L'Année liturgique — La Septuagésime (t. 4) (page 2)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 4, éd. 1911 (OCR) · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

112 Le Temps de la Septiiagésime.

CONCEDE , misericors Deus, fragilitati nostrae prsesidium : ut. qui sanctas Dei Genitricis memoriam agimus. intercessionis ejus auxilio, a nostris iniquitatibus resurgamus. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

y. Divinum auxilium maneat semper nobiscum.

E. Amen.

DAIGNEZ, ô Dieu de miséricorde, venir au secours de notre fragilité, afin que nous, qui célébrons la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions, à l'aide de son intercession, nous alfranchir des liens de nos iniquités. Par le même Jési^^- Christ, notre Seigneur. Amen.

f. Que le secours divin demeure toujours avec nous.

^. Amen.

E même que l'anticipation de la fête de Pâques peut entraîner la suppression de plusieurs des Dimanches après l'Epiphanie, de même le retard de la solennité Pascale oblige, en certaines années, à porter jusqu'au nombre de six ces Dimanches qui précèdent la Septuagésime. Nous avons donné les quatre premiers dans le Temps de Noël; deux nous restent à traiter ici .

Durant cette courte période, l'Eglise cesse de s'occuper des mystères de l'enfance du ■ Rédernpteur ; elle s'instruit de ses leçons, elle s'éditie de ses miracles, sans se proposer en

Earticulier aucune des circonstances de sa vie. .es vêtements sacrés qu'elle revêt sont de la couleur verte dont nous avons expliqué ailleurs l'intention symbolique. Souvent aussi quelques fêtes d'un Saint du rite Double se rencontrent, et l'emportent sur le Diman//_/ Le Temps de la Septuagésime.

che, qui n'obtient plus alors qu'une simple commémoration,

Nous nous contenterons de placer ici les Messes et les Vêpres de ces deux Dimanches, gui seront d'ailleurs d'un usage assez peu fréquent, et nous ne nous arrêterons pas sur les jours de la semaine, attendu qu'ils n'offrent aucun mystère particulier. On pourra suppléer cette lacune, peu considérable d'ailleurs, en recourant au Propre des Saints pour les Fêtes qui tomberaient en ces jours.

ANGES de Dieu, adorez-le, vous tous. Sion a appris que le Seigneur est venu, et elle s'est réjouie, et les filles de Juda ont tressailli d'allégresse.

Ps. Le Seigneur règne ; que la terre se réjouisse ; que les îles soient dans l'allégresse. Gloire au Père. Anges de Dieu.

A DORATE Deum omnes ^*- Angeli ejus : audivit et laetata est Sion : et exsultaverunt filiae Judae.

Pc. Dominus regnavit, exsultet terra ; Ixtentur insulae multse. Gloria Patri. Adorate Deum.

NOUS VOUS supplions, Seigneur, de garder votre famille par une continuelle

miséricorde, et de défendre par votre constante protection celle qui se repose sur la seule espérance de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

FAMILIAM tuam, quaesumus Domine, continua pietate custodi : uf quae in sola spe gratiae cœlestis innititur . tua semper protectione muniatur. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Amen.

Cinquième Dimanche après VÉpiphayiie.

A cUN'CTisnos, quaesumus Domine, mentis et corporis défende periculis : et intercedente beata et gloriosa semper Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph, beatis Apostolis tuis Petro et Paulo. atque beato .V. et omnibus Sanctis. salutem nobis tribue benignus et pacem ; ut destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua secura tibi serviat libertate.

* plaît. Seigneur, de tous les périls de l'âme et du corps ; et vous laissant fléchir par l'intercession de la bienheureuse et glorieuse Mère de Dieu. Marie toujours Vierge, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux ^V. ion ?tomme ici le Saint titulaire de l'E- glise) et de tous les Saints, accordez-nous dans votre bonté le salut et la paix, afin que toutes les erreurs et les adversités étant écartées , votre Eglise vous serve dans une liberté tranquille.

Le Prêtre ajoute une troisième Collecte, à son choix.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Colossenses. Cap. m.

FRATRES. Induite vos. sicut electi Dei. sancti. et dilecti. viscera misericordise.benignitatem. humilitatem. modestiam, patientiam. supportantes invicem. et donantes vobismetipsis. si quis adversus aliquem habet querelam : sicut et Dominus donavit vobis. ita et vos. Super omnia autem hae;

Lecture de l'Epître de saint Paul. Apôtre, aux Colossiens. Chap. m.

MES Frères, revêtez-vous, comme il convient à des élus de Dieu, saints et bienaimés. d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience; vous supportant mutuellement, vous pardonnant les uns aux autres, si quelqu'un a des sujets de plainte contre son frère. Comme le Seigneur vous a pardonné, ainsi

A la Messe.

faites vous-mêmes. Mais, sur toutes choses, ayez la charité, qui est le lien de la perfection. Et que la paix de Jésus-Christ tressaille dans vos cœurs, cette paix à laquelle vous avez été appelés pour ne former qu'un seul corps, et soyez-en reconnaissants. Que la parole du Christ habite en vous avec plénitude, en toute sagesse. Instruisez-vous et exhortezvous les uns les autres par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels. chantant à Dieu dans vos cœurs avec édification. Quoi que vous fassiez, parole ou action, faites tout au nom du Seigneur Jésus-Christ, rendant grâces au Dieu et Père, par Jésus-Christ notre Seigneur.

INSTRUIT à l'école de l'Homme-Dieu, qui a daigné habiter cette terre, le chrétien doit s'exercer à la miséricorde envers ses frères. Ce monde, purifié par la présence du Verbe incarné, deviendra pour nous l'asile de la paix, si nous savons mériter les titres que nous donne l'Apôtre, d'élus de Dieu, saints et bienaimés. Cette paix doit remplir d'abord le cœur de chaque chrétien, et l'établir dans une joie continuelle qui aime à s'épancher dans le chant des louantes de Dieu. Mais c'est principalement le Dimanche, que les fidèles, en s'unissant à la sainte Eglise, « dans ses psaumes et ses cantiques », accomplissent ce devoir si cher à leur cœur. Dans

charitatem habete, quoi est vinculum perfectionis : et pax Christi exsultet in cordibus vestris, in qua et vocati estis in uno corpore : et grati estote. Verbum Christi habitet in vobis abundanter.in omni sapientia, docentes, et commonentes vosmetipsos, psalmis. hymnis, et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo. Omne quodcumque facitis, in verbo aut in opère, omnia in nomine Domini nostri JesuChristi, gratias agentes Deo et Patri per Jesum Christum Dominum nostrum.

1 1 8 Cinquième Dimanche après V Epiphanie.

l'usage ordinaire de la vie, souvenons-nous aussi du conseil que nous donne l'Apôtre, à la fin de cette Epître, et songeons à faire toutes nos actions au nom de Jésus-Christ, afin d'être agréables en tout à notre Père céleste.

TIMEBUNT gentes Xomen tuum. Domine, et omnes reges terras gloriam tuam.

y. Quoniam asdificavit Dominus Sion, et videbitur in majestate sua.

Alléluia, alléluia.

f. Dominus regnavit, exsultet terra : laetentur insulîe multas. Alléluia.

LES nations craindront votre , Nom, Seigneur, et tous les rois de la terre redouteront votre gloire.

f. Car le Seigneur a bâti Sion. et il s'y montrera dans sa majesté.

Alléluia, alléluia.

y. Le Seigneur règne : que la terre se rejouisse ; que les iles soient dans l'allégresse. Alléluia.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. xin.

IN illo tempore : Dixit Jésus turbis parabolam hanc : Simile factum est regnum cœlorum homini, qui seminavit bonum semen in agro suo. Cum autem dormirent homines, venit inimicus ejus. et superseminavit zizania in medio tritici, et abiit. Cum autem crevisset herba. et fructum fecisset , tune apparuerunt et zizania. Accedentes autem servi patrisfaLa suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. xni.

EN ce temps-là, Jésus dit à la foule cette parabole : Le royaume des deux est semblable à un homme qui avait semé de bon grain dans son champ ; mais pendant que les hommes dormaient, l'ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le froment, et se retira. Quand Therbe eut poussé et qu'elle fut montée en épi . l'ivraie commença aussi à paraître. Les serviteurs d\: père de famille vinrent lui dire : Seigneur, n'avez-vous

A la Messe.

donc pas semé de bon grain dans votre champ ? d'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Et il leur répondit : C'est l'homme ennemi qui a fait cela. Ses serviteurs lui dirent : Voulez-vous que nous allions l'arracher ? Non, leur répondit-il, de peur qu'en cueillant l'ivraie, vous n'arrachiez en même temps le froment. Laissez-les croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Cueillez premièrement l'ivraie et liez-la en bottes pour la brûler ; mais amassez le froment dans mon grenier.

milias, dixerunt ei : Domine, nonne bonum semen seminasti in agro tuo ? Unde ergo habet zizania ? Et ait illis : InimicMS homo hoc fecit. Servi autem dixerunt ei : Vis, imus, et colligimus ea ? Et ait : Non : ne forte coUigentes zizania, eradicetis simul cum eis, et triticum. Sinite utraque crescere usque ad messem. et in tempore messis dicam messoribus: Colligite primum zizania, et alligate ea in fasciculos ad comburendum, triticum autem congregate in horreum meum.

LE royaume des cieux dont parle ici le Sauveur est son Eglise militante, la société de ceux qui croient en lui. Néanmoins, ce champ c^u'il a cultivé avec tant de soins, est parsemé d'ivraie ; les hérésies s'y sont glissées, les scandales s'y multiplient : devonsnous pour cela douter de la prévoyance , de celui qui connaît tout, et sans la permission duquel rien n'arrive? Loin de nous cette pensée. Le Maître nous apprend lui-même qu'il en doit être ainsi. L'homme a reçu la liberté du bien et du mal ; c'est à lui d'en user, et c'est à Dieu de faire tourner tout à sa gloire. Que l'hérésie donc s'élève comme une plante maudite, nous savons que le jour viendra où elle sera arrachée ; plus d'une fois même on la verra sécher sur sa propre tige, en attendant le jour où elle doit .être

j 20 Cinquième Dimanche après l'Epiphanie.

arrachée et jetée au feu. Où sont aujourd'hui les hérésies qui désolèrent TEglise à son premier âge ? Où seront dans cent ans d'ici celles quC, depuis trois siècles, ont causé tant de maux sous le beau nom de réforme r Il en est de même des scandales qui s'élèvent au sein même de l'Eglise. Cette ivraie est un fléau ; mais il faut que nous soyons éprouvés. Le Père de famille ne veut pas que l'on arrache cette herbe parasite, dans la crainte de nuire au pur froment. Pourquoi ? parce qi e le mélange des bons et des mauvais est un utile exercice pour les premiers, en leur apprenant à ne pas compter sur l'homme, mais à s'élever plus haut. Pourquoi encore ? parce que telle est la miséricorde du Seigneur, que ce qui est ivraie peut quelquefois, par la grâce divine, se transformer en froment. Ayons donc patience ; mais, parce que l'ennemi' ne sème l'ivraie que pendant le som.meil des gardiens du champ, prions pour les pasteurs, et demandons pour eux à leur divin Chef cette vigilance qui est la première garantie du salut du troupeau, et qui est sig'niûée. com.me leur première qualité, par lenom que l'Eglise leur a imposé.

DEXTERA Domini fecit virtutem , dextera Domini exaltavit me : non moriar, sed vivam. et narrabo opéra Domini.

LA droite du Seigneur a signalé sa force ; la droite du Seigneur m'a élevé en gloire. Je ne mourrai point, mais je vivrai, et je raconterai les œuvres du Seigneur.

:s

gneur, ces hosties de

HOSTIAS tibi, Domina. 1 ■•. y OL'S vous offrons. S placationis ofFeri- | iS gneur, ces hosties

A la Messe.

propitiation, sfin que dans votre miséricorde vous pardonniez nos péchés, et que vous conduisiez nos cœurs chancelants. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Exaucez-nous, 6 Dieu notre Sauveur ; et par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de l'âme et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie. et votre gloire en l'autre.

mus, ut et delicta nostra miseratus absolvas, et nutantia corda tu dirigas. Per Dominum nostrum Jesum Christum.

Amen.

E.x:audi nos, Deus Salutaris noster : ut per hujus Sacramenti virtutem. a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.

Le Prêtre ajoute une troisième Secrète, à son choix.

Tous étaient ravis en admiration des choses qui sortaient de la bouche de Dien.

MIRABANTUR omnes de his, quae procedebant de ore Dei.

FAITES, ô Dieu tout-puissant, que nous obtenions l'effet du salut dont nous avons déjà reçu le gage dans ces Mystères. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

Qu,, l'oblation du divin Sacrement nous purifie et nous protège. Seigneur, nous vous en supplions ; et. par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie. Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, d» vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheuUiESUMUS omnipotens Deus, ut illius saTutaris capiamus effectum, cujus per hase mysteria pignus accepimus. Per Dominum nosirum Jesum Christum.

Amen.

Mundet et muniat nos. quaesumus Domine, divini Sacramenti munus oblatum : et intercedente beata Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph, beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato ^V. et omnibus

Cinquième Dimanche apj'ès l'Epiphanie.

Sanctis, a cunctis nos reddat et perversitatibus expiâtes, et. adversitatibus exreditos.

reux X. et de tous les Saints, qu'elle soit pour nous l'expiation de tous nos péchés, et la délivrance de toute adversité.

Le Prêtre ajoute une troisième Postcommunion, à son choix.

Les Psaumes, le Capitule^ VHymne et te Verset, pages 88 et suivantes.

ANTIENNE DE Magnificat.

COLLIGITE primum z\- /"^ ueillez premièrement

zaaia. et alligate ea ^^-^ l'ivraie et liez-la en

in fascicules ad combu- bottes pour la brûler; mais

rendum : triticam autem amassez le froment dans mon

congregate in horreum grenier, meum, dicit Dominus.

FAMILIAM tuam, quassumu5 Domine, continua pietate custodi : ut qu£e in sola spe gratiœ cœlestis innititur . tua semper protectione muniatuD. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

NOUS vous supplions. Seigneur, de garder votre familTe par une continuelle miséricorde, et de défendre par votre constante protection celle qui se repose sur la seule espérance de votre grâce. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

aprês'l'épiphanie.

ANGES de Dieu, adorez-le. vous tous. Sion a appris que le Seigneur est venu, et elle s'est réjouie ; et les filles de Juda ont tressailli d'allégresse.

Ps. Le Seigneur règne : que la terre se réjouisse, que les îles soient dans l'allégresse. Gloire au Père. Anges de Dieu.

ADORATE Deum omnes Angeli ejus : audivit et laetata est Sion • et exsultaverunt filise Judae.

Ps. Dominus regnavit, exsultet terra : laetentur insulae multae. Gloria Patri. Adorate Deum.

FAITES, s'il vous plaît. Dieu tout-puissant, que, sans cesse occupés de pensées raisonnables, nous cherchions constamment à vous plaire dans nos paroles et dans nos actions. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

PR JE s T A , quaesumus omnipotens . Deus : ut semper rationabilia méditantes , quae tibi sunt placita et dictis exsequamur et factis. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

J24 Sixième Dimanche après V Epiphanie.

On ajoute les Collectes ci-dessus à la Messe du cinquième Dimanche, page ii6.

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Thessalonicen ses.

FRATRES. Gratias agimu5 Deo semper pro omnibus vobis . memoriam vestri facientes in orationibus nostris sine intermissione. memores operis fidei vestrîe. et laboris, et charitatis. et sustinentiae spei Domini nostri Jesu Christi. ante Deum et Patrem nostrum : scientes. fratres dilecti a Deo. electionem vestram : quia Evangelium nostrum non fuit ad vos in sermone tantum. sed et in virtute, et in Spiritu Sancto. et in plenitudine multa. sicut scitis quales fuerimus in vobis propter vos. Et vos imitatores nostri facti estis et Domini. excipientes verbum in tribuîatione multa. cum gaudio Spiritus Sancti : ita ut facti sitis forma omnibus credentibus in Macedonia. et in Achaia. A vobis enim diffamatus est sermo Domini. non solum in Macedonia. et in Achaia, sed et in

Lecture de l'Epitre de saint Paul, Apôtre, aux Thessaloniciens. I, Chap. i.

MES Frères, nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, et nous faisons continuellement mémoire de vous dans nos prières. Nous nous souvenons devant notre Dieu et Père des œuvres de votre foi, de vos travaux, de votre charité, et de la fermeté d'espérance que vous avez en notre Seigneur Jésus-Christ. Nous savons, frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection ; car notre Evangile au milieu de vous n'a pas été seulement en paroles, mais accompagné de prodiges, soutenu de lËsprit-Ï5aint, ei

favorisé d'une

abondante plénitude. Vous savez aussi de quelle manière étant parmi vous, nous avons été à votre égard. Et vous, vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, ayant reçu la parole parmi de grandes tribulations, avec la joie de l'Esprit-Saint, en sorte que vous êtes devenus l'exemple de tous ceux qui ont embrassé la foi dans la Macédoine et dans l'Achaïe. Et non seulement vous êtes

A la Messe.

omni loco fides vestra,

?[uaE est ad Deum. proecta est, ita ut non sit nobis necesse quidquam loqui. Ipsi enim de nobis annuntiant qualem introitura habuerimus ad vos : et quomodo conversi estis ad Deum a simulacris, serv'ire Deo vivo, et vero. et exspectare Filium ejus de coelis (quem suscitavit ex mortuis) Jesum. qui eripuit nos ab ira ventura.

cause que la parole du Seigneur s'est répandue avec éclat dans la Macédoine et dans l'Achaïe ; mais la foi que vous avez en Dieu est devenue si célèbre, qu'il n'est pas même nécessaire que nous en parlions. Eux-mêmes racontent, en parlant de nous, le succès de notre arrivée parmi vous . et comment . ayant quitté les idoles, vous vous êtes convertis à Dieu, pour servir ce Dieu vivant et véritable, et pour attendre du ciel son Fils Jésus, qu'il a ressuscité d'entre les morts, et qui nous a délivrés de la colère à venir.

y 'ÉLOGE que fait ici saint Paul deia ndélité *^ des chrétiens de Thessalonique à la foi qu'ils avaient embrassée, éloge que l'Eglise nous remet aujourd'hui sous les yeux, semblerait plutôt un reproche pour les chrétiens de nos )ours. Livrés encore la veille au culte des idoles, ces néophytes s'étaient élancés avec ardeur dans la carrière du christianisme, au

Eoint de mériter l'admiration de l'Apôtre. le nombreuses générations chrétiennes nous ont précédés ; nous avons été régénérés dès notre entrée en cette vie : nous avons sucé, pour ainsi dire, avec le lait, la doctrine de Jésus-Christ : et cependant notre foi est loin d'être aussi vive, nos mœurs aussi pures que l'étaient celles de ces premiers fidèles. Toute leur occupation était de servir le Dieu vivant et véritable, et d'attendre l'avènement de Jésus-Christ ; notre espérance est la même

126 Sixième Dimanche après V Epiphanie.

que celle c}ui faisait battre leurs cœurs ; pourquoi n'imitons-nous pas la foi généreuse de nos ancêtres ? Le charme du présent jious séduit. L'incertitude de ce monde passager est-elle donc ignorée de nous, et ne craignons-nous pas de transmettre aux générations qui nous suivront un christianisme amoindri et stérile, tout différent de celui que Jésus-Christ a établi, que les Apôtres ont prêché, que les païens des premiers siècles embrassaient au prix de tous les sacrifices ?

TIMEBUNT gentes Nomen tuum. Domine, et omnes reges îerrse gloriam tuam.

t. Quoniam asdificavit Domimis Sion. et videbiîur in majestate sua.

Alléluia, alléluia.

f. Dominus regnavit. exsultet terra : Isetentur insulas multae. Alléluia.

LES nations craindront votre Nom. Seigneur, et tous les rois de la terre redouteront votre gloire.

"fr. Car le Seigneur a bâti Sion, et il s'y montrera dans sa majesté.

Alléluia, alléluia.

j^. Le Seigneur règne : que la terre se réjouisse : que lei îles soient dans l'allégresse. Alléluia.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. C.A.P. .xiii.

1y illo tempore : Dixit Jésus turbis parabolam hanc : Simile est regnum cœlorum grano àinapis. quod accipiens homo seminavit in agro suo, quod minimum quidem est omnibus seminibus : cum autem creverit,

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu.

EN ce temps-là, Jésus dit à la foule cette parabole : Le royaume des cieux est semblable à un grain de sénevé qu'un homme prend et sème dans son champ : c'est la plus petite de toutes les graines ; mais quand elle a poussé, c'est le plus jjrand

A la Messe.

de tous les légumes, et cette plante devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses rameaux. Il leur dit encore cette autre parabole : Le royaume des cieux est semblable à un levain qu'une femme prend et qu'elle cache dans trois mesures de farine, jusqu'à ce qiie la pâte soit toute levée. Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles, afin que cette parole du Prophète fût accomplie : J'ouvrirai ma bouche pour dire des paraboles ; je publierai des choses qui ont été cachées depuis la création du monde.

majus est omnibus oleribus, et fit arbor ita ut volucres cœli veniant, et habitent in ramis ejus. Aliam parabolam locutus est eis : Simile est regnum cœlorum fermento, quod acceptum mulier abscondit in farinae satis tribus, donec fermentatum est totum. Haec omnia locutus est Jésus in parabolis ad turbas : et sine parabolis non loquebatur eis : ut impleretur quod dictum erat per Prophetam dicentem : Aperiam in parabolis os meum, eructabo abscondita a constitutione mundi.

NOTRE Seigneur nous donne ici deux symbolesbienexpressifsde son Eglise, qui est son Royaume, et qui commence sur la terre pour s'achever au ciel. Quel est ce grain de sénevé, caché dans l'obscurité du sillon, inconnu à tous les regards, reparaissant ensuite comme un germe à peine perceptible, mais croissant toujours jusqu'à devenir un arbre : sinon cette Parole divine répandue obscurément dans la terre de Judée, étouffée un instant par la malice des hommes jusqu'à être ensevelie dans un sépulcre, puiss'échappant victorieuse et s'étendant bientôt sur le monde entier? Un siècle ne s'était pas écoulé depuis la mort du Sauveur, que déjà son Eglise comptait des membres fidèles, bien au delà des limites de l'Empire romain. Depuis

128 Sixième Dimanche après V Epiphanie.

lors, tous les genres d'efforts ont été tentés pour déraciner ce grand arbre : la violence, la politique, la fausse sagesse, y ont perdu leur temps. Tout ce qu'elles ont pu faire a été d'arracher quelques branches ; mais la sève vigoureuse de l'arbre les a aussitôt remplacées. Les oiseaux du ciel qui viennent chercher asile et ombrage sous ses rameaux, sont, selon l'interprétation des Pères, les âmes qui, éprises des choses éternelles, aspirent vers un monde meilleur. Si nous sommes dignes du nom de chrétiens, nous aimerons ce"t arbre, et nous ne trouverons de repos et de sécurité que sous son ombre tutélaire. La femme dont il est parlé dans la seconde parabole, est l'Eglise notre mère. C'est elle qui, au commencement du christianisme, a caché, comme un levain secret et salutaire, la divine doctrine dans la masse de l'humanité. Les trois mesures de farine qu'elle a fait lever pour en former un pain délectable sont les trois grandes familles de l'espèce humaine, issues'des trois enfants de Noe, et auxquelles remontent tous les hommes qui habitent la terre. Aimons cette mère, et bénissons ce levain céleste auquel nous devons d'être devenus enfants de Dieu, en devenant enfants de l'Eglise.

r^ EXTERA Domini fecit ^^ virtutem , dextera Domini exaltavit me : non moriar, sed vivam, et narrabo opéra Domini.

I A droite du Seigneur a si^ gnalé sa force ; la droite du Seigneur m'a élevé en gloire. Je ne mourrai point, mais je vivrai, ^t je raconterai les œuvres du Seigneur.

A Vêpres.

FAITES, s'il VOUS plaît, ô Dieu, que cette oblation nous purifie et nous renouvelle, qu'elle nous régisse et nous protège. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

H.tcnosoblatio. Deus, mundet, quaesumus, et renovet, gubernet. et protegat. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

On ajoute les Secrètes ci-dessus à la Messe du cinquième Dimanche, page 121.

Tus étaient ravis en admiration des choses qui sortaient de la bouche de Dieu.

IRAB AXTUR omnes de his, quae proc?-

debant de ore Dei.

T TOUS nous avez nourris,

V Seigneur, de vos célestes délices ; faites , s'il vous plaît, que nous aspirions sans cesse à cette nourriture par laquelle nous obtenons la véritable vie. Par JésusChrist notre Seigneur. ^ Amen.

On ajoute les Postcommunions ci-dessus, à la Messe du cinquième Dimanche, page 121.

CŒLESTIBUS, Dominer, pasti deliciis, quasumus. ut semper eadem, per quae veraciter vivimus . appetamus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Les Psaumes, le Capitule, l'Hymne et le Verset, pages as et suivantes.

ANTIENNE DE Magnificat.

LE royaume des cieux est , semblable à du levain

SI.MILE est regnum cœ- lorum fermento, quod

Sixième Dimanche après l'Epiphanie.

acceptum mulier abscondit in farinae satis tribus . donec fermentatum est totum.

qu'une femme prend et qu'elle cache dans trois mesures de farine, jusqu'à ce que la pâte soit toute levée.

PR.ESTA. quœsumus omnipotens Deus : ut semper rationabilia méditantes, qua? tibi sunt placita. et dictis exsequamur et factis. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

FAITES , s'il vous plaît , Dieu tout-puissant, que, sans cesse occupés de pensées raisonnables , nous cherchions constamment à vous plaire dans nos paroles et dans nos actions. Par JésusChrist notre Seigneu-r. Amen.

E mouvement du Cycle doit ramener prochainement la commémoration des douleurs du Christ et les joies de sa Résurrection ; neuf semaines seulement nous séparent de ces grandes solennités. Il est temps pour le chrétien de préparer son âme à une nouvelle visite du Seigneur, plus sacrée et plus décisive encore que celle qu'il a daigné nous faire dans sa miséricordieuse Nativité.

La sainte Eglise, qui sent le besoin de réveiller nos cœurs de leur assoupissement, et de leur donner une forte impulsion vers les choses célestes, accomplit aujourd'hui une grande mesure dans cette intention. Elle nous sèvre du divin Alléluia, ce chant du Ciel qui nous associait aux concerts des Anges. Nous ne sommes que des hommes fragiles, pécheurs courbés vers la terre; comment ce cri d'une meilleure patrie a-t-il pu sortir de notre bouche r Sans doute, l'Emmanuel, le divin réconciliateur de Dieu et des 'nommes, nous Ta apporté du Ciel, au milieu des joies de sa Naissance, et nous avons osé le répéter; nous le redirons même encore.

i32 Le Temps de la Septuagésime.

avec un nouvel enthousiasme, dans l'allégresse de sa Résurrection ; mais, pour chanter a\s,ne\-nenxV Alléluia, il faut aspirer au séjour d'où il nous est venu. Ce n'est pas là un vain mot, une mélodie profane ou insignifiante ; c'est le souvenir de la patrie dont nous sommes exilés, c'est l'élan vers le retour.

Le mot Alléluia signifie Loue:^ Dieu ; m.2iis son accent est particulier. L'Eglise ne suspendra pas. durant neuf semaines, l'exercice du devoir qui l'oblige à louer Dieu. Elle substituera à ce terme échappé d'un monde meilleur un autre cri qui proclame aussi la louange : Laus tibi. Domine. Rcx œternœ glori^ ; Louange à vous. Seigneur, Roi de l'éternelle gloii-e ! Mais ce dernier cri part de la terre.'tandis que l'autre est descendu du Ciel. « U Alléluia, dit le pieux Rupert, est « comme une goutte de la joie suprême dont '• tressaille la Jérusalem supérieure. Les « Patriarches et les Prophètes le portèrent « au fond de leur âme; l'Esprit-Saint le « produisit avec plus de plénitude sur les « lèvres des Apôtres. Il signifie l'éternel « festin des Anges et des âmes oienheureuses, « qui consiste à louer Dieu sans cesse, à con<' templer sans lin la face du Seigneur, à " chanter sans jamais se lasser des merveilles •■ toujours nouvelles. L'indigence de notre vie <' actuelle n'arrive pas à goûter ce festin ; la « perfection en cette vie e"st d'y prendre part « au moyen des joies de l'espérance, d'en « avoir faim, d'en avoir soif. C'est pour <( cela que ce mot mystérieux Alléluia n'a « pas été traduit, et qu'il est resté en hébreu, « comme pour signifier, plutôt qu'il ne la

La Veille de la Septuagésime. i33

« saurait exprimer, une allégresse trop (( étrangère à notre vie présente i. »

Durant ces jours où il nous faut sentir la dureté de notre exil, sous peine d'être laissés comme transfuges au sein de la pertideBabylone, il importait que nous fussions prémunis contre les entraînements du dangereux séjour où se passe notre captivité. Voilà pourquoi l'Eglise, prenant pitié de nos illusions et de nos périls, nous donne un si solennel avertissement. Elle nous dit, en nous enlevant le cri de l'allégresse, que nos lèvres ont besoin d'être purifiées avant d'être admises à prononcer de nouveau la parole des Anges et des Saints; que nos cœurs, souillés par le péché et par l'amour des biens terrestres, doivent être épurés par le repentir. Elle va dérouler sous nos yeux le triste spectacle de la chute de notre premier père, événement lamentable d'où sont sortis tous nos malheurs, avec la nécessité d'une rédemption. Elle pleure sur nous, cette Mère tendre, et elle veut que nous nous affligions avec elle.

• Acceptons donc la loi qui nous est faite ; et si déjà les joies pieuses sont suspendues pour nous, comprenons qu'il est temps de faire trêve avec les Frivolités du monde. Mais, avant tout, écartons-nous du péché; assez longtemps il a régné en nous. Le Christ approche avec sa croix ; il vient tout réparer par le fruit surabondant de son Sacrifice. Nous ne voulons pas, sans doute, que son sang tombe inutilement sur nos âmes, comme

I. De divinis officiis. Lib. i, cap. 35.

i34 I^e Temps de la Septuagésime.

la rosée du matin sur les sablesencore tièdes du désert. Confessons d'un cœur humble que nous sommes pécheurs, et, semblables au publicain de rÉvangile qui n'osait lever ses regards, reconnaissons qu'il est juste que l'on nous retire, au moins pendant quelques semaines, ces chants auxquels notre bouche coupable s'était trop familiarisée, ces sentiments d'une confiance trop présomptueuse qui combattaient dans nos cœurs la sainte crainte de Dieu.

L'insouciance pour les formes liturgique^s, qui est l'indice le plus sensible de l'affaiblissement de la foi dans une chrétienté, et qui règne si universellement autour de nous, est cause que beaucoup de chrétiens, de ceux même qui fréquentent l'Eglise et les Sacrements, voient chaque année, sans en être émus, cette suspension de V Alléluia. C'est à peine si plusieurs d'entre eux y donnent une attention légère et distraite, préoccupés qu'ils sont dès habitudes d'une piété toute privée et en dehors de la pensée de l'Eglise. Si ces lignes leur tombent quelque jour sous les yeux" nous les engageons à rétléchir sur la souveraine autorite et sur la profonde sagesse de notre Mère commune qui considère la suspension de Y Alléluia comme l'un des incidents les plus graves et les plus solennels de l'Année litu'rgique. Peut-être leur sera-t-il avantageux d'écouter un moment les accents si touchants que l'interruption forcée du cri céleste arrachait à la piété de nos pères, à l'époque où la foi chrétienne était encore la loi suprême des individus comme des sociétés.

La Veille de la Septuagésiyyie.

Les adieux à V Alléluia dans les diverses Eglises, au moyen âge, étaient empreints, comme on va le voir, de sentiments divers selon les lieux. On profitait de la circonstance pour exprimer tout ce que cette parole céleste inspirait de tendresse ou d'enthousiasme ; d'autres fois, le regret des tidèles pour le céleste compagnon de leurs prières s'épanchait en accents plus tristes.

Nous commencerons par nos vieilles Eglises de l'âge carlovingien, et nous produirons d'abord ces adieux d'une familiarité naïve, par lesquels nos pères du ix^ siècle se séparaient de r^//e/2«'<3, en annonçant toutefois l'espérance de le revoir, quand la victoire du Christ aurait ramené la sérénité au ciel de la sainte Eglise. Nous empruntons les deux Antiennes qui suivent, et dont l'origine paraît être romaine, à l'Antiphonaire de SaintCorneille de Compiègne, publié par Dom Denvs de Sainte- Marthe.

Ant. O"-'^^'" bon Ange ^< du ï>eigneur t'accompagne , Alléluia ; qu'il rende ton voyage prospère, afin que tu reviennes avec nous dans la joie, Alléluia. Alléluia.

Ant. Alléluia, reste encore avec nous aujourd'hui ; demain, tu partiras, Alléluia ; et quand le jour se lèvera, tu te mettras en route, Alléluia. Alléluia, Alléluia.

' mini bonus

comitetur tecum. Alléluia, et bene disponat itineri tuo , ut iterum cum gaudio revertaris aJ nos, Alléluia. Alléluia. Ant. Alléluia, mane apud nos hodie, et crastina proficisceris , Alléluia ; et dum ortus fuerit dies, ambulabis via tua. Alléluia , Alléluia, Alléluia.

Voici maintenant les chants par lesquels l'Eglise gothique d'Espagne saluait V Alléluia,

Le Temps de la Septuagésime.

à la veille du jour où il devait cesser. Nous prenons seulement les principaux traits d'un ensemble liturgique qui forme, pour ainsi dire, un Office entier :

ALLELULA. piis édite laudibus. Cives aïtherei . psallite unanimiter Alléluia perenne.

Hinc vos perpetui luminis accolse. Ad summum resonate hymniferis choris Alléluia perenne.

Vos urbs eximia suscipiet Dei, Quœ laetis resonans cantibus, excitât Alléluia perenne.

Almum sidereae jam patrias decus Victores capite. quo canere possitis Alléluia perenne.

Illic Régis honor vocibus inclytis Jocundum reboat carmine perpetim Alléluia perenne.

Hoc fessis requies, hoc cibuî, hoc potus Oblectans reduces, haustibusaffluens Alléluia perenne.

HABITANTS du ciel, faites résonner l'AlIeluia dans vos sacrés cantiques ; d'un concert unanime chantez l'Alléluia éternel.

Vous qui vivez au sein de la lumière qui ne s'éteindra jamais, dans vos chœurs mélodieux, chantez avec ardeur l'AUeluia éternel.

Remontez vers cette heureuse cité de Dieu qui va

vous recevoir, et qui, retentissante de cantiques joyeux, répète lAlleluia éternel.

Dans votre victoire, prenez possession des honneurs de la patrie céleste, où il vous appartient de chanter l'Alléluia éternel.

C'est là que des voix augustes font résonner à jamais, à la gloire du grand Roi, le cantique joyeux , l'Alléluia

éternel.

Repos après le labeur, nourriture, breuvage, il fait les délices de ceux qui rentrent dans la patrie, il les enivre à longs traits, l'Alléluia éternel.

La Veille de la Septuagésime. i3j

Nous aussi , Auteur des êtres, nous célébrons dans nos cantiques mélodieux , nous chantons à votre louange l'Alleluia éternel.

Christ tout-puissant , nos voix te glorifient , et nous disons à ta gloire l'Alleluia éternel, l'Alleluia éternel Amen.

A son heureux retour , jubilez d'allégresse ; rendez au Seigneur le tribut de gloire et de mélodie, l'Alleluia éternel.

Te suavisonis conditor affatim Rerum carminibus, laudeque pangimus Alléluia perenne.

Te Christe célébrât

gloria vocibus Nostris, omnipotens, ac

tibi dicimus

Alléluia perenne : Alléluia perenne.

Amen.

Felici reditu gaudia sumite, Reddentes Domino glorificum melos. Alléluia perenne.

L'Alleluia est du ciel, et il est de la terre ; au ciel il dure toujours, mais sur la terre il peut être chanté. Au ciel, il retentit sans interruption ; sur la terre , il trouve du moins des bouches fidèles. Au ciel, il éclate à jamais ; ici-bas, il n'est pas sans douceur. Au ciel, il exprime l'enthousiasme du bonheur ; sur la terre, il exprime la concorde. Au ciel, il est ineffable ; ici-bas, «n le répète avec instance. Au ciel, il n'a pas besoin de syllabes ; sur la terre, il lui faut encore le secours de nos faibles mélodies. Au ciel, il est chanté par les Anges ; ici-bas par

ALLELUIA in cœlo, et in terra : in cœlo perpetuatur. et in terra cantatur. Ibi sonat jugiter : hic fideliter. lUic perenniter. hic suaviter. Illic féliciter, hicconcorditer. Illic ineSabiliter, hic instanter. Illic sine syllabis : hic modulis. Illic ab Angelis, hic a populis, quam Christo Domino nascente in laude et confessionenimis ejus, non solum in cœlo, sed et in terra cœlicolae cecinerunt : dum gloriam in excelsis Deo, et pacem in terra bonae voluntatis hominibus nuntiaverunt.

Le Temps de la Septuagésime.

Quaesumus ergo. Domine, ut quorum 'ministeria nitimur imitari laudando. eorum mereamur consortium beatœ vitse vivendo.

les peuples. Ce ne fut pas seulement au ciel, mais sur la terre, que les bienheureux le chantèrent à la naissance du Christ Seigneur . lorsqu'ils annoncèrent la gloire à Dieu, au plus haut des cieux. et la paix, sur la terre, aux hommes de bonne volonté. Faite* donc. Seigneur, que par nos actes nous méritions d'être réunis dans la vie bienheureuse à ceux dont nous cherizhons à imiter l'office, en répétant vos louanges.

IBIS. Alléluia. Prosperum iter habebis. Alléluia ; et iterum cum gaudio revertaris ad nos, Al'eluia. In manibus enim suis portabunt te : ne unquam ofFendas ad lapidem pedem tuum. El iterum cum gaudio revertaris ad nos. Alléluia.

TU nous quittes. Alléluia. Ton voyage sera heureux. Alléluia : tu reviendras à nous avec allégresse. Alléluia. Ils te porteront sur leurs bras . afin que ton pied ne heurte pas contre la pierre, et tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia.

Alléluia, nomen **• pium. atque jocundum. dilateturad laudem Dei in ora omnium popjlorum.

K. Amen.

Sil in vocibus credentium clara. quae in Angelorum ostenditur concentibus gloriosa.

^. Amen.

Et, quae in aeternis civibus sine sonorum strepitu enitet. in vestris corQUE TAlleluia. parole religieuse et pleine d'allégresse, soit proféré, â la louange de Dieu, par la bouche de tous les peuples.

Bî. Amen.

Qu'elle soit mélodieuse dans la bouche des croyants, cette parole qui dans les concerts des Anges exprime la gloire.

K. Amen.

Les citoyens de l'éternité la font retentir sans le secours d'une harmonie matérielle ;

La Veille de la Septuagésime. i3q

(^ue dans vos cœurs elle fructifie à l'aide d'un sentiment d'amour toujours croissant.

^. Amen.

Que le bon Ange du Seigneur t'accompagne . Alléluia : qu'il te prépare un voyage heureux, et tu reviendras à nous avec allégresse, Alléluia.

Les Eglises d'Allemagne, au moyen âge, formulèrent les adieux à V Alléluia, dans cette magnifique Prose que l'on trouve dans leurs Missels jusqu'au xv^ siècle.

dibus affectu planiore fructificet.

^. Amen.

Angélus Domini bonus comitetur tecum , Alléluia : et omnia bona praeparet itineri tuo. Et iterum cum gaudio revertaris ad nos. Alléluia.

CHANTONS à cette heure, chantons tous Alléluia.

A la louange du Roi éternel, que le peuple fasse retentir Alléluia.

Que les chœurs célestes chantent dans les hauteurs du ciel Alléluia.

Que le concert des bienheureux, dans les jardins du Paradis, exécute l'Alleluia.

Que les sphères éclatantes des cieux jubilent en proclamant dans les hauteurs l'Alleluia.

Que les nuées dans leur cours, les vents dans leur vol rapide, les éclairs dans leur marche étincelante, les tonnerres dans leur fracas, s'unissent pour rendre la douceur de l'Alleluia.

Flots et ondes , pluies et

CANTEMUS cuncti melodum nunc Alléluia.

In laudibusasterni Régis haec plebs resultet Alléluia.

Hoc denique cœlestes chori cantent in altum Alléluia.

Hoc beatorumper prata Paradisiaca psallat concentus Alléluia.

Quin et astrorum micantia lurainaria jubilent altum Alléluia.

Nubium cursus, ventorum volatus, fulgurum coruscatio et tonitruum sonitus. dulce consonent simul Alléluia.

Fluctus et undae, im140 Le Temps de la Septuagésime.

ber et procellae. tempestas et serenitas, cauma, gelu, nix, pruinae, saltus, nemora paogant Alléluia.

Hinc variée volucres Creatorem laudibus concinite cum Alléluia.

Ast illic respondeant voces altse diversarum. besliarum Alléluia.

Istinc montium celsi vertices sonent Alléluia.

Hinc vallium profunditates saltent Alléluia.

Tu quoque maris jubilans abysse, die Alléluia.

Necnon terrarum molis immensitates : Alléluia.

Nunc omnes genus humaaum laudans e.xsultet Alléluia.

Et Creatori grates frequentans consonet Alléluia.

Hoc denique nomen audire jugiter delectatur Alléluia.

Hoc etiam carmen cœ- leste comprobat ipse Christus Alléluia.

Nunc vos socii cantate laetantes : Alléluia.

Et vos pueruli respondete semper : Alléluia.

orages, tempêtes et serenite, ardeurs et froidure, neiges, frimas, bois et forêts, célébrer l'AUeluia.

Et vous, race si variée des oiseaux, louez votre créateur avec mélodie par l'AUeluia.

La grande voix des animaux terrestres s'unira pour répondre Alléluia.

Puis, les sommets des montagnes renverront à leur tour Alléluia.

Et la profondeur des vallées répétera en tressaillant Alléluia.

Toi aussi, abîme des mers, jubile, et dis à ton tour Alléluia.

Et que l'immensité des espaces terrestres pousse ce cri: Alléluia.

Genre humain tout entier, fais entendre avec transport le chant de la louange. Alléluia.

Et rends au Créateur tes actions de grâces, en répétant sans cesse : Alléluia.

Ton Créateur se complaît à entendre éternellement cette parole : Alléluia.

Le Christ aussi accepte ce chant céleste : Alléluia.

Maintenant donc , frères , chantez dans l'allégresse : Alléluia.

Et vous, enfants, répondez toujours : Alléluia.

La Veille de la Septuagésime. 141

Chantez tous ensemble, chantez au Seigneur : Alléluia ; au Christ : Alléluia ; à l'Esprit-Saint : Alléluia.

Louange soit à l'éternelle Trinité qui parut avec gloire au baptême du Seigneur : chantons-lui : Alléluia.

Nunc omnes canite simul. Alléluia Domino. Alléluia Christo. Pneumatique Alléluia.

Laus Trinitati œterns in baptismo Doraini quae clarificatur : hinc canamus Alléluia.

Nos Eglises de France, au xiii^ siècle, et longtemps encore après, chantaient, aux Vêpres du samedi de Septuagésime, l'Hymne touchante que nous donnons"ci-dessous.

^ LLELUIA est un chant de /\ douceur, une voix d'allégresse éternelle ; Alléluia est le cantique mélodieux que les chœurs célestes font retentir à jamais, dans la maison de Dieu.

Alléluia ! céleste Jérusalem, heureuse mère, patrie où nous avons droit de cité ; Alléluia ! c'est le cri de tes fortunés habitants: pour nous, exilés sur les rives des fleuves de Babyloue, nous n'avons plus que des larmes.

Aîleluia ! Nous ne sommes pas dignes de le chanter toujours. Alléluia ! Nos péchés nous obligent à le suspendre; voici le temps que nous devons employer à pleurer nos crimes.

A LLELUIA dulce carA men,

Vox perennis gaudii, Alléluia laus suavis

Est choris cœlestibus, Quam canunt Dei manentes In domo per sjecula.

Alléluia Iceta mater Concivis Jérusalem;

Alléluia vox tuorum

Civium gaudentium:

Exsuies nos flere cogunt Babylonis flumina.

Alléluia non meremur

In perenne psallere: Alléluia vox reatus

Cogit intermittere : Tempus instat quo peracta

Lugeamus crimina.

14- Le Temps de la Septuagésime.

Unde laudando precamur

Te, beata Trinitas, Ut tuum nobis videre Pascha des in aethere. Quo tibi laïti canamus Alléluia perpetim. Amen.

Recevez donc, o heureuse Trinité, ce cantique par lequel nous vous supplions de nous faire assister un jour à voire Pàque céleste, où nous chanterons à votre gloire, au sein de la félicité, l'éternel Alléluia.

Amen.

Dans la Liturgie actuelle, les adieux à V Alléluia sont plus simples; l'Eglise se contente de répéter quatre fois cette mystérieuse parole, à latin des Vêpres du Samedi:

BENEDICAMUS Domino. T^ ÉNissoNS le Seigneur,

Alléluia, Alléluia. ' D Alléluia, Alléluia.

Deo gratias, Alléluia. Rendons grâces à Dieu, AlAlleluia. leluia, Alléluia.

Désormais, à partir des Compiles qui vont suivre, nous n'entendrons plus ce cnant du Ciel, jusqu'à l'heure où le cri de la Résurrection éclatera sur la terre.

de i qui

t sainte Eglise nous rassemble aujourd'hui pourre passer a^ec nous le lamentable récit de la chute de notre premier père. Un si aftreux désastre nous fait déjà pressentir le dénouement vie mortelle du Fils de Dieu fait homme, a daigné prendre sur lui la charge d'expier la'prévarication du commencement et toutes celles qui l'ont suivie. Pour être en mesure d'apprécier le remède, il nous faut sonder la plaie. Cette semaine sera donc employée à méditer la gravité du premier péché,' et toute la suite des malheurs qu'il a entraînés sur l'espèce humaine.

Autrefois l'Eglise lisait en ce jour, à l'Office de Matines, la narration simple et sublime par laquelle Moïse a initié toutes les générations à ce triste événement. La disposition actuelle de la Liturgie n'amène pas cette lecture avant le Mercredi de cette semaine, les jours qui précèdent étant employés à lire le récit des six jours de la création. Nous placerons néanmoins dès aujourd'hui

144 L^ Temps de la Septuagésime.

cette importante lecture, comme le fondement des enseignements de la semaine.

De Libro Genesis. Cap.

^(lED et serpens erat calO lidior cunctis animantibus terrae. qu£e fecerat Dominus Deus. Qui dixit ad mulierem : Cur prascepit vobis Deus ut non comederetis de omni ligno paradisi ? Cui respondit mulier : De fructu lignorum quae sunt in paradiso vescimar : de fructu vero ligni, quod est in medio paradisi, praecepit nobis Deus ne comederemus. et ne tangeremus illud. ne forte moriamur. Dixit autem serpens ad mulierem : Nequaquam morte moriemini : scit enim Deus quod in quocumque die comederitis ex eo. aperientur oculi vestri, et eritis sicut dii, scientesbonum etmalum. \''idit igitur mulier. quod bonum esset lignum ad vescendum. et pulchrum ûculis. aspectuque delectabile : et tulit de fructu illius. et comedit : deditque vire suo, qui comedit. Et aperti sunt oculi amborum.

«UMQUE cognovissent * se essenudos, consueDu

Livre de la Genèse.

OR, le serpent était le plus rusé de tous les animaux que le Seigneur Dieu avait formés sur la terre. 11 dit a la femme : Pourquoi Dieu vous a-t-il commandé de ne pas manger du fruit de tous les arbres du jardin ? La femme lui répondit : Nous mangeons du fruit des arbres qui sont dans le jardin ; mais, pour ce qui est du fruit de 1 arbre qui est au milieu du jardin, Dieu nous a commandé de n en point manger, et de n'y point toucher, de peur que nous ne mourrions. Le serpent dit à la femme : Assurémenî. vous ne mourrez point ; mais Dieu sait que le jour où vous en aurez mangé, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme donc considéra que le fruit de cet arbre était bon à manger, qu'il était beau et agréable à la vue, et, en ayant pris. elle en mangea, et en donna à son mari qui en mangea aussi. Et en même temps, leurs yeux furent ouverts à tous deux.

AYANT reconnu leur nudité, ils entrelacèrent des feuilLe Dimanche de la Septuagésitne.

les de figuier, et s'en firent des ceintures. Et ayant entendu la voix du Seigneur Dieu qui se promenait dans le jardin après midi, à l'heure où il s"élève un vent doux, Adam et son épouse se cachèrent sous l'ombrage des arbres du jardin, pour fuir la face du Seigneur Dieu. Et le Seigneur Dieu appela Adam, et lui dit : Où es-tu ? Il répondit : J'ai entendu votre voix dans le jardin, et j'ai eu peur, parce que jetais nu ; c'est pourquoi je me suis caché. Le Seigneur reprit : Qui t'a appris que tu étais nu, si ce n'est que tu as mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais commandé de ne pas manger r Et Adam répondit : La femme que vous m'avez donnée pour compagne m'a présenté du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. Et le Seigneur Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? Elle répondit : Le serpent m'a tromnée, et j'en ai mangé.

ET le Seigneur Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu es maudit entre tous les anim .ux et les bétes de la terre. Tu ramperas sur ton ventre, et tu mangeras la terre tous les jours de ta vie. Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et la sienne:

runt folia ficus, et fecerunt sibi perizomata. Et cum audissent vocem Domini Dei deambulantis in paradiso. ad auram post meridiem, abscondit se Adam et uxcr ejus a facie Domini Dei. in medio ligni paradisi. Vocavitque Dominus Deus Adam, et dixit ei : Ubi es ? Qui ait : Vocem tuam audivi in paradiso, et timui. eo quod nadus essem. et abscondi me. Qui dixit : Quis enim indicavit tibi quod nudus esses, nisi quod ex ligno de quo prseceperam tibi ne comederes. comedisti ? Dixitque Adam : Mulier, quam dedisti mihi sociam. dédit mihi de ligno. et comedi. Et dixit Dominus Deus ad mulierem : Quare hoc fecisti ? Quae respondit : Serpens decepit me, et comed*

ET ait Dominus Deus ad serpentem : Quia fecisti hoc. maledictus es inter omnia animantia, et bestias terras : super pectus tuum gradieris. et terram comedes cunctis diebusvitas tuae. Inimicitias ponam inter te et mulierem. et semen

14^ Le Dimanche de la Septuagésime.

elle t'écrasera la tête, et tu tâcheras de la mordre au talon. Il dit aussi à la femme : Je multiplierai tes angoisses après que tu auras conçu ; tu enfanteras tes fils dans la douleur : tu seras sous la puissance de l'homme, et il te dominera. Il dit ensuite à Adam : Parce que tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé du fruit de l'arbre dont je t'avais commandé de ne pas manger, la terre sera maudite à cause de ce que tu as fait : tu tireras d'elle ta nourriture à force de travail, tous les jours de ta vie. Elle te produira des épines et des ronces, et tu te nourriras de Iher'be de la terre. Tu mangeras ton pain à la sueur de ton visage, jusqu'à ce que tu retournes en la terre dont tu as été tiré : car tu es poussière, et tu rentreras dans la poussière.

LA voilà cette page terrible des annales humaines. Elle seule nous explique la situation présente de Thomme sur la terre. Par elle aussi, nous apprenons l'attitude jqui nous convient à Tégard de Dieu. Nous reviendrons sur ce lugubre récit dans les jours qui vont suivre ; dès à présent, il doit faire le principal objet de nos rétîexions. Reprenons maintenant l'explication de la Liturgie d'aujourd'hui.

Dans l'Eglise grecque, le Dimanche que nous appelons de'la Septuagésime est désigné

tuum et semeo illius : ipsa conteret caput tuum. et tu insidiaberis calcaneo ejus. Mulieri quoque dixit : Multiplicabo asrumnas tuas, et conceptus tuos : indolore paries filios, et sub viri potestate eris, et ipse dominabitur tui. Adae vero dixit : Quia audisti vocem uxoris tua. et comedisti de ligno. ex quo praeceperam tibi ne comederes. maledicta terra in opère tuo : in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitaï tuae. Spinas et tribulos germinabit tibi. et comedes herbam terrae. In sudore vultus tui vesceris pane, donec revertaris in terram. de qua sumptus es : quia pulvis es, et in pulverem reverteris.

A la Messe. 14]

sous le nom de Prosphonésime, c'est-à-dire Proclamation, parce qu'il annonce au peuple le jeûne du Carême qui doit bientôt commencer. Il est aussi appelé le Dimanche de l'Enfant prodigue, parce qu'on y lit cette parabole, comme une invitation aux pécheurs de recourir à la miséricorde de Dieu II faut observer néanmoins que ce Dimanche est le dernier jour de la semaine appelée Prosphonésime, laquelle commence dès le lundi précédent, selon la manière de compter des Grecs.

LA Station, à Rome, est dans l'Eglise de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Les anciens liturgistes font remarquer la relation qui existe entre le juste Abel, dont le sang répandu par son frère fait l'objet d'un des Répons des Matines d'aujourd'hui, et le courageux Martyr sur le tombeau duquel l'Eglise Romaine vie'nt ouvrir la Septuagésime. "

L'Introït de la Messe exprime les terreurs de la mort auxquelles Adam et sa race tout entière sont en proie, depuis le péché. Cependant un cri d'espérance se fait entendre, au milieu de cette suprême désolation. Adam et sa race peuvent encore implorer la miséricorde céleste. Le Seigneur a fait une promesse, au jour même de la malédiction ; qu'ils confessent leur misère, et le Dieu même qu'ils ont offensé deviendra leur libérateur.

14'^ -^^ Dimanche de la Septuagésimc

gemitus mortis, dolores" inferni circumdederunt me : et in tribulatione mea invocavi Dominum. et exaudivit de templo sancto suo vocem meam.

Ps. Diligam te. Domine, fortitudo mea : Dominas firmamentum meum. refugium meum. et liberalor meus. Gloria. Circumdederunt me.

LES gémissements de la mort m'ont environné, les douleurs de l'enfer m'ont assiégé ; j"ai invoqué le Seigneur dans ma îribulation, et de son saint temple, il a écouté ma voix.

Ps. Je vous aimerai. Seigneur, qui êtes ma force : le Seigneur est mon appui, mon refuge et mon libérateur. Gloire au Père. Les gémissements.

Dans la Collecte, l'Eglise reconnaît que ses enfants ont mérité les châtiments qui sont la suite du péché, et demande pour eux cette miséricorde qui délivre

PECES populi tui. quaesumus Domine, clementer exaudi : ut qui juste pro peccatis no"siris affligimur. pro tui Nominis gloria misericorditer liberemur. Per Dominum nostrum Je5Lim Christum. Amen.

Nous vous supplions, Seigneur. d"exaucer dans votre clémence les prières de votre peuple, afin que nous, qui sommes justement affligés pour nos péchés, soyons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre Nom. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

ACUNCTis nos. quaesumus Domine, mentis et corporis défende periculis : et intercedente beata et gloriosa

plaît, Seigneur, de tous les périls de l'àme et du corps ; et vous laissant liéchir par l'intercession de la bienheuA la Messe.

I4q

reuse, et glorieuse Mère de Dieu, Marie toujours Vierge, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux .V. [on nomme ici le Saint titulaire de l'Eglise) et de tous les Saints, accordez-nous, dans votre bonté, le salut et la paix, afin que toutes les erreurs et les adversités étant écartées, votre Eglise vous serve dans une liberté tranquille.

Le Prêtre ajoute une troisième Collecte, à son choix.

semperque Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph, beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato A', et omnibus Sanctis, salutem nobis tribue benignus et pacem ; ut destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua secura tibi serviat libertate.

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul. Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. ix.

MES Frères, ne savez-vous pas que. quand on court dans la lice, tous coureni. mais qu'un seul remporte le prix ? Courez donc de telle sorte que vous le remportiez. Or. tout athlète garde en toutes choses la tempérance, et ils ne le font que pour gagner une couronne corruptible ; la notre au contraire sera incorruptible. Pour moi. je cours, mais non pas comme au hasard ; je combats, mais non pas en donnant des coups en l'air ; je châtie mon corps, et je le réduis en servituae ; de peur qu'après avoir prêché aux autres, je ne devienne moi-même réprouvé. Je ne

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. \. Cap. ix.

FRATRES, Nescitis quod ii qui in stadio currunt. omnes quidem currunt. sed unus sccipit bravium ? Sic currite. ut comprehendatis. Omnis auiem, qui in ag£>ne contendit, ab omnibus se abstinet : et illi quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autem incorruptam. Ego igitursiccurro, nonquasi in incertum : sic pcgno, non quasi aerem verberans : sed castigo corpus meum et in servitutem redigo : ne forte cum aliis prœdicaverim. ipse reprobus eflficiar. Nolo

i5o Le Dimanche de la Septuagésime.

enim vos ignorare, fratres, quoniam patres nostri omnes sub nube fuerunt, et omnes mare transierunt. et omnes in Moyse baptizati sunt, in nube et in mari : et omnes eamdem escam spiritalem manducaverunt , et omnes eumdem potum spiritalem biberunt (bibebant autem de spiritali, conséquente eos, Petra ; Petra autem erat Christus) : sed non in pluribus eorum beneplacitum est Deo.

veux pas que vous ignoriez, mes Frères, que nos pères ont tous été sous la nuée, qu'ils ont tous passé la mer ; qu'ils ont tous été baptisés sous la conduite de Moïse, dans la nuée et dans la mer ; qu'ils ont tous mangé la même nourriture spirituelle et bu le même breuvage spirituel. Car ils buvaient de l'eau de la Pierre spirituelle qui les suivait ; et cette Pierre était Jésus-Christ. Mais cependant, sur un si grand nombre, il y en eut peu qui fussent agréables à Dieu.

LA parole énergique de l'Apôtre vient augmenter encore l'émotion que nous apportent les grands souvenirs qui se rattachent à ce jour. Il nous dit que ce monde est une arènedans laquelle il fautcourir, et que le prix n'est que pour ceux dont la marche est agile et dégagée. Gardons-nous donc de ce qui pourrait appesantir notre course et nous faire manquer la couronne. Ne nous faisons pas illusion : rien n'est sûr pour nous, tant que nous ne sommes pas au bout de la carrière. Notre conversion n'a pas été plus sincère que celle de saint Paul, nos œuvres plus dévouées et plus méritoires que les siennes; toutefois, il le confesse lui-même, la crainte de devenir réprouvé n'est pas entièrement éteinte dans son cœur. Il châtie son corps, et il le réduit en servitude. L'homme dans l'état actuel n'a plus cette volonté droite qu'avait Adam avant son péché, et dont cependant il sut faire un si malheureux usage. Un penA la Messe.

chant fatal nous entraîne, et nous ne pouvons garder l'équilibre qu'en sacrifiant la chair à l'esprit. Cette doctrine paraît dure au grand nombre, et c'est pour cela que beaucoup n'arriveront pas au terme de la carrière, et n'auront pas part à la récompense qui leur était destinée. Comme les Israélites dont parle ici l'Apôtre, ils mériteront d'être ensevelis dans le désert, et ne verront pas la terre promise. Néanmoins, les mêmes merveilles dont furent témoins Josué et Caleb s'étaient accomplies sous leurs yeux ; mais rien ne guérit l'endurcissement d'un cœur qui s'obstine à mettre tout son espoir dans les choses de la vie présente, comme si leur périlleuse vanité ne se révélait pas d'ellemême à chaque heure.

Mais si le cœur se confie en Dieu, s'il se fortifie par la pensée que le secours divin ne manque jamais à celui qui l'implore, il parcourra sans faiblir l'arène de cette vie, et il arrivera heureusement au terme. Le Seigneur a les yeux constamment ouverts sur celui qui travaille et qui souffre. Tels sont les sentiments exprimés dans le Graduel.

Vous êtes. Seigneur, notre appui dans le besoin et dans la tribulation : que ceux qui vous connaissent espèrent en vous ; car vous n'abandonnez pas ceux qui vous cherchent.

f. Le pauvre ne sera pas toujours en oubli ; les souffranceg du pauvre ne seront

ADJL'TORin opportunitatibus, iv tribulatione • sperent in te qui noverunt te. quoniam non derelinquis quaerentes te. Domine.

f. Quoniam non in finem oblivio erit pauperis ; patientia pauperura

zr

Le Dimanche de la Septuagésime.

non peribit in aeternam : pas perdues pour réternité : exsurge. Domine, non levez-vous. Seigneur, et que praevaleat homo. l'homme ennemi ne prévale

pas.

Le Trait envoie vers Dieu un cri, du fond de l'abîme de notre déchéance. L'homme est profondément humilié par sa chute ; mais il sait que Dieu est plein de miséricorde, et que sa bonté l'empêche de traiter nos iniquités comme elles le méritent ; autrement, nul de nous ne pourrait espérer le pardon.

DE profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam.

■^. Fiant aures tuas intendentes in orationem servi tui.

"f. Si iniquitates observaveris. Domine : Domine, quis sustinebit ?

^. Quia apud te propitiatio est. et propter legem tuam sustinui te. Domine.

DES profondeurs de l'abîme, j'ai crié vers vous, Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.

f. Que vos oreilles soient attentives à la prière de votre serviteur.

f. Seigneur! si vous considérez mes iniquités : Seigneur ! qui soutiendra votre jugement ?

f. Mais la miséricorde est en vous ; c'est pourquoi, à cause de votre parole, je vous ai attendu, Seigneur.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matrhaejm. Cap. xx.

IN illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis parabolam hanc : Simile est regnam cœlorum homini patrifamilias, qui exiit primo mane conLa suite du saint Evangile selon saint Matthieu.

EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples cette parabole : Le ro3-aume des cieux est semblable à un père de famille qui sortit de grand matin, afin de louer des ouA la Messe.

j5

vriers pour sa vigne. Etant demeuré d'accord avec eux d'un denier pour leur journée, il les envoya dans sa vigne. Et étant sorti vers la troisième heure, il en vit d'autres qui se tenaient sur la place sans rien faire, et il leurdit : Allez-vous-en aussi dans ma vigne, et je vous donnerai ce qui sera juste. Et ils y allèrent. Il sortit encore sur la sixième et la neuvième heure, et il fit la même chose. Enfin étant sorti sur la onzième heure, il en trouva d'autres qui étaient là, et il leur dit : Pourquoi demeurez-vous ici le lon^ du jour sans travailler ? Et ils lui dirent : Parce que personne ne nous a loués. Il leur dit : Allez-vous-en aussi dans ma vigne. Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant : Appelle les ouvriers, et donne-leur le salaire, en commençant par les derniers et finissant par les premiers. Ceux donc qui n'étaient venus que vers la onzième heure, s'étant approchés, reçurent chacun un denier. Ceux qui étaient venus les premiers pensèrent qu'ils allaient recevoir davantage ; mais ils ne reçurent que chacun un denier. Et en le recevant, ils murmuraient contre le père de famille et disaient : Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et

ducere operarios in vineam suam. Conventione autem facta cum oparariis ex denario diurno. misit eos in vioeam suam. Et egressus circa horam tertiam, vidit alios stantes in foro otiosos. et dixit illis : Ite et vos in vineam meam. et quod iustum fuerit.dabovobis. lUi autem abierunt. Iterum autem exiit circa sextam et nonam horam, et fecit similiter. Circa undecimam vero exiit ; et invenit alios stantes, et dicit illis ■ Quid hic statis tota die otiosi "? Dicunt ei : Quia nemo nos conduxit. Dicit illis : Ite et vos in vineam meam. Cum sero autem factura esset. dicit dominus vineœ procuratori suo . Voca operarios, et redde illis mercedem, incipiens a novissimis usque ad primos. Cum venissent ergo qui circa undecimam horam vénérant, acceperunt singulos denarios. Venientes autem et primi, arbitrât! sunt quod plus essent accepturi ; acceperunt autem et ipsi singulos denarios. Et accipientes murmurabant adversus patremfamilias, dicentes ', Hi novissimi una hora fecerunt, et pares illos nobis

i54 1-s Dimanche de la Septiiagésime.

fecisti qui portavimus pondus diei et aestus ? At ille respondens uni eorum, dixit : Amice , non facio tibi injuriam : nonne ex denario convenisti mecum ? Toile quod tuum est, et vade . voloautemet huic novissimo dare sicut et tibi. Aut non licet mihi quod volo facere ? An oculus tuus nequam est. quia ego bonus sum ? Sic erunt novissimi primi, et primi novissimi. Multi enim sunt vocati, pauci vero electi.

vous leur avez donné autant qu'à nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mais il répondit à l'un d'eux . Mon ami, je ne vous fais point de tort. N'êtespas convenu avec moi d'un denier ? Prenez ce qui vous appartient et vous en allez: mais je veux donner à ce dernier autant qu'à vous. Est-ce qu'il ne m'est pas permis de faire ce que je veux ? Votre ceil est-il mauvais parce que je suis bon ? Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers, parce qu'il y en a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus.

IL importe de bien saisir ce célèbre passage de l'Evangile, et d'apprécier les motifs qui ont porté l'Eglise à le placer en ce jour. Considérons d"abord les circonstances dans lesquelles le Sauveur prononce cette parabole, et le but d'instruction qu'il s'y propose directement. Il s'agit d'avertir les Juifs que le jour approche o'ù leur loi tombera pour faire place à la loi chrétienne, et de les disposer à accueillir favorablement l'idée que les Gentils vont être appelés à former alliance avec Dieu. La vigne dont il est ici question est l'Eglise sous ses différentes ébauches, depuis le commencement du monde, jusqu'à ce que Dieu vînt lui-même habiter parmi les hommes et constituer sous une forme visible et permanente la société de ceux qui croient en lui. Le matin du monde dura depuis

A la Messe.

Adam jusqu'à Noé ; la troisième heure s'étendit de Noé jusqu'à Abraham ; la sixième heure commença à Abraham pour aller jusqu'à Moïse ; la neuvième heure fut l'âge des Prophètes, jusqu'à l'avènement du Seigneur. Le Messie est venu à la onzième heure, lorsque le monde semblait pencher à son déclin. Les plus grandes miséricordes ont été réservées pour cette période durant laquelle le salut devait s'étendre aux Gentils par la prédication des Apôtres. C'est ce dernier mystère par lequel Jésus-Christ veut confondre 1 orgueil judaïque. Il signale les répugnances que les Pharisiens et les Docteurs de la Loi éprouvaient en voyant l'adoption s'étendre aux nations, par les remontrances égoïstes que les ouvriers des premières heures osent faire au Père de famille. Cette obstination sera punie comme elle le mérite. Israël, qui travaillait avant nous, sera rejeté à cause de la dureté de son cœur; et nous. Gentils, qui étions les derniers, nous deviendrons les premiers, étant faits membres de cette Eglise catholique, qui est l'Epouse du Fils de Dieu.

Telle est l'interprétation donnée à cette parabole par les saints Pères, notamment par saint Augustin et saint Grégoire le Grand ; mais cet enseignement du Sauveur présente encore un autre sens également justitié par l'autorité de ces deux saints Docteurs. Il s'agit ici de l'appel que Dieu adresse à chaque homme pour l'inviter à mériter le Royaume éternel par les pieux labeurs de cette vie. Le matin, c'est notre enfance ; la troisième heure, selon la manière de compter des anciens, est

i56 Le Dimanche de la Septuagésime.

celle où lé soleil commence à monter dans le ciel: c'est l'âge de la jeunesse ; la sixième heure, par laquelle on désignait ce que nous appelons Midi, est l'âge d'homme; la onzième heure précède de peii' d'instants le coucher du soleil: c'est la vieillesse. Le Père de famille appelle ses ouvriers à ces différentes heures ; c'est à eux de se rendre, dès qu'ils ont entendu sa voix; mais il n'est pas permis à ceux qui sont conviés dès le matin de retarder leur départ pour la vigne, sous le prétexte qu'ils se rendront plus tard, lorsque la voix du Maître se fera entendre de nouveau. Qui les a assurés que leur vie se prolongera jusqu'à la onzième heure ? Lorsque la troisième sonne, peut-on compter même sur la sixième ? Le Seigneur ne convoquera au travail des dernières heures que ceux qui seront en ce monde lorsqu'elles viendront à sonner ; et il ne s'est point engagé à adresser une nouvelle invitation à ceux qui auront dédaigné la première.

A l'Offertoire, l'Eglise nous convie à célébrer les louanges de Dieu. Le Seigneur a voulu que, dans cette vallée de larmes, les chants à sa gloire fussent notre consolation.

BONUM estconfiteri Domino, et psallere Nomini tuo, Altissime.

IL est boa de louer le Seigneur, et de chanter votre

Nom, ô Très-Haut !

MUNERiBUs nos tri S. quaesumus Domine, precibusque susceptis : et cœlestibus nos munJa

EN recevant nos dons et nos prières, Seigneur, daignez nous purifaer par vos célestes Mystères, et nous

A la Messe.

exaucer dans votre clémence. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

mystenis. et clementer exaudi. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

notre Sauveur ; et. par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de rame et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie et votre gloire en l'autre.

lutaris :

, Deus Sanoster : ut par hujus Sacramenti virtutem. a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.

Le Prêtre ajoute une troisième Secrète, à son choix.

Dans l'Antienne de la Communion, l'Eglise demande que l'homme, régénéré par l'aliment céleste, retrouve la ressemblance de Dieu, selon laquelle il avait été créé dans le principe. Plus notre misère est grande, plus nous devons espérer en celui qui est descendu jusqu'à nous pour nous faire remonter jusqu'à lui.

RENOUVELEZ votre ressemblance en votre serviteur, et sauvez -moi dans votre miséricorde, Seigneur ! Que je ne sois pas confondu, puisque je vous ai invoqué.

ILLUMINA faciem tuam super servum tuum, et salvum me fac in tua misericordia : Domine, non confundar, quoniam invocavi te.

QUE vos fidèles, soient fortifié; dons, afin que. en les recevant, ils ne cessent pas de les

Dieu ! par vos

FIDELES tui. Deus, per tua dona firmentur : ut eadem et percipiendo requirant, et quaerendo

73 5 Le Temps de la Septiiagésime.

sine fine percipiant. Per Dominum riostrum Jesum Christum. Amen.

rechercher, et qu'en les recherchant, ils les reçoivent pour l'éternité. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

MrNDET et muniat nos, quaesumus Domine, divini Sacramenti munas oblatum : et intercedente beata Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph. beatis Apostolis tuis Petro et Paulo. atque beato A', et omnibus Sanctis. a cunctis nos reddat'et perversitatibus expiâtes, et adversitatibus expeditos.

QUE l'oblation du divin Sacrifice nous purifie et nous protège, Seigneur, nous vous en supplions ; et, par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux A^. et de tous les Saints, qu'elle soit pour nous l'expiation de tous nos péchés, et la délivrance de toute adversité.

Le Prctre ajoute une troisième Postcommunion, à son choix.

Les Psaumes, le Capitule, VHyinne et le Verset ci-dessus, pages 88 et suivantes.

ANTIENNE DE Magtiificat,

IX IT paterfamilias operariis suis : Quid

hic statis tota die otiosi At illi respondentes dixerunt : Quia nemo nos conduxit. Ite et vos in

LE père de famille dit à ses ouvriers : Pourquoi demeurez-vous ici tout le long du jour sans travailler ? Et ils lui répondirent : Parce que personne ne nous a

Le Dimanche de la Septuagésime.

loués. — Allez-vous-en aussi dans ma vigne ; et je vous donnerai ce qui sera juste.

vineam meam : et quod justum fuerit, dabo vobis.

Nous vous supplions, Seigneur, d'exaucer dans votre clémence les prières de votre peuple, afin que nous, qui sommes justement affligés pour nos péchés, sovons miséricordieusement délivrés pour la gloire de votre Nom. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

PRECES populi tui. quassumus Domine, clementer exaudi : ut qui juste pro peccatis nostris affligimur, pro tui Nominis gloria misericorditer liberemur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

NOUS plaçons à chacun des jours de cette semaine quelques-unes des stances que la Liturgie grecque consacre à déplorer la chute du premier homme, dans l'Office du Dimanche qui précède le jeûne du Carême.

POUR avoir transgressé le précepte du Seigneur et goùté, dans son intempérance, un mets rempli d'amertume, Adam fut banni du jardin de délices, et condamné à cultiver la terre d'où il avait été tiré, et à manger son pain après beaucoup de sueurs ; nous donc, aspirons à la tempérance, dans la crainte d'être réduits comme lui à pleurer hors du Paradis, et méritons d'être admis dans son sein. Le Seigneur, mon créaExciDiT e paradiso voluptatis Adamus , Domini prasceptum, amaro cibo intemperanter degustato. transgressus. damnatusque fuit terrje unde desumptus fuerat colendcc. suoqu'' pani per sudorem multum comedendo ; nos igitur temperantiam appetamus , ne velut ille extra Paradisum ploremus. sed intus admittamur.

Conditor meus Domii6o Le Temps de la Septuagésime.

nus. pulvere e terra accepte, me viviBco spiritu animavit. atque visibilium omnium super terram dominatione, Angelorumque consortio dignatus est ; dolosus autem Satan, serpentis instrumente usas, esca decepit. et a Dei gloria procul amandavit, mortique in infimis terrae addixit : tu vero, utpote Dominus, atque benignus, ab exsilio me revoca.

Stola divinitus texta spoliatus fui miser ego, divino praecepto tuo. Domine, ex inimici fraude violato, foliisque ficulneis et pelliceis tunicis modo circumdor; panem laboris in sudore manducandi sententiam excepi. utquespinas et tribulos tellus mihi ferat. diris devota est ; sed qui postremis temporibus e Virgine incarnatus es, revocatum me in paradisum restitue.

Paradise, omni honore dignissime. pulcherrima species , tabernaculum divinitus structura, perenne gaudium et oblectamentum, gloria justoteur, ayant façonné la poussière de la terre, m'anima d'un esprit de vie. il me donna l'empire sur toutes les créatures visibles de la terre avec la compagnie des Anges ; mais Satan plein d'artifice, empruntant la forme du serpent, m'a séduit par un fruit, m'a repoussé loin de la gloire de Dieu, et m'a livré à la mort dans les abîmes de la terre : vous, qui êtes le Seigneur et rempli de bonté, rappelez-moi de mon exil.

Malheureux que je suis ! pour avoir violé par la fraude de l'ennemi votre commandement, Seigneur, je me suis vu dépouillé du vêtement que vous m'aviez divinement tissu ; maintenant je n'ai pour me couvrir que des feuilles ai figuier et des tuniques de peau. J'ai été condamné à manger au prix de mes sueurs le pain du travail ; la terre maudite ne porte plus pour moi que des épines et des ronces : mais vous qui, dans les derniers temps, avez pris chair au sein d'une ^'ierge, rappelez-moi dans le Paradis, et rétablissez-moi dans mon premier état.

Paradis, séjour digne de tout honneur, beauté incomparable, tabernacle dressé par la main de Dieu, asile des délices éternelles, toi qui es la gloire des justes, la joie

Le Dimanche de la Septuagésime. ibi

des Prophètes, l'habitation des Saints, supplie par le bruit de tes feuilles le Créateur de l'univers de m'ouvrir les portes que j'ai fermées par ma prévarication ; qu'il me rende digne de manger le fruit de l'arbre de vie et de recouvrer les joies que je goiitais si douces dans ton enceinte.

rum, Prophetarum lastitia, Sanctorumque domicilium. foliorum tuorum sonitu Conditorem universorum deprecare, ut fores, quas prasvaricatione clausi. mihi adaperiat, utquedignusefficiar ligni vitJe participatione, eoque gaudio quod dulcissime prius in temetipso deeustavi

^l^^^^t^TJ E serpent dit à la femme : « Pourquoi fe l^^r (' Dieu vous a-t-il commandé de ^•C- J^^Â. " ^^ P^^ mander du fruit de tous ^^jS^ (( les arbres lïu Jardin ? » Tel est le début de l'entretien que notre première mère consent à lier avec l'ennemi de Dieu ; et déjà le salut du genre humain est en péril.

Rappelons-nous tout ce qui s'est passé jusqu'à cette heure fatale. Dieu, dans sa puissance et dans son amour, a créé deux êtres sur lesquels il a versé toutes les richesses de sa bonté. II a ouvert devant eux une destinée immortelle, accompagnée de toutes les conditions d'un bonheur parfait. La nature entière leur est soumise ; une postérité innombrable doit sortir d"eux et les entourer à jamais de sa tendresse filiale. Bien plus, le Dieu de bonté qui les a créés daigne descendre jusqu'à la familiarité avec eux, et dans leur innocence, cette condescendance adorable ne les surprend pas. Mais ceci n'est rien encore. Après l'épreuve qui doit les en rendre dignes, le Dieu qu'ils ne connaissent jusque-là que par des bienfaits d'un ordre inférieur, leur prépare une félicité au-dessus de toutes leurs pensées. Il a résolu de se faire connaître à eux tel qu'il est, de les

Le Lundi de la Septuagésime. lOy

associer à sa gloire, de rendre inhni leur bonheur, en même temps qu'il sera éternel. \'oilà ce que Dieu a fait, ce qu'il a préparé pour ces deux êtres qui, tout à l'heure, étaient encore dans le néant.

En retour de tant de dons gratuits et magnifiques. Dieu ne leur demande qu'une seule chose : qu'ils reconnaissent son domaine sur eux. Rien ne doit leur être plus doux ; rien aussi n'est plus juste en soi. Tout ce qui est en eux et hors d'eux n'est qu'un produit de l'inépuisable munificence du Dieu qui les a arrachés au néant ; leur vie tout entière ne doit donc être que fidélité, amour et reconnaissance. Comme expression de cette fidélité, de cet amour et de cette reconnaissance, le Seigheur ne leur a posé qu'un seul précepte, qui consiste à s'abstenir du fruit d'un seul arbre. L'observation de ce commandement facile est l'unique compensation qu'il exige pour tous les bienfaits qu'il a répandus sïir eux. Cette compensation suffit à la souveraine équité ; elle doit donc être acceptée par eux avec un saint orgueil, comme le lien qui les unit à Dieu, comme le seul moyen qu'ils ont de s'acquitter envers lui.

Mais voici ce qui arrive. Une voix qui n'est pas celle de Dieu, la voix d'une créature se fait entendre à la femme. « Pourquoi Dieu « vous a-t-il fait ce commandement ? » Et la femme s'arrête à écouter cette voix, et son cœur n'est pas saisi d'indignation d'entendre demander pourquoi le divin bienfaiteur a porté tel ou tel précepte ? Elle ne fuit pas avec horreur celui qui ose peser la valeur des ordres de Dieu ; elle ne lui déclare pas qu'une

jG4 ^^ Temps de la Septua^ésime.

telle question lui semble sacrilège. Elle reste, et va répondre. L"honneur de DÎeu ne la touche plus. Que nous paierons cher cette insensibilité et cette imprudence !

Eve répond : u Nous mangeons du fruit des « arbres qui sont dans le jardin; mais pour a ce qui est des fruits de l'arbre qui est au « milieu du jardin. Dieu nous a commandé « de n'en point manger et de n'y point tou« cher, de peur que nous ne mourrions ». Ainsi, la femme ne se contente pas d'écouter la question du serpent; elle répond, elle engage conversation avec l'esprit pervers qui la trente. Elle s'expose au danger ; sa fidélité est déjà compromise. Si les termes dont elle use dans sa réponse font voir qu'elle n'avait pas oublié le commandement du Seigneur, 'on y sent déjà comme un doute qui tient de l'orgueil et de l'ingratitude.

L'esprit du mal s'aperçoit qu'il a éveillé dans ce cœur l'amour de l'indépendance, et que s'il peut rassurer sa victime sur les suites de la désobéissance, elle est à lui désormais. Il poursuit donc, avec autant d'audace que de perfidie ; « Assurément vous ne mourrez « point ; mais Dieu sait que le jour où vous « en aurez mangé, vos yeux seront ouverts, « et vous serez comme des dieux, connaissant f( le bien et le mal ». C'est la rupture même avec Dieu q-ue le serpent propose ici à la femme. Il vient d'allumer en elle ce perfide amour de soi, qui est le souverain mal de la créature, et qu'elle ne peut satisfaire qu'en brisant les liens qui l'attachent au Créateur. Le souvenir des bienfaits, le cri de la reconnaissance, l'intérêt personnel, tout est oublie.

Le Lundi de la Septuagésime. /65

Comme l'ange rebelle, l'homme ingrat veut devenir Dieu ; comme lui il sera brisé.

REVEILLE-TOI , mon ame infortunée ; pleure aujourd'hui sur les actions : viens repasser le souvenir de ce malheur qui fit paraître ta nudité dans Eden, au jour où tu te vis privée des délices et des joies éternelles de ce séjour.

Créateur de toutes choses, dans votre bonté et votre miséricorde , après m'avoir tiré de la poussière et m'avoir donné une âme. vous me fîtes le commandement de vous louer avec vos Anges.

Créateur et Seigneur, dans la munificence de votre bonté, vous aviez planté un jardin délicieux dans Eden, et vous m'aviez commandé de jouir de ses fruits si beauï , si agréables, et qui ne devaient pas se flétrir.

O mon âme infortunée ! tu avais reçu de Dieu la faculté de jouir des voluptés d'Eden, à la condition de ne pas manger le fruit défendu de la science ; pourquoi as-tu violé la loi de Dieu ?

(Vierge, Mère de Dieu, fille d'Adam par le sang , mais devenue ^lè^e du ChrisiADESDUM anima mea infelix, actus tuos hodie defle, memoria recolens priorem in Eden nuditatem, propter quam deliciis et perenni gaudio excidisti.

Pro multa pietate atque miserationibus, Conditor creaturae et factor universorum, me pulvere prius animatum una cum Angelis tuis te coUaudare praecepisti.

Propter bonitatis divitias, plantas tu. Conditor et Domine, Paradisi delicias in Eden, jubensme speciosis jucundisque minimeque caducis fructibus oblectari.

Hei mihi ! anima mea misera, fruendarum Eden voluptatum facultatem a Deo acceperas. vetitumque tibi ne scientiae lignum manducares : qua de causa Dei legem violasti ?

(Virgo Dei Genitrix, utpote Adami ex génère filia, per gratiam vero

i66 Le Temps de la Septuagésime.

Christi Dei-Maier, nunc me revoca ex Eden ejectum.)

Serpens dolosus honorem meum quondam mihi invidens, in Evîe auribus dolum insusurravit unde ego deceptus, hei mihi ! e vitae sede exsulavi.

Manu temere extensa, scientiaï lignum degustavi. quod ne contingerem mihi Deus omnino prasscripserat , et cum acerbo doloris sensu divinam gloriam exsul amisi.

Hei mihi ! misera anima mea, quomodo dolum non nosti ? Quomodo fraudem et inimici invidiam minime sensisti ? Sed mente obtenebrata Conditoris tuimandatum neglexisti.

(Spes et protectio mea, o veneranda . quae sola olim lapsi Adami nuditatem cooperuisti puerperio tuo. rursus. o pura. me incorruptionis veste circumda.)

Dieu par la grâce, rappelezmoi dans Eden d'où j"ai été expulsé.)

Le serpent trompeur, envieux de ma gloire, a murmuré la fourberie aux oreilles d'Eve : j'ai été trompé à mon tour : hélas ! me voilà exilé du séjour de vie.

J'ai étendu une main téméraire et goûté le fruit de la science, que Dieu m'avait défendu même de toucher, et tout aussitôt en proie à la plus cruelle angoisse, j'ai perdu la gloire divine.

O mon âme infortunée ! comment n'as-tu pas pressenti la tromperie ? Comment n'as-tu pas deviné la fraude et la jalousie de l'ennemi ? Mais non, ton esprit s'est obscurci, et tu as oublié le commandementde ton auteur.

(O mon espoir ! ô ma protection ! Vierge auguste ! vous qui seule avez pu voiler la nudité d'Adam tombé, par votre merveilleux enfantement : vous, ô très pure, enveloppez-moi d'un vêtement d'incorruptibilité.)

CtiA CtiA ftiA tftuu CX^ ftlA «TiA Ctu. ctiA ctlA ftlA riJ.

^^^ ES promesses du serpent avaient suffi pour étouffer au cœur de la femme tout sentiment d'amour envers celui qui l'avait créée et comblée de biens; elle rêvait déjà l'égalité avec lui. La foi aussi s'était obscurcie en elle; elle s'arrêtait à penser que Dieu pouvait l'avoir trompée en la menaçant de mort dans le cas où elle aurait le malheur d'enfreindre son précepte. Vaincue par l'orgueil, elle lève ses regards vers le fruit défendu ; il lui semble « bon à manger, beau et agréable à la vue ». Ses sens conspirent avec son àme à désobéir à Dieu et à la perdre. La prévarication est déjà commise dans son cœur ; il ne reste plus qu'à la consommer par un acte formel. Enivrée d'elle-même, comme si Dieu n'existait plus, elle étend une main audacieuse, saisit le fruit et le porte à sa bouche. Dieu avait prédit la mort à Tinfidèle qui violerait son commandement; cependant Eve a péché, et elle sent encore en elle la vie. Son orgueil triomphe, et se croyant plus forte que Dieu, elle veut associer Adam à sa coupable victoire. D'une main assurée, elle lui présente ce fruit qu'elle croit avoir mangé impunément. Soit qu'il se sentît rassuré par l'impunité du crime de son épouse, soit que, par le sentiment d'un amour aveugle, il voui68 Le Temps de la Septuagêsîme.

lût partager, le sort de celle qui était )a chair de sa chair et l'os de ses os, notre premier père oublie à son tour ce qu'il doit à son tréateur et sacrifie l'amitié de Dieu. Par une lâche complaisance pour sa femme, il mange le fruit, et en se perdant, il perd toute sa postérité.

Mais à peine ont-ils l'un et l'autre brisé le lien qui les unissait à Dieu, que tout aussitôt ils retombent sur eux-mêmes. Dieu habitant dans la créature qu'il a élevée à l'état surnaturel, lui donne un être complet ; si la créature le chasse d'elle-même par le péché, elle se trouve dans un état pire que le néant : elle est dans le mal. Cette âme naguère si belle et si pure n'est plus qu'une ruine effrayante. Réduits désormais à eux-mêmes, nos premiers parents sont saisis d'une honte inénarrable. Ils ont voulu devenir des dieux, s'élever jusqu'à l'Etre infini ; et les voilà en proie à la lutte de la chair contre l'esprit. Leur nudité jusqu'alors innocente les effraie; ils cherchent à la voiler, afin de ne pas rougir d'eux-mêmes, eux tout à l'heure pleins d'une si noble assurance, au milieu de ce monde soumis à leur empire.

L'amour d'eux-mêmes qui les a séduits a obscurci en eux le souvenir de la grandeur et des bienfaits de Dieu, et ils ont toulé aux pieds son commandement; ce même aveuglement leur enlève jusqu'à la pensée de confesser leur faute et d'implorer la pitié du Maître qu'ils ont offensé. Saisis de stupeur, ils ne savent que fuir et se cacher.

Le Mardi de la Septiiagésime. 15 g

MOI misérable, je fus par vous, Seigneur, comblé d'honneur dans Eden. Hélas : comment me laissai-je induire en erreur ! Victime de la jalousie de Satan, j'ai mérité d'être chassé de devant votre face.

Chœurs des Anges, arbres du Paradis qui en faites la gloire , pleurez sur moi qu'une indigne tromperie a séparé de vous, et a chassé loin de Dieu.

Plaines verdoyantes, ombrages plantés par la main de Dieu, vous qui êtes les délices de ce jardin, que vos feuillages versent des larmes sur moi qui suis nu et privé de la gloire de Dieu.

(Sainte et puissante Princesse, qui avez ouvert à tous les fidèles les portes du Paradis que nous ferma la désobéissance d'Adam, abaissez devant moi les barrières de la miséricorde.)

L ennemi plein d'envii centre moi, l'adversaire des hommes, sous la forme du serpent, m'a ravi 1 heureu.T séjour du Paradis, et m'a arraché à la gloire éternelle.

Je pleure, et mon âme est en proie à l'angoisse ; je voudrais multiplier mes larmes, lorsque je considère et

MISER ego, honore a te, Domine, in Eden affectus fui : hei mihi ! quomodo in errorem inductus, et diabolica invidia appetitus, depulsus sum e facie tua ?

Angelorum ordines , Paradisi ornamenta, et plantarum quaî illic sunt decus. me fraude misera abductum et a Deo longius digressum lugete.

Pratum beatum, plantatae a Deo arbores, Paradisi deliciae . e foliis velut ex oculis lacrymas nunc effundite super me, nudum et a Dei gloria abdicatum.

(Domina sancta, quae fidelibus omnibus Paradisi januas ab Adam per inobedlentiam quondam clausas aperuisti. misericordiae mihi fores expande.)

Invidens mihi olim inimicus, hominum osor, beatum Paradisi domicilium me specie serpentis supplantavit, atque ab aeterna gloria submovit.

Lugeo et animo discrucior, oculisque lacr)-- marum multitudinem adjungere exopto , respi- 0 Le Teyyips de la Septuagésime.

ciens et intelligens partam mihi ex transgressione nuditatem.

Dei manus me e terra plasmavit ; at in terram rursus revertendi miser legem accepi ", quisnam me ejectum a Deo. et inferos pro Eden assecu:um non defleat ?

(Te. labis omnis expers Dei Genitrix, fidèles universi mysticum gloriâe thalamum annuntiamus. unde lapsum me, precor. o pura, aptum fac Paradisi thalamum.)

que je comprends enfin la nudité qui m"est échue, par suite de ma transgression.

La main de Dieu m'avait formé de terre ; ô malheur ! j"ai entendu prononcer sur moi un arrêt qui me condamne à retourner dans la terre. Repoussé loin de Dieu, au lieu d'Eden, je trouve la tombe : qui ne pleurerait mon sort ?

(Mère de Dieu, exempte de toute tache, nous, fidèles, nous célébrons le trône mystique de votre gloire ; daignez, ô toute pure, me préparer pour les joies du Paradis, moi qui ai eu part à la chute.)

ES deux grands coupables comparaissent \ievant le souverain Seigneur qu'ils ont outragé, et loin d'avouer leur faute, ils cherchent tour à tour à ia rejeter sur autrui. La )ustice divine aura son cours ; et la sentence retentira jusque dans la postérité humaine la plus reculée. Le crime avait été commis par deux êtres comblés de tous les dons de la nature et de la grâce. Le penchant qui nous entraîne au mal, l'ignorance, la distraction qui offusquent l'intelligence de l'homime déchu, n'existaient pas en" eux : un excès d'ingratitude les avait donc précipités dans le mal. Ils avaient d'abord hésité, lorsqu'il eût fallu vaincre par la fuite : peu à peu le mal avait perdu de sa noirceur à leurs yeux, parce qu'ils commençaient à y soupçonner leur intérêt. Enfin, l'amour d'eux-mêmes remplaçant celui qu'ils devaient à Dieu, ils avaient voulu déclarer leur indépendance. Le Seigneur cependant eut pitié d'eux, à cause de leur postérité.

Les Anges, créés tous en un même moment, furent soumis individuellement à répreuve qui devait être la condition de leur bonheur éternel : chacun d'eux fut à même de choisir la fidélité ou la révolte. Eternellement la malédiction pèsera sur ceux qui se déclarèrent contre Dieu. La

1-^2 Le Temps de la Septuagésime.

divine miséricorde, au contraire, daigne éclater sur la race humaine, contenue tout entière dans nos deux premiers parents, et entraînée par eux et avec eux dans l'abîme de la réprobation.

Une triple sentence sort de la bouche de Dieu ; la plus cruelle est celle qui regarde le serpent. La malédiction qui pèse déjà sur lui est aggravée encore, et le pardon promis à l'humanité ne sera annoncé, ce jour-là, qu'en forme d'anathème contre l'esprit pervers qui a osé poursuivre Dieu lui-même dans son œuvre.

« Je mettrai une inimitié entre toi et la <( femme, et elle t'écrasera la tête. » Telle est la vengeance que Dieu tire de son ennemi. Le trophée dont celui-ci était si fier, tourne à sa honte et ne proclame que sa défaite. Dans son astuce, il ne s'est pas d'abord attaqué à l'homme; il a préfère se mesurer avec un être faible et crédule, espérant, hélas ! avec fondement, qu'une complaisance trop tendre porterait l'homme à trahir Dieu. Mais voilà que le Seigneur allume lui-même au cœur de la femme une haine implacable contre son ennemi et le nôtre. En vain, le serpent lèvera sa tête altière jusqu'à obtenir l'adoration des hommes ; un jour viendra où le pied d'une femme écrasera cette tête qui a refusé de fléchir devant Dieu, Cette fille d'Eve, que toutes les générations proclameront bienheureuse , sera figurée dans la suite des âges par d'autres femmes, les Debbora, les Judith, les Esther, toutes célèbres par leurs victoires sur le serpent ; elle sera suivie, jusqu'à la fin des temps, par cette

Le Mercredi de la Septuagésime. i-3

succession non interrompue de vierges et d'épouses chrétiennes qui, dans leur faiblesse même, se montreront les puissantes coopératrices de Dieu ; en sorte que, comme parle l'Apôtre, c( l'homme intidèle sera sanctifié « par la femme fidèle ^ ».

Ainsi Dieu brisera l'orgueil du serpent. Avant d'appliquer à nos premiers pères la sentence qu'ils avaient méritée, il signala sa clémence envers leur postérité, et ht luire un rayon d'espérance dans leur cœur.

ADAM S assit, et, tourné vers le jardin de délices, il se livra à ses pleurs, et. mettant la main sur ses yeux. il disait : O miséricordieux, ayez pitié de moi qui suis tombé.

Adam regarda l'Ange qui le chassait et qui fermait les portes du divin Jardin, et se mit à pousser des sanglots avec violence. Il disait : O miséricordieux, ayez pitié de moi qui suis tombé.

Plains, ô Paradis, plains le sort de celui qui fut ton maître, et qui maintenant est réduit à la misère. Que le bruit de tes feuillages supplie le Créateur de ne pas te fermer pour jamais. O miséricordieux, ayez pitié de moi qui suis tombé.

TUNX sedit Adamus, ploravitque contra Paradisi delicias, oculos manibus feriens, atque dicebat : Misericors. miserere mei lapsi.

Intuitus Adamus AngL-Ium impellentem claudentemque divini horti fores . ingemuit vehementer. dicebatque : Misericors . miserere mei lapsi.

Doleas vices . Paradise. domini tui ad mendicitatem detrusi, foliorumque tuorum sonitu Conditorem deprecare ne te claudat. MisericorS; miserere mei lapsi.

I. I Cor. vu

E pardon est annoncé ; mais l'expiation est nécessaire. Il faut que la justice divine soit satisfaite, et que toutes les générations sachent qu'on ne se joue pas impunément de Dieu. Lve est la plus coupable ; c'est elle qui est appelée à recevoir sa sentence après le serpent. Créée pour aider l'homme à remplir la terre d'habitants heureux et fidèles, issue de l'homme, la chair de sa chair et l'os de ses os, elle devait marcher son égale ; or voici le changement qui s'opère par l'effet de la sentence (ïivine. Malgré l'humiliation de la concupiscence, l'union conjugale est maintenue sainte et sacrée ; mais elle n'a plus que le second rang. La virginité, qui ignore les convoitises de la chair, la dépassera en honneur devant Dieu et devant les hommes.

La femme deviendra mère, comme elle l'eût été dans l'état d'innocence ; mais les tils qu'elle portera dans ses entrailles seront pour elle un poids accablant. Leur pénible naissance ne s'opérera qu'au milieu des plus poignantes douleurs; plus d'une fois mémie ils n'arriveront à la lumière qu'aux dépens de la vie de celle qui les conçut. Le souvenir d'Eve et de sa prévarication planera sur tout enfantement, et la nature s'étonnera de voir

Le Jeudi de la Septuagésime. l'S

celui qui devait régner sur elle n'arriver à la vie que par violence.

Appelée d'abord aux mêmes honneurs que l'homme, la femme perdra pour jamais son indépendance. L'homme sera son maître, et son devoir à elle sera d'obéir. Durant de longs siècles, cette obéissance ne se distinguera pas de l'esclavage, jusqu'à ce que la X'ierge attendue depuis quatre mille ans, celle qui ""doit écraser la tête du serpent par .son humilité, vienne relever son sexe, et créer pour la femme chrétienne cet empire de douceur et de persuasion, qu'elle seule a su concilier avec le devoir de soumission que la sentence divine lui a imposé pour jamais.

ROI des siècles. Seigneur . de toutes choses, qui par votre volonté m'avez créé, ren%-ie du perfide serpent me perdit et provoqua contre moi votre colère, ô Sauveur ; ne me dédaignez pas, ô Dieu, mais rappelez-moi.

Hélas ! au lieu de la gloire qui me couvrait, je n'ai plus qu'un vêtement d'ignominie. Je pleure. 6 Sauveur, sur mon désastre, et je cric vers vous avec foi : Dieu bon, ne me dédaignez pas, mais rappelez-moi.

J'étais le maître des serpents et des autres animaux : Comment, ô Adam, t'es-tu

OMINATOR sseculorum omnium . Domine . qui me voluntate tua procreasti , dolosi draconis invidia quondam afflictum, teque, Salvator, ad iracundiam concitantem ne despicias, Deus, sed revoca me.

Hei mihi ! pro stola splendida . turpitudinis indumentis obvolutus , lugeo, Salvator, exitium meum, et fide ad te clamo ; ne despicias me, bone Deus, sed revoca.

Serpentium, ferarumque dominus efFectus . quo pacto serpenti ani1-6 Le Temps de la Septiiagèsime.

mabus exitiafi familiariter congressus es. inimico veluti bono consiliario usus ? O errorem tuum. miserrima anima mea !

(Canimus te. Maria, Dei gratia plena, lucidum divinae incarnationis tabernaculum ; quare me cupiditatibus fœde obtenebratum illumina, fons misericordise. spes eorum quos omnis spes dereliquit.)

livré à un entretien familier avec le serpent si funeste aux âmes ? Pourquoi as-tu pris ton ennemi pour un conseiller plein d'intérêt pour toi ? Oh 1 quelle erreur a été la tienne, mon âme infortunée ! (Nous vous chantons , ô Marie, pleine de la grâce de Dieu, splendide tabernacle de la divine incarnation 1 Eclairez-moi qui suis en proie aux ténèbres honteuses de mes passions, vous qui êtes la source de miséricorde, l'espérance de tous ceux que l'espérance a abandonnés.)

A malédiction qui pèsera désormais v^^ sur tout homme a été déclarée à Eve, celle qui regarde la terre ellemême est dirigée contre Adam. « Parce que tu as écouté la voix de ton « épouse, et que tu as mangé du fruit dé« fendu, la terre sera maudite à cause de ce « que tu as fait. » Le Seigneur n'admet pas l'excuse de notre premier père; cependant il daigne prendre acte de sa faiblesse et se souvenir que l'homme a moins péché par amour de soi que par une aveugle tendresse pour la créature fragile qui était sortie de lui-même. 11 n'est pas la cause première de la désobéissance. Dieu a déterminé pour lui un châtiment particulier : ce sera l'humiliation personnelle et le travail. Hors du jardin de délices s'étend l'immense désert de la terre, la vallée des larmes, triste exil pour celui qui, pendant plus de neuf cents ans, doit garder au tond de son àme désolée le souvenir des heures si rapides du Paradis. Ce désert est stérile; il faudra que l'homme le féconde, et qu'il en fasse sortir, à force de sueurs, sa chétive subsistance et celle de sa famille. Dans la suite des âges, plusieurs des fils d'Adam sembleront soustraits à la loi du travail ; mais cette exception ne fera que confirmer la vérité de la sentence portée. Ils se reposeront quelques jours, parce que

ij8 Le Temps de la Septuagésime.

d'autres ont longuement travaillé pour eux; et leur repos ne sera légitime qu'autant qu'ils se mettront en devoir d'encourager par leurs exemples de vertu et leurs bienfaits ce nombre immense de leurs frères sur lesquels la sentence s'accomplit à la lettre. Si le travail s'arrête sur la terre, les ronces et les épines en couvriront la surface; et telle est d'ailleurs l'importance de cette loi à laquelle est soumis l'homme déchu, que l'oisiveté énerve les forces de son corps et déprave son cœur.

Naguère les arbres du Paradis inclinaient leurs rameaux pour que l'homme se nourrît de leurs fruits délicieux ; maintenant, c'est du sein de la terre qu'il devra faire sortir avec effort la plante dont la graine doit le nourrir. Rien ne pouvait mieux exprimer la relation qui existe désormais entre lui et la terre, qui a été son origine et qui doit être son tombeau, que cette nécessité où il est d"arracher à celle-ci l'aliment à l'aide duquel il doit prolonger sa vie. Toutefois, la bonté divine paraîtra encore ici dans son temps, lorsque. Dieu étant apaisé, il sera donné à rhomme de s'unir à son Créateur en mangeant le Pain de vie qui est descendu du ciel, et dont la vertu sera plus efficace pour nourrir nos âmes, que ne l'eût été le fruit de i"arbre de vie pour soutenir nos corps.

DULCis ad vescendum It e fruit de la science dans fructus scienliae in |1* Eden me sembla doux à

Le Vendredi de la Septiiagésùne.

manger ; je fus transporté du désir de m'en nourrir ; mais il s'est changé en poison. O mon âme infortunée ! comment l'intempérance a-t-elle pu te chasser du Paradis ?

Dieu de l'univers, Seigneur de miséricorde, jetez un regard de bonté sur mon humiliation ; ne me rejetez pas pour toujours loin du divin Eden. Qu'il me soit permis, en considérant les beautés que j'ai perdues, de rentrer un jour par mes larmes dans ces biens dont je me suis privé.

Je pleure, je gémis, je me lamente à la vue du Chérubin qui garde avec une épée de feu l'entrée du Paradis désormais inaccessible, hélas ! aux transgresseurs ; à moins que vous-même, ô Sauveur, ne m'en rouvriez l'entrée.

Je me confie dans votre grande miséricorde, ô Christ Sauveur, et dans le sang de votre divin côté, par lequel vous avez sanctifié la nature humaine, et rouvert pour ceux qui vous servent, ô Dieu plein de bonté, les portes du Paradis jusqu'alors fermées à Adam.

(Porte de la vie, porte inaccessible et spirituelle. Vierge Mère de Dieu, franche du joug de l'homme, par vos prières ouvrez-moi les

Eden visus est mihi, cibi amore capto ; at demum in bilem conversus est. Hei mihi! misera anima, quomodo intemperantia te e Paradisi laribus exturbavit ?

Deus universorum, misericordiae Domine, ad humilitatem meam bénigne respice, nec a divino Eden longe me ejicias, quo venustates unde excidi aspiciens, fletibus rursus amissa bona recipiam.

Fleo, ingemo, atque lamentor Cherubim ad Paradisi ingressum custodiendum igneo ense locataconspiciens, transgressoribus omnibus, hei mihi ! inaccessum, nisi tu, Salvator, aditum mihi facilem praestes.

Confido in multitudine misericordiae tuae, Christe Salvator. ac divini lateris tui sanguine, unde hominum naturam sanctificasti, et colentibus te aperuisti, o bcne. Paradisi portas antea Adamo prasclusas.

(Vitœ porta, impervia, spiritualis. "Virgo Deipara, innupta, pande mihi precibus tuis Paradisi clausas olim fores,

i8o Le Temps de la Septiiagésime.

quo te meam post Deum auxiliatricem firmumque refugium glorificem.)

portes du Paradis fermées autrefois, afin que je vous rende gloire comme à celle qui, après Dieu, a été mon secours et mon refuge assuré.)

'arrêt que le Seigneur prononçait contre nos premiers parents devait envelopper toute leur postérité ; mais, quelque sévères que fussent les peines portées contre nous tous, la plus dure et la plus humiliante conséquence de la première faute était la transmission du péché d'origine, qui infectera toutes les générations de la race humaine, jusqu'à son dernier jour. Sans doute, les mérites du Rédempteur promis pourront être appliqués à chaque nomme selon le mode établi de Dieu; mais cette régénération spirituelle, tout en enlevant sans retour la lèpre qui nous couvrait, et en rétablissant l'homme dans les droits d'enfant de Dieu, ne fera pas disparaître toutes les cicatrices de notre mortelle blessure. Sauvés de la mort et rendus à la vie. nous sommes demeurés malades. L'ignorance obscurcit notre esprit sur les grands intérêts qui devaient occuper toutes nos pensées, et un attrait déplorable nous fait aimer nos illusions. La concupiscence tend sans cesse en nous à captiver l'âme sous le joug du corps ; et pour échapper à cette abjection, la vie de l'homme doit être une lutte continuelle. Un amour effréné de l'indépendance nous porte continuellement au désir de l'affranchissement, comme si nous n'étions pas créés pour servir. Le mal a pour nous des charmes,

i82 Le Temps de la Septuagésime.

et la vertu ne nous paie guère en ce monde que par le sentiment d'un devoir rempli.

C'est pourquoi nous vous saluons avec autant d'admiration que d'amour, ô vous la plus pure des créaturesde Dieu, et cependant notre sœur. Fille d'Eve, qui n'avez point été conçue dans le péché, vous êtes l'honneur de la race humaine. Le sang de notre première mère et le nôtre coule dans vos veines; vous êtes bien la chair de notre chair, et cependant vous êtes Immaculée. Le décret qui nous condamnait à la flétrissure ne devait pas être appliqué à votre très pure Conception; et le serpent, au jour où votre pied vainqueur lui écrasa la tête , sentit que jamais il n'avait eu de droits sur vous. En vous, ô Marie, nous révérons notre nature telle qu'elle était au sortir des mains de Dieu ; vous êtes le Miroir de la justice éternelle.

Dans la splendeur sans nuage de votre sainteté, daignez vous souvenir Se nous qui gémissons sous les conséquences d'un crime dont vous n'avez pas contracté la solidarité. Vous êtes l'irréconciliable ennemie du serpent ; veillez sur nous, afin que sa dent meurtrière ne nous atteigne pas. Conçus dans le péché, enfantés dans la douleur, que notre vie du moins échappe à la malédiction. Condamnés au travail, aux souffrances et à la mort, que notre expiation, par vos mérites et votre secours, nous devienne salutaire. Trahis sans cesse par les penchants de notre cœur, enivrés du présent, si prompts à oublier, si ardents à nous tromper nousmêmes, le mal nous dévorerait, si la grâce de votre divin Fils ne nous était sans cesse offerte

Le Samedi de la Septuagésime. iS3

pour triompher de nos ennemis intérieurs et extérieurs. \'ous êtes, ô Immaculée ! la Mère de la divine grâce. Obtenez-la pour nous toujours plus abondante, et versez-la sur ceux qui se glorifient en songeant qu'ils n'ont point un autre sang que le vôtre.

Pour louer Marie, en ce jour du Samedi, nous emprunterons la Prose suivante aux anciens Missels de Cluny :

e

ANTONS, tout pécheurs que nous sommes, les louanges de la Mère de Dieu : implorons d'elle le remède à nos maux.

Elle est le principe de notre confiance ; elle est notre espérance qui brille aux cieux d'un éclat nonpareil.

Elle soutient et nourrit les vertus ; en elle se confient les mondes supérieurs ; en elle espère notre demeure terrestre.

Vous que l'on nomme E- toile de la mer, conduisez et dirigez nos pas ; soyez pour nous Médiatrice de la paix.

Comme l'astre qui luit au ciel et dirige le naufragé sur les flots, ainsi vous brillez pour nous.

Vous êtes la lumière de ce

AD laudem Matris Dei • Modulemur licet rei, Poscentes remédia.

Hsec nostras forma spei, Spes mirandae speciei. Quae vernat in gloria.

Haecvirtutis nutrimentum, Spes solaris, sola laris Terreni fiducia.

Stella maris quae vocaris. Passus rectos et directes, Da pacis su£Fragia.

Sicut sidus naufrago. ns dux in \ u praîclara.

Fulgens dux in pelago,

Mundi lux in tenebris.

1 84 I^£ Temps de la Septuagésime.

Stella niîeas ce-iebris. Deo cara.

In sede cœlica Résidens. haec mellica Aimitte cantica. Virgo pia.

Paventi psallere,

Trementi pro scelere

Des ausus.

Tu plausus,

Veri vena.

Tu cceii regina. Mundi medicina. Munda scelus nostrum. Piissima.

In mortis ruina. Nos ad vitam mina. Placans Deum, Tu benignissima.

Cara parens. o Maria,

Patris parens, Virgo pia.

Nos in umbrae mortis via

Sedentes illumina I

Ut te nobis Stella duce, Tui Nati tuti Cruce. Mereamurcoeli luce

Per te frui, Domina.

Amen.

monde, malgré ses ténèbres, l'astre resplendissant, ô vous tant aimée de Dieu !

Assise sur le trône du ciel, écoutez la mélodie de nos cantiques, Vierge compatissante.

A celui qui, tremblant pour ses péchés, n'ose chanter vos grandeurs, donnez le courage de vous louer, source de vérité.

Reine du ciel, remède de la terre, purifiez nos crimes, ô très clémente !

De la mort où nous sommes, rendez-nous à la vie ; apaLsez Dieu, ô miséricordieuse !

Vous êtes, ô Marie, la Mère de celui qui vous créa, la Mère qu'il aime, la Vierge pleine de bonté : nous sommes assis dans l'ombre de la mort : daignez nous éclairer.

Conduits par vos rayons, protégés par la Croix de votre Fils, puissions-nous mériter de jouir un jour de la lumière céleste, par vous. 6 notre Dame 1 Amen.

ANS le cours de la semaine qui commence aujourd'hui , la sainte Eglise présente à notre attention l'histoire de Xoé et du déluge universel. Malgré la sévérité de ses avertissements, Dieu n'a pu obtenir la fidélité et la soumission de la race humaine. Il est contraint d'employer un châtiment terrible contre ce nouvel ennemi. Toutefois, il a trouvé un homme juste, et, dans sa personne, il fera encore alliance avec nous. Mais auparavant, il veut faire sentir qu'il est le souverain Maître, et que, tout aussitôt qu'il lui plaira, l'homme si fier d'un être emprunté s'abîmera sous les ruines de sa demeure terrestre.

Nous placerons d'abord ici, comme base des enseignements de cette semaine, quelques lignes du Livre de la Genèse empruntées à rOffice des Matines d'aujourd'hui.

i86 La Temps de la Septiiagésime.

De Libro Genesis. Cap. VI.

VDENS autem Deus quod multa malilia hominum esset in terra, etcuncta cogitatio cordis intenta esset ad malum pmni tempore, pœnituit eum quod hominem fecisset in terra. Et tactus dolore cordis intrinsecus: Delebo, inquit, hominem quem creavi, a facie terr3E, ab homine usque ad animantia. a reptili usque ad volucres cœli. Pœnitet enim me fecisse eos. Noe vero invenit gratiam coram Domino.

H M sunt generationes Noe : Noe vir justus atque perfectus fuit in generationibus suis, cum Deo ambulavit. Et genuit très filios. Sem. Cham et Japheth. Corrupta est autem terra coram Deo, et repleta est iniquitate. Cumque vidisset Deus terram esse corruptam (omnis quippe caro corruperat viam suam super terram), dixit ad Noe : Finis universas carnis venit coram me : repleta est terra iniquitate a facie eorum, et ego disperdam eos cum terra.

Du Livre de la Genèse.

DIEU voyant que la malice des hommes était extrême sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se tournaient continuellement vers le mal, il se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre. Et, étant touché de douleur jusqu'au fond du cœur, il dit : J'exterminerai de dessus la terre l'homme que j'ai créé ; je les détruirai tous, depuis l'homme jusqu'aux animaux, depuis ceux qui rampent sur la terre jusqu'aux oiseaux du ciel ; car je me repens de les avoir faits. Mais Noé trouva grâce devant le Seigneur.

VOICI les enfants qu'engendra Noé : Noé, homme juste et parfait dans toute la conduite de sa vie, marcha avec Dieu, et engendra trois fils, Sem, Cham et Japheth, Or la terre était corrompue devant Dieu, et remplie d'iniquité. Dieu, voyant donc cette corruption de la terre (car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre), dit à Noé : J'ai résolu de faire périr tous les hommes : ils ont rempli la terre d'iniquité ; je les exterminerai avec la terre.

Le Dimanche de la Sexagésime. j8j

j A catastrophe qui fondit alors sur l'espèce

L humaine fut encore le fruit du péché;

mais du moins un homme juste s'était rencontré, et le monde fut sauvé d'une ruine totale par lui et par sa famille. Après avoir daigné renouveler son alliance, Dieu permit que la terre se repeuplât, et que les trois enfants de Noé devinssent les pères des trois grandes races qui l'habitent.

Tel est le mystère de l'Office durant cette semaine. Celui de la Messe, qui est figuré

Êar le précédent, est plus important encore, 'ans le sens moral, la terre n'est-elle pas submergée sous un déluge de vices et d'erreurs ? Il faut qu'elle se peuple d'hommes craignant Dieu, comme Noé. Cette génération nouvelle, c'est la Parole de Dieu, semence de vie, qui la suscite. C'est elle qui produit ces heureux enfants dont parle le Disciple bien-aimé, « qui ne sont point nés du sang, (( ni de la volonté de la chair, ni de la xo« lonté de l'homme, mais de Dieu même i. » Efforçons-nous d'entrer dans cette famille, et, si nous en sommes déjà membres, gardons chèrement notre bonheur. Il s'agit, dans ces jours, d'échapper aux flots du déluge, de chercher un abri dans l'arche du salut ; il s'agit de devenir cette bonne terre dans laquelle la semence fructifie au centuple Songeons à fuir la colère à venir, pour ne pas périr avec les pécheurs, et montronsnous avides de la Parole de Dieu qui éclaire et convertit les âmes -. Chez les Grecs, ce Dimanche est le sepI. JoHAN. I, i3. — 2. Psalm. xviir.

tième jour'de la semaine qu'ils appellent Apocreos, laquelle commence dès le lundi qui suit notre Dimanche de la Septuagésime. Cette semaine est ainsi nommée dans l'Eglise grecque, parce qu'elle annonce et précède immédiatement celle où Ton suspend déjà l'usage de la viande, jusqu'à la fête de Pâques.

Rome, la Station est dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-Murs. C'est autour du tombeau du Docteur des nations, du propagateur de la divine semence, du père de tant de peuples par sa prédication, que l'Eglise Romaine réunit les îidèles en ce jour où elle veut leur rappeler que le Seigneur a épargné la terre, à la condition qu'elle se peuplera de vrais croyants et d'adorateurs de son Nom. L'Introït, emprunté au livre des Psaumes, implore le secours du Seigneur. La race humaine est réduite aux abois, elle va s'éteindre : c'est pourquoi elle supplie son auteur de la féconder de nouveau. La sainte Eglise s'associe à ce cri, en demandant au divin Sauveur de multiplier aujourd'hui les enfants de la Parole, comme aux jours antiques.

ExsuRGE. quare obdormis, Domine ? Exsur2.e. et ne repellas in tinem : quare faclem tuain avertis, oblivisceris tribuiationem nostram ?

LEVEZ-VOUS . Seigneur ; pourquoi dormez-vous ? Levez-vous, et ne nous rejetez pas pour jamais. Pourquoi détournez-vous de nous votre visage ? Pourquoi ouA la Messe.

bliez-vous notre pauvreté et notre misère ? Notre poitrine est collée contre terre : levezvous , Seigneur ; assisteznous et délivrez-nous.

Ps. O Dieu 1 nous avons ouï de nos oreilles ; nos pères nous ont annoncé vos œuvres. Gloire au Père. Levez-vous.

Adhaesit in terra venter noster : exsurge , Domine, adjuva nos, et libéra nos.

Ps. Deus, auribus nostris audivimus : patres nostri annuntiaverunt nobis. Gloria. Exsurge.

Dans la Collecte, l'Eglise exprim^ sa confiance dans l'intercession du grana Apôtre saint Paul, ce puissant ministre de la semence divine, qui a travaillé plus que tous les autres à la répandre parmi les Gentils.

ODiEU , qui voyez que nous ne nous confions en aucune de nos œuvres, daignez nous accorder d'être protèges contre tous les maux, par l'assistance du Docteur des Gentils. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

DEUS, qui conspicis, quia ex nulla nostra actione confidimus : concède propitius. ut contra adversa omnia Doctoris gentium protectione muniamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

On ajoute les autres Collectes, comm.e à la Messe de la Septuagésime, page 148.

L'Epître est ce beau passage d'une des Lettres du grand Apôtre dans lequel; contraint pour'l'honneur et le succès de son ministère d'avoir recours à l'apologie contre ses ennemis, il nous apprend à quel prix les hommes apostoliques ont semé la divine Parole dans les champs arides de la gentilité, et opéré la régénération chrétienne.

iQO Le Dimanche de la Sexagésime.

Lectio Epistûlae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. II, Cap. xi.

FRATRES, Libenter suffertis insipientes , cum sitis ipsi sapientes. Sustinetis enim si quis vos in syvitutem redigit . si quis dévorât . si quis accipit. si quis extollilur , si quis in faciem vos casdit. Secundum ignobilitatem dico. quasi nos inhrmi fuerimus in hac parte. In que quis audet (in insipientia dico), audeo et ego. Hebraei sunt ? et ego. Israélite sunt ? et ego. Semen Abreihae sunt ? et ego. Ministri Christi sunt ? (ut minus sapiens dico) plus ego : in laboribus plurimis. in carceribus abundantius, in plagis supra modum, in mortibus fréquenter. A Judaeis quinquies quadragenas . una minus , accepi. Ter virgis caesus sum , semel lapidatus sum, ter naufragium feci, nocte et die in profundo maris fui. In itineribus saspe, periculisfluminum, periculis latronum, periculis ex génère, periculis ex gentibus, periculis in civitate, periculis in soliLecture de l'Epitre du bienheureux Paul. Apôtre, aux Corinthiens. II. Chap. xi.

ME s Frères, étant sages comme vous êtes, vous supportez sans peine les imprudents, puisque vous souffrez même qu'on vous réduise en ser^-itude , qu'on vous dévore , qu'on vous pille, qu'on s'élève contre vous, qu'on vous frappe au visage. C'est à ma confusion que je rappelle cela : puisque nous passons pour avoir été trop faibles dans des épreuves semblables. Cependant aucun d'eux (excusez mon imprudence) ne saurait se glorifier de rien que je ne le puisse aussi moi-même. Sont-ils Hébreux ? je le suis aussi. Sont-ils enfants d'Israël ? je le suis aussi. Sont-ils de la race d'Abraham ? j'en suis aussi. Sont-ils ministres du Christ ? Au risque de passer encore comme imprudent, j'ose dire que je le suis plus qu'eux : j'ai plus souffert de travaux, plus enduré de prisons, plus reçu de coups. Souvent je me suis vu près de la mort. J'ai reçu des Juifs, à cinq différentes fois, trente-neuf coups de fouet ; j'ai été battu de verges trois fois ; j'ai été lapidé une fois ; j'ai fait naufrage trois fois ;

A la Messe.

jai passe un jour et une nuit au fond de la mer. Fréquemment j'ai été en péril dans les voyages ; en péril sur les fleuves ; en péril du côté des voleurs ; en péril de la part de ceux de ma nation ; en péril de la part des gentils ; en péril dans les villes ; en péril dans les solitudes ; en péril sur la mer ; en péril au milieu des faux frères. J'ai souffert toutes sortes de travaux et de fatigues., des veilles fréquentes, la faim, la soif, des jeûnes réitérés, le froid et la nudité. A ces maux extérieurs ajoutez mes préoccupations quotidiennes, la sollicitude de toutes les Eglises. Qui est faible, sans que je me fasse faible avec lui ? Qui est scandalisé, sans que j'en sois brûlé ? Que s'il est permis de se glorifier, je me glorifierai de mes soufifrances. Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ qui est béni dans tous les siècles, sait que je ne mens pas. A Damas, le gouverneur de la province pour le roi Arétas faisait faire la garde dans la ville pour m'arréter prisonnier : on me descendit par une fenêtre, le long de la muraille, dans une corbeille ; et je m'échappai ainsi de ses mains. S'il faut se glorifier, quoique cela ne convienne pas, je viendrai maintenant aux visions et

tudine, periculis in mari, periculis in falsis fratribus ; in labore et asrumna, in vigiliis multis, in famé et siti , jejuniis multis, in frigore et nuditate ; praster illa, quae extrinsecus sunt, instantia mea quotidiana, soUicitudo omnium Ecclesiarum. Quis infîrmatur, et ego non infirmor ? Quis scandalizatur, et ego non uror ? Si gloriari oportet, quaï infirmitatis meae sunt, gloriabor. Deus et Pater Domini nostri JesuChristi.qui est benedictus in sœcula, scit quod non mentior. Damasci praepositus gentis Aretœ régis, custodiebat civitatem Damascenorum, ut me comprehenderet ; et per fenestram in sporta dimissus sum per murum, et sic effugi manus ejus. Si gloriari oportet (non expedit quidem), veniam autem ad visiones et revelationes Domini. Scio hominem in Christo, ante annos quatuordecim (sive in corpore nescio, sive extra corpus nescio, Deus scit), raptum hujusmodi usque ad tertium coelum. Et scio hujusmodi hominem (sive in corpore nescio, sive extra corpus nescio, Deus scit), quoniamrapiQ

Le Dimancne de, la Sexjsrésime.

tus est in Paradisum. et audivit arcana verba qave non licet homini loqui. Pro hujusmodi gloriabor : pro me autem nihil [• son corps gloriabor. nisi in infirmitatibus mais. Nam, et si voluero gloriari. non ero insipiens : veritatem enim dicam : parco autem. ne quis me existimet supra id quod videt in me. aut aliquid audit ex me. Et ne magnitudo revelationum extollat me. datus est mihi stimulus carnis mese , angélus Satanae. qui me colaphizet. Propter quod ter Dominum rogavi ut discederet a me : et dixit mihi : Sufficit tibi gratia mea : nam virtus in infirmitate perficitur. Libenter igitur gloriabor in infirmitatibus meis. ut inhabitet in me virtus Christi

aux révélations du Seigneur. Je connais en Jésus-Christ un homme qui fut ravi, il y a quatorze ans ; si ce fut en

hors de son corps. )e n en sais rien. Dieu le sait ; qui fut ravirdis-je, jusqu'au troisième ciel. Et je sais que cet homme, si ce fut en son corps, ou hors de son corps, je ne sais. Dieu le sait : que cet homme, dis-^je, fut ravi dans le Paradis, et quil entendit des paroles mystérieuses qu'il n'est pas permis à un homme de rapporter. Je pourrais me glorifier en parlant d'un tel homme ; mais, pour moi, je ne veux me glorifier que dans mes infirmités. Ce ne serait cependant pas imprudence à moi, si je voulais me glorifier, car je dirais la vérité ; mais je me retiens, de peur que quelqu'un ne m'estime au-dessus de ce qu'il voit en moi, ou de ce qu'il entend Je moi. Aussi, de peur que la grandeur des révélations ne me causât de l'orgueil, il m'a été donné un aiguillon dans ma chair, un ange de Satan, qui me donne des soufflets. C'est pourquoi j'ai prié trois fois le Seigneur de l'éloigner de moi. et il m'a répondu : Ma grâce te suffit ; car la force se perfectionne dans l'infirmité. Je prendrai donc plaisir à me glorifier dans mes infirmités, afin que la force du Christ habite en moi.

ANS le Graduel, l'Eglise implore le secours du Seigneur contre ceux qui s'opoosentàla mission qu'elle a reçue de susciter partout des adorateurs au vrai Dieu, un peuple nouveau.

A la Messe.

10. y

SCIANT gentes. quoniam nomen tibi Deus: tu solus Altissimus super omnem terram.

f. Deus meus , pone illos ut rotam, et sicut stipulam ante faciem venti.

QUE les nations sachent que votre nom est Dieu; vous êtes le seul Très-Haut sur toute la terre.

f. Mon Dieu, que mes ennemis soient devant vous comme la roue qui tourne sous l'effort du vent, comme la paille devant le souffle de la tempête.

Au milieu des commotions de la terre, de ces révolutions violentes qui renouvellent parfois les scènes terribles du déluge, au sein des nations sur lesquelles elles s'accomplissent, l'Eglise prie pour ses tïdèles enfants, afin qu'ils soient épargnés, et que l'espérance du monde ne périsse pas en eux. C'est l'objet du Trait qui précède l'Evangile.

SEIGNEUR, vous avez ébranlé la terre, et vous avez entr'ouvert son sein.

jr. Refermez ses blessures, car elle est ébranlée.

f. Protégez la fuite de vos élus devant l'arc bandé contre eux. et qu'ils soient délivrés.

COM.\ioviSTi, Domine, terram , et conturbasti eam.

f. Sana contritiones ejus, quia mota est.

j^. Ut fugiant a facie arcus, ut liberentur electi tui.

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. viii.

EN ce temps-là, le peuple s'assemblant en foule et

se pressant de sortir des villes

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. viii.

IN illo terapore : Cum turba plurima convenirent et de civitaiibus

f ^

jg4 Le Dimanche de la Sexagcsime.

properarenî 'ad Jesum . dixil per similitudinem : Exiit, qui seminat , seminare semen suum : et. dum seminat, aliud cecidit secus viam. et ccnculcatum est . et volucres cœli comederant illud. Et aliud cecidit supra petram : et natum aruit. qui non habebat humorem. Et aliud cecidit inter spinas. et simul €xorta£ spinas suffocavecunt illud. Et aliud cecidit in terram bonam : et ortum fecit fructum centuplum. Hsec dicens clamabat : Qui habet aures audiendi , audiat. Inierrogabant autem eum discipuli ejus. quas esset haec parabola. Quibus ipse dixit : Vobis datum est nosse mysterium regni Dei. cseteris autem in parabolis ; ut videntes non videant. et audientes non intelligant. Est autem hsEC parabola. Semen est verbum Dei. Qui autem secus viam, hi sunt qui audiunt : deinde venit diabolus. et toliit verbum de corde eorum, ne credentes saivi fiant. Nam qui supra petram : qui cum audierint, cum gaudio suscipiunt verbum. et hi radices non habent : qui ad tempus credunt. et in tempère tentationis

pour venir au-devant de Jésus, il leur dit en parabole : Celui qui sème s'en alla pour semer son grain ; et comme il semait, une partie de la semence tomba le long du chemin, où elle fut foulée aux pieds, et les oiseaux du ciel la mangèrent. Et une autre partie tomba sur la pierre, et. après avoir levé, elle sécha, parce qu'elle n'avait point d'humidité. Et une autre tomba au milieu des épines, et les épines croissant avec la semence l'étouffèrent Et une autre partie tomba sur de bonne terre, et ayant levé, elle porta du fruit, cent pour un. En disant cela, il criait : Que celui-là entende qui a des oreilles pour entendre. Ses disciples l'interrogèrent sur le sens de cette parabole, et il leur dit : Pour vous, il vous a été donné de cormaître le mystère du royaume de Dieu : mais pour les autres, il ne leur est proposé qu'en parabole, de sorte que voyant ils ne voient point, et qu'entendant ils ne comprennent point. Voici donc le sens de cette parabole: la semence est la parole de Dieu. Ceux qui sont marqués par ce qui tombe le long du chemin, sont ceux qui écoutent : mais le diable vient, et enlève de leurs cœurs la parole, de peur que croyant, ils ne soient sauvés. Ceux qui sont marA la Messe.

ir,^

recedunt. Quod autem in spinas cecidit : hi sunt, qui audierunt, et a soUicitudinibus, et divitiis, et voluptatibus vitae, euntes , sufFocantur, et non referunt fructum. Quod autem in bonam terram : hi sunt qui in corde bono et optimo audientes verbum retinent, et fructum afFerunt n patientia.

qués par ce qui tombe sur la pierre, sont ceux qui, ayant écouté la parole, la reçoivent avec joie ; mais ils n'ont point de racines ; ils croient pour un temps, et ils se retirent à l'heure de la tentation. Ce qui tombe dans les épines, ce sont ceux qui écoutent la parole, mais en qui elle est étouffée par les inquiétudes, par les richesses et par les plaisirs de cette

vie, et ils ne portent point de fruit. Enfin , ce qui tombe dans la bonne terre, ce sont ceux qui. ayant écouté la parole, la conservent dans un cœur bon et excellent, et portent du fruit par la patience.

SAINT Grégoire le Grand observe avec raison que la parabole qui vient d'être lue n'a pas besoin d'explication ; la Sagesse éternelle s'est chargée elle-même de nous en donner la clef. Il ne nous reste donc plus qu'à {profiter d'un si précieux enseignement, et qu'à recevoir en bonne terre la semence céleste qui tombe sur nous. Combien de fois jusqu'ici ne l'avons-nous pas laissée fouler aux passants, ou enlever par les oiseaux du ciel .' Combien de fois ne s'est-elle pas desséchée sur le rocher de notre cœur, ou n'at-elle pas été étouffée par de funestes épines? Nous écoutions la Parole ; elle avait pour nous un certain charme qui nous rassurait. Souvent même nous la reçûmes avec joie et empressement ; mais, si quelquefois elle germait en nous, sa croissance était bientôt arrêtée. Désormais, il nous faut produire et fructifier ; et telle est la vigueur de la semence qui nous est confiée, que le divin SeigÇ Le Diynayiche de la Sexagésime.

meur en attend cent pour un. Si la terre de notre cœur est bonne, si nous avons soin de la préparer en mettant à profit les secours que nous offre la sainte Eglise, la moisson sera abondante au jour où le Seigneur, s"échappant vainqueur de son sépulcre, viendra associer ses fidèles croyants aux splendeurs de sa Résurrection.

Ranimés par cette espérance, et pleins de confiance en celui qui daigne ensemencer de nouveau une terre si longtemps rebelle à ses soins, chantons avec l'Eglise, dans l'Offertoire, ces belles paroles du Roi-Prophète par lesquelles l'Eglise demande pour nous la fermeté et la persévérance.

PERFICE gressus meos in semitis tuis . ut non moveantur vestigia mea : inclina aurem tuam , et exaudi verba mea : mirifica misericordias tuas, qui salvos facis sperantes in te . Domine.

AFFERMISSEZ mes pas dans vos sentiers, afin que mes pieds ne soient pas chancelants : inclinez votre oreille, et exaucez mes paroles. Montrez vos miséricordes, ô vous, Seigneur ! qui sauvez ceux qui espèrent en vous.

OBLATUMtibi, Domine, sacrificium vivificet nos semper, et muniat. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

FAITES, Seigneur, que le Sacrifice qui vous est offert nous vivifie, et nous fortifie toujours. Par Jésus-Christ notre Seigfneur. Amen.

On ajoute les autres Secrètes, comme au Dimanche de la Septuagésime, page iSj.

La visite du Seigneur dans le Sacrement

A Vêpres.

igy

de son amour est le grand moyen qui fertilisera notre âme et la rendra féconde. C'est pour cette raison que l'Eglise nous invite, dans l'Antienne de la Communion, à nous approcher d% l'autel de Dieu ; notre cœur y recouvrera sa vigueur et sa jeunesse.

JE m'approcherai de l'autel 1 1 ntroibo ad altare Dei, de Dieu, du Dieu qui ré- ■' ad Deum qui lastificat

jouit ma jeunesse.

juventutem meam.

NOUS vous supplions, Dieu tout- puissant , de faire la grâce à ceux que vous nourrissez de vos Sacrements, de vous servir d'une manière digne de vous, par des mœurs qui vous soient agréables. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

On ajoute les autres Postcommunîons comme ci-dessus, au Dimanche de là Septuagésime, page i85.

SUPPLICES te rogamus , omnipotens Deus , ut quos tuis reficis Sacramentis, tibi etiam placitis moribus dignanter deservire concédas. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Les Psaumes, le Capitule, l'Hymne et le Verset ci-dessus, pages 88 et suivantes.

Av< Cl

ANTIENNE DE Alagmficat.

\J OBIS datum est nos~c

.'ous 11 a été donné de connaître les mystères du royaume de Dieu : aux autres, seument en paraboles, dit Jésus à ses disciples.

mystenum regni Dei, caeteris autem in parabolis, dixit Jésus discipulis suis.

igS Le Temps de la Septuagésime.

DEUS qui conspîcis'quia ex nulla nostra acîione confidimus : concède propitius, ut contra adversa omnia Doctoris Gentium protectionemuniamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

ODiEL", qui voyez que nous ne nous confions en aucune de nos œuvres, daignez nous «ccorder d'être protégés contre tous les maux par l'assistance du Docteur des Gentils. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

NOUS terminerons cette journée par une Hymne que nous empruntons aux anciens Bréviaires des Eglises de France; et qui exprime les sentiments dont les fidèles doivent être animés au temps de la Septuagésime.

DIES absoluti prœtereunt . Dies observabiles redeunt. Tempus adest sobrium: Quasramus puro corde Dominum.

Hymnis et in confessionibus Judexcomplacabitur Dominus. Non negabit hic veniam Qui vult ut homo quasrat gratiam.

Post jugum servile Pharaonis, Post catenas diraï Babvlonis :

LES jours de liberté s'écoulent; ceux des saintes observances arrivent : le temps de la sobriété est proche ; d'un cœur pur cherchons le Seigneur.

Nos cantiques et nos louanges apaiseront celui qui est notre juge et Seigneur : il ne refuse pas le pardon, lui qui veut que l'homme implore de lui sa grâce.

Après avoir subi le joug de Pharaon, après avoir porté les chaînes de la cruelle Babylone, que l'homme affranLe Dimanche de Ij. Sexagésime. ' igg

chi cherche la céleste Jérusalem, sa patrie.

Fuyons de cet exil ; cherchons demeure auprès du Fils de Dieu : la plus grande gloire pour le serviteur, c'est de devenir le cohéritier de son maître.

O Christ ! soyez notre guide dans cette nouvelle vie; souvenex-rvous que nous sommes vos bÉfebis pour lesquelles, ô passif, vous avez donné votre vte et subi la mort.

Au Père, au Fils, soit la gloire; honneur pareil au saint Paraclet ; comme il était au commencement, et maintenant et toujours.

Amen.

Liber homo patriam

Quaerat coelestem Hierosolymam.

Fugiamus de hoc exsilio Habitemus cum Dei Filio : Hoc decus est famuli Si sit cohaeres sui Domini.

Sis Christe nobis dux hujus vitœ : Mémento quod sumus oves tuae, Pro quibus ipse tuam Pastor ponebas morte animam.

Gloria sit Patri et Filio: Sancto simul honor Paracleto : Sicut erat pariter In principio et nunc et semper. Amen.

ouTE chair avait corrompu sa voie. » Ainsi la terrible leçon qu'avaient reçue les hommes lorsqu'ils furent expulsés du Paradis de délices en la personne des deux premiers parents, avait été perdue. Ni ia certitude d'une mort plus ou ^loins prochaine, qui devait les amener aux pieds du Juge incorruptible, ni les humiliations de leur entrée en cette vie , ni les douleurs et les fatigues dont elle est semée , rien n'avait pu les réduire à la soumission envers le souverain Maître dont la main pesait sur eux. L'espérance d'être un jour sauvés et de recouvrer par le Médiateur, fils de la femme, la félicite et les honneurs qu'ils avaient perdus, ne relevait pas leur cœur et ne l'arrachait pas à ses instincts mauvais. L'exemple du premier père, courbé durant tant de siècles sous le joug de la pénitence, témoin vivant des bontés et des justices du Seigneiir, perdait de jour en jour son empire sur les fils qui se multipliaient autour de lui ; et quand l'infortuné vieillard fut descendu dans la tombe, sa race se montra plus oublieuse encore des liens de service et de dépendance qui l'enchaînaient à Dieu. La longue vie dont avaient été gratifiés les hommes de ce premier âge du monde fut une nouvelle arme

Le Lundi de la Sexagésime.

qu'ils tournèrent contre Dieu , et les enfants de Seth contractant alliance avec la famille de Gain, Tespèce humaine tout entière sembla vouloir protester contre son auteur et n'adorer plus qu'elle-même.

Dieu néanmoins ne les avait pas abandonnés sans défense au penchant déréglé de leurs cœurs. Le divin secours de la grâce leur était offert pour vaincre l'orgueil et l'entraînement de la sensualité. Les mérites du Rédempteur à naître étaient déjà présents devant la suprême justice, et le sang de

V Agneau immolé, comme parle saint Jean, des le comyiiencement du monde ^ imputait ses divins mérites aux générations qui devaient s'écouler avant le grand Sacrifice. Les hommes pouvaient donc tous être justes comme Noé. et mériter comme lui les complaisances de l'Eternel ; mais les pensées de leurs cœurs se dirigeaient vers le mal de préférence au bien, et la terre se peuplait d'ennemis de Dieu. Ce fut alors que, selon la naïve et sublime expression de Moïse, Dieu se repentit de les avoir créés II décréta d'abréger la vie de l'homme, afin que le souvenir de la mort fût plus près de lui. et d'éteindre toute cette race perverse, sauf une seule famille , sous les eaux d'un déluge universel Réduit à recommencer ses destinées, le genre humain, après une si effroyable catastrophe, connaîtrait mieux peutLtre sa dépendance à l'égard de son auteur.

20 2 Le Temps de la Septuagésime.

LE Missel Mozarabe nous fournira aujourd'hui cette belle formule liturgique, qui convient si parfaitement au temps de la Septuagésime.

(Dominica ante carnes tollendas.)

ECCE )am in proximo sunt dies illi salutis, in quibus revoluto anni circulo . per salutaris abstinentiœ opus. remédia cupimus suscipere pravorum actuum nostrorum. Etenim sicut ait Apostolus : Hoc est acceptabile tenipus, et hi sunt dies salutis. in quibus spiritualis medela exquirenti adveniat animas, et mala dulcia scrabra peccaminum evellantur a mente ; ut qui consuetudine noxia semper cogimur deorsum fluere. tandem . divina nos erigente clementia, conemur sursum surgere, ut horum dierum votiva exhibentes susceptione . et malorum nostrorum levemur a crimine, et beatitudinis electorum mereamur compotes esse. Amen.

ILS sont proches, ces jour; de salut que nous ramène le cours de l'année, et durant lesquels nous nous efforçons de chercher un remède à nos œuvres mauvaises dans les travaux d'une salutaire abstinence. Comme parle l'Apotre : C'est là le temps favorable, ce sont là les iours de salut. C'est alors que le remède spirituel est appliqué à l'âme qui le désire, et que le mal qui, par sa fausse douceur, produit l'ulcère du péché^ est déraciné des âmes. Nous qui par une funeste habitude sommes portés à décliner sans cesse, la divine miséricorde s'apprête à nous relever ; il nous faudra diriger nos efforts pour remonter en haut. Vovons donc arriver avec joie ces saints jours, et nous mériterons d'être affranchis de la culpabilité de nos crimes, et d'être rendus participants de la béatitude des élus. Amen.

ORSQUE nous repassons en nous^ mêmes les graves événements qui \ signalèrent le premier âge du ^W^^ monde, la perversité humaine qui osa s'y déployer sous les yeux de Dieu nous sembfe inconiipréhensible. Comment la voix tonnante du Seigneur en Eden put-elle être sitôt oubliée ? Comment le spectacle de la pénitence d'Adam ne porta-t-il pas ses fils à s'humilier devant Dieu, et à marcher dans ses voies ? Comment la promesse d'un Médiateur qui devait leur rouvrir les portes du Paradis n'éveilla-t-elle pas dans leurs cœurs le désir de se rendre dignes d'être ses ancêtres, et d'avoir part à la régénération qu'il apporterait aux nommes ? Cependant, les sièclesqui suivirent la mort d'Adam furent des siècles de crime et de scandale ; et l'on sait que luimême vit de ses propres yeux l'un de ses deux premiers enfants devenir le meurtrier de l'autre. Devons-nous donc tant nous étonner de la perversité de ces premiers hommes ? Aujourd'hui, que six mille ans de bienfaits ont été versés du ciel sur la terre, que six mille ansde justice ont été exercés, les hommes ont-ils le cœur moins appesanti, moins ingrat, moins rebelle ? La dure leçon du Paradis terrestre, le châtiment formidable du déluge, que sont-ils pour la plupart des hommes qui daignent accepter ces faits ? Un

2 04 Le Temps de la Septuagésime.

souvenir, qui n'arrive pas même à empreindre dans leur vie le sentiment de la justice de Dieu. Plus heureux que leurs ancêtres, ils savent que le ciel n'a plus de Messie à^envoyer, que Dieu est descendu, qu'il s'est fait homme, qu'il a brisé le sceptre de Satan, que la voie du ciel est devenue facile au moyen des secours déposés par le Médiateur dans les divins Sacrements; et cependant le péché règne et triomphe au milieu du christianisme. Sans doute, les justes sont maintenant plus nombreux qu'aux jours de Noé; mais aussi quels trésors de grâces le Sauveur n'a-t-il pas épanchés sur notre race dégénérée, par le ministère de l'Eglise son Epouse ? Oui, des chrétiens fidèles se rencontrent sur la terre, le nombre des élus se complète chaque jour; mais la multitude vit dans la disgrâce de Dieu, et mène une conduite en contradiction avec sa foi.

Lors donc que la sainte Eglise nous remet en mémoire ces temps où « toute chair avait corrompu sa voie », elle nous presse de penser à notre conversion. En nous rappelant les œuvres perverses des premiers hommes, elle nous avertit de songer à nous et de nous juger nous-mêmes. En faisant retentir à nos oreilles le bruit des cataractes du firmament qui s'ouvrirent et submergèrent la terre et ses habitants, elle nous invite â ne pas nous jouer d'un Dieu dont la colère a pu employer de si terribles moyens pour se venger d'une créature révoltée." La semaine précédente, nous avons dû peser la gravité des conséquences du péché d'Adam, péché qui ne nous est pas personnel, mais dont les suites s'étendent

Le Mardi de la Sexagéshne. 2o5

néanmoins si cruellement jusqu'à nous. Cette semaine, ce sont nos péchés à nous, nos péchés actuels que nous devons reconnaître et déplorer. Comblés des faveurs de Dieu, éclairés de sa lumière, rachetés dans son sang, fortifiés contre tous les obstacles par sa grâce, nous avons néanmoins corrompu nos voies, et porté le Seigneur au repentir de nous avoir créés. Confessons notre iniquité et reconnaissons humblement que « c'est à sa pure miséricorde que nous de« vons de n'avoir pas été consumés i ».

Nous emprunterons la pièce suivante au Missel Ambrosien, où elle figure dans le temps de l'année que nous traversons présentement.

[Dominica in Septiiagesima.)

Dieu, d'un cœur pur. dans la prière, les jeûnes et les veilles. \'^ersez des larmes avec vos prières, effacez la sentence méritée par vos péchés, avant que la mort ne vienne tout à coup fondre sur vous ; avant que le gouffre de la mort ne vous engloutisse. Quand le Créateur arrivera, qu'il nous trouve prêts.

CONVERTIMINI omnes simul ad Deum mundo corde et animo, in oratione, jejuniis. etvigiliis multis. Fundite preces vestras, cum lacrymis; ut deleatis chirographa peccatorum vestrorum , priusquam vobis repentinus superveniat interitus ; antequam vos profundum mortis absorbeat ; et cum Creator noster advenerit, parâtes nos inveniat.

I. Thren. m, 22.

)0us avons péché , nous avons abusé de la vie, ô Dieu des justices ! et, quand nous lisons l'histoire des châtiments que votre colère a versés sur les pécheurs des temps anciens, nous sentons que nous avons mérité d'être traités comme eux. Nous avons le bonheur d'être chrétiens et enfants de votre Eglise; la lumière de la foi, l'impulsion de votre grâce nous ont ramenés à vous , mais devons-nous pour cela oublier ce que nous avons été? Et sommes-nous si fermes dans le bien que nous puissions nous promettre d'y persévérer toujours? O Seigneur! «^ transpercez nos <( âmes des traits de votre crainte ' ». Notre cœur est dur, il a besoin de trembler devant vous; autrement, il serait en danger de vous trahir encore.

Ce spectacle du monde submergé, cette extinction de la race humaine sous'les tiots, nous glacent de terreur; car ils nous montrent que votre patience et votre longanimité peuvent s'épuiser, et faire place à une vengeance sans pitié. Vous êtes juste, Seigneur; et nul de nous n'a le droit de s'en étonner ni de s'en plaindre.

C'est cette justice que nous avons défiée, cette vengeance que nous avons bravée ; car

I. Psalm. cxviii.

Le Mercredi de la Sexagésime. 20 j

si votre parole est engagée à ne plus anéantir désormais sous les eaux la race des pécheurs, nous savons que vous avez allumé dans votre colère un feu qui doit dévorer éternellement ceux qui sortiront de ce monde sans s'être réconciliés avec vous. O dignité de notre faible nature ! Celui qui nous a tirés du néant ne veut voir en nous que des amis ou des ennemis. Et il en devait être ainsi. Créés intelligents et libres, le bien et le mal sont devant nous ; il nous faut choisir, nous ne pouvons rester neutres. Si nous adoptons le bien, Dieu se tourne vers nous avec amour ; si nous faisons le mal, nous rompons avec lui, qui est le souverain bien. Mais, comme sa miséricorde est infinie envers la faible créature qu'il n' a tirée du néant que par amour, comme il veut d'une volonté sincère que tous soient sauvés, il attend en patience que le pécheur revienne à lui, et il l'attire en mille manières.

.Mais malheur à qui se refuse à l'appel divin, quand cet appel est le dernier ! La justice alors s'accomplit ; et l'Apôtre nous a dit qu'i7 est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant >. Apprenons donc à ^uir la colère à venir -, et hàtons-nous de faire la paix avec le souverain Maître que nous avons irrité. Si déjà nous sommes rentrés en grâce avec lui, marchons dans sa crainte, jusqu'à ce que, l'amour ayant jeté de plus profondes racines dans notre cœur, nous méritions de courir dans la voie des divins commandements 3.

I. Heb. X, 3i. — 2. Matth. m, 7. — S.Psalm. cxvni.

L'ÉGLISE gothique d'Espagne, dans son Bréviaire Mozarabe, nous fournira la prière

suivante,

{In capitejejunii.) ^

A VERTE faciera tuam a peccatis nostris. Domine, et omnes iniquitates nostras dele : remove ab oculis tuis malarum nostrarum facinus voluptatum. nosirœ- que confessioni clemenîer tuum appone auditum. Miserere, quassumus, rogantibus nobis, qui propitius respicis in adversis. et qui desperatis cor pœnitens tribuis ad confessionem gloriae tuae. Sed quia publicanus a longe stans et percutiens pectus suum, sola confessione purgatus est. similiter et nos peccatores exaudi ; ut sicut illi meritos- petitionis suas fructus donasti. ita et nobis supplicantibus indignis servis tuis veniam digneris impendere peccatis. Amen.

ETOURNEZ votre face de nos péchés, Seigneur, et effacez toutes nos iniquités; ôtez de devant vos yeux le mal dans lequel nous entraînèrent nos coupables satisfactions, et prêtez l'oreille de votre clémence à notre humble aveu. Daignez avoir pitié de nos supplications, vous qui êtes propice à ceux qui sont dans l'adversité , et qui accordez au pécheur que son état désespère, un cœur pénitent pour célébrer votre gloire. De même que le publicain qui se tenait loin de l'autel.et frappait sa poitrine, se trouva purifié par le simple aveu de ses fautes, de même nous qui sommes pécheurs, exaucez-nous. Vous lui accordâtes selon son mérite le fruit de sa demande : daignez accorder aussi aux supplications de vos indignes serviteurs le pardon de leurs péchés. Amen.

lEU promit solennellement à Noé de ne plus employer contre la terre coupable le terrible châtiment du déluge ; mais sa justice l'a contraint plusieurs fois" pour punir les nations révoltées, de recourir à un moyen sévère, et qui présente plus d'une analogie avec le déluge; il a déchaîné contre les peuples le fléau des invasions ennemies. L'histoire en présente, dans tout son cours, la suite effrayante ; et toujours la divine Providence s'est justifiée dans ses œuvres. Les invasions étrangères ont été toujours amenées parles crimes des hommes, et il n'en est pas une seule qui n'atteste la suprême équité par laquelle Dieu gouverne le monde.

Nous ne rappellerons point ici la succession de ces grandes catastrophes dont le récit forme, pour ainsi dire, les annales de l'humanité, ces conquêtes, ces extinctions de races, ces pertes de nationalités, ces fusions violentes de peuples, dans lesquelîes tout un passé est submergé. Qu'on se rappelle seulement les deux grands faits de ce genre qui ont désolé le monde depuis l'ère clirétienne, et qu'on adore la justice de Dieu.

L'Empire romain avait accumulé les crimes jusqu'au ciel ; l'adoration de l'homme et la licence effrénée des mœurs avaient été portées par son influence au dernier degré dans les

2 10 Le "2 emps de la Septuagésime.

nations qu'il avait perverties. Le Christianisme pouvait sauver les hommes dans l'Empire, mais TEmpire lui-même ne pouvait devenir chrétien. Dieu le voua au déluge des barbares, et il disparut sous les flots de l'invasion qui montaient toujours, jusqu'à ce qu'ils eussent couvert les sommets dorés du Capitole. Les farouches exécuteurs de la vengeance céleste avaient eux-mêmes l'instinct de leur mission, et ils prenaient le nom de Fléaux de Dieu.

Plus tard, lorsque les nations chrétiennes de l'Orient, celles qui avaient transmis aux Occidentaux le flambeau de la foi qu'elles ont laissé s'éteindre chez elles, eurent assez fatigué la justice divine par les sacrilèges hérésies dont elles défiguraient l'auguste symbole de la foi. Dieu déchaîna sur elles, du fond de l'Arabie, le déluge de l'Islamisme qui engloutit les chrétientés premières, sans épargner même Jérusalem, teinte du sang et témoin de la résurrection de l'Homme-Dieu. Antioche et Alexandrie avec leurs Patriarcats s'abîmèrent dans l'ignominie de l'esclavage, en attendant que Constantinople à son tour, ayant lassé la patience divine, devînt elle-même le siège du Croissant.

C'est notre tour maintenant, nations occidentales, si nous ne revenons pas au Seigneur notre Dieu. Déjà les cataractes du ciel sont entr'ouvertes, et le flot vengeur de la barbarie menace de se précipiter sur nous. Mais aussi, dans notre Europe, toute chair n'at-elle pas corrompu sa voie, comme aux jours de Noé ? n'avons-nous pas conspiré de toutes parts contre le Seigneur et contre son Christ ?

Le Jeudi de la Sexas-ésime.

n'avons-nous pas crié comme les nations impies dont parle le Psalmiste : a Brisons « leurs liens, et rejetons leur joug loin de « nous 1 » ? Tremblons que le moment ne soit venu, où, en dépit de notre orgueil et de nos fragiles moyens de défense, le Christ irrité, à qui seul les peuples appartiennent, « nous régira avec la verge de fer, et nous (' brisera comme un vase d'argile - ». Le temps presse, profitons du conseil que nous donne le Roi-Prophète : « Servez le Seigneur « dans le crainte ; embrassez sa loi, de peur « que le Seigneur ne s'irrite, et que vous ne « périssiez quand sa colère s'allumera sou« dain ^ ».

CETTE belle formule liturgique appartient au Missel Ambrosien, dans la saison présente.

(Dominica in Quinquagesima.)

ENEZ. convertiàsez-vous a moi, dit le Seigneur. Venez, fidèles, versons des larmes devant Dieu ; car nous avons négligé nos âmes, et à cause de nous la terre est dans l'angoisse. Nous avons commis l'iniquité, et pour cela les fondements de la terre sont ébranlés. Hàtons-nous de prévenir la colère de Dieu, pleurons et disons : Vous qui ôtez les péchés du monde, ayez pitié de nous.

VENITE, convertimini ad me. dicit Dominus. Venite fientes, fundamus lacrymas ad Deum ; quia nos negleximus, et propter nos terra patitur. Nos iniquitatem fecimus. et propter nos fùndamenta commet a sunt. Festinemus iram Dei antevertere, flentes, et dicentes : Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.

2. IhiJ. — 3. IbiJ.

E Seigneur qui châtie la terre par le déluge veut néanmoins rester tidèle à'^ses promesses. Il a annoncé la défaite du serpent; mais les temps ne sont pas venus encore ; il faut donc que le genre humain soit conservé jusqu'au jour où la promesse s'accomplira. L'arche reçoit dans son sein le juste Noé et sa famille, et si les eaux vengeresses s'élèvent jusqu'au-dessus des plus hautes montagnes, la demeure fragile, mais sûre, à laquelle ils se sont confiés, plane tranquillement sur les flots. Au jour marqué, ses habitants descendront sur la terre purihée, et ils entendront encore de la boucne de Dieu cette parole qu'il avait d'abord adressée à nos premiers parents . a Crois-* a sez et multipliez, et remplissez la terre, f

C'est donc à Tarche que le genre humain fut redevable de sa conservation: c'est par elle que Dieu nous sauva tous. Qu'il soit donc béni, ce navire hospitalier, dont le Seigneur lui-même daigna donner le plan, et sur lequel glissèrent, s'ans y pénétrer, toutes les pluies de sa colère! Mais si nous devons honorer de nos respects ce bois insensible et vil 1, par lequel les générations humaines furent sauvées, quel ne doit pas être notre

Le Vendredi de la Sexagésime. 2i3

amour pour cette autre Arche, dont la première ne fut que la figure, et qui, depuis dix-iieur siècles, nous sauve et nous conduit à Dieu; pour cette Eglise sainte, Epouse du Fils de Dieu, hors de laquelle il n'y a pas de salut, et au sein de laquelle nous trouvons la vérité qui délivre de l'erreur et du doute ^ la grâce qui purifie les cœurs, l'aliment qui les nourrit et les prépare pour l'immortalité!

Arche sacrée, vous êtes habitée, non plus par une seule famille, mais par des membres de toutes les nations qui sont sous le ciel. Vous voguez sur les tempêtes depuis le jour où le pilote vous lança sur la mer de ce monde, et jamais vous n'avez sombré ; et nous savons que vous aborderez à l'éternité, sans que jamais aucun naufrage vienne accuser la prévoyance de celui qui'vous aime et pour vous-même et pour le dépôt que vous lui gardez. C'est par vous qu'il repeuple ce monde, qu'il n'a créé que pour ses élus - ; « quand il est irrité contre les hommes, il se ressouvient de sa miséricorde ^ », à cause de vous ; car c'est en vous qu'il a fait alliance avec notre race.

Asile de sécurité, gardez-nous au milieu de l'affreux déluge. Au jour où l'Empire profane qui s'était enivré du sang des Martyrs ^ disparaissait sous l'invasion des barbares, la génération chrétienne était en sûreté, à l'ombre de vos flancs maternels. Le torrent qui inondait tout s'écoula peu à peu ; et la génération qui s'était confiée à vous, vaincue

2 T4 Le Temps de la Septuagésime.

selon la chair, devint bientôt victorieuse par l'esprit. Le Sicambre s'humilia devant son esclave, et des peuples nouveaux, ayant pour

Eremière loi l'Evangile, commencèrent leurs riilantes destinées sur la terre même qu'avaient corrompue et que n'avaient pu défendre les Césars.

Lorsque l'inondation sarrasine vint à son tour submerger tant de contrées orientales, menaçant même l'Europe qu'elle eût envahie tout entière, si la vigueur des fils que vous aviez sauvés n'eût refoulé ces hordes barbares, n'est-ce pas dans votre sein, Arche tutélaire, que se sont réfugiés les restes des chrétiens qui, au milieu des scandales et de l'abrutissement dans lesquels le schisme et l'hérésie ont plongé le plus grand nombre de leurs frères, conservent fidèlement le feu sacré ? Sous l'abri que vous leur avez ménagé, ils forment la chaîne non interrompue des témoins de la vérité dans ces régions, jusqu'à ce que le retour de la miséricorde céleste amène des temps meilleurs, et qu'il soit donné à ces nouveaux Sem de se multiplier encore sur cette terre jadis si féconde en fruits de gloire et de sainteté.

Et nous, ô Eglise, avec quel bonheur nous nous sentons portés par vous, et par vous garantis contre les vagues de 1 océan de ï'anarchie qui monte toujours, et que nos péchés ont déchaîné. Nous supplions le Seigneur, afin qu'il dise à cette mer furieuse : « Tu ne viendras que jusqu'ici, et tu briseras « là l'orgueil de tes flots i »; mais si la divine

Le Vendredi de la Sexagésime. 21 5

justice avait résolu de la laisser prévaloir pour un temps, nous sommes assurés d'échapper au fléau. Dans votre sein tranquille, ô Eglise, nous trouvons les vrais biens, les biens spirituels « que les voleurs ne peuvent ravir 1 » ; la vie que vous donnez est la seule vie véritable; la patrie qui est en vous est l'unique patrie. Oh! gardez-nous. Arche du Christ; que nous soyons toujours en vous, avec ceux que nous aimons, « jusqu'à ce que les eaux de l'iniquité se soient écoulées - » ! Puis, lorsque la terre purifiée devra recevoir de nouveau la semence divine de la Parole qui produit les enfants de Dieu, ceux que vous n'aurez pas déposés encore sur les rivages éternels, descendront pour rendre à toute âme humaine les principes sacrés de l'autorité et du droit, de la famille et de la société, principes qui sont venus du Ciel, et que vous êtes chargée de conserver et d'enseigner, jusqu'à la consommation des siècles.

Nous placerons ici cette belle Oraison du Missel Mozarabe, dans laquelle l'Eglise gothique d'Espagne implorait si éloquemment la miséricorde de Dieu.

{In Dominica V post Epiphaniam.)

EXAUCEZ-NOUS . Seigneur notre Dieu, et, oubliant l'iniquité humaine, daignez

EXAUDI nos. Domine , Deus noster, et humanae iniquitatis oblitus,

I. Matth. VI, 19.— 2. Psalm. liv, 4.

2i6 Le Temps de la Septuagésime.

divinae solius m'sericordias recordare. Exaudi, qusesumus, dum peccare non pateris. dum emendare nos praecipis. dum ro_sare permittis : dum patientia reditum quserendae correctionis exspectat : dum justitia metum futurae discussionis insinuât : dum misericordia locum evadendœ mortis ostentat. InTeniant ante oculos tuos sacrificianostragratiam : peccata veniam : vulnera medicinam : suspiria pietatem : flagella consolationem : lamenta temperiem : tempora quietem : officia dignitatem : vota mercedem. Mereatur petitio etîectum, contritio solarium , consecratio Sacramentum. Oblatio sanctificatione pinguescat. trepidatio securitate discedat. benedictio salubritate proficiat : ut in omnibus multiplici pietalis tuas gratia redundante . erigas plebem , dum laetificas sacerdotem. Amen.

ne vous souvenir que de votre miséricorde. Exaucez-nous, nous vous en supplions, vous qui ne souffrez pas le péché, qui prescrivez l'amendement, qui permettez la prière, votre patience attend notre retour et notre correction ; votre justice nous inspire la crainte du jugement à venir ; votre miséricorde nous montre le moyen d'éviter la mort. Que nos oflFrandes nous fassent trouver grâce devant vos yeux ; accordez pour nos péchés le pardon, pour nos plaies le remède. Que nos soupirs obtiennent votre pitié, nos douleurs la consolation, nos pleurs leur adoucissement. Que nos temps soient tranquilles, nos fonctions honorées, nos vœux exaucés ; que nos demandes méritent leur effet, nos regrets leur consolation, nos paroles sacrées leur résultat mystérieux. Que notre oblation soit féconde en sanctifications ; que nos terreurs s'éloignent devant la sécurité ; que notre bénédiction soit fructueuse pour le salut : en sorte que, par l'abondante effusion de votre grâce sur tous, en réjouissant le prêtre, vous consoliez le peuple. Amen.

N terminant la semaine précédente, toute pleine des souvenirs de la chute humiliante et désastreuse de nos premiers parents, après avoir reconnu en nous les dures et inévitables conséquences de la prévarication du commencement, nous arrêtions nos regards sur cette heureuse fille de la race humaine qui, par une miséricorde toute spéciale, n'a point participé au déshonneur d'être conçue dans le péché. En ce dernier jour de la semaine consacrée au repentir de ces fautes personnelles dont tout homme, même le plus juste, s'est rendu coupable, nous venons encore, 6 Marie, nous prosterner devant vous, et honorer en votre personne la très sainte créature qui, seule entre toutes, n'a point commis le péché.

Tous, nous avons corrompu nos voies, nous avons désobéi à Dieu, nous avons enfreint sa loi, nous nous sommes recherchés nous-mêmes aux dépens de ce qui lui est dû ; et vous, ô Miroir de justice et de sainteté, vous avez constamment été remplie de la divine Charité, qui jamais n'a suoi en vous la plus légère altération. Vierge fidèle^ la grâce de votre Fils a toujours triomphé dans votre cœur. Rose mystique, vos parmms ont monté jusqu'à lui, a toute heure, sans rien perdre de leur suavité. Tour d'ivoire, nulle

tache n'a terni votre incomparable blancheur. Palais dont les murs sont formés d'or, pour signifier Tamour, qui est le plus excellent des dons, vous avez toujours réfléchi les feux du divin Esprit. Ayez donc pitié de nous ; car nous sommes pécheurs.

Nous avons contraint le Seigneur au repentir de nous avoir créés; mais en vous il s'est complu, 6 Marie, en vous, terre fertile entre toutes, dans laquelle la grâce qu'il avait semée a fructifié avec surabondance. Daignez donc, 6 notre sœur, féconder la terre de nos cœurs, en arracher les épines qui étouffent la plante céleste. Nous sommes maculés par le péché ; lavez-nous par le mérite des larmes maternelles que vous répandîtes au pied de la croix. Si déjà votre Fils nous a pardonné, couvrez de votre manteau les cicatrices de nos plaies. Nous ne redoutons pas assez le mal, nous nous exposons à le commettre ; fortifiez nos cœurs chancelants dans le bien ; éveillez en eux cette précieuse susceptibilité pour l'honneur de Dieu, pour son amour, par laquelle nous serons arrachés enfin à cette dangereuse complaisance envers nousmêmes qui pourrait nous perdre encore.

Le déluge que nos péchés ont attiré roule ses flots contre nous, 6 Mère de bonté ! nous nous hâtons d'entrer dans l'Arche protectrice, certains d'y trouver un asile assuré. Mais, ô puissante médiatrice, nous tournons encore nos regards vers vous. N'est-il pas en votre pouvoir de conjurer la colère du Seigneur, d'arrêter jusqu'au dernier instant le déchaînement de ses vengeances ? Hâtez-vous de secourir le monde qui s'affaisse. SouvenezLe Samedi de la Sexagésime. 21g

vous de tant de pécheurs qui périraient sans retour sous les vagues de la justice divine qu'ils ont bravée. Obtenez que tant d'àmes lavées dans le sang de votre Fils ne soient pas perdues éternellement. Soyez, ô Marie, avant l'inondation, cette Colombe de paix qui n'apporta jadis le rameau d'olivier qu'après que la colère de Dieu fut apaisée. Soyez l'Arc pacifique sur les nuées du ciel, avant qu'elles aient vomi leurs torrents sur la terre. Nous nous adressons à vous, comme à la Reine de miséricorde, et nous vous demandons grâce pour nos péchés, comme à celle dont la pureté et l'innocence n'ont audessus d'elles que la sainteté même de Dieu.

ous détacherons quelques stances de la célèbre complainte à Marie, composée par le moine Euthymius, et que l'Eglise grecque emploie dans ses Offices.

/'^OMMENT pourrai-je , ô ^^-' grande Reine, déplorer assez ma vie coupable et la multitude de mes péchés ? Je ne sais plus ce que je dois vous dire, ô très chaste ! la terreur me saisit : venez à mon secours.

Par où commencerai-je , infortuné , à confesser ma malice et mes criminelles actions ? Oh ! qu'arrivera-t-il de moi ? Au moins , ô ma

OUOMODo. o Domina, vitam meam impuram et immensorum peccatorum meorum multit u d i n e m lamentabor ? Nescio quid dicam tibi, castissima , et maie metuo; sed adjuva me.

Unde exordiar dicere ego miser de improbitate mea. et delictis nefandis ? Ha ! quid de me fiet ? Verum âge, Domina, et

2 20 Le Temps de la Septuagésime.

mei ante exitum ex hac luce miserere.

Omnem viam peccatorum cum ambulassem, immaculata Virgo, salutis semitam haudquaquam inveni. Sed ad bonitatem tuam confugio ; ne me ex animo pœnitentem aspernare.

Mortis horam, o purissima. terribileque tribunal assidue cog'*o ; sed peccandi cons^uetudine vehementer ad peccatum illicior. Fer mihi opem.

Bonorum exitiabilis inimicus cernens me nunc nudum, et patrono ac tutore destitutum . et a divinis virtuîibus alienissimum, ad devorandum me irruit. Praeveni. et averte illum. o Domina.

Proh dolor 1 imaginem Dei in me ego miser mentis arrogantia contaminavi. Qao in posterum me vertam ? Festina. Virgo, ad auxilium,

Angelorum ordines et exercitus, Virtutes cœlorum. potentiam Filii tui contremiscunt, o castissima. Ego vero desperatus omni timoré vaco.

In fovea delictorum meorum suffocatum non me derelinquas. Domina. Improbissimus enim hosSouveraine, ayez pitié de moi, avant que mes yeux se ferment à la lumière.

J'ai marché dans la voie de tout péché, ô Vierge immaculée ! Je n'ai pas su trouver le chemin du salut ; mais j'ai recours à votre bonté ; ne me méprisez pas aujourd'hui que mon cœur se repent.

Je pense sans cesse, ô très pure, à l'heure de ma mort et au terrible tribunal ; mais l'habitude du péché m'entraîne violemment à le commettre de nouveau : portezmoi secours.

Le mortel ennemi de ceux qui cherchent le bien ayant vu combien je suis nu et sans défenseur, combien je suis éloigné des saintes vertus, s'élance pour me dévorer. Prévenez-le, et écartez-le, ô grande Reine.

O douleur ! par l'arrogance de mon esprit, j'ai eu le malheur de souiller en moi l'image de Dieu : hâtez-vous, ô Vierge, d'accourir à mon secours.

L'armée des Anges , les Vertus des cieux. tout tremble devant la puissance de votre Fils, ô très chaste; et moi, j'ai été sans crainte, comme un désespéré.

Ne me laissez pas submergé dans l'abime de mes fautes, ô grande Reine. Mon très cruel ennemi qui me

Le Samedi de la Sexagésime.

voit luttant avec le désespoir, se rit de mon sort ; mais vous, relevez-moi par votre main puissante.

Le jugement est redoutable, ô mon âme misérable et insensée ; le châtiment est horrible et sans fin ; néanmoins, viens te prosterner devant la Mère de ton juge et de ton Dieu. Pourquoi désespérer de toi-même ?

O Vierge sans tache, je suis rempli de ténèbres par la multitude de mes grands péchés : les yeux de mon àme et mon àme elle-même ont perdu leur éclat. Par les splendeurs de votre lumière, daignez au plus tôt rétablir en moi ce doux repos que produit l'éloignement des passions.

Donnez-moi, ô Princesse, un gémissement continuel, une fontaine de larmes, afin que j'efface mes nombreux péchés, mes plaies inguérissables, afin que j'obtienne la vie éternelle.

Me voici, moi votre serviteur, ô Vierge très pure 1 J'approche de vous avec crainte et avec empressement; car je sais quelle est la puissance de votre prière. Certes, elle est d'un grand poids, ô très digne, la supplication de la Mère auprès du Fils ; les entrailles du Fils en sont toujours émues.

tis me desperatione conflictantem videns, ridet : sed tu potenti manu tua me érige.

Formidabile est judicium, o misera et stolida anima mea, et pœna horribilis atque serapiterna. Nihilominus vel nunc ante Matrem judicis ac Dei tui supplex procumbe. Cur enim te ipsam desperas ?

O intaminata Virgo. ego ob multitudinem immensorum peccatorum meorum repletus sum tenebris. oculique animae meas et mens mea immutata sunî. Quare tu luminis tui splendoribusad dulcedinem in vacuitate passionum sitam celeriter me revoca.

Gemitus perennes mihi largire . Domina , fontemque lacrymarum. ut tam multa flagitia mea vulneraque inexplicabilia eluam. quo vitam jeternam adipiscar.

En ego servus tuus , incorruptissima Virgo. multo cum timoré et desiderio ad te accedo ; gnarus quantum sœpenumero tua valuerit deprecatio. Valet sane plurimum, o benedictissima. apud Filium Matris supplicatio . et ejus viscera commovet.

Le Temps de la Septuagésime.

Judicem mi'sericcrJem et benignum exspecto Filium tuum, o linguis omnium praedicanda : ne me despicias, sed eum mihi redde propitium. ut me tune ad dexteram tribunalis sui incorrupti statuât in te enim speravi.

O vous que toute langue doit célébrer, j'attends dans votre Fils un juge miséricordieux et plein de bonté; r.e me dédaignez pas ; mais rendez-le-moi propice, afin quil me place à la droite de son tribunal ; car j'ai espéré en vous.

LE DIMANCHE de la QUINQUAGESIME.

A vocation d'Abraham est le sujet que l'Eglise offre aujourd'hui à nos méditations. Quand les eaux du déluge se furent retirées, et que le genre humain eut de nouveau couvert la surface de la terre, la corruption des mœurs qui avait allumé la vengeance de Dieu reparut parmi les hommes, et Tidolâtrie, cette plaie que la race antédiluvienne avait ignorée, vint mettre le comble à tant de désordres. Le Seigneur, prévoyant dans sa divine sagesse la défection des peuples, résolut de se créer une nation qui lui serait particulièrement dévouée, et au sein de laquelle se conserveraient les vérités sacrées qui devaient s'éteindre chez les Gentils. Ce nouveau peuple devait commencer par un seul homme, père et type des croyants. Abraham, plein de foi etd obéissance envers le Seigneur, était appelé à devenir le père des enfants de Dieu, le

2 24 Ls Temps de la Septuafçésime.

chef de cette génération spirituelle à laquelle ont appartenu et appartiendront juscju'à la lin des siècles tous les élus, tant de l'ancien peuple que de l'Eglise chrétienne.

Il nous faut donc connaître Abraham, notre chef et notre modèle. Sa vie se résume tout entière dans la fidélité à Dieu, dans la soumission à ses ordres, dans l'abandon et le sacrifice de toutes choses, pour obéir à la sainte volonté de Dieu. C'est le caractère du chrétien; hâtons-nous donc de puiser dans la vie de ce grand homnae tous les enseignements qu'elle renferme pour nous.

Le texte de la Genèse que nous donnons ci-après servira de fondement à tout ce que nous avons à dire sur Abraham. La sainte Eglise le lit aujourd'hui dans l'Office des \latines.

De libro Genesis.

DixiT autem Dominus ad Abram : Egredere de terra tua. et de cognatione tua , et de domo patris tui. et veni in terratn quam monstrabo tibi. Faciamque te in gentem magnam, et benedicam tibi. et magnificabo nomen tuum, erisque benedictus. Benedicam benedicentibus tibi, et maledicam maledicentibus tibi, atque in te benedicentur universae cognationes terrée. Egressus estitaque Abram sicut praeceperat ei Dominus,

Du livre de la Genèse.

OR le Seigneur dit à Abram : Sors de ton pays, et de ta parenté, et de la maison de ton père, et viens dans la terre que je te montrerai : et je ferai sortir de toi un grand peuple, et je glorifierai ton nom, et tu seras béni. Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. Abram sortit donc comme !e Seigneur le lui avait commandé, et Loth alla avec lui. Or. Abram était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu'il

Le Dimanche de la Quinquagésîme. 225

sortit de Haran. et il emmena avec lui Saraï son épouse et Loth fils de son frère, tout ce qu'ils possédaient, et tout ce qui leur était né dans Haran : et ils sortirent pour aller dans la terre de Cnanaan. Lorsqu'ils y furent arrivés , Abram pénétra jusqu'au lieu appelé Sichem et jusqu'à la ValléeIllustre : le Chananéen occupait alors cette terre. Or, le Seigneur apparut à Abram, et lui dit : Je donnerai cette terre à ta postérité. Abram éleva en cet endroit un autel au Seigneur qui lui était apparu, et étant passé de là vers la montagne qui est à l'orient de Béthel. il y dressa sa tente, avant Béthel à l'occident et Haï à l'orient. Il éleva encore en ce lieu un autel au Seigneur, et il invoqua son Nom.

thel . tetendit ibi tabernacul habens Béthel. et ab oriente ibi altare Domino, et invocav

et ivit cum eo Loth Septuaginta quinque annorum erat Abram,- cum egrederetur de Haran. Tulitque Sarai uxorem suam, et Loth filium fratris sui. universamque substantiam quam possederant, et animas quas fecerant in Haran ; et egressi sunt ut irent in terram Chanaan. Cumque venissent in eam, pertransivit Abram terram usque ad locum Sichem,usque ad convallem Illustrem : Chananaeus autem tune erat in terra. Apparuit autem Dominas Abram, et dixit ei : Semini tuo dabo terram hanc. Qui jedificavit ibi altare Domino, qui apparuerat ei. Et inde transgrediens ad montem, qui erat contra orientem Beum suum , ab occidente Hai. iEdificavit quoque

t Nomen ejus.

QUELLE plus vive image pouvait nous être offerte du disciple de Jésus-Christ que celle de ce saint Patriarche, si docile et si généreux à suivre la voix de Dieu qui l'appelle ? Avec quelle admiration ne devons-nous pas dire, en répétant la parole des saints Pères: « O « homme véritablement chrétien avant même « que le Christ fût venu ! 6 homme évangé« lique avant l'Evangile ! 6 homme apos'to0 lique avant les Apôtres ! w A l'appel du

2 20 Le Temps de la Septuagésime.

Seigneur, il quitte tout, sa patrie, sa famille, la maison de son père, et il s'avance vers une région qu'il ne connaît pas. Il lui sutïît que Dieu le conduise ; il se sent en sûreté, et ne regarde pas en arrière. Les Apôtres euxmêmes ont-ils fait davantage ? Mais voyez la récompense. En lui toutes les familles de la terre seront bénies ; ce Chaldéen porte dans ses veines le sang qui doit sauver le monde. Il clora néanmoins ses paupières, avant de voir se lever le jour où, après bien des siècles, un de ses petits-fils, ne d'une Vierge et uni personnellement au Verbe divin, rachètera toutes les générations passées, présentes et futures. Mais en attendant que le ciel s'ouvre pour le Rédempteur et pour l'armée des justes qui auront déjà conquis la couronne, les honneurs d'Abraham dans le séjour de l'attente seront dignes de sa vertu et de ses mérites. C'est dans son sein^, autour de lui, que nos premiers parents purifiés par la pénitence, que Noé, Moïse, David, tous les justes enun mot, jusqu'à Lazare l'indigent, ont ^oûté les prémices de ce repos, de cette félicité qui devait les préparer à réternelle béatitude. Ainsi Dieu reconnaît l'amour et la fidélité de sa créature.

Quand les temps furent accomplis, le Fils de Dieu, en même temps fils d'Abraham, annonça la puissance de son Père, qui s'apprêtait à faire sortir une nouvelle race d'Enfants d'Abraham des pierres même de la gentilité. Nous sommes, nous chrétiens, cette nouvelle génération ; mais sommesLe Dimanche de la Quinquagésime. 22-]

nous dignes de notre père ? voici ce que dit l'Apôtre des Gentils : « Plein de foi, A- a braham obéit au Seigneur ; il partit sans « délai pour se rendre dans le lieu qui de« vait être son héritage, et il se mit en route, « ne sachant pas où il allait. Plein de foi, il (( habita cette terre qui lui avait été pro« mise, comme si elle lui eût été étrangère, « vivant sous la tente, comme Isaac et Jacob, « les cohéritiers de la promesse ; car il atten« dait cette cité dont les fondements ont « Dieu même pour auteur et pour archi(( tecte 1. »

Si donc nous sommes les enfants d'A- braham, nous devons, ainsi que la sainte Eglise nous en avertit, en ce temps de la Septuagésime, nous regarder comme des exilés sur la terre, et vivre déjà, par l'espérance et l'amour, dans cette unique patrie dont nous sommes exilés, mais dont nous nous rapprochons chaque jour, si, comme Abraham, nous sommes fidèles à occuper les diverses stations que le Seigneur nous indique. Dieu veut que nous usions de ce monde comme n'en usant pas- ; que nous reconnaissions à toute heure qu'il n'est point pour nous ici-bas de cité permanente s, et que notre plus grand malheur et notre plus grand danger serait d'oublier que la mort doit nous séparer violemment de tout ce qui passe.

Combien donc sont loin d'être de véritables enfants d'Abraham ces chrétiens qui, aujourd'hui et les deux jours suivants, se

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