L'Année liturgique — La Septuagésime (t. 4) (page 4)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 4, éd. 1911 (OCR) · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

344 ^^ Temps de la Septiiagésime.

s'effrdver moins des audaces de l'hérésie que de raffirmation de la foi chrétienne, à ces partisans de la paix quand même, Cyrille répondait : « Eh! quoi ; Xestorius ose laisser « dire en' sa présence dans rassemblée des « hdèles : Anathème à quiconque nomme « Marie mère de Dieu! par la bouche de ses a partisans il frappe ainsi d'anathème nous « et les autres évèques de l'univers, et les « anciens Pères qui, partout et dans tous les « âges, ont reconnu et honoré unanimement « la sainte Mère de Dieu! Et il n'eût pas « été dans notre droit de lui retourner sa « parole et de dire : Si quelqu'un nie que « Marie soit mère de Dieu, qu'il soit ana0 thème! Cependant cette parole, par égard -' pour lui, je ne l'ai pas dite encore i. »

D'autres hommes qui sont aussi de tous ies temps, découvraient le vrai motif de leurs hésitations, lorsque faisant valoir bien haut les avantages de la concorde et leur vieille amitié pour Xestorius. ils rappelaient timidement le crédit de celui-ci, le danger qu'il pouvait y avoir à contredire un aussi puissant adversaire. « Que ne puis-je en perdant tous f< mes biens, répondait Cyrille, satisfaire (' révèque de Constantinople, apaiser l'af( mertume de mon frère! Mais c'est de la " foi qu'il s'agit; le scandale est dans toutes '■ les Églises; chacun s'informe au sujet de la '■< doctrîne nouvelle. Si nous, qui avons reçu « de Dieu la mission d'enseigner, ne portons « pas remède à de si grands maux, au jour « du jugement y aura-t-il pour nous assez

i. Ep. vni. al. VI.

5. Cyrille d'Alexandrie. Ev. et Doct. S^-^

« de flammes? Déjà la calomnie, Tinjure, ne « m"ont pas manqué; oubli sur tout cela : a que seulement la foi reste sauve, et je ne « concéderai à personne d'aimer plus ardem.( ment que moi Nestorius. Mais si, du fait < de quelques-uns, la foi vient à souffrir, «. qu'on n'en doute point : nous ne perdrons « pas nos âmes, la mort même fût-elle sur « notre tête. Si la crainte de quelque ennui (' l'emporte en nous sur le zèle de la gloire « de Dieu et nous fait taire la vérité, de quel u front pourrons-nous célébrer en présence « du peuple chrétien les saints martyrs, (i lorsque ce qui fait leur éloge est uniquece ment l'accomplissement de cette parole ^ : (' Pour la vérité, combats jusqu'à la mort - ! » Lorsqu'entin, la lutte devenue inévitable, il organise la milice sainte qm devra combattre avec lui, appelant à ses cotés les évèques et les moines, Cyrille ne retient plus l'enthousiasme sacré qui l'anime : « Quant à ce qui (( est de moi, écrit-il à ses clercs résidant « pour lui dans la ville impériale, peiner, « vivre et mourir pour la foi de Jésus-Christ f( est mon plus grand désir. Comme il est « écrit, je ne donnerai point de somme'il à « mes yeux, je ne clorai point ynes paupièi-es, « je yi' accorderai point de repos à ma tête ^, « que je n'aie livré le combat nécessaire au « salut de tous. C'est pourquoi, bien péné« très de notre pensée, agissez virilement; « surveillez l'ennemi, informez-nous de ses « moindres mouvements. Au premier jour

^ I. Eccli. IV, 33. — 2. Cyr. Al. Ep. ix, al. vu. —

3. Psalm. cxxxi, 4-5.

34^j Le Temps de la Septuagésime.

« je vous enverrai, choisis entre tous, des « hommes pieux et prudents, évêques et « moines; dès maintenant je prépare mes « lettres, telles qu'il les faut et pour qui il « convient. J'ai résolu pour la foi du Christ « et de travailler sans trêve, et de supporter « tous les tourments, même réputés les plus a terribles, jusqu'à ce qu'enfin m'arrive de « subir la mort qui sera douce pour une « telle cause i ».

Informé par le patriarche d'Alexandrie de l'agitation des Eglises, saint Célestin !«% qui occupait alors le Siège apostolique, condamna l'hérésie nouvelle, et chargea Cyrille de déposer l'évêque de Constantinople au nom du Pontife romain, s'il ne venait à résipiscence. Mais les intrigues de Nestorius allaient prolonger la lutte. C'est ici qu'à côté de Cyrille, dans ce triomphe de la femme sur l'antique ennemi, nous apparaît l'admirable figure d'une femme, d'une sainte, qui fut, quarante années durant, la terreur de l'enfer et, par deux fois, au nom de la Reine du ciel, écrasa la tête de l'odieux serpent. En un siècle de ruines, chargée à quinze ans des rênes de l'empire, Pulchérie arrêtait par sa prudence dans le conseil et son énergie dans l'exécution les troubles intérieurs, tanclis que par la seule force de la divine psalmodie, avec ses sœurs, vierges comme elle, elle contenait les barbares. Lorsque l'Occident s'agitait dans les convulsions d'une dernière agonie, l'Orient retrouvait dans le génie de son impératrice la prospérité des plus beaux

I. Cyr. Al. Ep. X, al. vni.

s. Cyrille d'Alexandrie, Ev. et Doct. 34 j

jours. En voyant la petite-tille du grand Théodose consacrer ses richesses privées à multiplier dans ses murs les églises de la Mère de Dieu, Byzance appren'ait d'elle ce culte de Marie qui devait être sa sauvegarde en tant de mauvais jours, et lui valut du Seigneur tîls de Marie mille ans de miséricorde et d'incompréhensible patience. Sainte Pulchérie, saluée par les conciles généraux comme la gardienne de la foi et le b'bulevard de l'unité i, eut, d'après saint Léon, la part principale à tout ce qui se lit de son temps contre les adversaires de la vérité divine -. Deux palmes sont en ses mains, deux couronnes sur sa tète, dit ce grand Pape; car l'Eglise lui doit la double victoire sur l'impié'té de Nestorius et d'Eutychès qui, se divisant l'attaque, allaient au'mème Dut de côtés opposés : la négation de la divine Incarnation et du rôle de la Vierge-mère dans le salut du genre humain 3,

Mais iffaut nous borner. Que ne pouvonsnous du moins suivre aujourd'hui les péripéties des luttes glorieuses dont fut témoin la ville d'Ephèse, lorsque Cyrille, appuyé sur Rome, soutenu par Pulchérie, affermit pour jamais au front de Notre-Dame le plus noble diadème qu'il puisse être donné de porter à une simple créature ! Le récit abrégé consacré par l'Eglise à l'histoire de notre grand pontife, en donnera quelque idée.

L'ÉLOGE de Cyrille d'Ale- 1 /^ yrillus Alexandrixandrie ne repose point | V^ nus, cujus prœconia

XXVII. — 3. Ibid. et Ep. Lxxix, al. Lix.

^4^ l^e Temps de la Sepinagésime.

non unius tantum vel alterius sunt comprobata testimonio, sed etiam cecumenicorum ConciliorumEphesini et Chalcedonensis actis celebrata, Claris ortus parentibus, ac Theophili Episcopi Alexandrin! nepos, adhuc adolescens praecellentis ingenii clara specimina dédit. Littens ac gcientiis egregie imbutus, ad Joannem Episcopum Hierosolymitanum se contulit. ut in Christiana fide perficeretur. Alexandriam deinde cum rediisset. Théophile vita functo, ad illius sedem evectus est ; que in munere ita optimi pastoris formam ab Apostolo definitam constanter prée se tulit, ut sanctissimi praesulîs gloriam merito sit adeptus.

C ALUTis animarum zelo

*^ incensus curas omnes intendit, ut sibi commissum gregem in fidei et morum integritate servaret. atque a venenatis infidelium et hsereticorum pascuis defenderet. Hinc tumNovatiasseclas e civitate expelli. tum Judœos qui furore acti in casdem christianorum conspiraverant, juxta leges puniri sategit. Sinsur le témoignage de quelques hommes, mais il a été célébré dans les actes même des conciles œcuméniques d'Ephèse et de Chalcédoine. Né d'illustres parents et neveu de Théophile , évêque d'Alexandrie, il donna jeune encore des marques éclatantes d'un esprit supérieur. Formé avec soin dans les lettres et les sciences, il se rendit auprès de Jean, évêque de Jérusalem, pour s'y perfectionner dans la foi chrétienne. Etant revenu ensuite à Alexandrie, lorsque Théophile mourut, il fut porté sur son siège ; dans cette charge, il montra si constamment en lui la forme du pasteur parfait décrite par l'Apôtre, qu'il acquit à bon droit la renommée d'un très saint Pontife.

EMBRASÉ du zèle du salut des âmes , il mit

tous ses soins à garder le troupeau qui lui était confié dans l'intégrité de la foi et des mœurs, le préservant des pâturages empoisonnés de l'infidélité et de l'hérésie. C'est pourquoi il fit en sorte que les sectateurs de Novat fussent chassés de la ville, et les Juifs, dont la fureur s'était portée à conspirer le massacre des chrétiens, punis

s. Cyrille d'Alexandrie, Êv. et Doct. 34.1

selon les lois. Mais le zèle de Cyrille pour la foi catholique brilla surtout dans la défense qu"il en entreprit contre Nestorius, évéque de Constantinople, lequel affirmait que Jésus-Christ était né de la \'ierge Marie homme seulement et non Dieu, et que ia divinité lui avait été conférée pour ses mérites ; ayant tenté vainement de l'amener à résipiscence, il le dénonça au Souverain Pontife saint Célestin.

DÉLÉGUÉ par Célestin. il présida le concile d'E- phèse dans lequel l'hérésie nestorienne fut proscrite entièrement , Nestorius condamné et déposé de son siège ; le dogme catholique d'une seule et divine personne dans le Christ et de la maternité divine Je la glorieuse Vierge Marie fut affirmé par l'assemblée aux applaudissements de tout le peuple qui. transporté d'une joie incroyable . reconduisit les évêques dans leurs maisons avec des torches allumées. Mais ce fut la cause pour Cyrille de calomnies, d'injustices et de persécutions sans nombre de la part de Nestorius et de ses fauteurs ; sa patience était telle cependant, que, soucieux uniquement de la foi, il comptait pour rien les dires et les magulare vero Cyrilli pro catholicse fidei incolumitate enituit studium contra Nestorium Constantinopolitanum Episcopura. asserentem Jesum Christum ex Maria Virgine hominem tantum et non Deum natum. eique divinitatem pro meritis esse coUatam ; cujus emendationem cum frustra tentasset, eum sancto Cœlestino Pontifici Maxime denuntiavit.

CŒLESTINI delegata auctoritate, Concilio Ephesino prjefuit . in quo haeresis Nestoriana penitus proscripta est. damnatus Nestorius et a sua sede dejectus . ac dogma catholicum de una in Christo, eaque divina persona. et divina gloriosae Virginis Mariae maternitate assertum ; plaudente populo universo . qui incredibili gaudio gestiens. coUucentibus facibus domum deduxit episcopos. Sed hac de causa Cyrillus calumniis . injuriis et persecutionibus plurimis a Nestorio ejusque fautoribus irapetitus fuit ; quas ipse patientissime tulit. ita ut de sola fide soUicitus. quidquid adversus eum effutiebant

35 0 Le Temps de la Septiiagésime.

ac moliebantur haeretici, pro nihilo haberet. Tandem pro Ecclesia Dei maximis perfunctus laboribus. plurimisque scriptis editis tum ad ethnicos ethsereticos confutandos. tum ad sacras Scripturas et catholica explananda dogmata , sancto fine quievit anno quadringentesimo quadragesimo quarto, episcopatus trigesimo secundo. Léo Decimus tertius Pontifex Maximus Officium et Missam praeclarissimi hujus fidei catholicïe propugnatoris et Orientalis Ecclesiae luminis ad Ecclesiam universam extendit.

chinations des hérétiques contre lui. Enfin, ayant pour TEglise de Dieu accompli d'immenses travaux, publié de nombreux écrits tant pour la réfutation des païens et des hérétiques, que pour l'explication des saintes Ecritures et des dogmes catholiques, il mourut saintement l'an quatre cent quarante-quatre, de son épiscopat le trente-deuxième. Le Souverain Pontife Léon XIII a étendu à l'E- glise universelle l'Office et la 5lesse de cet illustre défenseur de la foi catholique, lumière de l'Eglise d'Orient.

SAINT Pontife, les deux se réjouissent et la terre tressaille ' au souvenir du combat où la Reine de la terre et des cieux voulut triompher par vous de l'ancien serpent. L'Orient vous honora toujours comme sa lumière. L'Occident saluait en vous dès longtemps le défenseur de la Mère de Dieu; et voilà qu'aujourd'hui la solennelle mention qu'il consacrait à votre mémoire, dans les fastes des Saints, ne suffit plus à sa reconnaissance. C'est qu'en effet unefleur nouvelle est apparue, dans nos jours, à la couronne de Marie notre Reine; et cette tîeur radieuse

I. CvR. Al. Ep. XXXIX, al. xxsrv, ex Psalm. xcv. \i.

s. Cyrille d'Alexandrie, Év. et Doct. 35 i

est sortie du sol même que vous arrosiez de vos sueurs. En proclamant au nom de Pierre et de Gélestin la maternité divine, vous prépariez à Notre-Dame un autre triomphe, conséquence du premier : la Mère d'un Dieu ne pouvait être qu'immaculée. Pie IX, en le définissant, n'a fait que compléter l'œuvre de Gélestin et la vôtre: et c'est pourquoi les dates du 22 juin 431 et du 8 décembre 1854 resplendissent d'un même éclat au cieK comme elles ont amené sur terre les mêmes manifestations d'allégresse et d'amour. L'Immaculée embaume le monde de ses parfums, et c'est pourquoi, 6 Cyrille, l'Eglise entière se tourne vers vous à quatorze siècles de distance ; jugeant que votre œuvre est ache\ée, elle vous proclame Docteur, et ne veut pas que rien manque désormais aux hommages que vous doit la terre. Ainsi, ô Pontife "aimé du ciel, le culte qui vous est rendu se complète avec celui de la Mère de Dieu ; votre glorification n'est qu'une extension nouvelle de la gloire de Marie. Heureux êtes-vous ! car nulle illustration ne pouvait valoir un rapprochement pareil de la souveraine du monde et de son chevalier.

Comprenant donc que la meilleure manière de vous honorer, 6 Cyrille, est d'exalter celle dont la gloire est devenue la vôtre, nous reprenons les accents entiammésque TEspritSaint vous suggérait pour chanter ses grandeurs, au lendemain du triomphe d'Eplièse : « Nous vous saluons, ô Marie Mère de Dieu, « comme le joyau resplendissant de l'uni« vers, la lampe qui ne s'éteint pas, la court ronne de virginité^ le sceptre de l'ortho352 Le Temps de la Septuagésime.

" doxie. le temple indestructible et le lieu " où se renferme l'immense, Mère et Vierge, " par qui nous est présenté le béni des saints '< Evangiles, celui qui vient au nom du Sei'' gneuf. Salut, ô vous dont le sein virginal (' et toujours pur a porté l'Infini, par qui est « glorifiée la Trinité, par qui la croix préf( cieuse est honorée et adorée dans toute la c terre ; joie du ciel, sérénité des archanges c et des anges qui mettez en fuite les défi mons. par vous le tentateur est tombé du n ciel, tandis que la créature tombée se relève c par vous jusqu'aux cieux. La folie des idoe les enserrait le monde, et vous ouvrez ses « yeux à la vérité ; à vous les croyants doivent « le saint baptême, à vous ils doivent l'huile (( d'allégresse ; par toute la terre vous fondez <^ les églises, vous amenez les nations à la « pénitence. Que dire encore ? C'est par vous « que le Fils unique de Dieu a brillé comme « la lumière de ceux qui étaient assis dans « les ténèbres et l'ombre de la mort, par vous ". que les prophètes ont prédit l'avenir, que (( les apôtres ont annoncé le salut aux na(( tions,' que ressuscitent les morts, que rè« gnent les rois par la Trinité sainte. Quel « homme jamais pourra célébrer Marie, la " toute digne de louange, d'une manière con- forme à"sa dignité i r »

Si la dignité de la Mère de Dieu surpasse en effet t'bute louange, ô Cyrille, obtenez d'elle pourtant qu'elle suscite parmi nous des hommes capables de célébrer comme vous

î. CvR. Al. Hem. iv. Ephesi habita ad S. Marîain.

s. Cyrille d'Alexandrie, Év. et Doct. 353

ses grandeurs. Que la puissance dont elle daigna vous revêtir contre ses enn.mis, ne fasse point défaut à ceux qui ont à soutenir, de nos jours, la lutte engagée dès l'origine du monde entre la femme'et le serpent. L'adversaire a crû en audace ; notre siècle est allé plus loin dans la négation de Jésus que Xestorius. que Julien iui-mème, cet empereur apostat contre lequel vous défendîtes aussi la divinité du Fils de la Vierge-mère. O vous qui portâtes à Terreur des coups si terribles, montrez aux docteurs de nos temps la manière de vaincre : qu'ils sachent comme vous s'appuyer sur Pierre ; qu'ils ne se désintéressent de rien de ce qui touche à l'Eglise ; qu'ils regardent toujours comme leurs propres ennemis, et leurs seuls ennemis, ceux du règne de Dieu. Dans vos sublimes écrits, les pasteurs apprendront la vraie science, celle des saintes Lettres, sans laquelle leur zèle serait impuissant. Les chrétiens comprendront à votre école qu'ils ne peuvent espérer croître dans la vertu, sans grandir dans la foi tout d'abord, sans développer en eux la connaissance du mystère de l'HommeDieu. En un temps où le vague des notions suffit à tant d'âmes, répétez â tous que « c'est « l'amour du vrai qui conduit à la vie i. » A l'approche de la sainte Quarantaine, nous nous rappelons ces Lettres pascales qui chaque année, en ces jours mêmes, allaient porter partout, avec l'annonce de la Solennité des solennités, l'exhortation à la pénitence ;

354 i^e Temps de la Septuagésime.

pénétrez nos cœurs amollis du sérieux de la vie chrétienne, excitez-les à entrer vaillamment dans la carrière sainte où ils doivent retrouver' la paix avec Dieu par le triomphe sur la chair et les sens.

'Eglise d'Alexandrie offre aujourd'hui à nos hommages la célèbre vierge Apolline. Cette martyre du Chrtst, révérée par toute la terre, vient se joindre à ses sœurs Agathe et Dorothée, pour ranimer le courage dans nos cœurs. La vie présente ne fut rien à ses yeux. Conduite par TEsprit-Saint, on la vit s'élancer sur le bûcher, sans attendre que la main des bourreaux l'y précipitât. De nos )ours, il n'est pas rare que des hommes las de la vie, ou compromis avec leur orgueil, se jettent dans la mort pour se soustraire à des devoirs ; Apolline court au brasier, témoignant ainsi son horreur pour le plus grand des crimes. Plus d'une fois, l'Esprit divin, au temps des persécutions, suggéra la même conduite à d'autres vierges sacrées qui craignaient pour leur foi ou" pour leur honneur. Ces exemples sont rares néanmoins ; mais ils prouvent à leur manière que Dieu est maître de notre vie et que nous devons être disposés à la lui rendre quand il lui plaît.

Une circonstance du martyre de sainte Apolline a frappé l'attention des tidéles. Pour punir la liberté avec laquelle elle annonçait Jésus-Christ, la fureur des bourreaux alla

Le Temps de la Septuagésime.

jusqu'à briser les dents de la sainte dans sa bouche inspirée. Une pieuse confiance, souvent récompensée, a porté les chrétiens à implorer 'sainte Apolline pour obtenir du soulagement dans ces cruelles douleurs qui ont les dents pour siège ou pour occasion. C'est ainsi que le Seigneur a voulu qu'il nous fût donné de compter sur la protection de ses saints, non seulement dans les besoins de nos âmes, mais encore dans les nécessités de nos corps.

Voici l'éloge que lEglise, dans sa Liturgie, a consacré à la mémoire de sainte Apolline :

APOLLONNI, virgo Alexandrina. sub Decio imperatore, cum ingravescente jam aeîate, ad idola sisteretur. ut eis venerationem adhiberet. illis contemptis. Jesum Christum verum Deum colendum esse prsdicabat. Quamobrem omnes ei contusi sunt et evulsi dentés : ac. nisi Christum detestata deos coleret. accenso rogo combusturos vivam minati sunt impii carnifices. Quibus illa , se quamvis mortem pro Jesu Christ! fide subiturara. reëpondit. Itaque ccmprehensa ut combureretur. cum paulisper. quasi deliberans quid agendum esset. stetisset. ex ".llorum manibus elarAPOLLIXE, vierge d'Alexandrie, était déjà fort avancée en âge. lorsque, sous l'empire de Décius. on la mena devant les idoles pour l'obliger de les adorer. Elle ne leur donna que des marques de mépris, et déclara hautement qu'il fallait adorer Jésus-Christ. Dieu véritable. On lui brisa et on lui arracha toutes les dents ; et les bourreaux impies, ayant allumé un bûcher, la menacèrent de la briller vive, si elle ne détestait le Christ, et n'adorait les dieux. Apolline répondit qu'elle était prête à endurer la mort pour la foi de JésusChrist. On se saisit d'elle pour la brûler ; mais, s'étant arrêtée un moment comme pour délibérer sur ce qu'elle avait à faire, elle s'échappa des mains qui la retenaien"

Sainte Apolline, Vierge et Martyre. 35 j

sa, alacris in ignem sibi paratum, majori Spiritus Sancti flamma intus accensa, se injecit. Unde brevi consumpto corpore , purissimus spiritU5 in cœlum ad sempiternam martyrii coronam evolavit.

et. dévorée au dedans de son âme par l'ardeur de l'EspritSaint, elle se précipita dans le brasier qu'on avait allumé pour elle. Son corps y fut consumé en peu de temps, et son âme très pure s'envola au ciel pour y recevoir la couronne éternelle du martyre.

QUELLE ardeur est la vôtre, ô Apolline ! La flamme du bûcher, loin de vous effrayer, vous attire, et vous y courez comme à lin lieu de délices. En face du péché, la mort vous semble douce ; et vous n'attendez pas cjue la main barbare des hommes vous y précipite. Ce courage étonne notre faiblesse ; et cependant le brasier que vous avez préféré à l'apostasie, et qui, dans peu d'instants, devait vous enfanter à un bonheur sans fin, n'est rien auprès de ces feux éternels que le pécheur brave à toute heure, parce qu'il ne les sent pas encore. Il ose défier ces flammes vengeresses, s'y exposer, pour une satisfaction passagère. Avec cela, les mondains se scandalisent des saints; ils les trouvent exagérés, emportés, fanatiques, parce que les saints voient plus loin qu'ils ne voient eux-mêmes. Réveillez en nous, 6 Apolline, la crainte du péché qui dévore éternellement ceux qui meurent avec lui. Si le bûcher qui fut pour vous comme un lit de repos nous semble affreux, que l'horreur de la souffrance et de la destruction serve du moins à nous éloigner du mal qui entraîne les hommes dans "cet abîme, du fond duquel, comme parle saint Jean, la fumée de

35 s Le Temps de la Septuagésime.

leurs tourments monte dans les siècles des siècles ' . Ayez pitié de nous, 6 Vierge ! priez pour les pécheurs. Ouvrez-leur les yeux sur les périls qui les menacent. Faites-nous craindre Dieu, afin que nous puissions éviter ses justices, et que nous commencions enfin à l'aimer.

V sœur du Patriarche des moines d'Occident vient nous réjouir aujourd'hui de sa douce présence ; la tille du cloître apparaît sur le Cycle à côté de la martyre : toutes deux épouses de Jésus, toutes deux couronnées, parce i^ue toutes deux ont combattu et ont remporte la palme. L'une l'a cueillie au milieu des rudes assauts de l'ennemi, dans ces heures formidables où il fallait vaincre ou mourir ; l'autre a dû soutenir durant sa vie entière une lutte de chaque jour, qui s'est prolongée, pour ainsi dire, jusqu'à la dernière heure. Apolline et Scholastique sont sœurs; elles sont unies à jamais dans le coeur de leur commun Epoux.

Il fallait que la grande et austère figure de saint Benoît nous apparût adoucie par les traits angéliques de cette sœur que, dans sa profonde sagesse, la divine Providence avait placée près ae lui pour être sa fidèle coopératrice. La vie des saints présente souvent de ces contrastes, comme si le Seigneur voulait nous faire entendre que bien audessus des régions de la chair et du sang, il est un lien pour les âmes, qui les unit et les rend fécondes, qui les tempère et les complète. Ainsi, dans la patrie céleste, les Anges des diverses hiérarchies s'unissent d'un "aS'^o Le Temps de la Septuagésime.

niDur mutuel dont le souverain Seigneur est le nœud, et goûtent éternellement les douceurs d'une tendresse fraternelle.

La vie de Scholastique s'est écoulée ici-bas, sans laisser d'autre trace que le gracieux souvenir de cette colombe qui, se dirigeant vers le ciel d'un vol innocent et rapide, avertit le frère que la sœur le devançait de quelques jours dans l'asile de l'éternelle félicité. C'est à peu près tout ce qui nous reste sur cette admirable Epouse du Sauveur, avec le touchant récit dans lec^uel saint Grégoire le Grand nous a retrace l'ineffable débat qui s'éleva entre le frère et la sœur, trois jours avant que celle-ci fût conviée aux noces du ciel. Mais que de merveilles cette scène incomparable ne nous révèle-t-elle pas ! Qui ne comprendra tout aussitôt Tâme de Scholastique à la tendre naïveté de ses désirs, à sa douce et ferme contiance envers Dieu, à l'aimable facilité avec laquelle elle triomphe de son frère, en appelant Dieu même à son secours ? Les anciens vantaient la mélodie des accents du cygne à sa dernière heure ; la colombe du cloître bénédictin, prête à s'envoler de cette terre, ne l'emporte-t-elle pas sur le cygne en charme et en douceur?

Mais où donc la timide vierge puisa-t-elle cette force qui la rendit capat^^le de résister au vœu de son frère, en qui elle révérait son maître et son oracle r qui donc l'avertit que sa prière n'était pas téméraire, et quil pouvait y avoir en ce moment quelque chose de meilleur que la sévère fidélité de Benoît à la Règle sainte qu'il avait donnée, et qu'il devait soutenir par son exemple ? Saint GréSainte Sc'nolastique, Vierge. 36 1

goire nous répondra. « Ne nous étonnons « pas, dit ce grand Docteur, qu'une sœur qui « désirait voir plus longtemps son frère, ait « eu en ce moment plus^ de pouvoir que lui« mèm.e sur le cœur de Dieu ; car, selon la « j^arole de saint Jean , Dieu est amour, et il « était juste que celle qui aimait davantage (( se montrât plus puissante que celui qui se {( trouva aimer moins. »

Sainte Scholastique sera donc, dans les jours où nous sommes, l'apôtre de la charité fraternelle. Elle nous animera à l'amour de nos semblables, que Dieu veut voir se ré\eiller en nous, en même temps que nous travaillons à revenir à lui. La solennité pascale nous conviera à un même banquet ; nous nous y nourrirons de la même victime de charité. Préparons d'avance notre robe nuptiale ; car celui qui nous invite veut nous voir habiter unanimes dans sa maison '.

La sainte Eglise nous fait lire aujourd'hui la narration que saint Grégoire a consacrée à la dernière entrevue du frère et de la sœur.

Du second livre des Dialogues de saint Grégoire, Pape.

SCHOLASTIQUE était sœur du vénérable père Benoit. Consacrée au Seigneur toutpuissant dès son enfance, elle avait coutume de venir visiter son frère une fois chaque année. L'homme de Dieu

Ex libro secundo Dialogorum sancti Gregorii Papae. ^ CHOLASTICA, venerabî^ lis patris Benedicti soror, omnipotenti Domino ab ipso infantiae temj>ore dedicatT, adeum semel per annum venire consueverat. Ad quam

302 Le Temps de la Septuagésime.

vir Dei non longe extra januam in possessione monasterii descendebat. Quadam vero die venit ex more, atque ad eam cum discipulis venerabilis ejus descendit frater : qui totum diem in Dei laudibus. sacrisque coUoquiis ducenîes. incumbentibus jam noctis tenebris simul acceperunt cibum. Cumque adhuc ad mensam sederent. et inter sacra coUoquia tardior sehora protraheret. eadem sanctimonialis femina soror ejus eum rogavit dicens : Quseso te. jt ista nocte me non deseras. ut usque mane de cœlestis vitœ gaudiis loquamur. Cui ille respondit : Quid est quod loqueris, soror r manere extra cellam nuUatenus possum. Tanta vero erat cœli serenitas. ut nulla in aère nubes appareret. Sanctimonialis autem femina. cum verba fratris negantis audivisset, insertas digitis manus super mensam posuit. et caput in manibus omnipotentem Dominum rogatura declinavit. Cumque levaret de mensa caput. tanta coruscationis et tonitrui %-irtus, tantaque inundatio pluviae erupit. ut neque veneradescendait poui la recevoir dans une maison dépendante du monastère, non loin de la porte. Scholastique étant donc venue une fois selon sa coutume, son vénérable frère descendit vers elle avec ses disciples. Ils passèrent tout le jour dans les louanges de Dieu et les pieux entretiens ; et. quand la nuit fut venu.e, ils prirent ensemble leur repas. Comme ils étaient encore à table, et que le temps s'écoulait vite dans leur entretien sur les choses divines, la vierge sacrée adressa cette prière à Benoit : « Je te prie. « mon frère, de ne me pas h abandonner cette nuit, afin < que nous puissions justs qu'au matin parler encore « des joies de la vie céleste.» Le saint lui répondit : « Que « dis-tu là, ma sœur ? Je ne « puis en aucune façon pasn ser la nuit hors du monas« tère. » Dans ce moment le ciel était si pur qu'il n'y paraissait aucun nuage. La servante de Dieu, ayant entendu le refus de son frère, appuya sur la table ses doigts entrelacés ; et. cachant son visage dans ses mains, elle s'adressa au Seigneur tout-puissant. Au moment où elle releva la tête, des éclairs, un violent coup de tonnerre, une pluie à torrents, se déclarèrent tout à coup : au point que ni le vénérable Benoit, ni les frères

Sainte Scholastique, Vierge.

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qui étaient avec lui ne purent mettre le pied hors do lieu où ils étaient.

LA pieuse servante de Dieu, pendant qu'elle avait tenu sa tête appuyée sur ses mains, avait versé sur la table un ruisseau de larmes ; il n'en avait pas fallu davantage pour charger de nuages le ciel serein jusqu'à cette heure. Après la prière de la sainte, l'orage ne s'était pas fait longtemps attendre ; mais cette prière et les torrents de pluie qu'elle amenait s'étaient si parfaitement rencontrés ensemble, que, au même instant où Scholastique levait sa tète de dessus la table, le tonnerre grondait déjà : en sorte qu'un même instant vit la sainte faire ce mouvement, et la pluie tomber du ciel. L'homme de Dieu, voyant que ces éclairs, ces tonnerres, cette inondation ne lui permettaient plus de rentrer au monastère, en fut contristé, et exhala ainsi ses plaintes : « Que le Dieu tout-puissant « te pardonne, ma sœur! Que " viens-tu de faire ? » Elle répondit : « Je t'ai adressé i< une demande, et tu n'as « pas voulu m'écouter ; j'ai « eu recours à mon Dieu, et i: il m'a exaucée. Maintenant

bilis Benedictus. neque fratres, qui cum eo aderant. extra loci limen. quo consederant, pedem movere potuerint.

SANCTiMONlALls quippe femina caput in manibus declinans. lacrymarum fluvium in mensam fuderat. per quas serenitatem aeris ad pluviam traxit. Nec paulo tardius post orationem inundatio illa secuta est: sed tanta fuit convenientia orationis et inundationis, ut de mensa caput jam cum tonitruo levaret : quatenus unum. idemque esset momentura, et levare caput. et pluviam deponere. Tune vir Dei inter coruscos, et tonitrua, atque ingentis pluviœ inundationem . videns se ad monasterium non posse remeare, cœpit conqueri contristatus. dicens : Parcat tibi omnipotens Deus. soror ; quid est quod fecisti ? Cui illa respondit : Ecce rogavi te, et audire me noluisti: rogavi Deum meum. et audivit me : modo ergo . si potes , egredere. et me dimissa ad monasterium recède. Ipse autem exire extra tectum non valens. qui remanere sponte nolui:

'64 -^e Temps de la Septuagésime.

m loco. mansit mvitus. Sicque factum est , ut totam nocîem pervigilem ducerent. ajque per sacra spiritalis vitae colloquia, sese vicaria relatione satiarent.

« sors, SI tu peux ; laisse-moi. « et retourne à ton monas« tère. » Mais le saint était dans rimpossibilité de sortir de la maison, et lui qui n"avait pas voulu y rester volontairement, demeura contre son gré. Ainsi, les deux saints passèrent la nuit entière dans les veilles, et. reprenant leurs pieux entretiens sur la vie spirituelle, ils se rassasièrent a loisir par l'échange des sentiments qu'ils éprouvaient.

CUMQUE die altero eadem venerabilis femina ad cellam propriam recessisset . vir Dei ad monasterium rediiî. Cum ecce post triduum in cella consistens. elevatis in aéra oculis. vidit ejusdem sororis suae animam de corpore egressam, in columbae specie cœli sécréta penetrare. Qui tantae ejus gloriœ congaudens . omnipotenti Deo in hymnis et laudibus gratias reddidit , ejusque obitum fratribus denuntiavit. Quos etiam protinus misit. ut ejus corpus ad monasterium déferrent, atque in sepulcro . quod sibi ipsi paraverat. ponerent. Quo facto, contigit. ut quorum mens una semper in Deo fuerat. eorum quoique corpora nec sepultura separaret.

LE lendemain, la vénérable Mère retourna à son monastère, et l'homme de Dieu reprit le chemin de son cloître. Trois jours après, étant dans sa cellule, et ayant élevé ses yeux en haut, il vit l'àme de sa sœur, qui venait de briser les liens du corps, et qui, sous la forme d'une colombe, se dirigeait A-ers les hauteurs mystérieuses du ciel. Ravi de joie pour la gloire dont elle était entrée en possession, il rendit grâces au Dieu toutpuissant par des hymnes et des cantiques, et annonça aux frères le trépas de Scholastique. Il les envoya aussitôt au lieu qu'elle avait habité, afin qu'ils apportassent le corps au monastère, et qu'il fiât déposé dans le tombeau qu'il s'était préparé pour lui-même. Il arriva ainsi que ceux dont l'àme avait toujours été unie en Dieu ne furent point séparés par la mort, leurs corps n'ayant eu qu'un même tombeau.

Sainte Scholastique, Vierge. 365

Nous placerons ici quelques pièces liturgiques de lOffice Monastique en l'honneur de la sœur du grand Benoît.

a I 'illustre ScholasL> tique fut la sœur du très saint Père Benoît . ' Consacrée dès l'enfance au Seigneur tout-puissant, elle ne quitta jamais la voie de la justice.

y. Louez le Seigneur, enfants, louez le Nom du Seigneur ' Consacrée dès l'enJFance.

^. Désirant se régler sur les exemples de la sainte vie de son frère, et selon la doctrine de ses sacrés enseignements, elle avait coutume de venir à lui une fois chaque année : ' Et Ihomme de Dieu l'instruisait de ses célestes leçons.

"p. Heureux qui écoute ses paroles et observe les règles qu'il a écrites. * Et l'homme de Dieu.

^. La sainte vierge Scholastique était comme un jardin diligemment arrosé : * La rosée des célestes grâces la rafraîchissait continuellement.

Jr. Comme une source d'eau qui ne tarit jamais. ' La rosée des célestes grâces.

K- Le Seigneur lui accorda le désir de son cœur : * Elle

LMA Scholastica, sanctissimi PatrisBenedicti soror, * Ab ipso infantise temporeomnipotenti Domino consecrata . viam justitijE non deseruit

^. Laudate pueri Dominum. laudate Nomen Domini. * Ab ipso infantiœ.

^. Exemplo vitae venerabilis. et verbo sanctse praïdicationis informari cupiens , ad eum semel in anno venire consueverat : * Et eam vir Dei doctrinis cœlestibus inscruebat.

f. Beatus qui audit verba ipsius, et sers-at ea qu3£ scripta sunt. ' Et eam.

^. Sancta virgo Scholastica. quasi hortus irriguus. ' Gratiarum cœ- lestium jugi rore perfundebatur.

f. Sicut fons aquarum, cujus non déficient aqu£. * Gratiarum.

^. Desiderium cordis eju-'tribuit ei Dominus :

366 Le Temps de la Septiiagésime.

' A quo obtinuit quod a fratre obtinere non potuit.

f. Bonus- est Dominus omnibus sperantibus in eum , animas quœrenti illum. * A quo obtinuit.

^. Moram faciente Sponso. ingemiscebat Scholastica , dicens : * Quis dabit mihi pennas sicut columbae. et volabo et requiescam ?

y. En dilectus meus loquitur mihi : Surge . arnica raea, et veni. " Quis dabit.

^. In columbae specie Scholasticas anima visa est. fraterna mens laetata est hymnis et immensis laudibus : * Benedictus sit talis exitus . multo magis talis introitus !

y. Totus cœlesti gaudio perfusus remansit Pater Benedictus. ' Benedictus.

'Bj. Anima Scholasticas ex arca corporis instar columbae egressa.portans ramum olivœ . signum pacis et gratiœ : * In cœlos evolavit. ■

j. Quae cum non inveniret ubi requiesceret pes ejus. * In coelos evolavit.

Ant. Exsultet omnium turba fidelium pro gloria virginis al.-n.-ç Scholasobtint de lui ce qu'elle n'avait pu obtenir de son frère.

f. Le Seigneur est bon envers tous ceux qui espèrent en lui, envers l'âme qui le cherche. ' Elle obtint de lui.

RS- L Epoux tardant à paraître. Scholastique gémissait et disait : ' Qui me donnera des ailes comme a la colombe, et je volerai et je me reposerai ?

f. Voici mon bien-aimé, il me dit : Lève-toi, mon amie, et viens * Qui me donnera.

^. Scholastique parut sous la forme d'une colombe ; l'âme de son frère témoigna son allégresse par des hvmnes et des cantiques : ' Béni soit ce départ ! mais bien plus encore soit bénie cette entrée !

f. Le vénérable Père Benoît demeura tout inondé d'une joie céleste. * Béni soit.

^. L'àme de Scholastique sortit de l'arche de son corps, comme la colombe portant le rameau d'olivier, signe de paix et de grâce ; " Elle s'envola dans les cieux.

f . Comme elle ne trouvait pas où reposer son pied. ' Elle s'envola dans les cieux.

Ant. Que l'assemblée des fidèles tressaille d'allégresse pour la gloire de l'auguste

Sainte Scholastique, Vierge.

vierge Scholastique ; que la troupe des vierges sacrées se livre à une joie plus grande encore, en célébrant la fête de celle qui par ses larmes fléchit le Seigneur, et fut plus puissante sur lui que son frère, parce qu'elle eut plus d'amour.

Ant. Aujourd'hui la sacrée vierge Scholastique monte au ciel toute joyeuse, sous la forme d'une colombe. Aujourd'hui elle jouit pour jamais avec son frère des délices de la vie céleste.

ticae ; laetentur prsecipue catervae virginum, célébrantes ejus solemnitatem, quœ fundens lacrymas. Dominum rogavit, et abeo plus potuit, quia plus amavit.

Ant. Hodie sacra vir - go Scholastica in specie columbse. ad œthera tota festiva perrexit : hodie ccelestis vitae gaudiis cum fratre suo meretur perfrui in sempiternum.

Nous terminerons par ces deux Hymnes empruntées au même Office bénédictin.

HEUREUSE épouse du Christ , Scholastique . colombe des vierges, les habitants du ciel te comblent de louanges ; nos cœurs te saluent en faisant monter vers toi l'hommage d'un joyeux concert.

Tu foulas aux pieds les honneurs du monde et ses couronnes : dirigée par les enseignements de ton frère et les préceptes de sa Règle sainte, attirée par l'odeur des grâces célestes, tu appris de bonne heure à 43rendre le chem.in de la patrie.

O force invincible de l'amour I O victoire à jamais

TE beata sponsa Christi, Te columba virginum. Siderum tollunt coloni Laudibus. Scholastica Nostra te Ijetis salutant Vocibus prœcordia.

Sceptra mundi cum

coronis Docta quondam spernere. Dogma fratris insecuta Atque sanctas Regulx, Ex odore gratiarum Astra nosti quœrere.

O potens virtus amo368 Le Temps de la Septuagésime.

O decus victorias ! Dura fluentis lacrymarum Cogis imbres currere, Ore Nursini parentis Verba cœli suscipis.

Luce fulges expetita In polorum vertice, Clara flammis charitatis Cum nitore graîiae : Juncta Sponso conquiesIn décore glorise.

Nunc benigna pelle nubes Cordibus fideîium. Ut serena fronte splendens Sol perennis luminis, Sempiternae claritatis Impleat nos gaudiis.

Gloriam Patri canamus. Unicoque Filio ; Par tributum proferamus Inclyto Paraclito. Nutibus cujus creantur, Et reguntur ssecula.

Amen.

JAM noctis umbraî concidunt. Dies cupita nascitur. Qua virgini Scholasticae Sponsus perennis jungiglorieuse. en ce jour où par la force de tes larmes tu fais descendre les pluies du ciel, et contrains le Patriarche de Nursie à continuer ses entretiens célestes.

Aujourd'hui tu brilles, au plus haut des cieux, de l'éclat de cette lumière vers laquelle tu soupirais ; les feux de la charité, les splendeurs de la grâce embellissent ton front , unie à l'E- poux, tu reposes au sein de la gloire.

Daigne donc maintenant écarter du cœur des fidèles les nuages d'ici-bas, afin que le Soleil éternel, versant sur nous sa splendeur sereine, nous comble des joies de la lumière sans fin.

Chantons gloire au Père et gloire au Fils unique ; hommage égal au Paraclet divin . honneur éternel à celui qui créa les siècles et qui les gouverne. Amen.

LES ombres de la nuit disparaissent, le jour désiré se lève, auquel l'Epoux éternel s'unit à la vierge Schclastique.

Sainte Scliolastiqiie, Vierge. 35q

Le temps des frimas est

Brumae recedit tsepassé, les nuages pluvieux

dium.

ont disparu, les plaines du

Fugantur imbres nubiciel s'émaillent de fleurs éter"bus.

nelles.

\'ernantque campi siderum -Eternitatis floribus.

A l'appel du Dieu qui est

Amoris auctor evocat.

amour, la bien-aimée déploie

Dilecta pennas induit,

ses ailes ; conviée au baiser

Ardens ad oris oscula

mystique, la colombe s'élance

Columba velox evolat.

d'un vol rapide.

Que tu es belle dans la

Quam pulchra gresmarche triomphante , fille

sum promoves. "

chérie du grand Roi ! L'œil

O chara proies Princide ton frère contemple ton

pis !

départ ; son cœur rend grâces

jVursinus Abbas aspicit,

au Dieu éternel.

Grates rependit Numini.

De sa droite l'Epoux la

Amplexa Sponsi dexpresse sur son sein : elle reteram.

cueille les couronnes qui lui

Metit coronas débitas.

sont dues ; plongée dans un

Immersa rivis glori.-e.

fleuve de gloire, elle s enivre des joies divines.

Deique pota gaudiis.

0 Christ, fleur des vallons.

Te, Christe. i\or, conque tous les siècles vous adovallium.

rent, avec le Père et le ParaPatremque cum Paraciet, dans toute l'étendue de

clito,

cet univers.

Cunctos per orbis carAmen.

dines, Adoret omne saeculum. Amen.

Colombe chérie de l'Epoux, que votre vol ^-^ fut rapide, lorsque, quittant cette terre

d'exil, vous prîtes votre essor vers lui ! L'œil

de votre illustre frère, qui vous suivit un

?70 Le Temps de la Septuagésime.

instant, vous perdit bientôt de vue ; mais toute la cour céleste tressaillit de joie à votre entrée. Vous êtes maintenant à la source de cet arhour qui remplissait votre cœur, et rendait ses désirs tout-puissants sur celui de votre Epoux. Désaltérez-vous éternellement à cette fontaine de vie ; et que votre suave blancheur devienne toujours plus pure et plus éclatante, dans la compagnie de ces autres colombes, vierges de l'Agneau comme vous, et qui forment un si nob'le essaim autour des lis du jardin céleste.

Souvenez-vous cependant de cette terre désolée qui a été pour vous, comme elle l'est pour nous, le lieu d'épreuve où vous avez mérité vos honneurs. Ici-bas, « cachée dans ■> le creux de la pierre », comme parle le divin Cantique, vous n'avez pas déployé vos ailes, parce que rien n'y était digne de ce trésor d'amour que Dieu lui-même avait versé dans votre cœur. Timide devant les hommes, simple et innocente, vous ignoriez à quel point vous aviez « blessé le cœur de « l'Epoux ». Vous traitiez avec lui dans l'humilité et la contiance d'une âme qu'aucun remords n'agita jamais, et il se rendait à vos désirs par une aimable condescendance ; et Benoît, chargé d'années et de mérites, Benoît accoutumé à voir la nature obéir à ses ordres, était vaincu par vous, dans une lutte où votre simplicité avait vu plus loin que sa profonde sagesse.

Qui donc vo'us avait révélé, ô Scholastique, ce sens sublime qui, en ce jour-là, vous lit paraître plus sage que le grand homme choisi de Dieu pour être la "règle vivante

Sainte Scholastique, Vierge. 3~ i

des parfaits ? Ce fut celui-là même qui avait élu Benoît comme l'une des colonnes de la Religion, mais qui voulut montrer que la sainte tendresse d'une charité pure l'emporte encore à ses yeux sur la plus rigoureuse fidélité à des lois qui n'ont été faites que pour aider à conduire les hommes au but que votre cœur avait déjà atteint. Benoît, l'ami de Dieu, le comprit ; et bientôt, reprenant le cours jde leur céleste entretien, vos deux âmes se confondirent dans la douceur de cet amour incréé qui venait de se révéler et de se glorifier lui-même avec tant d'éclat. Mais vous étiez mûre pour le ciel, ô Scholastique; votre amour n'avait plus rien de terrestre ; il vous attirait en haut. Encore quelques heures, et la voix de l'Epoux allait vous faire entendre ces paroles de l'immortel Cantique, que l'Esprit-Saint semble avoir dictées pour vous : « Lève-toi, 6 m.on amie, « ma belle, et viens ; ma colombe, montre« moi ton visage ; que ta voix résonne à mon « oreille ; car ta voix est douce, et ton visage <* est plein d'attraits i. )>

Dans votre départ de la terre, ne nous oubliez pas, o Scholastique ! Nos âmes sont appelées à vous suivre, bien qu'elles n'aient pas les mêmes charmes aux yeux de l'Epoux. Moins fortunées que la vôtre, il leur faut se purifier longtemps pour être admises dans le séjour où elles contempleront votre félicité. Votre prière força les nuées du ciel à envoyer leur pluie sur la terre ; qu'elle obtienne pour nous les larmes de la pénitence. Vos

I. Cant. II, lo.

3j2 Le Temps de la Septuagésime.

délices furent dans les entretiens sur la vie éternelle ; rompez nos conversations futiles et dangereuses ; faites-nous goûter ces discours au ciel, dans lesquels les âmes aspirent à s'unir à Dieu. Vous aviez trouvé le secret de cette charité fraternelle dont la tendresse même est un parfum de vertu qui réjouit le cœur de Dieu ; ouvrez nos cœurs à Tamour de nos frères; chassez-en la froideur et l'indifférence, et faites-nous aimer comme Dievi veut que nous aimions.

Mais, o colombe de la solitude, souvenez-vous de l'arbre sous les rameaux duquel s'est abritée votre vie. Le cloître bénédictin vous réclame, non seulement comme la sœur, mais encore comme la fille de son auguste Patriarche. Du haut du ciel, contemplez les débris de cet arbre, autrefois si vigoureux et si fécond, à l'ombre duquel les nations de l'Occident se sont reposées durant tant de siècles. De toutes parts, la hache dévastatrice de l'impiété s'est plue à le frapper dans ses branches et dans ses racines. Ses ruines sont partout ; elles jonchent le sol de l'Europe entière. Cependant, nous savons qu'il doit revivre, qu'il poussera de nouveaux rameaux, et que votre divin Epoux, 6 Scholastique, a daigné enchaîner le sort de cet arbre antique aux destinées même de l'Eglise. Priez pour que la sève première revive en lui ; protégez d'un soin maternel les faibles rejetons qu'il produit encore; défendez-les de l'orage, bénissez-les, et rendez-les dignes de la confiance que l'Eglise daigne avoir en eux.

'Eglise honore aujourd'hui la mémoire de ce saint prêtre de Rome, qui souffrit le martyre vers le milieu du troisième siècle. L'injure du temps nous a privés de la plupart des circonstances de sa vie et de ses souffrances; à peine quelques traits en sont venus jusqu'à nous. C'est la raison pour laquelle la Liturgie romaine ne contient pas de Légende en son honneur. Le culte de saint Valentin n'en est pas moins célèbre dans l'Eglise, et nous devons le regarder comme un de nos protecteurs en la saison liturgique où son nom et ses mérites viennent' se joindre à ceux de tant d'autres Martyrs, pour rvous animer à chercher Dieit, au prix de tous les sacrifices qui peuvent nous faire rentrer en grâce avec lui.

Priez donc, o saint Martyr, pour les fidèles qui, après tant de siècles, conservent encore votre mémoire. Au jour du jugement, nos yeux vous reconnaîtront dans l'éclat de la gloire que vos combats vous ont acquise; obtenez par votre suffrage que nous soyons placés à la droite et associés à votre triomphe.

,E saint a combattu jusqu'à 1 . ste sanctus pro lege , la mort pour la loi | j Dei sui certavit usque

'74 -^e Temps de la Septuagésime,

ad mortem. et a verbis impiorum non timuit : fundatus enim erat supra firraam petram.

de son Dieu, et n'a point craint les menaces des impies ; car il était fondé sur la pierre ferme.

PR^STA. q-jïsumus omnipotens Deus, ut qui beati Valentini Martyris tui natalitia colimus. a cunctis malis imrainentibus ejus interces- | sione liberemur, Per Christum Dominum nostrum. Amen.

ACCORDEZ, Dieu tout-puissant,à nous qui célébrons le jour natal du bienheureu.x Valentin votre Martyr, la grâce d'être, par son intercession, délivrés de tous les maux qui nous menacent. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

ES deux frères martyrs que nous honorons aujourd'hui souflrirent au commencement du second siècle de rère chrétienne ; leur mémoire s'est cependant conservée avec honneur dans l'Eglise. La gloire des conquérants et des hommes d'Etat passe rapidement, et bientôt leurs noms décolorés s'effacent de la mémoire des peuples ; on interroge les savants pour savoir s'ils ont existé, à cruelle époque, et quelles ont été leurs actions. Brescia, la capitale de la Cénomanie italienne, se souvient à peine de ceux qui l'ont régie ou illustrée au ii* siècle ; mais voici deux de ses citoyens dont le souvenir durera autant que le monde, L'univers entier proclame leur gloire et célèbre leur invincible courage. Gloritions-les en ces jours où leurs exemples nous parlent si éloquemment de la fidélité que le cnrétien doit à Dieu.

Lisons, dans le livre delà sainte Eglise, le récit abrégé des épreuves au prix desquelles ils ont conquis la couronne immortelle.

Caustin et Jovite, nés à ^ Brescia, étaient frères et de noble origine. Sous la

FAUSTINUS et Jovita fratres, nobiles Brixiani. in multis Italiae

3-;-6 Le Temps de la Septuagésime.

urbibus. quo vincti sseviente Trajani pessecutione ducebantur, acerbissima supplicia perpessi. fortes' in christianaï iîdei confessione perstiterunt. Nam Brixiae diu vinculis constricti. feris eiiam objecti, in ignemque conjecti. et a bestiis et a flamma integri et incolumes serA'ati sunt : inde Tero iisdem catenis cûliigati Mediolanum venerunt, ubi eorum fides tentata exquisitissimis tormentis tamquam ignc aurum . in cruciatibus magis enituit. Postea Ro•nam missi. ab Evaristo Pcntifice confirmât!, ibi quoque crudelissime torquentur. Denique perducti Neapolim, in ea etiam urbe varie cruciati, vinctis manibus pedibusque in mare demergunlur • unde per Angelos mirabiliter erepti sunt. Quare multos et constantia in tormentis , et miraculorum virtute ad Christi fidem converterunt. Postremo reducti Brixiara, initio suscepii ab Adriano imperii, securi percussi, illustrem martyrîi coronam acceperunt.

persécution de Trajan. ils furent menés dans plusieurs villes d Italie, et y souffrirent de très cruels tourments, sans que rien put ébranler leur courage à confesser la foi chrétienne. On les tint longtemps dans les chaînes à Brescia : ils y furent exposés aux bétes et jetés dans le feu. san? que ni l'un ni l'autre de ces supplices les pût atteindre : on les conduisit ensuite à Milan, toujours chargés des mêmes chaînes : et là, leur foi éprouvée par les plus rigoureux tourments brilla de plus en plus au milieu des souffrances, comme l'or devient plus éclatant par le feu. Dirigés ensuite sur Rome, où ils furent fortifiés par le pape Evariste. ils y furent aussi cruellement tourmentés. De là. ils furent traînés à Naples ; et après les avoir encore fait souffrir diversement dans cette ville, on les jeta à la mer. pieds et mains liés ; mais des Anges les délivrèrent miraculeusement. Leur constance au milieu de tant de supplices ei la vertu de leurs miracles convertirent un grand nombre de personnes à la foi du Christ. Ils furent enfin reconduits à Brescia, au commencement de l'empire d'Adrien ; et ayanv eu la tête tranchée, ils y obtinrent la couronne d'un glorieux martyre.

Saint Faust in et Saint Jovite, Martyrs. 3jj

- -ARTVRS de Jésus-Christ, lorsque nous Jy\ comparons nos épreuves aux vôtres, vos combats avec ceux que nous avons à soutenir, quelle reconnaissance ne devons-nous pas à Dieu qui a tant ménagé notre faiblesse ! Nous qui sommes si prompts à violer la loi du Seigneur, si lents à nous relever quand nous sommes tombés, si faibles dans la foi et dans la charité, commuent eussions-nous supporté les tourments qu'il vous a fallu traverser pour arriver au repos éternel ? Cependant, nous sommes en marche vers le même terme où vous êtes déjà parvenus. Une couronne aussi nous attend , et il ne nous est pas libre d'y renoncer. Relevez notre courage, o saints'Martyrs ; armez-nous contre le monde et contre nos mauvais penchants, atin que non seulement notre bouche, mais nos œuvres et nos exemples confessent JésusC^hrist, et témoignent que nous sommes chrétiens.

Oji iTtt^. ftiA r:iA ctiji ri^ r:i>i r^ji rriA r^A itiA (TiA

E Cycle nous amène aujourd'hui un vieillard de cent vingt ans, un Eveque, un Martyr. Siméon est TEvêque de Jérusalem, le successeur de i'Apotre saint Jacques sur ce siège ; il a connu le Christ, il a été son disciple ; il est son parent selon la chair, de la même maison de David ; tils de Cléophas, et de cette -Marie que les liens du san^^ unissaient de si près à la Mère de Dieu qu'on Ta appelée sa sœur. Que de titres de gloire dans cet auguste vieillard qui vient augmenter le nomï>re des Martyrs dont la protection encourage l'Eglise, dans cette partie de l'année où nous sornmes 1 Un tel athlète, contemporain de la vie mortelle du Christ, un pasteur qui a répété aux tidèles les leçons reçues par lui de la propre bouche du Sauveur, ne devait remonter vers son Maître que par la plus noble de toutes les voies. Comme Jésus, il a été attaché à une croix ; et à sa mort, arrivée en l'an io6. Unit la première période de l'Histoire Chrétienne, ce que l'on appelle les Temps Apostoliques. Honorons ce majestueux Pontife en qui se réunissent tant de souvenirs, et prions-le d'étendre sur nous cette paternité dont les tidèles de Jérusalem se glorinèrent si longtemps. Du haut du trône

Saint Siméon, Évéqiie et Martyr. 3jg

éclatant où il est arrivé par la Croix, qu'il jette un regard sur nous,, et qu'il nous obtienne les grâces de conversion dont nos âmes ont tant besoin.

La sainte Liturgie consacre aujourd'hui à la mémoire de Siméon cette courte notice.

SIMÉON . fils de Cléophas. fut ordonné évêque de Jérusalem immédiatement après saint Jacques. Sous l'empire de Trajan. il fut accusé auprès d'Atticus , personnage consulaire, d'être chrétien et parent du Christ. A cette époque . on saisissait tous ceux qui étaient de la race de David. Après avoir passé par plusieurs tourments. Siméon souffrit le même supplice que notre Sauveur avait enduré ; et tout le monde s'étonna qu'un homme cassé de vieillesse (car il avait alors cent vingt ans) pût supporter avec tant de courage et de constance les cruelles douleurs de la croix.

SIMEON, filius Cléophas, post Jacobum proximus Hierosolymis ordinatus episcopus, Trajano imperatore, apud Atticum consularem est accusatus, quod christianus esset, et Christi propinquus. Comprehendebantur enim omnes eo tempore, quicumque ex génère David orti essent. Quare multis cruciatus tormentis, eodem passionis génère, quod Salvator noster subierat , aflficitur , mirantibus omnibus , quod homo aetate confectus (erat enim centum et viginti annorum) acerbissimos crucis dolores fortiter constanterque pateretur.

ECEVEZ l'humble hommage de la Chrétienté, sublime vieillard, qui surpassez en grandeur toutes les illustrations humaines. Votre sang est celui même du Christ ; votre doctrine, vous l'avez reçue de sa bouche ; votre charité pour les fidèles, vous l'avez allumée à son cœur ; votre mort n'est que le renouvellement de la sienne. Nous n'avons

38o Le Temps de la Septuagésime.

point l'honneur de pouvoir nous. dire, comme vous, les frères du Seigneur ; mais rendez-nous, ô Siméon, attentifs à cette parole qu'il a dite lui-même : « Celui qui fait la « volonté de mon Père qui est dans les « cieux, est pour moi un frère, une sœur, une « mère i. » Nous n'avons point reçu immédiatement, comme vous, de la bouche de Jésus, la doctrine du salut; mais nous ne la possédons pas moins pure, au moyen de cette tradition sainte dont vous êtes l'un des premiers anneaux : obtenez que nous y soyons toujours dociles, et que nos infractions nous soient pardonnées. Une croix n'a pas été dressée pour que nous y soyons cloués par nos membres ; mais ce m^onde est semé d'épreuves auxquelles le Seigneur a donné luimême le nom de Croix, irnous faut les subir avec constance, si nous voulons avoir part avec Jésus dans sa gloire. Demandez, ô Siméon. que nous nous montrions plus fidèles, que notre cœur ne se révolte pas, que nous réparions les fautes que souvent nous avons commises, en voulant nous soustraire à l'ordre de Dieu.

4- ^ + 4- > I t- ^ t V

■ouR la seconde fois, Pierre reparaît avec sa Chaire sur le Cycle de la sainte Eglise ; mais aujourd'hui ce n'est plus son Pontificat dans Rome, c'est son épiscopat à Antioche que nous sommes appelés à vénérer. Le séjour que le Prince des Apôtres fit dans cette dernière ville fut pour elle la plus grande gloire qu'elle eût connue depuis sa fondation; et cette période occupe une place assez notable dansla vie de saint Pierre pour mériter d'être célébrée par les chrétiens.

Cornélius avait reçu le baptême à Césarée des mains de Pierre, et l'entrée de ce Romain dans l'Eglise annonçait que le moment était venu où "le Christianisme allait s'étendre en dehors de la race juive. Quelques disciples dont saint Luc n'a pas conservé les noms, tentèrent un essai de prédication à Antioche, et le succès qu'ils obtinrent porta les Apôtres à diriger Barnabe de Jérusalem vers cette ville. Celui-ci étant arrivé ne tarda pas à s'adjoindre un autre juif converti depuis peu d'années, et connu encore sous le nom de Saul, qu'il devait plus tard échanger en celui de Paul, et rendre si glorieux dans toute l'Eglise. La parole de ces deux

382 Le Temps de la Septuag-ésime.

hommes apostoliques dans Antioche suscita du sein de la gentilité de nouvelles recrues, et il fut aisé de prévoir que bientôt le centre de la refigion du Christ ne serait plus Jérusalem, mais Antioche : TEvangile passant ainsi aux gentils, et délaissant la ville ingrate qui n'avait pas connu le temps de sa visite 1,

La voix de la tradition tout entière nous apprend que Pierre transporta sa résidence dans cette troisième ville de TEmpire romain, lorsque la foi du Christ y eut pris le sérieux accroissement dont nous venons de raconter le principe. Ce changement de lieu, le déplacement de la Chaire de primauté montraient l'Eglise. avançant dans ses destinées, et quittant l'étroite enceinte de Sion, pour se diriger vers l'humanité tout entière.

Nous apprenons du pape saint Innocent I^'' qu'une réunion des Apôtres eut lieu à Antioche. C'était désormais vers la Gentilité que le vent de l'Esprit-Saint poussait ces nuées rapides et fécondes, sous l'emblème desquelles Isaïe nous montre les saints Apôtres 2. Saint Innocent, au témoignage duquel se joint celui de Vigile, évêque de Thapsus, enseigne que l'on doit rapporter au temps de la réunion de saint Pierre et des Apôtres à Antioche ce que dit saint Luc dans les Actes, qu'à la suite de ces nombreuses conversions de gentils, les disciples du Christ furent désormais appelés Chrétiens.

Antioche est donc devenue le siège de Pierre. C'est là qu'il réside désormais ; c'est

L.^ Chaire de Saint Pierre à Antioche. 383

de là qu'il part pour évangéliser diverses provinces de l'Asie ; c'est là qu'il revient pour achever la fondation de cette noble Eglise. Alexandrie, la seconde ville de rempire,"semblerait à son tour réclamer l'honneur de posséder le siège de primauté, lorsqu'elle aura abaissé sa tète sous le joug du Christ ; mais Rome, préparée de longue main par la divine Providence à l'empire du monde, a plus de droits encore. Pierre se mettra en marche, portant avec lui les destinées de l'Eglise; là où il s'arrêtera, là où il mourra, il laissera sa succession. Au moment marqué, il se séparera d'Antioche, où il établira pour évèque Evodius son disciple. Evodius sera le successeur de Pierre en tant qu'Evêque d'Antioche ; mais son Eglise n'héritera pas de la principauté que Pierre emporte avec lui. Ce prince des Apôtres envoie Marc son disciple prendre possession d'Alexandrie en son nom; et cette Eglise sera la seconde de l'univers, élevée d'un degré au-dessus d'Antioche, par la volonté de'Pierre, qui cependant n'y aura pas siégé en personne. C'est à Rome qu'il se rendra, et qu'il tixera entin cette Chaire sur laquelle il vivra, il enseignera, il régira, dans ses successeurs.

Telle est ^origine des trois grands Sièges Patriarcaux si ^"énérés dans l'antiquité : le premier, Rome, investi de la plénitude des droits du prince des Apôtres, qui les lui a transmis en mourant ; le deuxième, Alexandrie, qui doit sa prééminence à la distinction que Pierre en a daigné faire en l'adoptant pour le second ; le troisième, Antioche, sur lequel il s'est assis en personne, lorsque,

384 ^^ Temps de la SeptuagésUne.

renonçant à Jérusalem, il apportait à la Gentilité les grâces de l'adoption. Si donc Antioche le cède pour le rang à Alexandrie, cette defnière lui est inféneure, quant à l'honneur d'avoir possédé la personne de celui que le Christ avait investi de la charge de Pasteur suprême. Il était donc juste qiie l'Eglise honorât Antioche pour la gloire qu'elle a eue d'être momentanément le centre de la chrétienté : et telle est l'intention de la fête que nous célébrons aujourd'hui.

Les solennités qui se rapportent à saint Pierre ont droit d'intéresser particulièrement les enfants de l'Eglise. La fête du père est toujours celle de la famille tout entière ; car c'est de lui qu'elle emprunte et sa vie et son être. S'il n'y a qu'un seul troupeau, c'est parce qu'il n'y a qu'un seul Pasteur : honorons donc la' divine prérogative de Pierre, à laquelle le Christianisme doit sa conservation, et aimons à reconnaître les obligations que nous avons au Siège Apostolique. Au ]Our où nous célébrions la Chaire Romaine, nous avons reconnu comment la Foi s'enseigne, se conserve, se propage par l'EgliseMère, en laquelle résident les promesses faites à Pierre. Honorons aujourd'hui le Siège Apostolique, commue source unique du pouvoir légitime par lequel les peuples sont régis et gouvernés dans l'ordre du salut éternel.

Le Sauveur a dit à Pierre : ce Je te donnerai '( les Clefs du Royaume des cieux i », c''està-dire de l'Eglise ; il lui a dit encore : « Pais

La Chaire de Saint 'Pierre à Antioche 385

« mes agneaux, pais mes brebis ^ ». Pierre est donc prince : car les Clefs, dans l'Ecriture, signifient la principauté ; il est donc Pasteur, et Pasteur universel ; car, dans le troupeau, il n'y a rien en dehors des brebis et des agneaux. Mais voici que, par la bonté divine, nous rencontrons de toutes parts d'autres Pasteurs : les Evêques, a que c( l'Esprit- Saint a posés pour régir l'Eglise de tr Dieu '-' », gouvernent en son nom les chrétientés, et sont aussi Pasteurs Comment ces Clefs, qui sont le partage de Pierre, se trouvent-elles en d'autres "mains que dans les siennes ? l'Eglise catholique nous explique ce mystère dans les monuments de sa Tradition. Elle nous dit par TertuUien que « le « Seigneur a donné les Clefs à Pierre, et par « lui à l'Eglise 3 » ; par saint Optât de Milève, que, « pour le bien de l'unité, Pierre a été « préféré aux autres Apôtres, et a reçu seul <v les Clefs du Royaume des cieux, pour les « communiquer aux autres ^ » ; par saint Grégoire de Nysse, que « le Christ a donné « par Pierre^ aux Evëques les Clefs de leur « céleste prérogative •' »; par saint Léon le Grand, « que le Sauveur a donné par Pierre a aux autres princes des Eglises tout ce qu'il « n'a pas Juge à propos de^leur refuser ^' y>.

L'Episcopat est donc à jamais sacré ; car il se rattache à Jésus-Christ par Pierre et ses successeurs ; et c'est ce que la Tradition catholique nous atteste de la manière la plus

I. JoHAN. XXI, i5, 17. — 2. Act. XX, 28. — 3. Scorpiac. Cap. X. — 4. Contra Parmenianum. Lib. VII. —

386 Le Temps de la Septuagésime.

imposante, applaudissant au langage des Pontifes Romains qui n'ont cessé de'declarer, depuis les premiers siècles, que la dignité des Evêques était d'être appelés à partager leur propre sollicitude, in part em soUicitudinis vocatos. C'est pourquoi saint Cyprien ne fait pas difficulté de dire que « le Seigneur, (( voulant établir la dignité épiscopale et <■ constituer son Eglise, "dit à Pierre : Je te " donnerai les Clefs du Royaume des cieux ; " et c'est de là que découle l'institution des " Evèques et la disposition de l'Eglise i i> . C'est ce que répète, après le saint Evêque de Carthage, saint Césaire d'Arles, dans les Gaules, au v* siècle, quand il écrit au saint pape Symmaque : « Attendu que l'Episco« pat prend sa source dans la personne du <( bienheureux Apôtre Pierre, il suit de là. « par une conséquence nécessaire, que c'est (( à Votre Sainteté de prescrire aux diverses f( Eglises les règles auxquelles elles doivent « se conformer - ». Cette doctrine fondamentale, que saint Léon le Grand a formulée avec tant d'autorité et d'éloquence, et qui est en d'autres* termes la même que nous venons de montrer tout à l'heure par la Tradition, se trouve intimée aux Eglises, avant saint Léon, dans les magnifiques Epîtres de saint Innocent I" qui sont venues jusqu'à nous. C'est ainsi qu'il écrit au concile de Carthage que « l'Episcopat et toute son autorité ^( émanent du Siège Apostolique 3 » ; au concile de Milève, que « les Evêques doivent '( considérer Pierre comme la source de leur

I. Epist. xxxKi. — -2. Episî. X.

La Chaire de Saint Pierre à Antioche. 3S-

« nom et de leur dignité i » ; à saint Victrice, Evèque de Rouen, que « l'Apostolat et l'Epis« copat prennent en Pierre leur origine - w.

Nous n'avons point ici à composer un traité polémique ; notre but, en alléguant ces titres magnifiques de la Chaire de Pierre, n'est autre que de réchauffer dans le cœur des fidèles la vénération et le dévouement dont ils doivent être animés envers elle. Mais il est nécessaire qu'ils connaissent la source de l'autorité spirituelle qui, dans ses divers degrés, les régit et les sanctifie. Tout découle de Pierre, tout émane du Pontife Romain dans lequel Pierre se continuera jusqu'à la consommation des siècles. Jésus-Christ est le principe de l'Episcopat, l'Esprit-Saint établit les Evéques ; mais la mission, l'institution, qui assigne au Pasteur son troupeau et au troupeau son Pasteur, Jésus-Christ et l'EspritSaint les donnent par le ministère de Pierre et de ses successeurs.

Qu'elle est divine et sacrée, cette autorité des Clefs, qui, descendant du ciel dans le Pontife Romain, dérive de lui par les Prélats des Eglises sur toute la société chrétienne qu'elle doit régir et sanctifier ! Le mode de sa transmission par le Siège Apostolique a pu varier selon les siècles ; mais tout pouvoir n'en émanait pas moins de la Chaire de Pierre. Au commencement, il y eut trois Chaires : Rome, Alexandrie et' Antioche ; toutes trois, sources de l'institution canonique pour les Evêques ;de leur ressort; mais toutes trois regardées comme autant de- Chaires de

I. Epist. XXX. — 2. Episi. H.

38S Le Temps de la Septuagésime.

Pierre, fondées par lui pour présider, comme l'enseignent saint Léon i, saint Gélase - et saint Grégoire le Grand s. Mais, entre ces trois Chaires, le Pontife qui siégeait sur la première ne recevait que du Ciel son institution, tandis que les deux autres Patriarches n'exerçaient leurs droits qu'après avoir été reconnus et confirmés par celui qui occupait à Rome la place de Pierre. Plus tard, on voulut adjoindre deux nouveaux Sièges aux trois premiers : mais Constantinople et Jérusalem n'arrivèrent à un tel honneur qu'avec l'agrément du Pontife Romain. Puis, atin que les hommes ne fussent pas tentés de confondre les distinctions accidentelles dont avaient été décorées ces diverses Eglises, avec la divine prérogative de l'Eglise de Rome, Dieu permit que les Sièges d'Alexandrie, d'Antioche, de Constantino'ple et de Jérusalem fussent souillés par l'hérésie ; et que , devenues autant de Chaires d'erreur, elles cessassent de transmettre la mission légitime, à partir du moment où elles avaient altéré la foi que Rome leur avait transmise avec la vie. Nos pères les ont vues tomber successivement, ces colonnes antiques que la main paternelle de Pierre avait élevées ; mais leur ruine lamentable n'atteste que plus haut combien est solide l'éditice que la main du Christ a bâti sur Pierre. Le mystère de l'unité s'est alors révélé avec plus d'éclat ; et Rome, retirant à elle les faveurs qu'elle avait versées sur des Eglises qui ont trajii cette Mère comI. Epist. civ ad Anatolium. — 2. Concil. Romanura. Labb t. IV. — 3. Epist. ad Eulogium.

La Chaire de Saint Pierre à Antioche. 3Sg

mune, n'en a paru qu'avec plus d'évidence le principe unique du pouvoir pastoral.

C'est donc à nous, prêtres et fidèles, à nous enquérir de la source où nos pasteurs ont pusé leur pouvoir, de la main qui leur a transmis les Clefs. Leur mission émane-t-elle du Siège Apostolique ? S'il en est ainsi, ils viennent de la part de JésusChrist qui leur a confié, par Pierre, son autorité ; honorons-ies, soyons-leur soumis. S'ils se présentent sans être envoyés par le Pontife Romain, ne nous joignons point à eux ; car le Christ ne les connaît pas. Fussent-ils revêtus du caractère sacré que confère l'onction épiscopale, ils ne sont rien dans l'Ordre Pastoral; les brebis fidèles doivent s'éloigner d'eux.

C'est ainsi que le divin Fondateur de l'E- glise ne s'est pas contenté de lui assigner la visibilité comme caractère essentiel, afin qu'elle fût cette Cité bâtie sur la montagne ^ et qui frappe tous les regards ; il a voulu encore que le pouvoir céleste qu'exercent les Pasteurs dérivât d'une source visible, afin que chaque fidèle fût à même de \érifier les titres de ceux qui se présentent à lui pour réclamer son âme au nom du Christ. Le Seigneur ne devait pas moins faire pour nous, puisque d'autre part il exigera au dernier jour que nous ayons été membres de son Eglise, et que nous ayons vécu en rapport avec lui par le ministère des pasteurs légitimes. Honneur donc et soumission au christ en son Vicaire; honneur et soumis -

I. Matth. V, Id..

SfjO Le Temps de la Septnagésime.

sion au Mcaire du Christ dans les pasteurs qu'il envoie '

Nous rendrons aujourd'hui nos hommages au Prince des Apôtres, en récitant en son honneur 1" Hymne suivante, composée par saint Pierre Damien.

SEXATCS apostolici Princeps, et praco Domini : Pastor prime fidelium, Custodi gregem creditum.

Per pascua virentia. Nos verbi fruge recréa : Refectas oves praevius Caulis infer cœlestibus.

Supernae Claves januas Tibi. Petre. sunt traditae ; Tuisque patent legibus Terrena cum cœlestibus.

Tu Petram verae fidei. Ta basim aedificii Fundas. in qua catholica Fixa sureit Ècclesia.

Umbra tua, dum graderis, Fit medicina languidis : Textrinis usa vesuum

PRINCE du Sénat apostolique, éloquent messager du Seigneur, premier Pasteur des fidèles . gardez le troupeau qui vous fut confié.

Dans vos verdoyants pâturages . nourrissez-nous du précieux aliment de la parole : introduisez vos brebis fortunées dans le parc céleste où vous les avez précédées.

A vous, ô Pierre, ont été données les Clefs de la porte des cieux : les choses de la terre et celles même du ciel sont soumises à vos lois.

Vous décidez par votre choix où sera la Pierre de la vraie foi. la base de l'édifice entier, sur laquelle s'élèvera inébranlable l'Eglise catholiqueQuand vous marchez, votre ombre guérit les malades : Tabithe.'qui tissait les vêtements du pauvre, échappe

La Chaire de Saint Pierre à Antioche. Jqi

par vous aux mort.

liens de la

On vous charge d'une double chaîne ; mais la main d un Ange vient la briser ; par son ordre vous reprenez votre habit et votre chaussure : les portes de la prison s'ouvrent d'elles-mêmes.

Louange au Père qui n'est pas engendré ; honneur au Fils unique qui gloire suprême égal à tous deux. Amen.

sort de lui : à l'Esprit

Sprevit Tabitha feretrum.

Catena vinctum gemina Virtus solvit angelica Veste sumpta cum caligis, Patescunt fores carceris

Sit Patri laus ingenito, Sit decus Unigenito, Sit utriusque parili Majestas summa Flamini.

Amen.

GLOIRE à vous, 6 Prince des Apôtres, sur votre Chaire d'Antioche, du haut de laquelle vous avez présidé aux destinées de l'Eglise universelle ! Qu'elles sont magnifiques, les stations de votre Apostolat ! Jérusalem, Antioche, Alexandrie par Marc votre disciple, Rome enfin par vous-même : voilà les cités que vous honorez de votre Chaire auguste. Après Rome, aucune ville ne vous posséda aussi longtemps que celle d'Antioche; il est donc juste que nous rendions honneur à cette Eglise, qui fut un moment, par vous, la mère et la maîtresse des autres. Hélas! aujourd'hui elle a perdu sa beauté^ la foi a dépéri dans son sein, et le joug du Sarrasin s'est appesanti sur elle. Sauvez-la, ô Pierre, régissez-la encore ; soumettez-la à la Chaire Romaine sur laquelle vous êtes assis, non pour un nombre limité d'années, mais jusqu'à la consommation des siècles. Immuable rocher de l'Eglise, les tempêtes sont déchai3g 2 Le Temps de la Septuagésime.

nées contre vous, et nos yeux ont vu plus d'une fois la Chaire immortelle transportée momentanément loin de Rome. Nous nous souvenions alors de la belle parole de saint Ambroise : Où est Pierre, là est VEglise, et nos cœurs n'étaient pas troublés; car nous savons que c'est par l'inspiration divine que Pierre a choisi Rome pour le sol où reposera sa Chaire à îamais. Nulle volonté humaine ne pourrait séparer ce que Dieu a uni ; l'Evêque de Rome sera toujours le Vicaire de JésusChrist, et le Vicaire de Jésus-Christ, si loin que l'exilât la violence sacrilège des persécuteurs, sera toujours l'Evêque de Rome. Calmez les tempêtes, 6 Pierre, afin que les faibles ne soient pas ébranlés ; obtenez du Seigneur que la résidence de votre successeur ne soit jamais interrompue dans cette ville que vous avez choisie et élevée à tant d'honneurs. Si les habitants de cette cité reine ont mérité d'être châtiés pour avoir oublié ce qu'ils vous doivent, épargnez-les en faveur de l'univers catholique, et faites que leur foi, comme aux jours où Paul votre frère leur adressait sa sublime Epître, redevienne célèbre dayis le monde entier i.

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AUSTÈRE réformateur des moeurs chrétiennes au xr siècle, le précurseur du saint pontife Grégoire VII, Pierre Damien en un mot, paraît aujourd'hui sur le Cycle. A lui revient une partie de la gloire de'cette magnifique régénération qui s'accomplit en ces jours où le jugement dut commencer par la maison de Dieu 1 Dressé à la lutte contre les vices sous une sévère institution monastique, Pierre s'opposa comme une digue au torrent des désordres de son temps, et contribua puissamment à préparer, par l'extirpation des abus, deux siècles de foi ardente qui rachetèrent les hontes du x« siècle. L'Eglise a reconnu tant de science, de zèle et de noblesse, dans les écrits du saint Cardinal, que, par un jugement solennel, elle l'a placé au rang de ses Docteurs. Apôtre de la pénitence, Pierre Damien nous appelle à la conversion, dans les jours où nous sommes ; écoutons-le et montrons-nous dociles à sa voix.

Nous lirons d'abord le récit de ses actions

3g4 Le Temps de la Septuagésime.

dans les Leçons de TOffice que l'Eglise lui a consacré.

PETRUS, ^avennae honestis parentibus natus, adhuc lactens a maire numerosas prolis pertsesa abjicitur. sed domesticae mulieris opéra semivivus exceptus ac recreatus. genitrici ad humanitatis sensum revocatae redditur. Utroque orbatusparente.tamquam vile mancipium sub aspera fratris tutela duram servitutem exercuit. Reîigionis in Deum ac pieîatis erga patrem egregium tune spécimen dedit ; inventum siquidem forte nummum non proprice inedise sublevandae. sed sacerdoti. qui divinum Sacrificium ad illius expiationem oflFerret, erogavit. ADamiano fratre, a quo, uti fertur, cognomentum accepit . bénigne receptus , ejus cura litteris eruditur in quibus brevi tantum prcfecit, ut magistris admirationi esset. Quum aulem liberalibus scientiis floreret et nomine. eas cum laude docuit. Intérim ut corpus rationi subderet. sub moUibus yestibus cilicium adhiûuit, jejuniis, vigiliis, et orationibus solerter insi- ,

PIERRE, né à Ravenne, de parents aisés, étant encore à la mamelle, fut rejeté par sa mère qui était mécontente d'avoir un grand nombre d"enfants. Il fut recueilli demi-mort et soigné par une personne de la maison, qui le rendit à la mère, après l'avoir rappelée aux sentiments de rhumanité. Ayan; perdu ses parents, il se vit réduit à une dure ser\ntude, sous la tutelle d'un de ses frères qui le traita comme un vil esclave. Ce fut alors qu'il donna un rare exemple de religion envers Dieu, et de piété filiale. Ayant trouvé par hasard une pièce de monnaie, au lieu de l'employer à soulager sa propre indigence, il la porta à un prêtre, lui demandant d'offrir le divin Sacrifice pour le repos de l'âme de son père. Un autre de ses frères nommé Damien, dont on dit qu'il a tiré son nom. l'accueillit avec bonté , et l'instruisit dans les lettres. Pierre y fit de si rapides progrès, qu'il devint l'objet de l'admiration des maîtres eux-mêmes. Son habileté et sa réputation dans les sciences libérales l'ayant fait connaître, il les enseigna luimême avec honneur. Dans cette nouvelle situation, afin

s. Pierre Damien. Cardinal et Doct. 3^/:

de soumettre les raison, il portait

sens à la un cilice sous des habits recherchés, se livrant avec ardeur aux jeiines, aux veilles et aux oraisons. Etant dans l'ardeur de la jeunesse, et se sentant vivement pressé des aiguillons de la chair, il allait nuit éteindre ces flammes rebelles dans les eaux glacées d'un fleuve ; puis il se mettait en marche pour visiter les sanctuaires en vénération, et récitait le Psautier tout entier. Il soulageait les pau vres avec un zèle assidu, et les servait de ses propre mains dans des repas qu'il leur donnait fréquemment.

stens. Calente juventa, dura carnis stimulis acriter urgeretur. insultantium libidinum faces rigentibus fluvii mersus aquis noctuexstinguebat; tum venerabilia quasque îoca obire , totumque Psalterium recitare consueverat. Ope assidua pauperes levabat, quibus fréquenter pastis convivio, propriis ipse manibus ministrabat.

DESIRANT mener une vie plus parfaite, il entra dans le monastère d'Avellane, au diocèse de Gubbio, de rOrdre des moines de Sainte-Croix de Fontavellane, fondé par le bienheureux Ludolphe. disciple de saint Romuald. Peu après, envoyé par son Abbé à l'Abbaye de Pomposia. puis à celle «de Saint-Vincent de Petra-Pertusa, il édifia ces deux monastères par ses prédications saintes, par son enseignement distingué et par sa manière de vivre. A la mort de son Abbé, la communauté d'Avellane le rappela pour le metire à sa tête ; et il développa d'une manière si remarquable cette famille monastique par les nouvelles maisons qu'il créa, et par les

PERKiciEND.t; magis vitae causa, in Avellanensi Eugubinse dicecesis cœnobio , Ordini monachorum San c tas Crucis Fontis Avellana?. a beato Ludolpho sancti Romualdi discipulo fundato, nomen dédit. Non ita multo post in monasterium Pomposianum , mox in cœnobium Sancti Vincentii Petras Pertusse ab Abbate suo missus. utrumqu'e asceterium verbe sacro , praeclaris institutionibus et moribus excoluit. Ad suos revocatus, post pry'sidis obitum Avellanitarum familije prasficitur, quam noyis variis in locis exstructis domiciliis.etsanctissimis institutis ita auxit, ut aller ejus Ordinis Parens. ac prœcipuum ornamentum ]ure sit habitus. Salntarem Pétri sollicitudinem alla quoque divers! instituti cœnobia. canonicorum conventus, et populi sunt experti. Urbinati diœ- cesi non unonomine profuit : Theuzoni episcopo in causa gravissima assedit. ipsumque in recte administrando episcopatu consilio et opéra juvit. Divinorum contemplatione. corporis macerationibas.CiSterisque spectatae san;timoniae exemplis excelluit. His motus Stephanus Xonus. Pontifex Maximus. eum licet invitum et reluctantem sanctae Romanœ Ecclesiae Cardinalem creavit. et Ostiensem Episcopum. Quas Petrus dignitates splendidissimis virtutibus. et consentaneis episcopali ministerio operibus gessit.

DiFFiciLLiMO tempore Romanas Ecclesiae , Summisque Pontificibus doctrina , legationibus aliisque susceptis laboribus mirifice adfuit. Adversus Xicolaitarum- et Simoniacam haereses ad mortem usque strenue

saintes institutions qu il lui donna, qu'on le regarde avec raison comme le second père de cet Ordre et son principal ornement. Plusieurs monastères d'institut différent, des chapitres de chanoines, des populations entières , éprouvèrent les salutaires effets du zèle de Pierre Damien. Il rendit de nombreux ser^'ices au diocèse d'Urbin ; il secourut l'évêque Theuzon dans une cause importante, et l'aida par ses conseils et par ses travaux dans la bonne administration de son évêché. La contemplation des choses divines, les macérations du corps et les autres traits d'une sainteté consommée élevèrent à un si haut point sa réputation, que le pape Etienne IX. malgré la résistance du saint, le créa Cardinal de la sainte Eglise Romaine et Evéque d'Ostie Pierre éclata dans ces hautes dignités par des vertus et des œuvres en rapport avec la sainteté du ministère épiscopal.

Dar sa doctrine, ses léga• lions et toute sorte de travaux, il fut d'un secours merveilleux à l'Eglise Romaine et aux Souverains Pontifes, dans des temps très difficiles. Il combattit jusqu'à la mort avec un zèle intrépide l'hérésie Simonia5. Pierre Damien, Cardinal et Doct. Sc^j

que et celle des Nicolaïtes. Apres avoir purgé de ce double fléau l'Eglise de Milan, il la réconcilia avec Ijcglise Romaine. Il s'opposa courageusement aux antipapes Benoit et Cadaloûs. II retint Henri IV. roi de Germanie, qui était sur le point de divorcer injustement avec son épouse. La ville de Ravenne fut ramenée par lui à l'obéissance au Pontife Romain, et rétablie dans la jouissance des choses saintes. Il mit la réforme chez les chanoines de Vellétri. Dans la province d'Urbin. presque toutes les Eglises épiscopales éprouvèrent ses services ; celle de Gubbio . qu'il administra pendant quelque temps, fut par lui soulagée d'un grand nombre de maux ; quant aux autres, il les soigna toujours autant qu'il lui fut possible, comme si elles eussent été corihées à sa garde. S'étant démis du cardinalat et de la dignité épiscopale . il ne relâcha rien de son empressement à soulager le prochain. Il fut le propagateur du jeune du Vendredi . en l'honneur du mvstere de la Croix de Jésus-Christ, et du petit Office de la Mère de Dieu, ainsi que de son culte le jour du Samedi. II étendit par son zèle lusage de la discipline volontaire, pour l'expiation des pèches qu'on a

decertavit. Hujusmodi depulsis malis. Mediolanensem Ecclesias Romande conciliavii. Benedicto . et Cadaîoo , falsis Pontiticibus. f-.rtiter restitit. Henricum Quartum Germanise regem ab iniquo uxoris divortio deterruit : Ravennates ad débita Romano Pontifici obsequia revocatos sacris restituit. Canonicos Veliternos ad sanctioris vitJe leges composuit. In provincia praesertim Urbinate vix ulla fuit episcopalis Ecclesia , de qua Petrus non sit bene meritus : Eugubinam, quam aliquando creditam habuit. multis levavit incommodis : alias alibi, quando oportuit. perinde curavit. ac si suje essent tutelae commissae. Cardinalatu et episcopali dignitate depositis . nihil de pristina juvandi proximos sedulitate remisit. Jejunium sexta? Feriœ in honorem sanctas Crucis Jesu Christi. horarias beatœ Dei Genitricis preces, ejusque die Sabbato cultum propagavit. Inferendae quoque sibi verberationis morem ad patratorum scelerum expiationem provexit. Demum sanctitate, doctrina, miraculis.

3g 8 Le Temps de la Septiiagésime.

et praeclare actis illustris, dum e Ravennate legatione rediret. Faventice octavo calendas martii migravit ad Ckristum. Ejus corpus ibidem aoud Cistercienses multis miraculis clarum frequenti populorum veneratione colitur. Ipsum Faventini non semel in praesenti discrimine propitium esperti, patronum apud Deum delegerunt : Léo vero Duodecimus, Pontifex Maximus. Officium Missamque in ejus honorem tamquam Confessoris Pontificis, quae aliquibus in, diœcesibus, atque in Ordine Camaldulensium jam celebrabantur. ex Sacrorum Rituum Congregationis consulto, addita Doctoris qualitate, ad universam extendit Ecclesiam.

commis. Enfin, après une vie tout éclatante de sainteté, de doctrine, de miracles et de grandes actions , lorsqu'il revenait de la légation de Ravenne, son âme s'envola vers le Christ, à Faënza, le huit des calendes de mars. Son corps, gardé dans cette ville chez les Cisterciens, est honoré d'un grand nombre de miracles, du concours et de la vénération des peuples. Plus d'une fois les habitants de Faënza ont éprouvé son secours dans les calamités ; et pour ce motif, leur ville l'a choisi pour patron auprès de Dieu. Son Office et sa Messe, qui se célébraient déjà comme d'un Confesseur Pontife dans p-lusieurs diocèses et dans l'Ordre des Camaldules, ont été étendus à l'Eglise universelle, de l'avis de la Congrégation des Rites Sacrés, par le pape Léon XU, qui a ajouté la qualité de Docteur.

LE zèle de la maison du Seigneur consumait votre âme, ô Pierre ! C'est pourquoi vous fûtes donné à l'Eglise dans un temps où la malice des hommes lui avait fait perdre une partie de sa beauté. Rempli de l'esprit d'Elie, vous osâtes entreprendre de réveiller les serviteurs du Père de famille qui, durant leur fatal sommeil, avaient laissé l'ivraie prévaloir dans le champ. Des jours meilleurs se levèrent pour l'Epouse du Christ ; la vertu

s. Pierre Damien, Cardinal et Doct. 3g g

des promesses divines qui sont en elle se manifesta; mais vous, flmz de V Epoux i, vous avez la gloire d'avoir puissamment contribué à rendre à la maison de Dieu son antique éclat. Des influences séculières avaient asservi le Sanctuaire; les princes de la terre s'étaient dit : Possédons-le comme notre héritage 2 ; et l'Eglise, qui surtout doit être libre, n'était plus qu'une vile servante aux ordres du maître du monde. Dans cette crise lamentable, les vices auxquels la faiblesse humaine est si facilement entraînée avaient souillé le temple ; mais le Seigneur se souvint de celle à laquelle il s'est donné. Pour relever tant de ruines, il daigna employer des bras mortels ; et vous fûtes choisi des premiers, 6 Pierre, pour aider le Christ dans l'extirpation de tant de maux. En attendant le jour où le sublime Grégoire devait prendre les Clefs dans ses mains fortes et fidèles, vos exemples et vos fatigues lui préparaient la voie. Maintenant que vous êtes arrivé au terme de vos travaux, veillez sur l'Eglise de Dieu avec ce zèle que le Seigneur a couronné en vous. Du haut du ciel, communiquez aux Pasteurs cette vigueur apostolique sans laquelle le mal necède pas. Maintenez pures les mœurs sacerdotales qui sont le sel de la terre ^. Fortifiez dans les brebis le respect, la fidélité et l'obéissance envers ceux qui les conduisent dans les pâturages du salut. Vous qui fûtes non seulement l'apôtre, mais l'exemple de la pénitence chré40 0 Le Temps de la Septiiagésime.

tienne, au milieu d'un siècle corrompu, obtenez que nous soyons empressés à racheter, par les oeuvres satisfactoires, nos péchés et les peines qu'ils ont méritées. Ranimez dans nos âmes le souvenir des souffrances de notre Rédempteur, afin que nous trouvions dans sa douloureuse Passion une source continuelle de repentir et d'espérance. Accroissez encore notre confiance en Marie, refuge des pécheurs, et donnez-nous part à la tendresse filiale dont vous vous montrâtes animé pour elle, au zèle avec lequel vous avez publié ses grandeurs.

Dans les années bissextiles, la fête de saint Mathias descend au 2 5 février

s' Apôtre de Jésus-Christ, saint Mathias, vient compléter par sa présence le chœur des Bienheureux que l'Eglise nous invite à honorer en cette saison li'turgique. Mathias s'attacha de bonne heure à la suite du Sauveur, et fut témoin de toutes ses œuvres jusqu'à l'Ascension, Il était du nombre des Disciples; mais le Christ ne l'avait point établi au rang de ses Apôtres. Cependant il était appelé à cette gloire ; car c'était lui que David avait en vue, lorsqu'il prophétisa qu';/;î antre recevrait l Episcopat laissé vacant par la prévarication du traître Judas 1. Dans l'intervalle qui s'écoula entre l'Ascension de Jésus et la descente de l'Esprit-Saint, leCollège Apostolique dut songer à se compléter, arin'que le nombre duodénâiro îixé par le Christ se trouvât rempli, au jour où l'Eglise enivrée de l'Esprit-Saint se déclarerait en face de la Synagogue. Le nouvel Apôtre eut part à toutes les tribulations de ses frères dans Jérusalem,

Psalm. cvili.

40 2 Le Temps de la Septuagésime.

et, quand le moment de la dispersion des envoyés du Christ fut arrivé, il se dirigea vers 'lesprovinces qui lui avaient été données à évangéliser. D'anciennes traditions portent que la Cappadoce et les côtes de la mer Caspienne lui échurent en partage.

Les actions de saint Mathias, ses travaux et ses épreuves sont demeurés inconnus : et c'est pour cette raison que la Liturgie ne donne point, comme pour les autres Apôtres, l'abrégé historique de sa vie dans les Offices divms. Quelques traits de la doctrine du saint Apôtre ont été conservés dans les écrits de Clément d'Alexandrie ; on y trouve une sentence que nous nous ferons un devoir de citer ici, parce qu'elle est en rapport avec les sentiments que l'Eglise veut nous inspirer en ce saint temps. « Il faut, disait saint « Mathias, combattre la chair et se servir « d'elle sans la flatter par de coupables satis« factions ; quant à l'àine, nous devons la « développer par la foi et par l'intelli« gence i. » En effet, l'équilibre ayant été rompu dans l'homme par le péché, et l'homme extérieur ayant toutes ses tendances en bas, nous ne pouvons rétablir en nous l'image de Dieu qu'en contraignant le corps à subir violemment le )oug de l'esprit. Blessé à sa manière par la faute originelle, l'esprit luimême est entraîné par une pente malheureuse vers les ténèbres. La foi seule l'en fait sortir en rhumiliant, et l'intelligence est la récompense de la foi. C'est en résumé toute la doctrine que l'Eglise s'attache à nous faire

I. Stromat. lib. III, c. iv.

Saint Mathias, Apôtt

comprendre et pratiquer dans ces jours. Gloritions le saint Apôtre qui vient nous éclairer et nous fortifier. Les mêmes traditions qui nous fournissent quelque lumière sur la carrière apostolique de saint Mathias, nous apprennent que ses travaux furent couronnes de la palme du martyre. Célébrons aujourd'hui son triomphe en empruntant quelques-unes des strophes par lesquelles l'Eglise grecque, dans les Menées, célèbre son apostolat.

BIENHEUREUX Mathias. Eden spirituel, tu as coulé de la fontaine divine, comme un fleuve inondant ; tu as arrosé la terre de tes mystiques ruisseaux, et lu l'as rendue féconde : prie donc le Seigneur d'accorder la paix à nos âmes et sa grande miséricorde.

Apôtre Mathias. tuas complété le divin collège après la chute de Judas ; la splendeur céleste de tes sages discours a dissipé les ténèbres de l'idolâtrie, par la vertu de lEsprit-Saint ; prie maintenant le Seigneur d'accorder la paix à nos âmes et sa grande miséricorde.

Celui qui est la vraie \'igne t'a soigné comme une branche féconde destinée à porter la grappe qui verse le

MATHIA béate. Eden spiritualis. fontibus divinis ut fluvius inundans scaturisti, et mysticis terram irrigasti rivulis, et illam fructiferam reddidisti ; ideo deprecare Dominum ut animabus nostris pacem concédât et magnam misericordiam.

Mathia Apostole. divinum replevisli coUegium ex quo Judas ceciderat, et divinis sapientum sermonum tuorum fulgoribus tenebras fugasti idololatrire, virtute Spiritus Sancti ; et nunc deprecare Dominum, ut mentibus nostris concédât pacem et magaam misericordiam.

Ut multifriigiferum palmitem te Vitis vera direxit, colentem uvam quae salutis vinum pro404 l-e Temps de la Septuagésime.

fundit ; illud bibentes qui detinebantur ignorantia. erroris temulentiam refecerunt.

Erroris axes, iniquitalis currus. Verbi Dei ipse currus factus, gloriose, in perpetuum contrivisti ; et idûlolatras. et columnas et templa radicitus divina virtute destruxisti. Trinitatis vero templa sedificasti clamantia : Populi, superexaltate Christum in saecula.

Ut spirituale Cœluro apparuisti, enarrans ^loriam unigeniti Filii Dei ineffabilem. Mathia venerabilis : fulgur Spiritus Sancti. piscator errantium, lumen divinœ claritatis. mysteriorum doctor ; ipsum in laetitia unanimi voce celebremus.

Amicum te dixit Salvator, suis obtemperantem mandatis. béate A- postole, et ipsius regni hasredem, et cum ipso sedentem in throno in futura terribili die. sapientissime Mathia, collegii duodenarii Aposto'orum complementum.

Crucis velamine instructus. vitae sasviens mare trajecisti, béate, et ad requiei portum pervenisti . et nunc laetus

vin du salut. Ceux que retenaient les liens de l'ignorance ont bu de ce vin, et ont rejeté l'ivresse de l'erreur.

Devenu le char du Verbe de Dieu, ô glorieux Mathias, tu as brisé à jamais les roues de l'erreur, les chars de l'iniquité ; par une vertu divine, tu as détruit de fond en comble les idolâtres, les colonnes et les temples ; mais tu as élevé à la Trinité des temples qui font entendre ce cri : Peuples, célébrez le Christ à jamais !

Vénérable Mathias ! tu as paru comme un ciel spirituel qui raconte la gloire ineffable du Fils de Dieu. Célébrons avec joie d"une voix unanime cet Apôtre, éclair de l'EspritSaint, pêcheur des âmes égarées, reflet de la divine clarté, docteur des mvstères.

Bienheureux Apôtre, le Sauveur t'a appelé son ami, parce que tu as obéi â ses préceptes ; tu es l'héritier de son royaume ; tu çeras assis avec lui sur un trône au jour terrible du jugement futur. ô très sage Mathias. toi qui complètes le collège duodénaire des Apôtres.

Muni de la Croix comme d'une voile, ô bienheureux, tu as traversé la mer agitée de la vie. et tu es arrivé au port tranquille ; maintenant, joSaint Mathias, Apôtre

40 y yeux ei mêlé au chœur des Apôtres, daigne te présenter au Juge -ublime, et implorer pour nous du Seigneur la miséricorde

Ta langue a paru comme une lampe éclatante de reflets dor, où brûle la flamme du Sami-Esprit . elle a consumé les dogmes étrangers, et elle a éteint le feu profane, ô sage Mathias. toi qui as lancé ta lumière sur ceux qui étaient assis dans les ténèbres de l'ignorance

cum Apostolorum choro judicum altissimo adstare digneris, Dominum pro nobis exorans misericordem.

Lampas aureo nitore fulgens. Spiritus Sancti ellychnio ardens, lingua tua apparuit. extranea comburens dogmata. extraneum exstinguens ignem, o sapiens Mathia. iucem fulgurans seden - tibus in tenebris ignorantisE.

■;lées aux \'iergcs , tidèles qui forment la cour de l'Epoux, les saintes Pénitentes brillent sur le Cycle d'un éclat immortel. En elles resplendit la miséricorde divine, dont elles sont la glorieuse conquête. Epurées par les saintes expiations, parées de leurs larmes et de leurs soupirs, elles ont conquis Tamour de celui qui est la sainteté même, et qui a daigné prendre leur défense contre le Pharisien. A leur tête parait Marie-Madeleine, à qui beaucoup a été pardonne^ parce qu'elle a beaucoup aimé , mais, entre les sœurs de cette amante de Jésus, deux surtout attirent les complaisances du Ciel : Marie FIgyptienne que le Cycle nous amènera bientôt, et Marguerite de Cortone qui vient dès aujourd'hui iious apprendre que, si le péché éloigne de Dieu, la pénitence peut non seulement déssarmer sa colère, mais former entre le Seigneur et l'âme pécheresse ce lien ineffable d'amour que l'Apôtre avait en vue, lorsqu'il a dit cette belle parole ; Où le péché avait abondé, la grâce a surabondé ^

Sainte Marguerite de Cortone, Pénitente. 40 j

Etudions les vertus de l'illustre Pénitente du xiii'siècle, dans les Leçons de l'Office que l'Eglise a consacré à sa mémoire.

MARGUERITE, appelée de Cortone du lieu de sa mort, naquit à Alviano en Toscane. Les plaisirs du monde séduisirent les premières années de sa jeunesse ; et on la vit s'abandonner aux vanités et aux désordres, dans la ville de Montepulciano. Mais ayant un jour découvert par hasard le cadavre de son amant assassiné par des ennemis, sous un tas de fagots qui recouvraient une fosse, et près duquel un chien l'avait conduite, tout d'un coup la main de Dieu se fit sentir à elle; et la pécheresse, saisie d'un regret profond pour ses fautes, résolut de rompre avec sa vie antérieure, et pleura amèrement. Elle revint donc à Alviano. et ayant coupé ses cheveux et renoncé à ses parures, elle se couvrit d'un vêtement de couleur obscure, et renonça pour jamais aux erreurs de sa vie et aux attraits du monde. On la vit prosternée par terre, la corde au cou, demander pardon dans les églises à tous ceux qu'elle avait scandalisés par sa conduite. Elle partit ensuite pour Cortone; et là. sous la cendre et le cilice, elle se mit en devoir d'apaiser la divine majesté qu elle avait offenM.iRGARlTA. a loco dormitionis Cortonensis appellata, Laviani in Tuscia ortum habuit. Primis adolescentiae suas annis mundi voluptatibus capta, in Montis Politiani civitate vanam et lubricam vitam duxit : sed cum amasium ab hostibus foede transfossum, indicio canis in fovea sub strue lignorum tumulatum fortuite reperisset. illico facta est manus Domini super eam. quœ magno culparum suarum mœrore tacta, exiit foras et flevit amare. Itaque Lavianum reversa, crine detonso, neglecto capite, puUaque veste contecta, erroribus suis mundique illecebris nuntium misit ; inque aedibus Deo sacris fune ad collum alligato, humi procumbens, ab omnibus quos antea moribus suis palam offenderat, veniam exoravit. Mox Cortonam profecta. in cinere et cilicio ab se la?sam Dei majestatem placare studuit : donec post triennale virtutum experimentum. a Fratribus Minoribus spiritualis

40 8 Le Temps de la Septuagésime.

vitae ducibus. Tertii Ordinis habitum impetravit. Uberes exinde \acrymae ei familiares fuerunt. atque ima suspiria tanta animi contritione ducîa, ut diu elinguis consisteret. Lectulus nuda humus, cervical lapis aut lignum porrexit : atque ita noctes insomnes in cœlestium meditatione trahere consuevit, nullutn amplius pravum desiderium perpessa,

dum bonus spiritus promptior infirmam carnem ad subeundos labores erigebat.

ADiMONE insidiis. funestisque conatibus lacessita, mulier fortis hostem. ex verbis detectum. semel atque iterum invicta repulit. Ad eludendum vanœ glorias lenocinium. quo a raaio spiritu petebatur, prœ- teritos mores sucs per vicos et plateas alta voce accusare non destitit. omni supplicio se ream inclamans ; nec, nisi a confessario deterrita. in speciosam faciem olim impuri amoris causam sïvire abstinuit, aegre

see : jusqu a ce que, après trois ans d'exercice dans toutes les vertus, elle obtint l'habit du Tiers-Ordre des Frères Mineurs, sous la conduite desquels elle s'était placée. Les larmes du repentir lui devinrent familières, et la contrition de son âme s'épanchait en des sanglots si violents, qu'elle en était souvent comme suflfoquée. Sa couche était la terre nue, son oreiller une pierre ou un morceau de bois. Ses nuits se passaient dans la méditation des choses célestes ; l'ardeur (^e l'esprit qui en elle contraignait la chair, malgré sa faiblesse, à subir de si grands travaux, lui procura l'avantage de ne jamais plus éprouver un mauvais désir.

LE démon fit jouer contre . elle ses embûches, et lui livra de perfides assauts ; mais cette femme forte sut découvrir l'ennemi à son langage, et. toujours invincible, elle repoussa ses séductions à diverses reprises. Pour se prémunir contre le poison flatteur de la vaine gloire, que le malin esprit cherchait à glisser en elle, on l'entendit constamment accuser sa vie passée par les rues et les places publiques, déclarant à haute voix qu'elle était digne de tous les supplices. La défense de son confesseur put

Sainte Marguerite de Cortone, Pénitente. 40 g

seule la détourner du projet qu'elle avait conçu d'altérer les traits de son visage, qui avait pu autrefois exciter une passion impure ; et c'était pour elle un regret de savoir que ses longues macérations n'avaient point anéanti sa beauté. De si nombreuses marques d'une rigoureuse pénitence épurèrent son âme de toutes les taches du péché ; et devenue maîtresse d'ellemême jusqu'à affranchir tous ses sens des moindres attraits de ce monde, elle devint digne de jouir souvent de la compagnie du Seigneur. La grâce qu'elle avait désirée ardemment, de participer aux douleurs du Christ et de la Vierge-Mère, lui fut accordée : on la vit quelquefois, dans ces moments d'extase, privée de tout sentiment, comme si la vie l'eût abandonnée. On venait souvent à elle des contrées les plus éloignées, comme à une maîtresse de perfection. Dans la lumière céleste dont elle était inondée, elle découvrait les secrets des cœurs et les consciences des hommes ; elle apercevait, avec une vive douleur et beaucoup de larmes, des péchés dont Dieu était offensé dans les lieux éloignés d'elle. Enflammée d'amour pour Dieu et pour le prochain, elle opéra un fruit immense dans les âmes. Des

ferens suam formam longa carnis macération;: non aboleri. Quibus aliisque magnje pœnitentiœ argumentis, suorum criminum labe expiata. atque ita de se triumphatrix, ut sensus plane omnes a raundi illecebris custodiret, dig^na facta est quse saepe Domini consuetudine frueretur. Ejusdem quoque Christi et Virginis Matris dolorum, quod ipsa ardenter expetierat, particeps facta, cunctis sensibus destituta, et vere mortua interdum visa est. Ad eam proinde veluti ad perfectionis magistram. ex dissitis etiam regionibus plurimi conveniebant : ipsa vero cœ- lesti, quo erat perfusa, lumine. cordium sécréta, conscientias hominum. imo et peccata in remotis licet partibus Deum ofFendentium cum dolore et lacrymis detegens, summaque in Deum et proximum caritate fervens. ingentem animarum fructum operata est. iEgris ad se venientibus salutem. obsessis a daemone liberationem impetravit. Puerum defunctum, lugente matre. ad vitam reduxit. Imminentes bellorum tumultus

4i 0 Le Temps de la Septuagésime.

assiduis orationibus sedavit. Denique summae pietatis operibus vivos et mortuos sibi demeruit.

malades vinrent lui demander la santé, des possédés leur délivrance; elle obtint l'une et l'autre. Une mère en pleurs lui apporta son enfant mort ; elle le rendit à la vie. Ses prières continuelles eurent la vertu d'arrêter des guerres déclarées. Enfin, sa grande charité s'étendit sur les vivants et sur les morts.

TOT sanctis operibus occupata. de rigore. quo assidue corpus suum exercebat. nihil remisit, neque a studio cœlestia meditandi seavelli passa est. in utroque vit» génère plane admiranda. utram^ue sororem. Magdalenam et Martham referens. Tandem pro se Dominum orans, ut ex hac valle lacrymarum sursum in cœlestem patriam evocaretur, exaudita est oratio ejus. die atque hora dormitionis ei patefactis. Meritis itaque et laboribus plena, ac cœlestibus donis cumulata, cœpit corporis viribus destitui. perque dies decem et septem nulle cibo. sed divinis lanlum colloquiis refecta est : tum sanctissimis Ecclesiae sacramentisrite susceptis, vultu hilari, atque oculis in cœluin conversis. octavo calendas martias, anno aetatis quinquagesimo, suae conversionis vigesimo terAu milieu de tant d'actions saintes, elle ne relâcha rien de la rigueur avec laquelle elle avait coutume de traiter son corps. Rien ne put la distraire de la contemplation des choses célestes : et elle parut admirable dans les deux vies, reproduisant parfaitement en elle les deux sœurs. Madeleine et Marthe. Ayant enfin demandé au Seigneur de la faire passer de cette vallée de larmes dans la patrie céleste, sa prière fut exaucée : et Dieu lui fit connaître le jour et l'heure de sa mort. Pleine de mérites et de travaux, comblée des dons du ciel, elle sentit les forces de son corps l'abandonner ; et* pendant dix-sept jours elle vécut sans autre aliment que ses entretiens avec Dieu. Apres avoir reçu les très saints Sacrements de l'Eglise, la joie étant peinte sur son visage et ses 3-eux levés au ciel, elle partit avec bonheur pour rejoindre l'Epoux, le huit des calendes de mars, en la cinquantième année de son âge.

Sainte Marguerite de Cortone, Pénitente. 411

et la vingt-troisième de sa conversion, 1 an du salut mil deux cent quatre-vingt-dixsept. Son corps, conservé jusqu'à ce jour sans corruption, entier, souple, et répandant une odeur délicieuse, est l'objet d'une grande dévotion , dans l'Eglise des Frères Mineurs, qui a pris le nom de sainte Marguerite. Léclat des miracles a constamment environné ce saint corps • ce qui a porté les Pontifes Romains à encourager le culte de Marguerite par beaucoup de faveurs. Enfin. Benoit XIII a célébré avec pompe sa solennelle Canonisation , le jour de la Pentecôte, seize mai de l'an mil sept cent vingt-huit.

tio. humanae vero salutis millésime ducentesimo nonagesimo septimo, felix migravit ad Sponsum. Corpus in hanc usque diem vegetum. incorruptum, illaesum et suaviter olens, summa refigione colitur in Ecclesia Fratrum Minorum. quse jam ab eadem Margarita appellatur. Miraculis continuo floruit ; quibus permoti Romani Pontifices. ad augendum ejus cultum plurima liberaliter indulserunt. Benedictus vero Decimus terlius, in festo Pentecostes, die sexta décima maii anni millesimi septingentesimi vigesimi octavi . solemnem ejus Canonizationem religiosissime celebravit.

LA joie du ciel fut grande, ô Marguerite, le lour où votre cœur, dépris de ses coupables illusions, se convertit a Dieu . mais l'allégresse des Anges fut plus vive encore le jour où, quittant ce corps mortel dont votre pénitence avait fait un sacrifice continuel, vous allâtes jouir des embrassements de l'Epoux. Monument éternel de ses miséricordes, nous vous saluons, le cœur rempli d'espérance ; car nous aussi, nous sommes pécheurs, et nous voudrions comme vous éviter la justice que nous avons méritée, et obtenir le pardon que le Seigneur, dans sa bonté, a daigné vous accorder. Priez pour

412 Le Temps de la Septuagésiyne.

nous, 6 Marguerite ! nous sommes vos frères dans la fragilité, dans les égarements; obtenez que nous le soyons aussi dans la pénitence. Pour vous ' détacher des vains attraits du siècle. Dieu permit que le spectacle de la mort se révélât à vos yeux dans toute son horreur. Si des circonstances spéciales rendirent la vue du cadavre qui s'offrait à vos regards particulièrement éloquente pour vous, et vous firent mieux sentir encore le danger que l'âme encourt en bravant la justice" divine : comment se fait-il que nous demeurions insensibles aux coups que la mort ne cesse de frapper autour de nous, et qui nous révèlent à toute heure l'incertitude de la vie, et l'approche pour nous du lugement qui décidera de notre sort éternel ? Rompez notre assoupissement, 6 sainte amante de notre Sauveur ! L'Eglise, en ces )ours, marque nos fronts de la cendre expiatrice , elle nous rappelle que nous ne sommes que poussière, et que bientôt nous rentrerons dans la poussière. Que cet avertissement serve à nous détacher du monde et de nousmêmes ; qu'il incline notre cœur vers la pénitence, port assuré après tant de naufrages ; qu'il produise en nous le désir de rétablir pleinement nos relations avec un Dieu si tendre à l'égard de la pauvre âme qui, après l'avoir trahi, vient se jeter dans ses bras, et lui demande la grâce de l'aimer. Votre exemple, 6 Marguerite, nous apprend que nous pouvons tout espérer. Obteneznous une place à vos pieds, et daignez étendre à nous cette charité maternelle qui consuma votre cœur sur la terre.

<^i> OA CiA f^ijk ftLA f-iA r:iA f:i> r>ji <^ <^ r>>>.

'est du sein même d'une cour mondaine que l'exemple des plus héroïques vertus nous est offert aujourd'hui. Casimir est prince de sang royal ; toutes les séductions de la jeunesse et du luxe l'environnent ; cependant, il triomphe des pièges du monde avec la même aisance que îe ferait un Ange exilé sur la terre. Profitons d'un tel spectacle ; et si, dans une condition bien inférieure à celle où la divine Providence avait placé ce jeune prince, nous avons sacrifié à l'idole du siècle, brisons ce que nous avons adoré, et rentrons au service du Maître souverain qui seul a droit à nos hommages. Une vertu sublime dans les conditions inférieures de la société, nous semble quelquefois trouver son explication dans l'absence des tentations, dans le besoin de chercher au ciel un appui contre une fortune inexorable: comme si, dans tous les états, l'homme ne portait pas en lui des instincts qui, s'ils ne sont combattus, l'entraînent à la dépravation. En Casimir, la force chrétienne paraît avec une énergie qui montre que sa source n'est pas sur la terre, mais en Dieu. C'est là qu'il faut aller puiser, dans ce temps de régénération. Un jour, Casimir préféra la mort au péché. Fit-il autre chose, dans cette

414 Le Temp.f de la Septuagésime.

circonstance, que ce qui est exigé du chrétien, à toute heure de sa vie ? Mais tel est l'attrait aveugle du présent, que sans cesse on voit les hommes se livrer au péché qui est la mort de l'àme, non pas même pour sauver cette vie périssable, mais pour la plus légère satisfaction, quelquefois contre l'intérêt même de ce m.onde auquel ils sacritient tout le reste. Tel est l'aveuglement que la dégradation originelle a produit en nous. Les exemples des saints nous sont otFerts comme un tîambeau qui doit nous éclairer : usons de cette salutaire lumière et comptons, pour nous relever, sur les mérites et l'intercession de ces amis de Dieu qui, du haut du ciel, considèrent notre dangereux état avec une si tendre compassion.

Lisons maintenant dans le livre de la sainte Eglise le récit succinct des vertus du jeune prince.

CA6IMIRUS. pâtre Casimiro. matre Elisabetha Austriaca. Poloniae regibus ortus. a pueriîia sub optimis magistris pietate et bonis artibus instructus. juvéniles artus aspero domabat cilicio, et assiduis extenuabat jejuniis. Regii spreta lecti moUitie. dura cubabat humo. et clam intempesta nocte , prse foribus templorum pronus in terra divinam exorabat clementiam. In Christi contemplanda

CASI.MIR. fils de Casimir, roi de Pologne, et d'Elisabeth d'Autriche, fut élevé dans la piété et les belleslettres par d'excellents maîtres. Dès sa jeunesse , il domptait sa chair par un rude cilice et par des jeûnes fréquents. Dédaignant la mollesse d'un lit somptueux. il couchait sur la terre nue. et s'en allait secrètement au milieu de la nuit implorer, prosterné contre terre , la divine miséricorde . devant les portes des églises. La Passion de Jésus-Christ était

SaiJit Ccisimir, Confesseur.

4r^

l'objet continuel de sa méditation, et il assistait à la sainte Messe avec un esprit tellement uni à Dieu, qu'il semblait ravi hors de luimême.

IL s'appliqua avec un grand zèle à l'augmentation de la foi catholique et à l'extinction du schisme des Ruthènes : c'est pourquoi il porta le roi Casimir son père à défendre par une loi aux schismatiques de bâtir de nouvelles églises, et de réparer les anciennes qui tombaient en ruine. Libéral et miséricordieux envers les pauvres et tous ceux qui souffraient quelque misère, il s'acquit le nom de père et de défenseur des indigents. Ayant conservé intacte la virginité depuis son enfance, il la défendit courageusemetit sur la fin de sa vie, lorsque, pressé par une grande maladie, il résolut fermement de mourir plutôt que de rien faire contre la chasteté, en acceptant les conseils des médecins.

AYANT ainsi consommé sa course en peu de temps, plein dfc vertus et de mérites, après avoir prédit le jour de sa mort, il rendit son âme à Dieu, entouré de prêtres et de religieux, en la vingtcinquième année de son âge.

Passione assiduus, Missarum solemniis adeo erecta in Deum mente solebat adesse, ut extra se rapi videretur.

CATHOLICAM promovere fidem summopere studuit, et Ruthenorum schisma abolere : quapropter Casimirum patrem induxit, ut legem ferret . ne schismatici nova templa construerent . nec vetera coUabentia restaurarent. Erga pauperes et calamitatibus oppressos beneficus et misericors, Patris et Defensoris egenorum nomen obtinuit. Virginitatem, quam ab incunabulis servavit illaesam, sub extremo vitîe termino fortiter asseruit , dum gravi pressus infirmitate , mori potius , quam castitatis jacturam ex medicorum consilio subîre, constanter decrevît.

CONsu.MMATUs in brevi, virtutibus et meritis plenus. prienuntiato mortis die. inter sacerdotum et rgligiosorum choros spiritum Deo reddidît, anno astatis vigesimo quinto. Corpus

41 6 Le Temps de la Septuagéswie.

A'ilnam delatam multis claret miraculis. Etenim. prasterquam quod puella defuncta vitam. Cccci visum, claudi gressum, et varii infirmi sanitatem ad ejus sepulcrum recuperarunt ; Lithuanis exiguo numéro ad potentissimi hostis insperatam irruptionem trepidantibus in aère apparens , insignem tribuit victoriam. Quibus permotus Léo Decimus. eumdem Sanctorum catalogo adscripsit.

Son corps fut porté à \'iina. où il éclate par un grand nombre de miracles. Une l'eune fille qui était morte recouvra la vie au tombeau du saint ; les aveugles y reçurent la vue, les boiteux la marche, et de nombreux malades la santé. Il apparut dans les airs a une armée lithuanienne effrayée de son petit nombre, au moment de l'invasion inopinée d'un ennemi puissant, et il lui fit remporter une victoire signalée. Frappé de tant de merveilles. Léon X inscrivit Casimir au catalogue des Saints.

REPOSEZ maintenant au sein des félicités éternelles, 6 Casimir, vous que les grandeurs de la terre et toutes les délices des cours n'ont pu distraire du grand objet qui avait ravi votre cœur. Votre vie a été courte en durée, mais féconde en mérites. Plein du souvenir d'une meilleure patrie, celle d'ici-bas n'a pu attirer vos regards ; il vous tardait de vous envoler vers Dieu, qui sembla n'avoir fait que vous prêter à la terre. Votre innocente vie ne fut point exempte des rigueurs de la pénitence tant était vive en vous la crainte de succomber aux attraits des sens ! Faites-nous comprendre le besoin que nous avons d'expier les péchés qui nous ont séparés de Dieu. Vous préférâtes mourir plutôt que d'otTenser Dieu , détachez-nous du péché, qui est le plus grand mal de l'homme, parce qu'il est en même temps le mal de Dieu. Assurez en nous les fruits de ce saint temps

Saint Casimir, Confesseur. 41 y

qui nous £st accordé pour faire enfin pénitence. Du sein de la gloire où vous régnez, bénissez la chrétienté qui vous honore ; mais souvenez-vous surtout de votre patrie terrestre. Autrefois, elle eut l'honneur d'être un boulevard assuré pour l'Eglise contre le schisme, l'hérésie et l'infidélité ; allégez ses maux, délivrez-la du joug, et, rallumant en son sein l'antique zèle de la foi, préservez-la des séductions dont elle est menacée.

Sainte PERPÉTUE bt Sainte FÉLICITÉ,

\ fête de ces deux illustres héroïnes de la foi chrétienne se rapportait, dans les églises qui leur furent consacrées, à la journée de demain, anniversa.re de leur triomphe; mais la mémoire de l'Ange de TEcole, saint Thomas d'Aquin, brille avec tant d'éclat au sept mars, qu'elle semble éclipser celle des deux grandes martyres africaines. Le Saint-Siège ayant donc élevé pour l'Eglise universelle leur mémoire au degré du rit double, en a prescrit d'an iciper d'un jour la sohnnité; c'est ainsi que la sainte Liturgie propose dès aujourd'hui à l'admiration du lecteur chrétien le sublime sreaacle dont fut témoin la ville de Carihagc en l'an 2o3. Rien n'est plus propre à nous faire comprendre le véritable esprit de TEvangile, sur lequel noi.s devons réformer, en ces jours, nos sentiments et notre vie. Les plus grands sacrifices sont demandés à ces deux" femmcF, à ces deux mères; Dieu leur demande non seulement leur vie, mais plus que leur vi- ; et elles obéisseQt avec ceue simplici é et cette magnanimité qui a fait d'Abraham le Père des croyants.

Leurs deux noms, comme l'observe saint Augustin, sont un présage du sort que 1' ur réserve le ciel : une perpétuelle félicité. L'exemple qu'elles donnent de la force chréSaintes Perpétue et Félicité, Martyres. 41g

tienne est à lui seul une victoire qui assure le triomphe de la foi de Jésus-Christ sur la terre d'Afrique. Encore quelques années, et le grand Cyprien fera retentir sur cette plage sa voix mâle et éloquente, appelant les chrétiens au martyre ; mais n'y a-t-il pas un accent plus pénétrant encore dans les pages écrites de la main de cette jeune femme de vingtdeux ans, la noble Perpétue, qui nous raconte avec un calme tout céleste les épreuves qu'il lui a fallu traverser pour aller à Dieu, et qui, au moment de partir pour l'amphithéâtre, remet à un autre la plume avec laquelle il devra écrire le dénouement de la sanglante et sublime tragédie ? En lisant de tels'récits, dont les siècles n'ont altéré ni le charme, ni la grandeur, on se sent en présence des glorieux ancêtres de la foi, on admire la puissance de la grâce divine qui suscita de tels courages du sein même d'une société idolâtre et corrompue ; et considérant quel genre de héros Dieu employa pour briser les formidables résistances du monde païen, on ne peut s'empêcher de dire avec saint Jean Chrysostome : « J'aime à lire les « Actes des Martyrs ; mais j'avoue mon « attrait particulier pour ceux qui retracent « les combats qu'ont soutenus les femmes « chrétiennes. Plus faible est l'athlète, plus « glorieuse est la victoire : car c'est alors « que l'ennemi voit venir sa défaite du côté « môme où jusqu'alors il triomphait. Ce fut « par la femme qu'il nous vainquit ; et c'est « maintenant par elle qu'il est terrassé. Elle « fut entre ses mains une arme contre nous ; « elle devient le glaive qui le transperce. Au

42 0 Le Temps de la Septiiagésime.

« commencement, la femme pécha, et pour « prix de son péché eut la mort en par« tage ; la martyre meurt, mais elle meurt « pour ne pas pécher. Séduite par une pro" messe mensongère, la femme viola le pré'( cepte de Dieu ; pour ne pas enfreindre sa '< fidélité envers son divin bienfaiteur, la « martyre sacrifie plutôt sa vie. Quelle excuse « maintenant présentera l'homme pour se .1 faire pardonner la mollesse, quand de sim(( pies femmes déploient un si mâle courage ; i quand on les a vues, faibles et délicates, (' triomp)her de l'infériorité de leur sexe, et, '( fortifiées par la grâce, remporter.de si écla« tantes victoires i ? »

Les Leçons de nos deux grandes martyres, que nous empruntons à l'Office monastique, reproduisent les principaux traits de le..rs glorieux combats. On y a f a t entrer un fragment du proore récit de sainte Perpétue. Il inspirera sans doute à plus d'un lecteur le désir de lire en entier, dans les Actes des Martyrs, le resre de ce magnifique testament de notre héroïne.

Sous l'empereur Sévère, on arrêta en Afrique (à Carthage'l pl'jsieurs jeune? catéchumènes : entre autres Révocatus et Félicité, tous deux de condition servile ; Saturnin et Sécundulus : enfin parmi eux se trouvait Vivia Perpétua, jeune femme de naissance distinguée, élevée avec soin, mariée à un homme

SEVERO imperatore. apprehensi sunt in Africa adolescentes catechumeni. Revocatus et Félicitas conserva ejas . Saturninus et Sécundulus : inter quos et Vivia Perpétua, honeste nala. liberaliter instituta. matronaliter nupta, habens filium ad ubera. Erat auSaintes Perpétue et Félicité, Martyres. 42 i

de condition, et ayant un enfant qu'elle allaitait encore. Elle était âgée d'environ vingt-deux ans, et elle a laissé le récit de son martyre écrit de sa propre main. « Nous étions encore avec nos persécuteurs, dit-elle, lorsque mon père, dans l'affection qu'il me portait, vint faire de nouveaux efforts pour m'amener à changer de résolution. « Mon père, lui « dis-je, il mest impossi'ole « de dire autre chose si ce n n'est que je suis chrétien« ne. » A ce mot. saisi de colère, il se jeta sur moi pour m'arracher les yeux ; mais il ne fit que me maltraiter, et il se retira vaincu, ainsi que le démon avec tous ses artifices. Peu de jours après nous fumes baptisés ; le Saint-Esprit m'inspira alors de ne demander autre chose que la patience dans les peines corporelles. Peu après, on nous renferma dans la prison. J'éprouvai d'abord un saisissement, ne m'étant jamais trouvée dans des ténèbres comme celles d'un cachot. Au bout de quelques jours, le bruit courut que nous allions être interrogés. Mon père arriva de la ville, accablé de chagrin, et vint près de moi pour me faire renoncer à mon dessein. Il me dit: « Ma « fille, aie pitié de mes chei. veux blancs, aie pitié de

tem ipsa annorum circiter viginti duorum. Haec ordinem martyrii sui conscriptum manu sua reliquit. Quum adhuc, inquit, cum persecutori bus essemus, et me pater avertere , pro sua affectione, perseveraret . Pater, inquio, aliud me dicere non possum. nisi quod sum christiana. Tune pater , motus in hoc verbo, misit se in me. ut oculos mihi erueret. Sed vexavit tantum , et profectus est victus cum argumentis diaboli. In spatio paucorum dierum baptizati sumus • mihi autem Spiritus dictavit. rihil aliud petendum in aqua. nisi sufferentiam carnis. Post paucos dies, recipimur in carcerem : et expavi, quia nunquam experta eram taies tenebras. Mox rumor cucurrit ut audiremur. Supervenit autem et de civitate pater meus, consumptus taedio ; et ascendit ad me, ut me dejiceret, dicens : Miserere . filia , canis meis ; miserere patri, si dignus sum a te pater vocari. Aspice ad fratres tuos, aspice ad matrem tuam : aspice ad filium tuum. qui post te vivere non poterit. Depone anif,2 2 Le Temps de la Septu.igésime.

mos, ne universos nos extermines. Haec dicebat pater pro sua pietate : se ad pedes meos jactans, et lacrymis non filiam, sed dominani me vocabat. Et ego dolebam canos patris mei : quod solus de passione mea gavisurus non esset de toto génère meo. Et confortavi eum, dicens ; Hoc fiet quod Deus voluerit. Scito enim nos non in nostra potestate esse constitutos, sed in Dei, Et recessit a me contristatus. dis pour le fortifier

« ton père, si je mente en« core d'être appelé ton père. « Regarde tes frères, regarde « ta mère, regarde ton enfant « qui ne pourra vivre si tu K meurs; laisse cette fierté « et ne sois pas la cause de « notre perte à tous. « Mon père me disait toutes ces choses par tendresse ; puis se jetant à mes pieds tout en larmes, il m'appelait non plus sa fille, mais sa dame. Je plaignais la vieillesse de mon père, songeant qu'il serait le seul de toute notre famille qui ne se réjouirait pas de mon martyre. Je lui rrivera de tout ceci

n arrivera de tout ceci que (I ce qu'il plaira à Dieu ; sache que nous ne dépen« dons pas de nous-mêmes, mais de lui. » Et il se retira accablé de tristesse.

ALIO die, quum pranderemus. subito rapti sumus ut audiremur : et pervenimus ad forum. Ascendimus in catasta. Interrogati caeteri confessi sunt. Ventum est et ad me. Et apparuit pater illico cum filio meo : et extraxit me de gradu , et dixit supplicans : Miserere infanti. Et Hilarianus procurator : Parce, inquit, canis patris tui, parce infantias pueri ; fac sacrum pro salute imperatorum. Et ego respondi : Non facio : christiana sum.

UN )our , comme nous dînions , on vint nous enlever pour subir l'interrogatoire. Arrivés sur le forum . nous montâmes sur l'estrade. Mes compagnons furent interrogés et confessèrent. Quand mon tour fut venu, mon père parut tout à coup avec mon enfant ; il me tira à part, et me supliant : « Aie pitié de ton « enfant », me dit-il. Le procurateur Hilarien me dit aussi : « Epargne la vieil« lesse de ton père, épargne « l'âge tendre de ton fils ; < sacrifie pour la santé des « empereurs. » Je répondis :

Saintes Perpétue et Félicité, Martyres. 423

« Je ne le ferai pas : je suis « chrétienne. » Alors le juge prononça la sentence qui nous condamnait aux bêtes, et nous redescendîmes joyeux à la prison. Comme je nourrissais mon enfant, et que je l'avais eu jusqu'alors avec moi dans la prison, je l'envoyai aussitôt réclamer à mon père ; mais mon père ne voulut pas me le donner. Dieu permît que l'enfant ne demandât plus à téter, et que je ne fusse pas incommodée par mon lait. » Tout ceci est tiré du récit de la bienheureuse Perpétue, qui le conduit jusqu'à la veille du combat. Quant à Félicité, elle était enceinte de huit mois lorsqu'elle avait été arrêtée ; et le jour des spectacles étant si proche , elle était inconsolable, prévoyant que sa grossesse ferait différer son martyre. Ses compagnons n'étaient pas moins affligés qu'elle, dans la pensée qu'ils laisseraient seule sur le chemin de l'espérance céleste une si excellente compagne. Ils unirent donc leurs instances et leurs larmes auprès de Dieu pour obtenir sa délivrance. C'était trois jours seulement avant les spectacles ; mais à peine avaient-ils fini leur prière que Félicité se sentit prise par les douleurs. Et parce que , l'accouchement étant difficile , la souffrance lui

Tune nos universos pronuntiat et damnât ad bestias : et hilares descendimus ad carcerem. Sed quia consueverat a me infans mammas accipere, et mecum in carcere manere ; statim mitto ad patrem, postulans infantem. Sed pater dare noluit : et, quomodo Deus voluit, neque ille a'mplius mammas desideravit, neque mihi fervorem fecerunt. Atque hoc scripsit beata Perpétua usque in pridie certaminis. Félicitas vero, quae pragnans octo jam mensium fuerat apprehensa, instante spectaculi die, in raagno erat luctu, ne propter ventrem differretur. Sed et commartyres ejus graviter contristabantur, ne tam bonara sociam in via ejusdem spei relinquerent. Con— iuncto itaqce gemitu, ad Dominum orationem fuderunt ante tertium diem muneris. Statim post orationem dolores eam invaserunt. Et quum in partu laborans doleret, ait illi quidam ex ministris : Quse sic modo doles, quid faciès objecta bestiis. quas contempsisti quum sacrificare noluisti ? Et illa respondit : Modo ego patior

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