L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 85)
Ad dandam scientiam salutis plebi ejus : * in remissionem peccatorura eorum.
Per viscera misericordiae Dei nostri : * in quibus visitavit nos Oriens ex alto.
lUuminare his, qui in lenebris et in umbra mor» tis sedent . * ad dirigendos pedes nostros in viam pacis.
Ant. Traditor autem dédit eis signum, dicens . (^uem osculatus fuero, ipse est, tenete eum.
Après cette Antienne, le chœur chante sur un mode touchant les paroles suivantes que l'Eglise, en ces trois jours, a sans cesse à la bouche :
Ce chant ayant cessé de retentir, on dit à voix basse Pater noster suivi du Miserere, qui est récité à deux chœurs, sans chanter. Enfin, celui qui préside prononce pour conclusion l'Oraison qui suit :
DAIGNEZ, Seigneur, jeter I p espice , quaesumus un regard sur votre | An Domine, super hanc
familiam luam, pro qua Dominus noster Jésus Chrisius non dubitavit manibus tradi nocentium, et Crucis subire lormcntum.
famille ici présente, pour laquelle notre Seigneur JésusChrist a bien voulu être livré aux mains des méchants, et souffrir le supplice de la Croix :
Lui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
L'extinction successive des cierges, la réserve que l'on fait de l'un d'eux, sa disparition et son retour, le bruit qui se fait entendre à la fin: tous ces rites, qui sont propres à ces trois jours, sont expliqués cidessus, pages 302-365.
CE jour est le premier des Az}^mes. Au coucher du soleil, les Juifs doivent manger la Pâque dans Jérusalem. Jésus est encore à Béthanie; mais il rentrera dans la ville avant l'heure du repas pascal : ainsi le demande la Loi; et jusqu'à ce qu'il l'ait abrogée par l'effusion de son sang, il veut l'ooserver. Il envoie donc à Jérusalem deux de ses disciples pour préparer le festin légal, sans rien leur faire connaître de la manière merveilleuse dont doit se terminer ce festin. Nous qui connaissons le divin mystère dont l'institution remonte à cette dernière Cène, nous comprenons pourquoi le Sauveur choisit de préférence, en cette occasion, Pierre et Jean pour remplir ses intentions i. Pierre, qui
confessa le premier la divinité de Jésus, représente la foi ; et Jean, qui se reposa sur la poitrine de l'Homme-Dieu, représente l'amour. Le mystère qui va être déclaré dans la Cène mystique de ce soir, se révèle à l'amour par la foi ; telle est l'instruction que le Christ nous donne par le choix des deux Apôtres; mais ceux-ci ne pénétraient pas la pensée de leur Maître.
Jésus, qui savait toutes choses, leur indique le signe auquel ils reconnaîtront la maison à laquelle il veut accorder aujourd'hui l'honneur de sa présence. Ils n'auront qu'à suivre un homme qu'ils rencontreront portant une cruche d'eau. La maison où se rend cet homme est habitée par un Juif opulent qui reconnaît la mission céleste de Jésus. Les deux Apôtres transmirent à ce personnage les intentions de leur m.aître; et aussitôt on mit à leur disposition une salle vaste et ornée. Il convenait, en effet, que le lieu où devait s'accomplir le plus auguste des mystères ne fût pas un lieu vulgaire. Cette salle, au sein de laquelle la réalite allait enfin succéder à toutes les figures, était bien au-dessus du temple de Jérusalem. Dans son enceinte allait s'élever le premier autel sur lequel serait offerte « l'oblation pure » annoncée par le Prophète 1. Là devait commencer dans peu d'heures le sacerdoce chrétien; là enfin, dans cinquante jours, TEglise de Jésus-Christ, rassemblée et visitée par l'Esprit -Saint, devait se déclarer au monde, et promulguer la nouvelle et universelle alliance de Dieu
avec les hommes. Ce sublime sanctuaire de notre foi n'est pas effacé de la terre ; son emplacement est toujours marque sur la montagne de Sion. Les infidèles l'ont profane par leur culte, car eux-mêmes le regardent coname un lieu sacre; mais comme si la divine Providence, qui conserve sur la terre les traces du Rédempteur, voulait nous annoncer des jours plus prospères, les portes de ce lieu à jamais béni se sont ouvertes, dans notre temps, à plusieurs prêtres de JésusChrist; et, par l'effet d'une tolérance toute nouvelle, le divin Sacrifice a été célébré dans le lieu même de son institution.
Jésus s'est rendu dans la journée à Jérusalem avec ses autres disciples. Il a trouvé toutes choses préparées.
L'agneau pascal, après avoir été présenté au temple, en a été rapporté; on l'apprête pour le repas légal ; les pains azymes, avec les laitues amères, vont être servis aux convives. Bientôt, autour d'une même table, debout, la ceinture aux reins, le bâton à la main, le Maître et les disciples accompliront pour la dernière fois le rite solennel que Jéhovah prescrivit à son peuple au moment de la sortie d'Egypte.
Mais attendons l'heure de la sainte Messe pour reprendre la suite de ce récit, et parcourons en détail les nombreuses et importantes cérémonies qui signaleront cette grande journée. Nous avons d'abord la réconciliation des Pénitents, qui de nos jours n'est plus qu'un souvenir ; mais qu'il importe cependant de décrire, pour donner, sous ce point de vue, un complément nécessaire à la
Liturgie quadragésimale. Vient ensuite la consécration des saintes Huiles, qui n'a lieu c^ue dans les églises cathédrales, mais cjui intéresse tous les fidèles. Après l'exposition abrégée de cette fonction, nous avons à traiter de la Messe de ce jour, anniversaire de l'institution du Sacrifice de la loi nouvelle. Il nous faut parler ensuite de la préparation de la Messe des Présanctifiés pour la Fonction de demain, du dépouillemet des Autels, et du Mandatum, ou lavement des pieds. Nous allons donc développer successivement ces divers rites, qui font du Jeudi saint l'un des jours les plus sacrés de l'Année liturgique.
y^ANS l'antiquité, on célébrait aujourd'hui JL) trois messes solennelles, dont la première était précédée de l'absolution solennelle des Pénitents publics et de leur réintégration dans l'Eglise. La réconciliation avait lieu en cette manière. Us se présentaient aux portes de l'église, en habits négligés, nu-pieds, et ayant laissé croître leurs cheveux et leur barbe depuis le Mercredi des Cendres, jour où ils avaient reçu l'imposition de la pénitence. L'Evêque récitait dans le sanctuaire les sept Psaumes dans lesquels David épanche son regret d'avoir offensé la majesté divine ; on ajoutait ensuite les Litanies des Saints.
Durant ces prières, les pénitents se tenai-snt prosternés sous le portique, sans oser
franchir le seuil de réglise. Trois fois da le cours des Litanies, l'Evûque leur déput;' plusieurs clercs qui venaient leur apport, en son nom des paroles d'espérance et ' consolation. La première fois, deux Sou Diacres venaient leur dire : « Je vis, dit Sci^gneur; je ne veux pas la mort du pécheu: mais Qu'il se convertisse et qu'il vive, w I seconde fois, deux autres Sous-Diacres leur portaient cet avertissement : « Le Seigneur dit : Faites pénitence ; car le royaume des cieux approche. » Enfin, un troisième message leur était porté par le Diacre, qui leur disait : « Levez vos têtes ; votre rédemption est proche. »
Après ces avertissements qui annonçaient les approches du pardon, l'Evèque sortait du sanctuaire, et descendait vers les pénitents jusqu'au milieu de la grande nef, où on lui avait préparé un siège tourné vers le seuil de la porte de l'église, où les pénitents demeuraient toujours prosternés. Le Pontife étant assis, l'Archidiacre lui adressait ce discours:
PONTIFE vénérable, voici le temps favorable, les jours où Dieu s'apaise, où l'homme est sauvé, où la mort est détruite, où la vie éternelle commence. C'est le temps où, dans la vigne du Seigneur des armées, on fait de nouveaux plants pour remplacer ceux qui étaient mauvais. Sans doute il n'est aucun jour sur lequel ne se répandent les largesses de la bonté et de la miséricorde de Dieu : néanmoins le temps où nous sommes est marqué plus spécialement par l'abondante rémission des péchés, et par la fécondité de la grâce en ceux qui reçoivent une nouvelle naissance. Notre nombre s'accroit, et par ces nouveau-nés, et par le retour de ceux qui s'étaient éloignés de nous. S'il y. a le bain d'eau purifiante, il y a aussi le bain des larmes. De là double joia
pour l'Eglise : l'enrôlement de ceux qui sont appelés, l'absolution de ceux qu'a ramenés le repentir. Voici donc vos serviteurs qui, ayant oublié les commandements célestes et transgressé la loi des saintes mœurs, étaient tombés dans divers crimes ; les voici maintenant humiliés et prosternés. Ils crient au Seigneur avec le Prophète : « Nous avons péché, nous avons commis l'iniquité ; ayez pitié de nous, Seigneur 1 » Ils ont compté avec une entière confiance sur cette parole de l'Evangile : « Heureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. » Ils ont, comme il est écrit, mangé le pain de la douleur ; leur couche a été arrosée de leurs larmes ; ils ont affligé leur cœur par la douleur et leur corps par le jeijne, afin de recouvrer la santé de l'âme qu'ils avaient perdue. La pénitence est une ; mais elle est à la disposition de tous ceux qui veulent y recourir.
L'Evêque se levait alors et se rendait auprès des pénitents. Il leur adressait une exhortation sur la miséricorde divine, et leur enseignait la manière dont ils devaient vivre désormais; puis il leur disait: « Venez, mes enfants, venez; écoutez-moi : je vous enseignerai la crainte du Seigneur. » Le Chœur chantait ensuite cette Antienne tirée du Psaume xxxiii^ : « Approchez du Seigneur, et soyez illuminés ; et vos visages ne seront plus dans la confusion. » Alors les pénitents, se levant de terre, venaient se jeter aux pieds de l'Evêque ; et l'Archiprêtre , prenant la parole, lui disait:
RETABLISSEZ en eux, Pontife apostolique, tout ce que les suggestions du diable avaient détruit ; par l'entremise de vos prières, par la grâce de la divine réconciliation, faites que ces hommes soient rapprochés de Di^u. Jusqu'à cette heure, le mal leur était à charge ; maintenant qu'ils triomphent de l'auteur de leur mort, ils jouiront du bonheur de plaire au Seigneur dans Ig terre des vivants.
L'Evoque répondait: « Mais savez-vous s'ils sont dignes d'être réconciliés? » Et V\v chiprêtre ayant dit : « Je sais et j'atteste qu'i , en sont dignes», un Diacre leur ordonna: de se lever. Alors l'Evêque prenait l'un d'ci tre eux par la main; celui-ci donnait so autre main au suivant, et successivement tous les autres pénitents se tenant de la même manière, on arrivait au siège dresse pour l'Evêque au milieu de la nef. On chantaitpendant ce temps-là cette Antienne: " iQ vous le dis, il y a de la joie parmi les Anges de Dieu, même pour un seul pécheur qui fait pénitence » ; et cette autre :« Il vous faut vous réjouir, mon fils : car votre frère qui était mort est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. » L'Evêque ensuite, prenant la parole sur le ton solennel de la Préface, s'adressait ainsi à Dieu:
IL est juste de vous rendre grâces, Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur, à qui vous avez donné dans le temps une naissance ineffable, afin qu'il vînt acquitter la dette d'Adam envers vous, détruire notre mort par la sienne, recevoir sur son corps nos blessures, effacer nos taches par son sang : en sorte que nous qui étions tombés par la jalousie de l'antique ennemi, nous revinssions à la vie par la miséricorde de ce Sauveur. C'est par lui, Seigneur, que nous vous supplions de nous exaucer au sujet des péchés d'autrui, nous qui sommes hors d'état de vous implorer suffisamment pour les nôtres. Rappelez donc. Seigneur très clément, ces hommes que leurs péché» avaient séparés de vous. "Vous n'avez pas repoussé \'h.-^~ miliation d'Achab ; mais vous avez suspendu, à cause de son amende honorable, la vengeance que méritaient ses crimes. Vous avez exaucé les larmes de Pierre, et vous lui avez ensuite confié les clefs du royaume ces cieux. Daignez donc, Seigneur miséricordieux. accueilL:
;eux-ci qui sont l'objet de nos prières ; restituez-les au giron de votre Eglise, afin que l'ennemi ne triomphe plus a leur sujet ; mais que votre Fils, qui vous est semblable, les purifie de tous leurs péchés ; qu'il daigne les admettre uU festin de cette très sainte Cène ; qu'il les nourrisse de sa chair et de son sang, et qu'après le cours de cette vie il les conduise au royaume céleste.