L'Année liturgique — La Septuagésime (t. 4) (page 3)
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livrent à rintempérance et à une dissipation coupable, sous le prétexte que la sainte Quarantaine va bientôt s'ouvrir 1 On s'explique aisément comment les mœurs naïves de nos pères ont pu concilier avec la gravité chrétienne ces adieux à une vie plus douce que le Carême venait suspendre, de même que la joie de leurs festins dans la solennité Pascale témoignait de la sévérité avec laquelle ils avaient gardé les prescriptions de l'Eglise. Mais si une telle conciliation est toujours possible, combien de fois n'arrive-t-il pas que cette chrétienne pensée des devoirs austères que l'on aura bientôt à remplir, s'efface devant les séductions d'une nature corrompue, et que l'intention première de ces réjouissances domiestiques finit par n'être plus même un souvenir ? Qu'ont-ils de commun avec les joies innocentes que l'Eglise tolère dans ses enfants, ceux pour qui les jours du Carême ne se termineront pas par la réception des Sacrements divins qui purifient les cœurs et renouvellent la vie de l'âme ? Et ceux qui se montrent avides de recourir à des dispenses qui les mettent plus ou moins sûrement à couvert de l'obligation des lois de l'Eglise, sont-ils fondés à préluder par des fêtes à une carrière durant laquelle, peutêtre, le poids de leurs péchés, loin de s'alléger, deviendra plus lourd encore ?
Puissent de telles illusions captiver moins les âmes chrétiennes ! puissent ces âmes revenir à la liberté des enfants de Dieu, liberté à l'égard des liens de la chair et du sang, et qui seule rétablit l'homme dans sa dignité première î Qu'elles n'oublient donc
Le Dimanche de la Quinquagésime. 22g
jamais que nous sommes dans un temps où l'Eglise elle-même s'interdit ses chants d'allégresse, où elle veut que nous sentions la dureté du joug que la profane Babylone fait peser sur nous, que nous rétablissions en nous cet esprit vital, cet esjprit chrétien qui tend toujours à s'affaiblir, bi des devoirs ou d'impérieuses convenances entraînent durant ces jours les disciples du Christ dans le tourbillon des plaisirs profanes, qu'ils y portent du moins un cœur droit et préoccupé des maximes de l'Evangile. A l'exemple de la vierge Cécile, lorsque les accords d'une musique profane retentiront à leurs oreilles, qu'ils chantent à Dieu dans leurs cœurs, et Qu'ils lui disent avec cette admirable Epouse du Sauveur : « Conservez-nous purs, Sei« gneur, et que rien n'altère la sainteté et la (' dignité qui doivent toujours résider en « nous ». Qu'ils évitent surtout d'autoriser, en y prenant part, ces danses libertines, où la pudeur fait naufrage, et qui seront la matière d'un si terrible jugement pour ceux et celles qui les encouragent. Enfin qu'ils repassent en eux-mêmes ces fortes considérations que leur suggère saint François de Sales : Tandis que la folle ivresse des divertissements mondains semblait avoir suspendu tout autre sentiment cjue celui d'un plaisir futile et trop souvent périlleux, d'innombrables âmes continuaient d'expier éternellement sur les brasiers de l'enfer les fautes commises au milieu d'occasions semblables, des serviteurs et servantes de Dieu, à ces mêmes heures, s'arrachaient au sommeil pour venir chanter ses louanges et implorer ses misé23 o Le Temps de la Septua^ésime.
ricordes sur vous ; des milliers de vos semblables expiraient d'angoisse et de misère sur leur triste grabat : Dieu et ses Anges vous considéraient attentivement du haut du Ciel; enfin, le temps de la vie s'écoulait, et la mort avançait sur vous d'un degré qui ne reculera pas i.
Il était juste, nous en convenons, que ces trois premiers jours de la Quinquagésime, ces trois derniers jours encore exempts des saintes rigueurs du Carême, ne s'écoulassent pas sans offrir quelque aliment à ce besoin d'émotions qui tourmente tant d'âmes. Dans sa prévision maternelle, l'Eglise y a songé ; mais ce n'est pas en abondant dans le sens de nos vains désirs d'amusements frivoles, et des satisfactions de notre vanité. A ceux de ses enfants sur lesquels la foi n'a pas encore perdu son empire, elle a préparé une diversion puissante, en même temps qu'un moyen d'apaiser la colère de Dieu, que tant d'excès provoquent et irritent. Durant ces trois jours, l'Agneau qui efface les péchés du monde est exposé sur les autels. Du haut de son trône de miséricorde, il reçoit les hommages de ceux qui viennent Tadorer et le reconnaître pour leur roi ; il agrée le repentir de ceux qui regrettent à ses pieds d'avoir suivi trop longtemps un autre maître que lui ; il s'offre a son Père pour les pécheurs qui, n)n contents d'oublier ses bienfaits, semblent avoir résolu de l'outrager en ces jours plus que dans tout autre temps de l'année.
I. Introduction à la vie dévote. II1« part. Chap.xxxi
Le Dimanche de la Qiiinqiiagésime. 23 1
Cette sainte et heureuse pensée d'offrir une compensation à la divine Majesté pour les péchés des hommes, au moment même où ils se multiplient davantage, et d'opposer aux regards du Seigneur irrité son propre Fils, médiateur entre le ciel et la terre, fut inspirée dès le xvi« siècle au pieux cardinal Gaoriel Paleotti, Archevêque de Bologne, contemporain de saint Charles Borromée et émule de son zèle pastoral. Ce dernier s'empressa d'adopter lui-même pour son diocèse et pour sa province une coutume si salutaire. Plus tard, au xviir siècle, Prosper Lambertini, qui gouverna avec tant d'édification la même Eglise de Bologne, eut à cœur de suivre les" traditions de Paleotti son prédécesseur, et d'encourager son peuple à la dévotion envers le très saint Sacrement, dans les trois jours du Carnaval ; et étant monté sur la Chaire de saint Pierre sous le nom de Benoît XIV, il ouvrit le trésor des indulgences en faveur des fidèles qui. durant ces mêmes jours, viendraient visiter notre Seigneur dans le divin mystère de son amour, et implorer le pardon des pécheurs. Cette faveur ayant d'abord été restreinte aux Eglises de l'État romain. Clément XIII, en 1763, daigna l'étendre à l'univers entier, en sorte que cette dévotion, dite communément des Quarante heures^ est devenue l'une des plus solennelles manifestations de la piété catholique. Empressons-nous donc d'y prendre part ; comme Abraham, dérobons-nous aux profanes influences qui nous assiègent, et cherchons le Seigneur notre Dieu ; "faisons trêve pour quelques instants aux dissipations
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mondaines, et venons mériter, aux pieds du Sauveur, la grâce de traverser celles qui nous seraient inévitables, sans y avoir attaché notre cœur.
Considérons maintenant la suite des mystères du Dimanche de la Quinquagésime. 'Le passage de l'Evangile que l'Eglise nous y présente contient la prédiction que le Sauveur tît à ses Apôtres sur sa passion qu'il devait bientôt souffrir à Jérusalem. Cette annonce si solennelle prélude aux douleurs que nous célébrerons bientôt. Qu'elle soit donc reçue dans nos cœurs avec attendrissement et reconnaissance , qu'elle les aide dans ces efforts qui les arracheront à eux-mêmes pour les mettre à la disposition de Dieu, comme fut le cœur d'Abraham. Les anciens liturgistes ont remarqué aussi la guérison de l'aveugle de Jéricho, symbole de l'aveuflement des pécheurs, eiî ces jours où les acchanales du paganisme semblent si souvent revivre au milieu des chrétiens. L'aveugle recouvra la vue, parce qu'il sentait son mal, et qu'il désirait voir. La sainte Eglise veut que nous formions le même désir, et elle nous promet qu'il sera satisfait. Chez les Grecs, ce Dimanche est appelé Tyrophagie, parce qu'il est le dernier jour auquel il soit permis de faire usage des aliments blancs, par lesquels ils désignent les laitages, qui. selon leur discipline, étaient encore permis depuis le lundi précédent jusqu'aujourd'hui. A partir de demain, cette nourriture leur est interdite, et le Carême comm.ence dans toute la rigueur avec laquelle l'observent les Orientaux.
A la Messe.
LA Station est dans la Basilique de SaintPierre, au Vatican. Cette église paraît avoir été choisie à cet effet, comme on le voit par le Traité des divins Offices de TAbbé Rupert, à l'époque où on lisait encore, en ce Dimanche, le récit de la Loi donnée à Moïse ; ce Patriarche ayant été regardé, comme on le sait, par les premiers chrétiens de Rome, comme le type de saint Pierre. L'Eglise ayant depuis placé en ce jour le mystère de la Vocation d'Abraham et retardé la' lecture de l'Exode jusqu'au Carême, la Station romaine est restée dans la Basilique du Prince des Apôtres, qui d'ailleurs a été aussi figuré par Abraham, dans sa qualité de Père des croyants.
L'Introït nous offre les sentiments de l'homme aveugle et abandonné comme le pauvre de Jéricho, implorant la pitié du Rédempteur qui daignera être son guide et le nourrir.
SOYEZ-MOI un Uieu protecteur et un lieu de refuge pour me sauver ; car vous êtes mon appui, mon asile, et pour la gloire de votre Nom, vous serez mon guide, et vous me nourrirez.
Ps. En vous, Seigneur, j'ai espéré ; que je ne sois jamais confondu ! délivrez-moi par
ESTO mihi in Deum protectorem et in locum refugii, ut salvum me facias : quoniam firmamentum meum et refugium meum es tu : e: propter Nomen tuum dux mihi eris et enutries me.
Ps. In te. Domine, speravi, non confundar in sternum : in justitia tua
■2 34 Le Dimanche de la Quinquagésime.
libéra me. et eripe me. Gloria. Esto mihi.
votre justice, et sauvez-moi. Gloire au Père. Soyez-moi un Dieu.
PRECES nostras, quassumus Domine, clementer exaudi ; atque a peccatorum vinculis absolutos, ab omni nos adversitate custodi. Par Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
DAIGNEZ. Seigneur, exaucer nos prières dans votre clémence, et après nous avoir dégagés des liens de nos péchés, gardez-nous de toute adversité. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.
On ajoute les autres Collectes, comme à a Messe de la Septuagésime, page 148.
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. I, Cap. xui.
FRATRES, Si linguis hominum loquar . et .\ngelorum . charitatem autem non habeam, factus sum velut ées sonans. aut cymbalum tinniens. Et si' habuero prophetiam, et noverim mysteria omnia. et omnem scientiam : et si habuero omnem fidem. ita ut montes transferam , charitatem autem non habuero, nihil sum. Et si distribuer© in cibos pauperum omnes facultates meas , et si iradidero corpus meam . ita ut ardeam , charitatem autem non habuero. nihil mihi proLecture de lEpître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. xiii.
MES Frères, quand je parlerais toutes les langues des hommes et des Anges mêmes, si je nai la charité, je ne suis que comme un airain sonnant ou une cymbale retentissante. Et quand j'aurais le don de prophétie, et que je pénétrerais tous les mvstères. et que j'aurais toute science : quand j'aurais toute la foi possible, jusqu'à transporter les montagnes. si je n"ai pas la charité, je ne suis rien. Et quand j'aurais distribué tout mon bien pour nourrir les pauvres, et que j'aurais livré mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas lacharité. tout cela ne me sert àt rien La charité
A la Messe.
est patiente, elle est douce ; la charité n'est point envieuse, elle n'est point téméraire et précipitée,elle ne senfle point d'orgueil, elle n'est point ambitieuse, elle ne cherche point ses intérêts ; elle ne pense point le mal ; elle ne se réjouit point de l'iniquité, mais elle se réjouit de la vérité ; elle supporte tout, elle croit tout, elle espère tout, elle souffre tout. La charité ne finira jamais, au lieu que le don de prophétie cessera, le don des langues finira, le don de science sera aboli : car ce don de science et ce don de prophétie sont incomplets. Mais quand sera venu ce qui est parfait, ce qui n'est qu'imparfait cessera. Quand jetais enfant, je parlais en enfant, je jugeais en enfant, j..- raisonnais en enfant ; mais en devenant homme, je me suis défait de tout ce qui tenait de l'enfant. Nous voyons maintenant comme dans un miroir, et en énigme ; mais alors nous verrons face à face. Je ne connais maintenant qu'imparfaitement ; mais alors je connaîtrai comme je suis moi-même connu. Présentement la foi. l'espérance, la charité, trois vertus, demeurent ; mais la charité est \à plus excellente des trois.
dest. Charitas patiens est, benigna est : charitas non aemulatur. non agit perperam, non inflatur. non est ambitiosa, non quaerit quze sua sunt, non irritatur , non cogitât malum, non gaudet super iniquitate, congaudet autem veritati : omnia suffert, omnia crédit, omnia sperat, omnia sustinet. Charitas nunquam excidit : sive prophetiae evacuabuntur , sive linguae cessabunt,sive scientia destruetur. Ex parte enira cognoscimus, et ex parte prophetamus. Cum autem venerit quod perfectum est, evacuabitur quod ex parte est. Cum essem parvulus. loquebar ut parvulus. sapiebam ut parvulus. cogitabam ut parvulus. Quando autem factus sum vir, evacuavi quae erant parvuli. Videmus nunc per spéculum in aenigmate : tune autem facie ad faciem. Nunc cognosco ex parte : tune autem cognoscam sicut et cognitus «um. Nunc autem manent fides, spes, charitas , tria haec : major autem horum est charitas.
EST avec raison que l'Eglise nous fait lire aujourd'hui le magnifique éloge que
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saint Paul fait de la Charité. Cette vertu, qui renferme l'amour de Dieu et du prochain, est la lumière de nos âmes ; si elles en sont dépourvues, elles demeurent dans les ténèbres, et toutes leurs œuvres sont frappées de stérilité. La puissance même des prodiges ne saurait rassurer sur son salut celui qui n'a pas la Charité ; sans elle les œuvres en apparence les plus héroïques ne sont qu'un piège de plus. Demandons au Seigneur cette lumière, et sachons que, si abondante qu'il daigne nous l'accorder ici-bas, il nous la réserve sans mesure pour l'éternité. Le jour le plus éclatant dont nous puissions jouir en ce monde n'est que ténèbres auprès des clartés éternelles. La foi s'évanouira en présence de la réalité contemplée à jamais, l'espérance sera sans objet, dès que la possession commencera pour nous; l'amour seul régnera, et c'est pour cela qu'il est plus grand que la foi et l'espérance qui doivent l'accompagner ici-bas. Telle est la destinée de l'homme racheté et éclairé par Jésus-Christ ; doit-on s'étonner qu'il quitte tout poursuivre un tel Maître ? Mais ce qui surprend, ce qui prouve notre dégradation, c'est que des chrétiens baptisés dans cette foi et cette espérance, et qui ont reçu les prémices de cet amour, se précipitent en ces jours dans des désordres grossiers, si raffinés qu'il paraissent (quelquefois. On dirait qu'ils aspirent à éteindre en eux-mêmes jusqu'au dernier rayon de la lumière divine, comme s'ils avaient fait un pacte avec les ténèbres. La Charité, si elle règne en nous, doit nous rendre sensibles à l'outrage qu'ils font à Dieu,
A la Messe.
et nous porter en même temps à solliciter sa miséricorde envers ces aveugles qui sont nos frères.
Dans le Graduel et dans le Trait, l'Eglise célèbre les bontés de Dieu envers ses élus. Il les a affranchis du joug du monde en les éclairant de sa lumière; ils sont son peuple, et les heureuses brebis de ses pâturages.
Vous êtes le Dieu qui seul opérez des meireilles • vous avez manifesté votre puissance au milieu des nations.
f. Par la force de votre bras, vous avez délivré votre peuÎle, les enfants d'Israël et de oseph.
TU es Deus qui facis mirabilia solus : notam fecisti in gentibus virtutem tuam.
f. Liberasti in brachio populum tuum, filios Israël et Joseph.
JUBILEZ à Dieu, habitants de la terre ; servez le Seigneur dans l'allégresse.
f. Entrez en sa présence, avec des transports de joie sachez que ce Seigneur, c'est Dieu lui-même.
f. C'est lui qui nous a faits, et non pas nous. Nous sommes son peuple et les brebis de ses pâturages.
JUBILATE Deo omnis terra • servite Domino in lœtitia.
J. Intrate in conspectu ejus, in exsultatione : scitote quod Dominus ipse est Deus.
f. Ipse fecit nos . et non ipsi nos : nos autem popuîus ejus et oves pascuas ejus
La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap.
EN ce temps-là, Jésus prit à part ses douze disciples, et leur dit : Voilà que nous
Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. xvni.
IN illo tempore : Assumpsit Jésus duodecim, et ait illis : Ecce as23 s Le Dimanche de la Quinquagésime.
cendimus Jerosolymam , et consummabuntur omnia qu£ scripia sunt per Prophetas de Filio hominis. Tradetur enim gentibus. et illudetur, et flagellabitur, et conspuetur ; et. postquam flagellaverint. occident eum. et tertia die resurget. Et ipsi nihil horum intelîexerunt. et erat verbum istud absconditum ab eis, et non intelligebant quae dicebantur. Factum est autem. cum appropinquaret Jéricho . "cs-us quidam sedebat secus viam, mendicans. Et cum audiret turbam prasterauntem , interrogabat quid hoc esset. Dixerunt autem ei . quod Jésus Nazarenus transiret. Et clamavit dicens : Jesu , fili David, miserere mei. Et qui prjeibant increpabant eum ut taceret. Ipse vero mullo magis clamabat : Fili David, miserere mei. Stans autem Jésus, jussii illum adduci ad se. Et cum appropinquasset. interrogavit illum dicens : Quid tibi vis faciam ? At i!le dixit : Domine, ut viieam. Et Jésus dixit iili : Respice. fides tua te salvum fecit. Et confestim vidit, et sequebatur i omnis plebs, ut vidit, dedi
montons à Jérusalem, et que tout ce que les Prophètes ont écrit du Fils de l'homme va s'accomplir. Car il sera livré aux gentils, et moqué, et fouetté, et couvert de crachats ; et après qu'ils l'auront fouetté, ils le tueront, et le troisième jour il ressuscitera. Et ils ne comprirent rien à cela, et cette parole leur était cachée, et ils ne comprenaient point ce qui leur était dit. Comme il approchait de Jéricho, il arriva qu'un aveugle était assis au bord du chemin, demandant l'aumône. Et. entendant passer la foule, il s'enquit de ce que c'était. On lui dit que c'était Jésus de Nazareth qui passait. Et il cria, disant ; Jésus, fils de David, ayez pitié de moi ! Et ceux qui allaient devant le gourmandaient pour le faire taire ; mais il criait plus fort encore : Fils de David, aye^ pitié de moi 1 Jésus alors s'arrètani. commanda qu'on le lui amenât : et lorsqu'il se fut approché, il l'interrogea, disant : Que veux-tu que je te fasse ? Il répondit : Seigneur, qje je voie. Et Jésus lui dit : "N'ois ; c'est ta foi qui t'a sauvé. Et au même instant il vit. et il le suivait, glorifiant Dieu. Et tout le peuple, voyant cela, loua Dieu. Hum, magnificans Deum. Et t laudem Deo.
A la Messe. 23 q
LA voix du Christ annonçant sa douloureuse Passion vient de se faire entendre, et les Apôtres qui ont reçu cette confidence de leur Maître n'y ont rien compris. Ils sont trop grossiers encore pour rien entendre à la mission du Sauveur; du moins ils ne le quittent pas, et ils restent attachés à sa suite. Mais combien sont plus aveugles les faux chrétiens qui, dans ces jours, loin de se souvenir qu'un Dieu a donné pour eux son sang et sa vie, s'efforcent d'effacer dans leurs âmes jusqu'aux derniers traits de la ressemblance divine ! Adorons avec amour la divine miséricorde qui nous a retirés comme Abraham du milieu d'un peuple abandonné, et, à l'exemple de l'aveugle de Jéricho, crions vers le Seigneur, ahn qu'il daigne nous éclairer davantage : Seigneur, faites que je voie ; c'était sa prière. Dieu nous a donné sa lumière ; mais elle nous servirait peu, si elle n'excitait pas en nous le désir de voir toujours davantage. Il promit à Abraham de lui montrer le lieu qu'il lui destinait ; qu'il daigne aussi nous faire voir cette terre des vivants; mais, auparavant, prions-le de se montrer à nous, selon la belle pensée de saint Augustin, afin que nous l'aimions, et de nous montrera nousmêmes, afin que nous cessions de nous aimer.
Durant l'Offertoire, l'Eglise demande pour ses enfants la lumière de vie qui consiste à connaître la loi de Dieu ; elle veut que nos lèvres apprennent à prononcer sa cloctrine et les divins commandements qu'il a apportés du Ciel.
--^0 Le Dimanche de la Quinquagésime.
mine, doce me justificationes tuas : in labiis meis pronuniiavi omnia jadicia oris tui.
Do- \J ous êtes béni. Seigneur; » enseignez-moi votre loi : mes lèvres ont prononcé tous
les commandements de votre bouche.
H.EC hostia. Domine quœsumus. emundet nostra delicta ; et ad sacrificium celebrandum, subditorum tibi corpora, mentesque sarvctificei. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Amen.
QUE cette hostie, Seigneur, efface, s'il vous plaît, nos péchés, et qu'elle sanctifie les corps et les âmes de vos serviteurs, pour célébrer dignement ce Sacrifice. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
On ajoute les autres Secrètes, comme au Dimanche de la Septuagésime, page ib-j.
L'Antienne de la Communion rappelle le souvenir de la manne qui nourrit au désert la postérité d'Abraham ; néanmoins cette nourriture, quoique venue du ciel, ne les empêcha pas de mourir. Le Pain \-ivant descendu du Ciel établit les âmes dans la lumière éternelle, et celui qui le mange dignement ne mourra point.
saturati
ti sunt nimis. et desiderium eorum att'jlit eis Dominus : non sunt fraudati a desiderio suo.
ILS mangèrent, et ils furent pleinement rassasiés, et le Seigneur leur donna ce qu'ils avaient souhaité, et ils ne furent pas frustrés dans leurs désirs.
Ori^L■MUS omnipo- I Uaites, Dieu tout-puissant, lens Deus, ut qui | -'• nous vous en supplions.
A Vêpres.
que nous qui avons reçu l'aliment céleste, nous en soyons fortifiés contre toute adversité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
cœlestia alimenta percepimus, per haec contra omnia adversa muniamur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
On ajoute les autres Postcommunions, comme au Dimanche de la Septuagésime, page i58.
Les Psaumes, le Capitule, VHymne et le Verset ci-dessus, pages 88 et suivantes
ANTIENNE DE Magnificat.
Esus, S étant arrête, commanda qu'on lui amenât l'aveugle, et il lui dit : Que veux-tu que je te fasse ? — Seigneur . que je voie. Et Jésus lui dit : Vois, c'est ta foi qui t'a sauvé. Et au même instant il vit, et il le suivait glorifiant Dieu.
S TANS autem Jésus jussit caecum adduci ad se. et ait illi : Quid vis ut faciam tibi ? Domine, ut videam. Et Jésus ait illi : Respice. fides tua te salvum. fecit.Et confestim vidit, et sequebatur illum. magnificans Deum.
DAIGNEZ. Seigneur, exaucer nos prières dans votre clémence, et après nous avoir dégagés des liens du péché, gardez-nous de toute adversité. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
PRECEs nostras, quaesumus Domine, clementer exaudi ; atque a peccatorum vinculis absolutos, ab omni nos adversitate custodi- Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
ous terminerons cette journée par les strophes suivantes, dans lesquelles l'Eglise
24^ Le Temps de la Septua^ésime,
grecque fait au peuple l'annonce du Carême, qui va ramener les expiations annuelles.
ADVEXIT nunc. ver designans. praepurgatrix hebdomashjecsacrorum iejuniorum. omnino veneranda. corporibus et animabus omnium lucem ministrans.
En reserata est pœnitentiae janua. Dei amatores ; adeste igitur. alacriter ipsam ingrediamur. priusquama Christo nobis velut indignis claudatur.
Puritatem, abstinentiam. et modestiam. et fortitudinem. ac prudentiam. orationes et lacrymascomparemus, fratres. per quœ patet nobis justitiaï semita.
Ne corpori saginando. neque ciborum deliciis incumbamus, mortales. imo vero parcimonia ipsum pinguefaciamus, quo semper in pugnis cum adversario, animje junc:um prsEvaleat. •",
Primum jejunium praevis expiationis animarum et c&rporum nostrorum ortum est hodie. spargens in cordibus nostris, Dei amatores, saELLE est arrivée, annonçant l'approche du printemps, cette semaine de la première purification, semaine vénérable par ses jeiines sacrés, et qui vient apporter la lumière pour le corps et pour l'âme des fidèles.
Elle est ouverte, la porte de la pénitence: arrivez, amis de Dieu, hâtons-nous d'entrer, de peur que le Christ ne nous la ferme comme à des indignes.
O frères, munissons-nous de la pureté, de l'abstinence, de la modestie, de la force, de la prudence, de la prière et des larmes ; c"est par ces vertus que s'ouvrira pour nous le sentier de la justice.
Gardons-nous , mortels , d'engraisser nos corps par des nourritures recherchées : rendons-leur, par l'abstinence, une vigueur véritable, afin que, d'accord avec l'âme, ils soient toujours vainqueurs dans leurs luttes avec l'adversaire.
Aujourd'hui commence le jeûne qui doit purifier d'avance nos âmes et nos corps, et répandre dans nos cœurs, ô amis de Dieu, le souvenir de la sainte et de la vénéLe Dimanche de la Quinquagésime. 243
rable Passion du Christ, comme une lumière éblouissante.
Livrons-nous au jeûne d'un cœur joyeux, ô peuples fidèles ; car voici le commencement des combats spirituels ; rejetons loin de nous la mollesse de la chair ; venons accroître les dons de l'âme ; serviteurs du Christ, souffrons avec lui, afin d'être avec lui glorifiés comme des enfants de Dieu ; et l'EspritSaint habitera en nous et illuminera nos âmes.
Recevons avec ardeur, ô fidèles, le messager divinement inspiré qui vient nous annoncer le jeûne, comme firent autrefois les Ninivites, comme les pécheresses et les publicains accueillirent Jean qui leur prêchait la pénitence. Préparons-nous par l'abstinence à participer au Sacrifice du Seigneur en Sion. 11 doit opérer en nous une purification divine ; lavons d'abord nos âmes dans les larmes. Demandons la grâce de contempler alors la consommation de la Pâque figurative, et la manifestation de la Pâque véritable. Préparons-nous à adorer la Croix et la Résurrection du Christ Dieu, et crions vers lui : Ne nous confondez pas dans notre attente, ô ami des hommes !
crïe et venerandae Christi Passionis, luminis instar, largum splendorem.
Lïeto animo amplectamur jejunium, o populi : advenit siquidem spiritualium certaminum exordium : abjiciamus carnis mollitudinem, animas charismata augeamus, compatiamur, ut servi Christi, quo tamquam filii Dei, conglorificemur,animasque nostras Spiritus Sanctus in nobis inhabitans illuminabit.
Alacriter excipiamus, fidèles, divinitus inspiratum jejunii nuntium, ut olim Ninivitœ. itemque meretrices, et publicani ab Johanne pœnitentias praedicationem acceperunt. Praeparemur per abstinentiam ad participationem Dominici in Sion sacrificii ; prius lacrymis quam divina ejus lotione purgemur, petamus typici ibi Paschatis consummationem, et veri demonstrationem intueri ; parati simus ad Crucis et Resurrectionis Christi Dei adorationem, clamantes ad ipsum : Ne confundas nos ab exspectatione nostra, o philanthrope.
ftlA CtiA <rvlA ftUi CtiA ftlA CtiA CtiA CtlA CtiA ftiA CtiA
i vie du chrétien fidèle que nous avons reconnue dans Abraham , n'est autre chose qu'une marche courageuse par laquelle il se dirige vers le séjour que Dieu lui destine. Il nous faut donc laisser tout ce qui fait obstacle, et ne pas regarder en arrière. Cette doctrine est sévère ; mais pour peu que l'on réfléchisse sur les dangers que court ici-bas l'homme tombé, sur les expériences que chacun de nous a été à même de faire, on cesse de s'étonner que le Sauveur ait placé la condition essentielle de notre salut dans le renoncement à nous-mêmes. Et d'ailleurs, sommes-nous donc si sages et si forts, que nous ne sentions pas qu'il vaut mieux laisser à Dieu l'arrangement de notre vie, que d'en assumer nous-mêmes la conduite ? Au reste, quelles que soient nos réclamations et nos résistances, Dieu est notre. maître, et s'il nous laisse libres de lui résister ou de le suivre, il n'entend pas abdiquer ses droits. Notre refus de lui obéir ne peut compromettre que nous-mêmes.
Il ne tenait qu'à Abraham, après avoir entendu l'appel divin, de rester dans la Chaldée, et de ne pas entreprendre une migration qui déracinait son existence terrestre. Dieu, alors, choisissait un autre homme auquel
Le Lundi de la Quinqiiagésime. 245
serait dévolu l'honneur de devenir le père du peuple choisi, et, ce qui est bien plus, l'ancêtre du Messie. Ces substitutions terribles sont fréquentes dans l'ordre de la grâce. Parce qu'une âme a refusé le salut, ce n'est pas une raison de penser que le ciel perde pour cela un seul de ses élus. Dieu, méprisé par celui qu'il a daigné appeler, se tourne vers un autre qui sera plus docile.
La vie chrétienne est tout entière dans cette dépendance absolue pratiquée jusqu'à la fin. D'abord, cet esprit de soumission retire l'âme du péché et de la mort où elle languissait ; des ténèbres de la Chaldée, il la transporte dans la terre promise Puis, quand l'âme est entrée dans la voie droite. Dieu, craignant qu'elle ne succombe aux périls qu'elle porte en elle-même, la tient en haleine par les sacrifices qu'il exige d'elle. Nous retrouvons encore ici l'exemple d'Abraham pour lumière et pour guide. Cet illustre ami de Dieu reçoit pour recompense la plus magnifique des promesses; un fils en devient le gage, et bientôt Dieu lui-même, pour sonder le cœur du saint Patriarche, lui commande d'immoler ce fils sur lequel reposent tant d'espérances.
Telle est la voie de l'homme sur la terre. Nous ne pouvons sortir du mal que par un effort contre nous-mêmes, et nous ne pouvons nous maintenir dans le bien qu'à la condition d'entreprendre de nouvelles luttes. Elevons donc notre regard, comme Abraham, vers les collines éternelles, et, à son exemple, considérons l'habitation de ce monde comme une tente dressée pour un jour. Le Sauveur
246 Le Temps de la Septiiagésime.
Ta dit : Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive ; je suis venu pour séparer, pour diviser ^ ; nous devons donc compter sur l'épreuve, et puisqu'elle nous est imposée par Celui qui nous a aimés jusqu'à se rendre semblable à nous, reconnaître qu'elle nous est salutaire. Mais il a dit aussi : Où est votre trésor, là est aussi votre cœur-. Chrétiens, pouvons-nous avoir notre trésor en cette terre qui est au-dessous de nous ? ii n'en peut être ainsi. Notre trésor est donc plus haut : quelle main d'homme pourrait nous le ravir ?
Telhs sont les pensées que propose l'Eglise à ses enfants, en ces jours à l'issue desquels nous rencontrerons la sainte Quarantaine. Que notre cœur s'épure donc, et qu'il aspire à Dieu. Les péchés des hommes se multiplient autour de nous, le bruit du scandale retentit jusqu'à notre oreille. Demandons que le règne de Dieu arrive pour nous, et aussi pour ces pécheurs aveugles qui sont ces pierres qu'une puissante miséricorde peut transformer., s'il lui plaît, en enfants d'Abraham. Elle le fait tous les jours; peut-être a-t-elle daigné le faire pour nous qui, comme parle l'Apôtre, u après avoir été loin, sommes maintenant " proche de Dieu, dans le sang de Jésusc Christ 3 ».
PRIONS pour nous et pour tous les pécheurs, en empruntant cette belle formule liturgique au Bréviaire Mozarabe.
1. Matth. X. 34.-2. Ibid. VI, 21.— 3.Eph. 11, i3.
Le Lundi de la Quinquagésime. 24]
Nos péchés, ô Dieu toutpuissant, vous irritent contre nous : daignez vous rendre propice aux prières que vous nous inspirez, et vous laisser apaiser par nos louanges. Dans votre miséricorde, empêchez que les tribulations de ce monde n'abattent notre âme, que des erreurs nuisibles ne l'envahissent, que les ténèbres de l'infidélité ne la circonviennent ; mais que la lumière de votre visage se réfléchisse sur nos âmes, et que, marchant toujours dans sa splendeur, nous soyons stables dans la vraie foi. Amen.
DUM te , omnipotens Deus. nostrœ delinquentiae reddunt adversum, tua inspiratione quaesumus, nostra te invocatio propitium et con fessio faciat esse placatum : ut. te miserante nec tribulatio sœcularis nostrammentem dejic nec persuasionociva possideat,nec infidelitas tene brosa concludat ; sed vultus tui super nos signato lumine fulgeamus. semperque in eodem splendore stabilitate verae ndei gradiamur. Amen.
E principe fondamental de la conduite chrétienne consiste , selon l'Evangile tout entier, à vivre en dehors du monde, à se séparer du monde, à rompre avec le monde. Le monde est cette terre infidèle dont Abraham, notre sublime modèle, s'est éloigné par l'ordre de Dieu ; c'est cette Babylone qui nous retient captifs, et dont le séjour est peur nous si plein de dangers. Le Disciple bien-aimé nous crie • « N'aimez pas le monde et ce qui « est dans le monde ; car celui qui aime le «monde, l'amour du Père n'est pas en « lui 1 ». Le Sauveur si miséricordieux, au moment d'aller offrir son Sacrifice pour tous, dit cette terrible parole : « Je ne prie pas pour '( le monde - ». Nous-mêmes, nous n'avons été marqués du sceau glorieux et ineffaçable du chrétien, qu'après avoir renoncé aux œuvres et aux pom.pes du monde, et nous avons renouvelé plus d'une fois cet engagement solennel.
Que veut dire tout ceci ? Pour être chrétiens, nous faut-il donc fuir dans un désert, et nous isoler de la compagnie de nos semblables ? Telle ne peut pas être pour tous l'intention de Dieu, puisque, dans le même livre où il
Le Mardi de la Quinquagésime. 2 4q
nous ordonne de fuir Iç monde et de n'aimer pas le monde, il nous impose des devoirs envers les hommes, il sanctionne et bénit les liens que la disposition de sa Providence a établis entre eux et nous. Son Apôtre nous avertit d^user de ce monde comme n'en usant pas 1 ; l'usage de ce monde ne nous est donc pas interdit. Encore une fois, que veut dire ceci ? Y aurait-il contradiction dans la doctrine céleste, et sommes-nous condamnés à errer dans les ténèbres sur les bords d'un précipice dans lequel il nous faut inévitablement tomber ?
Il n'en est point ainsi, et tout s'éclaircira dès que nous voudrons considérer attentivement ce qui nous entoure. Le monde, si nous entendons par ce mot les objets que Dieu a créés dans sa puissance et dans sa bonté, ce monde visible, qu'il a fait pour sa gloire et pour notre service, n'est point indigne de son auteur ; et si nous sommes fidèles, il n'est même qu'un ensemble de degrés pour remonter jusqu'à Dieu. Usons-en avec action de grâces ; traversons-le, sans y fixer nos espérances ; ne lui attachons point un amour que nous ne devons qu'à Dieu ; n'y oublions pas nos destinées immortelles, qui ne doivent pas s'y accomplir.
Mais le grand nombre des hommes n'a pas cette prudence ; leur cœur s'arrête en bas, au lieu de s'élever en haut, en sorte que l'auteur du monde ayant daigné le visiter pour le sauver, le monde n'a pas voulu le connaître 2. Alors, le Seigneur a flétri les homI. I Cor. vu, 3l. — 2. JOHAN. I, 10.
25o Le Temps de la Septuagésime.
mes ingrats, en les appelant le monde, leur appliquant ainsi le nom de l'objet de leur convoitise, parce qu'ils ont fermé leurs yeux à la lumière et qu'ils sont devenus t&nèbres.
Le monde, dans ce sens maudit, est donc tout ce qui fait opposition à Jésus-Christ, tout ce qui refuse de le reconnaître, de se laisser conduire par lui. Le monde est cet ensemble de maximes qui tend à éteindre ou à comprimer l'élan surnaturel des âmes vers Dieu, à recommander comme avantageux ce qui captive notre cœur sous les liens âe cette vie fugitive, à blâmer ou à repousser ce qui élève l'homme au-dessus d'une nature imparfaite ou vicieuse, à charmer ou à séduire notre imprudence par l'appât de ces satisfactions dangereuses qui, loin de nous avancer vers notre fin éternelle, ne font que nous donner le change et nous égarer de notre route.
Or, ce monde réprouve est en tous lieux, et il a ses intelligences dans notre cœur. Par le péché, il a pénétré profondément ce monde extérieur que Dieu a fait , il nous faut l'avoir vaincu et abattu sous nos pieds, si nous voulons ne pas périr avec lui. De toute nécessité, il nous faut être ses ennemis ou ses esclaves. Dans les jours où nous sommes, il triomphe ; il voit son empire assuré sur le grand nombre de ceux qui pourtant lui dirent anathème, au jour où ils furent enrôlés dans la milice de Jésus-Christ. Plaignons-les, prions pour eux, tremblons pour nous-mêmes, et, atin que notre cœur ne défaille pas, méditons, il en est temps, ces paroles consolantes du Sauveur au sujet de ses disciples, dans la dernière Cène: « Mon Père, je leur ai donné
Le Mardi de U Quinquagésime^ 25 1
« votre parole, et le monde les a îiais, parce ( qu'ils ne sont pas du monde, et moi-même
X aussi je ne suis pas du monde. Je ne tous
« prie pas de les retirer du monde, mais de « les garder du mal ». »
TEKMucosfs cette journée par cette" formule liturgique de FE^lise Ambrosienne, qui met en r^ard la mneste insouciance des mondains et Tattente formidable des Jugements de Dieu.
{Dominica in Quinquagesima }
LA TÏe présente a ses plaisirs , mais elle passe ; rotte îogenent, 6 Cbrut, est terrible, mais il demeure. Laissoos donc cet aoMmr qne noos portons à ce qni est trompenr; songeons platôti craindre on mal qni est infini, et cricms : O Otrist, irez pitié de nous !
JncmnnDA TÎta et transit : t^- rîbile est, Ckriste. jndiQnapi opter
I. JoHAX. xvn. 14-
1ER le monde s'agitait dans ses plaisirs, les enfants de la promesse eux-mêmes se livraient à des joies innocentes ; dès ce matin, la trompette sacrée dont parle le Prophète a retenti i. Elle annonce l'ouverture solennelle du jeûne quadragésimah le temps des expiations, l'approche'toujours plus imminente des grands anniversaires de notre salut. Levons-nous donc, chrétiens, et préparons-nous à combattre les combats du Seigneur.
Mais, dans cette lutte de l'esprit contre la chair, il nous faut être armés, et voici que la sainte Eglise nous convoque dans ses temples, pour nous dresser aux exercices de la milice spirituelle. Déjà saint Paul nous a fait connaître en détail toutes les parties de notre défense : « Que la vérité, nous a-t-il (' dit, soit votre ceinture, la justice votre cui« rasse, la docilité à l'Evangile votre chausI Voir ci-après l'Epître de la Messe.
Le Mercredi des Cendres. 2^3
« sure, la foi votre bouclier, l'espérance du « salut le casque qui protégera votre tête i )•. Le Prince des Apôtres vient lui-même, qui nous dit ; « Le Christ a souffert dans sa <( chair ; armez-vous de cette pensée - ». Ces enseignements apostoliques, l'Eglise aujourd'hui nous les rappelle ; mais elle en ajoute un autre non moins éloquent, en nous forçant à remonter jusqu'au jour de la prévarication, qui a rendu nécessaires les combats auxquels nous allons nous livrer, les expiations par lesquelles il nous faut passer. Deux sortes d'ennemis sont déchaînés contre nous • les passions dans notre cœur, les démons au dehors ; l'orgueil a fait tout ce désordre. L'homme a refusé d'obéir à Dieu , toutefois, Dieu l'a épargné, mais à la dure condition de subir la mort. Il a dit: <( Homme, tu n'es que poussière, et tu ren« treras dans la poussière ^' ». Oh 1 pourquoi avons-nous oublié cet avertissement? à lui seul il eût suffi pour nous prémunir contre nous-mêmes ; pénétrés de notre néant, nous n'eussions jamais osé enfreindre la loi de Dieu. Si maintenant nous voulons persévérer dans le bien, où la grâce du Seigneur nous a rétablis, humilions-nous i acceptons la sentence, et ne considérons plus la vie que comme un chemin plus ou moins court qui aboutit au tombeau. A ce point de vue, tout se renouvelle, tout s'éclaire. L'immense bonté de Dieu qui a daigné attacher son amour à des êtres dévoués à la mort, nous apparaît plus
2 54 Le Temps de la Septitagésime.
admirable encore ; notre insolence et notre ingratitude envers celui que nous avons bravé, durant ces quelques instants de notre existence, nous semble de plus en plus digne de regrets, et la réparation qu'il nous est possible de faire, et que Dieu daigne accepter, plus légitime et plus salutaire.
Tel est le motif qui porta la sainte Eglise, lorsqu'elle jugea à propos, il y a plus de mille ans, d'anticiper de quatre jours le jeûne quadragésimal, à ouvrir cette sainte carrièreen marquant avec la cendre le front coupable de ses enfants, et en redisant à chacun les terribles paroles du Seigneur qui nous dévouent à la mort. Mais l'usage de la cendre, comme symbole d'humiliation et de pénitence, est bien antérieur à cette institution, et nous le trouvons déjà pratiqué dans Tancienne alliance. Job lui-même, au sein de la gentilité, couvrait de cendres sa chair frappée par la main de Dieu, et implorait ainsi miséricorde, il y a quatre mille ans i. Plus tard, le Roi-Prophète, dans l'ardente contrition de son cœur, mêlait la cendre au pain amer qu'il mangeait "-; les exemples analogues abondent dans les Livres historiques et dans les Prophètes de l'Ancien Testament. C'est que l'on sentait dès lors le rapport qui existe entre cette poussière d'un être matériel que la flamme a visité, et rhomme pécheur dont le corps doit être réduit en poussière sous le feu de la justice divine. Pour sauver du moins l'âme des traits brûlants de la vengeance céleste, le pécheur
1. Job. XVI, i6. — 2. Psalm. ci, lo.
Le Mercredi des Cendres.
courait à la cendre, et reconnaissant sa triste fraternité avec elle, il se sentait plus à couvert delà colère de celui qui résiste aux superbes et veut bien pardonner aux humbles.
Dans l'origine, l'usage liturgique de la cendre, au Mercredi de la Qu'inquagésime, ne paraît pas avoir été appliqué à tous les fidèles, mais seulement à ceux qui avaient commis quelqu'un de ces crimes pour lesquels l'Eglise infligeait la pénitence publique. Avant la Messe de ce )our, les coupables se présentaient à l'église où tout le peuple était rassemblé. Les prêtres recevaient l'aveu de leurs péchés, puis ils les couvraient de cilices et répandaient la cendre sur leurs têtes. Après cette cérémonie, le clergé et le peuple se prosternaient contre terre, et on récitait à haute voix les sept psaumes pénitentiaux. La procession avait lieu ensuite, à laquelle les pénitents marchaient nu-pieds. Au retour, ils étaient solennellement chassés de réglise par l'Evéque, qui leur disait : '< Voici que nous vous chassons de l'enceinte « de l'Eglise, à cause de vos péchés et de « vos crimes, comme Adam, le premier « homme, fut chassé du Paradis à cause de « sa transgression ». Le clergé chantait ensuite plusieurs Répons tirés de la Genèse, dans lesquels étaient rappelées les paroles du Seigneur condamnant l'homme aux sueurs et au travail, sur cette terre désormais maudite. On fermait ensuite les portes de l'église, et les pénitents n'en devaient plus franchir le seuil que pour venir recevoir solennellement l'absolution, le Jeudi-Saint.
Après le xie siècle, la pénitence publique
2 56 Le Temps de la Septiiagésime.
commença à tomber en désuétude ; mais lusage d'imposer les cendres à tous les lidèles, en ce jour, devint de plus en plus général, et il a pris place parmi les cérémonies essentielles de la Liturgie romaine. Autrefois, on s'approchait nu-pieds pour recevoir cet avertissement solennel du néant de l'homme, et, encore au xir siècle, le Pape lui-même, se rendant de l'Eglise de SainteAnastasie à celle de Sainte-Sabine où est la Station, faisait tout ce trajet sans chaussure, ainsi que les Cardinaux qui l'accompagnaient. L'Eglise s'est relâchée de cette rigueur extérieure ; mais elle n'en compte pas moins sur les sentiments qu'un rite aussi imposant doit produire en nous.
Ainsi que nous venons de le dire, la Station , à Rome , est aujourd'hui à SainteSabine, sur le Mont-Aventin. C'est sous les auspices de cette sainte Martyre que s'ouvre la pénitence quadragésimaie.
La fonction sacrée commence par la bénédiction des cendres que l'Eglise va imposer sur nos fronts. Ces cendres sont faites des rameaux qui ont été bénis l'année précédente, au Dimanche qui précède la Pâque. La bénédiction qu'elles reçoivent dans ce nouvel état a pour but de les rendre plus dignes du mystère de contrition et d'humilité qu'elles sont appelées à signifier.
Le chœur chante d'abord cette Antienne, qui implore la divine miséricorde.
EXAUDI nos . Domine. 1 1-^ xaucez-nous , Seigneur , quoniam benigna est 1 1 car votre miséricorde est
Le Mercredi des Cendres.
compatissante ; selon la multitude de vos miséricordes, jetez un regard sur nous, Seigneur.
Ps. Sauvez-moi, ô Dieu, car les eaux ont pénétré jusqu'à mon âme. Gloire au Père Exaucez-nous.
misericordia tua secundum multitudinem miserationum tuarum, respice nos, Domine.
Ps. Salvum me fac, Deus ; quoniam intra verunt aquae usque ad : animam meam. Gloria
I Patri. Exaudi nos.
Le Prêtre, à l'autel, ayant près de lui les cendres mystérieuses, prononce les Oraisons suivantes, par lesquelles il demande à Dieu d'en faire pour nous un moyen de sanctification.
DIEU tout-puissant et éternel, pardonnez au repentir , soyez propice aux supplications , et daignez envoyer du ciel votre saint Ange pour bénir et sanctifier ces cendres, afin qu'elles deviennent un remède salutaire à ceux qui implorent humblement votre saint Nom, qui, reconnaissant leurs péchés, s'accusent eux-mêmes, déplorent leurs méfaits sous les regards de votre divine clémence, et implorent avec ardeur par leurs supplications votre très douce miséricorde. Daignez faire que par linvocation de votre très saint Nom, tous ceux sur lesquels ces cendres seront répandues, pour le rachat de leurs péchés, reçoivent la santé du corps et la protection de
MNIPOTENS sempiterne Deus, parce pcenitentibus , propitiare supplicantibus : et mittere digneris sanctum Angelum tuum de cœlis, qui benedicat, et sanclificet hos cineres. ut sint remedium salubre omnibus Nomen sanctum tuum humiliter implorantibus, ac semetipsos pro conscientia delictorum sunrum accusantibus , ante conspectum divina» clementiae tuae facinora sua deplorantibus, vel seretiissimam pietatem tuam suppliciter obnixeque flagitantibus : et praesta per invocationem sanctissimi Nominis tui : ut quicumque per eos aspersi
58 Le Temps de la Septuagésime.
fuerint, pro redemptione peccatorum suorum. corporis sanitatem et anims tutelam percipiant. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
rame Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
DEUS. qui uGn morîem, sed pœnitentiam desideras peccatorum : fragiliîatem conditionis humanas benignissime re'spice : et hos cineres.quos causa proferendœ humiiitatis. atque promerendas veniffi. capitibus nostris imponi decernimus , benedicere pro tua pletate dignare : ut. qiii nos cinerem esse, et ob pravitatis nostraJemeritum in pulverem reversuros cognoscimus. peccatorum omnium veniam. et prsmia pœnitentibus repromissa. misericorditer consequi mereamjr. Per Christum Dominum nostrum. A- men.
ODiEU, qui ne voulez pas notre mort, mais notre pénitence, considérez avec bonté la fragilité de la condition humaine, et daignez bénir dans votre miséricorde ces cendres que nous voulons recevoir sur nos lètes. en signe d'humilité, et pour mériter le pardon ; afin que. reconnaissant que nous ne sommes que cendre, et que nous devons retourner en poussière, pour la punition de notre malice, nous méritions d'obtenir de votre miséricorde le pardon de tous nos péchés. et les récompenses promises aux pénitents. Par Jésus-Christ notre Seigneur Amen.
^EUS. qui humiliatione flec'eris et satisfactione piacaris : aurem tuae pietatis inclina precibus nostris : et capitibus servorum tuorum, horum cinerum asperMON Dieu, qui vous laissez fléchir par l'humilité et apaiser par la satisfaction, inclinez à nos prières l'oreille de votre miséricorde, et daignez répandre la oyhzs. de votre bénédiction sur les
Le Mercredi des Cendres
têtes de vos serviteurs, lorsqu'elles auront été marquées de ces cendres : remplissez vos fidèles de l'esprit de componction , accordez-leur pleinement les demandes justes qu'ils vous présenteront . affermissez et conservez en eux les faveurs que vous leur aurez accordées Par Jésus-Christ notre Seigneur Ariien.
sione contactis. effunJe propitius gratiam tuae benedictionis ut eos et spiritu compunctionis repleas , et quas juste postulaverint efficaciter tribuas , et concessa perpetuo stabilita et intactr. manere décernas. Per Christum Dominam nostrum. Amen
DIEU tout-puissant et éternel, de qui les Ninivites qui firent pénitence sous la cendre et le cilice reçurent le rem„de et le pardon, daignez accorder à nous qui les imitons dans l'extérieur, d'être comme eux l'objet de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen
OMNIPOTENS sempiterne Deus. qui Ninivitis in cinere et cilicio pœnitentibus indulgentiae tuse remédia praestitisti : concède propitius, ut sic eos imitemur habitu . quatenus veniae prosequamur obtentu. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Après ces Oraisons, le Prctre asperge les cendres avec l'eau bénite, puis il les paVfume avec l'encens. Ces rites étant accomplis, il reçoit lui-mcnie de ces cendres sur la tête par la main du prêtre le plus qualitié dans le clergé qui dessert l'église. Celui-ci les reçoit à son tour du célébrant oui, après les avoir imposées aux ministres de l'autel et au reste du clergé, les distribue au peuple
Lorsque le Prêtre s'approchera pour vous marquer du sceau de la pénitence, acceptez avec soumission Tarrét de mort que Dieu luinicme prononcera sur vous . « Homme, sou26o
Le Mercredi des Cendres.
a viens-toi que tu es poussière, et que tu « rentreras dans la poussière ». Humiliezvous et rappelez-vous que c'est pour avoir voulu être comme des dieux, préférant notre volonté à celle du souverain Maître, que nous avons été condamnés à mourir. Songeons à cette longue suite de péchés que nous avons ajoutés à celui d'Adam, et admirons la clémence de Dieu qui se contentera d'une seule mort pour tant de révoltes. Pendant la distribution des cendres, le chœur chante les deux Antiennes et le Répons ci-après.
IMMUTE MUR habitu, in cinere et cilicio ; jeiunemus et ploremus ante )ominum, quia multum misericors est dimittere peccata nostra Deus noster.
CHANGEONS nos vctements, couvrons-nous de la cendre et du cilice, jeûnons et pleurons devant le Seigneur ; car notre Dieu est tout miséricordieux, et il nous remettra nos péchés.
1NTER vestibulum et aitare plorabunt sacerdotes ministri Domini, et dicent : Parce, Domine; parce populo tuo : et ne claudas ora canentium te. Domine.
ENTRE le vestibule et l'autel, les prêtres ministres du Seigneur pleureront et diront : Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple, et ne fermez pas la bouche de ceux qui chantent vos louanges. Seigneur.
EMENDEMUS in melius 1 TJ éparons les péchés que quae ignoranter pec- 1\ notre aveuglement nous cavimus : ne subito pra;- J a fait commettre, de peur que,
A la Messe.
occupât! die mortis, quseramus spatium pœ- nitentias, et invenire non possimus. ' Attende, Domine, et miserere, quia peccavimus tibi.
surpris tout a coup par !e jour de la mort, nous ne cherchions le temps de la pénitence, sans pouvoir le trouver. ' Regardez-nous. Seigneur, et ayez pitié de nous ; car nous avons péché contre vous.
Ps. Aidez-nous, ô Dieu notre Sauveur . et , pour l'honneur de votre Nom. Seigneur, délivrez-nous. ' Regardez-nous. Gloire au Père. * Regardez-nous.
La distribution des cendres étant terminée, le Prêtre chante l'Oraison suivante :
Ps. Adjuva nos Deus salutaris noster : et propter honoremNominis tui. Domine . libéra nos. * Attende. Gloria Patri. * Attende.
ACCORDEZ-NOUS, Seigneur, de commencer dignement par ce saint jeûne la carrière de la milice chrétienne, afin que, devant combattre les esprits de malice, nous ayons pour défense contre leurs efforts le secours de l'abstinence. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.
CONCEDE nobis , Domine, prassidia militiae christianas sanctis inchoare jejuniis : ut contra spirituales nequitias pugnaturi. continenûs muniamur auxiliis. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
RASSURÉE par l'acte d'humilité qu'elle vient d'accomplir, l'àme chrétienne se laisse aller à la confiance envers le Dieu de miséricorde. Elle ose lui rappeler son amour pour les hommes qu'il a crées, et la longanimité avec laquelle il a daigné attendre leur retour
2b.
Le Mercredi des Cendres.
à lui. Ces sentiments sont le sujet de l'Introït, dont les paroles sont empruntées au livre de la Sagesse.
Vous avez pitié de tous, Seigneur, et vous ne haïssez aucun de ceux que vous avez faits : vous dissimulez les péchés des hommes pour leur laisser le temps de la pénitence, et vous leur pardonnez ; car vous êtes le Seigneur notre Dieu.
Ps. Avez pitié de moi, 6 Dieu, ayez pitié de moi ; car mon âme se confie en vous. Gloire au Père. \'^ous avez pitié de tous.
Dans la Collecte, l'Eglise demande pour ses enfants que la salutaire pratique du jeûne soit par eux accueillie avec empressement, et qu'ils y persévèrent pour le bien de leurs âmes.
MisERERis omnium . Domine, et nihil odisti eorum quœ fecisti. dissimuians peccata hominum propter pcenitentiam. et parcens illis : quia tu es Dominus Deus noster.
Ps. Miserere mei. Deas. miserere mei : quoniam in te confidit anima mea. Gloria Patri. Misereris.
P.EST.4. Domine. delibus tuis. ut jei'jniorum veneranda solerania, et congrua pietate suscipiant. et secura devotione percurrant. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
fiACCORDEZ. :5eigneur. à vos fidèles d'accepter avec une piété sincère la solennité vénérable de ces jeiànes,et d'en fournir la carrière avec une dévotion que rien ne puisse troubler. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
ACUN'CTis nos, quass u m u s Domine,
PRÉSERVEZ-NOUS, s'il VOUi plait. Seigneur, de tous
A la Messe.
les périls de l'âme et du corps ; et vous laissant fléchir par l'intercession de la bienheureuse et glorieuse Mère de Dieu Marie toujours Vierge, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. [on nomme ici le Patron de l'Eglise) et de tous les Saints . accordez-nous dans votre bonté le salut et la paix, afin que toute- les erreurs et les adversités étant écartées, votre Eglise vous serve dans une liberté tranquille.
mentis et corporis défende periculis : et intercedente beata et gloriosa semperque Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph, beatis Apostolis tuis Petro et Paulo, atque beato N. et omnibus Sanctis, salutem nobis tribue benignus et pacem ; ut, destructis adversitatibus et erroribus universis, Ecclesia tua secura tibi serviat libertate.
DIEU tout-puissant et éternel, qui régnez sur les vivants et sur les morts, et qui répandez votre miséricorde sur tous ceux que vous savez devoir se donner à vous par la foi et par les œuvres : nous vous supplions d'accorder dans votre bonté et votre clémence et par l'intercession de tous vos Saints, le pardon des péchés à ceux pour qui nous allons répandre devant vous nos prières, soit que le siècle présent les retienne encore dans la chair, soit que. ayant déposé leurs corps, ils soient déjà entrés dans le siècle futur. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
MNIPOTEXS sempiterne Deus. qui vivorum dominaris simul et mortuorum, omniumque misereris, quos tuos fide et opère futuros esse prsenoscis : te supplices exoramus: ut pro quibus e£Fundere preces decrevimus, quosque vel prxsens saeculum adhuc in carne retinet. v;! futurum jam exutos corpora suscepit. intercedentibus omnibus Sanctis tuis, pietatis \ux clementia, omnium delictorum suorum veniara consequantur. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
Le Mercredi des Cendres.
Lectio Joelis Prophetae. Cap II
Hxc dicit Dominus : Convertimini ad me in loto corde vestro. in iejunio, et in fletu, et in planctu- Et scindite corda vestra, et non vestimenta vestra, et convertimini ad Dominum Deum vestrum : quia benignus et misericors est, patiens et multas miseri - cordiae, et praestabilis super malitia Quis scit si convertatur et ignoscat, et relinquaî post se benedictionem^ sacrificium et libamen Domino Deo vestro ? Canite tuba in Sion, sanctificate jejunium. vocate cœtum, congregate populum , sanctificate Ecclesiam . coadunate senes, congregate par\'ulos et sugentes ubera egrediatur sponsus de cubili suo, et sponsa de thalamo suo. Inter vestibulum et aitare plorabunt sacerdotes ministri Domini, et dicent Parce, Domine, parce populo tuo * et ne des haereditatem tuam in opprobrium. ut dominentur eis nationes. Quare dicunt in populis ' Ubi est Deus eorum PZelatus
Lecture du Prophète Joël.
VOICI ce que dit le Seigneur : Convertissezvous à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, dans les larmes et dans les gémissements. Déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu ; car il est bon et compatissant, patient et riche en miséricorde, et sa bonté surpasse notre malice. Qui sait s'il ne se retournera pas vers vous, s'il ne vous pardonnera pas, et s'il ne laissera pas après lui la bénédictiorL, afin que vous présentiez au Seigneur votre Dieu des sacrifices et des offrandes? Sonnez de la trompette dans Sion. publiez la sainteté du jeiine, convoquez l'assemblée, réunissez le peuple, avertissez-le qu'il se purifie ; faites venir les vieillards ; amenez les enfants, même ceux qui sont encore à la mamelle. Que l'époux sorte de sa couche, et l'épouse de son lit nuptial. Que les prêtres et les ministres du Seigneur pleurent entre le vestibule et l'autel, qu'ils disent : « Pardonnez, Seigneur, pardonnez à votre peuple : et ne livrez pas votre héritage à l'opprobre, en laissant dominer sur
.4 la Messe.
est Dominus terrain suam. et pepercit populo suo. Et respondit Dominus, et dixit populo suo Ecce ego mittam vobis frumentum, et vinum. et oleum.et replebimini eis et non dabo vos ultra opprobrium in gentibus dicit Dominus omnipotens
lui les nations. Laisserezvous dire par les peuples « Où est leur Dieu } « Le Seigneur a été ému de compassion pour sa terre, et il a pardonné à son peuple. Et le Seigneur a répondu à son peuple : «t Voici que je vais vous envoyer du froment, du vin et de l'huile, et vous en serez rassasiés, et je ne vous abandonnerai plus aux insultes des nations », dit le Seigneur tout-puissant.
CE magnifique passage du Prophète nous révèle l'importance que le Seigneur attache à l'expiation par le jeûne. Quand l'homme contrit de ses péchés afflige sa chair, Dieu se laisse fléchir. L'exemple de Ninive Ta prouvé ; et si le Seigneur pardonna à une ville infidèle, par cela seul que ses habitants imploraient sa pitié sous les livrées de la pénitence, que ne fera-t-il pas en faveur de son peuple, qui sait joindre à l'immolation du corps le sacrifice du cœur ? Entrons donc avec courage dans la voie de la pénitence ; et si l'affaiblissement des sentiments de la foi et de la crainte de Dieu semble faire tomber autour de nous des pratiques qui sont aussi anciennes que le christianisme, et sur lesquelles il est pour ainsi dire fondé, gardons-nous d'abonder dans le sens d'un relâchement qui a porté un terrible préjudice à l'ensemble des mœurs chrétiennes. Songeons surtout à nos engagements personnels avec la justice divine, qui ne nous remettra nos fautes et les peines qu'elles méritent,
n.F,f,
Le Mercredi des Cendres.
qu'autant que nous nous montrerons empressés à lui offrir la satisfaction à laquelle elle a droit. Nous venons de l'entendre : notre corps que nous flatterions n'est que cendre et poussière, et notre àme, que nous serions si souvent portés à lui sacrifier, a des droits à réclamer contre lui.
L"Eglise. dans le Graduel, continue d'épancKer les sentiments de sa confiance envers le Dieu de toute bonté : elle se flatte que ses enfants seront fidèles aux mo\-ens qu'elle leur propose pour le désarmer.
Le Trait est cette belle prière de David, que l'Eglise répète trois fois par semaine, dans le cours du Carême, et qu'elle emploie pour désarmer la colère de Dieu dans les temps de calamités.
ISERERE msri Deus. miserere mei : quoniam in te confidil anima mea.
t. Misit de cœlo. et liberavit me : dédit in opprùbrium conculcanîes me.
AYEZ pitié de moi. ô mon .** Dieu, ayez pitié de moi ; car mon àme se confie en
f. Le Seigneur m'a envoyé du ciel un secours, et il m"a délivré ; il a couvert de confusion ceux qui me foulaient aux pieds.
OMIXE. non s£
cata nostra. qua? fecimus nos : neque secundum iniquiiates nostras rétribuas nobis.
t Domine, ne memiEIGNEUR . ne nous traitez pas selon les péchés que nous avons commis, et ne nous rendez pas selon nos iniquités.
f. Seigneur, ne vous sonA la Messe.
venez plus de nos iniquités passées ; que vos miséricordes se hâtent de nous prévenir ; car nous sommes réduits à une extrême misère.
f. Secourez-nous, 6 Dieu notre Sauveur, et pour la gloire de votre Nom, délivrez-nous, Seigneur, et pardonnez-nous nos péchés, à cause de votre Nom.
neris miquitatum nostrarum antiquarum : cito anticipent nos misericordias tuse, quia pauperes facti sumus nimis.
f. Adjuva nos, Deus Salutaris noster : et propter gloriam Nominis tui, E>omine, libéra nos : et propitius esto peccatis nostris, propter Nomen tuum.
La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap.
EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme les hypocrites; car ils se font un visage pâle et défait, afin que les hommes s'aperçoivent qu'ils jeûnent. Je vous le dis en vérité: Ils ont reçu leur récompense. Mais vous , lorsque vous jeûnez, parfumez-vous la tête et lavez votre v-isage, afin qu'il ne paraisse pas aux hommes que vous jeûnez , mais seulement à votre Père qui est présent dans le secret, et votre Père qui voit dans le secret vous le rendra. Ne vous amassez point de trésors sur la terre, où la rouille et les vers les consument, et où les voleurs fouillent et les dérobent. Mais amassez-vous dos trésors dans le ciel, où il
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. vi.
IN il!o tempore : Dixit Jésus discipulis suis : Cum jejunatis , nolite fieri sicut hypocritœ tristes. Exterminant enim faciès suas, ut appareant hominibus jejunantes. Amen dico vobis quia receperunt mercedem suam. Tu autem cum jejunas, unge capul tuum, et faciem tuam lava, ne videaris hominibus jejunans, sed Patri tuo, qui est in abscondito : et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi. Nolite thesaurizare vobis thesauros in terra : ubi c-erugo, et tinea demolitur ; et ubi fures effodiunt , et furantur. Thesaurizate autem vobis thesauros in cœlo
Le Mercredi des Cendres.
ubi neque aerugo, neque tinea demolitur ; et ubi fures non efFodiunt. nec furantur. Ubi enim est thésaurus tuus, ibi est et cor tuum.
n'y a ni rouille ni vers qui les consument, et où les voleurs ne fouillent ni ne dérobent. Car, où est votre trésor , là est aussi votre cœur.
NOTRE Seigneur ne veut pas que nous recevions l'annonce du jeûne expiatoire comme une nouvelle triste et affligeante. Le chrétien qui comprend combien il est dangereux pour lui d'être en retard avec la justice de Dieu, voit arriver le temps du Carême avec joie et consolation. Il sait à l'avance que s'il est fidèle aux prescriptions de l'Eglise, il allégera le fardeau qui pèse sur lui. Ces satisfactions, si adoucies aujourd'hui par l'indulgence de l'Eglise, étant offertes à Dieu avec celles du Rédempteur lui-même, et fécondées par cette com.munauté qui réunit en un faisceau de propitiation les saintes œuvres de tous les membres de l'Eglise militante, purifieront nos âmes et les rendront dignes de participer aux joies si pures de la Pâque. Ne soyons donc pas tristes de ce que nous jeûnons; soyons-le seulement d'avoir, par le péché, rendu notre jeûne nécessaire. Le Sauveur nous donne un second conseil que l'Eglise nous répétera souvent dans tout le cours de la sainte Quarantaine : celui de joindre l'aumône aux privations du corps. Il nous engage à thésauriser, mais pour le ciel. Nous avons besoin d'intercesseurs : cherchons-les parmi les pauvres.
Dans l'Offertoire, l'Eglise chante ^ notre délivrance. Elle se réjouît de voir déjà guéA la Messe.
2dr,
ries les plaies de nos âmes; car elle compte sur notre persévérance,
JE vous gneur ;
tOUS glorifierai. Seicar vous m avez relevé, et vous n'avez pas réjoui mes ennemis de ma ruine. Seigneur, j'ai crié vers vous, et vous m'avez guéri.
EXALTABO te, Domine, quoniam suscepisti me, nec delectasti inimicos meos super me : Domine, clamavi ad te, et sanasti me.
D.4IGNEZ, Seigneur , nous rendre dignes de vous offrir, comme nous le devons, ces dons sacrés, par l'oblation desquels nous célébrons l'ouverture solennelle de ce temps plein de mystères. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
FAC nos , quaesumus Domine, his muneribus offerendis convenienter aptari : quibus ipsius venerabilis sacramenti celebramus exordium . Per Dominum nostrum Jesum Chris-- tum. Amen.
Dieu notre Sauveur, et, par la vertu de ce Sacrement, défendez-nous de tous les ennemis de l'àme et du corps, nous accordant votre grâce en cette vie. et votre gloire en l'autre.
XAUDi nos, Deus Saper hujus Sacramenti virtutem. a cunctis nos mentis et corporis hostibus tuearis, gratiam tribuens in praesenti, et gloriam in futuro.
ODiEiî, qui seul connaissez le nombre des élus à qui vous devez donner place dans la céleste béatiDEUS, cui soli cognitus est numerus electorum in superna felicitate locandus : tribue
Le Mercredi des Cendres.
quaesumus. ut intercedentibus omnibus Sanctis tuis, universorum , ques ia oratione commendatos suscepimus, et omnium fidelium nomina, beats prjedestinationis liber adîcripta retineat. Per Dominum nosirum Jesum Christum. Amen.
tude. accordez, par l'intercession de tous vos Saints, que les noms de tous ceux que nous avons résolu de vous recommander dans notre prière, ainsi que les noms de tous les fidèles . demeurent écrits dans le livre de la bienheureuse prédestination. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
L'Eg^lise commence aujourd'hui Tusage de la Préface quadragésimale.
VERE dignum et justum est, atquum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte , Pater omnipotens. aeterne Deus ; qui corporali jejunio vitia comprimis. mentem élevas, virtutem largiris et praemia : per Christum Dominum nosirum. Per quem majestatem tuam laudant Angeli. adorant Dominationes, tremunl Potestates. Coeli. cœlorumque \ irtutes, ac beata Seraphim, socia essultatione concélébrant. Cum quibus et nostras voces ut admilti jubeas deprecamur. supplici confessione dicentes : Sanctus , Sanctus. Sanctus.
OUI, c'est une chose digne et juste, équitable " et salutaire, de vous rendre grâces en tout emps et en tous lieux , Seigneur saint, Père tout-puissant . Dieu éternel, qui par le jeiine auquel vous assujettissez nos corps, comprimez la source de nos vices, élevez nos âmes, donnez la force et assurez la récompense ; par JésusChrist notre Seigneur. C'est par lui que les Anges louent votre Majesté, que les Dominations l'adorent, que les Puissances la révèrent en tremblant, que les Cieux et les ^'ertus des cieux la célèblent avec transport. Daignez permettre à nos voix de s'unir à leurs voix, afin que nous puissions dire dans une humble confession : Saint ! , Saint I Saint!
A la Messe.
Les paroles que TEglise fait entendre dans l'Antienne de la Communion sont un conseil important qu'elle nous donne. Durant cette longue carrière, nous aurons besoin de soutenir notre courage; méditons la loi du Seigneur et ses mystères. Si nous goûtons la Parole de Dieu que l'Eglise nous proposera chaque jour, la lumière et l'amour iront toujours croissant en nos cœurs, et lorsque le Sauveur sortira des ombres du sépulcre, ses clartés se rétléchiront sur nous.
CELUI qui méditera jour et nuit la loi du Seigneur, portera son fruit en son temps.
QUI meditabitur in lege Domini dieac nocte, dabit fructum suum in tempore suc.
QUE les Sacrements auxquels nous avons participé nous donnent, Seigneur, le secours qui est nécessaire, afin que nos jeijnes vous soient agréables et servent à notre guërison. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.
PERCEPTA nobis, Domine, prjebeant Sacramenta subsidium : ut tibi grata siut nostra jejunia. et nobis proficiant ad medelam. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
OUE l'oblation du divin Sacrifice nous purifie et nous protège. Seigneur, nous vous en supplions : et, par l'intercession de la bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, de vos bienheureux Apôtres
MUNDExet muniat nos, quaesumus Domine, divini Sacramenti munus oblatum : et intercedente beata Virgine Dei Génitrice Maria, cum beato Joseph . beatis Apostolis tuis Petro et
Le Mercredi des Cendres.
Paulo, atque beato A^ et omnibus Sanctis. a cunctis nos reddat et perversitatibus expiâtes , et adversitatibus expeditos.
Pierre et Paul, du bienheureux iV. {on nomme ici le Saint titulaire de l'Eglise) e de tous les Saints, qu'elle soit pour nous l'expiation de tous nos péchés, et la délivrance de tcmte adversité.
PURIFICENT nos, quaesumus oranipotens et misericors Deus, Sacramenta quae sumpsimus : et intercedentibus omnibus Sanctis tuis , prîesta ut hoc tuum Sacramentum non sit nobis reatus ad pœnam, sed intercessio salutaris ad veniam : sit ablutio scelerum, sit fortitudo fragilium, sit contra omnia mundi pericula firmamentum : sit vivorum atque mortuorum fidelium remissio omnium delictorum. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
PLRIFIEZ-Nous. ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, par les Sacrements que nous avons reçus, et faites, par l'intercession de tous vos Saints, que votre Sacrement ne soit pas en nous un crime digne de châtiment, mais une intercession puissante pour le pardon ; qu'il elTace nos péchés, qu'il soit notre force dans notre fragilité, et notre défense contre tous les dangers du monde : qu'il opère dans les fidèles vivants et défunts la rémission de toutes leurs fautes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Tous les jours du Carême, excepté les Dimanches, avant de congédier l'assemblée des fidèles, le Prêtre prononce sur eux une Oraison particulière, qui est toujours précédée de cet avertissement solennel :
VMILIATE capitj
tra Deo.
Di
MILIEZ vos têtes devant
A la Messe.
REGARDEZ. Seigneur, d'un œil favorable, ceux qui se prosternent devant votre Majesté ; afin que, rassasiés de votre don divin, ils se sentent toujours nourris par ce secours céleste. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.
mine, majestati tuœ, propitius intende : ut qui divino munere sunt refecti, cœlestibus semper nutriantur auxiliis. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.
l8
^lEN que la loi du jeûne pèse sur nous depuis hier, nous ne sommes cependant pas encore entrés dans le Carême proprement dit, dont la solennité ne s'ouvrira que samedi prochain, à \'êpres. C'est atin de distinguer du reste de la sainte Quarantaine ces quatre jours surajoutés, que l'Eglise continue d'y chanter les Vêpres à l'heure ordinaire, et permet à ses ministres de rompre le jeûne avant d'avoir satisfait à cet Office. A partir de samedi, il en sera autrement. Chaque jour, à l'exception du Dimanche, lequel n"admet pas le jeûne, les \'èpres des fériés et des fêtes seront anticipées, en sorte qu'à l'heure où les fidèles prendront leur repas, l'Office du soir sera déjà accompli. C'est un dernier souvenir des usages de l'Eglise primitive; autrefois les fidèles ne rompaient pas le jeûne avant le coucher du soleil, auquel correspond l'Office des Vêpres.
La sainte Eglise a distingué ces trois jours qui suivent le'.Mercredi des Cendres, en leur assignant à chacun une lecture de l'Ancien Testament, et une autre du saint Evangile, pour être faites à la Messe. Nous reproduisons ici ces lectures, en les accompagnant de quelques réflexions, et en les faisant précéder de la Collecte de chaque jour.
Le Jeudi après les Cendres. 2 y 5
La Station à Rome est aujourd'hui dans, l'Eglise de Saint-Georges-au-Voile-d'Or.
ODiEU, que le péché offense et que la pénitence
apaise, écoutez dans votre clémence les prières et les supplications de votre peuple, et daignez détourner les fléaux de votre colère que nos péchés ont mérités. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
DEUS, qui culpa offend e r i s , pœnitentia placaris : preces populi tui supplicantis propitius respice : et flagella tuïe iracundias quaî pro peccatis nostris meremur, averte. Per Christum Dominum nostrum . Amen.
Lecture du Prophète Isaïe.
EN ces jours-là, Ezéchias fut malade jusqu'à la mort, et le prophète Isaïe, fils d'Amos . l'étant venu trouver, lui dit : Voici ce que dit le Seigneur : Donne ordre aux affaires de ta maison, car tu vas mourir, et tu ne vivras plus. Et Ezéchias tourna son visage vers la muraille, et priant le Seigneur, il dit : Souvenez-vous, je vous prie, Seigneur, que j'ai marché devant vous dans la vérité et avec un cœur parfait, et que j'ai fait ce qui est bon à vos yeux. Et Ezéchias pleura avec abondance. Et le Seigneur parla à Isaïe et lui dit : Va, et dis à Ezéchias : Voici ce que dit le Seigneur Dieu de David ton père : J'ai enLectio Isaiae Prophetae. Cap. xxxviii.
IN diebus illis : .^Egrotavit Ezéchias usque ad mortem : et introivit ad eum Isaias filius Amos Propheta, et dixit ei : Haec dicit Dominus : Dispone domui tuae, quia morieris tu, et non vives. Et convertit Ezéchias faciem suam ad parietem, et oravit ad Dominum, et dixit : Obsecro, Domine, mémento, qua?- so, quomodo ambulaverim coram te in veritate, et in corde perfecto, et quod bonum est in oculis tuis fecerim. Et flevit Ezéchias fletu magno. Et factum est verbum Domjni ad Isaiam dicens : Vade, et die Ezechiae :
2-6 Le Temps de la Septuagésime.
tendu ta prière et j'ai vu tes larmes. Voici que j'ajouterai encore quinze années à tes jours, et j'arracherai de la main du roi des Assyriens toi et cette ville, et je la protégerai, dit le Seigneur toutpuissant.
,Ha2c dicit Dominus Deus David patris tui : Audivi orationem tuam. et vidi lacrymas tuas : ecce ego adjiciam super dies tuos quindecim annos : et de manu régis Assyriorum eraam te. et civitatem istam. et protegam eam. ait Dominus omnipotens. !
1ER, l'Eglise nous remettait devant les yeux la certitude de la mort. Nous mourrons : la parole de Dieu y est engagée, et il ne saurait venir dans l'esprit à un homme raisonnable que sa personne puisse être l'objet d'une exception. Mais si le fait de notre mort est indubitable, le jour auquel il nous faudra mourir n'est pas moins déterminé. Dieu juge à propos de nous le cacher, dans les motifs de sa sagesse; c'est à nous de vivre de manière à n'être pas surpris. Ce soir, peut-être, on viendra nous dire comme àEzéchias : « Donne ordre aux affaires de ta « maison; car tu vas mourir ». Nous devons vivre dans cette attente ; et si Dieu nous accordait une prolongation de vie comme au saint roi de Juda, il'faudrait toujours en venir tôt ou tard à cette heure suprême, passé laquelle il n'y a plus de temps, mais l'éternité. En nous faisant ainsi sonder la vanité de notre existence, l'Eglise veut nous fortifier contre les séductions'du présent, afin que nous soyons tout entiers à cette œuvre de régénération pour laquelle elle nous prépare depuis bientôt trois semaines. Combien de chrétiens ont reçu hier la cendre sur la tête,
Le Jeudi après les Cendres.
et qui ne verront pas ici-bas les joies pascales ! La cendre a été pour eux une prédiction de ce qui doit leur arriver, avant un mois peut-être. Ils n'ont cependant pas entendu la sentence en d'autres termes que ceux qu'on a prononcés sur nous-mêmes. Ne sommes-nous pas du nombre de ces victimes vouées à une mort si prochaine ? Qui de nous oserait affirmer le contraire ? Dans cette incertitude, acceptons avec reconnaissance la parole du Sauveur qui est descendu du ciel pour nous dire : Faites pénitence ; car le Royaume de Dieu est proche \
La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. vni.
EN ce temps-là, Jésus étant entré dans Capharnaiim. un centurion s'approcha de lui. et lui fit cette prière. disant : Seigneur, mon serviteur est chez moi, malade au lit d'une paralysie, et il en souffre beaucoup. Et Jésus lui dit ; .lirai et ie le guérirai. Et le centurion lui répondant, dit : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. Car quoique je sois un homme soumis à d'autres, ayant néanmoins des soldats sous moi, quand je dis à l'un:
SequcQ'ia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. viii.
IN illo tempore : Cum introisset Jésus Capharnaum, accessit ad eum centurie, rogans eum et dicens : Domine, puer meus jacet in domo paralyticus, et maie torquetur. Et ait illi Jésus : Ego veniam, et curabo eum. Et respondens centurio, ait : Domine, non sum dignus ut intres sub tectum meum ; sed tantum die verbo, et sanabitur puer meus. Nam et ego homo sum sub potestate consîitutus, habens sub me milites, et dico huic : Vade, et vadit ; et
I. Matth. IV, 17.
alii : Veni, et venit ; et servo meo : Fac hoc, et facil. Audiens autem Jésus miratus est, et sequentibus se dixit : Amen dico vobis, non inveni tantam fidem in Israël. Dico autern vobis, quod multi ab Oriente et Occidente venient, et recumbent cura Abraham, et Isaac, et Jacob in règne cœlorum ; filii autem regni ejicientur in tenebras exteriores : ibi erit fletus et stridor dentium. Et dixit Jésus centurioni : Vade, et sicut credidisti, fiât libi. Et sanatus est puer in illa hora.
Va là, il y va ; et à l'autre : Viens ici, il y vient : et à mon serviteur : Fais cela, il le fait. Or, Jésus entendant ces paroles, fut dans l'admiration, et il dit à ceux qui le suivaient : En vérité, je vous le dis, je n'ai pas trouvé une si grande foi en Israël. Aussi je vous le déclare, beaucoup viendront de l'Orient et de l'Occident, et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux : tandis que les enfants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures, où il y aura pleur et grincement de dents. Et Jésus dit au centurion : Va, et comme tu as cru, qu'il te soit fait. Et le serviteur fut guéri à l'heure même.
LES saintes Ecritures, les Pères et les Théologiens catholiques distinguent trois sortes d'oeuvres de pénitence : la prière, le jeûne et l'aumône. Dans les lectures qu'elle nous propose, durant ces trois joursqui sontcomme l'entrée du Carême, la sainte Eglise veut nous instruire sur la manière d'accomplir ces_ différentes œuvres; aujourd'hui, c'est la prière qu'elle nous recommande. Voyez ce centurion qui vient implorer auprès dû Seigneur la guérison de son serviteur. Sa prière est humble; c'est du fond de son cœur cqu'il se )uge indigne de recevoir la visite de Jésus. Sa prière est pleine de foi; il ne doute pas un instant que le Seigneur ne puisse lui acLe Jeudi a^res les Cendres. 2~g
corder l'objet de sa demande. Avec quelle ardeur il la présente ! La foi de ce gentil surpasse celle des enfants d'Israël, "et mérite l'admiration du Fils de Dieu. Ainsi doit être notre prière , lorsque nous implorons la guérison de nos âmes. Reconnaissons que nous sommes indignes de parler à Dieu, et cependant insistons avec une foi inaltérable dans la puissance et dans la bonté de celui qui n'exige de notre part la prière qu'afin de la récompenser par l'effusion de ses miséricordes. Le temps où nous sommes est un temps de prière; l'Eglise redouble ses supplications; c'est pour nous qu'elle les offre; ne la laissons pas prier seule. Déposons en ces jours cette tiédeur dans laquelle nous avons langui, et souvenons-nous que si nous péchons tous les jours, c'est la prière qui répare nos fautes, et qui nous préservera d'en commettre de nouvelles.
HUMILIEZ vos têtes devant I tjUMILiate capita Dieu. I ri v<
PARDONNEZ, Seigneur, pardonnez à votre peuple, afin qu'après avoir été châtié comme il le méritait par vos fléaux, il respire ennn sous votre miséricorde. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.
■estra Deo.
PARCE, Domine, parce populo tuo, ut dignis flagellationibus castigatus, in tua miseratione respiret. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
v3 'JIo OItl :^ fi>
i Station de ce jour est à l'Eglise des saints Martyrs Jean et Paul.
IN'CHOATA jejunia, quassumus Domine, benigno favore prosequere : ut observantiam. quara corporaiiter exhibemus. mentibus etiam sinceris exercere valeamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
FAVORISEZ dans votre bonté. Seigneur, les jeûnes dont nous avons commencé le cours : afin que, remplissant dans nos corps celte observance, nous puissions aussi l'exercer d'un cœur sincère. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
Lectio Isaise Prophetaî. Cap. Lvin.
HJEC dicit Dominus Deus : Clama, ne cesses ; quasi tuba, exalta vocem tuam, et annuntia populo meo scelera eorum, et domui Jacob peccata eorum. Me etenim de die in diem quasrunt, et scire vias meas volunt : quasi gens quas justitiam fecerit. et judicium Dei sui non dereliquerit : rogant me judicia justitiae : appropinquare
Lecture du Prophète Isaïe. Chap. Lvni.
VOICI ce que dit le Seigneur Dieu : Crie, ne cesse de crier ; fais retentir ta voix comme la trompette, et annonce à mon peuple les crimes qu'il a commis, et à la maison de Jacob les péchés dont elle est coupable. Car ils me cherchent tous les jours, et ils témoignent vouloir connaître mes voies, comme un peuple qui eût agi selon la justice, et qui n'eût point abandonné la loi de
son Dieu. Us me demandent la règle de la justice, et ils veulent s'approcher de Dieu Pourquoi avons-nous jeûné, disent-ils, et vous ne nous avez pas regardés ? Pourquoi avons-nous humilié nos ànies, et vous ne l'avez pas su ? — C'est que, au jour même de votre jeûne, votre mauvaise volonté persistait toujours. et que vous êtes encore sans pitié pour vos débiteurs. Vous ne jeûnez que pour plaider et pour disputer, et vous frappez du pcing sans miséricorde. Ne jeûnez plus en la manière que vous l'avez fait jusqu'à ce jour, en faisant retentir vos clameurs jusqu'au ciel. Le jeûne que je demande consiste-t-il en ce qu'un homme afflige son âme pendant une journée, en ce qu'il penche la tête comme s'il formait un cercle, en ce qu'il prenne le sac et la cendre ? Est-ce là ce que vous appelez un jeûne et un jour agréable au Seigneur ? Le jeûne que j'approuve, n'estce pas plutôt celui-ci ? Déliez les nœuds de l'impiété ; déchargez-vous des fardeaux qui vous accablent ; renvoyez libres ceux qui sont opprimés ; brisez tout joug qui charge les autres. Rompez votre pain à celui qui a faim. et faites entrer dans votre maison les pauvres et ceux qui n'ont pas d'asile. LorsDeo volunt. Quare jejunavimus. et non aspexisli : humiliavimus animas nostras, et nescisti ? Ec ce in die jejunii vestri invenitur \oluntas vestra, et omnes debitores vestros repetitis. Ecce ad lites et contentiones jejunatis. et percutitis pugno impie, Nolite jejunare sicut usque ad hanc diem. ut audiatur in excelso clamor vester. Numquid taie est jejunium, quod elegi, per diem affligere hominem animam suam ; numquid contorquere quasi circulum caput suum. et saccum et cinerem sternere ; numquid istud vocabis jejunium. et diem acceptabilem Domino ? Nonne hoc est magis jejunium. quod elegi? dissolve coUigationes impieta-tis. solve fasciculos deprimentes. dimitte eos qui ccnfracti 'sunt liberos, et omne onus disrumpe. Frange esurienti panem îuum. et egenos vagosque indue in domum tuam : cum videris nudum, operi eum. et carnem tuam ne despexeris. Tune erumpet quasi mane lumen tuum, et sanitas tua citius orietur, et anteibit faciem tuam juslitia tua. et gloria Dos 2 Le Temps de la Septuagésime,
mini colliget te Tune invocabis. et Dominas exaudiet ■ clamabis. et dicet : Ecce adsum, quia misericors sum, Dominas Deus tuus.
que vous verrez un homme nu, couvrez-le, et ne méprisez point celui qui est votre propre chair. Alors votre lumière éclatera comme le point du jour, et vous recouvrerez bientôt Votre santé, et votre justice marchera devant vous, et la gloire du Seigneur vous protégera. Alors vous invoquerez le Seigneur, et il vous exaucera ; vous crierez, et il dira Me voici , car je suis miséricordieux, moi le Seigneur votre Dieu
ES dispositions dans lesquelles le jeûne doit être accompli, tel est l'objet de la lecture que nous venons de taire dans le prophète Isaïe C'est le Seigneur luimême qui parle, le Seigneur qui lui-même avait prescrit le jeûne à son peuple. Il déclare que le jeûne des aliments matériels n'est rien à ses yeux, si ceux qui s'y livrent n'arrêtent pas enfin le cours de leurs iniquités Dieu exige le sacrifice du corps , mais il ne peut l'accepter, si celui de l'âme n'est pas offert en même temps Le Dieu vivant ne peut consentir à être traité com^me les dieux de bois et de pierre qu'adoraient les Gentils. Des hommages purement extérieurs étaient tout ce qu'il leur fallait ; car ces dieux étaient aveugles et insensibles Que l'hérétique cesse donc de reprocher à l'Eglise ses pratiques qu'il ose traiter de matérielles , c'est lui-même qui, en voulant affranchir le corps de tout )oug, s'est précipité dans la matière Les enfants de l'Eglise jeûnent, parce que les saintes Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament recommandent le jeûne à chaque page, parce que Jésus-Christ lui-même a jeûne quarante jours; mais ils
Le Vendredi après les Cendres 2 83
n'estiment cette pratique qui leur est imposée de si haut, qu'autant qu'elle est relevée et complétée par l'hommage d'un cœur qui a résolu de réformer ses penchants vicieux Il ne serait pas juste, en effet, que le corps, qui n'est devenu coupable que par la perversité de l'âme, fût dans la souffrance, tandis que celle-ci continuerait le cours de ses mauvaises œuvres De même aussi, ceux que la faiblesse de leur santé empêche de se soumettre, en ce saint temps, aux satisfactions qui pèsent sur le corps, ne sont point dégagés de l'obligation d'imposer à leur âme'ce jeûne spirituel qui consiste dans l'amendement de la vie, dans la fuite de tout ce qui est mal, dans la recherche de toute sorte de bonnes œuvres.
La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. V
EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples . Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi je vous dis : Aimez vos ennemis ; faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceu.x qui vous persécutent et vous calomnient : afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les cieux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et descendre la pluie sur les lustes et sur les injustes. Car si vous n'aimez
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthœum. Cap. v.
IN illo tempore ; Dixit Jésus discipulis suis Audistisquia dictumestDiliges proximum tuum. et odio habebis inimicum tuum. Ego autem dico vobis : Diligite inimicos vestros , benefacite his qui oderunt vos : et orate pro persequentibus et calumniantibus vos : ut sitis filii Patris vestri, qui in cœlis est, qui solem suum oriri facit super bonos et malos. et pluit super justos et injustos. Si enim diligitis
2S4 Le Temps de la Sept nagé si me.
eos qui vos diligunt,quam mercedem habebitis ? Nonne et publîcani hoc faciunt ? Et si salutaveritis fratres vestros tantum .- quid amplius facitis ? Nonne et ethnici hoc faciunt ? Estote ergo vos perfecti, sicut et Pater vester cœlestis perfectus est. Attendite ne justitiam vestram faciatis coram hominibus, ut videamini ab eis : alioquin mercedem non habebitis apud Patrem vestrum qui in cœlis est. Cum ergo facis eleemosvnam. noli tuba canere ante te. sicut hypocritœ faciunt in synagogis. et in vicis, ut honorificentur ab hominibus. Amen dico vobis . receperunt mercedem suam. Te autem faciente eleemosynam. nesciat sinistra tua quid faciat dextera tua : ut sit eleemosyna tua in abscondito, et Pater tuus qui videt in abscondito, reddet tibi.
SŒUR de la prière et du jeûne, l'aumône est la troisième des œuvres fondamentales qui constituent la pénitence chrétienne. C'est pour cette raison que l'Eglise aujourd'hui nous propose les enseignements du Sauveur sur la manière dont nous devons accomplir les œuvres de miséricorde. Jésus-Christ nous impose l'amour de nos semblables, sans disque ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurezvous ? Les publicains ne le font-ils pas ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous de plus que tous ? Les païens ne le font-ils pas ? Soyez donc parfaits, comme votre Pare céleste est parfait. Prenez garde à ne pas faire vos bonnes œuvres devant les hommes , afin d'être vus d"eux : autrement vous n'en recevrez point la récompense de votre Père qui est dans les cieux. Lors donc que vous faites l'aumône , ne sonnez pas de la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et sur les places, afin d'être honorés des hommes. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Pour vous. quand vous faites l'aumône, que votre main gauche ne sache pas ce que fait la droite, afin que votre aumône se fasse dans le secret, et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra.
Le Vendredi après les Cendres, 285
tinction d'amis et d'ennemis. Il nous suffit que Dieu, qui les a tous créés, les aime luimême, pour que nous soyons dans le devoir d'être miséricordieux envers tous. S'il daigne les supporter, lors même qu'ils sont dan's le mal, et attendre leur retour jusqu'à la fin de leur vie, en sorte que pas un ne périt si ce n'est par sa propre faute, que ferons-nous, nous qui sommes pécheurs et qui sommes leurs frères, tirés comme eux du néant ? C'est donc un hommage dont le cœur de Dieu est tiatté, que de le servir et de l'assister dans les hommes dont il daigne se regarder comme le père. La reine des vertus, la Charité, renferme essentiellement l'amour du prochain, comme une application de l'amour même de Dieu ; et la Charité, en même temps qu'elle est un devoir sacré pour les membres de la grande famille humaine, est aux yeux de Dieu, dans les actes qu'elle inspire, une œuvre de pénitence, à raison des privations que l'on s'impose et des répugnances que l'on peut avoir à vaincre dans son accomplissement. Remarquons aussi comment le Sauveur nous répète, à propos de l'aumône, le conseil qu'il nous a donné sur le jeûne : celui de fuir l'éclat et l'ostentation. La pénitence est humble et silencieuse, elle ne cherche point les regards des hommes; l'œil de celui qui voit dans le secret lui suffit pour témoin.
HUMILIEZ vos têtes de- 1 tjumii.ia lE capita vesvant Dieu. 1 il tra Dec.
2S6 Le Temps de la Septu.igésime.
TUERE. Domine, populum tuum. et ab omnibus peccatis clementer emunda : ,quia nulla ei nocebit adversitas, si nulla ei dominetur iniÎuitas. Per Christum • ominum nostrum. Amen.
DÉFENDEZ votre peuple. Seigneur, et dans votre clémence purifiez-le de tous ses péchés ; car aucune adversité ne pourra l'atteindre, si aucune iniquité ne domine en lui. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
t*ji^(ooïooRj t*j t_ty t^ L*y Oftj (.*i t^y <j?fej tjftj t*j d^
A Station de ce jour est, selon qu'il est marqué au Missel, dans l'Eglise de Saint-Tryphon, Martyr ; mais cette Eglise ayant été détruite, il y a plusieurs siècles, la Station a lieu présentement dans celle de Saint-Augustin, bâtie tout près de l'emplacement où fut l'Eglise de Saint-Tryphon.
ECOUTEZ favorablement , Seigneur, nos supplications, et donnez-nous de célébrer avec dévotion ce jeûne solennel qui a été institué si à propos pour la guérison de nos âmes et de nos corps. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
ADESTO, Domine, supplicationibus nostris, et concède ut hoc solemne jejunium, quod animabus corporibusque curandis salubriter iastitutum est, devoto servitio celebremus. Per Christum D o m i n u m nostrum. Amen.
Lecture du Prophète Isaïe. Chap. lviii.
VOICI ce que dit le Seigneur Dieu : Si vous ôtez du milieu de vous la chaîne dont vous chargez vos frères, si vous cessez d'étendre la main sur eux et de dire des paroLectio Isaise Prophetae. Cap. lvih.
HX.C dicit Dominus Deus : Si abstuleris de medio tui catenam, et desieris extendere digitum et loqui quod non prodest ; cum effuderis
2 88 Le Temps de la Septuagésime.
esunenti animam tuam^ et animam afflictam repleveris, orietur in tenebris lux tua. et tenebrae tuœ erunt sicut meridies. Et requiem tibi dabit Dominus senvper, et implebit splendoribus animam tuam, et ossa tua liberabit, et eris quasi hortus irriguus, et sicut fons aquarum, cujus non déficient aquœ. Et aedificabuntur in te déserta sasculorum : fundamenta generationis et generationis suscitabis : et vocaberis aedih^ator sepium, avertens semitas in quietem. Si averteris a Sabbato pedem tuum. facere voluntatem tuam in die sancto meo, et vocaveris Sabbatum delicatum, et sanctum Domini gloriosum, et glorificaveris eum dum non facis vias tuas, et non invenitur voluntas tua, ut loquaris sermonem : tune delectaberis super Domino, et sustollam te super altitudines terrae. et cibabo te haereditate Jacob patris tui : os enim Domini locutum est. en ne recherchant point
les qui leur sont nuisibles ; si vous assistez le pauvre avec effusion de cœur, et si vous remplissez de consolation l'âme affligée ; votre lumière se lèvera dans les ténèbres, et vos ténèbres deviendront comme le midi. Et le Seigneur vous donnera un repos qui n'agira pas de fin, et il remplira votre âme de ses splendeurs, et il délivrera vos os de la corruption. Et vous serez comme un jardin toujours arrosé, et comme une fontaine dont les eaux ne tarissent pas. Ce qui en vous était désert depuis des siècles se couvrira d'édifices ; vous relèverez des fondements qui étaient abandonnés depuis plusieurs générations, et l'on dira de vous que vous réparez les brèches et que vous changez les sentiers en demeures paisibles. Si vous retenez votre pied pour lui empêcher de violer le Sabbat, si vous cessez d'agir selon votre caprice au jour qui m'est consacré ; si vous le regardez comme un repos plein de délices, comme le jour saint et glorieux du Seigneur auquel vous rendrez honneur, en ne suivant point vos voies, ne disant
votre volonté, en point de paroles vainas ; alors vous trouverez votre joie dans le Seigneur, et je vous élèverai au-dessus des hauteurs de la terre, et je vous donnerai pour vous nourrir l'héritage de Jacob votre père ; car la bouche du Seigneur a parlé.
Le Samedi après les Cendres. 2 8g
LE Samedi est un jour plein de mystères : c'est le jour du repos de Dieu ; c'est le symbole de la paix éternelle que nous goûterons au ciel après les labeurs de cette vie". L'Eglise aujourd'hui, en nous faisant lire ce passage d'Isaïe, veut nous apprendre à quelles conditions il nous sera donné de prendre part au Sabbat de l'éternité. Nous sommes à peine entrés dans la carrière de la pénitence que cette Mère tendre vient à nous, pleine de paroles consolatrices. Si nous remplissons de bonnes œuvres cette sainte Quarantaine durant laquelle sont suspendues les préoccupations du monde, la lumière de la grâce se lèvera du milieu même des ténèbres de notre âme. Cette âme trop longtemps obscurcie par le péché et par l'amour du monde et de nousmêmes, deviendra éclatante comme les splendeurs du midi : la gloire du Christ ressuscité sera la nôtre; et si nous sommes fidèles, la Pâque du temps nous introduira à la Pâque de l'éternité. Éditons donc ce qui en nous était désert, relevons les fondements, réparons les brèches; retenons notre pied pour ne pas violer les saintes observances ; ne suivons plus nos voies, ne recherchons plus nos volontés, contrairement à celles du Seigneur ; et il nous donnera un repos qui n'aura pas dejîn, et il remplira notre âme de ses propres splendeurs.
La suite du saint Evangile selon saint Marc. Chap.vi.
EN ce temps-là, le soir étant venu, la barque était au
Sequentia sancti Evangelii secundum Marcum. Cap. vi.
T N illo tempore : Cum
sero esset, erat navis
go L(i Temps de la Septuagésime.
in medio mari, et Jésus solus in terra Et videns discipulos suos laborantes in remigando (erat enim ventus contrarius eisi, et circaquartam vigiliam noctis. venir ad eos ambulans supra mare: et volebat prœterire eos. At illi. ut viderunt eum ambulantem supra mare, putaverunt phantasma esse, et exclamaverunt. Omnes enim viderunt eum. et conturbati sunt. El statim locutus est eum eis. et dixit eis : Confidite. ego sum. nolite timere. Et ascendit ad illos in navim. et cessavit ventus. Et plus magis intra se stupebant : non enim intellexerunt de panibus : erat enim cor eorum obcaécatum. Et eum transfretassent, venerunt in terram Genesareth . et applicuerunt. Cumque egressi essent de navi, continuo cognoverunt eum : et percurrentes universam regionem illam. cœperunt in grabatis eos qui se maie habebant circumferre ubi audiebant eum esse. Et quocumque introibat. in vicos, vel in villas, aut civitates. in plateis ponebant infirmes , et deprecabantur eum, u' vel fimbriam
milieu de la mer. et Jésus était seul a terre. Et voyant ses disciples qui se fatiguaient à ramer (car le vent leur était contraire), vers la quatrième veille de la nuit il vint à eux, marchant sur la mer, et il voulait les devancer. Mais eux. le voyant marcher sur la mer. crurent que c'était un fantôme^ et jetèrent des cris; car tous le virent, et ils furent troublés. Et aussitôt il leur parla et leur dit : Rassurez-vous, c'est moi. ne craignez point. Et il monta avec eux dans la barque, et le vent cessa. Et leur étonnement en devint plus grand encore ; car ils n'avaient pas fait assez de réflexion sur le miracle des pains, parce que leur cœur était aveuglé. Et quand ils eurent traversé l'eau, ils vinrent en la terre de Génésareth. et ils y abordèrent. Et quand ils furent sortis de la barque, les gens du pays reconnurent Jésus ; et, parcourant toute la contrée, ils commencèrent à lui apporter dans des lits les malades , partout où ils entendaient dire qu'il était. Et, en quelque lieu qu'il entrât, dans les ham.eaux . dans les villages ou dans les villes, ils mettaient les malades sur les places publiques , et le priaient de les laisser seulement toucher la frange de son vêtement. Et tous ceux qui
Le Samedi après les Cendres. 2qi
touchaient étaient guéris.
vestimenti e)us langèrent : et quotquot tangebant eum, salvi fiebant.
LA barque de la sainte Eglise est lancée sur la mer; la traversée durera quarante jours. Les disciples du Christ rament à rencontre du vent, et déjà l'inquiétude s'empare d'eux; ils craignent de ne pas arriver au port. Mais Jésus vient à eux sur les tlots; il monte avec eux dans la barque; leur navigation sera désormais heureuse. Les anciens interprètes de la Liturgie nous expliquent ainsi l'intention de l'Eglise dans le choix de ce passage du saint Evangile pour aujourd'hui. Quarante jours de pénitence sont bien peu de chose
Eour toute une vie qui n'a pas appartenu à >ieu; mais quarante jours de pénitence pèseraient à notre lâcheté, si le Sauveur lui-même ne venait les passer avec nous. Rassuronsnous : c'est lui-même. Durant cette période salutaire, il prie avec nous, il jeûne avec nous, il exerce avec nous les œuvres de la miséricorde. N'a-t-il pas inauguré lui-même la Quarantaine des expiations r Considérons-le, et prenons courage. Si nous sentons encore de la faiblesse, approchons de lui, comme ces malades dont il vient de nous être parlé. Le contact de ses vêtements suffisait à rendre la santé à ceux qui l'avaient perdue; allons à lui dans son Sacrement, et la vie divine dont le germe est déjà en nous se développera de plus en plus, et l'énergie qui commençait à faiblir en nos cœurs se relèvera toujours croissante.
2Q2 Le Temps de la Septuagésime.
Tjr UMILI.-VTE capita vestra Deo.
Di
MiLiEZ VOS têtes devant
FIDELES tui, Deus, per tua dona- firmentur : ut eadem et percipiendo requirant. et quasrendo sine fine percipiant. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
OUE vos fidèles, Seigneur, soient affermis par le don céleste que vous leur faites goûter, afin qu'en le recevant ils le recherchent avec empressement, et qu'en le recherchant, ils méritent de le recevoir toujours. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.
TERMINONS cette journée du Samedi par un hommage à Marie, avocate des pécheurs; et pour exprimer notre confiance envers elle, présentons-lui cette Prose naïve et touchante que l'on trouve dans des Missels allemands du xiv^ siècle.
TIBI cordis in altari Decet preces immolari, Virgo sacratissima.
noui
Nam
cum in se sit
inepta, Tuo Nato sit accepta Per te precum victima.
Pro peccatis immolato Peccatorum prsesentato Precum sacrificia.
Per te Deum adit reus,
s, 6 Vierge sacrée, nous offrirons des prières, sur l'autel de notre cœur.
Nos vœux sont une victime indigne d'être offerte à votre Fils : il l'agréera présentée par vous.
A celui qui fut immolé pour les péchés, daignez offrir en sacrifice la prière des pécheurs.
Par vous le coupable reLe Samedi après les Cendres. 2g3
tourne à Dieu ; par vous Dieu s'est rapproché du coupable ; en vous ils se sont réunis.
Ne repoussez pas les pécheurs ; sans eux vous n'eussiez point connu l'honneur d'être la Mère d'un tel Fils.
S'il n'y eût pas eu de pécheurs à racheter, la Mère d'un Rédempteur n'eiît point été nécessaire.
Votre séance n'eût pas été près du trône du Père céleste, si vous n'eussiez enfanté un Fils qui partage les honneurs d'un tel Père.
O Vierge, ô Vierge élevée si haut à cause de nous, prenez nos vœux et portez-les devant le souverain Seigneur.
Amen.
Ad
Amborum tu média
âuem per te venit eus
Nec abhorre peccatores Sine quibus nunquam
fores Tanto digna Filio.
Si non essent redimendi, Nulla tibi pariendi Redemptorem ratio.
Sed nec Patris ad consessum Habuisses hue accessum, Si non ex te genitum Esset ibi positum.
Virgo, Virgo sic promota Causa nostri, nostra vota
Promovenda suscipe
Coram summo Principe.
Amen.
ES Fêtes en l'honneur des Saints ne sont pas très abondantes au temps de la Septuagésime, surtout dans les années où l'ouverture de ce temps n'a lieu qu'après le dix février. Néanmoins, nous avons dû en présenter ici un nombre encore assez considérable, ahn de n'omettre aucune de celles qui peuvent se rencontrer dans cette période, lorsque la Fête de Pâques descend jusqu'à ses dernières limites.
Nous commençons au trois février, Fête de saint Biaise, et nous allons jusqu'au douze mars, consacré à saint Grégoire le Grand. La rareté des Fêtes durant ce long intervalle s'explique par le génie même de "la Liturgie qui, sans les exclure entièrement dans le Carême, évite de les multiplier. Or, tout le monde sait que, dans les années où la Sep2g6 Le Temps de la Septuagésime.
tuagésime monte jusqu'en janvier, une partie
plus ou moins considérable du Carême s'écoule en février; ainsi, le Mercredi des Cendres peut quelquefois tomber le quatrième jour de ce mois.
Après ces avertissements donnés au lecteur catholique, nous entrons de suite dans l'explication des Fêtes des Saints, qui peuvent se rencontrer depuis le lendemain de la Pufifîcation de Notre-Dame, jusqu'au dernier terme auquel peut descendre le Samedi de la Quinquagésime, veille du premier Dimanche de Carême.
4m
AiSTE.VANT que l'Eglise a clos pour nous la touchante Quarantaine de la Naissance du Sauveur, et qu'elle nous a ouvert la source des fortes et sérieuses méditations qui doivent nous préparer pour la pénitence, chaque Fête des Bienheureux doit nous apporter une impression propre à nourrir en nous l'esprit de ce saint Temps. Dans la période dont nous sortons, tous les amis de Dieu que nous avions à fêter, nous apparaissaient rayonnants des joies de la Naissance de l'Emmanuel; ils formaient sa cour radieuse et triomphante. D'ici à la Résurrection du Fils de Dieu, nous aimerons à les considérer surtout dans les labeurs du pèlerinage de cette vie. Ce qui nous importe aujourd'hui, c'est de voir et d'étudier comment ils ont vaincu le monde et la chair. « Ils allaient, « dit le Psalmiste, et ils jetaient la semence « sur le sillon, l'arrosant de leurs pleurs; w mais ils reviendront dans l'allégresse, char« gés des gerbes que leurs sueurs auront pro« duites 1. » Espérons qu'il en sera de même pour nous, à la tîn de cette laborieuse carrière, et que le Christ ressuscité nous
I. Psalm. cxxv.
saluera comme ses membres vivants ei renouvelés.
Dans la période que nous avons présentement à traverser, les Martyrs abondent, et nous débutons aujourd'hui par un des plus célèbres. Sébaste, en Arménie, fut honorée par ses vertus pastorales et par sa glorieuse Passion; bientôt la même ville nous fournira dans un seul jour quarante soldats Martyrs. La dévotion envers saint Biaise est demeurée très vive en Orient, surtout en Arménie, et son culte, introduit de bonne heure dans les Eglises de l'Occident, y a toujours été très populaire. Sa fête n'étant néanmoins que du degré simple, l'Eglise Romaine n'a consacré à son honneur que la courte Légende que nous donnons ici.
BLASius. Sebaste in Armenia cum virtutum laude floreret. ejusdem civitatis episcopus eligitur. Qui quo tempore Diocletianus insatiabilem crudelitatem in Christianos exercebat , se in speluncam abdidit montis Argœi. ubi tamdiu latuiî. dum ab Agricolai praesidis militibus venantibus deprehensus, et ad prœsidem ductus. ejus j'jssu conjectus est in vincula. Quo in loco multos œgrotos sanavit, qui ad Blasium , ejus fama sanctitatis adducti. deferebantur. In illis puer fuit. qui. desperata
BLAISE fleurissait en toute sorte de vertus à Sébaste en Arménie, lorsqu'il fut élu evêque de cette ville. Au temps où Dioclétien exerçait son insatiable cruauté contre les Chrétiens, le Saint se retira dans une caverne du mont Argée. où il demeura caché jusqu'à ce qu'ayant été découvert par des soldats du gouverneur Agricolaûs. qui se livraient à la chasse, il fut conduit devant ce magistrat et jeté en prison par son ordre. Là, il guérit plusieurs malades qu'on lui amena, à cause de la réputation de sainteté dont il jouissait, et entre autres un enfant qui se mourait pour avoir avalé une
Sahit Biaise, Evéqiie et Martyr. 2 g g
a medicis salute. transversa spina faucibus inhaerente, animam agebat. Produclus autem ad prassidem Blasius semel et iterum, cum nec blanditiis, nec minis adduci posset ut diis sacrificaret, primum virgis cassus , deinde in equuleo ferrais pectinibus dilaniatus est : postremo dempto capite, illustre fidei testimonium Christo Domino dédit, tertio nonas februarii.
arête qui lui était demeurée de travers dans le gosier, en sorte que les médecins désespéraient de le sauver. Biaise comparut deux fois devant le gouverneur , sans que Ton put, ni par caresses ni par menaces, le persuader de sacrifiei aux idoles. Il fut donc d'abord battu de verges, ensuite déchiré avec des peignes de fer sur le chevalet, et enfin il eut la tète tranchée, rendant un glorieux témoignage au Seigneur JésusChrist; le trois des nones de février.
NOUS unissons nos voix au ccncert de louanges que vous adressent toutes les Eglises qui sont sous le ciel, 6 glorieux Marty*?! En retour de nos hommages, du sommet de la gloire où vous régnez, abaissez vos regards "sur nous, et voyez les tîdèles de la chrétienté tout entière qui se préparent aux saintes expiations de la pénitence, et qui songent à revenir au Seigneur leur Dieu par les larmes et la componction. Souvenez-vous de vos propres combats, et assistez-nous dans le travail de renouvellement que nous allons entreprendre. Vous n'avez pas craint les tourments de la mort; et quelque rude qu'ait été l'épreuve, vous l'avez subie avec courage. Obtenez-nous la constance dans une carrière moins périlleuse. Nos ennemis ne sont rien auprès de ceux qu'il vous a fallu vaincre; - mais ils sont pertîdes, et si nous les ménageons, ils peuvent nous abattre. Obtenez-nous le secours divin par lequel
3oo Le Temps de la Septuagésime.
vous avez triomphé. Nous sommes les fils des Martyrs ; que leur sang ne dégénère pas en nous" Souvenez-vous aussi, saint Pontife, des heureuses contrées que vous arrosâtes de votre sang. La foi pour laquelle vous avez donné votre vie s'y était altérée ; des jours meilleurs semblent briller enfin. Par vos prières paternelles, rendez l'Arménie à l'Eglise catholique, et consolez, par le retour de leurs frères, les fidèles qui ont su s'y conserver orthodoxes, parmi tant de périls.
^ujourd'hui, c'est un saint Evêque ' qui, par sa vie austère et son zèle ardent pour le salut des âmes, vient nous inviter à songer sérieusement à notre réconciliation avec Dieu. Moins célèbre dans l'Eglise que beaucoup d'autres saints Confesseurs, il doit à Clément XII, membre de l'illustre famille Corsini, l'honneur de briller avec plus d'éclat au Cycle de la sainte Eglise. Mais le Pontife n'était que l'instrument de la divine Providence. Le saint Evêque de la petite ville de Fiesole a toujours cherché l'obscurité durant sa vie, et Dieu a voulu le glorifier dans toute l'Eglise, en inspirant au Pasteur suprême la pensée de le placer sur le Calendrier universel. Au reste, André fut pécheur avant de devenir un saint ; son exemple nous encouragera à revenir sincèrement à Dieu.
Lisons le récit de ses vertus dans les Leçons de l'Office que l'Eglise lui a consacré.
ANDREAM Florenliœ . ex nobili Corsinorum farailia natum parentes precibus a Deo impetrarunt , et beatse
ANDRÉ naquit à Florence de la noble famille des Corsini. Ses parents l'obtinrent de Dieu par leurs prières et le vouèrent à la
3o2 Le Temps de la Septiiagésime.
A'irgini spoponderunt. Qualis autem futuriis esset, divino prœsagio, antequam nasceratur ostensum est : nam mater gravida sibi visa est per quietem lupiTm edidisse. qui, ad Carmelitarum aedem pergens. in ipso templi vestibulo statim in agnum conversus est. Adolescens pie et ingénue educatus, cum sensim ad vitia declinaret, saspe a matre increpatiis fuit. Ubi autem cognovit se parentum voto Deiparae Virgini dicaium fuisse, Dei araore saccensus. deque visu matris admonitus, Carmelitarum institutum amplexus est. in quo variis tentationibus a dœmone vexatus, nunquam tamen potuit a religionis proposito dimoveri. Mox Lutetiam missus, emenso studiorum curriculo. et laurea donatus, in patriam revocatur, suique Ordinis regimini in Hetruria praeficitur.
1NTEREA Fesulana Ecclesia suo viduata pastore eum sibi Episcopum
sainte Vierge. Dès avant sa naissance, un présage divin fit connaître ce qu'il devait être un jour. Pendant que sa mère le portait encore, elle eut un songe durant lequel il lui sembla qu'elle avait enfanté un loup qui. se dirigeant vers la maison des Carmes, s'était tout à coup changé en agneau sous le vestibule de leur église. Sa jeunesse reçut une éaucation pieuse et conforme à son rang ; cependant il se laissa aller insensiblement au désordre, malgré les fréquentes remontrances de sa mère. Mais ayant appris que le vœu de ses parents l'avait consacré à la Vierge Mère de Dieu, et ayant eu connaissance de la vision qu'avait eue sa mère, l'amour de Dieu s'enflammant dans son cœur, il résolut d'embrasser l'Institut des Carmes. Malgré les nombreuses tentations qu'il y éprouva de la part du démon, rien ne fuf capable de le détourner de sa résolution d'être religieux. On l'envoya bientôt à Paris; après y avoir suivi le cours des études, et pris le grade de docteur, il fut rappelé dans sa patrie, et préposé au gouvernement de son Ordre en Toscane.
L'Eglise de Fiesole, ayant perdu son Evêque, le choisit pour la gouverner.
Saint André Corsini, Ev. et Conf. 3o3
André, s'estimant indigne de cette charge, demeura longtemps cache, sans que personne connût le lieu où il s'était retiré. La voix d'un enfant qui ne parlait pas encore le fit miraculeusement découvrir dans la retraite qu'il s'était choisie hors de la ville; et dans la crainte de s'opposer à la volonté divine, il reçut la consécration épiscopale. Dans sa nouvelle dignité, André s'exerça plus que jamais à l'humilité qu'il avait toujours pratiquée, et unit à la sollicitude pastorale la miséricorde envers les pauvres, la libéralité, l'sssiduité à l'oraison, les saintes veilles et les autres vertus. L'esprit de prophétie éclata aussi en lui, et sa sainteté était en réputation partout.
URBAIN V, au bruit de tant de mérites, l'envoya en qualité de Légat à Bologne, pour apaiser une sédition. André eut beaucoup à souffrir dans cette mission; cependant il vint à bout, par sa rare prudence, d'éteindre les inimitiés qui avaient porté les habitants de cette ville à prendre les armes les uns contre les autres. La tranquillité étant rétablie par ses soins, il revint à son Eglise. Peu après, épuisé par des travaux assidus et par les macérations de la chair, ayant
elegit : quo munere se indignum aestimans, diu latuit ignotus , donec pueri voce mirabiliter loquentis proditus, et extra urbem inventus, ne divinae contradiceret voluntati, episcopatum suscepit. Ea dignitate auctus , humilitati , quam semper coluerat, impensiiis incubuit, et pastorali sollicitudini, misericordiani in pauperes, liberalitatem, orationis assiduitatem, vigilias, aliasque virtutes adjunxit, et spiritu etiam prophétie© clarus fuit, adeo ut ejus saactitas ab omnibus celebraretur.
H 13 permotus Urbanus Quintus ad sedandas Bononiœ turbts Andream legatum misit : quo in munere muha perpessus, civium odia, quas ad internecionem exarserant, summa prudentia restinxit ; tum restituta tranquillitate ad propria reversus est. Nec multo post assiduis laboribus, et voluntaria carnis maceratione confectus, obitus die a beata Virgine sibi prasdicto, ad cœlestia régna migra3 04 Le Temps de la Septuagésime.
vit, anno Dotnini millesimo trecentesimo septuagesimo tertio, aetatis suae septuagesimo primo. Quem Urbanus Octavus multis magnisque miraculis clarum,' Sanctorum numéro adscripsit. Ejus corpus Florentin in licclesia sui Ordinis quiescit. et maxima civium veneratione colitur : quibus nonsemel inpraesenti discrimine praesidio fuit.
connu par une révélation de la sainte Vierge le jour de sa mort, il partit pour le royaume céleste, l'an du Seigneur mil trois cent soixantetreize, en la soixante-onzième année de sa vie. Urbain VIII inscrivit André au nombre des Saints, à cause de ses nombreux et éclatants miracles. Son corps repose à Florence dans l'Eglise de son Ordre, et il y est l'objet d'une très grande vénération de la part des habitants, que son intercession a préservés plus d'une fois des malheurs qui les menaçaient.
ECOUTEZ, saint Pontife, la prière des pécheurs qui désirent apprendre de vous la voie qui ramène à Dieu. \'ous avez fait l'épreuve de ses miséricordes; c'est à vous de les obtenir pour nous. Soyez donc propice au peuple chrétien, en ces jours où la grâce de la pénitence est offerte à tous ; parVos prières, faites descendre sur nous l'esprit de componction. Nous avons péché, et nous sollicitons le pardon; fléchissez en notre faveur le cœur de Dieu. De loups rendez-nous agneaux ; fortiriez-nous contre nos ennemis; faites-nous croître dans la vertu d'humilité qui brilla en vous avec tant d'éclat, et demandez au Seigneur que la persévérance couronne nos efforts, comme elle a couronné les vôtres, afin que nous chantions avec vous et comme vous les miséricordes de notre commun Rédempteur.
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Ej Eglises de France honorent aujourd'hui cette pieuse princesse qui rat d'abord l'épouse de Louis XII, appelée à régner avec lui, et qui, plus tard, renversée du trône par un jugement solennel qui déclara la nullité de son mariage, se montra plus sainte et plus grande encore dans sa disgrâce qu'elle ne l'avait paru dans les jours de sa grandeur. Les vertus qui éclatèrent dans toute sa vie rendirent Jeanne de \'aIois l'objet de la vénération des peuples; et si elle cessa de régner sur un trône fragile, son empire sur les cœurs ne fit que s'eîsndre, et l'auréole de la sainteté remplaça avantageusement pour elle le diadème qu'elle rfavait pas ambitionné et qu'elle dut déposer. Sa tendre confiance en Marie, son attrait pour les œuvres de la pénitence, sa miséricorde envers les pauvres, en font un modèle pour les chrétiens, dans ces jours où l'Eglise nous invite à préparer nos âmes pour la réconciliation.
Le récit liturgique qui retrace les vertus de Jeanne de Valois aidera à faire connaître sa vie pleine des œuvres les plus saintes.
Le Temps de la Septuagésime.
JOANN'A Valesia. Ludovic: Undecimi Galliarum régis filia. a teneris annis ia omnem pietatem instituta ac propensa, non obscuris futurs sanclitatis indiciis continue c 1 a r u i t. Quinquennis, ferventissimis precibus Deiparam Virginem. quam semper mirifice coiu;t. exoranti, ut quo ei placere magis posset o b s e q u i o, significaret. praenuntiari sibi visa est fore aliquando ut novum sacrarum virginum Ordinem in ejusdem Deiparae honorem instituerez Ludovico A-urelianensium duci invito nupta. summam in prosperis moderationem exhibait atque in adversis constantiam. Ipso postea in Galliarum regem assumpîo. ac nullo e; irritû per Apostolicam Sedem eo declarato conjugio. id non solum aequissimo animo tulit, sed gravi se vinculo soluîam praedicans, liberius deinceps uni Dec famulari posse gratulata est.
BlT'jRiCENSis ducatus sibi a Ludovico rege assignati redditus alenJEA>rNE de Valois, fille de Louis XL roi de France, fut élevée des ses tendres années dans la piété, vers laquelle la portaient ses propres dispositions, et elle donna tout aussitôt des marques certaines de la sainteté qui devait briller en elle. A l'âge de cinq ans, demandant avec ferveur ala sainte Vierge, quelle honora toujours d'une manière admirable, de lui faire connaître en quelle façon elle pourrait lui être le plus agréable, il lui fut annoncé qu'elle était appelée à instituer dans la suite un nouvel Ordre de vierges sacrées, en l'honneur de cette sainte .\lere de Dieu. Mariée à Louis, duc d'Orléans , contre le gré de ce prince, elle fit paraître dans la prospérité la plus grande retenue, et une admirable constance dans l'adversité. Le prince étant monté sur le trône de France, et son mariage ayant été déclaré nul par le Siège Apostolique, Jeanne non seulement supporta cet événement sans aucun regret, mais, se regardant comme délivrée d'un lien qui pesait sur elle, elle se félicita de pouvoir désormais servir Dieu seal en toute liberté.
LES revenus du duché de > Berry qui lui avaient été assignés pour son entretien
Sainte Jeanne de Valois, Reine de France. 3o 7
par le roi Loi:is, étaient largement employés par elle à nourrir les pauvres, à soulager les malades et à bâtir des monastères Mais son œuvre principale fut la fondation et l'établissement d'un Ordre de vierges sacrées sous le titre d'Annonciades de la bienheureuse Vierge Marie, dont elles devaient imiter les vertus qui leur étaient proposées dans des règles approuvées par Alexandre VI ; elle vint heureusement à bout de cette œuvre sainte. Elle accueillait avec la charité d'une mère tous les indigents et les malheuieui qui s'adressaient à elle, mais surtout les malades, dont elle ne craignait pas d essuyer et de toucher de ses propres mains les ulcères dégoûtants , plus dune fois son seul attouchement leur rendit la santé
SA piété envers le très saint Sacrement de 1 Eucharistie était admirable ; elle en approchait avec une si grande abondance de larmes, qu elle excitait dans le cœur des assistants les mêmes sentiments d amour et de dévotion. Sa piété n'était pas moins tendre envers les mys tères de la Passion du Seigneur. Elle avait fait construire dans le jardin de sa œaisoa une imitation du tomdis pauperibus. curandis aegrotis. aediScandisque monasteriis profuse erogabat. In eam vero curam prassertim incubuit, ut sacrarum virginum cœîum sub nomine Annuntialionis beatae \ irginis Mariae, quibus ejusdem virtutes certis regulis, ab Alexandre Sexto approbatis. essentad imitandum propositae, institueret ac promoveret : quod ei féliciter cessit. Égenos ac miseros omnes ad se confugientes maternje chantatis complectebatur visceribus, asgrotos imprimis, quorum ulcéra et saniem propriis manibus tergere et contrectare non defugiebaî. restituta non semel eo contactu iisdem
SiNGULARi atque eximia erga sanctissimum Eucharistise Sacramentum pietate ferebatur : ad quod tanta accedebat lacrvmarum vis, ut ejusdern chaiitatis ac devotionis sensus in adstantium animis excitaret. Dominicse quoque Passionis mysteria pari recolebat afîectu Quare constiucto intia domesticum hortum Christi
3oS Le Temps de la Septiiagésime.
sepulcro. ibi secedebat identidem. nudum pectus lapic'.e tundens. atque in preces et lacrymas jugiter etfusa. Vitae demum innocentissime actae finem quadragenaria prresentiens, sacris omnibus christianae religionis mysteriis rite pieque su-ceptis. pridie nonas februarii. Biturici decessit. anno millesimo quingentesimo quinto. Éjus corpus, quinquage>imo septimo post obitum anno incorruptum repertum. dum ab hsereticis militibus ad cremandum raperetur. gemitus edidisse, et mucrone transfixum copioso sanguine manasse perhibetur. Ejus cultum Benedictus Decimus quartus Apostolica auctoritate probavit, anno millesimo septingentesirao quadragesimo secundo. Tandem Pius Sextus, ut in loto Galliae regno possit de beata Joanna Valesia, anniversaria ejus dormitionisdie. Officium recitari ac Missacelebrari de Communi nec Virbeau de notre Seigneur ; c'était là qu'elle se retirait de temps en temps pour se livrer à la prière, répandant des larmes abondantes et se frappant la poitrine avec une pierre. Parvenue à l'âge de quarante ans, elle sentit approcher la fin de sa vie pleine d'innocence, et, ayant reçu avec une grande ferveur les sacrés Mystères de !a religion chrétienne . elle mourut à Bourges la veille des nones de février, l'an mil cinq cent cinq. Cinquante-sept ans après sa mort, des soldats hérétiques ayant enlevé son corps pour le brûler, il fut trouvé sans corruption; et l'on rapporte qu'il poussa des gémissements , et que. percé de leurs épées, il répandit du sang avec abondance. Le culte de la Sainte fut approuvé d'autorité apostolique par Benoit XIV, en mil sept cent quarante-deux. Enfin, Pie VI accorda, le vingt avril mil sept cent soixante-quinze, à tout le royaume de France, de pouvoir célébrer l'Office et la Messe de sainte Jeanne de Valois au jour anniversaire
de sa mort.
ginis, nec Martyris. induisit, anno millesimo septingeniesimo sentuagesimo quinto, die vero aprilis vigesima.
ous honorons, ô sainte Princesse, les vertus héroi.^ues dont votre vie a été remSainte Jeanne de Valois, Reine de France. 3og
plie, et nous glorifions le Seigneur qui vous a admise dans sa gloire. Mais que vos exemples nous sont utiles^et encourageants, au milieu des épreuves de cette viel Qui, plus que vous, a connu les disgrâces du monde ; mais aussi qui les a vues venir avec plus de douceur, et les a supportées avec plus de tran-- quillité ? Les grâces extérieures vous avaient été refusées, et votre cœur ne les regretta jamais; car vous saviez que l'Epoux des âmes ne recherche pas dans ses élues les agréments du corps, qui trop souvent seraient un danger pour elles. Le sceptre que vos saintes mains portèrent un instant leur échappa bientôt, et nul regret ne s'éleva en vous, et votre âme véritablement chrétienne ne vit dans cette disposition de la Providence qu'un motif de reconnaissance pour la délivrance qui lui était accordée. La royauté de la terre n'était pas assez pour vous; le Seigneur vous destinait à celle du ciel. Priez pour nous, servante du Christ dans ses pauvres, et faitesnous l'aumône de votre intercession. Ouvrez nos /eux sur les périls du monde, afin que nous traversions ses prospérités sans ivresse, et ses revers sans murmure. Souvenez-vous de la France qui vous a produite, et qui a droit à votre patronage. Un jour, la tombe qui recelait votre sainte dépouille fut violée par les impies, et des soupirs s'échappèrent de votre poitrine, au sentiment des malheurs de la patrie. C'était alors le prélude des maux qui depuis se sont appesantis sur la nation française ; mais du moins la cause de la foi trouva, dans ces temps, de généreux défenseurs, et l'hérésie fut contramte de reculer.
3 1 0 Le Temps de la Septiiagésime.
Maintenant, le mal est à son comble; toutes les erreurs dont le germe était renfermé dans la prétendue Réforme se sont développées, et menacent d'étouffer ce qui reste de bon grain. Àidez-nous, conservez la précieuse semence de vérité et de vertus qui semble prête à périr. Recommandez-nous à Marie, l'objet de votre tendre dévotion sur la terre, et obtenez-nous des jours meilleurs.
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CtlA CtiA ftlA CtiA ftiA CtiA CtlA <tî>. CtiA CtlA Ctï>t CV^A
ÉJA deux de ces quatre illustres Vierges dont le souvenir est associé aux mérites de l'Agneau, dans la célébration du Sacrifice, ont passé devant nous dans leur marche triomphale sur le Cycle de la sainte Eglise ; la troisième se lève aujourd'hui sur nous, comme un astre aux plus doux rayons. Après Lucie et Agnès, Agathe vient nous consoler par sa gracieuse visite. La quatrième, l'immortelle Cécile, se lèvera en son temps, lorsque l'année inclinant à sa fin, le ciel de l'Église paraîtra tout à coup resplendissant de la plus magnifique constellation. Aujourd'hui fêtons Agathe, la Vierge de Sicile, la sœur de Lucie. Que les saintes tristesses du temps où nous sommes n'enlèvent rien à la plénitude des hommages qui sont dus à Agathe. En chantant sa gloire, nous contemplerons ses exemples ; du haut du ciel elle daignera nous sourire, et nous encourager dans la voie qui seule peut nous ramener à celui qu'elle a suivi noblement jusqu'à la fin, et auquel elle est réunie pour jamais.
Lisons d'abord le récit que nous offre l'Eglise des vertus et des combats par lesquels s'est distinguée l'Epouse du Christ.
LA vierge Agathe, dont les] a catha virgo. in Si, villes de Palerme et de | /\ cilia nobilibus pa3i.
Le Temps de la Septuagésime.
rentibus nata, quam Panormitani et Catanenses civem suam esse dicunt, in persecutione Decii imperatoris Catanae gloriosi martyrii coronam consecuta est. Nam cum pari pulchritudinis et castitatis laude commendaretur. Quintianus, Sicilis prœtor. ejus amore captas est. Sed cum, tentata modis omnibus ejus pudicitia. Agatham in suam sententiam perducere non posset. christianœ superstitionis nomine comprehensam . AphrodisicE cuidam mulieri depravandam tradit. Quae Aphrodisiae consueîudine cum de constantia colendse christianaï fidei, et servandae virginitatis, removeri non posset, nuntiat illa Quintiano , se in Agatha operam perdere. Quare ille ad se virginera adduci jubet, et : Xonne. inquit. te pudet nobili génère natam hamilem et servilem Christianorum vitam agere ? Cui Agar.ha : Nlulto praestantior est christiana humiliias et servitus. regum opibus, ac superbia.
QUAMOBREM iratus prator hanc ei opCatane se disputent l'origine, naquit en Sicile de parents nobles, et obtint à Catane la couronne d'un glorieux martyre, sous la persécution de l'empereur Décius. Comme elle était également renommée pour sa beauté et pour sa pudeur, Quintianus. gouverneur de Sicile, s'éprit pour elle d'une violente passion. Après avoir tendu tous ses pièges à la chasteté d'A- gathe . n'ayant pu la faire consentir à ses désirs, il la fit arrêter comme étant engagée dans la superstition chrétienne, et la livra pour la corrompre à une femme nommée Aphrodise. La compagnie de cette femme n'ayant pu ébranler la fermeté d'A- gathe dans sa foi, ni sa résolution de garder la virginité, elle annonça à Quintianus que tous ses efforts avaient été inutiles. Le gouverneur se fait amener la vierge : « N'as-tu pas honte, lui ditil, étant d'une naissance illustre, de mener la vie basse et servile des Chrétiens ? » Agathe répondit : « L'humilité de la servitude chrétienne vaut mieux que tous les trésors et tout l'orgueil des rois. »
rrité , lui donne le choix, ou d'aT E gouverneur
Sainte Agathe, Vierge et Martyre. 3 13
dorer les dieux, ou de souffrir la rigueur des tourments. La vierge demeurant constante dans la foi, il lui fait donner des soufflets, après quoi on la conduit en prison. Elle en fut tirée le lendemain, et comme elle n'avait pas changé de sentiments , elle fut tourmentée sur le chevalet, avec l'application des lames ardentes ; on lui coupa ensuite la mamelle. Dans ce supplice, la vierge s'adressant à Quintianus : (I Cruel tyran, lui dit-elle, n'as-tu pas honte d'arracher à une femme ce que toi-même as sucé dans ta mère ? » On la remit en prison ; mais la nuit suivante elle fut guérie par un vieillard, qui lui dit être un des Apôtres de JésusChrist. Conduite de nouveau devant le gouverneur, et persévérant dans la confession du nom de Jésus-Christ, on la roula sur des têts déchirants et des charbons enflammés.
TOUT à coup au même moment un grand tremblement de terre ébranla toute la ville, et deu.x murailles en s'écroulant écrasèrent Silvin et Falconius, amis intimes du gouverneur. La ville étant en proie à une vive émotion, Quintianus . qui craignait quelque sédition dans le peuple, fait ramener secrètement Agathe demi-morte
tionem daî, velitne potius venerari deos, an vim tormentorum subire. At illa constans in fide , primum colaphis caesa mittitur in carcerem : unde postridie educta, cum in sententia permaneret, admotis candentibus laminis in equuleo torquetur : tum ei mamilla abscinditur. Quo in vulnere Quintianum appellans Virgo : Crudelis, inquit , tyranne , non te pudet. amputare in femina , quod ipse in matre suxisti ? Mox conjecta in vincula, sequenti nocte a sene qaodam, qui se Christi Apostolum esse dicebat, sanata est. Rursum evocata a praetore, et in Christi confessione perseverans . in acutis testulis, et candentibus carbonibus ei subjectis volutatur.
TJO tempore ingenti terraemotu urbs tota contremuit, ac duo rietes corruentes, Si num et Falconium intimos prœtoris familiares oppresserunt. Quare vehementer commota civitate, veritus populi tumultum Quintianus , Agatham semimortuam clam reduci imperat in
3i4 ^s Temps de la Septuagésime.
carcerem. Ouae sic Deum
rem. Qi
me custodistiab infantia. qui abstulisti a me amorem saeculi, qui me carnificum tormentis superiorem praestitisti. accipe animam meam, Ea in oratione migravit in cœ- lum nonis februarii : cujus corpus a Christianis sepelitur.
V fit
Seidans sa prison. Elle cette prière à Dieu : « gneur, qui m"aver gardée dès mon enfance, qui avez enlevé de mon cœur l'amour du monde , et qui m'avez fait surmonter la rigueur des tourments, recevez mon âme. » En finissant cette prière, elle passa de la terre au ciel, le jour des nones de février ; son corps fut enseveli par les chrétiens.
Les anciens livres liturgiques sont remplis de compositions poétiques en l'honneur de sainte Agathe; mais elles sont généralement assez faibles. Nous nous bornerons donc à donner ici la belle Hymne que lui a consacrée le Pape saint Damâse.
ARTYRis ecce dies Agathœ Virginis emicat eximiae : Christus eam sibi qua
sociat. Et diadema duplex décorât.
Stirpe decens. elegans
specie. Sed magis actibus atque
fide : Terrea prospéra nil reputans, Jussa Dei sibi corde ligans.
Fortior haec trucibusque viris,
VOICI le jour de la Martyre Agathe, le jour illuminé par cette illustre Vierge ; c'est aujourd'hui qu'elle s'unit au Christ, et qu'un double diadème orne son front.
Noble de race et remarquable en beauté, elle brillait plus encore par ses œuvres et par sa foi ; le bonheur de la terre ne fut rien à ses yeux ; elle fixa sur son cœur les préceptes de Dieu.
bras
s indomptable que le des bourreaux , elle
Sainte Agathe, Vierge et Martyre.
j> I .
livre à leurs fouets ses membres délicats ; sa mamelle arrachée de sa poitrine montre combien invincible est son courage.
Le cachot est pour elle un séjour de délices ; c'est là que Pierre le Pasteur vient guérir sa brebis; pleine de joie et toujours plus enflammée, elle court avec une nouvelle ardeur au-devant des tourments
Une cité païenne en proie à l'incendie l'implore et obtient son secours ; qu'elle daigne bien plus encore éteindre les feux impurs en ceux qu'honore le titre de chrétien
O toi qui resplendis au ciel comme l'Epouse, supplie le Seigneur pour les pauvres pécheurs ; que leur zèle à célébrer ta fête attire sur eux tes faveurs.
Gloire soit au Père, au Fils et à l'Esprit divin ; daigne le Dieu unique et tout-puissant nous accorder l'intercession d'Agathe. A- men.
Exposuitsua membra flagris : Pectore quam fuerit valido Torta mamilla docet patulo.
Deliciae cui carcer erat, Pastor ovem Petrus hanc
recréât : Inde gavisa magisque
flagrans, Cuncta flagella cucurrit
ovans.
Ethnica turba- rogum fugiens.
Hujus et ipsa meretur opem :
Quos fidei titulus décorât,
His Venerem magis ipsa premet.
Jam renitens quasi sponsa polo, Pro miseris supplica Domino : Sic tua festa coli faciat. Te celebrantibus ut faveat.
Gloria cum Pâtre sit Genito, Spirituique proinde Sacro : Qui Deus unus et omnipotens Hanc nostri faciat memorem. Amen.
3i6 Le Temps de la Septuagésime.
QUE vos palmes sont belles, 6 Agathe! Mais que les combats dans lesquels vous les avez obtenues furent longs et cruels ! Vous avez vaincu ; vous avez sauvé en vous la toi et la virginité; mais votre sang a rougi Tarène, et vos glorieuses blessures témoignent, aux yeux des Anges, du courage indoniptable avec lequel vous avez gardé fidélité à l'Epoux immortel. Après les labeurs des combats, vous vous tournez vers lui, et bientôt votre âme bénie s'élance dans son sein, pour aller )ouir de ses embrassements éternels. Toute l'Eglise vous salue aujourd'hui, 6 Vierge, o Martyre 1 Elle sait que vous ne l'oubliez )amais, 'et que votre inénarrable félicité ne vous read point indifférente à ses besoins. Vous êtes notre sœur; soyez aussi pour nous une mère. De longs siècles se sont écoulés depuis le jour où votre âme brisa son enveloppe mortelle, après ravoir sanctifiée par la pureté et la souffrance ; mais, hélas ! jusqu'aujourd'hui et toujours, sur cette terre, la guerre existe entre l'esprit et la chair. Assistez vos frères dans leurs combats ; ranimez dans leurs cœurs l'étincelle du feu sacré que le monde et les passions voudraient éteindre.
En ces jours où tout chrétien doit songer à se retremper dans les eaux salutaires de la componction, ranimez partout la crainte de Dieu qui veille sur les envahissements d'une nature corrompue, l'esprit de pénitence qui répare les faiblesses coupables, l'amour qui adoucit le joug et assure la persévérance. Plus d'une fois, votre voile virginal présenté aux torrents enflammés des laves
Sainte Agathe, Vierge et Martyre. 3iqui descendaient des flancs de l'Etna, les arrêta dans leur cours, aux yeux d'un peuple tout entier : opposez, il en est temps, la puissante influence de \os innocentes prières à ce torrent de corruption qui déborde de plus en plus sur nous, et menace d'abaisser nos mœurs au niveau de celles du paganisme. Le temps presse. 6 Agathe ! Secourez les nations infectées des poisons d'une littérature infâme ; détournez cette coupe vénéneuse des lèvres de ceux qui n'y ont pas goûté encore ; arrachez-la des mains de ceuj qui déjà y ont puisé la mort. Epargnez-nou la honte de voir le triomphe de l'odieux sen' sualisme qui s'apprête à dévorer lEurope, et déjouez les projets que l'enfer a conçus.
• -» * -t -t t -i
^aujourd'hui encore, c'est une des plus aimables Epouses du Christ qui vient nous consoler par sa présence : c'est Dorothée, la vierge naïve et courageuse qui sème les plus gracieux prodiges sur la route qui la conduit au martyre. Notre sainte religion nous offre seule ces admirables scènes, où Ton voit un sexe timide déployer une énergie qui surpasse quelquefois peut-être cetle que nous admirons dans les plus vaillants martyrs. On sent que Dieu se plaît à voir briser la tête de son ennemi sous la faiblesse même de ce pied que Satan redoute. Vinimitié que le Seigneur a scellée entre la femme et le seraient, produit dans les annales de l'Eglise ces luttes sublimes dans lesquelles l'Ange rebelle succombe, avec d'autant plus de honte et de rage, que son vainqueur lui semblait moins cïigne d'exciter ses alarmes. 11 doit savoir maintenant, après tant de rudes expériences, combien est redoutable pour lui la femme chrétienne; et nous qui comptons tant d'héroïnes parmi les ancêtres de notre grande famille, nous devons en être fîers et chérir leur mémoire. Appuyons-nous donc sur leur constante protection; elles sont
Sainte Dorothée, Vierge et Martyre. 3iq
puissantes sur lecœur de l'Epoux. Entre toutes, Dorothée occupe un des premiers rangs ; glorifions sa victoire, et méritons son secours.
p. OROTHEA virgo. in 1^ Caesarea Cappadociée. propcer Christi confessionem . ab Apricio illius provincis praefecto comprehensa. Crystae et Callistae sororibus quae a fide defecerant, tradita
proposito Sed ipsa
La Légende que lui a consacrée la Liturgie Romaine étant trop concise, nous empruntons les Leçons plus détaillées du Bréviaire des Frères-Prêctieurs.
DOROTHÉE, vierge de Césarée en Cappadoce, fut arrêtée par ordre d'Apricius. gouverneur de cette province, parce qu'elle confessait le nom de Jésus-Christ, et on la livra a deux sœurs, nommées Crysta et Callista, qui avaient abandonné la foi, afin quelles la fissent changer de résolution. Mais ce fut elle au contraire qui fit revenir les deux soeurs à leur ancienne foi ; c'est pourquoi elles furent jetées dans une chaudière, où elles périrent par le feu. Le gouverneur fit étendre Dorothée sur le chevalet ; mais il n'en obtint que ces paroles : « Jamais, dans toute ma vie. je nai goiité un bonheur pareil à celui que j'éprouve en ce moment. » Il ordonna donc de brûler les flancs de la vierge avec des torches ardentes, puis de la frapper longtemps au visage, enfin de lui trancher la tête.
OMME on la menait au supplice, elle dit ces
est. ut eam a removerent.
reduxir eas ad fidem propter quam in cupam missîe et incensae sunt. Dorotheam vero jussit praeses in catasta levari ; quae dixit ad illum : Nunquam in tota vita mea sic laetata sum sicut hodie. Tum ad ejus latera lampades ardentes apponi. dein faciem diutissime caedi . tandem caput gladic percuti praeses imperat.
£A porro dum duceretur ad suppliciun]
320 Le Temps de la Septuagésime.
dicente : Gratias tibi . amator Eniraarum. qui me ad Paradisum tuum vocasti, Theophilus quidam prassidis advocatus irridens : Eia tu. inquit. sponsa Ch'risti , mitte mihi de Paradiso sponsi tui mala. aut rosas. Et Dorothea respondit : Et plane ita faciam. Cum ante ictum breriter precari permissa esset, pulchra specie puer ante eam apparuit. ferens in orario tria mala. et très rosas. Cui illa ait : Obsecro ut feras ea Theophilo. Et mox gladio percussa perrexit ad Christum.
paroles ; « Recevez mes actions de grâces, ô ami des âmes, qui avez daigné m"appeler aux délices de votre Paradis. » Un certain ThéoI phile. officier du gouverneur,
I des pommes eu des roses. >
Et Dorothée lui répondit : « Je le ferai certainement. » Avant de recevoir le coup de la mort , ayant obtenu la permission de prier quelques instants, un enfant de la plus grande beauté apparut tout à coup devant elle, portant dans un linge trois pommes et trois roses. La sainte lui dit : t Portez, je vous prie, ceci à Théophile. » Elle eut ensuite la tête tranchée, et elle alla se réunir au Christ.
IGITUR cum Theophi lus irridens. promis- j sionem fanctse Dorotheas sodalibus narraret, tcct puer ante eum cum orario. in quo ferens tria mala magnifica. et très rosas elegantissimas, dixit ei : En sicut petenti promis it virgo sacratissima Dorothea. transmisit haec tibi de paradiso sponsi sui. Tum Theophilus stupens,quod esset februarius, et gelu cuncta rigerent, ea acAU moment même où Théophile racontait, en se ji.uant. à ses compagnons la promesse que Dorothée lui avait faite, voici que l'enfant se présente devant lui portant dans le linge trois pommes des plus belles, et trois roses des plus vermeilles, et lui dit : « Selon ta demande, la très sainte vierge Dorothée t'envoie ceci du jardin de son époux. > Comme on était au mois de février, et que la gelée sévissait sur toute la nature, Théophile fut saisi
Sainte Dorothée, Vierge et Martyre. 32 i
cepit. atque exclamavit : \'ere Deus Christus est. Sicque palam fidem Christi professas, gravissimum quoque pro ea martyrium strenue pertulit.
d'étonnement, et, en recevant ce qu'on lui présentait , il s'écria : « Le Christ est vraiment Dieu. 1) Cette profession publique de la foi chrétienne l'exposait à un cruel martyre, et il le souffrit courageusement.
P-armi les pièces liturgiques que contiennent en l'honneur de sainte Dorothée les Missels et les Bréviaires du moyen âge, nous choisirons la Prose suivante qui est d'origine allemande, et convient parfaitement au temps de la Septuagésime.
UNISSONS-NOUS dans un concert harmonieux ; avec mélodie et dans la joie de nos cœurs, faisons entendre un chant de triomphe.
Dans cette fête pleine d'allégresse, que les cœurs purs, que les voix les plus douces entonnent les louanges de Dorothée.
Servante du Christ, généreuse et sans tache, brillante lumière de ce monde, tu nous enivres d'un vin mvstérieux.
Habitante du Paradis, pour le mal tu rends le bien ; à un infidèle tu envoies les dons du ciel, des roses, des fruits odorants.
PS ALLAT concors symphonia. Laudes pangat harmonia, Cum sonora melodia Cordisque tripudio.
In hoc festo lastabundo Dorotheje, corde mundo. Sono plaudat vox jocundo,
Neumatum praeludio,
Generosa Christi verna Labe carens, et lucerna Mundo lucens, ac pincerna,
"Vina donans mystica.
Paradisi tu colona, Quae pro malo reddis
bona, Scribae mittis cœli dona
Rosas, mala pistica.
322 Le Temps de la Septuagésime.
\'itam ducens Angelorum, Dura in carne praïter
forum Garnis vivis, spernis torum \ iri propier Dominum.
Martyr Christi qu^
profanes
Deos sternis. ac paganos
Fide vestis. et sic
sanos
Mores facis hominum.
Tota manens speciosa, Veiut rubans fragrans
rose. Ad conflictum roborosa. Minante Fabricio.
Vinculata carceraris, In catasta cruciaris. ^'ultu cssa flagellaris.
Omni carens vitio.
Gens perversa malas spei Quam dum docesverbum
Dei. Lumen tua; faciei
Conterit cum baculis.
Furens auget tormentales Pœnas saevas et lethales, Dum mamillas virginales Tuas cremat faculis.
Tu as mené la vie des Anges ; soumise aux liens de la chair, tu n'en as pas senti le poids ; ton amour pour le Seigneur dédaigne les noces mortelles.
Martyre du Christ, tu foules aux pieds les dieux profanes, tu rends la foi à des âmes redevenues .païennes : en elles tu restitues la pureté des mœurs.
Dans l'éclat de ta beauté, tu es semblable à la rose vermeille et odorante ; ton courage brille dans le combat, sous les menaces de Fabricius.
On te charge de chaînes, tes membres sont étendus sur le chevalet, le bourreau te frappe au visage ; mais tu demeures exempte de toute souillure.
Une troupe perverse, pleine d'espérances coupables, loin d'écouter la parole de Dieu que ta bouche lui annonce, meurtrit sans pitié les traits où brille la lumière céleste.
Dans sa fureur, elle accroît encore les tortures cruelles auxquelles elle t'a soumise ; conduites par sa main, des torches ardentes dévorent ton sein virginal.
Sainte Dorothée, Vierge et Martyre. 323
A tes pieds, nous implorons ton secours ; sainte Martyre , donne-nous la crainte du péché . obtiensnous le temps de faire une vraie pénitence.
Vierge pleine de tendresse, efface nos péchés, nourris nos âmes, règle notre vie; empêche que. pour nos négligences, nous ne soyons condamnés par la loi redoutable.
Epouse du Christ, ô Dorothée, par tes mérites rendsnous le bonheur ; que nos cœurs coupables étant purifiés, nous devenions dignes de la récompense.
Apaise Dieu irrité contre nous, afin qu'il daigne, après cet exil, nous octroyer cette place que nous ambitionnons dans son sein, au plus haut des cieux.
Amen.
Supplicamus: nos tuere El peccata fac timere, Martyr sancta , confer verae
Tempus pœnitentiae.
Virgo bona. crimen terge, Victum dona , mores
rege, Ne damnemur gravi lege Causa negligentiae.
Sponsa Christi Dorothea, Tua nos virtute bea. Ut purgata mente rea,
Digni simus praemio.
Deum nobis fac placatum. Ut post hujus incolatum, Sed et locum det optatum In cœlesti gremio. Amen.
_ ^ous êtes tidèle à vos prainesses, 6 DoroY thée, et dans les jardins de votre Epoux céleste, vous n'oubliez pas les habitants de la terre. Théophile l'éprouva; mais le plus beau des présents qu'il vous plut de lui adresser, ne fut pas la corbeille de fleurs et de fruits qui dégageait votre parole; le don de la foi, la persévérance dans le combat, furent des biens autrement précieux. O \'ierge ! envoyez-nous donc des dons pareils. Nous avons besoin de courage pour rompre
324 Le Temps de la Septuagésime.
avec le monde et avec nos passions; nous avons besoin de nous convertir et de revenir à Dieu; nous sommes appelés à partager la félicité dont vous jouissez; mais nous ne pouvons plus y avoir accès que par la pénitence. Soutenez-nous, fortifiez-nous, afin que, au jour de la Pàque de votre Epoux, nos âmes lavées dans le sang de l'Agneau soient odorantes comme les beaux fruits du Ciel, vermeilles comme les roses que votre main cueillit en faveur d'un mortel.
i série des Martyrs est interrompue pour deux jours sur le Cycle sacré; nous fêtons aujourd'hui un des héros de la pénitence. Romuald, ange des forêts de Camaldoli. C'est un des tiis du grand patriarche Benoît ; père, après lui, d'une longue postérité. La filiation bénédictine se poursuit, directe, jusqu'à la fin des temps; mais du tronc de cet arbre puissant sortent en ligne collatérale quatre glorieux rameaux toujours adhérents, et auxquels l'Esprit-Saint a donné vie et fécondité pour de longs siècles; ce sont: Camaldoli
Car Romuald, Cluny par Odon, \'allûmreuse par Jean Gualbert, et Cîteaux par Robert de Molesmes.
Aujourd'hui, Romuald réclame nos hommages ; et si les Martyrs que nous avons déjà rencontrés, et que nous rencontrerons encore sur la route qui nous conduit à l'expiation quadragésimale, nous offrent un précieux enseignement par le mépris qu'ils ont fait de la vie, les saints pénitents, comme le grand Abbé de Camaldoli, nous présentent une leçon plus pratique encore. Ceux qui sont à Jésus-Christ, dit l'Apôtre, ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoi3-2 6 Le Temps de la Septuagésime.
iises ' ; c"est donc la condition commune de lout chrétien; mais quel puissant encouragement nous donnent ces généreux athlètes de la mortitication qui ont sanctifié les déserts par les œuvres héroïques de leur pénitence, enlevant ainsi toute excuse à notre lâcheté qui s'effraie des. légères satisfactions que Dieu exige pour nous rendre ses bonnes grâces! Acceptons la leçon qui nous est donnée, et offrons de bon cœur au Seigneur que nous avons offensé le tribut de notre repentir, avec les œuvres qui purifient les âmes.
Nous lirons maintenant le récit abrégé des actions de saint Romuaid, dans l'Office du iour de sa fête.
ROMUALDUs Ravennœ, Sergio pâtre nobili génère natus. adolescens in propinquum monasterium Classense, pœnitentiae causa secessit : ubi religiosi hominis sermone ad pietatis studium vehementius incensus. viso etiam semel et iterum per noctem in ecclesia beato Apollinari. quod Dei servus illi futurum promiserat, monachus efficitur. Mox ad Marinum, vitœ sanctitate ac severiore disciplina in finibus Venetorum eo tempore célébrera, se contulit. ut ad arctam et sublimemperROMUALD. né à Ravenne et fils de Sergius. homme de noble race, se retira dès sa jeunesse dans le monastère de Classe, proche de la ville, pour y faire pénitence. Les discours d"un saint re!igieu.K l'animèrent fortement à la piété, et à la suite de deux apparitions qu'il eut de saint Apollinaire, pendant la nuit, dans son église, il se fit moine selon la prédiction que lui en avait faite ce serviteur de Dieu. Peu après, il se»rendit auprès d'un personnage nommé Marin, qui était célèbre par la sainteté et l'austérité de sa vie, sur les terres des Vénitiens, désirant l'avoir pour maître et
Saint Romuald, Abbé.
pour guide dans le chemin étroit et sublime de la perfection.
T L eut à souffrir les em*■ bûches de Satan et l'envie de la part des hommes; mais il s'en montrait d'autant plus hum.ble , s'exerçant assidûment aux jeûnes et à la prière. Lorsqu'il se livrait à la contemplation des choses célestes, il répandait d'abondantes !arme> ; mais il ne laissait pas d'avoir toujours le visage si joyeux, qu'il réjouissait tous ceux qui le considéraient. Il fut en grand honneur auprès des princes et des rois, et plusieurs par son conseil renoncèrent aux attraits du monde et se retirèrent dans la solitude. Enflammé du désir du martyre, il partit pour la Pannonie, dans l'espoir de l'y rencontrer; mais une maladie qui le tourmentait à mesure qu'il avançait, et qui le quittait lorsqu'il revenait sur ses pas, l'obligea de s'en retourner.
Tl éclata par des miracles durant sa vie et après sa mort, et il eut aussi l'esprit de prophétie. Gomme le Patriarche Jacob, il vit une cchelle qui s'élevait de la ferre au ciel, et par laquelle montaient et descendaient des hommes vêtus de blanc ; et il reconnut que cette vision
fectionis viam eo magistro ac duce uteretur.
^ ULTis Satanœ insi* * diis, et hominum invidia oppugnatus, tanto humilior se assidue jejuniis et oralionibus exercebat, et rerum cœ- lestium meditatione, vim lacrvmarum profundens fruebatur : vultu tamen adeo laeto semper erat, ut intuentes exhilararet. Magno apud principes et reges in honore fuit, multique ejus consilio, muiidi illecebrisabjectis, solitudinem petierunt. Martyrii quoque cupiditate flagravit, cujus causa dum in Pannoniam proficiscitur, morbo quo afflictabatur cum progrederetur, levabatur cum recederet . reverti cogiiur.
Tn vita et post mortem •'■ miraculis clarus, spiritu etiam prophétise non caruit. Scalam a terra cœlum pertingentem in similitudinem Jacob Patriarche, per quam hnmines in veste candidu ascendebant et descend^- bant. per vi<um con>pc32 8 Le Temps de la Septuagésime.
merveilleuse désignait les moines Camaldules dont il a été l'instituteur. Enfin, après avoir vécu cent vingt ans, et servi Dieu pendant cent ans par la vie la plus austère, il alla au ciel, l'an du salut mil vingt-sept. Son corps fut trouvé dans son intégrité, cinq ans après qu'il eut été enseveli, et on le déposa avec honneur dans l'Eglise de son Ordre à Fabriano.
xit. eoque Camaldulenses monachos. quorum instituti auctor fuit, designari mirabiliter agnovit. Denique cum annos centum et vi.ginti ageret. et centum ipsos in summa vitas asperitate Deo servisset, ad eum migravit anno salutis millesimo vigesimo septimo. Ejus corpus quinquennio postquam sepultum fuerat, integrum repertum, Fabriani in Ecclesia sui Ordinis honorifice conditum est.
AMI de Dieu, Romuald, que votre vie a été différente de la nôtre! Nous aimons le inonde et ses agitations; c'est à peine si la pensée de Dieu traverse quelquefois nos journées d'un fugitif souvenir; plus rarement encore est-elle le mobile de nos actions. Cependant chaque heure qui s'écoule nous approche de ce moment où nous nous trouverons en face de Dieu, chargés de nos œuvres bonnes et mauvaises, sans que rien ne puisse plus moditîer la sentence que nous nous serons préparée. Vous n'avez pas entendu ainsi la vie, ô Romuald ! 11 vous a semblé qu'une pensée unique devait la remplir tout entière, un seul intérêt la préoccuper, et vous avez marché constamment en présence de Dieu. Pour n'être pas distrait de ce grand et cher objet, vous avez cherché le désert; là, sous la règle du saint Patriarche des moines, vous avez lutté contre le démon et la chair; vos larmes ont lavé vos péchés,
Saint Romiiald, Abbé. 32g
si légers en comparaison des nôtres ; votre cœur, régénéré dans la pénitence, a pris son essor d'amour vers le Sauveur des hommes, et vous eussiez voulu lui offrir jusqu'à votre sang. Vos mérites sont notre bien aujourd'hui, par cette heureuse communion que le Seigneur a daigné établir entre les plus saintes âmes et nous pécheurs. Aidez-nous donc dans la carrière de pénitence qui commencera bientôt; nous avons tant besoin de mettre la faiblesse de nos œuvres à couvert sous la plénitude des vôtres ! Au fond de votre solitude, sous les ombrages de votre Eden de Camaldoli, vous aimiez les hommes vos frères, et jamais ils n'approchèrent de vous sans être captivés par votre aimable et douce charité : m.ontrez-leur que vous les aimez toujours. Souvenez-vous aussi de l'Ordre que vous avez fondé; fécondez ses restes vénérables, et faites qu'il soit toujours aux âmes que le Seigneur y appelle une échelle sûre pour monter jusqu'à lui.
-^^^^AGUÈRE, nous célébrions la mévi^h^R moire de Pierre Nolasque. appelé ^gV^ par la très sainte Mère de Dieu à ^^.^1 fonder un Ordre destiné au rachat des chrétiens captifs chez les intidèles; aujourd'hui, nous avons à honorer l'homme généreux qui fut le premier favorisé de celte sublime pensée, et établit, sous le nom de la très sainte Trinité, une société religieuse dont les membres s'engagèrent à mettre leurs efforts, leurs privations, leur liberté, leur vie, au service des pauvres esclaves qui gémissaient sous le joug des Sarrasins. L'Ordre des Trinitaires et celui de la Merci, quoique distincts, sont frères dans leur but et dans l'intention qui les a produits; leurs résultats, en six siècles de durée, ont été de rendre à leurs familles et à leur patrie plus d'un million d'hommes, dont ils préservaient en même temps la foi des périls de l'apostasie. C'est en France, près de Meaux, que Jean de Matha, assisté de son fidèle coopérateur Félix de Valois, qui paraîtra à son tour sur le Cycle dans la dernière partie de l'année, établit le centre de son œuvre à jamais bénie. En ces jours de préparation au Carême, où nous avons besoin de ravivei; en nous la flamme de la charité envers ceux qui souffrent, quel plus admirable moSaint Jean de Matha, Confesseur. 33 1
son Ordre
dèle que Jean de Matha, que tout entier, qui n'a eu d'autre raison d exis tence que le désir d'aller arracher aux horreurs de l'esclavage des frères inconnus qui languissent chez les barbares ! Est-il une aumône, si généreuse qu'elle soit, qui ne s'etface, quand on la compare au dévouement de ces hommes qui s'obligent par leurs règles non seulement à parcourir la chrétienté pour y recueillir les deniersàl'aide desquels ils rendront la liberté aux esclaves, mais à prendre tour à tour les fers de quelqu'un de ces infortunés, afin d'accroître le nombre des rachetés ? N'est-ce pas, autant que la faiblesse humaine le peut permettre, imiter à la lettre l'exemple du Fils de Dieu lui-même, descendant du ciel pour être notre Rédempteur ? Animés par de tels modèles, nous entrerons plus volontiers encore dans les intentions de l'Eglise qui nous recommandera bientôt les œuvres de miséricorde comme l'un des éléments essentiels de la pénitence quadragésimale.
Mais il est temps de lire le récit que la Liturgie nous offre des vertus de l'homme apostolique, à qui l'Eglise et l'humanité sont redevables en partie de tant d'héroïques services.
JEAN de Matha, instituteur de l'Ordre de la très sainte Trinité pour la Rédemption des captifs, naquit à Faucon en Provence, de parents considérables par leur noblesse et par leur piété. Il fit ses études à Aix, puis à Paris,
J CANNES de Matha. Ordinissanctissima Trin i t a t i s Redemptionis captivorum institutor , Falcnne in Proviacia natus est parentibus pietate et nobilitate conspicuis. Studiorum causa
332 Le Temps de la Septuagésime.
Aquas Sextias, mox Parisiûs profectus, confectoque theologiae curriculo , magisterii lauream adeptus. doctrinœ et virtutum splendore enituit; quibus motus Parisiensis Antistes, ad sacrum presbyteratus ordinem. pras humilitate reluctantem promovit. eo consilio, ut in ea civitate commorans, sapientiae et moribus. studiûsae juventuti prseluceret. Cum autem in sacello ejusdem episcopi, ipso cum aliis adstante, primum Deo Sacrum offerret, cœlesti fa%-ore meruit recreari. Nam Angélus candida et fulgenti veste indutus, cui in p&ctore crux rubei et casrulei coloris assuta erat. brachiis cancellatis, et super duos captives ad latera positos. christianum unum, allerum Maurum, extensis apparuit. Qua visione in exstasim raptus.intellexit protinus vir Dei, se ad redimendos ab infidelibus captivos destinari.
Ouo vero maturius in re tanti nomenti procederet, in solitudinem secessit ; ibique divine nutu factum est, ut Felicem Valesium in ipsa eremo jam multis
où, après avoir achevé le cours de théologie, il reçut le bonnet de docteur. L'éclat de ses vertus et de sa science porta l'évêque de Paris, malgré l'humble résistance de Jean, à lui conférer l'ordre sacré de la prêtrise, afin que, pendant le séjour qu'il ferait dans cette ville, il fiit par sa sagesse et par sa conduite un flambeau lumineux pour les jeunes étudiants. Comme il célébrait sa première Messe dans la chapelle de l'évéqùe, en présence du prélat et d'autres personnes, il fut honoré d'une faveur céleste. Un Ange lui apparut vêtu d'un habit d'éclatante blancheur, portant sur la poitrine une croix rouge et bleue, et tenant les bras croisés et étendus sur deux captifs placés à ses côtés, l'un chrétien et l'autre maure. Cette vision ravit l'homme de Dieu en extase, et il comprit aussitôt qu'il était destiné pour racheter les captifs des mains des infidèles.
POUR se conduire avec plus de maturité dans une affaire de cette importance, il se retira dans une solitude, où. par l'ordre de la divine Providence, il trouva Félix de Valois qui habitait déjà le
Saint Jean Je Mat/ia, Confesseio-. 333
même désert depuis beaucoup d'années. Il se lia de société avec lui, et s'exerça pendant trois ans à la prière, à la contemplation et à la pratique de toutes les vertus. Comme ils s'entretenaient un jour des choses divines au bord d'une fontaine, un cerf s'approcha d'eux, portant entre ses cornes une croix de couleur rouge et bleue, Félix avant paru surpris de la nouveauté de ce spectacle, Jean lui raconta la vision qu'il avait eue à sa première Messe. Ils s'appliquèrent donc tous deux avec plus de ferveur à la prière, et. après en avoir reçu trois fois l'avertissement en songe, ils résolurent de partir pour Rome, afin d'obtenir du Souverain Pontife l'institution d'un nouvel Ordre pour le rachat des captifs. Innocent III. qui avait été élu peu de temps auparavant, les reçut avec bonté, et pendant qu'il délibérait sur leur projet, en la seconde fête de sainte Agnès, durant la Messe solennelle dans l'Eglise de Latran. au moment de l'élévation de la sainte Hostie, un Ange vêtu de blanc, avec une croix de deux couleurs, lui apparut sous les traits d'un homme qui racheté des captifs. Le Pontife, encouragé par cette vision, approuva l'institut, et voulut qu'on l'appelât l'Ordre de la très
annis degentem repererit. Cum quo inita societate, se per triennium in oratione et contemplatione, omniumque virtutum studio exercuit. Contigit autem. ut dum secum de rébus divinis prope fontem colloquerentur, cervus ad eos accesserit. crucem inter cornua gerens, rubei et caerulei coloris. Cumque Félix ob rei novitatem miraretur , narravit ei Joannes visionem in prima Missa habitam : et exinde ferventius orationi incumbeates. ter in somnis admoniti . Rornam proficisci decreverunt, ut a summo Pontifice novi Ordinis pro redimendis captivis institutionem impetrarent. Electus fuerat eo tempore Innocentius Tertius : qui. illis bénigne acceptis. dum secum de re proposita deliberaret, in festo sanctae Agnetis secundo, Laterani intra Missarum solemnia, ad sacrae Kostias elevationem. Angélus ei candida veste . cruce bicolori , specie redimentis captivos apparuit. Quo viso, Pontifex institutum approbavit, et novum Ordinem sanctissimae Trin i t a t i s Redemptionis
334 ^^ Temps de la Septuagesime.
captivorum vocari lussit, ejusque professoribus albas vestes , cum cruce rubei et caerulei coloris prsebuit.
SIC stabilito Ordine , sancti fundatores in Galliam redierunt ; primoque cœnobio Cervi Frigidi in diœcesi Meldensi constructo. ad ejus regimen Félix remansit. et Joannes Romara cum aliquot sociis reversus est, ubi Innocentius domum, ecclesiam, et hospitale saocti Thomce de Formis in monte Cœlio eis donavit, cum multis redditibus et possessionibus. Datis quoque litteris ad Miramolinum regem Marochii, opus redemptionis felici auspicio inchoatum fuit. Tum ad Hispanias , sub jugo Sarracenorum magna ex parte oppressas, Joannes profectus est , regumque , principum atque aliorum fidelium animes ad captivorum et pauperum commiserationem commovit. Monasteria œdificavit , hospitalia erexit, magnoque lucro animarum plures captivos redemit. Romam tandem reversus, sanctisque operibus insainte Trinité de la Rédemption des captifs . décrétant que ceux qui en feraient profession porteraient un habit blanc, avec une croix rouge et bleue.
L "Ordre étant ainsi établi, les saints fondateurs s'en retournèrent en France, et bâtirent leur premier monastèr à Cerfroid. dans le diocèse de Meaux. Félix demeura pour le gouverner, et Jean repartit pour Rome avec quelques-uns de ses compagnons. Innocent III leur donna la maison, l'église et l'hospice de Saint-Thomas de Formis, sur le mont Coelius, avec plusieurs revenus et possessions. Il leur donna aussi des lettres pour l'émir qui régnait à Maroc, et l'œuvre de la Rédemption des captifs commença sous d'heureux auspices. Jean se dirigea ensuite sur l'Espagne dont une grande partie gémissait encore sous le joug des Sarrasins, et il inspira aux rois, aux princes et aux autres fidèles la plus grande compassion envers les captifs et les pauvres. Il bâtit des monastères, éleva des hospices, et racheta par luimême beaucoup de captifs, avec un grand avantage pour leurs âmes. De retour à Rome, il s'appliqua avec ardeur ^ux œuvres saintes ,
Saint Jean de Matha, Confesseur. 33
épuisé de fatigues et par une grande maladie, enflammé du plus ardent amour de Dieu et du prochain, il fut réduit à l'extrémité. Ayant fait assembler les frères, il les exhorta avec ardeur à continuer cette œuvre de la Rédemption que le ciel même avait révélée ; après quoi il s'endormit dans le Seigneur, le seize des calendes de janvier, l'an du salut rail deux cent treize. Son corps fut enseveli avec l'honneur convenable dans l'église même de Saint-Thomas de Forints.
cumbens, assiduis laboribus attritus, et morbo confectus , ardentissimo Dei et proximi amore exaestuans, ad extremum devenit. Quare fratribus convocatis , eisque ad opus Redemptionis cœ- lilus praemonstratum efficaciter cohortatis. obdormivit in Domino, sexto decimo calendas januarii, anno salutis millesimo ducentesimo decimo tertio, ejusque corpus in ipsa ecclesia Sancti Thomas de Formis condigno honore tumulatum fuit.
-OUÏSSEZ maintenant du fruit de votre déJ vouement pour vos frères, 6 Jean de Matha! Le Rédempteur du monde voit en vous une de ses plus fidèles images, et il se plaît à honorer aux yeux de toute la cour céleste les traits de ressemblance que vous avez avec lui. C'est à nous sur la terre de suivre vos traces, puisque nous espérons arriver au même terme. La charité fraternelle nous y conduira; car nous savons que les œuvres qu'elle inspire ont la vertu d'arracher l'âme au péché i. \'ous l'avez comprise telle qu'elle est dans le cœur de Dieu, qui aime nos âmes avant nos corps, et qui cependant ne dédaigne pas de subvenir aux besoins de ceux-ci. Emu des périls que couraient tant d'âmes exposées au danger de l'apostasie, vous êtes accouru à leur aide,
I. Eccli. nu 33.
33Ô Le Temps de la Septuagésime.
et vous leur avez fait comprendre tout le prix d'une religion qui suscite de tels dévouements. \'ous avez compati aux souffrances de leurs corps, et votre main généreuse a fait tomber les chaînes sous le poids desquelles Us languissaient. Enseignez-nous à imiter de tels exemples. Que les périls auxquels sont exposées les âmes de nos frères ne nous trouvent plus insensibles. Faites-nous comprendre cette parole d'un Apôtre : « Celui « qui aura retiré un pécheur des erreurs de sa « voie, en même temps qu'il sauvera l'àme « de celui-ci, couvrira la multitude de ses pro« près péchés i. » Donnez-nous part aussi à cette tendresse compatissante qui nous rendra généreux et empressés à soulager les maux que nos frères souffrent dans leurs corps, et qui sont trop souvent pour eux l'occasion de blasphémer Dieu et sa Providence. Libérateur des hommes, souvenez-vous en ces jours de tous ceux qui gémissent par le péché sous la captivité de Satan, de ceux surtout qui, dans l'ivresse des illusions mondaines ne sentent plus le poids de leurs chaînes et, dorment tranquillement dans leur esclavage. Convertissez-les au Seigneur leur Dieu, afin qu'ils recouvrent la véritable liberté. Priez pour la France votre patrie, et maintenez-la au rang des nations fidèles. Protégez enfin les restes précieux de l'Ordre que vous avez fondé, afin que, l'objet de son antique dévouement ayant pour ainsi dire cessé aujourd'hui, il puisse encore servir aux besoins de la société chrétienne.
1. Jacob. V, 20.
<ti>». CtlA CtiA itlA «TiA CTiA Oy«. CtlA r5^ ftUk Ct» CtiA
E mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta race et la sienne ; elle t'écrasera la tête , et tu chercheras à la « mordre au talon L » Cette parole qui fut dite au serpent dans les jours que l'Eglise rappelle maintenant à la pensée de ses fils, domine l'histoire entière du monde. La femme, tombée la première par la ruse de Satan, s'est aussi, en Marie, relevée la première. Dans son immaculée Conception, dans son enfantement virginal, dans l'offrande qu'elle fit à Dieu de l'Adam nouveau sur la montagne d'expiation, la nouvelle Eve a montré à l'antique ennemi la puissance de son pied victorieux. Aussi l'ange révolté, devenu u prince du monde autrefois par la complicité de l'homme -, a-t-il sans cesse, dès lors, dirigé contre la femme qui triompha de lui les forces réunies de son double empire sur les légions infernales et les fils de ténèbres. Marie, au ciel, poursuit la lutte qu'elle commença sur la terre. Reine des esprits bienheureux et des fils de lumière, elle mène au combat, comme une seule armée,
33 s Le Temps de la Septiiagésime.
les phalanges célestes et les bataillons de l'Eglise militante. Le triomphe de ces troupes fidèles est celui de leur souveraine : Técrasement continu de la tête du père du mensonge, par la défaite de l'erreur et l'exaltation de la vérité révélée, du Verbe divin, fils de Marie et Fils de Dieu.
Mais jamais cette exaltation du Verbe divin n'apparut plus intimement liée au triomphe de son auguste mère, que dans le combat mémorable où le pontife proposé en ce jour à nos hommages reconnaissants eut une part si glorieuse. Cyrille d'Alexandrie est le Docteur de la maternité divine, comme son prédécesseur, Athanase, avait été celui de la consubstantialité du Verbe; l'Incarnation repose sur les deux ineffables mystères qui furent, à un siècle de distance, l'objet de leur confession et de leurs luttes. Comme Fils de Dieu, le Christ devait être consubstantiel à son Père ; car la simplicité infinie de l'essence divine exclut toute idée de division ou de partage : nier en Jésus, Verbe divin, l'unité de substance avec son principe, était nier sa divinité. Comme fils de l'homme en même temps que vrai Dieu de vrai Dieu i, Jésus devait naître ici-bas d'une fille d'Adam, et cependant rester dans son humanité une même personne avec le Verbe consubstantiel au Père : nier dans le Christ "cette union personnelle des deux natures, était de nouveau méconnaître sa divinité; c'était proclamer du même coup que la Vierge bénie, vénérée jusque-là comme ayant enfanté Dieu
I. Symbol. Nie.
s. Cyrille et A lexandrie, Ev. et Doct. .33 g
dans la nature qu'il avait prise pour nous sauver, n'était que la mère d'un homme.
Trois siècles de persécution furieuse avaient essayé vainement d'arracher à l'Eglise le désaveu de la divinité de l'Epoux. Le monde cependant venait à peine d'assister au triomphe de l'Homme-Dieu. que déjà l'ennemi exploitait la victoire; mettant à protît l'état nouveau du christianisme et sa sécurité du côté des bourreaux, il allait s'efforcer d'obtenir désormais sur le terrain de la fausse science le reniement qui lui avait été refusé dans l'arène du martyre. Le zèle amer des hérétiques pour réformer la croyance de l'Eglise allait servir l'inimitié du serpent, et concourir plus au développement de sa race maudite que n'avaient fait les défaillances des apostats. Bien digne par son orgueil d'être, à i'àge de la paix, le premier de ces docteurs de l'enfer, Arius parut d'abord, portant le débat jusque dans les profondeurs de l'essence divine, et rejetant au nom de textes incompris le consubstantiel. Au bout d'un siècle où sa principale force avait été l'appui des puissances de ce monde, l'arianisme tombait, ne gardant de racine que chez les nations qui"^ récemment baptisées, n'avaient point eu à verser leur sang pour la divinité du Fils de Dieu. C'est alors que Satan produisit Xestorius.
Habile à se transformer en ange de lumière 1, l'ancien ennemi revêtit son apôtre d'une double auréole menteuse de sainteté et de science ; l'homme qui devait exprimer
^40 Le Temps de la Septuagcsime.
plus nettement qu'aucun autre la haine du serpent contre la femme et son fruit, put s'asseoir sur le siège épiscopal de Constantinople aux applaudissements de l'Orient tout entier, qui se promettait de voir revivre en lui l'éloquence et les vertus d'un nouveau Chrysostome. Mais la joie des bons fut de courte durée. En l'année même qui avait vu l'exaltation de l'hypocrite pasteur, le jour de Noël 428. Nestorius, profitant du concours immense des fidèles assemblés pour fêter l'enfantement de la Vierge-mère, laissait tomber du haut de la chaire épiscopale cette parole de blasphème : « Marie n'a point en«. fanté Dieu; son fils n'était qu'un homme, « instrument de la divinité, w Un frémissement d'horreur parcourut à ces mots la multitude; interprète de l'indignation générale, le scolastique Eusèbe, simple laïque, se leva du milieu de la foule et protesta contre l'impiété. Bientôt, une protestation plus explicite fut rédigée au nom des membres de cette Eglise désolée, et répandue à nombreux exemplaires, déclarant anathème à quiconque oserait dire : « Autre est le Fils unique du <- Père, autre celui de la vierge Marie. » Attitude généreuse, qui fut alors la sauvegarde de Byzance. et lui valut l'éloge des conciles et des papes 1 Quand le pasteur se change en loup, c'est au troupeau à se défendre tout d'abord. Régulièrement sans doute la doctrine descend des évéques au peuple fidèle, et les sujets, dans l'ordre de la foi, n'ont point à juger leurs chefs. Mais il est dans le trésor de la révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même
5. Cyrille d'Alexandrie, Kv. et Doct. ^41 de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée. Le principe ne change pas, qu'il s'agisse de croyance ou de conduite, de morale ou de dogme. Les trahisons pareilles à celle de Nestorius sont rares dans l'Eglise ; mais il peut arriver que des pasteurs restent silencieux, pour une cause ou pour l'autre, en certaines circonstances où la religion même serait engagée. Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur seul baptême, en de telles conjonctures, l'inspiration d'une ligne de conduite; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent pour courir à l'ennemi, ou s'opposer à ses entreprises, un programme qui n'est pas nécessaire et qu'on no. doit point leur donner.
Cependant l'émotion produite par les blasphèmes de Nestorius agitait tout l'Orient, et gagna bientôt Alexandrie. Cyrille occupait alors la chaire fondée par Marc au nom de Pierre, et décorée de l'honneur du second siège par la volonté de ce chef des Eglises. L'accord d'Athanase et des pontifes romains avait, au siècle précédent, vaincu l'arianisme; c'était l'union d'Alexandrie avec Rome qui de\ait, cette fois encore, écraser l'hérésie. Pourtant l'ennemi, instruit par l'expérience, avait mis à prendre les devants une prévoyance toute infernale ; au jour où le futur vengeur de la Mère de Dieu était monté sur le siège de saint Athanase, l'alliance si formidable au démon n'existait plus. Théophile, le dernier patriarche, l'auteur principal de la condamnation de saint Jean Chrvsostome au
34- ^^ 7'emps de la Septuagésime.
conciliabule du Chêne, avait refusé jusqu'à la tin de souscrire à la réhabilitation de sa victime par le Siège apostolique, et Rome avait dû rompre avec sa tille aînée. Or Cyrille était le neveu de Théophile ; il ne connaissait rien des motifs inavouables de son oncle en cette triste affaire; habitué dès l'enfance à vénérer en lui son légitime supérieur autant que son bienfaiteur' et son maître dans la science sacrée, Cyrille, devenu patriarche à son tour, n'eut même pas la pensée de rien changer aux décisions de celui qu'il regardait comme un père : Alexandrie resta séparée de l'Eglise romaine. Véritablement pareil au serpent, dont la bave empoisonne tout ce qu'elle touche, Satan avait donc tourné à son profit contre Dieu les plus nobles sentiments. Mais Notre-Dame, amie des cœurs droits, n'abandonna pas son chevalier. Au bout de quelques années dont les traverses apprirent au jeune patriarc'ne à connaître les hommes, un saint moine, Isidore de Péluse, ouvrait pleinement ses yeux à la lumière; Cyrille, convaincu, n'hésitait pas à rétablir siir les diptyques sacrés le nom de Jean Chrysostome. La trame ourdie par l'enfer était dénouée : pour les nouvelles luttes de la foi qui allaient s'engager en Orient, Rome retrouvait sur les bords du Nil un nouvel Athanase.
Ramené par un moine dans les sentiers de la sainte unité, Cyrille voua aux solitaires une atfection pareille à celle dont les avait entourés son illustre prédécesseur. Il les choisit pour confidents de ses angoisses, au premier bruit des impiétés nestoriennes ;
'Cyrille d'Alexandrie, Êv. et Doct. 343
dans une lettre devenue célèbre, c'est leur foi qu'il veut éclairer la première sur le danger qui menace les Eglises. « Car, leur dit-il, « ceux qui ont embrassé dans le Christ Ten« viable et noble vie qui est la votre, doivent « premièrement briller par l'éclat d'une foi « sans équivoque et non diminuée, et gref« fer ensuite sur cette foi la vertu; cela fait, (( ils doivent mettre leur opulence à dévelop(( per en eux la connaissance du mystère du « Christ, tendant par tous les eftorts à en <( acquérir l'intelligence la plus parfaite. « C'est ainsi que je comprends, a)oute le « saint Docteur, la poursuite de l'homme « parfait dont parle l'Apôtre i, la manière « d'arriver à la mesure du Christ et à sa «. plénitude - ».
Le patriarche d'Alexandrie ne devait pas se contenter d'épancher son âme avec ceux dont l'assentiment lui était assuré d'avance. Par des lettres où la mansuétude de l'évéque ne le cède qu'à la force et à l'ampleur de son exposition doctrinale, Cyrille tenta de ramener Nestorius. Mais le sectaire s'opiniàtrait; à défaut d'arguments, il se plaignit de l'ingérence du patriarche. Comme toujours en "pareille circonstance, il se trouva des hommes d'apaisement qui , sans partagerson erreur, estimaient que le mieux eût été en effet de ne pas lui répondre, par crainte de l'aigrir, d'augmenter le scandale, de blesser en un mot la charité. A «ces hommes dont la vertu singulière avait la propriété de