L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 53)
Êroperes, virtus asterna ►ejs : quod nobis proficiai tua Crux, triumphans scilicet de mundo in nobis per Crucis virtutera : atque tua pietas nobis illud antiquum restituât beneficium, virtute scilicet et gratia : qui per potentiam futura, prasterita: per prassentiam facis simiJiter praeterita praesentia ; redde, al nobis tua Passio saluad Sextant.)
O (Christ! ô Dieu, souverain Soigneur, crucifieznous comme vous-même à ce monde, que votre vie soit en nous. Mettez sur vous nos péchés, afin qu'ils soient eux aussi par vous attachés à la Croix. Vous qui avez été élevé de terre, afin de nous soustraire au joug de l'impur tyran, attirez-nous à vous. Nous sommes, il est vrai, exposés aux insultes du diable, à cause de notre chair et de ses convoitises ; mais ce n'est pas lui, c'est vous que nous voulons servir. Nous voulons vivre sous vos lois; nous vous prions de nous gouverner, vous qui, par la mort de la Croix, avez daigné nous délivrer, nous mortels et envahis par la mort. Aujourd'hui donc, pour cet immense bienfait, nous vous présentons notre très humble service ; nous vous adorons, nous vous implorons, nous vous supplions de venir
gromptement vers nous , à 'ieu éternellement puissant ! que votre Croix, par sa vertu souveraine, triomphe en nous des attraits du monde ; que votre bonté rétablisse nos âmes dans leur état primitif de vertu et de grâce. Vous dont la puissance accomplit ce qui jusqu'alors n'était que possible; vous devant qui le
passé et le présent sont unis, faites que votre Passion nous soit salutaire en ce moment, comme si elle avait lieu aujourd'hui ; qu'une goutte de votre sang divin épanché un jour sur la terre soit aujourd'hui notre salut ; qu'elle lave tous les péchés de notre nature terrestre; qu'elle se mêle à la terre de notre corps ; et qu'elle nous rende tout vôtres, étant redevenus votre corps par notre réconciliation avec vous, notre Chef, qui vivez et régnez avec le Père et le Saint-Esprit. Maintenant donc commencez à régner sur nous, Komme-Dieu, Christ Jésus, Roi dans les siècles des siècles 1
tans sit, quasi prœsens et hodierna ; et sic nobis hodie, illa gutta sancti sanguinis super terram olim de Cruce stillantis, sit salus : ut omnia terrae nostrae delicta lavans, et corporis nostri humo quodam modo immixta, nos de terra tuos efficiat ; nos quoque tibi quasi corpus idem reconciliati capitis. Qui régnas cum Pâtre semper et Spiritu Sancto ; nunc nobis regnare incipe, Homo Deus, Christe Jesu, Rex in saecula saeculorum.
ETTE journée voit encore Jésus se diriger dès le matin vers Jérusalem. Il veut se rendre au Temple, et y confirmer ses derniers enseignements. Mais il est aisé de voir que le dénouement de sa mission est au moment d'éclater. Lui-même, aujourd'hui, a dit à ses disciples : a Vous savez que c'est dans deux jours que Ton fera la Pâque, et que le Fils de l'homme sera livré pour être crucifié i. »
Sur la route de Béthanie à Jérusalem, les disciples qui marchent en la compagnie de leur maître sont frappés d'étonnement à la vue du figuier que Jésus avait maudit le jour précédent. Il était desséché, comme un bois mort, des racines au sommet. Pierre alors s'adressant à Jésus : « Maître, lui dit-il, voici le figuier que vous avez maudit; voyez comme il s'est desséché. » Jésus, profitant de i'ocLe Mardi Saint. 3og
casion pour nous apprendre à tous que la nature physique est subordonnée à l'élément spirituel, quand celui-ci se tient uni à Dieu par la foi, leur dit: a Ayez foi en Dieu. Je vous le dis: Celui qui dira à cette montagne: Ote-toi, et va te jeter dans la mer; s'il n'hésite pas dans son cœur, mais s'il croit fermement à l'accomplissement de ce qu'il vient de dire, celui-là verra l'effet de sa parole. Quand vous demandez une chose dans la prière, croyez que vous l'obtiendrez, et il en sera ainsi i. »
Continuant la route, bientôt on entre dans la ville, et à peine Jésus est-il arrivé dans le Temple, que les princes des prêtres, les scribes et les anciens l'accostent et lui disent : « Par quelle autorité faites-vous ce que vous faites? qui vous a donné ce pouvoir 2 ? » On peut voir dans le saint Evangile la réponse de Jésus, ainsi que les divers enseignements qu'il donna en cette rencontre. Nous ne faisons qu'indiquer d'une manière générale l'emploi des dernières heures de la vie mortelle du Rédempteur; la méditation du livre sacré suppléera à ce que nous ne disons pas.
Comme les jours précédents, Jésus sort de la ville vers le soir, et franchissant la montagne des Oliviers, il se retire à Béthanie, auprès de sa mère et de ses anais fidèles.
L'Eglise lit aujourd'hui, à la Messe, le récit de la Passion selon saint Marc. Dans l'ordre des temps, l'Evangile de saint Marc fut écrit après celui de saint Matthieu: c'est
la raison pour laquelle cette Passion vient au second rang. Elle est plus courte que celle de saint Matthieu, dont elle semble le plu^ souvent l'abrégé ; mais on y trouve certains détails qui sont propres à cet Evangéliste, et attestent les remarques d'un témoin oculaire. On sait que saint Marc était disciple de saint Pierre, et que ce fut sous les yeux du Prince des Apôtres qu'il écrivit son Evaneile.
A Rome, la Station est aujourd'hui dans l'Eglise de Sainte-Prisque, qui fut la maison où habitèrent les deux époux Aquila et Prisca, auxquels saint Paul envoie ses salutations dans son Epître aux Romains. Plus tard, au m'* siècle, le Pape saint Eutychieii y transporta, à cause de la similitude du nom, le corps de sainte Prisque, vierge romaine et martyre.
DANS trois jours la Croix s'élèvera sur la montagne sainte, portant sur ses bras l'auteur de notre salut. Aujourd'hui l'Eglise, dans l'Introït, nous avertit par avance de saluer ce trophée de notre victoire, et de nous gloritier en lui.
autem gloriari I oportetin Cruce Domini nostri JesuChristi: in quo est salus, vita, et resurrectio nostra, per quem salvati, et liberati sumus.
GLORIFIONS-NOUS dans la Croix de Jésus-Christ notre Seigneur; c'est lui qui est notre salut, notra vie et notre résurrection, lui par qui nous sommes sauvés et délivrés.
Ps. Que Dieu ait pitié de nous et qu'il nous bénisse ; qu'il fasse luire sur nous la lumière de son visage, et qu'il ait pitié de nous.
Ps. Deus misereatur nostri, et benedicat nobis : illuminet vultum suum super nos, et misereatur nostri.
Dans la Collecte, l'Eglise demande que les saints anniversaires de la Passion du Sauveur soient pour nous une source de pardon; et qu'ils ne se terminent pas sans que nous soyons pleinement réconciliés avec la justice divine.
DIEU tout-puissant et éternel, donnez-nous de célébrer les mystères de la Passion du Seigneur, de telle sorte que nous méritions la rémission de nos péchés. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
OMNipoTENS sempiterne Deus, da nobis ita Dominicse Passionis sacramenta peragere, ut indulgentiam percipere mereamur. Per eumdem Dominum. Amen.
Lecture du Prophète Jérémie. Chap. xl pN ces jours-là, Jérémie ^ dit : Seigneur, vous m'avez fait voir, et j'ai connu; alors vous m'avez découvert leurs desseins. Pour moi, j'étais comme un agneau plein de douceur, que l'on porte pour en faire une victime ; j'ignorais qu'ils eussent formé contre moi une entreprise, en disant : MetLectio Jeremiaa Prophetae. Cap. xl Tn diebus illis : Dixit ^ Jeremias : Domine, demonstrasti mihi, et cognovi ; tune ostendisti mihi studia eorum. Et ego quasi agnus mansuetus, qui portatur ad victimam ; et non cognovi quia cogitaverunt super me consilia, dicentes : Mittamus lignum in paLe Mardi Saint.
nom ejus, et eradamus oum de terra viventium, et nomen ejus non memoreiur amplius. Tu autem, Domine Sabaoth, qui judicas juste, et probas renés et corda, videam ultionem tuam ex eis : tibi enim revclavi causam meam , Domine Deus meus.
tons du bois dans son pain : exterminons-le de la terre des vivants ; et que son nom ne soit jamais rappelé. Mais vous, Seigneur des armées, qui jugez selon l'équité, et qui sondez les reins et les cœurs, faites-moi voir la vengeance que vous devez tirer d'eux; car c'est en vos mains que j'ai remis ma cause, ô Seigneur mon Dieu 1
C'est encore une fois Jérémie qui nous fait entendre sa voix plaintive. Il nous donne aujourd'hui les propres paroles de ses ennemis, qui ont conspiré de le faire mourir. Tout y est mystérieux; et l'on sent que le Prophète est ici la tigure d'un plus grand que lui. « Mettons, disent-ils, du bois dans son pain», c'est-à-dire: Jetons un bois vénéneux dans sa nourriture, afin de lui causer la mort. Tel est le sens littéral, quand il ne s'agit que du Prophète; mais combien ces paroles s'accomplissent plus pleinement dans notre Rédempteur ! Sa chair divine est, nous dit-il, un Pain véritable descendu du ciel; ce Pain, ce corps de l'Homme-Dieu, est meurtri, déchiré, sanglant; les Juifs le clouent sur le bois, en sorte qu'il en est tout pénétré, en même temps que ce bois est tout arrosé de son sang. C'est sur le bois de la Croix que l'Agneau de Dieu est immolé ; c'est par son immolation que nous sommes mis en possession d'un Sacrifice digne de Dieu; et c'est par ce Sacrifice que nous participons au Pain céleste, qui est en même temps la chair de l'Agneau et notre Pâque véritable.
Le Graduel, tiré du Psaume xxxiv, exprime le contraste de la vie humble du Sauveur avec les airs menaçants et superbes de ses ennemis.
TANDIS que mes ennemis me persécutaient, je me revêtais d'un cilice ; j'affligeais mon âme par le jeûne, et, la tête penchée sur mon sein, je réitérais ma prière. ^. Jugez, Seigneur, ceux qui me persécutent .-désarmez ceux qui m'attaquent ; prenez vos armes et votre bouclier, et levez-vous pour venir à mon secours.
EGO autem, dum mihi molesti essent, induebam me cilicio, et humiliabam in jejunioanimam meam : et oratio mea in sinu meo convertetur.
j^. Judica, Domine, nocentes me, expugna impugnantes me : appréhende arma et scutum,et exsurge in adjutorium mihi.
La Passion selon saint Marc est chantée, après ce Graduel, avec les mêmes rites qui ont été observés pour celle de saint Matthieu, sauf l'usage des rameaux qui ne sont plus employés.