L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 18)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

544 L^ Temps Pascal.

Eglise et nous-mêmc qui lui sommes préposé, quoique indigne, et que dissipant l'erreur qui aveugle nos ennemis, il les ramène au sentier de la vérité i. »

Mais l'œil de Grégoire ne s'arrêtait pas seulement sur des princesses comme Mathilde, sur des docteurs comme Anselme. Il savait découvrir jusque dans la mêlée l'humble et courageux blessé qui soulfrait pour la cause de l'Église, et l'entourait d'une admiration et d'une tendresse qu'il n'eût pas éprouvée pour ces chefs dont la ridélité est au prix de la gloire. Qu'on lise cette lettre à un pauvre prêtre milanais que les simoniaques avaient mutilé d'une façon barbare. « Si nous vénérons la mémoire des Saints qui sont morts après que leurs membres ont été tranchés par le fer, écrit-il à cet obscur soldat de l'Eglise, nommé Liprand, si nous célébrons les souffrances de ceux que ni le glaive, ni les souffrances n'ont pu séparer de la foi du Christ, toi à qui on a coupé le nez et les oreilles pour son nom, tu es plus digne de louanges encore d'avoir mérité une grâce qui, si elle est jointe à la persévérance, te donne une entière ressemblance avec les Saints. L'intégrité de ton corps n'existe plus ; mais l'homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour, s'est développé en toi avec grandeur. Extérieurement les mutilations déshonorent ton visage ; mais l'image de Dieu, qui est le rayonnement de la justice, est devenue en toi plus gracieuse par ta blessure même, plus attrayante par la diftormité

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3u'on a imprimée à tes traits. L'Eglise ne it-elle pas elle-même dans le Cantique : « Je suis noire, ô filles de Jérusalem » ? Si donc ta beauté intérieure n'a pas souffert de ces cruelles mutilations, ton caractère sacerdotal qui est saint, et qu'il faut reconnaître plutôt dans l'intégrité des vertus que dans celle des membres, n'en a pas été atteint davantage. N'a-t-on pas vu l'empereur Constantin baiser respectueusement au visage d'un évêque la cicatrice d'un œil qui avait été arraché pour le nom du Christ ? L'exemple des Pères et les anciennes écritures ne nous apprennent-ils pas qu'on maintenait les mactyrs dans l'exercice du ministère sacré, même après la mutilation qu'ils avaient soufferte dans leurs membres ? Toi donc, martyr du Christ, sois plein d'assurance dans le Seigneur, Regarde-toi comme ayant fait un pas de plus dans ton sacerdoce. Il te fut conféré avec l'huile sainte ; aujourd'hui le voilà scellé de ton propre sang. Plus on t'a réduit, plus il te faut prêcher ce qui est bien, et semer cette parole qui produit cent pour un. Nous savons que les ennemis de la sainte Eglise sont tes ennemis et tes persécuteurs ; ne les crains pas, et ne tremble pas devant eux; car nous gardons avec amour sous notre tutelle et sous celle du Siège Apostolique ta personne et tout ce qui t'appartient; et s'il te devient nécessaire de recourir à nous, nous acceptons d'avance ton appel, disposé à te recevoir avec allégresse et grand honneur, lorsque tu viendras vers nous et vers ce saint Siège *. »

I. 1075. Jaffé, pag. 533.

3^6 Le Temps Pascal.

Tel était Grégoire, unissant la simplicité du cloître aux plus graves sollicitudes de la papauté. Et quelles sollicitudes, si nous oublions pour un moment l'affreuse crise au milieu de laquelle il disparut! Nous venons de parler du projet de la croisade, qui plus tard a suffi à lui seul pour immortaliser Urbain II ; mais que d'œuvres diverses, que d'interventions pastorales dans tout le monde chrétien, qui font des douze années de ce pontihcat si agité l'une des époques où la papauté, présente partout, semble avoir déployé le plus d'activité et de vigilance ! Dans sa vaste correspondance, Grégoire ne se borne pas à diriger les affaires de l'Eglise dans l'Empire, en Italie, en France, en Angleterre, en Espagne; il soutient les jeunes chrétientés du Danemarck, de la Suède, de la Norwège ; la Hongrie, la Bohème, la Pologne, la Servie, la "Russie elle-même, reçoivent ses lettres remplies de sollicitude. Malgré la rupture du lien de communion entre Rome et Byzance, le Pontife ne cesse pas ses interventions ; il voudrait arrêter le scnisme qui emporte l'Eglise grecque loin de son orbite. Sur la côte d'Afrique, sa vigilance soutient encore trois évèchés qui ont survécu à l'invasion sarrasine. Dans le but d'unifier la chrétienté latine, il resserre le lien de la prière publique, abolissant en Espagne la liturgie gothique, et faisant reculer au delà des frontières de la Bohême la liturgie de Byzance qui allait l'envahir. Quelle carri'ere pour un seul homme ; mais aussi quel martyre était réservé à ce grand cœur ! li nous faut reprendre le récit, "un moment suspendu, des épreuves de notre Pontife. Par

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lui l'Eglise et la société devaient être sauvées; mais comme son Maître divin, « il « devait boire l'eau du torrent pour relever <( ensuite la tête 1. »

Nous l'avons vu humilié dans ses défenseurs, le sort des armes lui étant devenu contraire ; nous l'avons vu menacé par son vainqueur, après l'avoir tenu sous ses pieds ; nous l'avons vu en but*^'^'- à un anti-pape dont la cause est soutenue par d'indignes prélats; mais « ce n'est là encore que le commencement des douleurs 2. » Henri marche sur la ville sainte en la compagnie du faux vicaire du Christ. Un incendie allumé par sa main sacrilège menace de dévorer le quartier du Vatican; Grégoire envoie sa bénédiction sur son peuple éperdu, et tout aussitôt la flamme recule et s'éteint. Un moment l'enthousiasme gagne les Romains, si souvent ingrats envers le Pontife qui est à lui seul la vie et la gloire de Rome. Prêt à consommer le sacrilège, Henri hésite et tremble. Il laissera tomber dans la poussière l'ignoble fantôme qu'il a voulu opposer au véritable pape -, il ne demande plus qu'une chose aux Romains : que Grégoire consente à lui donner l'onction sainte, et lui, Henri de Germanie, désormais empereur, se montrera fils dévoué de l'Eglise. Cette prière est transmise à Grégoire par la cité tout entière : « Je connais trop la four« berie du roi, répond le noble Pontife. Qu'il « satisfasse d'abord à Dieu et à l'Eglise qu'il « a foulée aux pieds : je pourrai alors absou« dre son repentir, et placer sur sa tète con5^v Le Temps Pascal.

« vertie la couronne impériale. « Les instances des Romains ne purent obtenir d'autre réponse de l'inflexible gardien du droit de la chrétienté. Henri allatt s'éloigner, lorsque tout à coup cette population mobile, gagnée par d'infâmes largesses venues de Byzance (car tous les schismes s'entendent contre la papauté), se détache de celui qui est son roi et son père, et vient déposer les clefs de la ville aux pieds du tyran qui apporte la servitude des âmes. Grégoire se voit alors réduit à chercher un asile dans le fort Saint-Ange, et la liberté de l'Eglise y est assiégée avec lui. C'est de là, ou"peut-être quelques jours avant de s'y enfermer, qu'il écrit, en l'année 1084, cette lettre sublime adressée à tous les fidèles, et qui est comme le testament de sa grande âme :

« Les princes des nations et les princes des prêtres se sont réunis contre le Christ, Fils du Dieu tout-puissant, et contre son apôtre Pierre, pour éteindre la religion chrétienne et propager partout l'hérétique perversité. Mais, par la miséricorde de Dieu, ils n'ont pu, malgré leurs menaces, leurs cruautés et leurs promesses de gloire mondaine, entraîner dans leur impiété ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur. D'iniques conspirateurs ont levé la main contre nous, uniquement parce que nous n'avons pas voulu couvrir du silence le péril de la sainte Eglise, ni tolérer ceux qui ne rougissent pas de réduire en servitude l'Epouse même de Dieu. En tout pays, la dernière des femmes peut se donner îin époux à son gré avec l'appui des lois; et voici qu'il n'est plus permis à la

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sainte Eglise qui est l'Epouse de Dieu et notre mère, de demeurer unie à son Epoux, comme le demande la loi divine et comme elle le veut elle-même. Nous ne devons pas souffrir que les fils de cette Eglise soient asservis à des hérétiques, à des adultères, à des oppresseurs, comme si ceux-là étaient leurs pères. De là des maux de toute nature, des périls divers, des actes de cruauté inouïe, ainsi que vous pourrez l'apprendre de nos légats.

« Il a été dit au Prophète, comme le sait votre fraternité : « Du sommet de la monta« gne, fais entendre des cris, et ne cesse « pas. » Poussé irrésistiblement, sans aucun respect humain, me mettant au-dessus de tout sentiment terrestre, j'évangélise à mon tour, je crie et je crie encore, et je vous annonce que la religion chrétienne, la vraie foi que le Fils de Dieu venu sur la terre nous a enseignée par nos pères, est menacée de se corrompre par l'envahissement de la puissance séculière, qu'elle tend à s'anéantir, à perdre sa couleur antique, exposée ainsi à la dérision non seulement de Satan, mais des juifs, des sarrasins et des païens. Ces derniers du moins gardent leurs lois qui ne peuvent être utiles au salut des âmes, et qui n'ont point été garanties par des miracles comme la nôtre que le Roi éternel a attestée luimême : ils les gardent et ils y croient. Nous chrétiens, enivres de l'amour du siècle et trompés par une vaine ambition, nous faisons céder toute religion et toute honnêteté à la cupidité et à la superbe, nous semblons dépourvus de toute loi et comme insensés, n'ayant plus le soucirqu'avaient nos pères du salut et de l'hon55o Le Temps Pascal.

neur de la vie présente et de la vie future, n'en faisant même pas l'objet de notre espérance. S'il s'en rencontre qui craignent encore Dieu, c'est uniquement de leur salut qu'ils s'occupent, et non de l'intérêt commun. Qui voiton aujourd'hui se donner de la peine, exposer sa vie dans les fatigues par le motif de la crainte ou de l'amour du Dieu tout-puissant, tandis qu'on voit les soldats de la milice séculière braver tous les dangers pour leurs maîtres, pour leurs amis et même pour leurs sujets ? Des milliers d'hommes savent courir à la mort pour leurs seigneurs; mais s'agit-il du roi du ciel, de notre Rédempteur, loin de jouer ainsi sa vie, on recule devant l'inimitié de quelques hommes. S'il en est (et il en existe encore, par la miséricorde de Dieu, si peu que ce soit), s'il en est, disons-nous, quelques-uns qui, pour l'amour de la loi chrétienne, osent résister en face aux impies, non seulement ils ne trouvent pas d'appui chez leurs frères, on les taxe d'imprudence et d'indiscrétion, on les traite de fous.

« Nous donc qui sommes obligé par notre charge de détruire les vices dans les cœurs de nos frères et d'y implanter les vertus, nous vous prions et vous supplions dans le Seigneur Jésus qui nous a rachetés, de réfléchir en vousmêmes, afin de bien comprendre pour quel motif nous avons à souffrir tant d'angoisses et de tribulations de la part des ennemis de la religion chrétienne. Du jour où, par la volonté divine, l'Eglise mère m'a établi, malgré ma grande indignité, et malgré moi. Dieu le sait, sur le trône apostolique, tous mes soins ont été pourque l'Epouse de Dieu, notre dame

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et mère, remontât à la dignité qui lui appartient, pour qu'elle se maintînt libre, chaste et catholique. Mais une telle conduite devait déplaire souverainement à l'antique ennemi ; c'est pourquoi il a armé contre nous ceux qui sont ses membres, et nous a suscité une opposition universelle. C'est alors que l'on a vu se diriger contre nous et contre le Siège Apostolique plus d'efforts violents qu'il n'en avait été tenté depuis les temps de Constantin le Grand. Mais que l'on ne s'en étonne pas ; il est naturel que plus le temps de TAniéchrist approche, plus il mette d'acharnement à poursuivre l'anéantissement de la religion chrétienne i. »

Telle était à ce moment suprême l'îndignation douloureuse du grand Pontife, presque seul contre tous, abattu par les revers, mais non vaincu. De la forteresse où il avait abrité la majesté apostolique, il put entendre les impies vociférations du cortège qui conduisait à la basilique vaticane Henri, que son faux pape attendait à la Confession de saint Pierre. C'était le dimanche des Rameaux io85. Le sacrilège fut consommé. La veille, Guibert avait ose trôner dans la basilique de Latran ; et sous les palmes triomphales portées en l'honneur du Christ dont Grégoire était le vicaire, on vit l'intrus placer sur la tête du César excommunié la couronne de l'Empire chrétien ; mais Dieu préparait un vengeur à son Eglise. Au moment où le Pontife était serré de plus près dans la forteresse qui lui servait d'abri, et qu'il semblait

I. 1084. JaffÉ, ;E:'ag'. 572.

avoir tout à craindre de la fureur de son ennemi, Rome retentit tout à coup du bruit de l'arrivée du vaillant chef des Normands, Robert Guiscard. Cet homme de guerre est accouru pour mettre ses armes au service du Pontife assiég'^, et pour délivrer Rome du joug des Allemands. Une panique soudaine s'empare du faux César et du faux pape ; l'un et l'autre prennent la fuite, et la cité parjure expie dans les horreurs d'un saccagement effroyable le crime de son odieuse trahison.

Le cœur de Grégoire fut accablé du désastre de son peuple. Impuissant à contenir la rage dévastatrice de ces barbares qui ne surent pas se borner à délivrer le Pontife, mais donnèrent carrière à toutes leurs cupidités au sein de cette ville qu'ils auraient dû châtier et non écraser; menacé du retour de Henri qui comptait sur le ressentiment des Romains et se préparait à remplacer les Normands, lorsqu'ils auraient assouvi leurs convoitises, Grégoire sortit de Rome avec désolation, et, secouant la poussière de ses pieds, il alla demander asile au Mont-Cassin, et passer quelques heures dans ce sanctuaire du grand patriarche des.moines. Le contraste des jours tranquilles de sa jeunesse abritée sous le cloître, avec les orages dont sa carrière apostolique n'avait cessé d'être agitée, dut se présentera sa pensée. Errant, fugitif, abandonné, sauf d'une élite d'âmes fidèles et dévouées, il poursuivait sa douloureuse passion ; mais son calvaire n'était pas éloigné, et le Seigneur ne devait pas tarder à le re'cevoir dans le repos de ses saints. Avant qu'il descendît de la sainte montagne, un fait mers. Grégoire VII, Pape et Confesseur. 553

veilleux arrivé déjà plusieurs fois se manifesta de nouveau. Grégoire étant à l'autel et célébrant le saint Sacrifice, une blanche colombe parut tout à coup posée sur son épaule, et parlant à son oreille. Il ne fut pas difficile de reconnaître à ce symbole expressif l'action de l'Esprit-Saint qui dirigeait et Pouvernait les pensées et les actes du saint ontife.

On était dans les premiers mois de l'année io85. Grégoire se rendit à Salerne, dernière station de sa vie si agitée. Ses forces l'abandonnaient de plus en plus. Il voulut cependant faire la dédicace de l'Eglise du saint évangéliste Matthieu dont le corps reposait dans cette ville, et d'une voix défaillante il adressa encore la parole au peuple. Ayant pris ensuite le Corps et le Sang du Sauveur, fortifié par ce puissant viatique, il reprit le chemin de sa demeure, et s'étendit sur la couche d'où il ne devait plus se relever. Image saisissante du Fils de Dieu sur la croix, comme lui dépouillé de tout et abandonné de la plupart des siens, ses dernières pensées furent pour la sainte Eglise qu'il laissait dans le veuvage. Il indiqua aux quelques cardinaux et évèques qui l'entouraient, les noms de ceux entre les mains desquels il verrait avec contentement passer sa laborieuse succession : Didier, Abbé du MontCassin, qui fut après lui Victor III ; Othon de Châtillon, moine de Cluny, qui fut après Victor Urbain II ; et le fidèle légat Hugues de Die, que Grégoire avait fait archevêque de Lyon. On interrogea le Pontife agonisant sur ses

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intentions relativement aux nombreux coupables qu'il avait dû frapper du glaive de l'excommunication. Là encore, comme le Christ sur la croix, il exerça miséricorde et justice : « Sauf, dit-al, le roi Henri, et Gui« bert l'usurpateur du Siège Apostolique, « ainsi que ceux qui favorisent leur injustice « et leur impiété, j'absous et bénis tous « ceux qui ont foi en mon pouvoir comme a étant celui des saints apôtres Pierre et (( Paul. » Le souvenir de la pieuse et invincible Mathilde s'étant présenté à sa pensée, il confia cette fille dévouée de l'Eglise Romaine aux soins du courageux Anselme de Lucques, rappelant ainsi, comme le remarque le biographe de ce saint évêque, le don (que Jésus expirant fit de Marie à Jean son disciple de prédilection. Trente années de luttes et de victoires furent pour l'héroïque comtesse le prix de cette bénédiction suprême.

La fin était imminente ; mais la sollicitude du père de la chrétienté survivait encore en Grégoire. Il appela l'un après l'autre ces hornmes généreux qui entouraient sa couche, et leur fit prêter serment entre ses mains glacées de ne jamais reconnaître les droits du tyran, tant qu'il n'aurait pas donné satisfaction à l'Eglise. Il résuma sa dernière énergie dans une défense solennelle intimée à tous de reconnaître pour Pape celui qui n'aurait pas été élu canoniquement et selon les règles des saints Pères, Se recueillant ensuite en lui-même, et acceptant la divine volonté sur sa vie de pontife qui n'avait été qu'un sacrifice continuel, il dit : « J'ai aimé la justice et « j'ai haï l'iniquité; c'est pour cela que je

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a meurs en exil. » Un des évêques qui l'entouraient répondit avec respect : « Vous ne « pouvez, seigneur, mourir en exil, vous qui, « tenant la place du Christ et des saints « Apôtres, avez reçu les nations en héritage, « et en possession l'étendue de la terre. » Parole sublime que déjà Grégoire ne pouvait plus entendre ; car son âme s'était élancée au ciel, et recevait dès ce moment l'immortelle couronne des martyrs.

Grégoire était donc vaincu, comme le Christ lui-même fut vaincu par la mort ; mais le triomphe sur cette mort ne manqua pas plus au disciple qu'il n'avait manqué au Maître. La chrétienté abaissée en tant de manières se releva dans toute sa dignité ; et l'on peut même dire qu'un g^ge de cette résurrection fut donné par le ciel le jour même où Grégoire rendait à Salerne son dernier soupir. Ce même jour, vingt-cinq mai io85, Alphonse VI entrait victorieux à Tolède, et arborait la croix dans la cité reconquise des Eugène et des Julien, après quatre siècles d'esclavage sous le joug sarrasin.

Mais il fallait à l'Eglise opprimée un continuateur de Grégoire, et le Dieu dont il fut le vicaire ne le lui refusa pas. Le martyre du grand Pontife fut comme une semence de Pontifes dignes de lui. De même qu'il avait préparé ses prédécesseurs, on peut dire que ses successeurs procédèrent de lui > et les fastes de la papauté ne présentent nulle part dans toute leur teneur une suite de noms plus glorieuse que celle qui s'étend de Victor III, successeur immédiat de Grégoire, à BoniLe Temps Pascal.

face VIII, en qui recommença pour de longs siècles le martyre que noire grand héros avait subi. Son âme était à peine affranchie des épreuves de cette vallée de larmes, et déjà la victoire se déclarait. Les ennemis de l'Eglise étaient abattus, la suppression des investitures éteignait la simonie et assurait l'élection canonique des Pasteurs ; la loi sacrée de la continence des clercs reprenait partout son empire.

Grégoire avait été l'instrument de Dieu pour ia réforme de la société chrétienne ; et si son nom est demeuré béni des vrais enfants de l'Eglise, sa mission avait été trop belle et trop courageusement remplie pour qu'elle n'attirât pas sur lui la haine de l'enfer. Or, voici ce que le Prince de ce monde * imagina contre lui dans sa rage. Non content d'avoir fait de Grégoire un objet d'exécration pour les hérétiques, il vint à bout de le rendre odieux aux faux catholiques, embarrassant pour les demi-chrétiens. Longtemps ces derniers, malgré le jugement de l^Eglise qui l'a placé sur ses autels, affectèrent de l'appeler insolemment Grégoire VJI. Son culte tut proscrit par des gouvernements qui se disaient encore cathotiques ; il fut prohibé par des mandements épiscopaux. Son pontificat et ses actes furent attaqués comme contraires à la religion chrétienne par le plus éloquent de nos orateurs sacrés. II fut un temps où les lignes que nous consacrons à ce saint Pape, dans un livre destiné à nourrir chez les fidèles l'amour et l'admiration pour

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les héros de la sainteté que l'Eglise offre à leur culte, eût attiré sur nous la vindicte des lois. Les Leçons de l'Office d'aujourd'hui furent supprimées par le Parlement de Paris en 1729, avec défense de s'en servir, sous peine de saisie du temporel. Ces barrières sont tombées, ces scandales ont cessé. Par suite du rétablissement de la Liturgie romaine en France, chaque année le nom de saint Grégoire VII est proclamé dans nos Eglises, la louange qui honore les saints lui est publiquement décernée, et le divin Sacrifice est offert à Dieu pour la gloire d'un si illustre Pontife.

Il était temps pour notre honneur français qu'une telle justice fût rendue à qui la mérite. Lorsque depuis plus de soixante ans on entendait les historiens et les publicistes protestants de l'Allemagne combler d'éloges celui qui n'est pourtant à leurs yeux qu'un grand homme, mais en qui ils reconnaissent l'héroïque vengeur des droits de la société humaine ; lorsque les gouvernements réduits aux abois par l'envahissement toujours plus impérieux du principe démocratique, n'ont plus le loisir de céder à leurs anciennes jalousies contre l'Eglise ; lorsque l'Episcopat se serre toujours plus étroitement autour de la Chaire de saint Pierre, centre de vie, de lumière et de force : rien n'est plus naturel que de voir le nom immortel de saint Grégoire VII resplendir d'une gloire nouvelle, après l'éclipsé qui l'avait si longtemps dérobé aux regards d'un trop grand nombre de fidèles. Qu'il demeure donc, ce glorieux nom, jusqu'à la fin des siècles, comme l'un des

astres les plus brillants du Cycle pascal, et qu'il verse sur l'Eglise de nos jours l'influence salutaire qu'il répandit sur celle du moyen âge!

Nous lirons maintenant les pages que la sainte Eglise a consacrées à la mémoire du saint Pontife, et nous les lirons avec d'autant plus de respect cju'elles ont été plus outragées par ceux « qui ne savaient ce qu'ils faisaient 1. »

.->REGORius papa SepV_J timus. antea Hildebrandus, Soanae in Etruria natus, doctrina, sanctitate, omnique virtutum génère cum primis nobilis, mirifice universam Dei illustravit Ecclesiam. Cum parvulus ad fabri ligna edolantis pedes, jam litterarum ihscius, liideret, ex rejectis tamen segmentis illa Davidici elementa oraculi : Dominabitur a mari usque ad mare : casu formasse narratur, manum pueri ductante Numine, quo significaretur ejus fore amplissimam in mundo auctoritatem. Romam deinde profectus, sub protectione sancti Pétri educatus est. Juvenis Ecclesia» libertatem a laicis oppressam, ac depravatos EcclesiastiGRÉGOIRE VII. nomme auparavant Hildebrand , né à Soana en Toscane, illustre au plus haut degré par la science, la sainteté et toutes les vertus, glorifia d'une manière merveilleuse l'Eglise de Dieu tout entière. Etant encore dans la première enfance, et jouant aux pieds d'un ouvrier qui travaillait le bois, ignorant encore les lettres, on rapporte qu'il forma comme par hasard avec les copeaux cette parole prophétique de David : « II dominera d'une mer à l'autre; » mais Dieu conduisait la main de l'enfant, et voulait montrer par là qu'un jour il devait exercer dans le monde le plus grand des pouvoirs. S'étant rendu à Rome, il y fut élevé sous la protection de saint Pierre. Etant encore dans les années de sa jeunesse, il conçut une si grande dous. Grégoire VII, Pape et Confe^eiir. 55g

leur en vo^-ant l'oppression qui étouffait la liberté de l'Eglise et la dépravation des mœurs du clergé, qu'il se retira à l'abbaye de Cluny, où l'observance et l'austérité de la vie monastique était alors en pleine vigueur sous la règle de saint Benoît. II y prit l'habit de moine et se livra au service de la divine Majesté avec tant de piété et d'ardeur, qu'il fut élu Prieur par les saints religieux de ce monastère. Mais la divine Providence l'ayant destiné à un plus haut emploi pour le salut d'un grand nombre, Hildebrand fut tiré de Cluny, pour être d'abord Abbé du monastère de Saint-Paul , hors les murs de Rome; il fut ensuite créé Cardinal de l'E- glise Romaine. Chargé des emplois et des missions les plus importantes, sous les papes Léon IX, Victor II, Etienne IX. Nicolas II et Alexandre II, il mérita d'être appelé l'homme de conseil très saint et très pur par saint Pierre Damien. Envoyé en France par Victor II, en qualité de légat a latere. il força par un miracle l'archevêque de Lyon, qui «tait souillé de la simonie, à confesser son crime, et contraignit Bérenger à abjurer de nouveau son erreur dans un concile tenu à Tours. Il parvint aussi par son énergie à

corum mores vehementius dolens, in Cluniacensi monasterio, ubi sub régula sancti Patris Benedicti austerioris vitae observantia eo tempore maxime vigebat, monachi habitum induens , tanto pietatis ardore divinœ Majestati deserviebat. ut a sanctis ejusdem Cœnobii Patribus Prier sit electus. Sed divina Providentia majora de eo disponente in salutem plurimorum. Cluniaco eductus Hildebrandus , Abbas primum monasterii sancti Pauli extra muros Urbis electus, ac postmodum romanae Ecclesias Cardinalis creatus, sub summis pontifîcibus. Leone Nono, Vietore Secundo. Stéphane Nono. Nicolao Secundo et Alexandre Secundo, puEecipuis muneribus et legationibus perfunctus est, sanctissimi et purissimi consilii vir a beato Petro Damiano nuncupatus. A Victore papa Secundo legatus a latere in Galliam missus, Lugduni episcopum simoniaca labe infectum ad sui criminis confessionem miraculo adegit. Berengarium in concilio Turonensi ad iteratam h as r es i s abjurationem

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compulit. Cadaloi quoque schisma sua virtute comprcssit.

MORTUO Alexandre Secundo, invitus et mœrens unanimi omnium consensu, decimo calendas maii, anno Christ! millesimo septuagesimo tertio, summus Pontifex electus, sicut sol effulsit in domo Dei : nam potens opère et sermone, Ecclesiasticae disciplina; reparandae, fidei propagandas, libertali Ecciesise restituendae , exstirpandis erroribus, et corruptelis tanto studio incubuit, ut ex Apostolorum astate nullus Pontificum fuisse tradatur, qui majores pro Ecclesia Dei labores , molestiasque pertulerit, aut qui pro ejus libertate acrius pugnaverit. Aliquot provincias a simoniaca labe expurgavit. Contra Henrici imperatoris impies conatus fortis per omnia athleta impavidus permansit. seque pro muro domui Israël ponere non timuit, ac eumdera Hcnricum in profundum malorum prolapsura, fidelium communione, rcgnoque privavit , atque subditos populos lide ci data liBeravit.

comprimer le schisme de Cadaloûs.

A LA mort d'Alexandre II, malgré ses répugnances et ses regrets, il fut élu souverain Pontife d'un consentement unanime, le dix des calendes de mai, l'an de Jésus-Christ mil soixante-treize, et brilla tout aussitôt comme un soleil dans la maison de Dieu. Puissant en œuvres et en paroles, on le vit s'appliquer avec un si grand zèle au renouvellement de la discipline ecclésiastique, à la propagation de la foi, au rétablissement de la liberté de l'Eglise, à l'extirpation des erreurs et des scandales, que l'on peut dire qu'il n'est aucun Pontife, depuis le temps des Apôtres, qui ait encouru plus de labeurs et de tribulations pour le service de l'Eglise de Dieu, et qui ait combattu pour sa liberté avec plus de courage. Des provinces entières furent arrachées par lui au fléau de la simonie. Comme un athlète intrépide il s'opposa sans trembler aux fureurs impies de l'empereur Henri, e{ ne craignit pas de s'opposer comme un mur pour la défense de la maison d'Israël ; et lorsque ce même Henri fut tombé jusqu'aux derniers excès du mal, il le priva de la commus. Grégoire VIT, Pape et Confesseur. 56 1

nion des fidèles ainsi que de l'empire, et- délia du serment de fidélité les peuples qui lui étaient soumis.

PENDANT qu'il célébrait la Messe, des hommes pieux aperçurent une colombe, qui, descendant du ciel, venait se reposer sur son épaule et lui voilait la tête de ses ailes : ce qui signifiait que Grégoire était conduit dans le gouvernement de l'Eglise par le souffle de l'Esprit-Saint, et non par les raisons de la prudence humaine. La ville de Rome se trouvant assiégée par l'armée du méchant roi Henri, Grégoire éteignit par le signe de la croix un incendie que les ennemis avaient allumé. Enfin arraché de leurs ma-ins par Robert Guiscard, chef Normand, il se rendit au Mont-Cassin, et de là à Salerne pour y faire la dédicace de l'Eglise de l'apôtre saint Matthieu. Après avoir adressé un sermon au peuple de cette ville, se sentant épuisé de traverses, il tomba malade et pressentit sa fin prochaine. « J'ai « aimé la justice et j'ai haï l'i(• niquité ; c'est pour cela que « je meurs en exil.» Telles furent les dernières paroles de Grégoire mourant. Les épreuves qu'il supporta avec tant de courage furent innombrables, et les décrets qu'il porta dans les nombreux conciles qu'il rassembla sont remplis

DUM Missarum solemnia perageret, visa est viris piis columba e cœlo delapsa humero ejus dextro insidens alis extensis caput ejus velare, quo significatum est, Spiritus Sancti afflatu, non humanae prudentiœ rationibus ipsum duci in Ecclesise regimine. Cum ab iniqui Henrici exercitu Romae gravi obsidione premeretur , excitatum ab hostibus incendium signo crucis exstinxit. De ejus manu tandem a Roberto Guiscardo duce Northmanno ereptus , Cassinum se contulit ; atque inde Salernum ad dedicandam Ecclesiam sancti Matthaei Apostoli contendit. Cum aliquando in ea civitate sermonem habuisset ad populum, aerumnis confectus in morbum incidit, quo se interiturum praescivit. Postrema morientis Gregorii verba fuere : Dilexi justitiam et odivi iniq u i t a t e m, propterea morior inexsilio. Innumerabilia sunt qucc vel fortiter sustinuit, vel multis coactis in Urbe synodis sapienler constituit, vir vere

sanctus, cnminum vindex, et acerrimus Ecclesiae defensor. Exactis itaque in pontificatu annis duodecim, migravit in coelum, anno salutis millesimo octoijesimo quinto, pluribus in vita et post mortem miraculis clarus, ejusque sacrum corpus in calhedrali basilica Salernitana est hoQorifice conditum.

de sagesse ; homme véritablement saint, vengeur du crime et ardent défenseur de l'E- glise. Après douze ans de pontificat, il partit pour le ciel l'an du salut mil quatrevingt-cinq. Il fut célèbre par ses miracles durant sa vie et après sa mort, et son saint corps repose avec honneur dans l'église cathédrale de Salerne.

Les Répons que nous insérons ici font partie de l'Office du saint Pape; ils retracent ses combats et ses triomphes.

/^^ REGORIUS primo ™' vj tempore Hildebrandus , nomen ignis sortitus est , non sine grandi prcesagio futurorum : * Qui divini eloquii jaciilo ingruentes hostes a domo Dei propulsavit.

j^. Nomine praetulit incendiura , quod exhibuit fervent! charitate. * Qui divini eloquli jaculo ingruentes hostes a domo Dei propulsavit.

^. Cernens juvenis sxculum peccatis inveteratum, nec inveniens ubi cor suum requiesceret , patrium solum reliquit :

/'GRÉGOIRE, nommé d'a^- V_J bord Hildebrand, emprunta son nom du feu, non sans un éloquent présage de l'avenir : * Car il devait repousser par les traits de la parole divine, les ennemis prêts à envahir la maison de Dieu.

f. Son nom signifiait la flamme, et il en remplit le sens par son ardente charité. * Car il devait repousser par les traits de la parole divine, les ennemis prêts à envahir la maison de Dieu.

^. Dès sa jeunesse il vit que le monde était envieilli dans le péché ; ne trouvant pas où reposer son cœur, il quitta le sol /^e sa patrie : *

s. Grégoire VII, Pape et Confesseur. 563

Et ayant passé en France, il résolut d'embrasser le service de Dieu seul sous la discipline de Cluny.

j^. Sous la conduite de la foi, il sortit de son pays, se mettant à la recherche de la cité dont Dieu est l'auteur et l'architecte. * Et ayant passé en France, il résolut d'embrasser le service de Dieu seul sous la discipline de Cluny.

ft. Le saint Pontife Léon, dont Hildehrand avait enflammé le courage, l'appela à prendre part à ses sollicitudes : * Et par leur concert à tous deux, le champ du Seigneur commença à refleurir.

j^. Hildebrand, homme de conseil très saint et très pur, se montra fort dans l'adversité et maître de lui-même dans la prospérité. * Et par leur concert à tous deux, le champ du Seigneur commença à refleurir.

Ri. Spirituel agriculteur, le Pontife Léon ayant admiré la fécondité d'un tel rejeton, accrut encore en lui la présence du Christ par l'imposition de l'ordre lévitique : * Par le commandement du Seigneur Apostolique, Hildebrand brilla comme Archidiacre de l'Eglise romaine.

* Et ad partes Gallorum transiens, soli Deo sub Cluniacensi disciplina militare decrevit.

f. Fide egressus est de terra sua, quasrens civitatem cujus artifex et conditor Deus. * Et ad partes Gallorum transiens, soli Deo sub Cluniacensi disciplina militare decrevit.

'Bf. Léo Pontifex sanctus, cujus animum Hildebrandus accenderat , hune in partem soUicitudinis vocavit : * Et amborum concordia Dominicus ager jam reflorescere cœpit.

f. Hildebrandus, sanctissimi et purissimi consilii, in adversis visus est fortis, in prosperis temperatus. * Et amborum concordia Dominicus ager jam reflorescere cœ- pit.

^. Spiritualis agricola, Léo Pontifex, tanti palmitis feracitatem admiratus, in eo mansionem Christi per impositionem levitici ordinis dilatavit : * Et Apostolico mandato, Hildebrandus romanae Ecclesiae Archidiaconus cffulsit.

f. Qui die nociuque saluti Ecclesiae invigilans, minori considens loco, quinque Pontificibus mirum in modum profuit. * Et Apostolico mandate, Hildebrandus romanas Ecclesiae Archidiaconus effulsit.

IÇ!. Invitum tandem Gregorium romana Ecclesia ad sua gubernacula traxit : * Qui potius voluisset vitam in peregrinatione finire, quam Pctri locum pro mundi gloria conscendere.

^. Nec sibi sumpsit honorem, sed a Deo vocatus est tamquam Aaron. * Qui potius voluisset vitam in peregrinatione finire, quam Pétri locum pro mundi gloria conscendere.

I^. Vineam Domini exercituum, quam plantavit dextera ejus, exterminavit aper de silva, et singularis férus depastus est eam : * Accingere gladio tuo super fémur tuum, fidelissime.

f. Si Angelos judicaturus es, quanto magis sxcularia? * Accingere gladio tuo super fémur luum, fidelissime.

t. Veillant jour et nuit au salut de l'Eglise, bien qu'il fut établi dans un degré inférieur, il servit successivement cinq Pontifes, et les aida d'une manière admirable.

* Par le commandement du Seigneur Apostolique, Hildebrand brilla comme Archidiacre de l'Eglise romaine.

^. L'Eglise romaine fit enfin violence à Grégoire, en l'obligeant à la gouverner :

* Lui qui eût mieux aimé finir sa vie sur une terre étrangère que de s'asseoir pour la gloire mondaine sur le siège de Pierre.

j^. Il ne porta pas la main sur un tel honneur ; mais il y fut appelé de Dieu comme l'avait été Aaron, * Lui qui eût mieux aimé finir sa vie sur une terre étrangère que de s'asseoir pour la gloire mondaine sur le siège de Pierre.

Vf. Le sanglier de la forêt s'est rué sur la vigne qu'avait plantée la main du Seigneur des armées ; cette bête féroce l'a ravagée tout entière : * Ceins ton glaive sur ta cuisse, ô gardien fidèle !

f. S'il t'appartient de juger jusqu'aux Anges même, combien plus les puissances du siècle?* Ceins ton glaive sur ta cuisse, ô gardien fidèle !

s. Grégoire VII, Pape et Confesseur. 565

^. Le roi, étant entré dans la forteresse, déposa les marques de sa dignité, restant à Jean du matin jusqu'au soir, vêtu de laine et nu-pieds : *

II implorait le secours de la miséricorde apostolique.

f. Lui qui avait dit dans son cœur : J'élèverai mon trône sur l'autel même de Dieu, je m'assiérai sur la montagne du testament.* Il implorait le secours de la miséricorde apostolique.

1^. Grégoire dit au roi Henri : Voici le Corps du Seigneur ; que ce soit aujourd'hui l'épreuve de mon innocence : * Fais donc, ô mon fils, ce que tu m'as vu faire.

f. Mais le roi n'osa étendre la main pour recevoir le Saint des saints. ' Fais donc, ô mon fils, ce que tu m'as vu faire.

f. Un jour que le bienheureux Grégoire célébrait solennellement la Messe, une colombe blanche comme la neige parut tout à coup descendre près du saint autel, d'où s'élevant d'un vol léger : * Elle se reposa, les ailes étendues, sur l'épaule droite du Pontife.

f. La colombe demeura ainsi immobile, jusqu'à ce

B^. Rex castellum ingressus, deposito cultu regio, jejunus a mane usque ad vesperam perstabat ; indutus laneis et nudis pedibus : * Apostolicae miserationis auxilium implorabat.

j^. Qui dixerat in corde suo : Super altare Dei exaltabo solium meum, sedebo in monte testamenti. * Apostolicas miserationis auxilium implorabat.

]^. Dixit Gregorius ad Henricum regem : Ecce Corpus Dominicum; fiât hodie experimentum innocentiae meœ : * Fac ergo, fili, si placet, quod me facere vidisti.

j^. Nec ausus est rex manum extendere, ut acciperet Sancta sanctorum. * Fac ergo, fili, si placet, quod me facere vidisti.

^. Dum beatus Gregorius Missarum solemnia celebraret, nivei candoris columba sacro altari protinus adstitit; quae inde leviter advolans : * Supra dextrum Pontificis humerum recubuit, alis expansis.

f. Et tamdiu sic perstitit quousque sacri mysLe Temps Pascal.

terii commixtio in calice fieret. * Supra dextrum Pontificis humerum recubuit, alis expansis.

Hj. Cum ultimi doloris luctam inchoasset beatus Gregorius, adstantibus dixit : Nullos labores meos alicujus momenti facio : * In hoc solummodo confidens, quod semper dilcxi justitiam et odivi iniquitatem.

j^. Et elevatis in cœlum oculis, ait : Illuc adscendam, et obnixis precibus Deo pronitio vos comraittam. In hoc sohimmodo confidens, quod semper dilexi justitiam, et odivi iniquitatem.

fi|. Pontifex sanctissimus cum doleret se mori in exsilio, quidam venerabilis episcopus ait : In exsilio mori non potes, qui vice Christi et Apostolorum ejus : * Accepisti gentes in haereditatem, et possessionem tuam termines terrac.

f. Dominabitur a mari usque ad mare, et a flumine usque ad terminos orbis terrarum. * Accepisti gentes in haereditatem, et possessionem tuam terminos terra?.

que le mélange du Mystère sacré eût lieu dans le calice. " Elle se reposa, les ailes étendues, sur l'épaule droite du Pontife,

^. Le bienheureux Grégoire étant arrivé à ses derniers moments, luttait avec la souffrance; alors il dit aux assistants: Je ne fais aucun compte des labeurs que j'ai soufferts : * Mon unique motif de confiance est d'avoir toujours aime la justice et haï l'iniquité.

^. Il éleva ensuite les yeux au ciel, et dit : C'est là que je veux monter, et par mes instantes prières je vous recommanderai au Dieu de bonté. *Mon unique motif de confiance est d'avoir toujours aimé la justice et haï l'iniquité.

]^. Le saint Pontife ayant témoigné du regret de mourir dans l'exil, un vénérable évèque lui dit : Vous ne pouvez mourir en exil, puisque, tenant la place Christ et de ses Apôtres : * Vous avez reçu "es nations en héritage, et es confins de la terre comme a limite de vos possessions. j^. Il dominera de la mer usqu'à la mer, et du fleuve lusqu'aux confins de la terre. * Tu as reçu les nations en héritage, et les confins de la terre comme la limite de tes possessions.

s. Grégoire VII, Pape et Confesseur. 5 67

Nous réunissons dans une seule Ode trois Hymnes consacrées à célébrer les vertus et les services de saint Grégoire VII.

C'est toi-même , ô Grégoire, que nous célébrons dans nos chants de triomphe ; toi l'honneur de Rome, toi dont le grand cœur brava les tempêtes, après lesquelles tu touches aujourd'hui le rivage.

Qu'elle soit dans la joie, la race du père Benoît, qui a jusqu'ici enfanté tant de héros ; aucun n'a brillé encore d'une gloire semblable.

Un jour, dans son enfance, il assistait au travail d'un ouvrier : on le vit, de sa main conduite par le ciel, tracer en se jouant des caractères qui annonçaient qu'un jour il régirait un vaste empire.

Monte donc, ô Père ! comme un soleil nouveau, lève-toi, et viens éclairer le monde de tes rayons. Pontife, assieds-toi sur la chaire de Pierre, et sois-y l'arbitre de la terre.

Ils n'ont qu'à fuir maintenant dans leurs sombres canr E triumphanti cele*■ bramus ore, Inclytum Romœ jubar, c

Gregori ; Corde qui magno superans procellas, Littora tangis.

Gaudeat cœtus Benedicti patris. Qui tôt et tantos generavit orbi Filios : nullus simili refulsit

Laude verendus.

Nuntium latœ ditionis adfert Dextra ludentis pueri,

dolantem Dum secus fabrum. Domino régente,

Segmine scribit.

Alla conscendas, Pater ; oriaris Sol novus mundum radiis serenans : Pontifex Pétri sedeas cathedra, Arbiter orbis.

In latebrosos fugiant recessus.

Quotquot hostili rabie

furentcs, In gregcm Christi satagunt nefanda Tela vibrare.

En adest Pastor vigil et superno Spiritu plenus : gladioque verbi Conteret tetros Zabuli minantis

Fortior astus.

Jam Sicambrorum dominator audax Gestit Henricus, monitis

supremi Patris abscedens, veterum furorum Flare favillas.

Sed reluctantem cohibes, Gregori, E sacra fulmen jaculatus

arce : Et potestatis tumidos caducae

Despicis ausus.

Mox ab indîgnis manibus révulsa Sceptra regnantis reglmenque transfers, A fide cives relevans tyranno Jure negata.

Pontifex magnus, populo stupente, Sub coiumbina specie, loquentis

vernes, tous ceux qui exercent leurs hostilités contre l'Eglise, et ne cessent de lancer leurs traits sacrilèges sur le troupeau du Christ.

Voici le Pasteur vigilant et plein de l'Esprit d'en haut; le glaive de la parole est dans sa main ; et plus fort que Satan, il saura briser ses résistances et déjouer ses noirs complots.

C'est en vain que Henri, l'audacieux prince des Germains, sourd à ses avertissements paternels, suscite un incendie qui rappelle les premières fureurs des princes contre l'Eglise.

Tu le domptes, ô Grégoire, malgré ses résistances ; et dédaignant les orgueilleuses prétentions d'une puissance caduque, tu lances sur elle la foudre, du haut des remparts sacrés.

Bientôt tu arraches le sceptre à ses indignes mains, et tu transmets le pouvoir à un plus digne, déliant ainsi les peuples de la foi jurée à celui qui n'est plus qu'un tyran.

Tel est notre grand Pontife, dirigé dans ses conseils par l'Esprit-Saint lui-même, dont il ne fait que remplir

s. Grégoire VII, Pape et Confesseur. 5&g

les ordres ; le peuple saisi d'un saint respect a vu la divine colombe apparaître et parler à son oreille.

Mathilde, la femme forte, vient au secours du Pontife ; elle apporte son aide efEcace au souverain Père, et soutient par sa fidélité les droits menacés du plus auguste des sièges.

Grégoire a vu de toutes parts l'ivraie disputer la place au bon grain, et la moisson sur le point de passer tout entière en des mains profanes ; nouvel Elie, le zèle le transporte, et il sévit contre les sacrilèges.

Afin d'assurer au peuple fidèle la liberté de marcher d'un pas rapide dans le chemin de la patrie céleste, il s'avance à leur tète, prêt à donner sa vie, comme il est du devoir du pasteur.

Tu as été, ô Grégoire, le ferme rempart de la maison d'Israël, le vengeur das crimes, le soutien de Rome ; mais une mort tranquille t'était réservée après tant d'épreuves.

Presque martyr ici-bas, ton front est ceint de la couronne ; la fermeté, la constance et la fidélité ne t'abaaSpiritus Sancti documenta sensit, Actibus implet.

Fortis occurrit mulier Mathildis, Quae, Patri summo tribuens juvamen, Inclytae Sedis, studio fideli,

Jura tuetur.

Triticumcernens loliis scatere Prœsul, et messem manibus profanis Objici; zelo rapiente, srevit,

Alter Elias.

Ut viam currant patriae supernae Libero gressu populi fidèles, Anteit pastor, propriam paratus

Tradere vitam.

Murus Israël domui stetisti, Criminum vindex, columenque Romae, Inter œrumnas placida, Gregori,

Morte potiris.

Martyres pergis prope, laureatus ; Firmus et constans, fidei tenacem.

O Pater, praebes animum : triumphi Gaudia sumas.

Sis memor chari gregis, et patronus, Sis ad reternam Triadem,

precamur : Cuncla cui dignas resonent per orbem Saecula laudes.

- Amen.

donnèrent jamais: goûte maintenant l'allégresse du triomphe.

Daigne avoir souvenir du troupeau qui te fut si cher, sois son protecteur auprès de l'éternelle Trinité, à qui les siècles tour à tour envoient de toutes les parties de la terre l'hommage qui lui est dû.

Amen.

os joies pascales se sont accrues de votre triomphe, ô Grégoire ; car nous reconnaissons en vous l'image de celui qui, par sa résurrection glorieuse annoncée à tout l'univers, a relevé le monde qui s'atfaissait sur lui-même. \'otre pontificat avait été préparé dans les desseins de la divine sagesse comme une ère de régénération pour la société succombant sous l'etfort de la barbarie. Votre courage fondé sur la confiance dans la parole de Jés'us ne recula devant aucun sacrifice. \'otre vie sur le Siège Apostolique ne fut qu'un long combat; et pour avoir aimé la justice et haï l'iniquité, il vous fallut mourir dans l'exil. Mais en vous s'accomplissait l'oracle du Prophète sur votre Maître divin : « Parce qu'il a donné sa vie à cause du « péché , il jouira d'une postérité nom« breuse ^ » Une suite glorieuse de trentesix papes s'avança dans' la voie q^ue votre sacrifice avait ouverte ; par vous l'Lglise fut libre, et la force s'inclina devant le droit.

s. Grégoire VII, Pape et Confesseur. 5yi

Après cette période triomphante, la guerre a été déclarée de nouveau, et elle dure encore. Les princes se sont insurgés contre la puissance spirituelle; ils ont secoué le joug du vicaire de Dieu, et ils ont décliné le contrôle de toute autorité ici-bas. A leur tour les peuples se sont levés contre un pouvoir qui ne se rattache plus au ciel par un lien visible et sacré, et cette double insurrection met aujourd'hui la société aux abois.

Ce monde est à Jésus-Christ, « le Roi des « rois, le Seigneur des seigneurs ^ » ; à lui, à l'Homme-Dieu, « toute puissance a été don« née au ciel et sur la terre '- ». Quiconque s'insurge contre lui, roi ou peuple, sera brisé comme l'a été le peuple juif qui s'écriait dans son orgueil : « Nous ne voulons pas que « celui-là règne sur nous 3 ». Grégoire, priez

Eour ce monde que vous avez sauvé de la arbarie, et qui est au moment d'y retomber. Les hommes de ce temps ne parlent que de liberté ; c'est au nom de cette prétendue liberté qu'ils ont dissous la société chrétienne ; et le seul moyen qui leur reste de maintenir quelque ordre au sein de tant d'éléments ennemis, le seul moyen, c'est la force. Vous aviez triomphé de la force, vous aviez rétabli les droits de l'esprit; par vous la liberté des enfants de Dieu, la liberté du bien, était reconnue, et elle régna durant plusieurs siècles. Généreux Pontife, venez en aide à cette Europe que votre main ferme préserva autrefois d'une

I. I Tira. VI, i5. — 2. Matth. xxvni, i8. — 3. Luc.

ruine imminente. Fléchissez le Christ que les hommes blasphèment, après l'avoir expulsé de son domaine, comme s'il ne devait pas y rentrer triomphant au jour de ses justices. Implorez sa clémence pour tant de chrétiens séduits, et entraînés par d'absurdes sophismes, par d'aveugles préjugés, par une éducation perfide, par des mots sonores et mal définis, et qui appellent voie du progrès celle qui les éloigne toujours plus de l'unique but que Dieu s'est proposé en créant l'homme et l'humanité.

De ce séjour tranquille où vous vous reposez après tant de combats, jetez, ô Grégoire, un regard sur la sainte Eglise qui poursuit sa marche pénible à travers mille entraves. Tout est contre elle : les débris d'anciennes lois inspirées par la réaction de la force contre l'esprit, les entraînements de l'orgueil populaire qui poursuit avec acharnernent tout ce qui lui semble contraire à l'égalité des droits, la recrudescence de l'impiété qui a compris qu'il faut marcher sur l'Eglise pour monter jusqu'à Dieu. Au milieu de cette tempête, le rocher qui porte le siège immortel sur lequel vous avez tenu, 6 Grégoire, la place de Pierre, est battu par les flots en furie. Priez pour le vicaire de Dieu. Comme vous, il a aimé la justice, il a détesté l'iniquité; et nous craignons de le voir partir aussi pour l'exil. Détournez, ô saint Pontife, le fléau qui pèse sur Rome. « Les secta« teurs de Satan, ainsi que l'a annoncé Jean, « Evangéliste et Prophète, sont rnontés de «c leurs antres ténébreux à la scirface de la « terre ; ils ont fait le siège du camp des saints

s. Grégoire VU, Pape et Confesseur. 5y3

« et cje la cité bien-aimée i. » Veillez, ô Grégoire, sur cette ville sainte qui fut votre épouse sur la terre. Déjouez des plans perfides, ranimez le zèle des enfants de l'Eglise, afin que, par leur courage et par leurs largesses, ils continuent de venir en aide à la plus sacrée des causes.

Priez, ô Pontife, pour l'ordre épiscopal dont le Siège Apostolique est la source. Fortifiez les oints du Seigneur dans la lutte qu'ils ont à soutenir contre les tendances d'une société qui a expulsé le Christ de ses lois et de ses institutions. Qu'ils soient revêtus de la force d'en haut, fidèles dans la confession de l'antique doctrine, empressés à prémunir les fidèles exposés à tant de séductions dans ce fatal naufrage des vérités et des devoirs. Dans un temps comme le nôtre, la force de l'Eglise n'est plus que dans les âmes ; ses appuis extérieurs ont disparu presque partout. Le divin Esprit, dont la mission est de soutenir ici-bas l'œuvre du F'ils de Dieu, l'assistera jusqu'au dernier jour; mais il veut pour instruments des hommes dégagés des préoccupations de la vie présente, resignés, s'il le faut, à l'impopularité, résolus à braver tout pour proclamer l'immuable enseignement de la Chaire suprême. Par la miséricorde divine, ils sont nombreux aujourd'hui dans la sainte Eglise, ô Grégoire, les pasteurs conformes à l'intention de celui que saint Pierre appelle « le Prince des pasteurs 2 ». Priez, afin que tous, à votre exemple, aiment la justice et haïssent l'iniquité, aiment la

I. Apoc. XX, 8. — 2. 1 Petr. y, vérité et haïssent l'erreur; qu'ils ne* craignent ni l'exil, ni la persécution, ni la mort; car « le disciple n est pas au-dessus du maître *. »

[ette journée est marquée par le triomphe de deux saints papes, et le septième Grégoire, en quittant la terre, est introduit dans le séjour céleste par un de ses prédécesseurs : Urbain, martyr par l'etfusion de son sang; Grégoire, martyr par les douleurs qu'éprouva sa grande âme. La cause était la même. Urbain donnait sa vie plutôt que de céder à la puissance terrestre qui eût voulu courber toute âme généreuse devant les idoles des faux dieux ; Grégoire préféra encourir toutes les disgrâces de cette vie plutôt que de laisser la sainte Eglise sous le joug de César. Tous deux embellissent le cycle pascal de leurs palmes et de leurs couronnes. Jésus ressuscité avait dit à Pierre : « Suis-moi i. » Pierre suivit son Maître jusqu'à la croix. Héritiers de Pierre, Urbain et Grégoire se sont attachés à la suite du même chef, et nous saluons leur commun triomphe, en lequel brille la force invincible que le triomphateur de la mort a communiquée dans tous les siècles à ceux qu'il a choisis pour rendre témoignage ici-bas à la vérité de sa résurrection.

Voici maintenant le récit que la Liturgie

S-rf)

romaine nous donne sur les œuvres et mérites du saint pape Urbain.

les

LiRBANL's Romanus, ' Alexandre Severo imperatore, doctrina et vitas sanctitate multos ad Christi fîdem convertit : in illis Valerianum, beata; Cœciliœ sponsum, et Tiburtium Valeriani fratrem, qui postea martyrium forti animo subierunt. Hic de bonis Ecclesiœ attributis scripsit his verbis : Ipsae res fidelium, quae Domino offeruntur, nor. debent in alios usus, quam Ecclesiasticos et Christianorum fratrum, vel indigentium, converti : quia vota sunt fidelium, et pretia peccatorum. ac patrimonia pauperum. Sedit annos sex. menses septem, dies quatuor : ac martyrio coronatus, sepultus est in cœmeterio Prsetextati, octavo calendas junii, Ordinationibus quinque habitis mense decembri, creavit presbytères novem , diaconos quinque, episcopos per diversa loca octo.

ver

RBAIN, ne à Rome, gourna l'Eglise au temps de l'empereur Alexandre Sévère. Par son enseignement et la sainteté de sa vie il convertit un grand nombre de personnes à la foi du Christ, entre autres Valérien, époux de la bienheureuse Cécile, et Tiburce, frère de Valérien. lesquels endurèrent plus tard le martyre avec un grand courage. Il a écrit ces paroles au su)ct des biens qui sont donnés à l'Eglise : « Les « choses que les fidèles offrent « au Seigneur ne doivent « être employées que pour la « subsistance des ministres « de l'Eglise, des chrétiens « nos frères et de ceux qui « sont dans le besoin, parce « que ce sont les oblations « des fidèles, le prix de la « rémission de leurs péchés,

M et le patrimoine d«s pau» vres. » Il siégea six ans, sept mois et quatre jours; il reçut la couronne du martyre, et fut enseveli dans le cimetière de Prétextât, le huit des calendes de juin. En cinq ordinations qu'il tint au mois de décembre, il créa neuf prêtres, cinq diacres et huit évêques pour divers lieux.

SAINT Pontife, nous célébrons votre triomphe avec une joie augmentée encore par

Saint Urbain^ Pape et Martyr. 5yy

l'anniversaire du départ de votre illustre successeur pour le séjour où vous l'attendiez dans la gloire. Du haut du ciel vous aviez suivi ses combats, et vous aviez reconnu que son courage n'était pas au-dessous de celui des martyrs. Lui, sur sa couche funèbre à Salerne, s'animait à la dernière lutte par la pensée de votre dernier combat en ce même jour. O lien merveilleux de l'Eglise triomphante et de l'Eglise militante"! 6 sublime fraternité des saints! ô espérance immortelle pour nos cœurs ! Jésus ressuscité nous convie à nous réunir à lui pour l'éternité. Chaque génération lui envoie ses élus, et ils viennent tour à tour se grouper au-dessous de ce divin Chef, comme autant de membres qui forment la plénitude de son corps. Il est « le premier-né entre les morts », et il nous fera participer à sa vie, selon que nous aurons participé à ses souffrances et à sa mort. Priez, ô Urbain, afin que le désir de nous réunir à Jésus qui est « la voie, la vérité et « la vie », s'enflamme en nous toujours plus. Rendez-nous supérieurs aux calculs terrestres, et donnez-nous de sentir toujours que tant que nous restons en ce monde, « nous a sommes exilés du Seigneur ^ ».

^^m^m^Émm^^^^

\ joie est, ainsi que nous l'avons dit, le caractère principal du Temps pascal: joie surnaturelle, motivée à la fois par le triomphe si éclatant de notre Emmanuel et par le sentiment de notre heureuse délivrance des liens de la mort. Or, ce sentiment de l'allégresse intérieure a régné d'une manière caractéristique dans le grand serviteur de Dieu que nous honorons aujourd'hui ; et c'est bien d'un tel homme, dont le cœur fut toujours dans la jubilation et dans l'enthousiasme des choses divines, que l'on peut dire, avec la sainte Ecriture, « que le cœur du juste est comme « un festin continuel i ». Un de ses derniers disciples, l'illustre Père Faber, fidèle aux doctrines de son maître, enseigne, dans son beau livre du Progrès spirituel, que la bonne humeur est l'un des principaux moyens d'avancement dans la perfection chrétienne. Nous accueillerons donc avec autant d'allégresse que de respect la figure radieuse et bienveillante de Philippe Néri, l'Apôtre de Rome et l'un des plus beaux fruits de la fécondité de l'Eglise au xvi* siècle.

L'amour de Dieu, un amour ardent, et qui

Saint Philippe Néri, Confesseur. Sjg

se communiquait comme invinciblement à tous ceux qui l'approchaient, fut le trait particulier de sa vie. Tous les saints ont aimé Dieu; car l'amour de Dieu est le premier et le plus grand commandement; mais la vie de Philippe réalise ce divin précepte avec une plénitude, pour ainsi dire, incomparable. Son existence ne fut qu'un transport d'amour envers le souverain Seigneur de toutes choses; et sans un miracle de la puissance et de la bonté de Dieu, cet amour si ardent au cœur de Philippe eût consumé sa vie avant le temps. Il était arrivé à la vingt-neuvième année de son âge, lorsqu'un jour, dans l'Octave de la Pentecôte, le feu de la divine charité embrasa son cœur avec une telle impétuosité que deux côtes de sa poitrine éclatèrent, laissant au cœur l'espace nécessaire pour céder désormais sans péril aux transports qui l'agitaient. Cette fracture ne se répara jamais; la trace en était sensible par une proéminence visible à tout le monde ; et grâce à ce soulagement miraculeux, Philippe put vivre cinquante années encore, en proie à toutes les ardeurs d'un amour qui tenait plus du ciel que de la terre.

Ce séraphin dans un corps d'homme fut comme une réponse vivante aux insultes dont la prétendue Réforme poursuivait l'Eglise catholique. Luther et Calvin avaient" appelé cette sainte Eglise l'intidèle et la prostituée deBabylone; et voici que cette même Eglise avait à montrer de tels enfants à ses aniis et à ses ennemis : une Thérèse en Espagne, un Philippe Néri dans Rome. Mais le protestantisme s'inquiétait beaucoup de l'affranchis5So

sèment du joug, et peu de l'amour. Au nom de la liberté des croyances, il opprima les faibles partout où il domina, il s'implanta par la force là même où il était repoussé; mais il ne revendii^uait pas pour Dieu le droit

3u'il a d'être aimé. Aussi vit-on disparaître es pays qu'il envahit ce dévouement qui produit le sacritice à Dieu et au prochain. Un long intervalle de temps s'est écoulé depuis la prétendue Réforme, avant que celleci ait songé qu'il existe encore des inridèles sur la surface du globe; et si plus tard elle s'est fastueusement imposé l'œuvre des missions, on sait assez quels apôtres elle choisit pour organes de ses étranges sociétés bibliques. C"est donc après trois siècles qu'elle s'aperçoit que l'Eglise catholique n'a pas cessé de produire des corporations vouées aux œuvres de charité. Emue d'une telle découverte, elle essaie en quelques lieux ses diaconesses et ses infirmières. Quoi qu'il en soit du succès d'un effort si tardif, on peut croire raisonnablement qu'il ne prendra jamais de vastes proportions; et il est permis de penser que cet esprit de dévouement qui sommeilla trois siècles durant au cœur du protestantisme, n'est pas précisément l'essence de son caractère, quand on Ta vu, dans les contrées qu'il envahit, tarir jusqu'à la source de l'esprit de sacrifice, en arrêtant avec violence la pratique des conseils évangéliques qui n'ont leur raison d'être que clans l'amour de Dieu.

Gloire donc à Philippe Néri, l'un des plus dignes représentants de la divine charité au xvi« siècle ! Par son impulsion, Rome et bienSaint Philippe Néri, Confesseur. 58 1

tôt la chrétienté reprirent une vie nouvelle dans la fréquentation des sacrements, dans les aspirations d'une piété plus fervente. Sa parole, sa vue même électrisaient le peuple chrétien dans la cité sainte ; aujourd'hui encore la trace de ses pas n'est point effacée. Chaque année, le vingt-six mai, Rome célèbre avec transport la" mémoire de son pacifique réformateur. Philippe partage avec les saints Apôtres les honneurs de Patron dans la ville de saint Pierre. Les travaux sont suspendus, et la population en habits de fête se presse dans les églises pour honorer le jour où Philippe naquit au ciel, après avoir sanctifié la terre. Le Pontife romain en personne se rend en pompe à l'église de Sainte-Marie in Vallicella, et vient acquitter la dette du Siège Apostolique envers l'homme qui releva si haut la dignité et la sainteté de la Mère commune.

Philippe eut le don des miracles, et tandis qu'il ne cherchait que l'oubli et le mépris, il vit s'attacher à lui tout un peuple qui demandait et obtenait par ses prières la guérison des maux de la vie présente, en même temps que la réconciliation des âmes avec Dieu. La mort elle-même obéit à son commandement, témoin ce jeune prince Paul Massimo que Philippe rappela à la vie, lorsque l'on s'apprêtait déjà à lui rendre les soins funéraires. Au moment où cet adolescent rendait le dernier soupir, le serviteur de Dieu dont il avait réclamé l'assistance pour le dernier passage, célébrait le saint Sacrifice. A son entrée dans le palais, Philippe rencontre partout l'image du deuil : un père éploré, des

5S2 Le Temps Pascal.

sœurs en larmes, une famille consternée ; tels sont les objets qui frappent ses regards. Le jeune homme venait de succomber après une maladie de soixante-cinq jours, qu'il avait supportée avec la plus rare patience. Philippe se jette à genoux, et après une ardente prière, il impose sa main sur la tète du défunt et l'appelle à haute voix par son nom. Paul, réveillé du sommeil de la mort par cette parole puissante, ouvre les yeux, et répond avec tendresse : « Mon Père ! » Puis il ajoute : « Je voudrais seulement me « confesser. » Les assistants s'éloignent un moment, et Philippe reste seul avec cette conquête qu'il vient de faire sur la mort. Bientôt les parents sont rappelés, et Paul, en leur présence, s'entretient avec Philippe d'une mère et d'une sœur qu'il aimait tendrement, et que le trépas lui a ravies. Durant cette conversation, le visage du jeune homme, naguère défiguré par "la fièvre, a repris ses couleurs et sa grâce d'autrefois. Jamais Paul n'avait semblé plus plein dévie. Le saint lui demande alors s'il mourrait volontiers de nouveau. — « Oh ! oui, très volontiers, répond « le jeune homme ; car je verrai en paradis « ma mère et ma sœur. » — « Pars donc, « répond Philippe ; pars pour le bonheur, et « prie le Seigneur pour moi. » A ces mots, le jeune hornme expire de nouveau, et entre dans les joies de l'éternité, laissant l'assistance saisie de regret et d'admiration.

Tel était cet homme favorisé presque constamment des visites du Seigneur dans les ravissements et les extases, âoué de l'esprit de prophétie, pénétrant d'un regard les consSaint Philippe Néri, Confesseur. 583

ciences, répandant un parfum de vertu qui attirait les âmes par un charme irrésistible, La jeunesse romaine de toute condition se pressait autour de lui. Aux uns il faisait éviter les écueils ; aux autres il tendait la main dans le naufrage. Les pauvres, les malades, étaient à toute heure l'objet de sa sollicitude. Il se multipliait dans Rome, employant toutes les formes du zèle, et ayant laissé après lui une impulsion pour les bonnes œuvres qui ne s'est pas ralentie.

Philippe avait senti que la conservation des mœurs chrétiennes dépendait principalement d'une heureuse dispensation de la parole de Dieu, et nul ne se montra plus empressé à procurer aux fidèles des apôtres capables de les attirer par une prédication solide et attrayante. Il fonda sous le nom d'Oratoire une institution qui dure encore, et dont le but est de ranimer et de maintenir la piété dans les populations. Cetteinstitution, qu'il ne faut pas confondre avec l'Oratoire de France, a pour but d'utiliser le zèle et les talents des prêtres que la vocation divine n'appelle pas à la vie du cloître, et qui, en associant leurs efforts, arrivent cependant à produire d'abondants fruits de sanctification.

En fondant l'Oratoire sans lier les membres de cette association par les vœux de la religion, Philippe s'accommodait au genre de vocation que ceux-ci avaient reçu du ciel, et leur assurait du moins les avantages d'une règle commune, avec le secours de l'exemple si "puissant pour soutenir l'âme dans le service de Dieu et dans la pratique des œuvres du zèle. Mais le saint apôtre était trop atta584 J^e Temps Pascal.

ché à la foi de l'Eglise pour ne pas estimer la vie religieuse comme l'état de la perfection. Durant toute sa longue carrière, il ne cessa de diriger vers le cloître les âmes qui lui semblcrent appelées à la profession des vœux. Par lui les divers ordres religieux se recrutèrent d'un nombre immense de sujets qu'il avait discernés et éprouvés : en sorte que saint Ignace de Loyola, ami intime de Philippe et" son admirateur, le comparait agréablement à la cloche qui convoque les fidèles à l'Eglise, bien qu'elle n'y entre pas elle-même.

La crise terrible qui agita la chrétienté au XVI* siècle, et enleva à l'Eglise catholique un si grand nombre de ses provinces, affecta doiTloureusement Philippe durant toute sa longue vie. Il souffrait cruellement de voir tant de peuples aller s'engloutir les uns après les autres dans le gouffre de l'hérésie. Les efforts tentés par le zèle pour reconquérir les âmes séduites par la prétendue Réforme faisaient battre son cœur, en même temps qu'il suivait d'un œil attentif les manœuvres à l'aide desquelles le protestantisme travaillait à maintenir son influence. Les Centuries de Magdebourg, vaste compilation historique destinée à donner le change aux lecteurs, en leur persuadant, à l'aide de passages falsifiés, de faits dénaturés et souvent même inventés, que l'Eglise Romaine avait abandonné l'antique croyance et substitué la superstition aux pratiques primitives; cet ouvrage sembla à Philippe d'une si dangereuse portée, qu'un travail supérieur en érudition, puisé aux véritables sources, pouvait seul assurer le

Saint Philippe Néri, Confesseur. 585

triomphe de l'Eglise catholique. Il avait deviné le génie de César Baronius, l'un de ses compagnons à l'Oratoire. Prenant en main la cause de la foi, il commanda à ce savant homme d'entrer tout aussitôt dans la lice, et de poursuivre l'ennemi de la vraie foi en s'établissant sur le terrain de l'histoire. Les Annales ecclésiastiques furent le fruit de cette grande pensée de Philippe; et Baronius luimême en rend le plus touchant témoignage en tête de son huitième livre. Trois siècles se sont écoulés sur ce grand œuvre. Avec les moyens de la science dont nous disposons aujourd'hui il est aisé d'en signaler les imperfections ; mais jamais l'histoire de l'Eglise n'a été racontée avec une dignité, une éloquence et une impartialité supérieures à celles qui régnent dans ce noble et savant récit dont le parcours est de douze siècles. L'hérésie sentit le coup ; l'érudition malsaine et infidèle des Centuriateurs s'éclipsa en présence de cette narration loyale des faits, et Ton peut affirmer que le flot montant du protestantisme s'arrêta devant les Annales de Baronius, dans lesquelles l'Eglise apparaissait enfin telle qu'elle a été toujours, « la colonne et l'appui de la vérité ^ » La sainteté de Philippe et le génie de Baronius avaient décidé la victoire ; de nombreux retours à la foi romaine vinrent consoler les catholiques si tristement décimés; et si de nos jours d'innombrables abjurations annoncent la ruine prochaine du protestantisme, il est juste de l'attribuer en grande partie au

I. I Tim. ni, i5.

succès de la méthode historique inaugurée dans les Annales.

Mais il est temps de lire le récit liturgique des vertus et des saintes œuvres de l'apôtre de Rome au xvi^ siècle.

Philippus Nerius piis * honestisque parenliubs Florentiae natus, ab ipsa ineunte œtate non obscura dédit futurae sanctitatis indicia. Adolescens ampla patrui hereditate dimissa, Romam se contulit ; ubi philosophia ac sacris litteris eruditus, totum se Christo dicavit. Ea fuit abstinentia, ut sœpe jejunus triduum pcrmanserit. Vigiliis et orationibus intentus, septem Urbis Ecclesias fréquenter visitans, apud Cœmeterium Callisti in cœlestium rerum contemplatione pernoctare consuevit. Sacerdos ex obedientra factus. in animarum salute procuranda totus fuit, et in confessionibus audiendis ad extremum usque diem perseverans. innumeros pêne filios Christo peperit ; quos verbi Dei quotidiano pabulo, Sacram e n t o r u m frequentia, G r a t i o n i s assiduitate, aliisque piis exercitationibus enutriri cupiens,

P HILIPPE Néri naquit à Florence de parents bon nétes et pieux, et dès son enfance il donna des marques visibles de sa future sainteté. Arrivé à l'adolescence, il abandonna une riche succession qui lui venait d'un oncle paternel, et se rendit à Romo où il étudia la philosophie et la théologie, et se consacra entièrement à Jésus-Christ. Son abstinence était telle, que souvent il passait jusqu'à trois jours sans nourriture Adonné à la veille et à la prière, il visitait fréquemment les sept Eglises de Rome, et il avait coutume de passer la nuit au Cimetière de Callixte dans la contemplation des choses célestes. Ayant reçu par obéissance le sacerdoce, il s'appliqua tout erM'er au service des âmes, e; continua jusqu'au dernier jour de sa vie d'entendre les confessions. Il donna à .TésusChrist un nombre d'enfants presque innombrable ; et afin de les soutenir par la nourriture quotidienne de la parole de Dieu, la fréquentation des sacrements, l'assiSaint Philippe Néri, Confesseur. 58y

duilé à l'oraison, et par d'autres exercices de piété, i! institua la congrégation de l'Oratoire.

L'amour de Dieu dont il portait la blessure le jetait dans une continuelle langueur, et l'ardeur qui l'embrasait était si grande, que son cœur se trouvant trop resserré dans les bornes naturelles, le Seigneur lui élargit miraculeusement la poitrine parla rupture et l'élévation de deux côtes. Quelquefois Philippe, célébrant la Messe, ou priant avec une plus grande ferveur, était élevé de terre, et paraissait tout environné d'une lumière éclatante. Il rendait aux pauvres et à ceux qui étaient dans quelque besoin tous les soins que peut inspirer la charité, et il mérita qu'un ange vînt recevoir de lui l'aumône sous la figure d'un mendiant. Une autre fois, comme il portait du pain la nuit aux indigents, étant tombé dans une fosse, le secours d'un autre ange l'en fit sortir sain et sauf. Voué à l'humilité, il eut toujours le plus grand éloignement pour les honneurs, et refusa plus d'une fois les premières dignités de l'Eglise qui lui étaient offertes.

RENDU illustre par le don de prophétie, il fut remarOratorii congregationem instituit.

r^ HARiTATE Dei vulnc^— ' ratus languebat jugiter : tantoque cor ejus œstuabat ardore, ut cum intra fines suos contineri non posset, illius sinuni, confractis atque elatis duabus costulis, mirabiHter Dominus ampliaverit. Sacrum vero faciens , aut ferventius orans, in aéra quandoque sublatus, mira undique luce fulgere visus fuit. Egenos et pauperes omni charitatis officio prosequebatur : dignus qui et augelo, in specie pauperis eleemosynam erogaret, et dum egentibus noctu panem deferret, in foveam lapsus, inde pariter ab angelo incolumis eriperetur. Humilitati addictus ab honoribus semper abhorruit , atque ecclesiasticas dignitates, etiam primarias, non semel ultro delatas constantissime reciisavit.

PROPHEl illustr

ETIVE donc fuit et in aniLe Temps Pascal.

morum sensibus penetrandis mirifice enituit. Virginitateni perpétue illibatam servavit : idqiic assccutus est, ut eos qui puritatem colerent, ex odore ; qui vero secus, ex fœtore dignoscerot. Absentibus interdutn apparuit, iisque pereclitantibus opem tulit. iEgrotos plurimos, et morti proximos sanitati restituit. Mortuum quoque ad vitam revocavit. Cœ- lestium spirituum , et ipsius Deiparaî Virginis, fréquenter fuit apparitione dignatus, ac plurimorum animas splendore circumfusas ia cœlum conscondere vidit. Denique anno salutis millesimo quingentcsimo nonagesimo quinto, octavo calendas junias, in quem diem inciderat festum Corporis Christi, Sacro maxirua spiritus cxsultatioae peracto, caeterisque functionibus expletis , post mediam noctem, qua praedixerat hora, octogenarius obdormivit in Domino. Quem Gregorius Decimus quintus miraculis clarum in Sanctorum numerum retulit.

quable aussi par la périctration des pensées les plus secrètes. Il garda toute sa vie la plus entière virginité, et il avait reçu le don de distinguer à la bonne ou à la mauvaise odeur ceux qui étaient chastes et ceux qui ne l'étaient pas. Il apparaissait quelquefois à des personnes éloignées du lieu où il se trouvait, et les secourait dans le danger. Il rétablit en santé un grand nombre de malades, et même des moribonds. Il rappela un mort à la vie. Honoré souvent de l'apparition des esprits célestes et même de la Vierge Mère de Dieu, il vit les âmes de plusieurs personnes monter au ciel brillantes de lumière. Enfin l'an du salut mil cinq cent quatrevingt-quinze, le huit des calendes de juin, jour auquel tombait la fête du Saint-Sacrement, après avoir célébré leSacrifice dans les transports d'une pieuse joie, et avoir exercé les autres fonctions ordinaires, il s'endormit dans le Seigneur âgé de quatrevingts ans, un peu après minuit, à l'heure même qu'il avait prédite. Après sa mort il éclata encore par ses miracles, et fut mis au nombre des Saints par Grégoire XV,

rous avez aimé le Seigneur Jésus, ô Philippe, et votre vie tout entière n'a été

Saint Philippe Néi-i, Confesseur. 58g

qu'un acte continu d'amour ; mais vous n'avez pas voulu jouir seul du souverain bien. Tous vos efforts ont tendu à le faire connaître de tous les hommes, afin que tous l'aimassent avec vous, et parvinssent à leur tin suprême. Durant quarante années, vous fûtes l'apôtre infatigable de la ville sainte, et nul ne pouvait se soustraire à l'action du feu divin qui brûlait en vous. Nous qui sommes la postérité de ceux qui entendirent votre parole et admirèrent les dons célestes qui étaient en vous, nous osons vous prier de jeter aussi les regards sur nous. Enseigneznous à aimer notre Jésus ressuscité. 11 ne nous suffit pas de l'adorer et de nous réjouir de son triomphe; il nous faut l'aimer; car la suite de ses mystères depuis son incarnation jusqu'à sa résurrection, n'a d'autre but que de nous révéler, dans une lumière toujours croissante, ses divines amabilités. C'est en l'aimant toujours plus que nous parviendrons à nous élever jusqu'au mystère de sa résurrection, qui achève de nous révéler toutes les richesses de son cœur. Plus il s'élève dans la vie nouvelle qu'il a prise en sortant du tombeau, plus il apparaît rempli d'amour pour nous, plus il sollicite notre cœur de s'attacher à lui. Priez, ô Philippe, et demandez que « notre cœur et notre chair tressail« lent pour le Dieu vivant K » Après le mystère de la Pâque, introduisez-nous dans celui de l'Ascension ; disposez nos âmes à recevoir le divin Esprit de la Pentecôte ; et lorsque l'auguste mystère de l'Eucharistie brillera à

I. Psalm. Lxxxiii,

5(^0 Le Temps Pascal.

nos regards de tous ses feux dans la solennité qui approche , vous, ô Philippe , qui l'ayant fcie une dernière fois ici-bas, êtes monté à la fin de la journée au séjour éternel où Jésus se montre sans voiles, préparez nos âmes à recevoir et à goûter « ce « pain vivant qui donne la vie au monde ■ ».

La sainteté qui éclata en vous, 6 Philippe, eut pour caractère Tel an de votre âme vers Dieu, et tous ceux qui vous approchaient participaient bientôt à cette disposition, qui seule peut répondre à l'appel du divin rédempteur. Vous saviez vous emparer des âmes, et les conduire à la perfection par la voie de la confiance et la générosité du cœur. Dans ce grand œuvre votre méthode fut de n'en pas avoir, imitant les Apôtres et les anciens Pères, et vous confiant dans la vertu propre de la parole de Dieu. Par vous la fréquentation fervente des sacrements reparut comme le plus sûr indice de la vie chrétienne. Priez pour le peuple fidèle, et venez au secours de tant d'âmes qui s'agitent et s'épuisent dans des voies que la main de l'homme a tracées, et qui trop souvent retardent ou empêchent l'union intime du créateur et de la créature.

Vous avez aimé ardemment l'Eglise, 6 Philippe ; et cet amour de l'Eglise est le signe indispensable de la sainteté. Votre contemplation si élevée ne vous distrayait pas du sort douloureux de cette sainte Epouse du Christ, si éprouvée dans le siècle qui vous vit naître et mourir. Les efforts de l'hérésie

Saint Philippe Néri, Confesseur. Sgi

triomphante en tant de pays stimulaient le zèle dans votre cœur : obtenez-nous de l'Esprit Saint cette vive sympathie pour la vérité catholique qui nous rendra sensibles à ses défaites et à ses victoires. Il ne nous suffit pas de sauver nos âmes ; nous devons désirer avec ardeur et aider de tous nos moyens Tavancementdu règne de Dieu sur la terre, l'extirpation de l'hérésie et l'exaltation de notre mère la sainte Eglise : c'est à cette condition que nous sommes enfants de Dieu. Inspirez-nous par vos exemples, 6 Philippe, cette ardeur avec laquelle nous devons nous associer en tout aux intérêts sacrés de la Mère commune. Priez aussi pour cette Eglise militante qui vous a compté dans ses rangs comme un de ses meilleurs soldats. Servez vaillamment la cause de cette Rome qui se fait honneur de vous être redevable de tant de services. Vous l'avez sanctifiée durant votre vie mortelle ; sanctifiez-la encore et défendez-la du haut du ciel.

A journée est encore embellie par la mémoire d'un de ces premiers pontifes qui, comme Urbain, ont été les fondements de la sainte Eglise à l'âge des tempêtes. Eleuthère monta sur le Siège Apostolique au milieu de la tourmente excitée par la persécution de Marc-Aurèle et de Commode. Il vit arriver à Rome la légation que lui envoyaient les martyrs de TE- glise de Lyon, et qui avait à sa tê'te le grand ïrénée. Cette illustre Eglise, couronnée à ce moment des palmes les plus glorieuses, venait les offrir à la nouvelle Rome en qui elle reconnaissait la « puissante principauté » qu'a célébrée le même saint ïrénée, dans ses livres Contre les Hérésies.

La paix ne tarda pas à être rendue à l'E- glise, et le reste du pontificat d'Eleuthère s'écoula dans le calme et la tranquillité. Au sein de cette paix, avec son nom qui exprime la Liberté^ ce pontife est une image de notre divin ressuscité, dont le Psalmiste nous dit qu'il est « libre entre les morts i ».

L'Eglise honore saint Eleuthère comme martyr, avecles autrespapes qui ont siégé avant la paix de Constantin, et qui presqiie tous ont versé leur sang dans les persécutions des trois

Saint Éleiithère, Pape et Martyr. 5g3

f)remiers siècles. Associés à toutes les soufrances de l'Eglise, gouvernant la chrétienté à travers mille périls, ne goûtant la paix que dans de rares et courts intervalles, cette suite de trente-trois pontifes a droit d'être considérée comme une série de martyrs.

Une gloire particulière pour Eleuthère est d'avoir été l'apôtre de la grande île britannique qui est devenue plus tard l'Angleterre. Les Romains avaient colonisé dans cette île, cfui n'était plus comme auparavant séparée du reste du monde. La divine Providence choisit les années de paix du pontificat d'Eleuthère pour aggréger à l'Eglise les prémices delà race bretonne. Plus tard, l'île évangélisée ainsi dès le second siècle par les soins de notre saint pape deviendra l'Ile des saints, et dans deux jours ses gloires chrétiennes resplendiront une seconde fois sur le cycle.

ELEUTHÈRE, né à Nicopolis en Grèce, fut d'abord diacre du pape Anicet, et gouverna ensuite l'Eglise sous l'empire de Commode. Au commencement de son pontificat, il reçut des lettres de Lucius, roi des Bretons, qui le suppliait de l'adûiettre ainsi que ses sujets au nombre des chrétiens. Eleuthère envoya donc dans la Grande-Bretagne Fugacius et Damien, personnages doctes et pieux, pour enseigner la foi à ce prince et à sa nation. Ce fut aussi sous son pontificat que saint Irénée, disciple de saint Polycarpe,

ELEUTHERIUS, Nicopoiî in Grascia natus , Aniceti Pontificis Diaconus, Commodo imperatore, prasfuit Ecclesias. Huic initio Pontificatus supplices litterœ venerunt a Lucio, Britannorum rege, ut se ac suos in Christianorura numerum reciperet. Quamobrem Fugatium et Damianum, doctos et pios viros misit in Britanniam, per quos rex et reliqui fidem susciperent. Hoc Pontifice Irenaeus, Polycarpi d i s c i p u I u s, Romam veniens, ab eo

5g4

bénigne acceptas est. Quo tempore surama pace et quiète frucbatur Ecclesia Dei : ac per totum orbem terrarum , maxime Romae, fides propagabatur. Vixit Eleutherius in Pontificatu annos quindecim, dies viginti très. Fecit Ordinationes très mense decembri, quibus creavit presbytères duodecim, diaconos octo, episcopos per diversa loca quindecim : sepultusque est in Vaticano prope corpus sancti Pétri.

vint à Rome, où il fut accueilli avec une grande cordialité. L'Eglise jouit d'une grande paix et d'un profond repos sous Eleuthére, et la foi faisait de grands progrés dans le monde entier, principalement à Rome. Il exerça le pontificat quinze ans et vingt-trois jours, et fit trois ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa douze prêtres, huit diacres et quinze évèques pour divers lieux. Il fut enseveli au Vatican près du corps de saint Pierre.

VOTRE nom, ô Eleuthère, est le nom du chrétien ressuscité avec Jésus-Christ. La Pâque nous a tous délivrés, tous affranchis, rendus tous libres. Priez donc, afin que nous conservions toujours cette « glorieuse liberté « des enfants de Dieu », que recommande l'Apôtre 1. Par elle nous sommes retirés des liens du péché qui nous livrait à la mort, de la servitude de Satan qui nous entraînait loin de notre fin, de la tyrannie du monde qui nous égarait par ses maximes charnelles. La vie nouvelle que nous a donnée la Pâque est toute du ciel où le Christ nous attend dans sa gloire; nous ne pourrions la perdre que pour être esclaves de nouveau. Saint Pontife, obtenez que la Pâque, à son retour en l'année qui suivra, nous retrouve dans cette heureuse

Sahit Éîeuthére, Pape et Martyr. 5g5

liberté qui est le fruit de notre délivrance par le Christ \

Il est une autre liberté que vante le monde, et pour la conquête de laquelle il arme les hommes les uns contre les autres. Elle consiste à fuir, comme on fuirait un crime, toute sujétion et toute dépendance, à ne s'incliner devant aucune autorité qu'on ne l'ait créée soi-même, pour ne durer qu'autant qu'il nous plaira. Délivrez-nous, saint Pontife, de tout attrait pour cette prétendue liberté si contraire à la soumission chrétienne, et qui n'est que le triomphe de l'orgueil humain. Dans sa frénésie, elle verse des torrents de sang ; enivrée de ce qu'elle appelle fastueusement les droits de l'homme, elle substitue l'égoïsme au devoir. Pour elle la vérité n'est plus, car elle va jusqu'à reconnaître des droits à l'erreur ; pour elle le bien n'est plus, car elle a abdiqué tout droit d'enchaîner le mal: tant elle est devenue esclave du principe sauvage de l'indépendance. Elle détrône Dieu autant qu'il lui est possible, en refusant de le reconnaître dans les dépositaires de l'autorité sociale, et jette l'homme sans défense sous le joug de la force brutale, l'écrasant sous le poids de ce qu'elle appelle les majorités, et sous la pression monstrueuse des faits accomplis. Non, telle n'est pas, 6 Eleuthère, la liberté à lacjuelle nous a conviés le Christ, notre libérateur. « Soyez comme des « hommes libres », nous dit Pierre votre prédécesseur, « et ne soyez pas de ceux qui,

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« sous un voile trompeur, sont les sectateurs « de la liberté du mal i. »

Demeurez toujours, 6 saint Pontife, le père de la société humaine dont vous fûtes le chef ici-bas. Durant votre règne pacitique, vous avez siégé près des Césars dans la ville aux sept coUmes. La pourpre et le diadème étaient portés par d'autres; mais votre nom n'était pas ignoré dans le monde. Tandis que le pouvoir matériel tenait la hache suspendue sur votre tête, d'innombrables fidèles se dirigeaient vers Rome pour vénérer la tombe de Pierre et rendre hommage à son successeur. Vous vîtes arriver un jour l'ambassade d'un roi barbare. Cette légation ne se dirigeait pas vers le palais des Césars; elle s'arrêtait à la porte de votre humble demeure. Un peuple était appelé par la grâce divine à recevoir la bonne nouvelle, à entrer dans la famille chrétienne. Les destinées de ce peuple que vous avez évangélisé le premier devaient être grandes dans l'Eglise. L'île des Bretons est fille de l'Eglise Romaine; et c'est en vain qu'elle voudrait effacer cette noble origine. Prenez ses maux en pitié, ô vous qui fûtes son premier apôtre ; aidez les efforts qui sont faits de toutes parts pour la rendre à l'unité. Souvenez- vous de la foi de Lucius et de son peuple, et montrez votre paternelle sollicitude en faveur d'un pays que vous avez enfanté à la foi.

I. I Petr. II, i6.

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A bénédiction que le Seigneur donnait à la terre en s'élevant au ciel atteint les plus lointaines frontières de la gentilité. Trois jours de suite, le Cycle nous montre les grâces qu'elle annonçait concentrant sur rextr'éme Occidentleurs énergies : c'est le fleuve de Dieu i, dont les eaux débordées se font plus impétueuses à la li« mite qu'elles ne dépasseront pas.

Hier, l'expédition évangélique que le roi Lucius avait sollicitée du Pontife Eleuthère quittait Rome pour la future Ile des Saints. Demain, dans la terre des Bretons devenue celle des Angles, elle sera suivie par le chef du second apostolat, Augustin, l'envoyé de Grégoire le Grand. Aujourd'hui, impatiente de justifier ces céleste« prodigalités, Albion produit devant les hommes son illustre fils, Bède le Vénérable, l'humble et doux moine dont la vie se passe à louer Dieu, à le chercher dans la nature et dans l'histoire, mais plus encore dans l'Ecriture étudiée avec amour, approfondie à la lumière des plus sûres traditions. Lui qui toujours écouta les anciens prend place aujourd'hui parmi ses maîtres, devenu lui-même Père et Docteur de

5g8 Le Temps Pascal.

l'Eglise de Dieu. Entendons-le, dans ses dernières années, résumer sa vie :

(( Prêtre du monastère des bienheureux Pierre et Paul, Apôtres, je naquis sur leur territoire et je n'ai point cessé , depuis ma septième année, d'habiter leur maison, observant la règle, chantant chaque jour en leur église, faisant mes délices d'apprendre, d'enseigner ou d'écrire. Depuis que j'eus reçu la prêtrise,j"annotai pour mes frères et pour moi la sainte Ecriture en quelques ouvrages, m'aidant des expressions dont se servirent nos Pères vénérés, ou m'attachant à leur manière d'interprétation. Et maintenant, bon Jésus , je vous le demande : vous qui m'avez miséricordieusement donné de m'abreuver à la douceur de votre parole, donnez-moi bénignement d'arriver à la source, ô fontaine de sagesse, et de vous voir toujours i »>.

La touchante mort du serviteur de Dieu ne devait pas être la moins précieuse des leçons qu'il laisserait aux siens. Les cinquante jours de la maladie qui l'enleva de ce monde s'étaient passés comme toute sa vie à chanter des psaumes ou à enseigner. Comme on approchait de l'Ascension du Seigneur, il redisait avec des larmes de joie l'Antienne de la fête : « O Roi de gloire qui êtes monté triomphant par delà tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins, mais envoyez-nous l'Esprit de vérité selon la promesse du Père. » A ses élèves en pleurs il disait, reprenant la parole de saint Ambroise ; « Je n'ai pas vécu de telle sorte que j'eusse à rougir de vivre

I. Bed. Hist. eccl. Cap. uhimum.

Saint Bède le Vénérable. 5gg

avec vous ; mais je ne crains pas non plus de mourir, car nous avons un bon Maître. » Puis revenant à sa traduction de l'Evangile de saint Jean et à un travail qu'il avait entrepris sur saint Isidore : « Je ne veux pas aue mes disciples après ma mort s'attardent à des faussetés et que leurs études soient sans fruit. « Le mardi avant l'Ascension, l'oppression du malade augmenta, 'et les symptômes d'un dénouement prochain se montrèrent. Plein d'allégresse, il dicta durant toute cette journée, et passa la nuit en actions de grâces. L'aube du mercredi le retrouvait pressant le travail de ses disciples. A l'heure de Tierce, ils le quittèrent pour se rendre à la procession qu'on avait dès lors coutume de faire en ce jour avec les reliques des Saints. Resté près de lui: « Bien-aimé Maître, dit l'un d'eux, un enfant, il n'y a plus à dicter qu'un chapitre ; en aurez-vous la force ? — C'est facile, répond souriant le doux Père :

E rends ta plume, taille-la, et puis écris ; mais âte-toi. » A l'heure de None, il manda les prêtres du monastère, et leur fit de petits présents, implorant leur souvenir à l'autel du Seigneur. Tous pleuraient. Lui, plein de joie, disait : « il est temps, s'il plaît à mon Créateur, que je retourne à Celui qui m'a fait de rien quand je n'étais pas ; mon doux Juge a bien ordonné ma vie ; et voici qu'approche maintenant pour moi la dissolution; le la désire pour être avec le Christ : oui, mon âme désire voir mon Roi, le Christ, en sa beauté. »

Ce ne furent de sa part jusqu'au soir qu'effusions semblables, jusqu'à ce dialogue

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f.e Temps Pascal.

plus touchant que tout le reste avec Wibert, l'enfant mentionné plus haut : « Maître chéri, il reste encore une phrase. — Ecris-la vite. » Et après un moment : « C'est fini, dit l'enfant. — Tu dis vrai, répartit le bienheureux: c'est fini ; prends ma tête dans tes mains et soutiens-la du côté de l'oratoire, parce que ce m'est une grande joie de me voir en face du lieu saint où j'ai tant prié. » Et du pavé de sa cellule où on l'avait déposé, il entonna : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit; quand il eut nommé l'Esprit-Saint, il rendit l'âme i.

Lisons la vie du saint moine dans le livre de l'Eglise.

BEDA presbyter Girvi, in Britanniœ et Scotiœ finibus ortus, septennis sancto Benedicto Biscopio abbati Wiremuthensi educandus traditur. Monachus deinde factus, vitam sic instituit, ut dum se artium et doctrinarum studiis totum impenderet, nihil unquam de rcmulari disciplina remittcret. Nullum fuit doctrinœ chenus, in quo non esset diligentissime versatus ; sed prascipua illi cura divinarum Scripturarum mcditatio, quarum scntentiam ut plenius assequeretur, graeci hebraicique sermonis notitiam

LE prêtre Bède naquit à Yarrow, aux confins de la Grande-Bretagne et de l'Ecosse ; âgé de sept ans, son éducation fut confiée à saint Benoît Biscop, Abbé de Wearmouth. Devenu moine, il ordbnna de telle sorte sa vie, que se livrant tout entier à l'étude des arts et des sciences, il n'omit jamais rien toutefois des observances de la discipline régulière. Excellemment versé en tous les genres de connaissances, la méditation des divines Ecritures fixa néanmoins ses préférences ; et pour les mieux comprendre, il se rendit maître de la langue grecque et de l'hébraïque. Ordonné prêtre en

Saint Bède le Vénérable.

sa trentième année par l'ordre de son Abbé, ce fut à la sollicitation d'Acca, évêque d' Hexham , qu'il entreprit alors d'expliquer les saints Livres ; il ne le fit qu'en suivant d'aussi près que possible la doctrine des saints Pères, n'avançant rien qu'ils n'eussent eux-mêmes enseigné, et pour ainsi dire reproduisant leur langaÊfe. Ennemi constant de l'oisiveté, il ne quittait l'étude que pour la prière, et revenait pareillement de la prière à l'étude ; son cœur s'y embrasait au point que souvent, enseignant ou lisant, il fondait en larmes. Ne voulant point être distrait par le souci des choses qui passent, il refusa constamment la charge d'Abbé.

BIENTOT une telle réputation de piété et de science s'attachait à s 09 nom, que le Pape saint Sergius eut la pensée de l'appeler à Rome pour y travailler à la solution d épineuses difficultés qui s'étaient élevées dans l'Eglise. Il écrivit beaucoup d'ouvrages pour réformer les mœurs des fidèles, pour soutenir et défendre la foi. Grande fut l'estime universelle qu'il s'acquit ainsi : saint Boniface, evêque et martyr, le proclaest adeptus. Triccsimo atatis anno, abbatîs sui jussu sacerdos initiatus, statim , suasore Acca Hagulstadensi episcopo, sacros explanare libres aggressus est : in quo eanctorum Patrum doctrinîs adeo inhaesit, ut nihil proferret nisi illorum judicio comprobatum , eorumdem etiam fere verbis usus. Otium perosus semper, ex Icctione ad orationem transibat ac vicissim ex oratione ad lectionem : in qua adeo animo inllammabatur, ut srcpe inter legendum et docendum lacrymis perfunderetur. Ne autem rerumfluxarum curis distraheretur, delatum abbatis munus constantissime detrectavit.

SciENTi.E ac pietatis laude Bedœ nomen sic brevi claruit, ut sanctus Sergius Papa de eo Romam arcessendo cogitaverit ; quo difficillimis scilicet, quae de rébus sacris exortœ erant, quasstionibus definiendis conferret operam. Emendandis fîdelium moribus, fidei vindicandse atque adserendae libres plures conscripsit : quibus tantam sui apud omncs opinionem fecit,

ut illum sanctus Bonifacius episcopus et martyr Ecclesiae lumen praedicaverit, Lanfrancus An(;lorum doctorem , Conc i 1 i u m Aquisgranense doctorem admirabilem dixerit.Quin ejus scripta eo adhuc vivente, publiée in Ecclesiis legebantur. Quod cum fieret, quoniam ipsum sanctum minime appellare liceret , venerabilis titulo cfferebant : qui deinde veluti proprius sequutis etiam temporibus semper habitus est. Ejus autem doctrinae eo vis efficacior erat, quod vitœ sanctimonia religiosisquc virtutibus confirmabatur. Quamobrem discipulos, quos multos e

mait la lumière de l'Eglise ; Lanfranc lui donnait le titre de docteur des Anglais, le Concile d'Aix-la-Chapelle celui de docteur admirable.

11 arriva que, de son vivant même, on lut publiquement ses écrits dans les Eglises, et comme alors on ne pouvait lui attribuer le titre de saint, on lui donnait celui de vénérable qui lui resta toujours depuis. Son enseignement était d'autant plus efficace, qu'il était soutenu de la sainteté de la vie et des vertus religieuses. Aussi ses disciples , qui furent nombreux et remarquables, devinrent-ils, grâce à son zèle et à son exemple, non moins éminents dans la

sainteté que dans les lettres et les sciences, egregios imbuendos habuit, studio et exemplo non litteris modo atque scientiis, sed etiam sanctitate fecit insignes.

w^TATE demum et la/t boribusfractus, gravi rHorbo correptus est. Quo cum amplius quinquaginta dies detentus esset, consuetum orandi more m Scripturasque interpretandi non intercepit : eo namque tcmpore Evangclium Joannis in popularium suorum usum anglice veriit Cum autem in Atccnsionis pracludio instare sibi

BRISÉ enfin par l'âge et le labeur . il fut atteint d'une maladie grave. Il la supporta cinquante jours et plus sans interrompre ni ses habitudes de prière, ni son travail d'interprétation des Ecritures ; car ce fut en ce temps qu'il traduisit en anglais pour ses compatriotes l'Evangile de saint Jean. La veille de l'Ascension , sentant que la mort approchait, il voulut être muni

Saint Bède le Vénérable.

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des derniers sacrements , embrassa ses frères et se fit étendre à terre sur un cilice ; redisant alors : Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit, il s'endormit dans le Sei^^neur. Son corps exhalant, dit-on, une odeur très suave, fut enseveli dans le monastère de Yarrow, et par la suite transporté à Durham avec les reliques de saint Cuthbert. Les Bénédictins, d'autres familles religieuses, des diocèses l'honoraient par avance comme docteur , quand , sur l'avis de la Congrégation des Rites sacrés, Léon Xlll, Souverain Pontife, le déclara docteur de l'Eglise universelle, décrétant que Messe et Office des Docteurs seraient désormais récites par tous au jour de sa fête.

mortem persentiret, supremis Ecclesise Sacramentis munirivoluit : tum sodales amplexatus, atque humi super cilicio stratus, cum illa verba ingeminaret,- Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto , obdormivit in Domino. Ejus corpus, suavissimum, uti fertur, spirans odorem, sepultum est in monasterio Girvensi, ac postea Dunclinum cum sancti Cuthberti reliquiis translatum. Eum tamquam doctorem a Benedictinis aliisque religiosis familiis ac diœcesibus cultum, Léo decimus tertius Pontifex Maximus , ex Sacrorum Rituum Congregationis consulto , universalis Ecclesiœ doctorem declaravit, et festo ipsius die Missam et Officium de Doctoribus ab omnibus recîtari decrevit.

Q LOIRE au Père, et au Fils.et au Saint-Esprit! C'est le chant de Téternité : l'ange et l'homme n'étaient pas, que Dieu, dans le concert des trois divines personnes, suffisait à sa louange : louange adécquate, infinie, parfaite comme Dieu, seule digne de lui. Combien le monde, si magnifiquement qu'il célébrât son auteur par les mille voix de la nature, demeurait au-dessous de l'objet de ses chants! Toutefois la création elle-même était appelée à renvoyer au ciel un jour l'écho de la mélodie trine et une ; lorsque le Verbe fut devenu

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par l'Esprit-Saint his de l'homme en Marie comme il l'était du Père, la résonance créée du Cantique éternel répondit pleinement aux adorables harmonies dont la Trinité gardait primitivement le secret pour elle seule. Depuis, pour l'homme qui sait comprendre, la perfection fut de s'assimiler au tils de Marie afin de ne faire qu'un avec le Fils de Dieu, dans le concert auguste où Dieu trouve sa gloire.

Vous fûtes, ô Bède, cet homme à qui l'intelligence est donnée. 11 était juste que le dernier souffle s'exhalât sur vos lèvres avec le chant d'amour oii s'était consumée pour vous la vie mortelle, marquant ainsi votre entrée de plain-pied dans l'éternité bienheureuse et glorieuse. Puissions-nous mettre à profit la leçon suprême où se résument les enseignementsde votre vie si grande etsi simple.

Gloire à la toute-puissante et miséricordieuse Trinité î N'est-ce pas aussi le dernier mot du Cycle entier des mystères qui s'achèvent présentement dans la glorification du Père souverain par le triomphe du Fils rédempteur, et l'épanouissement du règne de TEsprit sanctificateur en tous lieux.- Qu'il était beau dans l'Ile des Saints le règne de l'Esprit, le triomphe du Fils à la gloire du Père, quand Albion, deux fois donnée par Rome au Christ, brillait aux extrémités de l'univers comme un joyau sans prix de la parure de l'Epouse ! Docteur des Angles au temps de leur fidélité, répondez à l'espoir du Pontile suprême étendant votre culte à toute l'Eglise en nos jours, et réveillez dans l'âme de vos concitoyens leurs sentiments d'autrefois pour la Mère commune.

A palme du martyre n'a pas été conquise par ce saint pape dans une victoire remportée sur quelque prince païen ; il l'a gagnée en luttant pour la liberté de l'Eglise contre un roi chrétien. Mais ce roi était hérétique, et par conséquent ennemi de tout pontife zélé pour le triomphe de la vraie foi. La situation du vicaire de Jésus-Christ ici-bas est une situation de lutte, et souvent il arrive qu'un pape est véritablement martyr sans avoir versé son sang. Saint Jean 1^% que nous honorons aujourd'hui, n'a pas succombé sous le glaive; un indigne cachot a été l'instrument de son martyre ; mais bien d'autres pontifes brilleront au ciel en sa compagnie, sans avoir même porté le poids des chaînes : le Vatican a été leur Calvaire. Ils ont vaincu et ils ont succombé sans éclat, laissant au ciel le soin de venger leur cause : tel fut entre autres t'angélique Clément XIll audix-huitième siècle. Celui qui paraît aujourd'hui sur le Cycle exprime dans sa conduite la pensée qiii doit inspirer tout membre de l'Eglise, s'il est digne de sa mère. Saint Jean I*"' nous apprend que nous ne devons jamais pactiser avec l'hérésie, ni prendre part aux mesures qu'une politique mondaine croit devoir instituer pour lui assurer des droits. Si les siè6o6

clés, aidés de l'indillérence religieuse des gouvernements, ont lé^ué la tolérance 2t même le privilège de l'égalité aux sectes qui ont rompu avec l'Eglise, nous pouvons subir cette situation qui est la plus grave atteinte à la constitution chrétienne d'un Etat; mais notre conscience catholicjue nous interdit de la louer et de la considérer comme un bien. En quelque condition que la divine Providence nous ait placés, nous n'en devons pas moins puiser nos inspirations dans la foi de notre baptême, dans l'enseignement et dans la pratique infaillibles de l'Eglise, hors desquels il n'y a que contradiction, péril et naufrage,

La sainte Liturgie consacre aujourd'hui ces lignes à l'éloge des vertus et de la constance de saint Jean I»'.

JOANNES Etruscus, Justine seniore imperaiore rexit Ecclesiam : ad quem profectus est Constantinopolim auxilii causa, quod Theodoricus rex hœreticus divexabat Italiam : cujus etiam iter Deus rairaculis illustravit. Nam cum ei nobilis vir ad Corinthumequum, quo ejus uxor mansueto utebatur, itineris causa commodasset ; factum est, ut domino postea remissus equus ita ferox evaderet, ut frcmitu et totius corporisagitatione sempcr deinccps domiJEAN, né dans l'Etrurie, gouverna l'Eglise sous l'empire de Justin l'Ancien. Il fit le voyage de Constantinople pour implorer le secours de ce prince, dans un moment où !e roi hérétique Théodoric persécutait l'Italie. Dieu illustra par des miracles le voyage du pontife. Un homme de condition lui prêta pour se rendre à Corinthe le cheval dont sa propre femme se servait. Il arriva que cette bête qui avait été jusqu'alors de la plus grande douceur, ayant été rendue après que le pontife s'en fut servi, se montra désormais

Saint Jean i«f, Pape et Martyr, ôo-j

furieuse et agitée de mouvements violents chaque fois que sa maîtresse voulut la monter, et qu'elle la jeta par terre plusieurs fois, comme si elle se fût indignée de porter une femme, après avoir été montée par le vicaire de Jésus-Christ ; ce qui fut cause que le mari et la femme en firent hommage au pontife. Mais un prodige plus grand eut lieu à Constantinople à l'entrée de la porte dorée, lorsque le saint Pape rendit la vue à un aveugle, sous les yeux d'un peuple immense qui, ainsi que l'empereur, était accouru par honneur audevant du pontife. Ce prince se prosterna à ses pieds pour lui rendre l'hommage de sa vénération. Les afTaires étant réglées avec l'empereur, Jean retourna en Italie, et envoya aussitôt à tous les évêques de ce pays l'ordre de consacrer au service catholique les Eglises des ariens. Il ajoutait ces paroles : « Nous-mème, durant le séjour que nous avons fait à Constantinople pour l'intérêt de la religion catholique et pour les affaires du roi Théodoric, nous avons consacré dans ce pays comme Eglises catholiques toutes celles que nous avons trouvées en la possession des hérétiques. » Théodoric fut irrité de cette conduite ; il attira par ruse le pontife à

nam expulerit : tamquam indignaretur mulierem recipere, ex quo sedisset in eo Jesu Christi vicarius. Quamobrem illi equum pontifici donaverunt. Sed illud majus miraculum, quod Constanîinopoli in aditu portae aureœ, inspectante frequentissimo populo, qui unacum imperatore Pontifici honoris causa occurrerat, casco lumen restituit. Ad cujus pedes prostratus etiam imperator eum veneratus est. Rébus cum Imperatore compositis, in Italiam rediit, statimque epistolam scripsit ad omnes Italiae episcopos, jubens eos arianorum Ecclesias ad Catholicum ritum consecrare, illud subjungens : Quia et nos quando fuimus Constantinopoli, tam pro religione Catholica, quam pro régis Theodorici causa, quascumque illis in partibus eorum Ecclesias reperire potuimus, Catholicas eas consecravimus. Quod iniquissimo animo ferens Theodoricus, dolo accersitum Pontificem Ravennam in carcerem conjecit : ubi squalore inediaque afflictus, paucis diebus cessit e vita, cum sedisset annos duos, men6o8

ses novem, diesquatuordccim : ordinatis eo tempore episcopis quindecim. Paulo post moritur Theodoricus : quem quidam eremita, ut scribit sanctus Gregorius, vidit jnter Joanncm Pontificeni, et Symmachum patritium; quem idem occiderat, demergi in ignem Liparitanum, ut videlicet illi, quibus mortem attulerat, tamquam judices essent ejus interitus. Joannis corpus Ravenna Romam portatum est, et in Basilica sancti Pétri sepultum.

Ravenne, et le fit jeter en prison. L'insalubrité du lieu et les dures privations que Jean y subit achevèrent sa vie en peu de jours. Il avait siégé deux ans, neuf mois et quatorze jours, et avait ordonné durant ce temps quinze évèques. Théodoric mourut peu après ; et saint Grégoire raconte à son sujet qu'un pieux anachorète avait vu ce prince en présence du pape Jean et du patricien Symmaque, qu'il avait aussi fait mourir, et que Théodoric avait été jeté dans le cratère de Lipari ; en sorte que ces deux hommes de la mort desquels il était coupable étaient ses juges et le condamnaient. Le corps de Jean fut rapporté de Ravenne à Rome, et on l'ensevelit dans la Basilique de Saint-Pierre.

■y ous avez cueilli la palme, saint Pontife, en ^ confessant la sainteté itrimaculée de l'E- glise. Cette Epouse du Fils de Dieu u n'a ni tache ni ride i, » comme nous dit l'Apôtre; et c'est pour cela qu'elle ne peut habiter avec l'hérésie dans la terre que son Epoux divin lui a assignée en dot. Des jours sont venus où les hommes, épris des calculs et des intérêts de ce monde passager, ont résolu de régler la société humaine sans plus tenir compte des droits du Fils de Dieu, de qui procède tout ordre social comme toute vérité.

Saint Jean F"^, Pape et Martyr. 6og

fidèles, et se sont complus à élever de toutes parts des temples pour les sectes qui se sont révoltées contre elle. Le catholique Mexique a vu s'accomplir cet attentat au grand jour, et Dieu ne l'a pas laissé sans Vengeance. Saint Pontife, reveillez dans les cœurs des chrétiens d'aujourd'hui le sentiment du droit imprescriptible de la vérité divine. Nous pourrons alors nous abaisser devant les nécessités imposées par le triomphe fatal de l'erreur, dans l'âge qui nous a précédés, sans accepter comme un progrès l'égalité que l'on affecte d'établir entre 1 erreur'et la vérité. Dans votre prison, vaillant martyr, vous avez proclamé le droit de l'Eglise unique ; au milieu de la défection prédite par l'Apôtre i, gardez-nous des lâches complaisances, des entraînements funestes, de la légèreté coupable qui fait tant de victimes en ces jours; et que notre dernière parole, au sortir de ce monde, soit celle que le Fils de Dieu a daigné nous apprendre lui-même : « O vous « qui êtes notre père, que votre Nom soit « sanctifié, que votre règne arrive ! »

I. II Thess. II, 3.

UATRE cents ans étaient à peine écoulés, depuis le départ d'Eleuthère pour la patrie céleste, qu'un second apôtre de la grande île britannique s'élevait de ce monde, au môme jour, vers la gloire éternelle. La rencontre de ces deux pontifes sur le cycle est particulièrement touchante, en même temps qu'elle nous révèle la prévoyance divine qui règle le départ de chacun de nous, en sorte' que le jour et l'heure en sont tixés avec une sagesse admirable. Plus d'une fois nous avons reconnu avec évidence ces coïncidences merveilleuses qui forment un des principaux caractères du cycle liturgique. Aujourd'hui, quel admirable spectacle dans ce premier archevêque de Cantorbéry, saluant sur son lit de mort le jour où le saint pape à qui l'Angleterre doit la première prédication de l'Evangile, monta dans les cieux, et se réunissant à lui dans un même triomphe ! Mais aussi qui n'y reconnaîtrait un gage de la prédilection' dont le ciel a favorisé cette contrée longtemps fidèle, et devenue depuis hostile à sa véritable gloire ?

L'œuvre de saint Eleuthère avait péri en grande partie dans l'invasion des Saxons et

5. A ugustin, Év., Apôtre de VA ngleterre. 6 1 1 des Angles, et une nouvelle prédication de l'Evangile était devenue nécessaire. Rome y pourvut comme la première fois. Saint Grégoire le Grand conçut cette noble pensée ; il eût désiré assumer sur lui-même les fatigues de l'apostolat dans cette contrée redevenue infidèle; un instinct divin lui révélait qu'il était destiné à devenir le père de ces insulaires, dont il avait vu quelques-uns exposés com.me esclaves sur les marchés de Rome. Mais du moins il fallait à Grégoire des apôtres capables d'entreprendre ce labeur auquel il ne lui était pas donné de se livrer en personne. Il les trouva dans le cloître bénédictin, où lui-même avait abrité sa vie durant plusieurs années. Rome alors vit partir Augustin à la tête de quarante moines se dirigeant vers l'île des Bretons, sous l'éten darà de la croix,

Ainsi la nouvelle race qui peuplait cette île recevait à son tour la foi par les mains d'un pape; des moines étaient ses initiateurs à la doctrine du salut. La parole d'Augustin et de ses compagnons germa sur ce sol privilégié. Il lui fallut, sans doute, du temps pour s'étendre à l'île tout entière; mais ni Rome, ni Tordre monastique n'abandonnèrent l'œuvre commencée ; les débris de l'ancien christianisme breton finirent par s'unir aux nouvelles recrues, et l'Angleterre mérita d'être appelée longtemps l'Ile" des saints.

Les gestes de l'apostolat d'Augustin dans cette île ravissent la pensée. Le dél^arquement des missionnaires romains qui s'avancent sur dette terre infidèle en chantant la Litanie; l'accueil pacifique et même bienveillant que

ôia

leur fait dès l'abord le roi Ethclbert ; l'influence de la reine Bcrthe, française et chrétienne, sur rétablissement de la foi chez les Saxons; le baptême de dix mille néophytes dans les eaux d'un fleuve au jour de Noël, la fondation de l'Eglise primatiale de Cantorbéry, l'une des plus illustres de la chrétienté par la sainteté et la grandeur de ses évèques : toutes ces merveilles montrent dans l'évangclisation de l'Angleterre un des traits les plus marqués de la bienveillance céleste sur un peuple. Le caractère d'Augustin, calme et plein de mansuétude, son attrait pour la contemplation au milieu de tant de labeurs, répandent un charme de plus sur ce magnifique épisode de l'histoire de l'Eglise ; mais on a le cœur serré quand on vient à songer

au'une nation prévenue de telles grâces est evenue infidèle à sa mission, et qu'elle a tourné contre Rome, sa mère, contre l'institut monastique auquel elle est tant redevable, toutes les fureurs d'une haine parricide et tous les efforts d'une politique sans entrailles.

Nous donnons ici le récit liturgique de la vie du saint apôtre.

AUGUSTINUS Romae in Lateranensi cœnobio monachus, a Gregorio Magno cum sociis monachis fere quadraginta in Angliam missus est anno qiiingentesimo nonagesimo septimo , ut gentcs illas ad Christum

AUGUSTIN, moine du monastère de Latran à Rome, fut envoyé par Grégoire le Grand en Angleterre pour convertir à Jésus-Christ les peuples de cette contrée. Environ quarante moines de sa communauté l'accompagnaient. C'était en l'année

s. A u^ustin, Év., Apôtre de VA ngleterre. 6 13

cinq cent quatre-vingt-dixsept. Le très puissant Ethelbert, alors roi de Kent, ayant appris la cause de l'arrivée d'Augustin, l'invita à venir à Contorbéry , métropole de son royaume, et lui accorda gracieusement la faculté d'y demeurer et de prêcher JésusChrist. Le saint construisit donc près de Cantorbéry un oratoire où il se fixa quelque temps et s'efforça d'imiter avec les siens la vie apostolique.

L'exemple de sa vie , la doctrine céleste qu'il prêchait et qu'il confirmait par beaucoup de miracles, adoucirent tellement le caractère de ces insulaires, qu'il amena la plupart d'entre eux- à la foi chrétienne, et enfin le roi lui-même, qu'il régénéra dans la fontaine sacrée avec un nombre considérable des gens de sa suite. Berthe, l'épouse royale, qui était chrétienne, s'en réjouit grandement. Un jour de Noël il administra le baptême à plus de dix mille personnes dans les eaux de la rivière d'York ; et l'on raconte que tous ceux de ces néophytes qui étaient atteints de quelque maladie, reçurent en cette circonstance la santé de leur corps avec

converteret. Erat eo tempore rex Ethelbertus in Cantio potentissimus, qui audita adventus Augustini causa, eum cum sociis Cantuariam. sui regni metropolim, invitavit ; ibique manendi et Christum prœdicandi facult-atem eidem libéralité r concessit. Quare sanctus vir prope Cantuariam oratorium exstruxit, ubi ipse aliquamdiu consedit, atque apostolicam vivendi rationem cum suis asmulatus est.

CŒ LE s T I s doctrinae prœdicatione plurimis firmata miraculis, ac vitœ exemple sic insulanos illos demulsit, ut eorum plerosque ad christianam fidem perduxerit, ac demum regem ipsum quem cum innumero suorum comitatu sacro fonte lustravit , summa cum laetitia Berthae regias uxoris. quœ christiana erat. Olim in Natali Domini, cum decem millibus et amplius baptismum in alveo fluminis Eboraci contulisset, quotquot ex lis morbo aliquo affecti erant, cum animas salute, corporis quoque sanitatem récépissé memoriae prodiîum est. Jussu GreLe Temps Pascal.

gorii ordinatus episcopus , sedem Cantuarine iDstituit in Ecclesia Salvatoris a se erecta, in qua monachos opcris sui sabsidiarios collocavit ; et Sancti Pétri monasterium, quod postea et a suo nomine dictum est, in suburbanis construxit. Idem Gregorius usum pnllii cum facultate ecclesiasticas hierarchias in Anglia instituendœ ei concessit , quo novam etiam operariorum manum misit, nerape Mellitum. Justura, Paulinum et Rufinianum.

Disposrns ejus Ecclesias rébus, synodum habiiit Augustinus cum episcopis atque doctor:- bus veterum Britonum, qui in Paschae celebratione aliisque ritibus ab Ecclesia Romana jamdudum dissidebant. Sed cum eos neque Apostolicaî Sedis auctoritate, neque miraculis movere posset ut dissidio cessarent, prophetico spiritu eis excidium prccnuntiavit, Denique maximis p r o Christo exantlatis laboribus, miraculis clarus, cum Mellitum Londile salut de leurs âmes. Ordonné évéque par le commandement de Grégoire, il établit son siège à Cantorbéry, dans l'Eglise du Sauveur qu'il avait bâtie, et il y plaça une partie des moinci qui l'aidaient dans ses travaux. Il fonda ensuite dans les faubourgs le m'-nastère de Saint-Pierre, qui plus tard fut appelé du nom d'Augustin lui-même. Le même Grégoire lui accorda l'usage du pallium et les pouvoirs nécessaires pour établir la hiérarchie ecclésiastique en Angleterre, en même temps qu'il lui envoyait un nouveau renfort d'ouvriers , savoir Meilitus, Juslus, Paulin et Rufinien.

AYANT réglé les affaires de cette Eglise , Augustin tint un concile avec les évéques et les docteurs des anciens Bretons, qui étaient depuis longtemps en désaccord avec l'Eglise Romaine dans la célébration de la Pàque et sur plusieurs autres rites. Mais comme ils refusaient de se rendre et à l'autorité du Siège Apostolique, et aux miracles qu'il faisait pour les ramener à la concorde, inspiré par un esprit prophétique, Augustin leur prédit les désastres qui les attendaient. Enfin, après avoir accompli les plus

s. Augustin, Ev., Apôtre de V Angleterre. 6 1 5

grands travaux pour JésusChrist, illustre par ses miracles, ayant préposé Mellitus à l'Eglise de Londres, Justus à celle de Rochester, Laurent à la sienne, il passa au ciel le sept des calendes de juin, sous le règne d'Ethelbert. On l'ensevelit au monastère de Saint-Pierre, qui devint par la suite le lieu de sépulture des archevêques de Cantorbéry et de plusieurs rois. Les peuples d'Angleterre lui rendirent un culte fervent ; et le Souverain Pontife Léon XIII a étendu son Office et sa Messe à toute l'Eglise.

Nous plaçons ici cette Hymne qui a été approuvée par le Saint-Siège, en l'honneur de l'apôtre de TAngleterre.

nensi Ecclesiae prœfecisset, Justum Roffensi, suae Laurentium, in cœlum migravit septimo calendas junias , Ethelberto régnante, ac sepultus est in monasterio Sancti Pétri, quod exinde Cantuariensium Antistitum et aliquot regum conditorium fuit. Èjus cultum ferventi studio prosec u t 32 sunt Anglorum gentes, ac Léo Decimustertius Pontifex Maximus ejus Officium et Missam ad universam extendit Ecclesiam.

ILE féconde des saints, célèbre ton apôtre, exalte lans tes pieux concerts le rils de Grégoire.

Rendue fertile par ses labeurs, tu donnas une moisson abondante ; et longtemps les fleurs de sainteté qui couvraient ton sol répandirent sur toi un éclat supérieur.

Suivi d'une troupe de quarante moines , il débarqua

la,

DA sanctis insuTuum canas apostolum ; Et filium Gregorii Laudes piis concentibus.

Ejus labore fertilis, Messem dedisti plurimam, Quae sanctitatis floribus Diu refulges inclyta.

Turma quadragenaria Stipatus intrat Angliann:

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Vexilla Christi proferens, Dus pacis adfert pignoCrucis trophaeum promicat,

Verbum salutis spargitur:

Fidera quin ipse barbarus

Rex corde prompto suscipit.

Mores feros gens exuit, Undisque Iota fluminis, Ipsa die renascitur Qua sol salutis ortus est.

O Pastor aime, filios E sede pascas siderum : In matris ulnas anxiae Gregem reducas devium.

Praesta, beata Trinitas, uae rore jugi gratiae item rigas : ut pristina Fides resurgens floreat.

Amen.

î

sur tes rivages, ô terre des Anglais ! Il portait l'étendard du Christ ; messager de la paix, il venait en apporter les gages.

Bientôt la croix est plantée sur ton sol comme un éclatant trophée, la parole du salut se répand de toutes parts ; et un roi barbare reçoit lui-même la foi d'un cœur docile.

La nation renonce à ses coutumes sauvages ; elle se plonge dans les eaux sanctifiées d'un fleuve, et renaît à la vie de l'àme le jour même où le Soleil de justice se leva sur le monde.

O Pasteur auguste, du haut du ciel, gouverne toujours tes fils; ramène dans les bras de la mère désolée l'ingrat troupeau qui s'est éloigné d'elle.

Heureuse Trinité, qui envoyez sans cesse sur votre vigne la rosée de la grâce, daignez faire renaître l'antique foi, afin qu'elle fleurisse comme aux anciens jours.

Amen.

- .ous êtes, ô Jésus ressuscité, la vie des peuy pies, comme vous êtes la vie de nos âmes. Vous appelez les nations à vous cons. A ugiistin, Êv. , Apôtre de l'A ngleterre. 6 1']

naître, à Vous aimer et à vous servir ; car « elles vous ont été données en héritage i )), et vous les possédez tour à tour. Votre amour vous inclina de bonne heure vers cette île de l'Occident que, du haut de la croix du Calvaire, votre regard divin considérait avec miséricorde. Dès le deuxième siècle, votre bonté dirigea vers elle les premiers envoyés de la parole ; et voici qu'à la fin du sixième, Augustin, votre apôtre, délégué par Grégoire, votre vicaire, vient au secours d'une nouvelle race païenne c^ui s'est rendue maîtresse de cette île appelée à de si hautes destinées.

Vous avez régné glorieusement sur cette région, ô Christ ! Vous lui avez donné des pontifes, des docteurs, des rois, des moines, des vierges, dont les vertus et les services ont porté aii loin la renommée de l'Ile des saints, et la grande part d'honneur dans une si noble conquête revient aujourd'hui à Augustin, votre disciple et votre héraut. Votre empire a duré longtemps, 6 Jésus, sur ce peuple dont la foi fut célèbre dans le monde entier ; mais, hélas ! des jours funestessont venus, et l'Angleterre n'a plus voulu que vous régniez sur elle 2, et elle a contribuée égarer d'autres nations soumises à son influence. Elle vous a haï dans votre vicaire, elle a répudié la plus grande partie des vérités que vous avez enseignées aux hommes, elle a éteint la foi, pour y substituer une raison indépendante qui a produit dans son sein toutes les erreurs. Dans sa rage hérétique, elle a foulé aux pieds et brûlé les reliques des saints qui étaient sa

I. Psalm. II. — 2. Luc. XIX, 14.

6iS Le Temps Pascal.

gloire, elle a anéanti l'ordre monastique auquel elle devait le bienfait du christianisme, elle s'est baignée dans lesangdcs martyrs, encourageant l'apostasie et poursuivant comme le plus grand des crimes la fidélité à l'antique foi.

En retour, elle s'est livrée avec passion au culte de la matière, à l'orgueil de ses flottes et de ses colonies ; elle "voudrait tenir le monde entier sous sa loi. Mais le Seigneur renversera un jour ce colosse de puissance et de richesse. La petite pierre détachée de la montagne l'atteindra à ses pieds d'argile, et les peuples seront étonnés du peu de solidité qu'avait cet empire géant qui s'était cru immortel. L'Angleterre "n'appartient plus à votre empire, 6 Jésus ! Elle s'en est séparée en rompant le lien de communion qui l'unit si longtemps à votre unique Eglise. \'ous avez attendu son retour, et elle ne revient pas ; sa prospérité est le scandale des faibles, et c'est pour cela que sa chute, que l'on peut déjà prévoir, sera lamentable et sans retour.

En attendant cette épreuve terrible que votre justice fera subir à l'île coupable, votre miséricorde, ô Jésus, glane dans son sein des milliers d'âmes, heureuses de voir la lumière, et remplies pour la vérité qui leur apparaît, d'un amour d'autant plus ardent, qu'elles en avaient été plus longtemps privées. Vous vous créez un peuple nouveau au sein même de l'intidélité, et chaque année la moisson est abondante. Poursuivez votre œuvre miséricordieuse, aùn qu'au jour suprême ces restes d'Israël proclament, au milieu des désastres de Babylone, l'immortelle vie de cette Eglise

s. Augustin, Év., Apôtre de l'Angleterre. 61 g

dont les nations qu'elle a nourries ne sauraient se séparer impunément. •

Saint apôtre de l'Angleterre, Augustin, votre mission n'est donc pas terminée. Le Seigneur a résolu de compléter le nombre de ses" élus, en glanant parmi l'ivraie qui couvre le champ que vos mains ont ensemencé. Venez en aide au labeur des nouveaux envoyés du Père de famille. Par votre intercession, obtenez ces grâces qui éclairent les esprits et changent les cœurs. Révélez à tant d'aveugles que l'Epouse de Jésus est « unique d, comme il l'appelle lui-même ^ ; que la foi de Grégoire et d'Augustin n'a pas cessé d'être la foi de l'Eglise catholique, et que des siècles de possession ne sauraient créer un droit a l'hérésie sur une terre qu'elle n'a conquise que par la séduction et la violence, et qui garde toujours le sceau ineffaçable de la caTholicité.

OiA (XUL CZUk CXtÀ. <tlA <tiA iXU, <\2J^ CZUl, CXiJL CtiA <TiA

: Cycle pascal nous oifïre trois illustres vierges que l'Italie a produites. Nous avons salué dans notre admiration la vaillante Catherine de Sienne ; sous peu de jours, nous célébrerons Angèle de Mérici, entourée de son essaim de )eunes tilles ; aujourd'hui le lis de Florence, Madeleine de Pazzi, embaume toute l'Eglise de ses parfums. Elle a été l'amante et l'imitatrice du divin crucifié ; n'est-il pas juste qu'elle ait part aux allégresses de sa résurrection ?

Madeleine de Pazzi a brillé sur le Carmel par son éclatante pureté et par l'ardeur de son amour. Elle a été, comme Philippe Néri, l'une des plus éclatantes manifestations de la divinecharitéau sein de la vraie Eglise, se consumant à l'ombre du cloître comme Philippe dans les labeurs du ministère des âmes, ayant recueilli l'un et l'autre, pour l'accomplir en eux, cette parole de l'Homme-Dieu : « Je suis « venu allumer le feu sur la terre ; et quel est ({ mon désir, sinon qu'il s'entlamme ' ? »

La vie de l'Epouse du Christ fut un miraSainte Marie-Madeleine de Pa:^:{ii Vierge. 621

cle continuel. L'extase et les ravissements étaient journaliers chez elle. Les plus vives lumières lui furent communiquées sur les mystères, et, afin de l'épurer davantage pour ces sublimes communications, Dieu lui fit traverser les plus redoutables épreuves de Ir. vie spirituelle. Elle triompha de tout, et sor. amour montant toujours, elle ne trouvait plus de repos que dans la souffrance, paï laquelle seule elle pouvait alimenter le feu

aui la consumait. En même temps son cœur ébordait d'amour pour les hommes ; elle eût voulu les sauver tous, et sa charité si ardente pour les âmes s'étendait avec héroïsme jusqu'à leurs corps. Tant que dura ici-bas cette existence toute séraphique, le ciel regarda Florence avec une complaisance particulière ; et le souvenir de tant de merveilles a maintenu dans cette ville, après plus de deux siècles, un culte fervent à l'égard de l'insigne épouse du Sauveur des hommes.

L'un des plus frappants caractères de la divinité et de la sainteté de l'Eglise apparaît dans ces existences privilégiées, sur lesquelles se montre avec tant d'éclat l'action directe des mystères de notre salut, u Dieu a tant f( aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils « unique 1 » ; et ce Fils de Dieu daigne se passionner pour une de ses créatures, produisant en elle de tels effets, que tous les hommes sont à même d'y prendre une idée de l'amour dont son Cœur divin est embrasé pour ce monde qu'il a racheté au prix de son sang. Heureux ceux qui savent goûter ce

spectacle, qui savent rendre grâces pour de tels dons ! Ils ont la vraie lumière, tandis que ceux qui s'éionnent et hésitent font voir que les lueurs qui sont en eux luttent encore avec les ténèbres de la nature déchue.

L'espace qui nous reste ne nous permet pas, à notre grand regret, de développer davantage le caractère et la vie de notre sainte; nous insérons ici les Leçons trop abrégées de son Office qui n'en donnent qu'une faible idée.

MARIA Magdalena, illusiriori Pazziorum génère Florentiae nata, fere ab incunabulis iter pert'cctionisarripuit.Decennis pcrpetuara virginitatem vovit. susceptoque habitu in monasterio Sanctœ Marias Angeloruin ordinis Carmelitarum, se omnium virtutum exemplar exhibuit. Adeo casta fuit, ut quidquid puritatem laedere potest. penitus ignoraverit. Quinquennium, Deo jubente. solo pane et aqua transegit. exceptis dicbiis Dominicis, quibus cibis Quadragesimalibus vescebatur. Corpus suum cilicio, flagellis, frigore, inedia, vigiliis, nuditate , atque omni pœnarum génère cruciabat.

Marie-Madeleine , de l'illustre famille des Pazzi. naquit à Florence, et marcha presque dès le berceau dans le chemin de la perfection. Dès l'âge de dix ans, elle fit vœu de virginité, et, lorsqu'elle eut pris l'habit de carmélite dans le monastère de Notre-Dame- desAnges. elle fit voir en sa personne un modèle achevé de toutes les vertus. Sa pureté alla jusqu'à ignorer toute sa vie ce qui peut blesser cette vertu. Par l'ordre de Dieu, elle jeûna cinq ans au pain et à l'eau, hors les dimanches qu'elle usait des mets permis en Carême. Elle afliigeait son corps par le cilice, les fouets, l'abstinence, les veilles, la nudité, et par toutes sortes de tourments.

Sainte Marie-Madeleine de Pa^:^i, Vierge. 623

LE feu de l'amour divin était si brûlant en elle, que, n'en pouvant supporter l'ardeur, elle était obligée, pour la tempérer, de répandre de l'eau sur sa poitrine. Souvent ravie hors d'elle-même, elle éprouvait de longues et me-rveilleuses extases, dans lesquelles elle pénétrait les mystères célestes, et recevait de Dieu des faveurs admirables. Fortifiée par ces secours, elle soutint un long combat contre les princes des ténèbres, livrée à la sécheresse et à la désolation, abandonnée de tout le monde, et poursuivie de diverses tentations, par la permission de Dieu, qui voulait en faire le modèle d'une invincible patience et de la plus profonde humilité.

SA charité envers le prochain éclatait particulièrement : souvent elle passait les nuits sans dormir, ;occupée soit à faire l'ouvrage des sœurs, soit à servir les malades, qu'elle guérit plus d'une fois en suçant leurs ulcères. Elle pleurait amèrement la perte des infidèles et des pécheurs, et s'offrait à endurer toutes sortes de tourments pour leur salut. Plusieurs années avant sa mort, elle renonça avec une vertu héroïque à toutes les délices dont le Ciel la comblait, et elle avait souvent à la bouche ces

TANTO ignc divini amoris œstuabat , ut ei ferendo impar, ingasta aqua pectus refrigerare cogeretur. Extra sensus fréquenter rapta, diuturnas et admirabiles exstases passa est, in quibus et arcana cœlestia penetravit, et eximiis a Deo gratiis illustrata fuitHis autem munita longum certamen a principibus tenebrarum susiinuit, arida, desolata, ab omnibus derelicta, variis que tentationibus vexata ; Deo sic permittente, ut invictœ pat.ientiaï. ac profundissimœ humilitatis exemplar praeberet.

CHARiTATEerga proximum singulariter enituit ; nam sœpe noctes ducebat insomnes, vel obeundis Sororum ministeriis, vel inserviendo infirmis occupata, quarum aliquando ulcéra lambens sanavit. Infidelium et peccatorum perditionem amarc deflens, se ad quîelibet pro illorum salute tormenta paratam offerebat, Multis ante obitum annis, universis cœli deliciis, quibus copiose affluebat, heroica virtute renuntians,

illud fréquenter in orc habebat : Pati, non mori. Tandem lonj^a et gravissima infirmitate exhai;sta, transivit ad Sponsum die vigesima quinta maii anr.o millesimo sexcentesimo septimo, explcto anno quadrap;esimo primo netatis sua?. Eam multis in vita et post mortem miraculis claram Clemens Nonus sanctarum Virginum numéro adscripsii : cujus corpus in prœsentem diem incorruptum conservât ur.

paroles : Souffrir, et ne pas mourir. Epuisée enfin par une longue et grave maladie, elle alla se réunir à TEpoux le vingt-cinq mai de l'an mil six cent sept, étant âgée de quarante-un ans. De nombreux miracles la rendirent célèbre durant sa vie et après sa mort. Clément IX linscrivit au nombre des saintes vierges, et son corps s'est conservé jusqu'aujourd'hui sans corruption.

VOTRE vie ici-bas, ô Madeleine, a semblé celle d'un ange que la volonté divine eût captivé sous les lois de notre nature inférieure et déchue. Toutes vos aspirations vous entraînaient au delà des conditions de la vie présente, et Jésus se plaisait à irriter en vous cette soif d'amour qui ne pouvait s'apaiser qu'aux sources jaillissantes de la vie éternelle ^. Une lumière céleste vous révélait les mystères divins ; votre cœur ne pouvait contenir les trésors de vérité et d'amour que l'Esprit-Saint y accumulait; et alors votre énergie se réfugiait dans le sacrifice et dans la souffrance, comme si l'anéantissement de vous-même eût pu seul acquitter la dette que vous aviez contractée envers le grand Dieu qui vous comblait de ses faveuss les plus chères.

Sainte Marie-Madeîeine de Pu;; ji, Vierge. 025

Ame de séraphin, comment vous suivronsnous ? Qu'est notre amour auprès du vôtre ? Nous pouvons cependant nous attacher de loin à vos traces. L'année liturgique était le centre de votre existence ; chacune de ses saisons mystérieuses agissait sur vous, et vous apportait, avec de nouvelles lumières, de nouvelles ardeurs. L'Enfant divin de Bethléhem, la sanglante Victime de la croix, le glorieux Epoux vainqueur de la mort, l'Esprit rayonnant de sept dons ineffables, vous ravissaient tour à tour ; et votre âme, renouvelée par cette succession de merveilles, se transformait toujours plus en celui qui, pour s'emparer de nos cœurs, a daigné se traduire lui-même dans ces gestes immortels que la sainte Eglise nous fait repasser chaque année avec le secours d'une grâce toujours nouvelle. Vous aimiez ardemment les âmes durant votre vie mortelle, 6 Madeleine; votre amour s'est accru encore dans la possession du bien suprême ; obtenez-nous la lumière pour voir mieux ce qui ravissait toutes vos puissances, l'ardeur de l'amour pour aimer mieux ce qui passionnait votre cœur.

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ES saints papes de l'âge primitif apparaissent en groupe sur cette dernière partie du Cycle pascal. Aujourd'hui, c'est Félix I", un martyr de la persécution d'Aurélien au iii« siècle. Le détail de ses actes ne s'est pas conservé ; nous savons seulement qu'il proclama le dogme de l'Incarnation avec une admirable précision dans une lettre à l'Eglise d'A- lexandrie, dont un fragment fut lu avec éloge dans les deux conciles œcuméniques d'Ephèse et de Chalcédoine.

Un autre trait emprunté aux usages de l'Eglise de ces temps orageux nous montre le saint Pontife empressé à faire rendre aux saints martyrs l'honneur qui leur est dû. Il ordonna qu'on célébrerait le divin Sacrifice sur leurs tombeaux ; et l'Eglise pratique encore aujourd'hui un reste ^e cette prescription, en exigeant que tous les autels, fixes ou portatifs, contiennent au moins quelques reliques des martyrs. Nous aurons occasion de revenir sur cet usage.

Voici le court récit que la Liturgie consacre à la mémoire du saint Pape.

FELIX Romanus, pâtre Constantio, Aureliano imperatore praefuit

FÉLIX, né à Rome, fils de Constantius, gouverna l'Eglise sous l'empire d'AuSaint Félix I^^, Pape et Martyr. 62-

rélien. Il ordonna que la Messe serait célébrée sur les Mémoires et sur les Sépulcres des martyrs. Il tint deux ordinations au mois de décembre, où il créa neuf prêtres, cinq diacres et cinq évêques pour divers lieux.

II fut couronné du martyre, et enseveli sur la voie Aurélia, dans une basilique qu'il avait élevée, et qu'il dédia.

11 vécut dans le pontificat deux ans, quatre mois et vingt-neuf jours.

Ecclesiae. Constituit ut Missa supra memorias et sepulcra Martyrum celebraretur. Qui cum mense decembri habuisset Ordinationes duas, et creasset presbytères novem, diaconos quinque, episcopos per diversa loca quinque, martyrio coronatus, via Aurélia sepelitur in Basilica quam a se aedificatam dedicarat. Vixit in pontificatu annos duos, menses quatuor, dies viginti novem.

VOUS avez imité dans sa mort votre Maître divin, ô saint Pontife; car vous avez donné comme lui votre vie pour votre troupeau. Comme lui aussi vous sortirez vivant du tombeau, et votre âme bienheureuse viendra rejoindre ce corps qui a souffert la mort en témoignage de la vérité que vous annonciez dans Rome. Jésus est le premier-né entre les morts ' ; après l'avoir suivi dans sa passion, vous le suivrez dans sa résurrection Votre corps fut déposé dans ces souterrains glorieux que la piété de l'Eglise de votre temps décora du nom de Cimetières, qui signifie un lieu préparé pour le sommeil. Vous vous réveillerez, ô Félix, en ce grand jour où la Pâque recevra son dernier accomplissement ; priez afin que nous ayons part avec vous à la bienheureuse résurrection.

Obtenez que les grâces de la solennité pascale se conservent en nous, et disposez nos cœurs à la visite de l'Esprit-Saint, cjui confirme dans les âmes l'œuvre accomplie par le divin auteur du salut.

'ans les jours consacrés à honorer la naissance de notre Emmanuel, nous vîmes près de son berceau l'imposante figure du Bienheureux empereur Charlemagne. Ceint du diadème impérial, tenant en main son puissant glaive, il semblait veiller sur l'enfant que des bergers avaient adoré les premiers. Aujourd'hui, près du glorieux sépulcre visité d'abord par Madeleine et ses compagnes, nous apercevons un roi, Ferdinand le Victorieux , ceint de la couronne et faisant la garde avec sa vaillante épée si redoutée du Sarrasin. La France et l'Espagne sont ainsi représentées sur le Cycle par leurs plus nobles souverains : l'un vénérant le mystère du Dieu incarné, l'autre rendant son hommage au mystère du Dieu vainqueur de la mort.

La catholique Espagne est personnifiée dans son Ferdinand, et la France très chrétienne reconnaît dans ce prince héroïque le sang de son saint Louis. Bérengère, mère de Ferdinand, et Blanche, mère de Louis, étaient sœurs. Pour former le royaume catholique, il fallut un des Apôtres du Christ, saint Jacques le Majeur ; il fallut une épreuve formidable, l'invasion du Sarrasin qui déborda sur la Péninsule comme un déluge ; il fallut un

63 o Le Temps Pascal.

exploit chevaleresque qui dura huit siècles, et par lequel l'Espagne recouvra son sol et sa liberté. Saint Ferdinand résume en lui cette armée de héros qui ont repoussé le Maure et créé la patrie ; mais au courage du soldat il a réuni les vertus du saint.

Quels exploits dans cette vie qui compte autant de victoires que de combats! Cordoue, la ville des Califes, tomba au pouvoir d'un si fier chrétien, et les portiques de son alhambra n'abriteront plus le luxe et la mollesse féroce des sectateurs de l'Islam. Sa splendide mosauée est purifiée par l'eau sainte, et devient l'église cathédrale de Cordoue redevenue chréuenne. Les sectateurs de Mahomet avaient enlevé les cloches de l'Eglise de SaintJacques à Compostelle, ils les gardaient en trophée à Cordoue; par ordre du saint roi, ces cloches sont reportées à dos de Sarrasin, à travers l'Espagne, jusqu'à l'auguste sanctuaire auquel elles avaient été ravies.

Séville, à son tour, après un siège de seize mois, tomba au pouvoir de Ferdinand, malgré sa double enceinte de murailles flanquées cie cent soixante-six tours. L'armée chrétienne était faible en nombre; la défense des Sarrasins servis par tous les avantages du site et l'habileté de la conduite, fut de la dernière énergie ; mais le croissant dut s'éclipser devant la croix triomphante. Ferdinand accorda un mois aux Sarrasins pour se retirer de la ville et du territoire. Trois cent mille se replièrent sur Xérès, et cent mille passèrent en Afrique. Le vaillant chef de ce peuple abattu, jetant un dernier regard sur la ville rentrée au pouvoir des chrétiens, dit

5. Ferdinand, Roi de Castille et Conf. 63 r à ses officiers, les larmes aux yeux : « Il n'y « a qu'un saint qui ait pu avec de si faibles « troupes se rendre maître d'une place si « forte et peuplée de tant de défenseurs. » Nous n'énumérerons pas ici les villes et les

grovinces reconquises par le héros chrétien, a carrière toute de succès dut faire pressentir aux Maures que la Péninsule leur échapperait un jour tout entière ; au reste, Ferdinand avait formé le projet de faire une descente sur la côte africaine, et d'aller ainsi éteindre l'islamisme jusque dans son foyer le plus ardent. La mort arrêta ce noble dessein, et parvenu à Tàge de cinquante-trois ans, le saint roi échangea la couronne de la terre pour celle du ciel.

Sa piété l'avait rendu le ministre docile de la volonté de Dieu, dont il se regarda toujours comme l'humble instrument. Austère comme un anachorète, Ferdinand fut compatissant comme un père pour ses peuples: « Je crains « plus, dit-il un jour, les malédictions d'une « î?auvre femme que toute l'armée des Sar« rasins. » Il dota richement les églises qu'il élevait dans l'Espagne reconquise,' et, fidèle chevalier de la Rei^ne des cieux, il l'honora toujours commue sa dame et maîtresse. En retour d'un culte si fervent, Marie daigna bénir constamment les armes de son illustre champion. On doit voir aussi un gage de sa maternelle tendresse pour le saint roi dans un fait mentionné par les chroniqueurs contemporains, et qui dans ces siècles atteste l'intervention divine. Durant tout le règne de Ferdinand, ni la peste ni la famme ne vinrent affliger ses Etats. A la ditîérence de notre

632 Le Temps Pascal.

saint Louis, dont la vie fut remplie d'épreuves, Ferdinand fut toujours heureux ; comme si Dieu eût voulu donner à la fois aux hommes, dans ces deux admirables princes, le modèle du courage dans l'adversité et l'exemple de la modération dans les prospérités. A eux deux ils forment le plus complet tableau de la vie humaine régénérée dans le Christ, en qui nous adorons les humiliations de la croix et les splendeurs de la résurrection. Heureux siècles où Dieu choisissait les rois pour donner aux chrétiens de telles leçons! On se demandera comment un homme, un prince, tel que saint Ferdinand, accueillit la mort, lorsqu'elle vint tout à coup arrêter le cours de sa glorieuse carrière. Il était encore dans la force de l'âge. A l'approche du prêtre qui lui apportait le Corps du Seigneur, le pieux héros descend de son lit, et ce n'est qu'après avoir adoré son Sauveur, la face contre terre et la corde au cou, qu'il reçoit i'hostie sacrée. Ayant accompli ce grand acte, se sentant arrivé aux portes de l'éternité, il ordonne qu'on le dépouille des marques de la royauté, et appelle ses tils autour de son lit de mort. S'adressant à l'aîné qui fut Alphonse le Sage, il lui recommanda le soin de ses frères étales égards qu'il devrait à ceux qui sont les vassaux du prince et ses compagnons d'armes ; puis il ajouta: « Mon lils, « tu vois de quelles forces, de quelles posses« sions, de quel nombre de sujets tu es en« touré, plus qu'aucun autre roi chrétien ; « fais en sorte d'user dignement de ces avan« tages ; sois bon, ayant tant de moyens « de faire le bien. Te voilà maître de cette

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.V. Ferdinand III, Roi de Castille et Conf. 633

« terre que les Maures enlevèrent jadis au « roi Rodrigue. Si tu conserves le royaume « dans l'état où je te le laisse, tu seras un « bon roi, comme je l'ai été ; il en serait « autrement, si tu en laissais perdre quelque « chose. »

La dernière heure approchait; une apparition céleste vint conforter le royal mourant. Il remercia Dieu de cette faveur, et demanda le cierge béni ; mais avant de le prendre dans ses mains, levant les yeux au ciel, il dit : c( Seigneur, vous m'avez donné le ro« yaume que je n'avais pas, vous m'avez donné <L plus d'honneur et de puissance qiie je ne « méritais : recevez-en mes actions de grâces. « Je remets entre vos mains ce royaume que « j'ai accru autant qu'il m'a été possible : je « vous présente en même temps mon âme. » Il demanda ensuite pardon à ceux qui l'entouraient, les priant de lui faire grâce, s'il leur avait donné lieu quelquefois de se plaindre de lui. Toute la cour était présente ; et l'on n'entendit que des voix entrecoupées de sanglots, qui àleur tour imploraient le pardon.

Le saint roi prit alors le cierge en ses mains, et l'élevant vers le ciel, il dit : ce Sei« grieur Jésus-Christ, mon rédempteur, je « suis sorti nu du sein de ma mère, et je vais « rentrer nu dans la terre. Seigneur, recevez « mon âme, et par les mérites de votre très « sainte Passion, qu'il vous plaise la placer « parmi celles de vos serviteurs. » Après ces paroles, il rendit le cierge, et demanda aux évêques et aux prêtres qui étaient autour de lui, de réciter les Litanies, après lesquelles il leur fit chanter le Te Deion. Tout étant

achevé, il inclina la tète, ferma les veux et expira doucement.

Ainsi mouraient ces hommes dont la foi avait inspire toutes les œuvres, et qui sentaient qu'ils n'étaient en ce monde que pour servir Jesus-Christ et le faire régner Ces rois avaient fait l'Europe; ils lui avaient donné pour première loi l'Evan-ile, et pour droit public les canons de l'Eglise. L'Eufope, après des siècles d'unité dans le lien catholique, a cherche une autre loi et un autre droit; elle se dissout aujourd'hui, et semble même avoir oublie 1 élément qui la forma et la maintint durant tant de siècles à la tète de l'humanité, ruisse-t-elle un jour ouvrir les yeux, et, s'il en est temps encore, arrêter la décadence qui

1 entraîne fatalement, et conjurer la ruine qui la menace !

Nous empruntons les Leçons de l'Office du saint roi au Propre de la ville de Rome.

FERDINANDLS Tertius Castellae. et Legionis rex, cui Sancti cognomentum jam inde a quatuor saeculis ecclesiasticorumet sœcularium consensus dedere, tantum prudentia; adolescens adhuc spécimen prœbuit, ut Berengaria mater Castella» regina, a qua persancte educatus fuerat, abdicatum a se regnum in filium transtulerit. In eo, adjunctis regni curis, regiœ virtutes eraicuere : magnanimitas, clemenPERDINAND III, roi de Cas1 tille et de Léon, à qui depuis quatre siècles l'accord des ecclésiastiques et des séculiers a attribué le nom de saint, donna, dès son adolescence, ds si grandes preuves de sagesse, que Bérengère, reine de Castille, sa mère, qui l'avait élevé très saintement , abdiqua la royauté pour la lui remettre entre les mains. A peine Ferdinand fut-il entré dans les soins du gouvernement, que l'on vit briller en lui les vertus d'un roi : la magnanis, Ferdinand III, Roi de Castille et Conf. 635

mité, la clémence, la justice, et par-dessus tout le zèle de la foi catholique, dont il sut défendre et propager la pratique religieuse avec ardeur. Il montra ce zèle principalement en poursuivant les hérétiques, auxquels il ne permit jamais d'habiter dans ses royaumes. Il le fit voir encore en érigeant, dotant et consacrant au culte chrétien les églises de Cordoue, Jaen, Séville, et autres villes arrachées par lui au joug des Maures. Il rétablit avec une pieuse et royale munificence les cathédrales de Tolède, de Burgos, et plusieurs autres.

EN même temps, dans le royaume de Castille et de Léon, où il avait succédé à Alphonse son père, il réunit de fortes armées, et entreprit chaque année des expéditions contre les Sarrasins, ennemis du nom chrétien. Le plus puissant moyen de ce pieux roi pour s'assurer constamment la victoire fut dans les prières qu'il adressait à Dieu, dont il s'assurait le secours en flagellant sévèrement son corps avant la bataille, et se couvrant d'un rude cilice. Ce fut ainsi qu'il remporta d'insignes victoires contre les puissantes armées des Maures, et qu'il restitua au culte chrétien et à l'Espagne

tia, justitia, et prae caeteris catholicae fidei zelus, ejusque religiosi cultus tuendi, ac propagandi ardens studium. Id praestitit inprimis hœreticos insectando, quos nullibi regnorura suorum consistere passus est. Praestitit insuper in erigendis, dotandis, et consecrandis christiano ritu Cordubensi, Giennensi, Hispalensi et aliarum urbium ecclesiis, a maurico ereptarum jugo, simulque in instaurandis primariis templis Toletano, Burgensi et aliis pia et regia munificentia.

T NTER hœc, per CastelI lœ et Legionis regnum, in quo patri Alfonso successerat, collectismagnis exercitibus, annuas expeditiones contra Saracenos Christian! nominis hostes suscepit. In queis, ut semper vinceret, prsecipui exercitus fuere preces piissimi régis ad Deum fusse, et quod ante pugnam, ut sibi Deum propitiaret, flagris in se saeviebat, atque aspero cilicio muniebat corpus. Sicque insignes contra ingentes Maurorum acies victorias reportavit, et plures urbes christiano cultui,

63b

imperioque restituit , c«nquisiiis Giennii, Cordub;c et Miirciae ret,'nii», ac Granatensi vectigali facto. Ad expugnandam Hispalim primariam Baetica; urbem, hortante in visione (ut traditum est) leato Isidoro olim illius urbis episcopo, victricia signa transtulit. In ea obsidione prœsentem divinam opem habuisse fertur ; nam ferream catenam. quae super Bœtim transversim extensa Mahometanis pro repagulo erat, coorto validiori vento, una ex navibus regiis, régis jussu eo delata, tanto impetu fregit, ut longius praetervecta , ponîem quoque ligncum, et simul spes Maurorum obruperit et ad deditioncm coegerit.

TOT victorias beatas Virginis Marias patrocinio ferebat acceptas, cujus imaginem secum in castris habens, peculiari cuitu prosequebatur.

Capta Hispali, prima religionis cura fuit : nam templum Maurorum expiatum et Christianorum dedicatum sacris, insigni archiepiscopatu, et hoI des villes nombreuses, ayant conquis les royaumes de Jaën, Cordoue et Nlurcie, en même temps qu'il rendit tributaire celui de Grenade. Il amena ses étendards victorieux devant Séville, capitale de la Bétique, après une vision dans laquelle on rapporte que saint Isidore, autrefois évéque de cette ville, lui en avait donné le conseil. Les historiens racontent aussi qu'il fut assisté du secours divin dans ce siège, en la manière suivante. LesMahométans avaient tendu sur le Guadalquivir une chaîne de fer qui barrait le passage. Un vent violent s'éleva tout à coup, et l'un des navires royaux lancé par l'ordre du prince alla briser cette chaîne avec une telle violence qu'il fut entraîné plus loin, et alla rompre un pont de bateaux dont la ruine enleva l'espoir aux Maures, et amena la reddition de la place.

FERDINAND a attribué toutes ces victoires au patronage

j de la bienheureuse Vierge Marie, dont il avait toujours

I dans son camp l'image qu'il honorait d'un culte spécial. Avant pris Séville, son premier soin fut de songer au culte divin. Il fit purifier tout aussitôt la mosquée des Sarrasins, et la dédia au service religieux des chrétiens,

s. Ferdinand III, roi de Castille et Conf. b3j

l'ayant pourvue avec une royale et pieuse libéralité d'un siège archiépiscopal richement doté et d'un collège de chanoines et de dignités convenablement établis. Il érigea encore d'autres églises et plusieurs monastères dans cette ville. Au milieu de ces actes de piété, il se préparait à passer en Afrique pour y anéantir la puissance musulmane, lorsqu'il se vit appelé au royaume du ciel. Etant arrivé à ses derniers moments, il adora la corde au cou, prosterné par terre, avec d'abondantes larmes, la sainte Eucharistie qu'on lui apportait pour viatique. Ayant reçu le divin sacrement avec la plus humble révérence accompagnée des plus vifs témoignages de son attachement à la foi catholique, il s'endormit dans le Seigneur. Son corps, demeuré sans corruption depuis six siècles, repose dans la cathédrale de Séville, où il est renfermé dans un tombeau de la plus rare magnificence.

VTous avez délivré votre peuple du joug de l'infidèle, ô Ferdinand, imitant le divin ressuscité qui nous a affranchis de la mort du péché et rendus à la vie que nous avions perdue. Vos conquêtes n'ont point ressemblé à celles des conquérants profane-s, qui n'ont d'autre but que de satisfaire leur orgueil et celui de leurs peuples. Vous veniez délivrer

nestissimo carK)nicorum et dignitatum collegio, regia et religiosa liberalitate exornavit. Alia deinde in urbe templa et cœnobia erexit : inter quas pietatis oflficia, dum trajicere in Africam parât, mahumetanum in ea imperium eversurus, ad cœlestem regiam vocatur. In extremo vitae agone sacram Eucharistiam pro viatico allatam, fune ad collum alligato, et humi stratus, cum lacrymis ubertim fusis adorans, eaque dignis reverentiae, humilitatis et catholicne fidei obtestationibus accepta, obdormivit in Domino. Jacet ejus corpus, incorruptum adhuc post sex sœcula, in templo maximo Hispalensi, honorificentissimo inclusum sepulcro.

63 s Le Temps Pascal.

vos frères opprimes et courbés depuis des siècles sous un joug odieux. Vous veniez les arracher aux périls" de séduction qu'ils couraient dans un esclavage séculaire. Champion du Christ, c'est pour lui d'abord çque vous forciez les remparts des cités sarrasines. Son étendard était le vôtre, et vouscherchiez avant tout à étendre son royaume. En retour, il daigna vous bénir en tous vos combats, et votre épée sortit toujours victorieuse.

Votre mission, 6 Ferdinand, fut de préparer au Seigneur un peuple que la sainte E£;lise a honoré entre tous les autres, en lui décernant le beau nom de Catholii^ue. Heureuse Espagne, qui à force de persévérance et de courage a su briser le joug musulman, que les peuples qui l'ont subi gardent toujours ! Heureuse Espagne, qui a repoussé avec succès l'invasion âe la prétendue Réforme au XVI* siècle, ayant ainsi conservé l'antique foi qui sauve les âmes, et est en même temps le plus fort lien de la patrie ! Priez pour votre peuple, ô Ferdinand ! Des doctrines perverses circulent dans son sein, des influences perfides cherchent à l'égarer, et beaucoup d'âmes sont séduites. Ne souffrez pas qu'il sacrifie jamais par d'imprudentes et lâches concessions ce dépôt de foi qu'il a su maintenir intact durant tant de siècles. Combattez les machinations ténébreuses par lesquelles les méchants cherchent à le lui enlever. Maintenez en lui l'horreur qu'il a si longtemps ressentie pour l'hérésie, et que rien ne le fasse déchoir du rang qu'il a conquis entre les peuples fidèles." L'unité de croyance et de culte peut le sauver encore, le retenir sur le

s. Ferdinand III, Roi de Castille et Conf. 63g

bord de l'abîme où tant de nations ont sombré ; saint roi, sauvez encore une fois le royaume que Dieu vous avait confié, et que vous remettiez entre ses mains avec une si humble reconnaissance, au moment où vous alliez échanger la couronne de la terre contre celle du ciel. Vous êtes resté son protecteur aimé ; hâtez-vous de le secourir.

E jour rayonne d'unedouble gloire : marqué par le triomphe virginal d'Aurélia Pétronilla au premier âge de l'Eglise, il est embaumé par le parfum des lis qui ceignent le front d'Angèle de Mérici. Le xvi' siècle, qui naguère offrait au Christ ressuscité !a séraphique Madeleine de Pazzi, lui présente aujourd'hui ce nouveau tribut de la sainteté de l'Eglise. Angèle remplit toute la signihcation du beau nom qu'elle a reçu. Elle possède dans un corps mortel la pureté des esprits bienheureux, et elle imite leur vol agile, leur céleste énergie, par la vigueur de toutes les vertus. On voit cette héroïne de la grâce céleste abattre à ses pieds tout ce qui pourrait arrêter sa course. Elevée de bonne heure à la plus haute contemplation, une ardeur chevaleresque la pousse jusque sur les plages de l'Orient pour y suivre les traces de l'Époux divin auquel elle s'est donnée. On la voit ensuite visiter la nouvelle Jérusalem, et répandre ses vœux devant la Confession de saint Pierre ; après quoi, rentrée dans son repos, elle fonde un Ordre religieux qui est encore et qui sera toujours l'un des ornements et l'un des secours de la sainte Eglise. Le spectacle d'Ursule entourée de sa légion

Sainte Angèle de Mérici, Vierge 641

de vierges a séduit le cœur d'Angèle ; il lui faut aussi une armée de filles vaillantes. La noble princesse bretonne atfronta les barbares ; Angèle, nouvelle Ursule, livrera bataille au monde et à ses séductions si redoutables pour des âmes encore neuves, et, comme trophée de ses victoires, elle peut montrer les innombrables générations d'adolescentes que son saint institut a sauvées depuis trois siècles, en les initiant à la pratique et à l'amour des vertus chrétiennes.

La sainte Eglise nous donne en ces termes le récit abrégé des vertus et des actions de sainte Angèle.

ANGÈLE de Mérici naquit de parents pieux à Decenzano, petite ville du diocèse de Vérone, près du lac Benago, dans l'Etat de Venise. Dès son jeune âge, elle veilla avec la plus grande précaution sur le lis de la virginité, qu'elle avait résolu de conserver à jamais intacte. Repoussant toutes les parures de son ■ sexe, elle altéra la beauté de son visage et coupa ses cheveux, afin de ne plaire qu'au céleste Epoux des âmes. Etant encore dans la fleur de son adolescence, et ayant perdu ses parents, elle tenta de s'enfuir dans un désert, afin d'y mener une vie plus austcre. Ayant été empêchée par un oncle de mettre ce dessein à exécution, elle sut pratiquer à la maison ce qu'il

ANGELA Mericia, Decentiani Veronensis diœcesis oppido ad lacum Benacum, in ditione Veneta, piis orta parentihus, a prima asiate virginitatis lilium, quod perpétue servare statuerai, sedula sepsit. Ab omni muliebri ornatu abhorrens, egregiam vuhus formam, pulchram cjesariem studiose fœdavit, ut cœlesti duntaxat animarum sponso placcret. In ipso autem adolescentiae flore parentibus orbata, austerioris vitae desiderio in desertum locum aufugere tentavit ; sed ab avuncLiloprohibita, novit praïstare domi, quod in solitudine non licuit. Cilicio, ac flagellis frequenLe Temps Pascal.

ter usa ; carnem non nisi infirma valetudine, vinum in Nativitatis et Rcsurrectionis Dominicoe tantiim celebritate, complures vero dies nihil omnino dcgustavit. Orationi dedita brevissimiim liumi carpebat somnum : daemonem vero sub lucentis angeli forma sibi illudere conantem agnovit protinus. et conjecit in fugam. Tandem paternis bonis abdicatis, et habitum ac regulam tertii Ordinis sancti Francisci amplcxa, evangelicam paupertatem virginitatis laudi conjunxit.

NULLUM pietatis officium erga proximos omittens, pauperibus quidquid sibi ex emendicato victusuperesset. largiebatur. Libenter ministrabat aegrotis, pluraquc cum magna janctitatis fama peragravit loca, ut vel solatio esset afflictis, vel reis veniam impetraret, vel infensos invicem reconciliaret animes, vel e vitiorum cœno scelestos revocaret. Angelorum pane, quem

ne lui était pas permis de faire dans la solitude. Elle se revêtit du cilice, et prit fréquemment la discipline ; hors les cas de maladie elle s'interdit la viande, et n'usa de vin qu'aux fêtes de la Nativité et de la Résurrection du Seigneur ; il lui arrivait même de passer plusieurs jours sans prendre de nourriture. \'ouée à une prière continuelle, elle prenait sur la terre nue un court sommeil. Le démon ayant voulu lui faire illusion sous la forme d'un ange de lumière, elle le reconnut aussitôt et le mit en fuite. Ayant enfin renoncé à la succession de son père, et embrassé la règle du tiersordre de saint François dont elle prit l'habit, elle joignit la pauvreté évangélique à la gloire de la virginité.

FIDÈLE à tous les devoirs de miséricorde envers le prochain, elle donnait aux pauvres tout ce qui lui restait de la nourriture qu'elle avait obtenue par l'aumône, et se livrait avec empressement au soin des malades. Elle laissa une haute renommée de sainteté dans un grand nombre de lieux quelle visitait, soit pour consoler les affligés, soit pour réconcilier des ennemis, soit pour retirer de grands pécheurs du bourbier des vices. Nourrie fréquemment

Sainte Angcle de Mérici, Vierge. 643

du pain des anges, unique objet de ses désirs, l'ardeur de son transport pour Dieu était si grande, que souvent elle était ravie hors de ses sens. Elle visita avec une piété profonde les saints lieux de la Palestine. Dans le cours de ce voyage, ayant perdu la vue en passant dans l'île de Candie, elle l'y recouvra au retour, après avoir échappé par le secours divin aux mains des barbares et au danger imminent d'un naufrage. Sous le pontificat de Clément

VII. elle se rendit à Rome, afin d'y vénérer la pierre fondamentale de l'Eglise et d'y gagner l'abondant pardon du jubilé. Le pape ayant eu avec elle un entretien, découvrit sa haute sainteté, parla d'elle avec les plus grands éloges, et ne lui permit de sortir de Rome qu'après avoir reconnu que le ciel l'appelait ailleurs.

DE retour à Brescia, elle alla prendre sa demeure près de l'Eglise de SainteAfra. Ce fut là qu'elle institua, d'après l'ordre de Dieu qu'elle avait connu par une voix céleste et par une vision, une nouvelle société de vierges sous une discipline particulière, avec des règles qu'elle avait rédigées d'une manière toute sainte. Elle donna à cet institut le nom et le v^atronage de sainte Ursule.

unice esuriebat, frequentissime refecta, tanta charitatis vi ferebatur in Deum, ut saspius extra sensus raperetur. Sacra Halaestinae loca summa cum religione obivit. Quo in itinere, et visum quem ad Cydonias appulsa oras amiserat, eodem régressa rocuperavit. et barbarorum captivitatem ac naufragium imminens divinitus evasit. Romam denique firmam Ecclesias petram veneratura, et amplissimae Jubilaei venias percupida, sedente Clémente Septimo accessit, quam summus Pontifex allocutus, ejusdem sanctimoniam suspexit, et commendavit summopere ; nec ab Urbe ipsam abire ante permisit, quam alio cœlitus vocatam agnovit.

BRixiAM itaque, ubi donuim ad sanctae Aphrae templum conduxir, reversa, novam ibi virginum societatem, sicut cœlesti voce ac visione mandatum sibi fuerat, sub certa disciplina, sanctisque vivendi regulis constituit, quam sanct<T Ursulaî invictœ virginum ducis patrocinio, ac nomine insignivit, eam vero perennem futuram

inorti proxima pra-dixii. Tandem prope septuagenaria, divcs meritiN avolavit in cœliim sexlo calendas februarias anni millesimi quingentesimi et quadragesimi ; cujus cadaver per ipsos triginta dies inhumatum, flexibile, ac vivo simillimum perseveravit. Denium in sancta; Aphrae templo inter cœteras, quibus illud abundat, sanctoruni reliquias, reposito, plurima ad ejus sepulcrum agi statim cœpere miracula : quorum fama late diffusa non Brixiœ modo, et Decentiani, sed alibi etiam vulgo coepit nuncupari Beata, ejusque imago aris iraponi : imo sanctus ipse Carolus Borromneus non multis post annis dignam. quae ab Apostolica Sede in sanctarum virginum album referretur, Brixias palam asseruit. Cultum vero illi jamdiu a populis exhibitum, et tum locorum ordinariis probatum, tum pluribus etiam sumraorum Pontificum indultis munitum, Clemens papa Tertius Decimus solemni decreto ratum habuit et confirmavit. Eain tandem, novis miraculis rite probatis insignem, Plus papa

chef invincible de l'armée des vierges, et prédit, peu avant de mourir, qu'il durerait toujours, l^lnfin, étant presque septuagénaire, comblée de mérites, elle s'envola r.u ciel le six des calendes de février de l'an mil cinq cent quarante. Son corps, que l'on garda trente jours avant de l'inhumer, demeura flexible et conserva les apparences de la vie. On le déposa dans l'Eglise de Sainte-Afra, parmi les autres reliques des saints qu'elle possède en grand nombre ; et plusieurs miracles commencèrent à se manifester à son tombeau. Le bruit s'en répandit non seulement à Brescia et à Decenzano, mais encore au loin, et l'on commença de bonne heure à donner le nom de Bienheureuse à Angèle et à placer son image sur les autels. Saint Charles Borromée lui-même, peu d'années après la mort d'Angèle. affirma en chaire à Brescia qu'elle était digne d'être inscrite par l'autorité du Saint-Siège au catalogue des saintes vierges. Clément XIII ratifia et confirma par un décret ce culte populaire approuvé déjà par plusieurs évéques, et encouragé par de nombreux induits des Souverains Pontifes. Enfin après de nouveaux miracles légitimement prouvés. Pie Mi ins. rivit Angèle sur

Sainte Ansrèle de Mer

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la liste des saintes viert^ei, dans la solennelle canonisation qu'il accomplit dans la basilique vaticane le vingtquatre mai mil huit cent sept.

Septimus solemni canonizatione in vaticana basilica peracta, die vigesima quarta maii, anno millesimo octingentesimo septimo sanctarum virginum catalogo adscripsit.

ous avez combattu les coinbats du Seigneur, 6 Angèle, et votre vie si remplie d'œuvres saintes vous a mérité un repos glorieux dans l'éternel séjour. Un zèle insatiable pour le service de celui que vous aviez choisi pour Epoux, une ardente charité pour tous ceux qu'il a rachetés de son sang divin, forment le caractère de votre existence tout entière. Cet amour du prochain vous a rendue mère d'une famille innombrable ; car nul ne pourrait compter les jeunes enfants qui ont sucé à l'école de vos filles le lait de la saine doctrine et de la piété. Vous avez puissamment contribué, ô Angèle, au maintien de la famille chrétienne en préparant tant de mères et tant d'épouses pour leurs sublimes devoirs ; et comoien d'institutions appelées au même but sont sorties de la vôtre pour la consolation de l'Eglise et l'avantage de la société ! Le Pontife" suprême a ordonné que votre nom fût désormais fêté dans toute la catholicité. En promulguant ce décret, il a déclaré qu'il voulait placer sous votre maternelle protection toute la jeunesse de votre sexe exposée aujourd'hui à tant de périls de la part des ennemis de Jésus-Christ et de son Eglise. Ils ont formé le dessein d'arracher la Toi du cœur

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des épouses et des mères, atin d'anéantir plus sûrement le christianisme, qu'une forte et douce influence a conservé jusqu'ici dans la famille. Déjouez ces noirs complots, 6 Angèle ! Protégez votre sexe ; nourrissez en lui le sentiment de la dignité de la femme chrétienne, et la société peut encore être sauvée.

Nous nous adressons aussi à vous, ô épouse du Christ, pour obtenir votre aide dans le parcours de cette année liturgique, où nous retrouvons chaque jour vos traces. Votre ardeur à suivre les divins mystères qui se déroulent successivement à nos yeux vous entraîna au delà des mers. Vous vouliez voir Nazareth et Rethléhem, parcourir la Galilée et la Judée, rendre grâces dans le Cénacle, pleurer sur le Calvaire, adorer le Sépulcre glorieux. Daignez bénir notre marche timide clans ces sentiers que vos pas ont parcourus. Nous voulons vous suivre sur le mont des Oliviers , d'où notre Emmanuel est remonté dans les cieux ; il nous faut pénétrer une seconde fois dans le Cénacle, que le divin Esprit illumine de ses feux. Conduisez-nous sur vos pas, 6 Angèle, vers ces lieux bénis dont Tattraii vous arracha à votre patrie, et vous lança à travers les hasards dans une lointaine et périlleuse pérégrination ; élevez nos âmes à la hauteur des augustes mystères qui couronnent le Temps pascal.

'Eglise n'accorde qu'un souvenir à cette illustre vierge dans l'Office d'aujourd'hui ; mais nous ne laisserons pas de lui rendre nos hommages. Au douze de ce mois nous avons fêté la noble Flavia Domitilla, décorée de la double palme de la virginité et du martyre ; Aurélia Pétronilla paraît avoir appartenu comme elle à la race impériale des Flaviens. Les plus antiques traditions nous la recommandent comme la fille spirituelle du Prince des Apôtres ; et si elle n'eut pas la fortune de répandre son sang pour la foi du Christ comme Domitilla, elle offrit à l'Epoux divin l'hommage suprême de la virginité. De très anciens documents nous apprennent qu'ayant été demandée en mariage par un patricien de Rome du nom de Flaccus, elle réclama trois jours pour réfléchir à la proposition Son refuge tut auprès du Seigneur auquel elle s'éia'it vouée; et Flaccus s'ètant présenté le troisième jour, trouva le palais dans le deuil, avec tout l'appareil des solennelles funérailles que Ton préparait pour la jeune vierge qui s était envolée comme la colombe aux approches de l'oiseleur.

Au viii'^ siècle, le pape saint Paul I*"" retira des Catacombes le corps de sainte Pétronille, qui reposait au Cimetière de Domitilla, sur

b4^ Le Temps Pascal.

la voie Ardéatine. On le trouva renfermé dans un sarcophage de marbre, dont le couvercle était orné de dauphins aux quatre angles. Paul le déposa dans une petite église qu'il éleva près du flanc méridional de la basilique vaticane.

La France a professé longtemps une tendre vénération pour sainte Pétronille. Pépin le Bref fit transporter à Rome sa tille Gisèle qui venait de naître, demandant qu'elle reçût le baptême des mains du pape saint Paul I*" près du tombeau de la noble vierge. L'église bâtie par ce pontife fut longtemps appelée la Chapelle des rois de France. Louis XI la fit restaurer et la dota richement, et son tils Charles VIII lui donna de nouvelles marques de sa muniticence. Cette église, où l'on remarquait de nombreuses sépultures françaises, fut détruite au xvi« siècle par suite des dispositions que nécessitait la construction de la nouvelle basilique de Saint-Pierre, et le corps de sainte Pétronille fut transféré sous l'un des autels de la partie occidentale de ce temple auguste. Il ne convenait pas

?[ue la dépouille mortelle de l'illustre vierge ût éloignée de la Confession du Prince des Apôtres qui l'avait initiée à la foi, et préparée pour les noces éternelles.

Nous associons votre triomphe à nos joies pascales, ô tille de Pierre ! nous vénérons à travers les siècles votre mémoire bénie. \'ous avez dédaigné le monde avec ses délices et ses honneurs, et votre nom virginal se lit en tète des fastes de la sainte Eglise Romaine qui s'honore d'avoir été votre mère. Aidez-la maintenant de vos prières, et souvenez-vous

Sainte Pétronille, Vierge.

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aussi de la France, qui longtemps vous voua un culte fervent. Protégez tous ceux qui vous implorent, et donnez-nous de célébrer avec un saint enthousiasme les solennités qui se multiplient en ces jours.

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