L'Année liturgique — La Septuagésime (t. 4) (page 5)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 4, éd. 1911 (OCR) · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

42 4 Le Temps de la Septuagésimc.

quod patior : illic autem alius erit in me qui palietur pro me ; quia et ego pro illo passura sum. Ita enixa 'est puellam , quam sibi quaedam soror in filiam educavit.

arrachait des plaintes , un guichetier lui dit : « Si tu te « plains déjà, que feras-tu H quand tu seras exposée aux « bêtes, que tu as bravées « cependant en refusant de « sacrifier ? » Elle lui répondit :« Maintenant, c'est moi qui souffre : mais alors il ç y en aura un autre qui souffrira pour moi, parce que «je devrai souffrir pour lui. w Elle accoucha donc dune fille qui fut adoptée par l'une de nos sœurs.

ILLUXIT dies victoriae illorum : et processerunt de carcere in amphitheatrum , quasi in cœlum , hilares, vultu decori : si forte, gaudio paventes , non timoré. Sequebatur Perpe tua placido vultu. et pedum ince-su ut matrona Christi dilecta : vigorem oculorum suorum dejiciens ab omnium conspectu. Item Félicitas , salvam se peperisse gaudens, ut ad bestias pugnaret. II- lis ferocissimam vaccam diabôlus praeparavit. Itaque reticulis indutae producuntur. Inducitur prier Perpétua. Jactata est et concidit in lumbos : et ut conspexit tunicam a latere discissam. ad velamentum femorum adduxit, pudoris pofius memor quam doloris. Dehinc requisita et dispersos capillos infibulavit. Non enim decebat marLE jour de la victoire étant arrivé, les martyrs partirent de la prison pour l'amphithéâtre comme pour le ciel, avec un visage gai et d'une beauté céleste, émus de joie et non de crainte. Perpétue s'avançait la dernière ; ses traits respiraient la tranquillité, et sa démarche était digne comme celle d'une noble matrone chérie du Christ. Elle tenait les yeux baissés, pour en dérober l'éclat aux spectateurs. Félicité était près d'elle, remplie de joie d'avoir accompli ses couches assez à temps pour pouvoir combattre les bétes. C'était une vache très féroce que le diable leur avait préparée. On les enveloppa chacune dans un filet pour les exposer à cette bête. Perpétue fut exposée la première. La bête la lança en l'air, et la laissa retomber sur les reins. La martyre revenue à elle, et s'apercevant que sa robe était déchirée le long de sa cuisse.

Saintes Perpétue et Félicité, Martyres. 42 5

la rejoignit proprement, plus jalouse de la pudeur que sensible à ses souffrances. On la ramena pour recevoir un nouveau choc ; elle renoua alors ses cheveux qui s'étaient détachés ; car il ne convenait pas qu'une martyre, en son jour de victoire, parût les cheveux épars. et montrât un signe de deuil dans un moment si glorieux. Quand elle fut relevée, ayant aperçu Félicité, que le choc'avait toute brisée, étendue par terre, elle alla à elle, et lui donnant la main, elle la releva. Elles se présentèrent pour recevoir une nouvelle attaque ; mais le peuple se lassa d'être cruel, et on les conduisit vers la porte Sana-Vivaria. Alors Perpétue , sortant comme d'un sommeil, tant l'extase de son esprit avait été profonde, et regardant autour d'elle, dit. au grand étonnement de tous : « Quand donc « nous exposera-t-on à cette <c vache furieuse ? » Lorsqu'on lui raconta ce qui était elle ne put le croire

tyrem dispersis capillis pati : ne in sua gloria plangere videretur. Ita surrexit : et elisam Felicitatem quum vidisset. accessit et manum ei tradidit, et sublevavit illam. Et ambae pariter steterunt : et populi duritia devicta revocatas sunt in .portamSanevivariam. II- lic Perpétua , quasi a somno expergita , adeo in spiritu et extasi fuerat. circumspicere coepit ; et stupentibus omnibus, ait : Quando producimur ad vaccam illam, nescio. Et quum audisset quod jam evenerat, non prius credidit, nisi quasdam notas vexationis in corpore et habitu suo recognovisset. Exinde acctrsitum fratrem suum, et catechumenum Rusticum nomine . allocuta est eos. dicens : In fide State, et invicem omnes diligite ; et passionibus nostris ne scandalizemini.

arrive

qu'après avoir vu sur son corps et sur ses vêtements les traces de ce qu'elle avait souffert. Alors, faisant approcher son frère et un catéchumène nommé Rusticus, elle leur dit : « Demeurez fermes dans la foi, aimez-vous les i( uns les autres et ne soyez pas scandalisée de nos « souffrances. »

QUANT à Sécundulus , Dieu l'avait retiré de ce monde, pendant qu'il était

SECUNDULUM Deus maturiore exitu de saîculo adhuc in carcere evoca -

Le Temps de la Septuagésime.

verat. Saturninus et Revocatus leopardum expert!, etiam ab urso vexati sunt. 'Saturus apro oblatus est : deinde ad ursum tractus. qui de cavea prodire noluit : ita?ue bis illassus revocatur. n fine spectaculi, leopardo objectus. de uno morsuejus tanto perfusus est sanguine, ut populus revertenti illi secundi baptismatis testimonium reclamaverit : Salvum lotum, salvum lotum. Exinde jam exanimis, prosternitur cum caeteris ad jugulationem solito loco. Et quum populus illos in mediuhi postularet , ut îladio pénétrante in eo;-um corpore oculos sucs ;omites homicidii adjunjeret, ultro surrexerunt, ;t se quo volebat populus iranstulerunt : aote jam osculati invicem . ut martyrium per solemnia pacis consummarent.Cœ- teri quidera immobiles et cum silenlio ferrum receperunt : multo magis Saturus. qui prier reddidit spiritum. Perpétua autem, ut aliquid doloris gustaret . inter costas puncta exululavit ; et errantem dexteram tyrunculi gladiatoris ipsa in jugulum suum posuit. Portasse tanta femina

encore renfermé dans la prison. Saturnin et Révocatus, après avoir été attaqués par un léopard, furent encore vivement traînés par un ours. Saturus fut d'abord exposé à un sanglier, puis exposé à un ours ; mais la bête ne sortit pas de sa loge, en sorte que le martyr, épargné deux fois, fut rappelé. A la fin du spectacle, il fut présenté à un léopard, qui d'un coup de dent le couvrit de sang. Le peuple, comme il s'en retournait, faisant une allusion à ce second baptême, s'écria : Sauvé, lavé ! Sauvé, lavé ! On transporta ensuite le martyr expirant au lieu où il devait être égorgé avec les autres. Le peuple demanda qu'on les ramenât tous au milieu de l'amphithéâtre, afin de repaitre ses regards homicides du spectacle de leur immolation par le glaive. Les martyrs se levèrent, et se traînèrent où le peuple les demandait, après s'être embrassés, afin de sceller leur martyre par le baiser de paix. Ils reçurent le coup mortel sans faire aucun mouvement et sans laisser échapper une plainte ; surtout Saturus, qui expira le premier. Quant à Perpétue, afin qu'elle goûtât du moins quelque souffrance, l'épée du gladiateur s'arrêta sur ses côtes, et lui fit pousser un cri. Ce fut elle qui conSaintes Perpétue et Félicité, Martyres. 42-

aliter non potuisset occidi , quia ab immundo spiritu timebatur , nisi ipsa voluisset.

duisit elle-même à sa gorge la main encore novice de cet apprenti. Peut-être aussi que cette sublime femme ne pouvait mourir autrement , et que l'esprit immonde qui la redoutait n'eût osé attenter à sa vie, si elle-même n'y eût consenti.

Nous donnons ici, en les réunissant sous une seule doxologie, trois Hymnes que le Siège Apostolique a approuvées en l'honneur de nos saintes martyres.

EPOUSE du Christ, célèbre aujourd'hui dans de pieux cantiques deux femmes au cœur invincible ; chante avec transport deux cœurs d'hommes dans le sexe le plus faible.

Toutes deux nées sous le soleil de l'Afrique, toutes deux aujourd'hui, dans l'univers entier, brillent de l'éclat que leur ont acquis de sublimes combats : le front de chacune est ceint de lauriers glorieux.

La noblesse du sang recommande d'abord Perpétue ; une récente alliance l'a unie à un époux illustre : mais il est à ses yeux une illustration plus haute encore ; elle préCHRisTi SpoDsa plis laudibus efferat Binas impavido pectore

feminas : In sexu fragili corda virilia Hymnis pangat ovantibus.

Ad lucem genitas sole sub Africo. Nunc ambaï pugiles actibus inclytis In toto radiant orbe : micantibus Fulgent tempora laureis.

Exornat generis Perpetuam decus : Sponso connubiis juncta

recentibus Clarescit ; sed honos

hanc trahit altior,

4.2 s Le Temps de la Septuagésime.

Christi fœdera prsetulit.

Se Regisfamulam libéra profitens, Dum servile jugum Félicitas subit : Ad luctam properans gressibus aemulis. Palmas ad similes voFrustra Perpetuam fletibus et minis Impugnat genitor : quas

simul angitur, Errantem miserans. Oscula filio Lactenti dédit ultima.

Terris Eva parens quae mala contulit. Horum sentit onus Félicitas grave : Nunc et passa sibi parturiens gémit. Mox passura Deo libens.

Cœli Perpétua panditur ostium : Inspectare datur : jam

sibi praelia Exortura videt : sed requiem Deus Post certamina confère!.

Tangit .scala domos aurea cœlitum :

fère à Christ.

tout le service du

Quoique libre, elle met sa gloire à servir un si grand roi ; quant à Félicité, la condition d'esclave est son sort ici-bas ; mais dans la lutte glorieuse elle suit d'un pas égal la noble Perpétue ; elle s'élance vers la palme avec la même ardeur.

En vain le père de Perpétue emploie pour l'abattre et les menaces et les pleurs ; elle n'éprouve qu'une filiale compassion pour l'erreur du vieillard ; bientôt il lui faut donner le dernier baiser à l'enfant qu'elle allaite.

Dans la prison , Félicité éprouve les douleurs dont Eve notre mère a attiré les rigueurs sur son sexe ; elle souffre et enfante en gémissant, celle qui bientôt doit souffrir pour Dieu avec allégresse.

Dans une vision, Perpétue voit s'ouvrir les portes du ciel ; il lui est permis de jeter ses regards dans ce séjour de délices ; elle apprend que des combats lui sont réservés, et aussi quel repos Dieu lui prépare après ces combats.

Elle voit une échelle d'or qui monte jusqu'au séjour ceS.iintes Perpétue et Félicité. Martyres. 42g

le<te; mais ses deux côtés sont armés de pointes menaçantes. Ceux qui viendraient à tomber de ces degrés périlleux, un affreux dragon couché au pied de l'échelle les recevrait dans sa gueule.

Monte, ô femme, ne crains pas le dragon ; pose ton pied sur sa tête humiliée, comme sur le degré d'où tu montes vaillamment jusqu'au delà des astres.

Au sommet de léchelle s'ouvre pour Perpétue un délicieux jardin ; c'est là que l'aimable Pasteur comble ses brebis de caresses : « Ma « fille, lui dit-il, ma fille tant '1 désirée, te voilà donc enfin », et il lui fait part d'un mets plein de douceur.

Une autre fois, elle se sent entraînée au milieu du cirque ; là un homme repoussant, d'un aspect horrible, brandissant un glaive, s'élance sur elle : mais bientôt il est abattu et foulé sous le pied d'une faible femme. Reçois, ô Perpétue, le prix de tes hauts faits.

Le jour de gloire, celui qui doit éclairer la victoire, se levé enfin pour les athlètes du Seigneur. Avancez, 0

Ast utrumque latus cuspidibus riget; Lapsos terribilis faucibus excipit Hanc infra recubans

draco.

Ascendas, mulier, nec draco terreat : Contritumque caput sit

tibi pro gradu, Per quem sidereos incipias pede Orbes scandere concito.

Hortus deliciis jam patet affluens, In quo mulget oves Pastor amabilis : Hue optata venis, filia : sic ait, Hanc dulci recreans cibo.

In circum rapitur : fœdus et horrida Occurrit specie vir gladium vibrans : Dejectus teritur femineo pede. Victrix, suscipe prasmia.

Luxit clara dies, vin cere qua datur Alhletis Domini. Per irite, Martvres :

43 o Le Temps de la Septiiagésime.

Omnis Perpetuam curia Cœlitum, Et te. Félicitas, cupit.

Quassat Perpetuae

membra tenerrima ,

Elidit sociam bellua. Te

soror Stans, o Félicitas . ad nova praelia Erectam réparât manu.

E cœlo pugilum respiciens Deus Certamen . geminas ad

bravium vocat. Effuso proper«t sanguine spiritus, In Christi remeans sinum.

Optatus pénétrât corpora Martyrum Lictoris glaàius : sed

trepidam manum Fortis Perpétuas dextera dirigit, Praebens guttura cuspidi.

Nunc, o magnanimœ.

gaudia qus manent

In Sponsi thalamo carpite jugiter. Vos exempla dédit : praesidium potens Vestris ferte clientibus.

martyres ! Le ciel tout entier t'attend, ô Perpétue ! la cour des élus te désire, ô Félicité !

Une bête farouche froisse cruellement les membres délicats de Perpétue ; bientôt c'est le tour de sa compagne , mais, ô Félicité, ta noble sœur se relevant de l'arène vient te tendre la main et te disposer à des luttes nouvelles.

Enfin Dieu, qui du haut du ciel contemple les combats de ces deux héroïnes, les appelle à la couronne ; il est temps qu'à travers leur sang qui s'épanche sur la terre, leurs âmes s'élancent dans le sein du Christ.

Bientôt le glaive d'un licteur comble le désir des martyres en les immolant. Le bras qui doit égorger Perpétue tremble en s'essayant ; mais la main de l'héroïne conduit elle-même sur sa gorge l'épée qui doit la traEt maintenant, ô femmes magnanimes., goûtez à jamais près de l'Epoux les joies qui vous sont préparées ; il vous montre à nous comme les modèles du courage ; accordez votre puissant secours à ceux qui vous implorent

Saintes Perpétue et Félicité, Martyres. 4.

Gloire éternelle au Père, louange égale ^u Fils et au divin Esprit qui les unit : et vous, chrétiens, célébrez en tous lieux la force victorieuse que Je ciel a donnée aux Martvr-. Amen.

Laus aeterna Patri .

laus quoque Filio :

Par individu© gloria

Flamini : In cunctis resonet Christiadum choris

V i r t u s Martyribus data. Amen.

Perpétue! Félicité' noms glorieux et prédestinés, vous venez luîre sur nous en ces jours, comme deux astres bienfaisants qui nous apportent à la fois la lumière et la vie. Les Anges vous répètent au ciel dans leurs chants'"de triomphe, et nous, sur la terre, nous vous redisons avec amour et espérance. Vous nous rappelez cette parole du livre sacré: « Le Seigneur a inauguré de H nouveaux combats; à la suite des guerriers, (( la femme s'est levée comme une noble « mère dans Israël >>. (Judic. v, 7., Gloire à la Toute-Puissance divine qui, voulant accomplir à la lettre la parole de l'Apôtre, choisit '< ce qu'il y a de faible pour confondre ce '< qui est fort » 1 (I Cor. i, 2^.) Gloire à l'E- glise d'Afrique, rîile de l'Église de Rome, à l'Eglise de Carthage qui n'a pas encore entendu la voix de son Cyprien, et qui déjà produit de si grands cœurs!

La chrétienté tout entière s'incline devant vous, ô Perpétue ! elle fait plus encore : chaque jour, à l'autel, le sacrificateur prononce votre nom béni, parmi les noms privilégiés qu'il redit en présence de l'auguste victime ; votre mémoire est amsi pour jamais associée à l'immolation de l'Homme-Dieu. auquel votre amour a rendu le témoignage

432 Le Temps de la Septuagesime.

du sang Mais quel bienfait il a daigné nous départir, en nous permettant ^e pénétrer les sentiments de votre âme généreuse dans ces pages tracées de votre main, et qui sont venues jusqu'à nous à travers les siècles ! C'est là que nous apprenons de vous ' ce qu'est cet amour « plus fort que la mort o [Cant. viii, ô;, qui vous rendit victorieuse dans tous les combats. L'eau baptismale n'avait pas touché encore votre noble front, et déjà vous étiez enrôlée parmi les martyrs. Bientôt il vous fallut soutenir les assauts d'un père, et triompher de la tendresse filiale d'ici-bas, pour sauver celle que vous deviez à cet autre Père qui est dans les cieux. Votre cœur maternel ne tarda pas d'être soumis à la plus terrible des épreuves, lorsque cet enfant qui, sous les voûtes obscures d'un cachot, puisait la vie à votre sein, vous fut enlevé comme un nouvel Isaac, et que vous demeurâtes seule , à la veille du dernier combat.

Mais dans ce combat, ô Perpétue, au milieu des compagnons de votre victoire, qui est semblable à vous ? Quelle est cette ivresse d'amour qui vous a saisie, lorsqu'est arrivé le moment de souffrir dans votre corps, au point que vous ne sentez pas même la cruelle brisure de vos membres délicats lancés sur le sol de l'arène ? " Où étiez-vous, dirons'( nous avec saint Augustin, lorsque vous ne '< voyiez même pas cette bête furieuse à

< laquelle on vous avait exposée ? De quelles " délices )ouissiez-vous, au point d'être deve■■ nue insensible à de telles douleurs ? Quel

< amour vous enivrait ? Quelle beauté céleste

Saintes Perpétue et Félicité, Martyres. 433

« vous captivait "'' Quel breuvage vous avait « ravi le sentiment des choses d'ici-bas, à « vous qui étiez encore dans les liens d'un « corps mortel ^ ? » Mais, avant la dernière lutte, le Seigneur vous avait préparée par le sacrifice. Nous comprenons alors que votre vie fût devenue toute céleste, et que votre âme, habitant déjà, par l'amour, avec Jésus qui vous avait tout demandé et à qui vous aviez tout accordé, fût dès lors comme étrangère à ce corps qu'elle devait sitôt abandonner. Un dernier lien vous retenait encore, et le glaive devait le trancher ; mais atîn que vot're immolation fût volontaire jusqu'à la tîn, il fallut que votre main conduisît ellemême ce ter libérateur qui ouvrait passage à votre âme si rapide dans son vol vers le souverain bien, O femme véritablement forte, ennemie du serpent infernal et ob)et de sa haine, vous l'avez vaincu 1 Votre grandeur d'âme vous a placée parmi les plus nobles héroïnes de notre foi ; et depuis seize siècles votre nom a le privilège de faire battre tout cœur chrétien.

Recevez aussi nos hommages, o Félicité î car vous avez été jusiée digne de servir de compagne à Perpétue, Dans le siècle, elle brillait au rang des matrones de Carthage, mais, malgré votre condition servile, le baptême l'avait rendue votre sœur, et vous marchiez son égale dans l'arène du martyre. A peine relevée de ses chutes violentes, elle courait à vous et vous tendait la main , la femme noble et l'humble esclave se confonIn Natali SS. Perpeiuoe et Felicitatis.

434 Le Temps de la Septuagésime.

daient dans rembrassement du martyre , et les spectateurs de l'amphithéâtre pouvaient déjà pre'ssentir que la nouvelle religion recelait en elle-même une vertu sous l'effort de laquelle succomberait l'esclavage. Vous aviez dit, 6 Félicité, que lorsque l'heure du combat aurait sonné, ce ne serait plus vous qui souffririez, mais le Christ immortel qui souffrirait en vous: il a été fait selon votre foi et votre espérance ; et le Christ est apparu vainqueur dans Félicité comme dans Perpétue. Jouissez donc, 6 femme bénie, du prix de vos sacrifices et de vos combats. Du haut du ciel, vous veillerez sur cet enfant ^^ui naquit d'une martyre dans une prison ; de)à, sur la terre, une si noble naissance lui a fait rencontrer une seconde mère. Honneur à vous qui n'avez pas regardé en arrière, mais qui vous êtes élancée à^la suite du Christ ! Votre félicité est éternelle au ciel, et ici-bas votre gloire durera autant que le monde.

Maintenant, 6 sœurs illustres, soyez-nous propices en ces jours. Tendez vos palmes vers le trône de la divine majesté, et faites-en descendre sur nous les miséricordes. Nous ne sommes plus cette société païenne qui se pressait aux jeux de l'amphithéâtre pourvoir répandre votre sang ; la foi chrétienne, victorieuse par vous et par tant d'autres martyrs, a triomphé des erreurs et des vices de nos aieux ; et ceux-ci nous ont transmis le sacré symbole pour lequel vous aviez tout sacrifié. Mais, pour n'être pas aussi profondes, nos misères n'en sont pas moins lamentables. Il est un second paganisme qui se glisse chez les peuples chrétiens et qui les pervertit. Il

Saintes Perpétue et Félicité, Martyres 435

a sa source dans rinditférence qui glace le cœur et dans la mollesse qui énerve la volonté. O Perpétue ! ô Félicité ! demandez que vos exemples ne soient pas perdus pour nous, et que la pensée de vos héroïques dévouements nous soutienne dans les sacrifices moindres que le Seigneur exige de nous. Priez aussi pour nos nouvelles Ëglises qui s'élèvent sur le rivage africain que vos souffrances ont illustre ; elles se recommandent à vous ; bénissez-les, et faites-y refleurir, par votre puissante intercession," la foi et les mœurs chrétiennes.

^u>,mmmmmnmmmf'

I^^^'^ALUONS aujourd'hui l'un des plus j^^^^^s sublimes et des plus lumineux interIp^^P^ prêtes de la Vérité divine. L'Eglise 24«5>p^fe Ta produit bien des siècles après l'âge des Apôtres, longtemps après que la parole des Ambroise , des Augustin, des Jérôme et des Grégoire, avait cesse de retentir ; mais Thomas a prouvé que le sein de la Mère commune était toujours fécond ; et celle-ci, dans sa joie de l'avoir mis au jour, l'a nommé le Docteur Angélique. C'est donc parmi les chœurs des Anges que nos yeux doivent chercher Thomas ; homme par nature, sa noble et pure intelligence l'associe aux Chérubins du ciel ; de même que la tendresse ineffable de Bonaventure, son émule et son ami, a introduit ce merveilleux disciple de François dans les rangs des Séraphins. La gloire de Thomas d'Aquin est celle de l'humanité, dont il est un des plus grands génies ; celle de l'Eglise, dont ses écrits ont exposé la doctrine avec une lucidité et une précision qu'aucun Docteur n'avait encore atteintes ; celle du Christ lui-même , qui daigna de sa bouche divine féliciter cet homme si profond et si simple d'avoir expliqué dignement ses mystères aux hommes. En ces jours

s. Thomas d'Aquîn, Doct. de l'Église. 43-;

qui doivent nous ramener à Dieu, le plus grand besoin de nos âmes est de le connaître, comme notre plus grand malheur a été de ne l'avoir pas assez connu. Demandons à saint Thomas cette « lumière sans tache qui « convertit les âmes, cette doctrine qui donne « la sagesse même aux enfants, qui réjouit le « cœur et éclaire les yeux ^ ». Nous verrons alors la vanité de tout ce qui est hors de Dieu, la justice de ses préceptes, la malice de nos infractions, la bonté intime qui accueillera notre repentir.

Lisons maintenant quelques-uns des titres du Docteur Angélique à l'admiration et à la confiance des fiîlèles.

ADMIRABLE Ornement du monde chrétien et lumière de TEglise. le bienheureux Thomas naquit de Landolphe. comte d'Aquin. et de Théodora de ÎSfaples. tous deux de noble extraction. Il montra, encore au berceau, quelle devait être l'ardeur de sa dévotion envers la Mère de Dieu ; car ayant trouvé un papier sur lequel on avait écrit la Salutation angélique, il le retint dans sa main fermée malgré les efforts de sa nourrice, et sa mère l'ayant arraché de force, il le redemanda par pleurs et par gestes, jusqu'à ce qu'on le lui rendit, ce qui étant fait il l'avala. Il fut

PRjECLaru.m chnstiani orbisdecus et Ecclesiae lumen, beatissimus vir Thomas. Landulpho comité Aquinate et Théodora Neapolitana, nobilibus parentibus natus. futurae in Deiparam devotionis affectum adhuc infantulus ostendit. Nam chartulam ab eo inventam, in qua Salutatio Angelica scripta erat, frustra adnitente nutrice. compressa manu valide retinuit, et a matre per vim abreptam, ploratu et gestu repetiit, ac mox redditam deglutivit.

Quintum annum agens, monachis sancti Bene1. Psalm. xvill.

4.38 Le Temps de la Septuagésime.

«dicti Cassinatibus custodiendus traditur. Inde Neapolim studiorum causa missûs, jam adolescens Fratrum Praedicatorum Ordinem suscepit. Sed matre ac fratribus id indigne ferentibus, Lutetiam Parisiorum mittitur. Quem fraires in itinere per vim raptum in arcem castri Sancti Joannis perducunt : ubi varie exagitalus. ut sanctum propositum mularet, raulierem etiam quae ad labefactandam ejus constantiam introducta fuerat, titione fugavit. Mox beatus juvenis flexis genibus ante signum Crucis orans, ibique somno correptus, per quietem sentire visus est, sibi ab Angelis constringi lumbos ; quo ex tempore omni postea libidinis sensu caruit. Sororibus, quae ut eum a pio consilio removerent, in castrum vénérant, persuasit, ut contemptis curis sascularibus. ad exercitationem cœlestis vitae se conferrent.

E Misses e Castro per fenestram, Neapolim reducitur Unde Romam, postea Parisium a fratre

confié à l'âge de cinq ans aux soins des moines Bénédictins du Mont-Cassm. De là, il fut envoyé à Naples pour faire ses études ; et, étant encore adolescent, il entra dans l'Ordre des Frères-Prêcheurs. Cette résolution ayant excité le mécontentement de sa mère et de ses frères, on le fit partir pour Paris. Durant le voyage, il fut enlevé par ses frères qui l'entraînèrent dans le chàteau-fort de Saint-Jean. On s'y prit de diverses manières pour le détourner de sa sainte résolution, jusqu'à envoyer près de lui une femme de mauvaise vie, afin débranler sa constance. Thomas la mit en fuite avec un tison. Après cette victoire, le saint jeune homme, s'étant mis à genoux devant une croix, fut saisi d'un sommeil durant lequel il sentit ceindre ses reins par les Anges : et, depuis ce temps, il fut exempt des révoltes de la chair. Ses sœurs étaient venues aussi au château dans l'intention de le détourner de son pieux dessein : il leur persuada de mépriser les embarras du siècle, et d'embrasser les exercices d'une vie toute céleste.

ON l'aida à s'échapper du château par une fenêtre, et on le ramena à Naples. Ce fut de là que Frère Jean le

s. Thomas d'Aguin, Doct. de V Eglise.

43g

Teutonique, Maître général de l'Ordre des FrèresPrécheurs, le conduisit, à Rome, puis à Paris, où il étudia la philosophie et la théologie sous Albert le Grand. Elevé au degré de Docteur dès l'âge de vingtcinq ans, il expliquapubliquement. et avec une grande réputation, les écrits des philosophes et des théologiens. Jamais il ne se livra à la lecture ou à la composition sans avoir prié. Pour obtenir l'intelligence des passages difficiles de l'Ecriture sainte, il joignait le jeûne à la prière. Il avait même coutume de dire à Frère Réginald, son compagnon, que ce qu'il savait, il l'avait moins acquis par son étude et son travail qu'il ne l'avait reçu du Ciel. Un jour qu'il priait avec ardeur à Naples devant un cruciHx, il entendit cette voix : « Tu as bien écrit de « moi, Thomas : quelle ré« compense en désires-tu re« cevoir ?» A quoi il répon« dit : Point d'autre que « vous-même. Seigneur. »

IL lisait assidûment les traités des Pères, et il n'y avait pas de livre qu'il n'eût étudié avec soin. Ses écrits sont d'une telle importance par leur nombre, leur variété et la facilité avec laquelle les choses difficiles v sont

Joanne Theutonico, Ordinis Praedicatorum generali Magistro ductus, Alberto Magno doctore, philosophiaeac theologiae operam dédit : viginti quinque annos natus, magister est appellatus, publiceque philosophos ac theologos summa cum laude est interpretatus. Nunquam se iectioni aut scriptioni dedit, nisi post orationem. In difficultatibus locorum sacrœ Scripturœ, ad orationem jejunium adhibebat. Quin etiam sodali suo fratri Reginaldo dicere solebat, quidquid sciret, non tam studio aut labore suo peperisse, quam divinitus traditum accepisse. Neapoli. cum ad imaginera Crucifixi vehementiusoraret, hanc vocemaudivit . Benescripsisti de me. Thoma ; quam ergo mercedem accipies ? Cui ille : Non aliam, Domine, nisi teipsum.

COLL.4TIONES Patrum assidue pervolutabat ; et nullum fuit scnptorum genus in quo non esset diligentissime versatus. Scripta cjus et multitudine, et varietate, et facilitate explicandi

440 Le Temps de la Septuagésime.

res difficiles adeo excellunt, ut uberrima atque incorrupta illius doctrina, cum revelatis veritatibus mire consentiens. aptissima sit ad omnium temporum errores pervincendos. A Summo Pontifice Urbano Quarto Romam vocatus. ejus jus^u ecclesiasticura lucubravit Officium in Corporis Christ! solemnitate celebrandum : oblatos vero honores, et Neapolitanum Archiepiscopatum. etiam déférente Clémente Quarto, recusavit. A praedicatione divini verbi non desistebat : quod cum faceret per octavam Paschas in Basilica Sancti Pétri, mulierem. quae ejus fimbriam tetigerat, a fluxu sanguinis liberavit. Missus a beato Gregorio Decimo ad Concilium Lugdunense. in monasterio Fossae Novae in morbum incidit. ubi aegrotus Cantica Canticorum explanavit. Ibidem obiit quinquagenarius, anno salutis miilesimo ducentesimo septuagesimo quarto, nonis martii. ]\iiiaculis etiam mortuus claruit : quibus probatis, a Joanne ^'igesimo secundo in Sanctorum numerum relatus est, anno

expliquées, que sa doctrine abondante et pure, merveilleusement conforme aux vérités révélées, est très propre à détruire les erreurs de tous les temps. Appelé à Rome par le Souverain Pontife Urbain IV. il composa par son ordre l'Office de la fête du Corps du Seigneur. Il refusa les dignités qu'on lui offrit, même l'archevêché de Naples qui lui était proposé par Clément IV. Il prêchait constamment la parole de Dieu ; en s'acquittant de cette fonction, un des jours de l'Octave de Pâques, dans l'Eglise de Saint-Pierre, il guérit d'une perte de sang une femme qui toucha le bas de sa robe. Comme il se rendait au Concile de Lyon par ordre de Grégoire X. il tomba malade dans l'abbaye de Fosse-Neuve, où, malgré son infirmité, il donna l'explication du Cantique des cantiques. Ce fut là qu'il mourut, âgé de cinquante ans, l'an du salut mil deux cent soixante?uatorze, aux nones de mars.

XXII le mit au nombre des

Saints, en mil trois cent vingt-trois ; son corps fut ensuite transporté à Toulouse par l'ordre d'Urbain

V. Comparé aux esprits angéliques non moins pour son s. Thomas d'Aquin, Doct. de V Église. 441

innocence que pour son génie, il a mérité le titre de Docteur Angélique, qui lui fut confirmé par l'autorité de saint Pie V. Enfin Léon

XIII. agréant avec grande joie les prières et les vœux de presque tous les évêques du monde catholique, pour éloigner le fléau de tant de systèmes, philosophiques principalement, qui s'écartent de la vérité, pour le progrès des sciences et la commune utilité du genre humain, de l'avis delà Congrégation des Rites Sacrés, l'a par Lettres Apostoliques déclaré et institué céleste Patron de toutes les Ecoles

miUesimo trecentesimo vigesimo tertio ; translalo postea ejus corpore Tolosam, ex mandate beati Urbani Quinti. Cum sanctis angelicis spiritibus non minus innocentia quam ingénie comparatus, Doctoris Angelici nomen jure est adeptus. eidem auctoritate sancti Pii Quinti confirmatum. Léo autem Decimus tertius, libentissime excipiens postulationes et vota omnium pêne Sacrorum Antistitum Orbis Catholici, ad tôt pracipue philosophicorum systematum a veritate aberrantium luem ;ientiarum, et communem

Catholiques.

propulsandam, ad incrementa

humani gencris utilitatem, eum, ex Sacrorum Rituum

Congregationis consulte, per Apostolicas litteras cœlestem Patronum Scholarum omnium Catholicarum declaravit et instituit.

La Liturgie Dominicaine a consacré les trois Hymnes suivantes au grand Docteur qui est une des premières gloires de l'Ordre des Frères-Précneurs :

OUE l'assemblée des fidèles se livre à l'allégresse ; qu'elle fasse entendre un chant de louange ; qu'elle célèbre le nouveau soleil dont les rayons dissipent les nuages de l'erreur.

ExsuLTET mentis jubile Laudans turba fidelium, Errorum pulso nubile Per novi solis radium.

44- J-^ Temps de la Septuagésime.

Thomas in mundi vespere. Fudit thesauros gratis • Donis plenus ex sethere Morum, et sapientiae.

De cujus fonte luminis, Verbi coruscant faculae, ScriptuFce sacrœ Numinis, Et Veritatis regulae.

Fulgens doctrinae radiis. Clarus vitse mundilia, Splendens miris prodigiis. Dat toti mundo gaudia,

Laus Patri sit, ac Genito,

Simulque Sancto Flamini,

Qui sancti Thomas mérite

Nos cœli jungat agmini Amen.

Thomas, sur le soir du monde, a répandu des trésors de grâce , rempli des dons célestes, la sainteté et la sagesse ont éclaté en lui.

Source de lumière, il nous fait connaître les splendeurs du Verbe, les Ecritures que Dieu même a dictées, et les récries de la Vérité.

Ceint de l'auréole de la doctrine, il brille par la pureté de sa vie ; la gloire des miracles l'environne ; il est la joie du monde entier.

Louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas, nous réunir aux chœurs célestes ! Amen.

THOMAS insignis génère, Claram ducensoriginem. Subit œtatis tenerae Prsedicatorum Ordinem

Typum gessit Luciferi, Splendens in cœtu nubium. Plusquam doctores cœteri Purgans dogma Gentilium.

THOMAS, issu de noble race, embrasse en un âge encore tendre la milice des Prêcheurs.

Semblable à l'astre du matin, il resplendit du sein des nues : il réfute les erreurs des Gentils plus pleinement que ne l'avaient fait avant lui les docteurs.

s. Thomas d'Aqiiin, Doct. de V Église. 440

Il sonde la profondeur des abîmes, il met au jour les choses les plus cachées ; il éclaircit les saintes obscurités qui dépassent Tintelli^ence de l'homme.

11 est un fleuve du Paradis qui s'épanche en quatre rameaux ; il possède l'armure complète de Gédéon : le glaive, la trompette, le vase et !e flambeau.

Louante au Père, au Fils et au Saint-Esprit ; daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas . nous réunir aux chœurs célestes !

Amen.

Profunda scrutans fluminum. In lucem pandit abdita, Dum supra sensus hominum Obscura facit cognîta.

Fit Paradisi fluvius, Quadripartite pervius : Vu Gedeonis gladius, Tuba, lagena, radius.

Laus Patri sit, ac Genito,

Simulque Sancto Flaraini.

Qui sancti Thomas mérite

Nos coeli jungat agmini. Amen.

CÉLÈBRE, ô Eglise Mère, l'heureuse mort de Thomas, lorsqu'il fut admis à l'éternel bonheur par les mérites du Verbe de vie.

Fosse-Neuve reçut la dépouille mortelle de celui qui était un trésor de grâces, au jour où le Christ appela Thomas à l'héritage du royaume Je gloire

.Sa doctrine de vérité nous r jste avec son corps précieu.x, le parfum merveilleu.x qu'il exhale, et la santé qu'il rend aux infirmes.

L.AUDA , mater Ecclesia, Thomae felicem exitum. Qui pervenit ad gaudia Per Verbi vitae meritum.

Fossa Nova tune suscipit Thecam thesauri gratias, Cum Christus Thomam

efficit Haeredem regni gloriae.

Manens doctrinae Veritas. Et funerib integritas. Mira fragrans suavitas, .'Egris collata sanitas.

444 -^^ Temps de la Septiiagésime.

Monstrat hune dignum

laudibus

Terrœ,ponto, et superis;

Nos juvet 'suis precibus.

Deo commendet meritis

Laus Patri sit. ac Genito.

Simulque Sancto Flamini.

Qui sancti Thomae mérite

Nos cœli jungat agmini. Amen.

Ses prodiges le rendent digne des louanges de la terre, des mers et des cieux ; qu'il daigne nous aider pcr ses prières, nous recommander à Dieu par ses mérite?.

Louange au Père, au Fils et au Saint-Esprit : daigne la Trinité Sainte, par les mérites de Thomas , nous réunir aux chœurs célestes 1

Amen,

GLOIRE à VOUS, Thomas, lumière du monde ! vous avez reçu les rayons du Soleil de justice, et vous les avez rendus à la terre. Votre œil limpide a contemplé la vérité, et en vous s'est accomplie cette parole : Heureux ceux dont le cœur est pur ; car ils verront Dieu 1. \'amqueur dans la lutte contre la chair, vous avez obtenu les délices de l'esprit ; et le Sauveur, ravi des charmes de votre âme angélique, vous a choisi pour célébrer dans l'Eglise le divin Sacrement de son amour. La science n'a point tari en vous la source de l'humilité; la prière fut toujours votre secours dans la recherche de la vérité ; et après tant de travaux vous n'aspiriez qu'à une seule récompense, celle de posséder le Dieu que votre cœur aimait.

\'otre carrière mortelle fut prompternent interrompue, et vous laissâtes inachevé le chef-d'œuvre de votre angélique doctrine;

I. Matth. V. 8.

s. Thomas d'Aquin, Doct. de l'Église. 445

mais, ô Thomas. Docteur de vérité, vous pouvez luire encore sur l'Eglise de Dieu. Assistez-la dans les combats contre l'erreur. Elle aime à s'appuyer sur vos enseignements, parce qu'elle sait' que nul ne connut plus intimement que vous les secrets de son Epoux. En ces jours où les vérités sont diminuées parmi les enfants des hommes K fortifiez, éclairez la foi des croyants. Confondez l'audace de ces vains esp'rits^ qui croient savoir quelque chose , et qui profitent de l'afifaissement général des intelligences, pour usurper dans la nullité de leur savoir le rôle de docteurs. Les ténèbres s'épaississent autour de nous; la confusion règne partout ; ramenez-nous à ces notions qui dans leur divine simplicité sont la vie de l'esprit et la joie du cœur.

Protégez l'Ordre illustre qui se glorifie de vous avoir produit; fécondez-le de plus en plus : car il est un des premiers auxiliaires de l'Eglise de Dieu. N'oubliez pas que la France a eu l'honneur de vous posséder dans son sein, et que votre chaire s'est élevée dans sa capitale : obtenez pour elle des jours meilleurs. Sauvez-la de l'anarchie des doctrines, qui a enfanté pour elle cette désolante situation où elle périra, si la véritable science, celle de Dieu et de sa Vérité, ne lui est rendue.

La sainte Quarantaine doit voir les enfants de l'Eglise se disposer à rentrer en grâce avec le Seigneur leur Dieu; révélez-nous, ô Thomas, cette souveraine Sainteté que

Psalm. XI

44^ Le Temps de la Septuagésime.

nos péchés ont offensée ; faites-nous comprendre rétat d'une âme qui n'est plus en rapport avec la justice éternelle. Saisis d'une sainte horreur à la vue des taches qui nous couvrent, nous aspirerons à purifier nos cœurs dans le sang de l'Agneau immaculé, et à réparer nos fautes par les œuvres de la pénitence.

E même esprit qui avait inspiré Jean de Matha se reposa sur Jean de Dieu, et le porta à se faire le serviteur de ses frères les plus délaissés. Tous deux, dans ce saint temps, se montrent à nous comme les apôtres de la charité fraternelle. Ils nous enseignent, par leurs exemples, que c'est en vain que nous nous flatterions d'aimer Dieu, si la miséricorde envers le prochain ne règne pas dans notre cœur, selon l'oracle du disciple bienaimé qui nous dit; « Celui qui aura reçu en « partage les biens de ce monde, et qui, « voyant son frère dans la nécessité, tiendra « pour lui ses entrailles fermées, comment « la charité de Dieu demeurerait-elle en « lui 1 ? )) Mais, s'il n'est point d'amour de Dieu sans Tam-our du prochain, l'amour des hommes, quand il ne se rattache pas à l'amour du Créateur et du Rédempteur, n'est aussi lui-même qu'une déception. La philanthropie, au nom de laquelle un homme prétend s'isoler du Père commun, et ne secourir son semblable qu'au nom de l'humanité, cette prétendue vertu n'est qu'une illusion de l'orgueil, incapable de créer un lien entre les hommes , stérile dans ses résultats. Il n'est qu'un seul lien qui unisse les hommes :

44 s Le Temps de la Septuagési c'est Dieu, Dieu qui les a tous produits, et qui veut les réunir à lui- Servir l'humanité pour rhumanité même, c'est en faire un Dieu ; et les résultats ont montré si les ennemis de la charité ont su mieux adoucir les misères auxquelles l'homme est sujet en cette vie, que les humbles disciples de JésusChrist qui puisent en lui les motifs et le courage de se vouer à l'assistance de leurs frères. Le héros que nous honorons aujourd'hui fut appelé Jean de Dieu, parce que le saint nom de Dieu était toujours dans sa bouche. Ses œuvres sublimes n'eurent pas d'autre mobile que celui de plaire à Dieu, en appliquant à ses frères les effets de cette tendresse que Dieu lui avait inspirée pour eux. Imitons cet exemple ; et le Christ nous assure qu'il réputera fait à lui-même tout ce que nous aurons fait en faveur du dernier de nos semblables.

Le patronage des hôpitaux a été dévolu par l'Eglise à Jean de Dieu, de concert avec Camille de Lellis que nous retrouverons au Temps après la Pentecôte. Voici le récit abrégé des vertus de notre saint, tel qu'il nous est proposé dans la sainte Liturgie.

JOAXNES de Deo. ex cathûlicis piisque parentibus in oppido Monîis Majoris. junioris rejni Lusitanias natus , quam sublimiter in sortem Dûmini fuerit electus. insuetus splendor super ejus domo refulgens . sonitusque aeris

JEAN de Dieu naquit de parents catholiques et pieux. dans la ville de Mont-Majour. au royaume de Portugal. Dès le moment de sa naissance, des prodiges annoncèrent d'une manière éclatante, que le Seigneur l'avait choisi pour de glorieuses destinées. Une splendeur ina:-

Saint Jean de Dieu, Confesseur. 44g

tendue parut sur la maison, et les cloches sonnèrent d'ellesmêmes. S'étant livré quelque temps à une vie relâchée, il en fut retiré par la puissance divine, et commença à donner l'exemple d'une haute sainteté. Un sermon dans lequel il avait entendu la parole de Dieu, le porta si efficacement au désir de se convertir, que dès lors il sembla avoir atteint une perfection consommée, bien qu'il ne fût qu'au commencement dune sainte vie. Ayant distribué tout ce qu'il possédait aux pauvres prisonniers, sa pénitence admirable et le mépris qu'il faisait de soimême, le donnèrent en spectacle à tout le peuple. Il passa pour insensé aux yeux du plus grand nombre : ce qui lui attira les plus mauvais traitements, et fit qu'on alla jusqu'à l'enfermer dans une prison destinée aux fous. Mais Jean, enflammé de plus en plus d'une charité céleste, trouva moyen de construire dans la ville de Grenade, avec les aumônes des personnes pieuses, deux vastes hôpitaux. Il y jeta les fondements d'un nouvel Ordre, et donna à l'Eglise l'Institut des Frères Hospitaliers, qui, répandus en beaucoup de lieux, servent les malades avec un grand profit pour les âmes et pour les corps.

campani sua sponteemissus. ab ipso ejus nativitatis tempore non obscure praenuntiarunt. A laxioris vivendi ratione, divina opérante virtute, revocatus, magnae sanctitatis exhibere spécimen cœpit. et ob auditam praedicationem verbi Dei sic ad meliora se excitatum sensit, ut jam ab ipso sanctioris vitae rudimento consummatum aliquid, perfectumque visus sit attigisse. Bonis omnibus in pauperes carceribus inclusos erogatis. admirabilis pœnitentiae, suique ipsius contemptus cuncto populo spectaculum factus , a plerisque ceu démens graviter afflictus. in carcerem amentibus destinatum conjicitur. Al Joannes cœlesti charitate magis incensus. gemino aîque amplo valetudinario ex piorum eleemosynis in civitate Granatensi exstructo, jactoque novi Ordinis fundamento, Ecclesiam nova proie fœcundavit F r a t r u m hospitalitatis , infirmis praeclaro animarurn corporumque profectu inservientium , et longe lateque per orbem difFusorum.

4^0 Le Temps de la Septuagésime.

fljAUPERiBrs . aegrotis ,

1 quos propriis quandoque humeris domum deferebat ,' nuUa re ad animae corporisque salut-em proficua deerat. Effusa quoque extra nosocomium charitate, indigentibus mulieribus viduis, et prascipue virginibus periclitantibus clam alimenta subministrabat. curamque indefessam adhibebat. ut Garnis concupiscentiam a proximis hujusmodi vitio inquinatis exterminaret. Cum autem maximum in regio Granatensi valetudinario excitatum fuisset incendium, Joannes impavidus prosiliit in ignem, hue illuc discurrens, quousque tum infirmes humeris exportatos, tum lectulos e fenestris projectos ab igné vindicavit. ac per dimidiam horam inter flammas jam in immensum succrejcentes versatus . exinde divinitus incolumis . universis civibus admirantibus , exivit, in schola charitatis edocens . segniorem in eum fuisse ignem qui foris usserat, quam qui intus accenderat.

tu

m génère, demisSouvENT il apportait sur ses épaules à son hospice les pauvres malades ; et là. rien ne leur manquait de ce qui pouvait être utile à leur bien spirituel et corporel. Sa charité s'étendait bien au delà des murs de son hôpital. Il faisait passer secrètement les choses nécessaires à de pauvres veuves, à de jeunes filles dont la vertu était en danger, et mettait le zèle le plus ardent à délivrer du vice impur ceux qui en étaient atteints. Un incendie terrible s'étant déclaré dans l'hôpital royal de Grenade, Jean se jeta intrépidement au milieu du feu ; on le vit aller et venir dans Tenceinte embrasée jusqu'à ce qu'il eiît transporté sur ses épaules tous les malades, et sauvé tous les lits, en les jetant par les fenêtres. Après avoir passé une demi-heure au milieu des flammes, qui pendant ce temps avaient fait d'immenses progrès, conservé sain et sauf par un secours divin, on le vit enfin reparaître, à la grande admiration de tous les habitants de Grenade ; et Jean enseigna par cet exemple, comme un docteur de charité, que le feu qui le brûlait au dehors était moins ardent que celui qui le consumait au dedans.

LA recherche de toutes sor, tes de mortifications, la

Saint Jean de Dieu, Confesseur. 451

plus profonde obéissance , l'amour de la pauvreté la plus rigoureuse , le zèle de la prière, la contemplation des choses divines, et la dévotion envers la sainte Vierge furent les traits admirables par lesquels il excella. Il éclata aussi par le don des larmes. Attaqué d'une grave maladie, après avoir reçu les sacrements de l'Eglise dans les plus saintes dispositions, on le vit, au moment où ses forces allaient l'abandonner, se lever de son lit, couvert de ses vêtements, se jeter à genoux, et serrant de la main et du cœur l'image de JésusChrist attaché à la croix, mourir ainsi dans le baiser du Seigneur, le huit des ides de mars de l'an mil cinq cent cinquante. Même après sa mort, ses mains retenaient encore le crucifà.K sans vouloir le rendre, et il demeura dans la même posture, répandant une odeur de suavité merveilleuse, pendant environ six heures, sous les yeux de la ville entière, jusqu'à ce qu'enfin on levât son corps. Les nombreux miracles qui avaient signalé sa vie et qui s'opérèrent après sa mort, portèrent le Pape Alexandre VIII à l'inscrire au nombre des Saints. Selon le vœu des prélats du monde catholique, et sur l'avis de la Congrégation des Rites

sissima obedientia, extrema paupertate, orandi studio, rerum divinarum contemplatione , ac in beaîam Virginem pietate mirifice excellait , et lacrymarum dono enituit. EJenique gravi morbo correptus, omnibus Ecclesias sacramentis rite sancteque refectus, viribus licet destitutus. propriis indutus vestibus e lectulo surgens, ac provolutus in genua, manu et corde Christum Do~ minum e cruce pendentem perstringens, octâvo idus martii, anno milles imo quingentesimo quinquagesimo obiit in osculo Domini : qaem etiam mortuus tenuit, nec dimisit, et in eadem cor po ris constitutione sex circiter horas, quousque inde dimotus fuisset, tota civitate inspectante, mirabiliter permansit , odorem mire fragrantem diffundens. Quem ante et post obitum plurimis miraculis clarum Alexander Octavus , Pontifex Maximus, in Sanctorum numerum retulit, et Léo Decimus tertius, ex sacrorum catholici orbis antistitum voto, ac Rituum Congregationis consulto, cœlestem omnium hospitalium et inLe Temps de ta Septiias,ésime.

firmorum ubique degentium Patronum declaravit. ipsiiisque nomen in agonizantium litaniis invocari pratcepit.

sacrés, Léon XIII l'a déclaré Patron des hôpitaux et des malades en tous lieux, ordonnant d'invoquer son nom dans les litanies des agonisants.

QUELLE est belle, ô Jean de Dieu ! votre vie consacrée au soulagement de vos frères! qu'elle est grande en vous, la_ puissance de la charité ! Sorti, comme Vincent de Paul, de la condition la plus obscure, ayant comme lui passé vos premières années d'ans la garde des troupeaux, la charité qui consume votre cœur arrive à vous faire produire des œuvres qui dépassent de beaucoup rinfluence et les moyens des puissants selon le monde. Votre ménioire est chère à TEglise ; elle doit l'être à l'humanité tout entière, puisque vous Pavez servie au nom de Dieu, avec un dévouement personnel dont n'approchèrent jamais ces économistes qui savent disserter, sans doute, mais pour qui le pauvre ne saurait être une chose sacrée, tant qu'ils ne veulent pas voir en lui Dieu luimême. Homme de charité, ouvrez les yeux de ces aveugles, et daignez guérir la société des maux qu'ils lui ont faits. Longtemps on a conspiré pour effacer du pauvre la ressemblance du Christ ; mais c'est le Christ luimême qui Ta établie et déclarée, cette ressemblance ; il faut que le siècle la reconnaisse, ou il périra sous la vengeance du pauvre qu'il a dégradé, ^'ot^e zèle, ô Jean de Dieu, s'exerça, avec une particulière prédilection, sur les infirmes ; protégez-les contre les odieux attentats d'une laïcisation qui

Saint Jean de Dieu, Confesseur. 453

poursuit leurs âmes jusque dans les asiles que leur avait prépares la charité chrétienne. Prenez pitié des nations modernes qui, sous prétexte d'arriver à ce qu'elles appelaient la sécularisation , ont chassé Dieu de leurs mœurs et de leurs institutions : la société, elle aussi, est malade, et ne sent pas encore assez distinctement son mal ; assistez-la , éclairez-la, et obtenez pour elle la santé et la vie. Mais comme la société se compose des individus, et qu'elle ne reviendra à Dieu que par le retour personnel des membres qui la composent, réchauffez la sainte charité dans le cœur des chrétiens : afin que, dans ces jours où nous vouions obtenir miséricorde, nous nous efforcions d'être miséricordieux, comme vous l'avez été, à l'exemple de celui qui, étant notre Dieu offensé, s'est donné lui-même pour nous, en qui il a daigné voir ses frères. Protégez aussi du haut du ciel le précieux institut que vous avez fondé, et auquel vous avez donné votre esprit, afin qu'il s'accroisse et puisse répandre en tous lieux la bonne odeur de cette charité de laquelle il emprunte son beau nom.

Sainte FRANÇOISE, VEUVE ROMAINE.

J A période de trente-six jours que ■ nous avons ouverte au lendemain

de la Purification de Notre-Dame, et qui comprend toutes les fêtes des Saints dont la solennité peut se rencontrer du trois février au dernier terme où descend quelquefois le Mercredi de la Quinquagésim-e. nous a offert une suite de noms glorieux dont Tensemble représente tous les degrés de la cour céleste. Les Apôtres nous ont donné Mathias, avec la Chaire de Pierre à Antioche; les Martyrs, plus forts en nombre, ont fourni Siméon , Biaise , Valentin, Faustin et Jovite, Perpétue et Félicité, et les quarante héros de Sébaste que nous honorerons demain ; les Pontifes ont été représentés par André Corsini et par les grands noms de Cyrille d'Alexandrie et de Pierre Damien qui tigurent en même temps dans Tauguste sénat" des Docteurs, au milieu desquels nous avons salué Thomas d'Aquin; les simples Confesseurs nous ont produit du sein des cloîtres Romuald, Jean de Matha, Jean de Dieu, et du milieu même des pompes mondaines l'angélique Casimir; le chœur des Vierges a envoyé vers nous Agathe , Dorothée, Apolline, couronnées des roses vermeilles du martyre, et Scholastique, dont la

Sainte Françoise, Veuve Romaine. 455

candeur efface celle du lis; enfin, les saintes Pénitentes ont offert à notre admiration l'austère Marguerite de Cortone. Aujourd'hui, cette imposante série déjà si nombreuse , malgré la rareté des fêtes sur le Cycle dans cette saison , se complète par l'admirable figure de l'épouse chrétienne, dans la personne de Françoise, la pieuse dame romaine. Après avoir donné durant quarante ans l'exemple de toutes les vertus dans l'union conjugale qu'elle avait contractée dès l'âge de douze ans, Françoise alla chercher dans la retraite le repos de son cœur éprouvé par de longues tribulations; mais elle n'avait pas attendu ce moment pour vivre au Seigneur. Durant toute sa vie, des œuvres de la plus haute perfection l'avaient rendue l'objet des complaisances du ciel, en même temps que les douces qualités de son cœur lui assuraient la tendresse et l'admiration de son époux et de ses enfants, des grands dont elle fut le modèle, et des pauvres qu'elle servait avec amour. Pour récompenser cette vie tout angélique, Dieu permit que l'Ange gardien de Françoise se rendît presque constamment visible à elle, en mêm.e temps qu'il daigna l'éclairer lui-même par les plus sublimes révélations. Mais ce qui doit particulièrement nous frapper dans cette vie admirable, qui rappelle à tant d'égards les traits de celle des deux grandes saintes Elisabeth de Hongrie et Jeanne-Françoise de Chantai, c'est l'austère pénitence que pratiqua constamment l'illustre servante de Dieu. L'innocence de sa vie ne la dispensa pas de ces saintes rigueurs; et le Seigneur voulut qu'un tel

4^6 Le Temps de la Septuagésime.

exemple fût donné aux fidèles, afin qu'ils apprissent à ne pas murmurer contre l'obligaiion de la pénitence qui peut n'être pas aussi sévère en nous qu'elle le fut en sainte Françoise, mais néanmoins doit être réelle, si nous voulons aborder avec confiance le Dieu de justice, qui pardonne facilement à l'âme repentante, mais qui exige la satisfaction.

La sainte Eglise consacre le récit suivant à la vie, aux vertus et aux miracles de sainte Françoise.

FRANCISCA, nobilis matrona romana, ab ineunte aetate iliustria dedit virtutum exempla : etenim puériles ludos, et illecebras mundi respuens. solitudine, et oratione magnopere deleclabatur. Undecim annos nata. virginitatem suam Deo consecrare, et monasterium ingredi proposuit. Parentum tamen voluntati humiliter obtemperans, Laurentio de Pontianis juveni asque diviti ac nobili nupsit. In matrimonio arctioris vitcB propositum, quantum licuit, semper retinuit : a spectaculis, conviviis,aliisque hu jusmodi oblectamentis abhorrens. lanea ac vulgari veste utens, et quidquid a domesticis curis supererat temporis, orationi. aut proximorum utilitati triFRANCoiSE. noble dame romai'ne. donna dès les premières années de sa vie d'illustres exemples de vertu. Elle méprisa les divertissements de l'enfance et les attraits du monde, mettant toutes ses joies dans la solitude et dans la prière. A l'âge de onze ans, elle conçut le dessein de consacrer sa virginité à Dieu, et d'entrer dans un monastère. Toutefois ayant cru. dans son humilité, devoir obéir à la volonté de ses parents, elle épousa Laurent de Ponziani, jeune homme riche et de grande naissance. Elle conserva toujours dans le mariage, autant qu'il lui fut possible, le genre de vie austère qu'elle s'était proposé, fuyant avec horreur les spectacles, les festins et les autres divertissements semblables. Son habit était de laine et d'une grande simplicité, et tout ce qui lui

Sainte Françoise, Veuve Romaine. 4-57

restait de temps après les soins domestiques, elle l'employait à la prière et à l'assistance du prochain. Elle s'appliquait avec un grand zèle à retirer les dames romaines des pompes du siècle, et à les détourner des vaines parures. Ce fut ce qui la porta, du vivant de son mari, à fonder dans Rome la maison des Oblates de la Congrégation du Mont-Olivet, sous la Règle de saint Benoît. Elle supporta non seulement avec constance, mais avec action de grâces, l'exil de son mari, la perte de ses biens , les malheurs de sa famille tout entière, disant souvent avec le bienheureux Job : m Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me l'a ôté : que le Nom du Seigneur soit béni.»

APRÈS la mort de son mari, elle courut à la maison des Oblates, et là, les pieds nus, la corde au cou, prosternée contre terre, et fondant en larmes, elle les supplia de vouloir bien la recevoir parmi elles. Son désir lui ayant été accordé, bien qu'elle fût la mère de toutes, elle mettait sa gloire à ne prendre d'autres titres que ceux de servante, de femme de néant et de vase d'ignominie. Ses paroles et ses actions manifestaient ce mépris qu'elle faisait d'ellebuens, in id vero maxima soUicitudine incumbens, ut matronas romanas a pompis sœculi , et ornatus vanitate revocaret. Quapropter domum O- blatarum , sub Régula sancti Benedicti , Congregationis Montis Oliveti, adhuc viro alligata, in Urbe instituit. Viri exsilium, bonorum jacturam, ac universae domus mcerorem non modo constantissime toleravit, sed

fratias agens cum beato ob , illud fréquenter usurpabat : Dominus dedit, Dominus abstulit : sit Nomen Domini benedictum.

VIRO defuncto, ad praedictam Oblatarum domum convolans, nudis pedibus. fune ad collum alligato, humi prostrata, multis cum lacrymis earum numéro adscribi suppliciter postulavit. Voti compos facta, licet esset omnium mater, non alio tamen quam ancillae, vilissimœque feminas, et immunditiae vasculi titulo gloriabatur. Quam vilem sui existimationem, et verbo dedaravit, et exemplo. Saepe enim e

458 Le Temps de la Septuagésime.

suburbana vinea revertens. et lignorum fascem proprio capiti impositum deferens . vel eisdem onustum agens per Urbem asellum, pauperibus subveniebat . in quos etiam largas eleemosynas erogabat ; aegrotantesque in xenodochiis visitans. non corporali teatum cibo, sed salutaribus monitis recreabat. Corpus suum vigîliis , jejuniis, cilicio . ferreo cingulo, crebrisque flagellis in bcrvitutem redigere jugiter satagebat. Cibum illi semel in die. herbae et legumina : aqua potum praebuit. Hos tamen corporis cruciatus aliquando confessarii mandate, a cujus ore nutuque pendebat, modice temperavit.

pviviNA mysteria. praeLJ sertim \ero Christi Domini Passionem. lanto mentis ardore. tantaque lacrymarum vi contemplab'atur, ut pras doloris magnitudine pêne confiai videretur. Saepe etiam cum oraret, maxime sumpto sanctissimae Eucharistiae Sacramento, spiritu in Deum elevata, ac cœlestium contemplamême. Car souvent, en revenant d'une vigne située dans un faubourg, elle marchait par la Ville portant un faix de bois sur sa tête, ou conduisant l'âne qui le portait. Elle secourait les pauvres, et leur faisait d'abondantes aumônes. Elle visitait les malades dans les hôpitaux, et les soulageait non seulement par la nourriture du corps, mais encore par de salutaires exhortations. Elle s'appliquait constamment à tenir son corps en servitude par les veilles, les jeûnes, le cilice, la ceinture de fer^ et les fréquentes disciplines. Elle ne faisait qu'un repas par jour ; et ses mets étaient des herbes et des légumes, sa boisson de l'eau pure. Quelquefois cependant elle modéra un peu ces grandes austérités par l'ordre de son confesseur, auquel elle obéissait fidèlement.

ELLE contemplait les divins mystères, et principalement la Passion de JésusChrist notre Seigneur, avec une si grande ferveur d'esprit et une telle abondance de larmes, qu'elle semblait prête à expirer par la violence de la douleur. Souvent aussi lorsqu'elle priait, particulièrement après avoir reçu le très saint Sacrement de l'Eucharistie, elle demeuSainte Françoise, Veuve Romaine. 45g

rait immobile, l'esprit élevé en Dieu et ravi par la contemplation des choses célestes. De son côté, l'ennemi du genre humain s'efforçait, par les mauvais traitements et les coups, à la détourner de la voie qu'elle s'était proposée ; mais, sans jamais le craindre, elle évitait toujours ses attaques ; et par le secours spécial de son Ange avec lequel elle conversait familièrement, elle triompha glorieusement de cet ennemi. Elle éclata par le don de guérir les malades, et par celui de prophétie qui lui faisait prédire l'avenir et pénétrer les secrets des coeurs. Plus d'une fois, pendant qu'elle vaquait à Dieu, les eaux qui couraient en ruisseaux, les pluies même du ciel, la laissèrent sans la toucher. Le Seigneur multiplia un jour à sa prière quelques morceaux de pain sufG- 'santà peine à la nourriture de trois sœurs, en sorte que non seulement quinze en furent rassasiées, mais qu'il en resta encore de quoi remplir une corbeille. Une autre fois, lorsque les sœurs travaillaient hors de la Ville, au mois de janvier, à préparer du bois, elle désaltéra entièrement leur soif en leur présentant des grappes de raisin produites miraculeusement sur un cep qui pendait |

tione rapta, immobilis permanebat. Quaproptes humani generis hostir variiseam contumeliis ac verberibus a proposito dimoverc conabatur : quem tamen illa imperterrita semper elusit, Angeli prœsertim prœsidio, cujus familiari consuetudine gloriosum de eo triumphum reportavit, Gratia curationum, et prophetiae dono enituit, quo et futura prasdixit, et cordium sécréta penetravit. Non semel aquae, vel per rivum decurrentes, vel e cœlo labentes, intactam prorsus, dum Deo vacaret, reliquerunt. Modica panis fragmenta, quœ vix tribus sororibus reficiendis fuissent satis. sic ejus precibus Dominus multiplicavit, ut quindecim inde exsaturatis, tantum superfuerit, ut canistrum impleverit : et aliquando earumdem sororum extra Urbem mense januario ligna parantium, sitim recentis uvae racemis ex vite in arbore pendentibus mirabiliter obtentis, abunde expleverit. Denique meritis, et miraculis clara, migravit ad Dominum, anno œtatis suaî quinquagesimo sexto ; quam Paulus Quintus

46 o Le Temps de la Septuagésime.

Pontifex Maximus in ! aux branches d'un arbre. Sanctarum numerum re- Enfin, tout éclatante de vertulit. tus et de miracles, elle s'en

! alla au Seigneur dans la cinquante-siKième année de son âge; et le Pape Paul V la mise au nombre des Saintes.

O Françoise, sublime modèle de toutes les vertus, vous avez été la gloire de Rome chrétienne et l'ornement de votre sexe. Que vous avez laissé loin derrière vous les antiques matrones de votre ville natale ! que votre mémoire bénie l'emporte sur la leur ! Fidèle à tous vos devoirs, vous n'avez puisé qu'au ciel le motif de vos vertus, et vous avez semblé un ange aux yeux des hommes étonnés. L'énergie de votre âme trempée dans l'humilité et la pénitence vous a rendue supérieure à toutes les situations. Pleine d'une tendresse ineffable envers ceux que Dieu même vous avait unis, de calme et de joie intérieure au milieu des épreuves, d'expansion et d'amour envers toute créature, vous montriez Dieu habitant déjà votre âme prédestinée. Non content de vous assurer là vue et la conversation de votre Ange, le Seigneur soulevait souvent en votre faveur le rideau qui nous cache encore les secrets de la vie éternelle. La nature suspendait ses propres lois, en présence de vos nécessités; elle vous traitait comme si déjà vous eussiez été affranchie des conditions de la vie présente. Nous vous glorifions pour ces dons de Dieu, 6 Françoise ! mais ayez pitié de nous qui sommes si loin encore' du droit sentier par lequel vous avez marché. Aidez-nous à

Sainte Françoise, Veuve Romaine. 461

devenir chrétiens; réprimez en nous l'amour du monde et de ses vanités, courbez-nous sous le joug de la pénitence, rappelez-nous à l'humilité, fortifiez-nous dans les tentations. Votre crédit sur le cœur de Dieu vous rendit assez puissante pour produire des raisins sur un cep flétri parles trimas de l'hiver; obtenez que Jésus, la vraie Vigne, comme il s'appelle lui-même, daigne nous rafraîchir bientôt du vin de son a'mour exprimé sous le pressoir de la Croix. Offrez-lui pour nous vos mérites, vous qui, comme lui, avez souffert volontairement pour les pécheurs. Priez aussi pour Rome chrétienne qui vous a produite ; faites-y fleurir l'attachement à la foi, la sainteté des mœurs et la fidélité à l'Eglise. Veillez sur la grande famille des fidèles ; que vos prières en obtiennent l'accroissement, et renouvellent en elle la ferveur des anciens jours.

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E nombre quadragénaire éclate aujourd'hui sur le Cycle ; quarante nouveaux protecteurs se lèvent sur nous, comme autant d'astres pour nous protéger dans la sainte carrière de la pénitence. "Sur la glace m.eurtrière de l'étang qui fut l'arène de leurs combats, ils se rappelaient, nous disent leurs Actes, les quarante jours que le Sauveiir consacra au jeûne; ils étaient saintement tiers de tigurer ce mystère par leur nombre. Comparons leurs épreuves à celles que l'Eglise nous impose. Seronsnous, comme eux, fidèles jusqu'à la fin ? La couronne de persévérance ceindra-t-elle notre front régénéré dans la solennité pascale ? Les quarante Martyrs souffrirent, sans se démentir, la rigueur du froid et les tortures auxquelles ils furent ensuite soumis; la crainte d'offenser Dieu, le sentiment de la fidélité qu'ils lui devaient, assurèrent leur constance. Que de fois nous avons péché, sans pouvoir alléguer en excuse des tentations aussi rigoureuses ! Cependant, le Dieu que nous avons offensé pouvait nous frapper au moment où nous nous rendions coupables, comme il fit pour ce soldat infidèle qui, renonçant à la couronne, demanda, au prix de l'apostasie, la grâce de réchauffer

Les Quarante Martyrs.

dans un bain liède ses membres glacés. Il n'y trouva que la mort et une perte éternelle. Nous avons été épargnés et réservés pour la miséricorde; rappelons-nous que la justice divine ne s'est dessaisie de ses droits contre nous que pour les remettre entre nos mains. L'exemple des Saints nous aidera à comprendre ce que c'est que le mal, à quel prix il nous faut l'éviter, et comment nous sommes tenus à le réparer.

Voici maintenant le récit liturgique, dans lequel l'Eglise nous retrace les principaux traits du combat des glorieux Martyrs de Sébaste.

Sous l'empire de Licinius, Agricolaùs étant gouverneur de Sébaste. ville d'Arménie, quarante soldats firent éclater leur foi en JésusChrist, et leur courage à souffrir les tourments pour son nom. Après avoir été souvent jetés dans une affreuse prison, et avoir eu le visage froissé à coups de pierres, on leur fit passer la nuit sur un étang glacé, nus, exposés à la rigueur de l'air dans le temps le plus âpre de l'hiver, afin qu'ils y mourussent de froid. Là, ils firent tous cette prière : '< Seigneur, nous sommes entrés quarante dans la lice ; accordez-nous d'être aussi quarante à recevoir la couronne, et que pas un ne fasse défaut à notre société. Ce nombre est en honneurs

LiciNio imperatore, et Agricolao prœside, ad Sebasten Armeniae urbem, quadraginta militum fides in Jesum Christum, et fortitudo in cruciatibus perferendis enituit. Qui saepius in horribilem carcerem

detrusi

isque

constncti, cum ora ipsorum lapidibus contusa fuissent, hiemis tempore frigidissimo, nudi sub aperto aère supra stagnum rigens pernoctare jussi sunt, ut frigore congelati necarentur. Una autem erat omnium oratio : Quadraginta in stadium ingressi sumus, quadraginta item, Domine, corona donemur ; ne una quidem huic nu464 ^^ Temps de la Septuagésime.

mero desit. Est in honore hic numerus. quem tu quadraginta dierum jejunio decorasti, per quem divina lex ingressa est in orbem terrarum. Elias quadraginta dierum jejunio Deum qujerens. ejus visionem consecutus est. Et haec quidem illorum erat oratio.

Cj:teris autem custodibus somno deditis. solus vigilabat janiîor. qui et illos crantes, et luce circumfusos. et quosdam e cœlo descendentes Angeles tamquam a Rege misses, qui coronas triginta novem militibus distribuèrent, intuens. itasecum loquebatur : Quadraginta hi sunt. quadragesimi corona ubi est ? Quœ dum cogitaret, unus ex illo numéro, cui animus ad frigus ferendum defecerat, in proximum tepefactum balneum desiliens. Sanctos illos summo dolore afFecit. Verum Deus illorum preces irritas esse non est passus : nam rei eventum admiratus janitor. mox custodibus e somno excitatis. detractisque sibi vestibus. ac se christianum esse clara voce professus. Martyribus se adjunxit. Cum veparce que vous l'avez honoré par un jeûne de quarante jours, et parce qu'il fut le terme après lequel la Loi divine fut donnée au monde. Elie aussi, après avoir cherché Dieu par un jeûne de quarante jours, mérita le bonheur de le contempler. » Telle était leur prière.

CEUX qui les gardaient étant endormis, le portier qui veillait seul aperçut, pendant que les Martyrs étaient en prières, une lumière qui les environnait, et des Anges qui descendaient du ciel pour distribuer des couronnes à trente-neuf soldats, comme de la part de leur Roi. A cette vue, il se dit en lui-même : « Ils sont quarante : où donc est la couronne du quarantième ? » Pendant qu'il faisait cette remarque, un de la troupe à qui le courage manqua pour supporter le froid -plus longtemps, alla se jeter dans un bain d'eau chaude qui était proche, et affligea sensiblement ses saints compagnons par sa désertion. Mais Dieu ne permit pas que leurs prières demeurassent sans effet : car le portier, plein d'admiration de ce qu'il venait de voir, s'en alla aussitôt réveiller les gardes ; et ayant ôté ses vêtements, il confessa à

Les Quarante Martyrs.

haute voix qu'il était chrétien, et alla se joindre aux Martyrs. Quand les gardes du gouverneur eurent appris que le portier aussi se déclarait chrétien, ils leur rompirent à tous les jambes à coups de bâton.

ILS moururent tous dans ce supplice, hors le plus jeune nommé Mélithon. Sa mère qui était présente, le voyant encore en vie, quoiqu'il eût les jambes rompues, l'encouragea par ces paroles : '( Mon fils, souffre encore un peu : le Christ est à la porte; il va t'aider de son secours, o Lorsqu'elle vit que l'on chargeait sur des chariots les corps des autres Martyrs pour les jeter dans un bûcher, et qu'on laissait celui de son fils parce que ces impies espéraient amener le jeune homme au culte des idoles, s'il pouvait vivre, cette sainte mère le prit sur ses épaules, et suivait courageusement les chariots qui portaient les corps des Nïartyrs. Durant le trajet, Mélithon rendit son âme à Dieu dans les embrassements de sa pieuse mère ; et elle le jeta dans le même bûcher qui devait consumer les corps des autres Martyrs, afin que ceux qui avaient été si étroitement unis par la foi et le courage, le fussent encore après la

ro praesidi? satellites janitorem quoque christianum esse cognovisseut, bacillis comminuta omnium eorum crura fregerunt.

IN eo supplicio mortui sunt omnes prseter Melithonem. natu minimum. Quem cum praesens mater ejus fractis cruribus adhuc viventem vidisset. sic cohortata est : Fili, paulisper sustine, ecce Christus ad januam stat adjuvans te. Cum vero reliquorum corpora plaustris imponi cerneret. ut in rogum inferrentur, ac filium suum relinqui, quod speraret impia turba, puerum, si vixisset ad idolorum cultum re^ vocari posse ; ipso in humeros sublato, sancta mater véhicula Martyrum corporibus onusta strenue prosequebatur ; in cujus amplexu Mélithon spiritum Deo reddidit. ejusque corpus in eumdem illura caeterorum Martyrum rogum pia mater injecit • ut qui fide et virtute conjunctissimi fuerant, funeris etiam societate copulati, una in cœlum perveni4^6 Le Temps de la Septuagésime.

rent. Combustis illis, eorum reliquiae projectae in profluenjem. cum mirabiliter in unum confluxissent locum, salvas et intégras repertae. honorifico sepulcro conditae sunt.

mort dans les mêmes funérailles, et qu'ils arrivassent au ciel tous ensemble. Le feu ayant dévoré leurs corps, on jeta ce qui était resté dans une rivière ; mais on retrouva ces reliques saines et entières dans un même lieu, où elles s'étaient miraculeusement réunies, et on les ensevelit avec honneur.

Afin de célébrer plus dignement la mémoire de ces célèbres Martyrs, nous empruntons quelques traits à la Liturgie grecque qui chante leur gloire avec un saint enthousiasme.

(die IX MARTII.y

SUPPORTANT avec générosité les maux présents, remplis de joie à cause de la récompense qu'ils espéraient, les saints Martyrs se disaient entre eux : x Ce n'est pas un « vêtement que nous dépouil(i Ions, c'est le vieil homme ; « l'hiver est rigoureux, mais

M le Paradis est doux ; la

« glace est cruelle, mais le « repos est agréable. Ne re« calons donc pas . chers « compagnons ; souffrons un « peu, afin de recevoir du « Christ Seigneur et Sau« veur de nos âmes la cou« ronne de victoire. »

Athlètes admirables, vous avez souffert le martyre avec courage ; vous avez passé par le feu et l'eau ; vous êtes arriGENEROSE praesentia sufferentes, in prasmiis quas sperabant gaudentes. sancti Martyres ad invicem dicebant . Non vestimentum exuimus, sed veterem hominem deponimus : rigida est hiems, sed dulcis Paradisus : molesta est glacies, sed jucunda requies. Non ergo recedamus, o commilitones ; paulum sustineamus, ut victoriae coronas obtineamus a Christo Domino et Salvatore animarum nostrarum.

Fortissima mente martyrium sustinentes, athletae admirandi, per ignem et aquam transivistis, et

Les Quarante Martyrs.

4àj

vés au repos du salut, obtenant pour héritage le royaume des cieux: offrez-y pour nous vos saintes prières, quarante Martyrs pleins de sagesse.

Le gardien des quarante Martyrs fut frappé d'étonnement, à la vue des couronnes; il méprisa l'amour de cette vie, il «éleva par le désir de ta gloire, Seigneur, qui lui était apparue, et il chanta avec les Martyrs : « Tu es « béni, Dieu de nos pères ! »

Le soldat trop amateur de la vie courut au bain empoi - sonné, et il y périt ; mais l'ami du Christ, ravisseur généreux de la couronne qui lui était apparue, plonge dans un bain d'immortalité, chantait avec les Martyrs : « Tu H es béni. Dieu de nos pèLa mère aimée de Dieu, pleine d'un mâle courage, imitatrice de la foi d'Abraham, portant sur ses épaules le fils qui était le fruit de sa piété, amena le Martyr avec les Martyrs, comme une victime. '< O mon fils, disait cette « mère aimée du Christ à « celui qu'elle avait enfanté. (I cours dans la voie, élancec toi rapidement vers la vie « qui dure toujours ; je ne

inde ad salutis latitudinem pervenistis , in haereditatem accipientes regnum cœlorum, in quo divinas pro nobis preces facite, sapientes quadraginta Martyres.

Attonitus stetit quadraginta Martyrum custos coronas aspiciens. et amore hujus vitae contempto. desiderio gloriae tuae , Domine, quae illi apparuerat . sublevatus est, et cum Martyribus cecinit : Benedictus es, Deus patrum nostrorum.

Vitae amator miles ad lavacrum currens pestiferum mortuus est ; Christi autem amicus egregius raptor coronarum quae apparuerant . velut in lavacro immortalitatis. cum Martyribus canebat : Benedictus es, Deus patrum nostrorum.

Virili praedita pectore, mater Deo arnica, super humeros tollens quem genuerat fructum pietatis, Martyrem cum Martyribus victimam adducit , patris Abrahœ imitatrix. O fili . ad perenniter manentem vitam velocius currens carpeviam. Christi amica mater ad puerum clamabat. Non fero te secundum ad Deum

468 Le Temps de la Septuagésime.

praemia largientem pervenire.

Venite, fratres, Martyrum laudibus celebremus phalangem, frigore incensam. et erroris frigus ardenti zelo incendentem : generosissimum exercitum. sacratissimum agmen, consertis pugnans clypeis. infractum et invictum. defensores fidei et custodes. Martyres quadraginta. divinam choream, legatos Ecclesiœ. potenter Christum deprecantes ut pacem animis nostris concédât et magnam misericordiam.

« supporte pas que tu ar« rives le second auprès de « Dieu qui donne la récom« pense. »

Venez, frères , célébrons par nos louanges la phalange des Martyrs, brûlée par la froidure, et consumant par son ardeur le froid de l'erreur ; l'armée généreuse, le bataillon sacré toujours résistant et invincible, combattant sous ses boucliers réunis ; les défenseurs et les gardiens de la foi. le chœur divin des quarante Martyrs, les intercesseurs de l'Eglise, eux dont la prière est puissante auprès du Christ pour obtenir la paix à nos âmes et la grande miséricorde.

AILLANTS soldats de Jésus-Christ, qui consacrez par votre nombre mystérieux l'ouverture de la sainte Quarantaine, recevez aujourd'hui nos hommages. Toute l'Eglise de Dieu vénère votre mémoire ; mais votre gloire est plus grande encore dans les cieux. Enrôlés dans la milice du siècle, vous étiez avant tout les soldats du Roi éternel ; vous lui avez gardé fidélité, et, en retour, vous avez reçu de sa main la couronne immortelle. Nous aussi nous sommes ses soldats ; et nous marchons à la conquête d'un royaume qui sera le prix de notre courage. Les" ennemis sont nombreux et redoutables ; mais, comme vous, nous pouvons les vaincre, si, comme vous, nous sommes fidèles à user

Les Quarante Martyrs. 46g

des armes que le Seigneur nous a mises entre les mains. La foi en la parole de Dieu, l'espérance en son secours, l'humilité et la prudence assureront notre victoire. Gardeznous, o saints athlètes, de tout pacte avec nos ennemis ; car, si nous voulions servir deux maîtres, notre défaite serait certaine. Durant ces quarante jours, il nous faudra retremper nos armes, guérir nos blessures, renouveler nos engagements ; venez-nous en aide, guerriers émérites des combats du Seigneur ; veillez, afin que nous ne dégénérions pas de vos exemples. Une couronne aussi nous attend ; plus facile à obtenir que la vôtre, elle pourrait cependant nous échapper, si nous laissions faiblir en nous le sentiment de notre vocation. Plus d'une fois, hélas ! nous avons semblé renoncer à cette heureuse couronne que nous devons ceindre éternellement ; aujourd'hui nous voulons tout faire pour nous l'assurer. Vous êtes nos frères d'armes ; la gloire de notre commun Maître y est intéressée ; hâtez-vous, ô saints Martyrs, de venir à notre secours.

CTRE tous les pasteurs que le Christ a donnés à TEglise universelle pour le représenter sur la terre, nul n'a surpassé les mérites et la renommée du saint Pape que nous célébrons aujourd'hui Son nom est Grégoire, et signifie la vigilance , son surnom est"/e Grande dont il était déjà en possession, lorsque Dieu donna le septième Grégoire à son Eglise. Ces deux illustres pontifes sont frères , et tout cœur catholique les confond dans un mêm^e amour et dans une commune admiration.

Celui dont nous honorons en ce )Our la mémoire est déjà connu des fidèles qui s'appliquent à suivre l'Eglise dans la Liturgie. Mais ses travaux sur le service divin , dans tout le cours de l'année, ne se sont pas bornés à enrichir nos Offices de quelques cantiques pleins d'onction et de lumière ; tout l'ensemble de la Liturgie Romaine le reconnaît pour son principal "organisateur. C'est lui cjui, recueillant et mettant en ordre les prières et les rites institués par ses prédécesseurs, leur a donné la forme qu'ils retiennent encore aujourd'hui. Le chant ecclésiastique a pareillement reçu de lui son dernier perfectionnement ; les sollicitudes du saint Pon5. Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 4^1

tife pour recueillir les antiques mélodies de l'Eglise, pour les assujettir aux règles, et les disposer selon les besoins du service divin, ont attaché pour jamais son nom à cette grande œuvre musicale qui ajoute tant à la majesté des fonctions sacrées, et qui contribue si puissamment à préparer l'àme du chrétien au respect des Mystères et au recueillement de la piété.

Mais le rôle de Grégoire ne s'est pas réduit à ces soins qui suffira^ient à immortaliser un autre Pontife. Lorsqu'il fut donné à la chrétienté, l'Eglise latine comptait trois grands Docteurs : Ambroise, Augustin et Jérôme , la science divine de Grégoire l'appelait à l'honneur de compléter cef auguste quaternaire. L'intelligence des saintes Ecritures, la pénétration des mystères divins, l'onction et l'autorité, indices de l'assistance du SaintEsprit, paraissent dans ses écrits avec plénitude , et l'Eglise se réjouit d'avoir reçu en Grégoire un nouveau guide dans la doctrine sacrée.

Le respect qui s'attachait à tout ce qui sortait de la plume d'un si grand Pontife a préservé de la destruction son immense correspondance ; et l'on y peut voir qu'il n'est pas un seul point du monde chrétien que son infatigable regard n'ait visité, pas une question religieuse, même locale ou personnelle, dans l'Orient comme dans l'Occident, qui n'ait attiré les efforts de son zèle, et dans laquelle il n'intervienne comme pasteur universel. Eloquente leçon donnée par les actes d'un Pape du w" siècle à ces novateurs qui ont osé soutenir que la prérogative

47-2 l^e Temps de la Septuagésime.

du Pontife Romain n'aurait eu pour base que des documents fabriqués plus de deux siècles après la mort de Grégoire !

Assis stir le Siège Apostolique, Grégoire y a paru l'héritier des Apôtres, non seulement comme dépositaire de leur autorité, mais comme associé à leur mission d'appeler à la foi des peuples entiers. L'Angleterre est là pour attester que si elle connaît JésusChrist, si elle a mérité durant tant de siècles d'être appelée Vile des Saints, elle le doit à Grégoire qui, touché de compassion pour ces Angles, dont il voulait, disait-il, faire des Anges, envoya dans leur île le saint moine Augustin avec ses quarante compagnons, tous enfants de saint Benoît, comme Grégoire lui-même. Le saint Pontife vécut encore assez longtemps pour recueillir la moisson évangélique, qui crût et mûrit en quelques jours sur ce sol où la foi. semée dès les premiers temps et germée à peine, avait presque été submergée sous l'invasion d'une race conquérante et infidèle. Qu'on aime à voir l'enthousiasme du saint vieillard, quand il emprunte le langage de la poésie, et nous montre « Y Alléluia et les Hymnes romaines « répétées dans une langue accoutumée aux « chants barbares, l'Océan aplani sous les « pas des saints, des flots de peuples indomp« tés tombant calmés à la voix des prê« très 1 -) !

Durant les treize années qu'il tint la place de Pierre, le monde chrétien sembla, de l'Orient à l'Occident, ému de respect et

5. Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 4-3 d'admiration pour les vertus de ce chef incomparable, et le nom de Grégoire fut grand parmi les peuples. La France a le devoir de lui garder un hdèle souvenir ; car il aima nos pères, et prophétisa la grandeur future de notre nation par la foi. De tous les peuples nouveaux qui s'étaient établis sur les ruines de l'Empire romain, la race franque fut longtemps seule à professer la Ci'oyance orthodoxe ; et cet élément surnaturel lui valut les hautes destinées qui lui ont assuré une gloire et une influence sans égales. C'est assurément pour nous, Français, un honneur dont nous devons être saintement tiers, de trouver dans les écrits d'un Docteur de l'Eglise ces paroles adressées, dès le vi* siècle, à un prince de notre nation : « Comme la « dignité royale s'élève au-dessus des autres « hommes, ainsi domine sur tous les royau« mes des peuples la prééminence de votre « royaume. Etre roi comme tant d'autres n'est « pas chose rare ; mais être roi catholique, « alors que les autres sont indignes de l'être, « c'est assez de grandeur. Comme brille par « l'éclat de la lumière un lustre pompeux « dans l'ombre d'une nuit obscure , ainsi « éclate et rayonne la splendeur de votre « foi, à travers les nombreuses perfidies des « autres nations 1. »

xMais qui pourrait dépeindre les vertus sublimes c^ui firent de Grégoire un prodige de sainteté ? Ce mépris du monde et de "la fortune qui lui fit chercher un asile dans l'obscurité du cloître ; cette humilité qui le

474 Le Temps de la Septuagésime.

porta à fuir les honneurs du Pontificat, jusqu'à ce que Dieu révélât enfin par un prodige l'antre où se tenait caché celui dont les mains étaient d'autant plus dignes de tenir les clefs du ciel, qu'il en sentait davantage le poids ; ce zèle pour tout le troupeau dont il se regardait comme l'esclave et non comme le maître, s'honorant du titre immortel de serviteur des serviteurs de Dieu; cette charité envers les pauvres, qui n'eut de bornes que l'univers; cette sollicitude infatigable à laquelle rien n'échappe et qui subvient à tout, aux calamités publiques, aux dangers de la patrie comme aux infortunes particulières ; cette constance et cette aimable sérénité au milieu des plus grandes souffrances, qui ne cessèrent de peser sur son corps durant tout le cours de son laborieux pontificat ; cette fermeté à conserver le dépôt de la foi et à poursuivre l'erreur en tous lieux; enfin cette vigilance sur la discipline, qui la renouvela et'la soutint pour des siècles dans tout le corps de l'Eglise : tant de services, tant de grands exemples ont marqué la place de Grégoire dans la mémoire des chrétiens avec des traits qui ne s'effaceront jamais.

Lisons maintenant le récit abrégé que l'Eglise nous présente de quelques-unes des actions du saint Pontife, dans les fastes de sa Liturgie.

GREGORius Magnus . Romanus, Gordiani senatoris filius, adolescens philosophiaeoperam dédit, et praetorio officie

GRÉGOIRE le Grand, né à ■ Rome, fils du sénateur Gordien, étudia la philosophie dans sa jeunesse, et exerça la charge de préteur.

s. Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 4-5

Après la mort de son père, il

fonda six monastères en Sicile. Il en établitun septième. à Rome, sous le nom de SaintAndré, dans sa maison, près de la Basilique des SaintsJean-et-Paul, sur la pente dite de Scaurus. Là, sous la conduite d'Hilarion et de Maximien, il professa la vie monastique . et fut ensuite Abbé. Peu après, il fut créé Cardinal-Diacre , et envoyé par le Pape Pelage à Constantinople. en qualité de légat auprès de l'empereur Tibère-Constantin. Ce fut là qu'eut lieu cette conférence mémorable dans laquelle il convainquit d'erreur si évidemment le Patriarche Eutychius. qui avait écrit contre la résurrection corporelle des morts, que l'empereur jeta au feu le livre composé par ce prélat. Eutychius luimême, étant peu après tombé malade, lorsqu'il se vit proche de la mort, tenant la peau de sa main, dit en présence de plusieurs personnes : € Je confesse que nous ressusciterons tous dans cette chair. »

DE retour à Rome, Grégoire fut élu Pontife, du consentement commun, à la place de Pelage que la peste avait enlevé ; mais il refusa cet honneur aussi longtemps qu'il lui fut possible. Défunctus, pâtre mortuo, sex monasteria in Sicilia aedificavit ; Roms septimum sancti Andréa? nomine in suis aedibus. proÎe Basilicam Sanctorum oannis et Pauli ad clivum Scauri : ubi Hilarione ac Maximiano magistris. monachi vitam professus. postea Abbas Fuit. Mox Diaconus Cardinalis creatus. Constantinopolim a Pelagio Pontifice ad Tiberium Constantinum imperatorem legatus mittitur . apud quem memorabile etiam illud effecit, quod Eutj-- chium Patriarcham. qui scripserat contra veram ac tractabilem corporum resurrectionem. ita convicit. ut ejus librum imperator in ignem injiceret. Quare Eutychius paulo post cum in morbum incidisset, instante morte . pellem manus suae tenebat multis praesentibus, dicens : Confiteor quia omnes in hac carne resurgemus.

ROMAM rediens. Pelagio pestilentia sublato. summo omnium consensu Pontifex eligitur : quem honorera ne acciperet. quamdiu potuit, recusavit. Nam alieno vestitu

Le Temps de la Septuagésime

in spelunca delituit : ub deprehensus indicio igneae columnae. ad Sancîum Petrum consecratur. ]n pontificatu multa successoribus doctrinœ ac sanctitatis exempla reliCjUit. Peregrinos quotidie ad mensam adhibebat • in quibus et Angelum. et Dominum Angelorum peregrini facie accepit. Pauperes et urbanos et externos. quorum numerum descriptum habebat. bénigne sustentabat. Catholicam fidem multis locis labefactatam restituit. Nam Donatistas in Africa. Arianos in Hispania repressit : A-

fnoitasAlexandria ejecit. allium Syagrio Augustodunensi Episcopo dare noluit. nisi Neophytos haereticos expelleret ex Gallia, Gothos haeresim Arianam relinquere coegit. Missis in Britanniam doctis et sanctis viris Augustino etaliismonachis. insulam ad Jesu Christi fidem convertit, vere a Beda presbytère Angliœ vocatus Apostolus. Joannis patriarchas Constantinopolitani audaciam fregit. qui sibi universalis Ecclesiae Episcopi nomen arrogabat. Mauritium imperatorem, ces qui milites fuissent, moguisé sous un habit étranger, il alla se cacher dans une caverne : mais une colonne de feu ayant indiqué sa retraite, on l'arrêta ; et il fut consacré dans TEglise de Saint-Pierre. Dans son pontificat, il a laissé à ses successeurs de nombreux exemples de doctrine et de sainteté. Il admettait tous les jours des étrangers à sa table ; et parmi eux. il lui arriva de recevoir un Ange, et même le Seigneur des Anges, sous la figure d'un pèlerin. Il nourrissait libéralement les pauvres, tant de la ville que du dehors, et il en tenait une liste. 11 rétablit la foi catholique en beaucoup d'endroits où elle avait souffert ; car il réprima les Donatistes en Afrique et les Ariens en Espagne, et il chassa les Agnoïtes d'Alexandrie. Il refusa le pallium à Syagrius, Evêque d'Autun. jusqu'à ce qu'il eût chassé de la Gaule les hérétiques Néophytes. Il obligea les Goths à renoncer à l'hérésie des Ariens. Il envoya dans la Grande-Bretagne Augustin et plusieurs autres moines, tous hommes saints et savants, par lesquels il convertit cette île à la foi de Jésus-Christ : ce qui l'a fait appeler avec raison Apôtre de l'Angleterre par le prêtre Bède. Il réprima l'audace da Jean. Patriarche de Constan5. Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 477

tinople, qui s'arrogeait le nom d'Evêque universel de l'Eglise. L'empereur Maurice ayant défendu aux soldats d'embrasser la vie monastique, il lui fit révoquer ce décret.

IL a orné l'Eglise de plusieurs institutions et lois très saintes. Dans un concile rassemblé à Saint-Pierre, il établit entre autres choses qu'on répéterait neuf fois Kyrie eleison à la Messe ; que l'on dirait Alléluia hors le temps qui sépare la Septuagésime de la Pàque ; qu'on ajouterait au Canon ces mots : Di^sjjue nostros in tua pace disponas. 11 augmenta le nombre des processions et des stations, et compléta l'OfBce ecclésiastique. Il voulut qu'on honorât à l'égal des quatre Evangiles les quatre Conciles de Nicée. de Constantinople. d'Ephèse et de Chalcédoine.Il accorda aux évêques de Sicile,

3ui, selon l'ancienne coutume e leurs Eglises, allaient à Rome tous les trois ans. la liberté de n'yvenirque tous les cinq ans. Il a composé plusieurs livres : et Pierre Diacre atteste avoir vu souvent, pendant qu'il les dictait , le Saint-Esprit en forme de colombe sur la tête du saint. Les choses qu'il a dites, faites, écrites, décrétées, sont admirables, et d'autant plus

nachos fieri prohibentem, a sententia deterruit.

EccLESiAMornavitsanctissimis institutis et legibus. Apud Sanctum Petrum coacta Synodo, multa constituit: in iis, ut in Missa Kyrie eleison novies repeteretur ; ut extra id tempus, quod continetur Septuagesima et Pascha. Alléluia diceretur ; ut adderetur in Canone, Diesque nostros in tua pace disponas. Litanias . Stationes et ecclesiasticum Officium auxit. Quatuor Conciliis, Nicasno. Constantinopolitano, Ephesino et Chalcedonensi, tamquam quatuor Evangeliis honorera haberi voluit. Episcopis Siciliae, qui ex antiqua Ecclesiarum consuetudine Romam singulis trienniis conveniebant,quinto quoque anno semel venire induisit. Multos libros confecit : quos cum dictaret, testatus est Petrus Diaconus se Spiritum Sanctum columbae specie in ejus capite saepe vidisse. Admirabilia sunt quae

47>? -^^ Temps de la Septuagésime.

dixit, fecit. scrîpsit, decrevit, prassertim infirma semper et jegra valetudine. Qui denique multis editis miraculis, pontificatus anno decimo tertio, mense sexto, die decimo, quarto idus martii, qui dies festus a Grascis etiam propter insignem hujus Pontificis sapientiam ac sanctitatem. praecipuo honore celebratur, ad cœlestem beatitudinem evocatus est. Cujus corpus sepultum est in Basilica Sancti Pétri, prope Secretarium.

A la suite de cette belle Légende, nous placerons ici quelques Antiennes et quelques Répons extraits d'un Office approuvé par le Saint-Siège en Thonneur d'un si grand Pape.

qu'il souffrit constamment des maladies et des infirmités dans son corps. Enfin, après avoir fait beaucoup de miracles, il fut appelé au tonheur céleste après treize ans. six mois et dix jours de pontificat, le quatre des ides de mars, que les Grecs euxmêmes célèbrent avec une vénération particulière, à cause de l'insigne sainteté de ce Ponlife. Son corps fut enseveli dons la Basilique de Saint-Pierre, près du Secretarium,

BEATUS Gregorius in cathedra Pétri sublimatus, Vigilantis nomen factis implevit.

Pastor eximius. p'storalis vitas spécimen tradidit et regulam.

Dum paginœ sacrae mysteria panderet. columba nive candidior apparuit.

Gregorius, monachoLE bienheureux Grégoire, , élevé sur la chaire de Pierre, réalisa par sa Vigilance la signification de son

nom.

Pasteur excellent.

fut

le pa lu'il (

en même temps qu u en traça les règles.

Un jour qu'il expliquait les mystères de la sainte Ecriture, on vit près de lui une colombe plus blanche que la neige.

Grégoire, le .miroir des

5". Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 4jg

moines, le père de Rome, les délices du monde entier.

Ayant arrêté ses regards sur de jeunes Anglais, Grégoire dit : i Ils ont des visages d'Anges, il est juste de les faire participer au sort des Anges dans le ciel. »

^. Dès son adolescence, Grégoire se livra avec ferveur au service de Dieu : * Et il aspira de toute l'ardeur de ses désirs à la patrie de la vie céleste.

f. Ayant distribué aux pauvres ses richesses, il se mit pauvre à la suite du Christ qui s'est fait pauvre pour nous ;

* Et il aspira de toute l'ardeur de ses désirs à la patrie de la vie céleste.

^. Ayant établi six monastères en Sicile, il y réunit des frères pour le service du Christ ; il en fonda un septième dans l'enceinte de la ville de Rome : * Et c'est là qu'il s'enrôla dans les rangs de la céleste milice.

t. Dédaignant le monde en sa iîeur, il n'eut plus d'attrait que pour sa chère solitude ;

* Et c'est là qu'il s'enrôla dans les rangs de la céleste milice.

^. Comme on le cherchait pour l'élever aux honneurs du Pontificat suprême , il s'enfuit à l'ombre des forêts et des antres ; * Mais une

rum spéculum, pater Urbis, orbis deliciae.

Gregorius, respiciens Anglorum juvenes, ait : Angelicam habent faciem ; et taies Angelorum in cœlis decet esse consortes.

Vf. Gregorius, ab annis adolescentije suse , Dec cœpit devotus existera ; * Et ad supernae vitae patriam totis desideriis anhelavit.

f . Pauperibus opes distribuons , Christum pro nobis egenum egenus ipse secutus est.

* Et ad supernaï vits patriam totis desideriis anhelavit.

"Bf. Sex in Siciîia monasteria constituons, fratres illic Christo servituros aggregavit ; septimumverointra Romanae urbis muros instituit : * In quo et ipse militiam cœlesîem aggressus est.

f. Mundum cum flore despiciens, dilectae solitudinis locum qusesivit.

* In quo et ipse militiam cœlestem aggressus est.

Vf. Ad summi Pontificatus apicem qusesitus , quum ad sylvarum et cavernarum latebras confugisset, * Visa est co4^0 Le Temps de la Septuagésime.

lumna lacis a summo cœli u;que ad eum linea recta refulgens.

y. Tam eximium pastorem sitiens populus, jejuniis et orationibus ad cœlum insistebat.

' Visa est columna lucis a summo coeli usque ad eum linea recta refulgens.

W. Ecce nunc magni maris fluctibus quatior, pastoralis curée procellis illisus : * Et eum priorem vitam recolo, quasi post tergum reductis oculis. viso liltore suspiro.

f. Immensis fluctibus turbatus feror, vix jam portum valeo videra quem reliqui.

* Et eum priorem vitam recolo, quasi post tergum reductis oculis. viso littore suspiro.

'^. E fonte Seripturaram moralia et mystica proferens, fluenta Evangelii in populos derivavit :* Et defunetus adhue loquitur.

y. Velut aquila perlustrans mundum, amplitudine eharitatis majoribus et minimis providet.

colonne lumineuse apparut, descendant du ciel en ligne directe jusque sur lui.

f. Dans son ardeur de posséder un si excellent pasteur, le peuple se livrait au jeûne et aux prières ;

* Mais une colonne lumineuse apparut, descendant du ciel en ligne directe jusque sur lui.

^. Me voici donc maintenant battu des flots de la grande mer, brisé des tempêtes de la charge pastorale : * Et lorsque, au souvenir de ma vie antérieure, je jette mes regards derrière moi, à la vue du rivage qui s'éloigne, je soupire.

f. Plein de trouble, je me sens emporté par des vagues immenses ; à peine aperçoisje encore le port que j'ai quitté :

* Et lorsque, au souvenir de ma vie antérieure, je jette mes regards derrière moi, à la vue du rivage qui séloigne, je soupire.

"Bf. Ayant puisé dans la source des Ecritures l'enseignement moral et la doctrine mystique, Grégoire dirigea vers les peuples le fleuve de lEvangile; * Et après sa mort sa voix se fait entendre encore.

y. Il parcourt le monde comme l'aigle ; dans sa vaste charité, il pourvoit aux grands et aux petits.

9. Ayant vu des jeunes gens de la nation anglaise. Grégoire regrettait que des hommes d'un si beau visage fussent dans la possession du prince des ténèbres ; * Et que sous des traits si agréables se cachât une âme privée des joies intérieures.

^. Du fond de son cœur il poussait de profonds soupirs, déplorant que l'image de Dieu eût été ainsi souillée par l'ancien serpent.

* Et que sous des traits si agréables se cachât une âme privée des joies intérieures.

:^. L'évêque Jean ayant voulu, dans son audace, porter atteinte aux droits du premier Siège. Grégoire se leva dans la force et la mansuétude ; ' Tout éclatant de l'autorité apostolique, tout resplendissant d'humilité.

t. Il fut invincible dans la défense des clefs de Pierre, et préserva de toute atteinte la Chaire principale ;

* Tout éclatant de l'autorité apostolique, tout resplendissant d'humilité.

i;:. Pontife illustre par ses mérites comme par son nom, Grégoire renouvela les mélodies de la louange divine ; * Et il réunit dans un même concert la voix de l'Eglise

* Et defunctus adhuc loquitur.

^ Cernens Gregorius Anglorum adolescentulos, dolebat tam lucidi vultus homines a tenebrarum principe possideri ; ' Tar^tamque frontis speciem, mentem ab internis gaudiis vacuam gestare,

'f. Ex intimo corde longa trahens suspiria, lugebat imaginem Dei ab antique serpente deturpatam.

Tantamque frontis speciem. mentem ab internis gaudiis vacuam gestare.

B. Cum Joannes episcopus arroganter primas Sedis jura dissolvere tentaret. surrexit Gregorius, fortis et mansuetus : * Apostolica fulgens auctoritate , humilitate praeclarus.

t^. Pétri claves invictus asseruit, et Cathedrara principalem illîesam custodivit.

Apostolica fulgens auctoritate , humilitate praeclarus.

^. Gregorius, praesul meritis et nomine dignus , antiquas divinas laudis modulationes renovans, * Militantis Ecclesiaevocem triumphan4S2 Le Teynps de la Septuagésime.

tis Sponsse concentibus sociavit.

f. Sacramentorum codicem mystico calamo rescribens, veterum Patrum instituta posteris transmisit.

' Militantis Ecclesiae voce m triumphantis Sponsje concentibus sociavit.

B?. Stationes per Basilicas et martyrum Cœmeteria ordinavit : * Et sequebatur exercitus Doraini Gregorium prœeontem.

f. Ductor cœlestis miliîias arma spiritualia proferebat.

* Et sequebatur exercitus Domini Gregorium praeeunîem.

militante aux accords de l'E- pouse triomphante.

f. Ayant transcrit de sa plume mystique le livre des Sacrements, il fit passer à la postérité les formules sacrées des anciens Pères.

* Et il réunit dans un même concert la voix de l'Eglise militante aux accords de l'E- pouse triomphante.

Bf. Il régla les Stations aux Basiliques et aux Cimetières des martyrs ; * Et l'armée du Seigneur s'avançait. sjivant les pas de Grégoire.

"f. Chef de la milice céleste, il distribuait à chacun les armes spirituelles.

* Et l'armée du Seigneur s'avançait, suivant les pas de Grégoire,

Saint Pierre Damien, dont nous avons célébré la fête il y a quelques jours, a consacré à la gloire de notre grandPontife l'Hymne suivante:

AXGLORUM jam Apostolus, Nunc Angelorum socius. Uttunc.Gregori.gentibus Succurrejam credentibus.

Tu largas opum copias, Omnemque mundi gloriam Spernis, ut inops inopem Jesum sequaris principem.

APÔTRE des Anglais, main. tenant compagnon des Anges. Grégoire, secourez les nations qui ont reçu la foi.

Vous avez méprisé l'opu lence des richesses et toute la ; gloire du monde, pour suivre ] pauvre le Roi Jésus dans sa pauvreté.

s. Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 483

Un malheureux naufragé se présente à vous ; c'est un Ange qui, sous ces traits, vous demande l'aumône ; vous lui faites une double offrande , à laquelle vous ajoutez encore un vase d'argent.

Peu après, le Christ vous place à la tête de son Eglise ; imitateur de Pierre . vous montez sur son trône.

O Pontife excellent, gloire et lumière de l'Eglise! n'abandonnez pas aux périls ceux que vous avez instruits par tant d'enseignements.

Vos lèvres distillent un miel qui est doux au cœur; votre éloquence surpasse l'odeur des plus délicieux parfums.

Vous dévoilez d'une manière admirable les énigmes mystiques de la sainte Ecriture ; la Vérité elle-même vous révèle les plus hauts mystères.

Vous possédez le rang et la gloire des Apôtres ; dénouez les liens de nos péchés ; restituez-nous au rovaume des cieux.

Videtur egens naufrages,

Dum stipem petit Angélus :

Tu munus jam post geminum,

Prasbes et vas argenteum.

Ex hoc te Christus tempore Suae praefert Ecclesiae , Sic Pétri gradum perciLujus et normam sequeris.

O Pontifex egregie, Lux et decus Ecclesiae, Non sinas in periculis. Quos tôt mandatis instruis.

Mella cor obdulcantia Tua distillant labia : Fragrantum vim aromatum Tuum vincit eloquium.

Scripturae sacrae mystyca Mire solvis aenigmata : Theorica raysteria Te docet ipsa Veritas.

Tu nactuî Apostolicam Vicem simul et gloriam, No« solve culpae nexibus. Redde polorum sedibus.

4^4 -^^ Temps de la Septiiagésime.

Gloire au Père incréé ; honneur au Fils unique ; majesté souveraine à l'Esprit égal aux deux autres. Amen.

Sit Patri laus ingenito. Sit decus Unigenito : Sit utriusque parili Majestas summa Flamini. Amen.

PÈRE du peuple chrétien, Vicaire de la charité du Christ autant que de son autorité, Grégoire, Pasteur vigilant, le peuple chrétien que vous avez tant aimé et servi si fidèlement, s'adresse à vous avec confiance. Vous n'avez point oublié ce troupeau qui vous garde un si cher souvenir ; accueillez aujourd'hui sa prière. Protégez et dirigez le Pontife qui tient de nos jours la place de Pierre et la vôtre ; éclairez ses conseils, et fortifiez son courage. Bénissez tout le corps hiérarchique des Pasteurs, qui vous doit de si beaux préceptes et de si admirables exemples. Aidez-le à maintenir avec une inviolable fermeté le dépôt sacré de la foi ; secourez-le dans ses efforts pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, sans laquelle tout n'est que désordre et confusion. Vous avez été choisi de Dieu pour ordonner le service divin, la sainte Liturgie, dans la chrétienté ; favorisez le retour aux pieuses traditions de la prière qui s'étaient affaiblies chez nous, et menaçaient de périr. Resserrez de plus en plus le lien vital des Eglises dans l'obéissance à la Chaire romaine, fondement de la foi et source de l'autorité spirituelle. Vos yeux ont vu surgir le principe funeste du sch'isme désolant qui a séparé l'Orient de la communion catholique ; depuis, hélas 1 Byzance a consommé la rupture ; et le châs. Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 485

timent de son crime a été l'abaissement et l'esclavage, sans que cette infidèle Jérusalem ait songe encore à reconnaître la cause de ses malheurs. Un auxiliaire a surgi de l'Aquilon, plein d'audace et les mains teintes du sang des martyrs. Dans son orgueil, il s'étai juré de poser un pied sur le tornbeau du Sau veur, et l'autre sur la Confession de sain Pierre : afin que toute créature humaine l'ado rât comme un dieu. Mais la défaite s'est abat tue sur le faux Christ; les sectes qui le divi sent, les dissensions qui le minent, ont montré la fragilité du colosse du Nord ; l'exemple de son humiliation demeure comme un monument de la vengeance du véritable Christ, notre unique Seigneur, et un accomplissement de la promesse qu'il a faite : que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre la Pierre. Saint Pontife, nous osons demander que, la justice ayant eu son cours, la miséricorde ait aussi le sien : puisse Vtinique bercail s'ouvrir aux brebis que le schisme en tenait éloignées. Souvenez-vous , ô Apôtre dun peuple entier! souvenez-vous de l'Angleterre qui a reçu de vous la foi chrétienne. Cette île qui vous fut si chère, et au sein de laquelle fructifia si abondamment la semence que vous y aviez jetée, est devenue infidèle à la Chaire romaine, et toutes les erreurs se sont réunies dans son sein. Depuis quatre siècles déjà, elle s'est éloignée de la vraie foi; mais de nos jours, la divine miséricorde semble s'incliner vers elle. O Père! aidez cette nation que vous avez enfantée à Jésus-Christ; aidez-la à sortir des ténèbres qui la couvrent encore. C'est à vous de rallumer le flambeau qu'elle

486 Le Temps de la Septiiagésime.

a laissé s'éteindre. Qu'elle voie de nouveau la lumière briller sur elle, et son peuple fournira comme autrefois des héros pour la propagation de la vraie foi et pour la sanctification du peuple chrétien.

En ces jours de la sainte Quarantaine, priez aussi, ô Grégoire, pour le troupeau fidèle qui parcourt religieusement la sainte carrière de la pénitence. Obtenez-lui la componction du cœur, l'amour de la prière, l'intelligence du service divin et de ses mystères. Nous lisons encore les graves et touchantes Homiélies que vous adressiez, à cette époque, au peuple de Rome ; la justice de Dieu, comm.e sa miséricorde, est toujours la même : obtenez que nos cœurs soient remués par la crainte et consolés par la confiance. Notre faiblesse s'effraie souvent de la rigidité des lois de l'Eglise qui prescrivent le jeûne et l'abstinence ; rassurez nos courages, ranimez dans nos cœurs l'esprit de mortification. Vos exemples nous éclairent, vos enseignements nous dirigent ; que votre intercession auprès de Dieu fasse de nous tous de vrais pénitents : afin que nous puissions retrouver, avec la joie d'une conscience purifiée, le divin Alléluia que vous nous avez appris à chanter sur la terre, et que nous espérons répéter avec vous dans l'éternité.

Nos âmes sont désormais préparées; l'Eglise peut ouvrir la carrière quadragésimale Dans les trois semaines qui viennent de s'écouler, nous avons appris à connaître la

s. Grégoire le Grand, Pape et Docteur. 487

misère de l'homme déchu, l'immense besoin qu'il a d'être sauvé par son divin auteur, la justice éternelle contre laquelle le genre humain osa se soulever, et le terrible" châtiment qui fut le prix de tant d'audace ; enfin l'alliance du Seigneur, en la personne d'Abraham, avec ceux qui, dociles à sa voix, s'éloignent des maximes d'un monde pervers et condamné.

Maintenant nous allons voir s'accomplir les mystères sacrés et redoutables, par lesquels'la blessure de notre chute a été guérie, la divine justice désarmée, la grâce qui nous affranchit du joug de Satan et du monde répandue sur nous avec surabondance.

L'Homme-Dieu, dont nous avons cessé un moment de suivre les traces, va reparaître à nos regards, courbé sous sa Croix, et bientôt immolé pour notre Rédemption. La douloureuse Passion que nos péchés lui ont imposée va se renouveler sous nos yeux dans le plus solennel des anniversaires.

Soyons attentifs, et purifions-nous. Marchons courageusement dans la voie de la pénitence; que chaque jour allège le fardeau que nos péchés font peser sur nous ; et lorsque nous aurons participé au calice du Rédempteur par une sincère compassion pour ses douleurs, nos lèvres longtemps fermées aux chants d'allégresse seront déliées par l'Eglise, et nos cœu'rs, dans une ineffable jubilation , tressailliront tout à coup au divin Alléluia!

i-viD , atteint d'une maladie , demande pardon à Dieu qui Va. frappé, et le prie de guérir les plaies de son âme.

DOMINE, ne in furore tuo arguas me : ne^ue in ira tua oorripias me.

Miserere mei, Domine, quoniam infirmus sum : sana me, Domine, quoniam conturbata suni ossa mea.

Et anima mea turbata est valde : sed tu. Domine, usquequo ?

SEIGNEUR, ne me reprenez pas dans votre fureur, et ne me châtiez pas dans votre colère.

Ayez pitié de moi, Seigneur ; car je languis de faiblesse ; guérissez-moi, Seigneur, parce que le trouble m'a saisi jusqu'au fond de mes os.

Mon âme est toute troublée ; mais vous, Seigneur, jusqu'à quand différerezvous ?

Les Sept Psaumes de la Pénitence. 48g

Seigneur,tournez-YOus vers moi, et délivrez mon âme : sauvez-moi, à cause de votre miséricorde ;

Car nul dans la mort ne se souvient de vous : qui publiera vos louanges dans le sépulcre ? ^

Je me suis épuisé à force de gémir ; j'ai baigné chaque nuit mon lit de mes pleurs ; jai arrosé ma couche de mes larmes.

Mon œil a été troublé de fureur : j'ai vieilli au milieu de tous mes ennemis.

Retirez-vous de moi. vous tous qui commettez l'iniquité ; car le Seigneur a exaucé la voix de mes pleurs.

Le Seigneur a exaucé ma supplication; le Seigneur a reçu ma prière.

Que tous mes ennemis rougissent et soient saisis d'étonnement : qu'ils retournent en arrière, et soient couverts de honte.

Convertere , Domine , et eripe animam meam ; salvum me fac propter misericordiam tuam.

Quoniam non est in morte qui memor sit tui : in inferno autem quis confitebitur tibi ?»

Laboravi in gemitu meo. lavabo per singulas noctes lectum meum : lacrymis meis stratum meum rigabo.

Turbatus est a furore oculus meus : inveteravi inter omnes inimicos meos.

Discedite a me, omnes qui operamini iniquitatem : quoniam exaudivit Dominus vocem fletus mei.

Exaudivit Dominus deprecationem meam : Dominus orationem meam suscepit.

Erubescant et conturbentur vehementer omnes inimici mei : convertantur et erubescant valde velociter.

David éprouve le bonheur d'une âme à qui Dieu a pardonné ses péchés; il représente sa situation sous la figure d'un malade qui revient à la vie.

EUREUX ceux dont les iniquités sont pardonE.A.TI. quorum remisse sunt iniquitates

4g 0 Le Temps de la Septuagésime.

et quorum tecta sunt peccata.

Beatus vir, cui non imputavit Dbminus peccatum : nec est in spiritu ejus dolus.

Quoniam tacui, inveteraverunt ossa mea : dum dcmarem tota die.

Quoniam die ac nocte gravata est super me manus tua : conversus sum in aerumna mea. dum configitur spina.

Delictum meumcognitum tibi feci : et injustitiam meamnonabscondi.

Dixi : Confitebor adversum me injustitiam meam Domino : et tu remisisti impietatem peccati mei.

Pro hac orabit ad te omnis sanctus : in tempore opportune.

Verumtamen in diluvio aquarum multarum : ad eum non approximabunt.

Tu es refugium meum a tribulatione, quae circumdedit me : exsuitatio mea. erue me a circumdantibus me.

Intellectum tibi dabo. et instruam te in via hac qua gradieris : firmabo super te oculos meos.

nées, et dont les péchés sont couverts.

Heureux celui à qui le Seigneur n'a point imputé de péché, et dont l'esprit es* sans déguisement.

Parce que je me suis tu. ne voulant pas confesser mon crime, mes os se sont envieillis, tandis que je criais tout le jour.

Car votre main s'est appesantie sur moi jour et nuit ; je m'agitais dans mon angoisse, et l'épine s'enfonçait de plus en plus dans ma chair.

Je vous ai découvert mon péché, et je ne vous ai point caché mon iniquité.

J'ai dit : Je confesserai contre moi-même mon iniquité au Seigneur ; et vous avez remis l'impiété de mon péché.

C'est pour obtenir cette grâce que tout homme pieux vous suppliera dans le temps favorable.

Et quand les grandes eaux du déluge inonderaient la terre, elles n'approcheront pas de lui.

Vous êtes mon refuge contre les maux qui m'environnent : ô Dieu, qui êtes ma joie, délivrez-moi de ceux qui m'assiègent.

Vous m' ave:; dit : « Je te donnerai l'intelligence, et je t'instruirai dans la voie où tu dois marcher ; je tiendrai mes veux arrêtés sur toi.

Les Sept Psaumes de la Pénitence. 4g i

« Ne deviens pas semblable au cheval et au mulet qui nont point d'intelligence.

a Et dont il te faut serrer la bouche avec le mors et le frein, parce qu'autrement ils n'approcheraient pas de toi.»

Les fléaux sur le pécheur sont nombreux, mais la miséricorde environnera celui qui espère en Dieu.

Réjouissez-vous dans le Seigneur, ô justes, et tressaillez de joie ; et glorifiez - vous en lui. vous tous qui avez le cœur droit.

Nolite fieri sicut equus et mulus : quibus non est intellectus.

In camo et fraeno maxillas eorum constringe : qui non approximant ad te.

Mdlta flagella peccatoris : sperantem autem in Domino misericordia circumdabit.

Lœtamini in Domino, et exsultate , justi : et gloriamini, omnes recti corde.

David ressent les plaies profondes que la longue habitude du péché a faites en lui, et prie Dieu de le regarder en pitié.

EIG.NEV'R. ne me reprenez * pas dans votre fureur, et

ne me châtiez pas dans votre colère.

Car vous m'avez percé de vos flèches, et vous avez appesanti votre main sur moi.

Il n'v a plus rien de sain dans ma chair, à la vue de votre colère : il n'y a point de paix dans mes os. à la vue de mes péchés.

Car mes iniquités se sont élevées au-dessus de ma tête : et elles m'ont accablé comme un poids insupportable.

OMINE. ne in furore tuo arguas me : neque in ira tua corripias me.

Quoniam sagittœ tuas infi.xae sunt mihi : et confirmasti super me manum tuam.

Non est sanitas in carne mea a facie irae luae : non est pax ossibus meis a facie peccatorum meorum.

Quoniam iniquitates meae supergressîe sunt caput meum ; et sicut onus grave gravaise sunt super me.

4g 2 Le Temps de la Septuagésime.

Putruerunt , et corruptas sunt cicatrices mes • a facie insipientiae meje.

Miser factus sum. et cur\-atus sum usque in Ênem : tota die contristatus ingrediebar.

Quoniam lumbi mei impleti sunt illusionibus : et non est sanitas in carne mea.

AiBictus sum et humiliatus sum nimis : rugiebam a gemitu cordis mei.

Domine, ante te omne desiderium meum : et gemitus meus a te non est absconditus.

Cor meum conturbatum est, dereliquit me virtus mea : et lumen oculorum meorum . et ipsum non est mecum.

Amici mei et proximi mei : adversum me appropinquaverunt et steterunt.

Et qui justa me erant, de longe steterunt : et vim faciebant qui quœ- rebant animam meam.

Et qui inquirebant mala mihi, locuti sunt vanitates : et dolos tota die meditabantur.

Ego autem tamquam surdus non audiebam : et sicut mutus non aperiens os suum.

Mes plaies se sont corrompues et putréfiées, à cause de ma folie.

Je suis devenu misérable et tout courbé ; je passe tout le jour dans la tristesse.

Mes reins sont remplis d'illusions : et il n'y a plus rien de sain dans ma chair.

J'ai été affligé et humilié jusqu'à l'excès ; je pousse du fond de mon cœur des sanglots et des cris.

Tous mes désirs vous sont connus. Seigneur : et mon gémissement ne vous est point caché.

Mon cœur est troublé ; mes forces me quittent ; et la lumière même de mes yeux m'a abandonné.

Mes amis et mes proches sont venus vers moi, et se sont élevés contre moi.

Ceux qui étaient auprès de moi s'en sont éloignés : et ceux qui cherchaient à m'ôter la vie me faisaient violence.

Ceux qui cherchaient à me faire du mal ont publié des mensonges ; et ils méditaient quelque tromperie pendant tout le jour-.

Pour moi, j'étais comme un sourd qui n'entend point, et comme un muet qui n'ouvre point la bouche.

Les Sept Psaumes de la Pénitence. 4g 3

Je suis devenu comme un homme qui n'entend plus, et qui n'a rien à répliquer.

Parce que j'ai mis en vous, Seigneur, toute mon espérance ; vous m'exaucerez, ô Seigneur mon Dieu !

Car je me suis dit à moimême : A Dieu ne plaise que je devienne un sujet de joie à mes ennemis, qui ont déjà parlé insolemment de moi, lorsque mes pieds se sont ébranlés.

Je suis préparé au châtiment, et ma douleur est toujours devant mes yeux.

Je confesserai mon iniquité, et je serai sans cesse occupé du désir d'expier mon péché.

Et toutefois mes ennemis vivent, et sont devenus plus puissants que moi ; et le nombre de ceux qui me haïssent injustement s'accroît tous les jours.

Ceux qui rendent le mal pour le bien m'ont déchiré dans leurs propos, parce que j'embrassais la justice.

Ne m'abandonnez point, o Seigneur, mon Dieu ; ne vous éloignez point de moi.

riatez-vousde me secourir,

0 Seigneur, Dieu de mon salut.

Et factus sum sicut homo non audiens : et non habens in ore suo redargutiones.

Quoniam in te. Domine, speravi : tu exaudies me, Domine Deus meus.

Quia dixi : Nequando supergaudeant mihi inimici mei : et dum commoventur pedes mei, super rae magna locuti sunt.

Quoniam ego in flagella paratus sum : et dolor meus in conspectu meo semper.

Quoniam iniquitatem meam annuntiabo ; et cogitabo pro peccato meo.

Inimici autem mei vivunt, et confirmati sunt super me : et multiplicati sunt qui oderunt me inique.

Qui retribuunt mafa pro bonis, detrahebant mihi : quoniam sequebar bonitatem.

Ne derelinquas me , Domine Deus meus : ne discesseris a me.

Intende in adjutorium meum : Domine, Deus salutis meaev

4g4 Le Temps de la Septiiagésime.

Regrets et prières de David, quand le Prophète Nathan lui reprocha, de la part de Dieu, le double crime qu'il avait commis à l'occasion de Bethsabée.

MISERERE mei. Deus : spcundum magnam tnisericordiam tuam.

Et secundum multitudinem ïniserationum tuarum : dele iniquitatem meam.

Amplius lava me ab iniquitate mea : et a peccato meo munda me.

Quoniam iniquitatem meam ego cognosco : et peccatum meum contra me est semper.

Tibi soli peccavi, et malum coram te feci : ut justificeris in sermonibus tuis. et vincas cum judicaris.

Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum : et in peccatis concepit me mater mea.

Ecce enim veritatem dilesisti : incerta et occulta sapientije tuse manifestasti mihi.

AYEZ pitié de moi , Seigneur, selon votre grande miséricorde :

Et dans l'immensité de votre clémence, daignez effacer mon péché.

Lavez-moi de plus en plus de mon iniquité, et purifiezmoi de mon offense.

Car je reconnais mon iniquité : et mon péché est toujours devant moi.

C'est contre vous seul que j'ai péché, et j'ai fait le mal en votre présence : je le confesse : daignez me pardonner, afin que vous soyez reconnu juste dans vos paroles, et que vous demeuriez victorieux dans les jugements qu'on fera de vous.

J'ai été conçu dans l'iniquité, et ma mère m'a conçu dans le péché.

Vous aimez la vérité ; vous m'avez découvert ce qu'il y a de plus mystérieux et de plus caché dans votre sagesse.

Les Sept Psaumes de la Pénitence. 4(j5

Vous m'arroserez d'eau avec l'hysope, comme le lépreux, et je serai purifié ; vous me laverez, et je deviendrai plus blanc que la neige.

Vous me ferez entendre une parole de joie et de consolation ; et mes os humiliés tressailliront d'allégresse.

Détournez votre face de mes péchés, et effacez toutes mes offenses.

O Dieu, créez en moi un cœur pur et renouvelez l'esprit droit dans mes entrailles.

Ne me rejetez pas de devant votre face ; et ne retirez }3as de moi votre EspritSaint.

Rendez-moi la joie en celui par qui vous voulez me sauver, et confirmez-moi par l'Esprit de force.

J'enseignerai vos voies aux méchants, et les impies se convertiront à vous.

Délivrez-moi du sang que j'ai versé, ô Dieu, ô Dieu mon Sauveur ! et ma langue publiera avec joie votre justice.

Seigneur, ouvrez mes lèvres, et ma bouche chantera vos louanges.

Si vous aimiez les sacrifices matériels, je vous en offrirais ; mais les holocaustes ne sont pas ce qui vous est agréable.

Une âme brisée de regrets est le sacrifice que Dieu deAsperges me hyssopo. et mundabor : lavabis me. et super nivem dealbabor.

Auditui meo dabis gaudium et lastitiamret exsultabunt ossa humiliata.

Averte faciem tuam a peccatis meis : et omnes iniquitates meas dele.

Cor mundum créa in me, Deus : et spiritum rectum innova in visceribus meis.

Ne projicias me a facie tua : et Spiritum Sanctum tuum ne auferas a me.

Redde mihi lastitiam salutaris tui : et Spiritu principali confirma me.

Docebo iniquos vias tuas : et impii ad te convertentur.

Libéra me de sanguinibus, Deus, Deus salutis mea? r et exsultabit lingua mea justitiam tuam.

Domine, labia mea aperies : et os meum annuntiabit laudem tuam.

Quoniam si voluisses sacrificium, dedissem utique : holocaustis non delectaberis.

Sacrificium Deo spiritus contribulatus : cur

4g6 Le Temps de la Septuagésime.

contritum ethumiliatum, Deus, non despicies.

Bénigne fac, Domine, in bona voluntate tua Sien : ut asdificentur mûri Jérusalem.

Tune acceptabis sacrificium justitiae, oblationes, et holocausta : tune imponent super altare uum vitulos.

mande ; ô Dieu, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié.

Seigneur , traitez Sion selon votre miséricorde, et bâtissez les murs de Jérusalem.

Vous agréerez alors le sacrifice de justice, les offrandes et les holocaustes: et on vous offrira des génisses sur votre autel.

Le Psalmiste déplore la captivité du peuple de Dieu dans Babylone, et demande le rétablissement de Sion ; à son exemple, l'âme pécheresse et repentante demiande d'être régénérée par la grâce.

DO.MINE. exaudi oratio- QEIGNEUR, écoutez ma priènem meam : et cla- O re, et que mes cris s'émor meus ad te veniat. lèvent jusqu'à vous.

Non avertas faciem Ne détournez pas de moi votre face ; quelque jour que je sois dans l'affliction, prêtez l'oreille à ma voix :

En quelque jour que je vous invoque, hâtez-vous de me secourir.

Car mes jours se sont évanouis comme la fumée, et mes os se sont desséchés comme du bois prêt à prendre feu.

J'ai été frappé comme l'herbe des champs, et mon cœur s'est desséché, parce que j'ai oublié de manger mon pain.

tuam a me : in quacumque die tribulor, inclina ad me aurem tuam.

In quacumque die invocavero te : velociter exaudi me.

Quia defecerunt sicut fumus dies mei : et ossa mea sicut cremium aruerunt.

Percussus sum ut fœ- num. et aruit cor meum : quia oblitus sum comedere panem meum.

Les Sept Psaumes de la Pénitence. 4g j

Mes os tiennent à ma peau, à force de gémir et de soupirer.

Je suis devenu semblable au pélican des déserts, et au hibou des lieux solitaires.

J'ai passé les nuits dans les veilles, et je suis devenu semblable au passereau sur le toit.

Mes ennemis me faisaient des reproches durant tout le jour, et ceux qui me louaient faisaient des imprécations contre moi :

Parce que je mangeais la cendre comme le pain, et que je mêlais mon breuvage de mes larmes,

A la vue de votre colère et de votre indignation, par lesquelles vous m'avez écrasé après mavoir élevé.

Mes jours se sont évanouis comme l'ombre, et je me suis desséché comme l'herbe.

Mais vous. Seigneur, vous demeurez éternellement ; et la mémoire de votre Nom passe de race en race.

Vous vous lèverez, et vous aurez pitié de Sion, puisque le temps est venu d'avoir compassion d'elle, le temps en est venu ;

Parce que ses ruines sont aimées de vos sers'iteurs, et qu'ils ont compassion de la terre où elle s'éleva.

Alors les nations crainA voce gemitus mei : adhaesit os meum carni meae.

Similis factus sum pellicano solitudinis : factus sum sicut nycticorax in domicilio.

"Vigilavi : et factus sum sicut passer solnarius in tecto.

Tota die exprobrabant mihi inimici mei : et qui laudabant me adversum me jurabant.

Quia cinerem tamouam panem manducabam : et potum meum cum fletu miscebam.

A facie iras et indignationis tuas : quia elevans allisisti me.

Dies mei sicut umbra declinaverunt : et ego sicut fœnum arui.

Tu cutem. Domine, in œternum permanes : et memoriale tuum in generationem et generationem.

Tu exsurgens misereberis Sion : quia tempus miserendi ejus, quia venir tempus.

Quoniam placuerunt servis tuis lapides ejus : et terras ejus miserebuntur.

Et timebunt rentes

4g 8 Le Temps de la Septuagésime.

Nomen tuum, Domine : et omnes reges terrae gloriam tuam.

Quia aedificavit Dominas Sion : et videbitur in gloria sua.

Respexit in orationem humilium : et non sprevii precemeorum.

Scribantur haec in generatione altéra; et populus qui creabitar laudabit Dominura.

Quia prospexit de excelso Sancto suo • Dominus de cœlo in terram aspexit.

Ut audiret gemitus compeditorum : ut solveret filios interemptorum.

Ut annuntient in Sion Nomen Domini : et laudem ejus in Jérusalem.

In conveniendo populos in unum . et reges, ut serviant Domino.

Respondit ei in via virtutis suae • paucitatem dierum meorum nuntia mihi.

Ne revoces me in dimidio dierum meorum : in generationem et generationem anni tui.

Initio tu. Domine, terram fundasti : et opéra manuum tuarum sunt cœli.

dront votre Nom, et les rois de la terre publieront votre gloire ;

Parce que le Seigneur aura rebâti Sion, et qu'il y paraîtra dans sa gloire.

Il a tourné ses regards vers la prière des humbles, et il n'a pas méprisé leurs vœux.

Ceci est écrit pour une race qui doit venir ; un peuple qui sera créé plus tard louera le Seigneur :

Parce qu'il a regardé du haut de son Sanctuaire ; le Seigneur a jeté un regard du ciel sur la terre.

Pour écouter les gémissements des captifs; pour rendre la liberté aux enfants de ceux qu'on a mis à mort :

Afin qu'ils célèbrent dans Sion le Nom du Seigneur, et qu'ils chantent ses louanges dans Jérusalem ;

Lorsque les peuples s'uniront ensemble avec les rois, pour servir le Seigneur.

Dans son désir de voir de telles merveilles, U Prophète. encore dans la force de l'âge, a dit au Seigneur : Révélezmoi rétendue de ma courte vie ;

Ne me tirez pas du monde à la moitié de mes jours. Vos années à vous dureront dans la suite de tous les âges.

Seigneur, vous avez fondé la terre dès le commencement, et les cieux sont l'ouvrage de vos mains.

Les Sept Psaumes de la Pénitence. 4g g

Ils périront : vous, vous demeurerez ; ils vieilliront tous comme un vêtement.

Vous les changerez comme un manteau, et ils changeront de forme : mais vous êtes toujours le même, et vos années n'auront pas de fin.

Les enfants de vos serviteurs habiterorit sur la terre, ei leur postérité sera éternellement heureuse.

Ipsi peribunt, tu autem permanes : et omnes sicut vestimentum veterascent.

Et sicut opertorium mutabis eos, et mutabuntur : tu autem ipse es, et anni tui non déficient.

Filii servorum tuorum habitabunt : et semen eorum in sasculum dirigeLe pécheur, abîmé dans ses péchés, n'attend de secours que de l'intinie miséricorde de Dieu.

PSAUME cxxix.

Dj fond de l'abîme, j'ai crié vers vous,Seigneur : Seigneur, écoutez ma voix.

Que vos oreilles soient attentives aux accents de ma supplication.

Si vous recherchez les iniquités, Seigneur : Seigneur, qui pourra subsister ?

Niais parce que la miséricorde est avec vous et à cause de votre Ici, je vous ai attendu. Seigneur.

Mon âme a attendu avec confiance la parole du Seigneur ; mon âme a espéré en lui.

Du point du jour à l'arrivée de la nuit, Israël doit espérer dans le Seigneur ;

E profundis clamavi ad te, Domine : Domine , exaudi vocem meam.

Fiant aures tuae intendentes : in vocem deprecationis meas.

Si iniquitates observaveris. Domine : Domine, quis sustinebit ?

Quia apud te propitiatio est : et propter legem tuam sustinui te, Domine.

Sustinuit anima mea in verbo ejus : speravit anima mea in Domino.

A custodia matutina usque ad noctem : speret Israël in Domino.

Le Temps de la Septuagésime.

Quia apud Dominum misericordia : et copiosa apud eum redemptio.

Et ipse redimet Israël : ex omnibus iniquitatibus ejus.

Car dans le Seigneur est la miséricorde, et en lui une abondante rédemption.

Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités.

David réfugié dans une caverne se voit cerné par les troupes de Saùl ; il prie Dieu de ne pas le traiter selon la rigueur de ses jugements, mais de lui découvrir une voie pa"r laquelle il puisse échapper au danger. Le pécheur, captif sous ses péchés, circonvenu de tentations , implore de Dieu sa délivrance.

DOMINE, exaudi orationem meam. auribus percipe obsecrationem meam in veritate tua : exaudi me in tua justitia. Et non intres in judicium cum servo tuo : quia non justificabitur in conspectu tuo omnis vivens.

Quia persecutus est inimicus animam meam : humiliavit in terra vitam meam.

Collocavit me in obscuris, sicut mortuos saeculi : et anxiatus est super me spiritus meus : in me turbatum est cor meum.

Memor fui dierum anSeigxElR , écoutez ma prière: prêtez l'oreille à ma demande selon votre vérité : exaucez-moi selon votre justice ;

Et n'entrez pas en jugement avec votre sersùteur : parce que nul homme vivant ne pourra être trouvé juste devant vous.

Car l'ennemi a poursuivi mon âme ; il a humilié ma vie jusqu'en terre ;

Il m'a confiné dans une obscure retraite, comme les m-orts ensevelis depuis longtemps ; mon âme a été remplie d'angoisses ; mon cœur s'est troublé au dedans de moi.

Je me suis souvenu des

Les Sept Psaumes de la Pénitence. 5oi

jours anciens : j'ai médité sur toutes vos œuvres, et sur les ouvrages de vos mains.

Jai élevé mes mains vers vous ; mon àme est devant vous comme une terre sans eau.

Hâtez-vous, Seigneur, de m'exaucer ; mon àme tombe en défaillance.

Ne détournez pas votre face de dessus moi, de peur que je ne sois semblable à ceux qui descendent dans Pabîme.

Faites-moi ressentir dès le matin votre miséricorde, parce que j'ai espéré en vous.

Montrez-moi la voie par laquelle je dois marcher ; puisque j'ai élevé mon àme vers vous.

Seigneur, délivrez-moi de mes ennemis : j'ai recours à vous ; enseignez-moi à faire votre volonté, parce que vous êtes mon Dieu.

"Votre Esprit plein de bonté me conduira dans un chemin droit ; vous me donnerez la vie, Seigneur, dans votre justice, pour la gloire de votre Nom.

"Vous tirerez mon âme de l'affliction, et vous détruirez tous mes ennemis, selon votre miséricorde.

Vous ferez périr tous ceux qui affligent mon àme, parce que je suis votre serviteur.

tiquorum ,^ meditatus sum in omnibus operibus tuis : in factis manuum tuarum meditabar.

Expandi manus meas ad te : anima mea sicut terra sine aqua tibi.

"Velociter exaudi me. Domine : defecit spiritus meus.

Non avertas faciem tuama me : et similis ero descendentibus in lacum.

Auditam fac mihi mane misericordiam tuam: quia in te speravi.

Notam fac mihi viam in qua ambulem : quia ad te levavi animam meam.

Eripe me de inimicis meis. Domine, ad te confugi : doce me facere voluntatem tuam. quiaDeus meus es tu.

Spiritus tuus bonus deducet me in terram rectam : propter Nomen tuum, Domine, vivificabis me in aequitate tua.

Educes de tribulatione animam meam : et in misericordia tua disperdes inimicos meos.

Et perdes omnes qui tribulant animam meam : quoniam ego servus tuus sum.

5o2 Le Temps de la Septuagési

Ant. Ne reminiscaris. Domine, dehcta nostra vel parentura nostrorum, neque vindictam sumas de peccatis nostris.

Ant. Daignez ne pas vous souvenir de nos péchés. Seigneur, ni de ceux de nos proches, et ne tirez pas vengeance des offenses que nous vous avons faites.

[on arc apparaîtra sur les nuées, et je me souviendrai démon alliance '^. Dans la nuit du onze février de l'année 1858-, les lectures liturgiques avaient rappelé cette parole à la terre ; et bientôt le monde apprenait que ce jour même Marie s'était montrée, plus belle que le signe d'espérance qui fut au temps du déluge sa figure gracieuse.

C'était l'heure où se multipliaient pour l'Eglise les signes précurseurs d'un avenir devenu le présent que nous connaissons. L'humanité vieillie semblait menacée de sombrer bientôt dans un déluge pire que l'ancien.

Je suis l'immaculée-conception, déclarait la Mère de la divine grâce à l'humble enfant choisie pour porter en un tel moment son message aux guides de l'arche du salut. Aux ténèbres montant de l'abîme elle opposait, pour phare, le privilège auguste que le pilote suJeudi de Sexagésime.

504 Le Temps Je la Sepiuagésime.

prême avait, trois ans auparavant, proclamé comme dogme à sa gloire.

Si, en feflfet, d'après Jean le bien-aimé, c'est notre foi qui possède ici-bas les promesses de victoire ' ; si, d'autre part, la foi se nourrit de lumière : quel dogme aussi bien que celui-ci, supposant et rappelant tous les autres, les illumine en même temps d'un éclat si doux? Au front de la triomphatrice redoutée de l'enfer, il est vraiment la royale couronne où, comme en l'arc vainqueur des orages, se donnent rendez-vous les diverses splendeurs des cieux.

Mais pourtant fallait-il encore ouvrir les yeux des aveugles à ces splendeurs, rendre courage aux cœurs angoissés par l'audace des négations d'enfer, relever de leur impuissance à former l'acte de foi tant d'intelligences débilitées par l'éducation des écoles de nos jours. Et convoquant les multitudes aux lieux de son apparition bénie, l'Immaculée subvenait aussi fortement que suavement à la faiblesse des âmes en guérissant les corps ; souriant à la publicité, accueillant tout contrôle, elle confirmait de l'autorité du miracle en permanence sa propre parole et la définition rendue par le Vicaire de son Fils.

Aussi bien que le Psalmiste chantait des œuvres de Dieu qu'elles racontent en toutes langues la gloire de leur auteur-; aussi bien que saint Paul taxait de folie, non moins que d'impiété, quiconque ne se rendait pas à leur témoignage ^ : on peut dire des hommes de

L'Apparition de la B. ]'. Mat

notre temps qu'ils sont sans excuse, s'ils ne reconnaissent pas à ses œuvres la Vierge très sainte. Puisse-t-elle étendre ses bienfaits, prendre en pitié les pires malades : ces âmes infirmes qui, dans la crainte inavouée d'importunes conclusions, refusent de voir ; ou, luttant de front contre la vérité, contraignent au paradoxe leur pensée, enténèbrent leur cœur, comme dit l'Apôtre S et donneraient à redouter que le seiis réprouvé dont les païens portaient le châtiment dans la chair ^ ait frappé leur raison.

Les faits de Lourdes égalent en notoriété tous les événements de l'histoire contemporaine. Si abrégé qu'il soit, écoutons le récit où l'Eglise en a voulu consigner l'authentique relation dans la Liturgie.

EN la quatrième année de la définition du dogme de rimmaculée-Conception, dans l'anfractuosité d'un rocher dominant la grotte Massabielle, au bord du Gave qui coule près de la ville française de Lourdes, au diocèse de Tarbes, la bienheureuse Vierge, à plusieurs reprises, daigna se montrer à une très pauvre, mais innocente et pieuse enfant, qu'on appelait Bernadette. Jeune d'aspect et toute gracieuse se présentait l'Immaculée ; blancs étaient sa robe et son voile,

AN NO quarto a dogmatica definitione de Immaculato beatae Virginis Conceptu, ad Gavi fluminis oram prope oppidum Lourdes dioecesis Tarbiensis in Gallia, ipsa Virgo in rupis sinu super specum Massabielle puellae cuidam, vernacula lingua Bernadette nuncupatae, pauperrimae quidem, sed ingenuae ac piae, pluries se conspiciendam obtulit. Immacx'lata Virgo juvenili ac benigno videbatur aspectu, niLe Temps de la Septuagésime.

vea veste niveoque pallio contecta, ac zona cœrulea succincta : nudos pedes 'aurea rosa ornabat. Primo apparitionis die, qui fuit undecimus februarii anno millesimo octingentesimo quinquagesimo octave, puellam signum crucis rite pieque faciendum edocuit, atque ad sacri rosarii recitationem, exemple suo, coronam. quae prius ex brachio demissa pendebat, manu advolvens, excitavit : quod in ceteris etiam apparitionibus praestitit. Altéra autem apparitionis die, puella in simplicitate cordis sui, diabolicam fraudem timens, lustralem aquam in Virginem effudit : sed beata Virgo, leniter arridens, benigniorem illi \'ultum ostendit. Cum vero tertio appaniisset, puellam ad specum per quindecim dies invitavit. Exinde eam ssepius est allocuta, ac pro peccatoribus orare, terram deosculari , pœniten - tiamque agere est hortata : deinde imperavit ut sacerdotibus ediceret , aedificandum ibi esse sacellum, solemnisque supplicationis

bleue sa ceinture ; une rose d'or ornait ses pieds nus. Le premier jour de l'apparition, qui fut le onze fé\Tier de l'année mil huit cent cinquante-huit, l'enfant apprenait d'elle à faire correctement et pieusement le signe de la croix ; déroulant un chapelet suspendu à son bras, elle l'encourageait par son exemple à la récitation du saint rosaire : ce qui se fit aussi dans les autres apparitions. Le deuxième jour, Bernadette, redoutant une tromperie diabolique, jetait dans la simplicité de son cœiir de l'eau bénite à la Vierge ; et souriant doucement, la bienheureuse Vierge en apparaissait plus gracieuse. A la troisième apparition, l'enfant était invitée à venir pendant quinze jours à la grotte. Ce furent dès lors, en des entretiens répétés, des exhortations à prier pour les pécheurs, à baiser la terre, à faire pénitence ; puis mandat était donné à la voyante de faire savoir aux prêtres qu'on eût à bâtir là une chapelle et qu'on y vint en procession. En outre, elle recevait l'ordre de boire à la fontaine et de s'y laver ; et une source, qu'on n'avait point \-ue jusque-là, jaillissait de terre aussitôt. Au jour enL'Apparition de la B. V. Marie.

fin de la fête de l'Annonciation, comme l'enfant demandait avec instance son nom à celle qui tant de fois avait daigné lui apparaître, la Vierge, élevant ses mains jointes et regardant le ciel, répondit : Je suis l'Immaculée-Conception !

CEPENDANT le bruit de bienfaits qu'on disait obtenus par les fidèles à la sainte grotte se répandant, le concours que la dévotion y attirait augmentait tous les jours ; en sorte que l'évêque de Tarbes, ému déjà par la candeur de l'enfant, se vit amené par la renommée des prodiges à ouvrir une enquête juridique sur ces événements. Dans la quatrième année qui suivit, il portait son jugement, lequel reconnaissait le caractère surnaturel de l'apparition et permettait qu'on rendit dans ladite grotte un culte à la Vierge Immaculée. Bientôt une chapelle fut bâtie ; et depuis lors, on y voit chaque année , apportant leurs

more illo accedendum. Mandavit insuper ut e fonte, qui sub arena adhuc latebat, sed mox erat erupturus, aquam biberet eaque se abstergeret. Denique die festo Annuntiationis , percontanti enixe puelîae illius nomen, cujus aspectu toties dignata fuerat, Virgo, admotis pectori manibus elatisque in cœlum oculis, respondit : Immacuîata Conceptio ego sum.

PERCREBRE5CENTE fama beneficiorum , quse in sacro specu récépissé fidèles dicebantur, augebatur in dies hominum concursus ,

quos loci religio ad specum advocabat. Itaque prodigiorum fama puellaeque candore motus Tarbiensis Episcopus, quarto ab enarratis anno, post juridicam factorum inquisitionem, supernaturales esse apparitionis notas sua sententia probavit, cultumque Virginis Immaculatae in eodem. specu permisit. Mox aedificatum sacellum : ex illa die pêne innumerae fidelium turbae, voti ac supplicationis causa, ex

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Le Temps je la Septuagésime.

Gallia, Belgio, Italia, Hispania ceterisque

Europae provincùs, necnon ex loûginquis Americae regionibus quovis anno illuc adveniunt, nomenque Immaculatse de Lourdes ubique terrajrum inclarescit. Fontis aqua in cunctas orbis partes delata, segris sanitatem restituit. Orbis vero catholicus tantorum memor benefactorum, aedes sacras mirabili cpere ibi exstruxit. Vexilla innumera, acceptorum beneficiorum veluti monumenta, illuc a civitatibus ac gentibus missa, aedem Virginis miro omatu décorant. In hac sua veluti sede Immaculata Virgo jugiter colitur ; interdiu quidem precibus, religioso cantu solemnibusque aliis caeremoniis ; noctu vero sacris illis supplicationibus, quibus infinitae propemodum turbae cereis facibusque accensis procedunt et laudes beatae Virginis concinunt.

jusmodi fidem frigescente sasculo excitasse, animum ad chrisprières, accomplissant leurs vœux, d'innombrables multitudes de fidèles qui affluent de France, de Belgique, d'Italie, d'Espagne, de l'Europe entière, comme aussi des lointains pays d'Amérique ; le nom de Notre-Dame de Lourdes est célèbre en tous lieux; l'eau de sa fontaine, dans le monde entier répandue, guérit les malades. Lourdes, enrichi par l'univers reconnaissant d'admirables sanctuaires, y montre comme autant de témoignages de grâces et de bienfaits reçus des bannières sans nombre, envoi des peuples et des cités, qui décorent merveilleusement la demeure de la Vierge. Là comme dans son palais est honorée sans fin l'Immaculée : le jour ce ne sont que prières, chants religieux, cérémonies solennelles ; la nuit y est témoin de ces manifestations suppliantes oii des foules comme infinies, portant en procession torches et cierges allumés, chantent les louanges de la Vierge Marie.

COMME.sT, dans le refroidissement du monde, ces pèlerinages ont réveillé la foi, ranimé la pratique

L'Apparition de la B. V. Marie. 509

de la loi chrétienne, accru d'admirable sorte le culte de la Vierge immaculée, c'est ce que personne n'ignore ; et, dans ce merveilleux épanouissement religieux, le peuple fidèle a pour guides ses prêtres amenant à Marie leurs ouailles. Les évêques euxmêmes visitent fréquemment le saint-lieu, présidant les pèlerinages, relevant par leur présence les solennités ; et il n'est pas rare qu'on y voie dans l'humble attitude de pèlerins des cardinaux de la Sainte Eglise. On vit aussi les Pontifes romains montrer leur piété envers l'Immaculée Vierge de Lourdes, et combler son sanctuaire des faveurs les plus insignes. Pie IX l'enrichit d'indulgences, la dota d'une archiconfrérie, et l'enoblit du titre de basilique mineure ; il voulut que, par son nonce apostolique en France, à cet effet délégué, y fût solennellement couronnée l'image de la Mère de Dieu. Léon XIII également conféra au saint lieu des bienfaits sans nombre, entre lesquels le jubilé de la vingt-cinquième année de l'apparition ; il encouragea de l'autorité de sa parole les pèlerinages, et prit soin que la dédicace

tianam legem profitendam addidisse, cultumque Virginis Immaculat^e mirum in modum auxisse, omnibus compertum est. In qua mirabili fidei professione christianus populus sacerdotes veluti duces habet, qui illuc suas plèbes adducunt. Ipsi etiam sacrorum Antistites sanctum locum fréquenter adeunt, peregrinationibus praeSiint, solemnioribusque festis intersunt. Nec adeo rarum est ipsos Romanae Ecclesiae purpuratos Patres humili peregrinorum more accedentes conspicere . Ipsi quoque Romani Pontifices, pro sua erga Immaculatam de Lourdes pietate, sacram aedem donis nobilissimis cumularunt. Pius nonus sacris indulgentùs, archiconfraternitatis privilegio ac rainoris basilicae titulo ipsam insignivit ; ac Deiparae imaginem ibidem cultam, solemni ritu per legatum suum apnstolicum in Gallia diademate distinctam voluit. Léo vero decimus tertius innumera etiam centulit bénéficia, indulgentias ad modum

Le Temps de la Septiiagésime.

jubilaei vigesimo quinto Apparitionis anno vertente concessit, peregrinationes sua auctotate verboque provexit, ac soleranem Ecclesiae sub titulo Rosarii dedicationem suo nomine peragi curavit. Quorum beneficiorum amplitudinem cumulavit, cum, plurium Episcoporum rogatu, solemne festum sub titulo Apparitionis beatae Marias Virginis Immaculatae , proprio Officio et propria Missa celebrandum bénigne concessit. Tandem Pius decimus Pontifex maximus, pro sua erga Deiparam pietate, ac plurimorum votis annuens sacrorum Antistitum, idem festum ad Ecclesiam univer - sam extendit.

solennelle de l'église du Rosaire fût accomplie en son nom ; mettant le comble à tant de faveurs, il accorda bénignement, à la prière de plusieurs évêques, qu'une fête solennelle fût célébrée sous le titre de l'Apparition de la bienheureuse Vierge Marie Immaculée, avec Office et Messe propres. Enfin le Souverain Pontife Pie X, dans sa piété envers la Mère de Dieu, se rendant aux vœu.x de nombreux prélats, étendit ladite fête à toute l'Eglise.

Marie conçue sans péché,

priez

pour

" V_/nous qui avons recours à vous ! » C'était la prière que, dès l'année 1830, vous-même nous appreniez devant les menaces de l'avenir. En 1846, les deux bergers de la Salette nous rappelaient vos exhortations et vos larmes. « Priez pour les pauvres pécheurs, pour le monde si agité », nous redit de votre part aujourd'hui la voyante des grottes Massabielle ; « pénitence ! pénitence ! pénitence ! »

Nous voulons, Vierge bénie, vous obéir, comL'Apparition de la B. V. Marie. 511

battre en nous et partout l'universel autant qu'unique ennemi : le péché, mal suprême d'où dérivent tous les maux. Louange au ToutPuissant qui daigna vous en épargner la souillure, et réhabiliter tout d'abord en vous si pleinement notre race humiliée ! Louange à vous qui, sans nulles dettes, avez soldé les nôtres dans le sang de votre Fils, dans les larmes de sa Mère, réconciliant la terre et le ciel, écrasant la tête de l'odieux serpent* !

Prière ; expiation : n'était-ce pas dès longtemps, dès les temps apostoliques, en ces jours d'introduction plus ou moins immédiate chaque année au Carême, l'instante recommandation de l'Eglise? O notre Mère du Ciel, soyez bénie d'être venue si opportunément joindre votre voix à celle de notre Mère de la terre. Le monde ne voulait plus, ne comprenait plus le remède infaillible, mais indispensable, offert par la miséricorde et la justice de Dieu à sa misère ; il semblait avoir bientôt oublié pour toujours l'oracle : Si vous ne faites pénitence, vous périrez tons^.

Votre pitié nous réveille de l'engourdissement fatal, ô Marie ! Sachant notre faiblesse, vous accompagnez de mille suavités la coupe amère ; pour amener l'homme à implorer de vous les bienfaits éternels, vous lui prodiguez ceux du temps. Nous ne serons point de ces enfants qui reçoivent volontiers les caresses maternelles, et négligent les instructions, les corrections que ces tendresses avaient pour but de leur faire

512 Le Temps de la Septuagésime.

accepter. Nous saurons désormais avec vous et Jésus prier et souffrir ; durant la sainte Quarantaine, avec votre aide, nous nous convertirons et ferons pénitence.

<SfûuK>clâ<Xi<%<%ij|&i3û<%<3iut3ûùl&%(3l&<3l^

DE l'cRDRE des SERVITES DE LA B. V. MARIE

^^^^^E ciel de l'Eglise s'assombrit. Tout ^' 1^^ nous annonce déjà les jours où j^ ^/ijjL l'Emmanuel apparaîtra dans l'état ^-i^j^^ lamentable où l'auront mis nos crimes. Bethléhem appelait-elle donc si tôt le Calvaire ! Au pied de la Croix comm.e en Ephrata, nous retrouverons la Mère de la divine grâce ; alors Marie enfantera dans ses 1-armes les frères du premier-né dont la naissance fut toute de douceur. Comme nous avons goûté ses joies, nous saurons avec elle pleurer et souffrir.

Prenons modèle des bienheureux honorés en ce jour. Leur vie se consuma dans la contemplation des souffrances de Notre-Dame ; l'Ordre qu'ils établirent eut pour mission de propager le culte de ces inénarrables douleurs. C'était le temps où saint François d'Assise venait d'arborer comme à nouveau sur un monde refroidi le signe du divin Crucifié ; dans cette reprise de l'œuvre du

5 14 Le Temps de la Septiiagésime.

salut, pas plus qu'au Vendredi de la grande semaine^ Jésus ne pouvait se montrer à la terre sans Marie : les Servites complétèrent par ce côté Tœuvre du patriarche des Mineurs ; l'humanité désemparée retrouva confiance en méditant sur la passion du Fils et la compassion de la Mère.

Quelle place occupent dans l'économie de la rédemption les douleurs de la Vierge très sainte, c'est ce que doivent nous dire en leur temps deux fêtes diverses appelées à en consacrer le mystère. Les complaisances de la souveraine des cieux pour l'Ordre qui s'en fit l'apôtre, apparurent dans la multiple effusion de sainteté dont son origine^ fut marquée. L'épanouissement simultané des sept lis que les Anges cueillent aujourd'hui sur terre offre un spectacle inusité au ciel. Pierre de Vérone en eut la vision, au temps où leurs tiges implantaient sur la cime du Senario leurs racines fécondes ; et le futur Martyr vit la Vierge bénie sourire à la montagne d'où d'autres fleurs sans nombre, nées à Tentour. envoyaient aussi leurs parfums sur l'Eglise. Jamais Florence, la ville des fleurs, n'avait encore à ce point fructifié pour Dieu. Aussi l'enfer, qui à l'heure même multipliait ses entreprises sur la noble cité, ne put prévaloir contre Marie dans ses murs. Les fêtes de Julienne Falconiéri. de Philippe Benizi, qui précédèrent au Cycle sacré celle de ce jour, nous ramèneront' à ces pensées. Mais dès maintenant, unissons notre gratitude à celle de l'Eglise pour la famille" religieuse des Servites ; le monde lui doit d'avoir avancé dans la connaissance et l'amour de la Mère

Les Sept Saints Fondateurs.

5r5

de Dieu, devenue notre mère au prix de souffrances que nul autre enfantement ne connut.

Le récit consacré par l'Eglise à la mémoire des saints fondateurs nous dira leurs mérites, et les bénédictions dont leur fidélité à Marie fut récompensée. Le ii février, choisi d'abord pour la célébration de leur commune fête, ne rappelle la mort d'aucun des sept bienheureux ; mais c'est à pareil jour qu'en 1304, après des vicissitudes infinies, l'Ordre sorti d'eux obtint l'approbation définitive de l'Eglise.

LORSQUE, au XIII* siècle, le schisme funeste excité par Frédéric II et de sanglantes factions divisaient les peuples les plus policés d Italie, la prévoyante miséricorde de Dieu, entre d autres personnages illustres par leur sainteté, suscita sept nobles Florentins dont l'union dans la charité allait faire un mémorable exemple damour fraternel. C'étaient Bonfils Monaldi, Buonagiunta Manetti, Manetto de l'Antella, Amédée des Amidei, Uguccione des Uguccioni, Sostène des Sostegni et Alexis Falconiéri. Comme en l'année trente-trois de ce siècle, au jour de lAssomption de la bienheureuse Vierge, ils priaient avec ferveur dans le lieu de réunion

S-tcULO tertio decimo, quum Friderici Secundi diro schismate, cruentisque factionibus cultiores Italias populi scinderentur, providens Dei misericordia praeter alios sanctitate illustres, septem e Florentina nobilitate viros suscitavit, qui in caritate conjuncti, praeclarum fraterna,- dilectionis praeberent exemplum. Hi, nimirum Bonfilius Monaldius, Bonajuncta Manettus, Manettus Antellensis, Amideus de Amideis, Uguccio Uguccionum, Sosteneus de Sosteneis et Alexius Falconerius , quum anno trigesimo tertio ejus ssculi, die sacra Virgini cœlo re--

i6 Le Temps de la Septuagésime.

ceptas, in q'uodam piorum hominum conventu, Laudantium nuncupato, ferventius orarent ; ab eadem Deipara singulis apparente sunt admoniti, ut sanctius perfectiusque vitse genus amplecterentur. Re itaque prius cum Florentino prassule collata, hi septem viri, generis nobilitate divitiisque posthabitis , sub vilissimis detritisque vestibus cilicio induti, octava die septembris in ruralera quamdam sedic-dlam secessere, ut ea die primordia viîa; sanctioris auspicarentur, qua ipsa Dei Genitrix mortalibus orta sanctissimam vitam inceperat.

Hoc vitae mstitutum quam sibi foret acceptum Deus miraculo ostendil. Nam quum paulo deinceps hi septem viri per Florentinam urbem ostiatim eleemosj'nam emendicarent, accidit, ut repente infantium voce, quos inter fuit sanctus Philippus Benitius quintum astatis mensem vix ingressus, Beatœ Marias Servi acclamarentur : quo deinde nomine semper appellati sunt. Quade la pieuse confrérie dite des Laiidesi, la Mère de Dieu apparut à chacun d'eux, les exhortant à embrasser un genre de vie plus saint et plus parfait. En ayant donc conféré d'abord avec l'évêque de Florence, ces sept hommes eurent bientôt fait de dire adieu à leur noblesse et à leurs richesses ; ils n'eurent plus pour vêtements que des habits vils et usés recouvrant un cilice ; le huit septembre, ils s'établissaient dans une humble retraite en dehors de la ville, voulant placer les débuts de leur nouvelle existence sous les auspices du jour où la Mère de Dieu, naissant parmi les humains, avait elle-même commencé sa vie très sainte.

DIEU montra par un miracle combien leur résolution lui était agréable. Comme en effet, peu après, tous les sept traversaient Florence en y mendiant de porte en porte, il arriva que soudain la voix des enfants, parmi lesquels saint Philippe Benizi âgé de cinq mois à peine, les acclama comme Serviteurs de la Bienheureuse Vierge Marie; c'était le nom qu'ils devaient garder désormais. A la suite de ce prodige, l'amour qu'ils avaient pour

Les Sept Saints Fondateurs. Bi'^

la solitude les portant à éviter le concours du peuple, ils choisirent pour retraite le mont Senario. Là, s'adonnant à une vie toute céleste, ils séjournaient dans les cavernes, se contentaient d'eau et d'herbes pour nourriture, brisaient leur corps par les veilles et d'autres macérations. La passion du Christ et les douleurs de sa très affligée Mère étaient» l'objet de leurs continuelles méditations. Un jour de Vendredi saint qu'ils s'absorbaient avec une ferveur plus grande en ces considérations, la Bienheureuse Vierge, apparaissant à tous en personne une seconde fois, leur montra l'habit de deuil qu'ils devaient revêtir, et leur dit qu'il lui serait très agréable de les voir fonder dans l'Eglise un nouvel Ordre régulier, dont la mission serait de pratiquer et de promouvoir sans cesse le culte des douleurs endurées par elle au pied de la croix du Seigneur. Dans l'établissement de cet Ordre sous le titre de Servîtes de la Bienheureuse Vierge, ils eurent pour conseil saint Pierre Martyr , l'illustre Frère Prêcheur, devenu l'intime de ces saints personnages, et qu'une vision particulière de la Mère de Dieu avait insre, vitandi populi occursus ac solitudinis amore ducti, in Senarii montis recessu omnes convenere,ibique cœleste quoddam vitœ genus aggressi sunt. Victitabant enim in speluncis, sola aqua herbisque contenti : vigiliis aliisque asperitatil3us corpus atterebant : Christi passionem ac mœstissimae ejusdem Genitricis dolores assidue méditantes. Quod quum olim sacra Parasceves die impensius exsequerentur. ipsa Beata Virgo illis iterato apparens, lugubrem vestem, quam induerent, ostendit> sibique acceptissimum fore significavit, ut novum in Écclesia regularem Ordinem e.xcitarent, qui jugem recoleret ac promoveret memoriam dolorum.quos ipsa pertulit sub cruce Domini. Haec sanctus Petrus, inclytus Ordinis Prœdicatorum Martyr, ex familiari cuni sanctis illis viris consuetudine ac peculiari etiam Deiparœ visione quum didi:isset ; iis auctor fuit, ut Ordinem Regularem sub appellatione Servorum beatœ Virginis instituèrent : qui postea ab Innocentio Quarto Pon5 iS Le Temps de la Septuagésime.

tifice Maximo approbatus fuit.

PORRO sancti illi vin, quum plures sibi socios adjunxissent, Italise civitates atque oppiJa, prssertim Eîruriae, excurrere cœperunt,pr3E- dicantes ubique Christum crucifixum, civiles discordias compescentes, et innumeros fere devios ad virtutis semitam revocantes. Neque Italiam modo, sed et Galliam. Germaniam ac Poloniam suis evangelicis laboribus excoluerunt. Denique quum bonum Christi odorem longe lateque di£Fudissent,portentorum quoque gloria illustres, migrarunt ad Dominum. Sed quos unus verse fraternitatis ac religionis amor in vita sociaverat, unum pariter demortuos contexit sepulchrum . unaque populi veneratio prosecuta est. Quaprop-.er Clemens Undecimus -t Benedictus Decimus tertius Pontifices Maximi delatum iisdem a pluribus sseculisindividuum cultum confirmarunt : ac Léo Decimus tertius, approbatis antea miraculis, post indultam vetruit de ses volontés. L Ordre fut ensuite approuvé par le Souverain Pontife Innocent IV.

Nos Saints s'étant donc adjoint des compagnons, se mirent à parcourir les villes et les bourgs de 1 Italie, spécialement en Toscane, préchant partout le Christ crucifié, apaisant les discordes civiles, et ramenant au sentier de la vertu un nombre presque infini d'égarés. Ce ne fut pas seulement au reste l'Italie, mais aussi la France, lAllemagne et la Pologne qui profitèrent de leurs évangéliques labeurs. Enfin, après avoir répandu au loin la bonne odeur du Christ et s'être vus illustrés par la gloire des miracles, ils passèrent au Seigneur. Un même amour de la vraie fraternité et de la religion les avait unis dans la vie, un même tombeau couvrit leurs corps, une même vénération du peuple les suivit dans la mort. C'est pourquoi les Souverains Pontifes Clément XI et Benoit XIII confirmèrent le culte indivis qui leur était rendu depuis plusieurs siècles ; et Léon XIII, ayant premièrement approuvé la valeur en la cause, puis reconnu la vérité des miracles opérés

Les Sept Saints Fondateurs. 5 r g

par Dieu sur leur invocation collective, les éleva en l'année cinquantième de son sacerdoce aux honneurs suprêmes des Saints, établissant que leur mémoire serait célébrée tous les ans par l'Office et la Messe dans toute l'Eglise.

nerationem ad collectivam eorumdem invocationem a Deo patratis, eosdem anno quinquagesimo sacerdotii sui Sanctorum honoribus cumulavit, eorumque memoriam Officio ac Missa in universa Ecclesia cjuotannis recolendam instituit.

COMME VOUS avez fait des douleurs de Marie vos propres douleurs, elle partage avec vous maintenant ses joies éternelles. Cependant la vigne dont les grappes, mûrissant avant l'heure, présageaie'nt votre fécondité sur une terre glacée, exhale encore ses suaves parfums dans le séjour de notre exil. Le peuple fidèle apprécie grandement les fruits qu'elle produit toujours ; depuis longtemps il honorait, à titre de rameaux du cep béni, les Philippe, les Julienne ; mais aujourd'hui ses hommages remontent à la septuple racine d'où leur sève est tirée. Vous vous complûtes dans l'obscurité où la Reine des Saints passa elle-même sa vie mortelle. Mais en ce siècle où la gloire de Marie perce tous les nuages, il n'est pomt d'ombre qui puisse soustraire plus longtemps les serviteurs à l'éclat dont resplendit leur auguste Maîtresse. Que vos bienfaits vous manifestent toujours plus ! Ne cessez point de réchauffer le cœur du monde vieilli au fo)rer où le vôtre puisa la vigueur d'amour qui le fit triompher du siècle et s'immoler pour Dieu. Cœur de Marie, dont le glaive de douleur a fait jaillir des flammes où les Séraphins alimenteront

5 20 Le Temps de la Septuagésime.

éternellement leurs feux, soyez pour nous modèle, refuge et réconfort, en attendant le moment fortuné qui terminera l'exil de celte terre des souffrances et des larm-es.

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^^^^^^ OLETTE/élue du ciel pour ramener à la 'S ^^K perfection de leurs origines les deux ^-^^^- f^"^ill^s de François d'Assise et de iSàtsKjL Claire, le fut aussi, nousdifle Siège apostolique, pour réparer l'Eglise elle-même^ en un siècle où la dépravation des mœurs et le grand schisme d'Occident multipliaient les ruines.

Tandis que dénuée de tout, la vierge de Corbie passait ressuscitant les morts, chassant les démons, lisant dans les cœurs ; les populations de Gaule, de Germanie, d'Italie imploraient à genoux son crédit près de Dieu. Les princes et princesses de sang royal disputaient aux plus humbles l'entrée des asiles qu'elle ouvrait en tous lieux à sa souveraine la Pauvreté. Les personnages les plus éminents par la doctrine et la vertu, venaient à elle comme à la maîtresse et l'exemplaire de toute perfection et sainteté'.

i. Ad ipsam. Ecclesiam Dei reparandani. Décret du

2. Ibid

Le Temps de la Septuagésime.

Vincent' Ferrier recevait d'elle communication des oracles divins concernant sa personne et son ministère ; il s'unissait à la sainte pour écrire au concile de Constance, en leur nom à tous deux, une lettre qui fut lue dans l'auguste assemblée: elle annonçait aux Pères l'heureuse issue de leurs travaux par l'élection d'un Pape selon Dieu. Alors que le concile de Bâle, qui se tint peu après, était encore lui-même un vrai concile, on le vit confier à Colette ses missions les plus délicates, et le légat président lui recommander à la fois son âme et sa bien lourde tâche, en signant : Votre fils, cardinal de Saint- Ange.

A l'occasion du premier centenaire écoulé depuis sa canonisation par Pie VII, Pie X, sans inscrire la fête de l'illustre vierge au calendrier universel, en étendit la célébration à tous les territoires de France et de Belgique, comme honorés plus spécialement par la naissance, la vie et la mort de sainte Colette, ainsi que par la garde de ses restes précieux.

Lisons la Légende qui lui fut consacrée.

PICARDIE civitas Corbeia, diœcesis Ambianensis, sanctae Coletae natalibus ex matre sterili et sexagenaria, illustris effecta est. Haec ab ineunte aetate cœpit ardentius colère officia caritatis : ita ut quidquid habere poterat,

CORBiE en Picardie, au diocèse d'Amiens, fut la ville qu'illustra la naissance de sainte Colette. Elle naquit d'une mère stérile et déjà sexagénaire. La charité dès le plus jeune âge embrasa son cœur, lui faisant donner aux pauvres avec joie tout ce qu'elle

Sainte Colette, Vierge.

pouvait avoir. Priant sans trêve, elle recherchait les lieux solitaires où elle pût affliger son corps délicat, soumettait par le jeûne la chair à l'esprit, ne quittait nue rarement la chaîne de fer et le cilice, donnait à terre quand le sommeil s'imposait. Dans sa quatorzième année, elle obtint du Seigneur que sa taille, arrêtée jusque-là, parvint subitement à juste croissance, et aussi que l'éclat de ses traits se ternit pour n'être un danger de péché pour personne. Malgré de fréquentes attaques des démons, qui lui apparaissaient en diverses formes et couvraient tout son corps de blessures, elle ne cessait point de prier, souvent ravie en des extases où la vue des .Anges et leurs entretiens étaient son partage.

AV.4ST distribué ses biens aux pauvres, et embrassé la règle du tiers-ordre de saint François, elle ajouta de nouvelles austérités aux précédentes et se retira

hilariter pauperibus

largiretur. Orationi assidue vacans, solitaria loca quserebat, tenerum ibi corpusculum affligens, jejuniis camem spiritui subjiciens, catena ferrea cilicioque numquamaut raro depositis, humi cubans, ciun eam necessarius somnus occupabat. Quartumdecimum aetatis annmn agens, orationibus impetravit a Domino, ut corpus suum, quod exiguum remanebat, subito ad justam magnitudinem excreverit : ac \-u!- tus venus tas, ne forte alicui occasionem prsberet delinquendi, in terreum colorem mutaretur. A daemonibus fréquenter lacessita, diversisque apparitionibus exagitata, vulneribusque toto corpore lacerata, ab oratione tamen numquam recedebat: in qua saepe in extasim rapta Angelorum visione et colloquio potiebatur.

FACCLTATiBus patiperibus distributis, tertii Ordinis sancti Francisci regulam professa, novas praecedentibus austeritates superadLe Temps de la Septuagésime.

dens, in reclusorium successit; ubi per triennium morata, vitam plane cœlestem aggressa est, nudis semper pedibus, etiam hiemis tempore incedens. et continuis jejuniis corpus suum pêne conficiens. Tum se ad reformundum seraphici Francisci pêne collapsum Ordinem, a Deo varie admonita, destinari cognovit : cui humiliter diu reluctans, linguae oculorumque usu deperdito. tandem voluntati divinse sese subjicere coacta est. Utroque autem sensu mox in integrum restituto, divino Spiritu afflata, Apostolicae Sedis adiré praesentium decrevit, ut a Sximmo Pontifice praedictum opus exsecutioni mandandi facultatem exposceret. A quo benedictione accepta," susceptoque prcedictse refonnationis mandate, in patriam rediens, tantum opus alaciter inchouvit.

CUM autem summo studio, tam antiquis monasteriis reformandis, quam noxis exstruendis incumberet, indans un ermitage de recluse. Elle y demeura trois ans, menant une vie toute céleste, toujours nu-pieds, même en hiver, exténuant son corps de jeûnes continuels. Dieu alors, en maintes manières, lui fit connaître qu'il la destinait à réformer l'Ordre séraphique bien déchu dans ces temps. Dans la lutte prolongée de son humilité contre l'appel divin, elle perdit l'usage de la langue et celui des yeux, jusqu'à ce que, vaincue enfin et soumise, elle retrouva pleinement l'un et l'autre. Inspirée par le Saint-Esprit d'aller implorer du Siège apostolique les facultés nécessaires à si grande œuvre, elle fut bénie par le Souverain Pontife et en reçut mission de se consacrer à ladite réforme, ce que, de retour dans sa patrie, elle entreprit avec ardeur.

ADMiR-^BLE fut la constance qui lui donna de triompher des obstacles sans nombre, rencontrés par son zèle dans la réforme des

Sainte Colette, Vierge.

anciennes maisons, dans la construction de monastères nouveaux. Ardente et persévérante amante de la pauvreté, une tunique étriquée formait tout son vestiaire, un étroit réduit dans quelque coin sa cellule avec, pour seul mobilier, un sac de paille qui lui servait de lit. La charité, la patience, l'humilité, la douceur et les autres vertus étaient sa parure. Douée du don de prophétie. Dieu lui donna aussi de pénétrer les mystères cachés de la foi et d'en discourir avec profondeur. Nombreux et grands furent ses miracles. La date de sa mort lui fut révélée deux ans avant qu'elle n'arrivât ; munie de tous les Sacrements, exhortant ses sœurs à la garde de la règle, elle s'endormit dans le Seigneur la veille des nones de mars, en l'année mil quatre cent quarante-sept, à Gand en Flandre, dans le monastère qu'elle y avait bâti. Ce fut là que ses reliques saintes furent d'abord l'objet de la vénération assidue des fidèles ; mais par suite de l'expulsion des moniales, l'an du Seigneur mil sept cent quatre-vingt-trois eut lieu la translation de ces restes précieux en France, au monastère des Clarisses de

gruentes difftcultates admirabili constantia superavit. Paupertatis semper studiosissima fuit, unica tunica, eaque districta contenta, angustissimam cellam in angulo habens, nulla supellectili instructam, praeter stramineum saccum, qui ei pro lectulo erat. Caritate, patientia, humilitate, mansuetudine caeterisque virtutibus decorata, dono etiam prophétise illustris, abdita fidei mysteria divinitus edocta, ita penetravit, ut de his altissime dissereret. Multis tandem, et maximis oatratis miracuculis, morte sua ante biennium praecognita, omnibus Sacramentis munita, hortatisquae sororibus ad regularem disciplinam, obdormivit in Domino, pridie nonas martii, anno millesimo quadringentesimo quadragesimo septimo, Gandavi in Flandria, in mouasterio a se aedificato ; in que sacrae ejus reliquiae assidua fidelium veneratione primum excultae, postremo a monialibus, e cœnobio depulsis, anno Domini millesimo septingentesimo octoi26

Le Temps de la Septuagésime.

gesimo tertio, Poliniacum, tune Bisuntinae diœcesis in Gallia, in Clarissamm monasterium translatae fuerunt, ubi usque nunc piissime asser\antur. Eam denique Plus septimus Pontifex Maximus, nono calendas junii, anno octingentesimo septimo supra millesimum, novis riteque probatis prodigiis coruscantem, solemni pompa Sanctorum albo recensuit.

Poligny, alors du diocèse de Besançon, ovi ils sont jusque aujourd'hui pieusement gardés. De nouveaux prodiges, dûment prouvés à la gloire de Colette, firent que le Souverain Pontife Pie VII l'inscrivit solennellement au catalogue des Saints le neuf des calendes de juin de l'an mil huit cent sept.

LES dons miraculeux que le Seigneur daigna vous prodiguer furent admirables. Plus précieuses sont pourtant les vertus qui ornèrent votre âme ; et c'est elles que l'Eglise demande à Dieu pour nous d'im^iter, afin d'avoir part un jour à vos joies éternelles \ Fille glorieuse entre toutes de François et de Claire, obtenez-nous le détachement des faux biens de ce monde, l'amour du Dieu que nous honorions naguère naissant dans retable, qui, en ces jours, dénué de tout lui aussi, se montre à nous luttant, jeûnant, priant au désert, et bientôt mourra nu sur la croix, renié par les siens, délaissé de son Père.

Du moins l'Homme-Dieu ne vit pas, de sa croix, les bourreaux partager la tunique sans couture : et vous, complétant en cela sa passion comme faisait l'Apôtre ^, de quelles tortures dans votre corps, de quels déchirements

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