prière empruntée à l'antique Liturgie Gallicane.

CHRisTE Deus, Adonai magne, nos tecum quasi huic mundo crucifijj^e ; ut vita tua in nobis sit : nostraque peccata sapei te pone, ut ea crucingas nos quoque ad icipsum irahe, cum pro nobis exaltatus es a terra, ut nos eripias ab adultero lyranno : quia licct carne et vitiis diabolo noxii sumus ; tibi tamen, non illi optamus servira : et sub tuo jure vivere desideramus, et a te gubernari rogamus ; qui nos mortales et a morte invasos, per mortem Crucis liberare voluisti. Pro quo singulari beneficio hodierna tibi nostra famulatur devotio : teque nunc hodie supplices adoramus , imploramus, invocamus, ut ad nos

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