L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 56)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 6, éd. 1911 (OCR) · 150 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

ADVERSUM me exercebantur, qui sedebant in porta : et in me psallebant, qui bibebant vinum • ego vero orationem meam ad te, Domine : tempus beneplaciti,Deus,

CEUX qui étaient assis sur leur tribunal parlaient contre moi ; les buveurs me prenaient pour le sujet df> leurs chants d'insulte; pour moi. Seigneur, je dirige ma prière vers vous ; ô Dieu, il

est temps de montrer votre bienveillance, selon l'étendue de votre miséricorde.

Dans la Postcommunion, l'Eglise demande pour nous, par les mérites du Sacrifice qu'elle vient de renouveler, l'entière guérison de nos maux, dont le sang de l'Agneau divin est le remède.

DIEU tout-puissant, guérissez nos vices par la vertu de ce sacrifice qui est le vôtre; et daignez nous appliquer le remède qui produit le salut éternel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

BUS tuis, omnipotens Deus, et vitia nostra curentur : et remédia nobis sempiterna proveniant. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

ODiEU, que votre miséricorde nous purifie des restes cachés du vieil homme, et nous rende capables d'un 3aint renouvellement. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

TUA nos misericordia, Deus, et ab omni subreptione vetustatis expurget, et capaces sanctas novitatis emciat. Per Dominum nostrum Jesum Christum> Amen.

Nous terminerons cette journée en insérant ici quelques strophes empruntées à l'Eglise grecque sur la Passion du Sauveur.

VOTRE cote ouvert, o Christ, semblable à la fontaine qui jaillissait d'E-

siam tuam, Christc, tanquam rationalem hortum adaquat : inde tanquam in quaedam initia se dividens in quatuor Evan<^clia : mundum irri^ans, crcaturam lœtificans,gcntesque fidelitcr doccns v'encrari regnum tuum.

("rucifi.xus es propter me ; ut velut ex fonte mihi effunderes remissionem. Punctus es in latere, ut mihi vitas scaturigines aperires ; clavis :onfixus es. ut ego in passionum tuarum profundo altitudinem tuas potentiae ronfessus, clamcm ad te, V-itae largitor Christe : Gloria Cruci tuae, SalVator, ac Passioni tuag.

Chirographum nostrum in Cruce dirupisti, ChriKte : et inter mortuos ref)Utatus, lyrannum illic igasti, liberatis omnibus ex vinculis mortis resurrectione tua. Per quam illuminati sumus , o amanshominum Domine : tibique clamamus : Mémento et nostri Salvator in Regno tuo.

Tuam, Christe, Matrem, quae te in carne sine virili semine pepeden, arrose votre Eglise comme un jardin spirituel; la source qui en émane se divise en quatre fleuves qui sont les quatre Evangiles; le monde en e«t arrosé, la création vivifiée, les nations instruites à vénérer dans la foi votre règne.

O Christ, auteur de la vie, vous avez été crucifié pour moi, afin de verser sur mon âme, comme d'une fontaine, la rémission des péchés. Votre côté a été traversé par la lance, afin d'ouvrir sur moi les sources de la vie; vous avez été percé par les clous, afin que, découvrant dans la profondeur de vos souffrances l'immensité de votre souverain pouvoir, je m'écrie : Gloire à votre Croix et à votre Passion, ô Sauveur 1

Vous avez déchiré, ô Christ, la cédule de notre condamnation sur votre Croix ; mis au rang des morts, vous avez enchaîné le tyran et délivré tous les captifs par votre résurrection. C'est elle qui nous a illuminés, ô Seigneur, ami des hommes 1 Nous vous crions : Souvenezvous de nous aussi, ô Sauveur, dans votre Royaume !

'Votre Mère, ô Christ, qui vous a enfanté sans le secours de l'homme, et qui est demeu.

rée vierge après l'enfantement, nous l'amenons devant vous, Seigneur miséricordieux, afin qu'elle intercède pour nous, et que vous accordiez l'éternel pardon à ceux qui crient : Souvenez-vous de nous aussi. Seigneur, dans votre Royaume 1

rit, et vere virgo etiara post partum incorrupta permansit ; hanc tibi adducimus ad intercessionem, Domine multum misericors : ut offensarum condonationem jugiter largiaris iis qui clamant : Mémento et nostri Domine inRegno tuo

ujourd'hui les princes des prêtres et les anciens du peuple se sont réunis dans une des salles du Temple, pour délibérer une dernière fois sur les moyens de se défaire de Jésus. On a discuté divers projets. Est-il prudent de mettre la main sur lui, en ce moment où la fête de Pâques retient dans la ville tant d'étrangers qui ne connaissent le Nazaréen que par l'ovation solennelle dont il a été l'objet il y a seulement trois jours ? Parmi les nabitants de Jérusalem, n'en est-il pas aussi un grand nombre qui ont applaudi à ce triomphe, et dont l'enthousiasme pour Jésus serait à redouter ? Non : il ne faut pas songer, pour le moment, aux mesures violentes : une sédition pourrait éclater au milijeu même des solennités de la Pâque. Ceux qui en auraient été les moteurs seraient aisément compromis vis-à-vis de Ponce-Pilatcet ils auraient à craindre peut-être la vengeance du peuple. Il vaut donc mieux laisser

passer la fête, et chercher quelque moyen de se saisir sans bruit de la personne de Jésus.

Mais ces hommes de sang se faisaient illusion en croyant retarder au gré de leur politique la mort du Juste. Ils ajournaient un meurtre ; mais les décrets divins qui, de toute éternité, ont préparé un sacrifice pour le salut du genre humain, ont fixé précisément ce sacrifice à cette même fête de Pâques que la trompette sacrée doit annoncer dès demain dans la ville sainte. Assez longtemps l'agneau mystérieux a été offert en figure de l'Agneau véritable ; elle va s'ouvrir, cette Pâque q^ui doit voir les ombres s'évanouir devant la realité ; et le sang rédempteur versé par la main des f)ontifes aveuglés va se mêler à celui de ces victimes grossières que Jéhovah n'agréera plus désormais. Le sacerdoce judaïque se portera tout à l'heure à lui-même le coup de la mort, en immolant celui dont le sang doit abroger l'ancienne alliance et sceller pour jamais la nouvelle.

Mais comment les ennemis du Sauveur se mettront-ils en possession de l'auguste victime que convoitent leurs désirs sanguinaires, eux qui veulent éviter l'éclat et le bruit ? Ils ont compté sans la trahison ; mais voici que la trahison vient à leur secours. Un disciple du Sauveur demande à être introduit près d'eux ; il a une proposition à leur faire : « Que me donnerez-vous, leur dit-il, et je vous le livrerai ? » Quelle joie pour ces misérables ! Ils sont docteurs de la loi, et ils ne se souviennent pas du Psaume cviii^, dans lequel David a prédit toutes les circonstances de cet infamie marché ; ni de l'oracle de Jéréy.V2 Le Mercredi Saint.

mie, qui va jusqu'à exprimer le prix de ircntc Dièces d'argent comme la rançon du Juste. Uette même somme, Judas vient la leur demander; ils la lui comptent sur l'heure. Tout est convenu. Demain Jésus sera dans Jérusalem; il fera la Pâque. Sur le soir, il se rendra, selon son habitude, dans un jardin situé sur le penchant de la montagne des Oliviers. Mais, au milieu des ténèbres de la nuit, comment les gens chargés de l'arrêter le distingueront-ils de ses disciples ? Judas a tout prévu. Les soldats pourront en toute sûreté mettre la main sur celui auquel il aura donné un baiser.

Tel est l'horrible fortait qui s'accomplit aujourd'hui à l'ombre du Temple de Jérusalem. Pour en témoigner son exécration, et pour faire amende honorable au Fils de Dieu si indignement outragé par ce pacte monstrueux, la sainte Eglise, dès les premiers siècles, a consacré le jour du Mercredi à la pénitence. En nos temps encore, la sainte Quarantaine s'ouvre par un Mercredi ; et lorsque l'Eglise, quatre fois dans l'année, nous impose les jeûnes qui marquent chaque saison, le Mercredi est l'un des trois jours que nous devons consacrer à la mortification de notre corps.

Aujourd'hui avait lieu, dans l'Eglise Romaine, le sixième Scrutin pour l'admission des catéchumènes au baptême. On recevait, s'ils en étaient dignes, ceux sur lesquels on n'avait pas encore prononcé définitivement. A la Messe, il y avait deux lectures tirées des Prophètes, comme au jour du grand Scrutin, le Mercredi de la quatrième Semaine

de Carême. Les catéchumènes sortaient de l'église comme à l'ordinaire, après l'Evangile ; mais lorsque le Sacrifice était termine, ils étaient introduits de nouveau par le Portier, et l'un des Prêtres leur disait ces paroles : « Samedi prochain, veille de la Paque, à telle heure, vous vous réunirez dans la Basilique de Latran, pour le septième Scrutin ; ensuite pour rendre le Symbole que vous devez avoir appris ; enfin pour recevoir, par le secours de Dieu, le bam sacré de la régénération. Préparez-vous-y avec zèle et humilité dans les jeûnes et les prières continuelles, afin que, ayant été ensevelis, par ce saint baptême, avec Jésus-Christ, vous ressuscitiez avec lui pour la vie éternelle. Amen. »

A Rome, la Station a lieu aujourd'hui dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure. Compatissons aux douleurs de notre Mère, dont le cœur éprouve de si cruelles angoisses dans l'attente du sacrifice qui se prépare.

LA sainte Eglise débute dans l'Introït par la glorification du saint Nom de Jésus, si outragé aujourd'hui par les hommes infâmes qui le prononcent avec tant de haine, dans l'odieux complot qu'ils ourdissent contre celui auquel il fut imposé, par ordre du ciel, pour annoncer notre salut. Ce Nom béni signifie Sauveur ; nous voici dans les jours où il doit recevoir toute sa signification.

IN nomine Jesu omne genu flectalur, cœlcstium, terrestrium, et infernorum : quia Dominus factus est obcdiens usque ad mortem, mortem autem Crucis : ideo Dominus Jésus Christus in gloria est Dei Patris.

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