L'Année liturgique — La Passion et la Semaine Sainte (t. 6) (page 89)
MES frères, lorsque vous vous assemblez comme vous faites, ce n'est plus manger la Cène du Seigneur. Car chacun se hâte de manger son souper à part, en sorte que 1 'un n'a rien à manger, tandis c^ue l'autre fait des excès. N avez-vous pas vos maisons pour y manger et y boire ? Méprisezvous l'Eglise de Dieu? Voulez-vous faire honte à ceux qui sont pauvres ? Que vous dirai-je ? Faut-il vous louer? Non. certes ; je ne vous louerai pas. C'est du Seigneur lui-même que j'ai appris ce que je vous ai enseigné, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit même où il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit et dit : Prenez et mangez ; ceci est mon corps qui sera livré pour vous; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice, aprcs
avoir soupe, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous le boirez : car toutes les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. Ainsi donc, celui qui mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur ! Quô l'homme donc s'éprouve soi-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, et boive de ce calice : car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne faisant pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneur. C'est pour cela que parmi vous beaucoup sont malades et languissants, et que beaucoup même sont morts. Que si nous nous jugions nousmêmes, nous ne serions pas jugés; mais lorsque nous sommes jugés de la sorte, c'est le Seigneur lui-même qui nous châtie, afin que nous ne soyons pas condamnés avec ce monde.
et calicem postquam cœ- navit dicens ; hic calix novum testamentum est in meo sanguine. Hoc facite quotiescumque
bibetis, in meam commemorationem. Quotiescumque enim manducabitis panem hune, et calicem bibetis, mortem Domini annuntiabitis donec veniat. Itaque quicumque manducaverit panem hune, vel biberit calicem Domini indigne, reus erit corporis et sanguinis Domini. Probet autem seipsum homo, et sic de pane illo edat, et de calice bibat. Qui enim manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini. Ideointer vos multi infirmi et imbecilles, et dormiuntmulti. Quod si nosmetipsos dijudicaremus, non utique judicaremur. Dum judicamur autem, a Domino corripimur, ut non cum hoc mundo damnemur.
Le grand Apôtre, après avoir repris les chrétiens de Corinthe des abus auxquels donnaient lieu ces repas nommés Agapes, que l'esprit de fraternité avait fait instituer, et qui ne tardèrent pas à être abolis, raconte
la dernière Cène du Sauveur. 11 appuie son récit, conforme en tout à celui des jEvangclistcs, sur le propre témoignage du Sauveur lui-même, qui daigna lui apparaître, et l'instruire en personne après sa conversion. L'A- pôtre insiste sur le pouvoir que le Sauveur donna à ses disciples de renouveler l'action qu'il vient de faire, et il nous enseigne en particulier que chaque fois que le Prêtre consacre le corps et le sang de Jésus-Christ, « il annonce la mort du Seigneur », exprimant par ces paroles l'unité de sacrifice sur la Croix et sur Tautel. Nous avons expliqué cette doctrine fondamentale de la sainte Eucharistie au chapitre VI, en tête de ce volume. La conséquence d'un tel enseignement est facile à déduire. L'Apôtre nous la propose lui-même : « Que l'homme donc s'éprouve, dit-il, et qu'ensuite il mange de ce pain et boive de ce calice, ù En effet, pour être initié d'une manière si intime au mystère de la Rédemption, pour contracter une telle union avec la divine Victime, nous devons bannir de nous tout ce qui est du péché et de l'affection au péché. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui », dit le Sauveur. Se peut-il rien de plus intime? Dieu devient l'homme, et l'homme devient Dieu, dans cet heureux moment. Avec quel soin devons-nous purifier notre âme, unir notre volonté à celle de Jésus, avant de nous asseoir à cette table qu'il a dressée pour nous, à laquelle il nous convie ! Demandons-lui de nous préparer lui-même, comme il prépara ses Apôtres , en leur lavant les pieds. Il le fera aujourd'hui et toujours, si nous saLe Jeudi Saint.
vons nous prêter à sa grâce et à son amour. Le Graduel est formé de ces belles paroles que l'Eglise répète à chaque instant durant ces trois jours, et dans lesquelles saint Paul ranime notre reconnaissance envers le Fils de Dieu qui s'est livré pour nous.
LE Christ s'est fait obéissant pour nous jusqu'à la mort, et à la mort de la Croix.
j^. C'est pourquoi Dieu l'a exalté, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom.
CHRISTUS factus est pro nobis obediens usque ad mortem, mortem autem Crucis.
f. Propter quod et Deus exaltavit illum, et dédit illi nomen, quod est super omne nomen.
AVANT le jour de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin. Et le souper étant fini, lorsque déjà le diable avait mis dans le cœur de Judas Iscariote" de le trahir, Jésus sachant que son Père avait tout remis entre ses mains, et qu'il était sorti de Dieu, et retournait à Dieu, se leva de table, ôta ses vêtements, et, ayant
Êris un linge, il se ceignit. Insuite il mit de l'eau dans un bassin, et commença à laver les pieds de ses disciSequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xni.
ANTE diem festum Paschae sciens Jésus, quia venit hora ejus, ut transeat ex hoc mundo ad Patrem : cum dilexisset suos, qui erant in mundo, in finem dilexit eos. Et cœna facta, cum diabolus jam misisset in cor, ut traderet eum Judas Simonis Iscariotas : sciens quia omnia dédit ei Pater in manus, et
2uia a Deo exivit et ad >eum vadit, surgit a cœna, et ponit vestimenta sua. Et cum accepisset linteum, praecinxit se. Deinde misit aquam in pelvim, et cœpit laLe Jeudi Saint.
vare pcdes discipulorum, et cxtcrgere lintco, quo erat prœcinclus. Venil ergo ad Simonem Pctrum, et dicit ci Pclrus : Domine, tu mihi lavas pedes ! Respondit Jésus, et dixit ei : Quod ego facio, tu ncscis modo : scies autem nostca. Dicit ei Petrus : Non lavabis mihi pedes in aeternum. Respondit ei Jésus : Si non lavcro te, non habebis partem raecum. Dicit ei Simon Petrus : Domine, non tantum pedes meos, sed et manus et caput. Dicit ei Jésus : Qui lotus est, non indiget nisi ut pedes lavet, sed est mundus totus. Et vos mundi estis, sed non omnes. Sciebat enim quisnam esset qui traderet eum ; propterea dixit: Non estis mundi omnes. Postquam ergo lavit pedes eorum, accepit vestimenta sua : et cum re-- cubuisset iterum, dixit eis : Scitis quid fecerim vobis ? Vos vocatis me Magister et Domine : et bene dicitis : sumetenim. Si ergo ego lavi pedes ves-tros, Dominus et Magister, et vos debetis alter alterius lavare pedes. Exemplumenim dedi vobis, ut quemadmod faciatis.
f>lcs, cl à les essuyer avec le inge dont il était ceint. li vint donc à Simon Pierre ; et Pierre lui dit : Vous, Seigneur, vous me laveriez les pieds ! Jésus lui dit: Ce que je fais, tu l'ignores présentement ; mais tu le sauras plus tard. Pierre lui dit : Jamais vous ne me laverez les pieds. Jésus lui répondit : Si je ne te lave, tu n'auras point de part avec moi. Simon Pierre lui dit : Seigneur, non seulement les pieds, mais encore les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui qui est déjà lavé n'a besoin que de laver ses pieds, et il est pur et net dans tout le reste ; pour vous, vous êtes purs ; mais non pas tous. Car il savait qui le trahirait: c'est pourquoi il dit : Vous n'êtes pas tous purs. Après qu'il leur eut lavé les pieds, et qu'il eut repris ses vêtements, s'élant remis à table, il leur dit : Savez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien : car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi Maître et Seigneur, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car je vous ai donné l'exemple, afin que, comme je vous ai fait, vous fassiez aussi, um ego feci vobis, ita et vos
L'action du Sauveur lavant les pieds à ses disciples avant de les admettre à la participation de son divin mystère, renferme une leçon pour nous. Tout à l'heure l'Apôtre nous disait : « Que l'homme s'éprouve luimême )); Jésus dit à ses disciples: « Pour vous, vous êtes purs ». Il est vrai qu'il ajoute: « mais non pas tous ». De même l'Apôtre nous dit « qu'il en est qui se rendent coupables du corps et du sang du Seigneur». Craignons le sort de ceux-là, et éprouvons-nous nousmêmes ; sondons notre conscience avant d'approcher de la table sacrée. Le péché mortel, l'affection au péché mortel, transformeraient pour nous en poison l'aliment qui donne la vie à l'âme. Mais si nous devons respecter assez la table du Seigneur, pour ne pas nous y présenter avec la souillure qui fait perdre à l'âme la ressemblance de Dieu et lui donne les traits hideux de Satan, nous devons aussi, par respect pour la sainteté divine qui va descendre en nous, purifier les taches légères qui la blesseraient. « Celui qui est déjà lavé, dit le Seigneur, n'a besoin que de laver ses pieds. » Les pieds sont les attaches terrestres dans lesquelles nous sommes si souvent exposés à pécher. Veillons sur nos sens, sur les mouvements de notre âme. Purifions ces taches par une confession sincère, par la pénitence, par le regret et l'humiliation; afin que le divin Sacrement, entrant en nous, soit reçu dignement, et qu'il opère dans toute la plénitude de sa vertu.
Dans l'Antienne de l'Offertoire, le chrétien fidèle, appuyé sur la parole du Christ qui lui a promis le Pain de vie, se livre à la
joie. Il rend grâces pour cet aliment di\ iri qui sauve de la mort ceux qui s'en nourri> sent.
DEXTERA Domini fecit virtutem, dexlera Domini exaltavit me : non moriar, sed vivam, et narrabo opéra Domini.
LA droite du Seigneur a signalé sa force; la droite du Seigneur m'a élevé en gloire. Je ne mourrai poinf, mais je vivrai, et je raconterai les oeuvres du î^eigncur.
L'Eglise, dans la Secrète, rappelle au Pure céleste que c'est aujourd'hui même qu'a été institué l'auguste Sacrifice qu'elle célèbre en
1PSE tibi, quaesumus Domine sancte. Pater omnipotens,aeterne Deus, Sacrificium nostrum reddat acceptum, qui discipulis suis in sui commemorationem hoc fieri hodierna traditione monstravit, Jésus Christus Filiustuus Dominus noster: Qui tecum vivit et régnât. Amen.
SEIGNEUR saint, Père toutpuissant, Dieu éternel, que notre Sacrifice vous soit rendu agréable par JésusChrist, votre Fils, notre Seigneur, qui, en l'instituant en ce jour, a enseigné à ses disciples de le célébrer en mémoire de lui ; Qui, étant Dieu, vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.
Le Prêtre, après avoir communié sous les deux espèces, et placé dans un calice l'Hostie réservée pour le lendemain, distribue au clergé la sainte Eucharistie; et lorsque les fidèles l'ont reçue à leur tour, le chœur chante l'Antienne suivante qui rappelle le m)^stère du lavement des pieds:
LE Seigneur Jésus, quand il eut soupe avec ses disciples, leur lava les pieds, et leur dit : Vous savez ce que je viens de vous faire, moi votre Seigneur et Maître? Je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez de même.
DOMINUS Jésus postquam cœnavit cum discipulis suis, lavit pedes eorum, et ait illis : Scitis quid fecerim vobis, ego Dominus et Magister ? Exemplum dedi vobis, ut et vos ita faciatis.
La sainte Eglise demande pour nous, dans la Postcommunion , que nous conservions jusque dans l'éternité le don qui vient de nous être conféré.
REFECTI vitalibus alimentis, quaesumus Domine Deus noster : ut quod tempofe nostrae mortalitatis exequimur, immortalitatis tuas munere consequamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.