L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 54)
La Passion de notre Seigneur Jésus-Christ selon saint Marc. Chap.xiv.
EN ce temps-là, la Pâque et les azymes étaient à deux jours de là, et les princes des prêtres avec les scribes cherchaient le ïnoyen de se saisir de Jésus par ruse et de le faire mourir. Car ils disaient : Qu3 ce ne soit pas le jour de la fête, de peur que peut-être ii ne s'élève quelque tumulte parmi le peuple.
Passio Domini nostri Jesu Christi secundum Marcum. Cap. xiv.
IN illo tempore : Erat Pascha, et azyma post biduum : et quaerebant summi sacerdoteset scribas quomodo Jesum dolo tenerent, et occiderent. Dicebant autem : Non in die festo, ne forte tumultus fieret in populo.
Leprosi, et recumberet : vcnit mulier habcns alabasirum unguenti nardi spicati pretiosi, et fraclo alabastro. effudil super caput ejus. Erani autem quidam indigne fcrcntesintra sernetipsos,et dicentes : Ut quid perditio ista unguenti facta est? Poterat enim unguentum istud venumdari plus quam trecentis denariiï;. et dari paupcribus. Et fremebant in eam. Jésus autem dixit : Siniteeam : quid illi molesti cstis ? Bonum opus operata est in me. Semper enim pauperes habetis vobiscum, et cum volueritis, potestis illis benefacere : me autem non semper habetis. Quod habuit haec, fecit : praevenit ungere corpus meum in sepulturam. Amen dico vobis : Ubicumque praedicatum fuerit evangelium istud in universo mundo. et quod fecit hœc, narrabitur in memoriam ejus.
Et Judas Iscariotes. unus de duodecim, abiit ad summos sacerdotes, ut proderet eum illis. Qui audientes, gavisi sunt : et promiserunt ei pecuniam se daturos. Et quaerebat. quomodo illum opportune traderet.
Simon le Lépreux, une femme vint avec un vase d'albâtre plein d'un parfum de nard précieux; et ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur sa tête. Plusieurs s'en indignèrent en eux-mêmes, disant : A quoi bon perdre ainsi ce parfum ? On aurait pu le vendre plus de trois cents deniers, et les donner aux pauvres. Et ils étaient indignés contre elle. Mais Jésus dit : Laissez-la : pourquoi lui faites-vous delà peine? Ce qu'elle vient de faire à mon égard est une bonne action. Car vous avez toujours parmi vous des pauvres, et vous pouvez leur faire du bien quand vous voudrez ; mais moi. vous ne m'aurez pas toujours. Elle a fait ce qui était en son pouvoir : elle a embaumé d'avance mon corps pour la sépulture. En vérité, je vous le dis : Partout où sera prêché cet Evangile, dans le monde entier, on racontera ce qu'elle a fait : et elle en sera louée.
Et Judas Iscariote. un des douze, s'en alla vers les princes des prêtres, pour le leur livrer. Ceux-ci l'ayant écouté, furent dans la joie, et promirent de lui donner de l'argent. Et il cherchait une occasion favorable pour le leur livrer.
Et le premier jour des azymes, où on immole la Pâque, ses disciples lui dirent : Où voulez-vous que nous allions vous préparer ce qu'il faut pour manger la Pàque ? Et il envoya deux de ses disciples, et leur dit : Allez dans la ville ; vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau ; suivez-le ; et quelque part qu'il entre, dites au maître de la maison : Le Maître dit : Où est le lieu où je dois manger la Pâque avec mes disciples ?Et il vous montrera une grande salle meublée; préparez-nous là ce qu'il faut. Ses disciples s'en allèrent, et vinrent dans la ville, et trouvèrent les choses comme il leur avait dit et préparèrent la Pâque.
Sur le soir, il vint avec les douze. Et comme ils étaient à table et qu'ils mangeaient, Jésus leur dit: En vérité, je vous le dis, un de vous, qui mange avec moi, me trahira. Alors ils commencèrent à s'attrister et à lui dire chacun : Est-ce moi ? Il leur dit : L'un des douze, qui met avec moi la main dans le plat. Pour le Fils de l'homme, il s'en va, selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à l'homme par qui le Fils de l'homme sera livré ; il vaudrait mieux pour cet homme qu'il
Et primo die azymorum, quando Pascha immolabant, dicunt ei discipuli : Quo vis eamus, et paremus tibi, ut manduces Pascha ? Et mittit duos ex discipulis suis, et dicit eis : Ite in civitatem : et occurret vobis homo lagenam aquae bajulans; sequimini eum : et quocumque introierit, dicite domino domus, quia Magister dicit : Ubi est refectio mea,ubi Pascha cum discipulis meis manducem ? Et ipse vobis demonstrabit cœnaculum grande, stratum, et illic parate nobis. Et abierunt discipuli ejus, et venerunt in civitatem; et invenerunt sicut dixerat illis, et paraverunt Pascha.
Vespere autem facto, venit cum duodecim. Et discumbentibus eis et manducantibus, ait Jésus : Amen dico vobis, quia unus ex vobis tradet me, qui manducat mecum. At illi cœperunt contristari, et dicere ei singulatim : Numquid ego ? Qui ait illis : Unus ex duodecim, qui intingit mecum manum in catino. Et Filius quidem hominis vadit , sicut scriptum est de eo. Vae autem homini illi , per quem Filius homi3i6
nis tradetur. Bonum erat ci, si non essct naïus homo ille. Et manducantibus illis, accepit Jcsus pancm : et bencdicens frcgit, et dédit eis, et ait : Sumite : Hoc est corpus meum. Et accepto calice, gratias agens dédit eis : et biberunt ex illo omnes. Et ait illis : Hic est sanguis meus novi testamenti , qui pro multis effundetur. Amen dico vobis : quia non bibam de hoc genimine vitis , usque indiem illum, cum illud bibam novum in regno Dei.
Et hymno dicto. exierunt in montem Olivarum. Et ait eis Jésus : Omnes scandalizabimini in me, in nocte ista : quia scriptum est : Percutiam pastorem, et dispergentur oves ; sed postquam resurrexero , prascedam vos in Galilaeam. Petrus autem ait illi : Et si omnes scandalizati fuerint in te, sed non ego. Et ait illi Jésus : Amen dico tibi, quia tu hodie in nocte hac, priusquam gallus vocem bis dederit, ter me es negaturus. At illc amplius loquebatur : Et si oportuerit me simul commori tibi , non te negabo. Similiter autem el cmnes dicebant.
3u'ils mangeaient, Jésus prit u pain, et l'ayant béni, il le leur donna, disant : Prenez : Ceci est mon corps. Et, ayant pris la coupe et rendu grâces, il la leur donna; et ils en burent tous. Et il leur dit: Ceci est mon sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs. En vérité, je vous le dis : Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'au jour où je le boirai de nouveau dans le royaume de Dieu.
Et. après avoir dit le cantique, ils s'en allèrent au mont des Oliviers. Et Jésus leur dit : Je vous serai cette nuit à tous un sujet de scandale ; car il est écrit : Je frapperai le pasteur, et les brebis se disperseront. Mais après que )e serai ressuscité, je vous précéderai en Galilée. Pierre lui dit; Quand tous seraient scandalisés à votre sujet, moi je ne le serai pas. Jésus lui dit : Je te le dis en vérité: Aujourd'hui, cette nuit même, avant que le coq ait chanté deux fois, tu m'auras renié trois fois. Mais Pierre insistait encore plus : Quand je devrais mourir avec vous, je ne vous renoncerai pas. Et tous disaient la même chose.
Et ils arrivèrent en un lieu nommé Gethsémani ; et il dit à ses disciples .'Asseyez-vous ici pendant que je prierai. Et il prit avec lui Pierre, et Jacques et Jean ; et il commença à être saisi de frayeur et d'angoisse. Et il leur dit: Mon âme est triste jusqu'à la mort : demeurez ici et veillez. Et s'étant avancé un peu, il tomba la face contre terre ; et il priait que cette heure, s'il se pouvait, s'éloignât de lui. Et il dit: Mon Père, tout vous est possible : éloignez de moi ce calice ; cependant non ce que je veux, mais ce que vous voulez. Il vint, et il les trouva endormis ; et il dit à Pierre : Simon, tu dors ', n'as-tu pu veiller une heure ? Veillez, afin que vous n'entriez point en tentation. A la vérité, l'esprit est prompt; mais la chair est faible. Et, s'en allant de nouveau, il priait, disant les mêmes paroles. Etant revenu, il les trouva encore endormis (car leurs yeux étaient appesantis) , et ils ne savaient que lui répondre. II. vint une troisième fois , et leur dit : Dormez maintenant, et reposez-vous. C'est assez : l'heure est venue; voici que le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs. Levezvous, allons ; voilà qu'il approche, celui qui doit me livrer.
Et veniunt in praedium, cui nomen Gethsémani , et ait discipulis suis : Sedète hic donec orem. Et assumit Petrum, et Jacobum et Johannem secum : et cœpit pavere, et tsedc' re. Et ait illis: Tristis est anima mea usque ad mortem. Sustinete hic, etvigilate. Et cum processisset paululum, proci-. dit super terram ; et ora^ bat, ut si fieri posset, transiret ab eo hora ; et dixit : Abba Pater , omnia tibi possibilia sunt : transfer calicem hune a me. Sed non quod ego volo : s»d quod tu. Et venit et invenit eos dormientes Etait Petro: Simon dormis ? Non potuisti una hora vigilare ? Vigilate, et orate, ut noq intretis in tentationem. Spiritus quidem prompt tus est, caro vero infirma. Et iterum abiens oravit, eumdem sermonem dicens Et reversus, denuo invenit eos dormientes (erant enim oculi eorum gravati), et ignorabant quid responderent ei. Et venit tertio, et ait illis : Dormite jam, et requiescite. Sufficit : venit hora : ecceFilius hominis tradetur in manus peccatorum. Surgite, eamus : ccce^ qui me tradet, prope est.
Va adhuc eo loquente venit Judas Iscariotcs unus de duodecim . et cum illo turba multa cum gladiis et lignis, missi a summis sacerdotibus, et scribis, et senioribus. Dederat autem traditor ejus signum ois, dicens : Quemcumque osculatus fuero, ipse est : tenete eum, et ducite caute. Et cum venisset, statim accedens ad eum, ait : Ave Rabbi. Et osculatus est eum. At illi manus injecerunt in eum, et tcnuerunt eum. Unus autem quidam de circumstantibus educens gladium, percussit servum summi sacerdotis : et aniputavit illi auriculam. Et respondens Jésus ait illis : Tamquara c-id latronem existis cum gladiis et lignis comprehendere me : quotidie eram apud vos in templo docens, et non me tenuistis. Sed ut impleantur Scripturae. Tune discipuli ejus relinquentes eum , omnes fugerunt. Adolescens autem quidam sequebatur eum amictus sindone super Budo : et tenuerunt eum. At ille, rejecta sindone, nudus profugit ab eis.
Comme il parlait encore, Judas Iscariote , l'un des douze , arriva ; et avec lui une grande foule armcc d épées et de bâtons, et envoyée par les princes des prêtres, et les scribes, et les anciens. Or le traître leur avait donné ce signe : Celui que je baiserai, c'est lui, saisissez-le, et emmenez-le avec précaution. Etant venu, aussitôt il s'approcha, de lui , disant: Salut, Maître; et il le baisa. Mais eux mirent aussitôt la main sur lui, et le saisirent. Un de ceux qui étaient avec lui, tirant une épce, en frappa un des serviteurs du grand-prêtre, et lui coupa une oreille. Mais Jésus prenant la parole leur dit : Vous êtes venus avec des épées et des bâtons pour me prendre comme un voleur. J'étais tous les jours parmi vous, enseignant dans le temple, et vous ne m'avez point pris. Mais il fautcjue les Ecritures s'accomplissent. Alors ses disciples, l'abandonnant, s'enfuirent tous. Un jeune homme le suivait, couvert seulement d"un linceul : ils se saisirent de lui. Mais lui, laissant aller le linceul, s'échappa nu de leurs mains.
Ils menèrent Jésus chez le grand-prétre, où s'assembleLe Mardi Saint-.
/ent tous les prêtres, et les scribes, et les anciens. Pierre le suivit de loin jusque dans le vestibule du grand-prêtre ; et, assis près du feu avec ses serviteurs, il se chauffait. Or les princes des prêtres et tout le conseil cherchaient un témoignage contre Jésus , pour le faire mourir, et ils n'en trouvaient point. Car plusieurs rendaient de faux témoignages contre lui ; mais ces dépositions ne s'accordaient pas. Quelques-uns, se levant, portèrent contre lui un faux témoignage : Nous l'avons entendu dire Je détruirai ce temple fait de main d'homme; et en trois jours j'en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de la main des hommes. Mais ce témoignage ne suffisait point.
Alors le grand-prêtre se levant interrogea Jésus, disant: Vous ne répondez rien à ce dont ceux-ci vous accusent 1 Mais Jésus se taisait, et il ne répondit rien. Le grand-prêtre l'interrogea de nouveau, et lui dit : Etesvous le Christ, Fils du Dieu béni ? Jésus lui dit : Je le suis; et vous verrez le Fils de l'homme, assis à la droite de la Vertu de Dieu, et veet convenerunt omncs sacerdotes, et scribae et seniores. Petrus autem a longe secutus est eum usque intro in atrium summi sacerdotis : et sedebat cum ministris ad ignem,et calefaciebat se. Summi vero sacerdotes et omne concilium, quaerebant adversus Jesum testimonium, ut eum morti traderent : nec inveniobant. Multi enim testimonium falsum dicebant adversus eum : et convenientia testimonia non erant. Et quidam surgentes, falsum testimonium ferebant adversus eum, dicentes ; Quoniam nos audivimus eum dicentem : Ego dissolvam templum hoc manufactum : et per triduum, aliud non manufactura aedificabo. Et non erat conveniens testimonium illorum.
Et exsurgens summus sacerdos in médium, interrogavit Jesum, dicens : Non respondes quidquam ad ea, quae tibi objiciuntur ab nis ? Ille autem tacebat, et nihil respondit. Rursum summus sacerdos interrogabat eum, et dixit ei : Tu es Christus Filius Dei benedicti ? Jésus autem dixit illi : Ego sum. El
videbitis Filium hominis sedentem a dextris Virtutis Del, et vcnicntem cum nubibus cœli. Summus autem sacerdos scindons vestimenta sua, ait : Quid adhuc desideramus testes ? Audistis blasphemiam. Quid vobis vidctur? Qui omnes conden-naverunt eum esse reum mortis. Et cœ- perunt quidam conspuere eum, et velare faciem ejus, et colaphis eum caedere, et dicere ei : Prophetiza. Et ministri alapis eum casdebant.
Et cum esset Petrus in atrio deorsum, venit una ex ancillis surami sacerdotis : et cum vidissel Petrum calefacientem se, aspiciens illum, ait : Et tu cum Jesu Nazareno aras. At ille negavit, dicens : Neque scio, neque novi quid dicas. Et exiit foras ante atrium : et gallus cantavit. Rursus autem, cum vidisset illum ancilla, cœpit dicere circumstantibus : Quia hic ex illis est. At ille iterum negavit. Et post pusillum, rursus qui astabant, dicebant Petro : Vere ex illis es : nam et Galilaeus es. Ille autem cœpit anathematizare et jurare : quia nescio hominem istum,
nant sur les nuées du ciel. Alors le grand-prêtre, déchirant ses vêtements, dit : Qu'avons-nous encore besoin de témoins? vous avez entendu le blasphème : que vous en semble ? Tous jugèrent qu'il méritait la mort. Et quelques-uns commencèrent à cracher sur lui et à voiler sa face, et à le souffleter, en lui disant : Prophétise. Et les valets le frappaient du poing.
Et Pierre étant en bas dans le vestibule, il vint une des servantes du grand-prêtre; et ayant vu Pierre qui se chauffait, le regardant, elle dit[: Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth. Mais il le nia, disant : Je ne sais, ni ne connais ce que tu dis. Et il sortit devant le vestibule; et le coq chanta. Une servante qui laperçut encore, dit à ceux qui étaient présents : Cet homme était de ces genslà. Mais il le nia de nouveau. Et peu après, ceux qui étaient là dirent à Pierre : Tu es certainement l'un d'entre eux, car toi aussi tu es Galiléen. Alors il se mit à faire des imprécations, et dit avec serment : Je ne connais point cet homme dont vous parlez. Et aussitôt le coq chanta
encore. Et Pierre se ressouvint de la parole que lui avait dite Jésus": Avant que le coq ait chanté deux fois, trois fois tu me renieras. Et il se mit à pleurer.
Et dès le matin, les princes des prêtres s'étant assemblés avec les anciens, et les scribes, et tout le conseil, ils emmenèrent Jésus, après l'avoir lié, et ils le livrèrent à Pilate. Et Pilate l'interrogea : Etes-vous le Roi des Juifs ? Il lui répondit : Vous le dites. Et les princes des prêtres l'accusaient sur plusieurs chefs. Pilate l'interrogea de nouveau, et lui dit : Vous ne répondez rien ? Voyez de combien de choses ils vous accusent. Mais Jésus ne répondit plus rien, de sorte que Pilate était étonné.