Hernani (page 12)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Hernani (Hetzel, 1889) · 13 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ce portrait, c’est le mien. — Roi don Carlos, merci !

Car vous voulez qu’on dise en le voyant ici :

« Ce dernier, digne fils d’une race si haute,

Fut un traître, et vendit la tête de son hôte ! »

Le roi, déconcerté, s’éloigne avec colère, puis reste quelques instants silencieux, les lèvres tremblantes et l’œil enflammé.

Don Carlos.

Duc, ton château me gêne et je le mettrai bas.

Don Ruy Gomez.

Car vous me la paîriez, altesse, n’est-ce pas ?

Don Carlos.

Duc, j’en ferai raser les tours pour tant d’audace,

Et je ferai semer du chanvre sur la place.

Don Ruy Gomez.

Mieux voir croître du chanvre où ma tour s’éleva,

Qu’une tache ronger le vieux nom de Silva.

Aux portraits.

N’est-il pas vrai, vous tous ?

Don Carlos.

N’est-il pas vrai, vous tous ? Duc, cette tête est nôtre,

Et tu m’avais promis…

Don Ruy Gomez.

Et tu m’avais promis…J’ai promis l’une ou l’autre.

Se découvrant. Je donne celle-ci. Prenez-la.

Don Carlos.

Je donne celle-ci. Prenez-la.Ma bonté

Est à bout. Livre-moi cet homme.

Don Ruy Gomez.

Livre-moi cet homme.En vérité,

J’ai dit.

Don Carlos, à sa suite.

J’ai dit.Fouillez partout ! et qu’il ne soit point d’aile,

De cave, ni de tour…

Don Ruy Gomez.

De cave, ni de tour…Mon donjon est fidèle

Comme moi. Seul il sait le secret avec moi.

Nous le garderons bien tous deux.

Don Carlos.

Nous le garderons bien tous deux.Je suis le roi.

Don Ruy Gomez.

Hors que de mon château démoli pierre à pierre,

On ne fasse ma tombe, on n’aura rien.

Don Carlos.

On ne fasse ma tombe, on n’aura rien ! Prière,

Menace, tout est vain ? — Livre-moi le bandit,

Duc ! ou tête et château, j’abattrai tout.

Don Ruy Gomez.

Duc ! ou tête et château, j’abattrai tout.J’ai dit.

Don Carlos.

Eh bien donc, au lieu d’une, alors j’aurai deux têtes.

Au duc d’Alcala.

Jorge, arrêtez le duc.

Le reste conforme à l’édition actuelle. —

NOTE II.

ACTE IV, SCÈNE I.

Basse-cour, où le roi mendié sans pudeur,

À tous ces affamés émiette la grandeur !

Ces deux vers furent supprimés par la censure, qui n’était pas moins plate et moins inepte en 1830 qu’en 1836, et qui n’a jamais su échapper à l’odieux que par le ridicule. À la représentation, on disait les deux vers que voici :

Pour un titre ils vendraient leur âme, en vérité !

Vanité ! vanité ! tout n’est que vanité !

Oui, tout est vanité, tout, jusqu’aux révolutions prometteuses qui aboutissent en trois jours à la république et en trois mois à la censure.

NOTE III.

ACTE IV, SCÈNE I.

Toujours trois voix de moins ! Ah ! ce sont ceux qui l’ont, etc.

Tout ce développement du caractère de Charles-Quint jusqu’à Va-t’en ! c’est l’heure où vont venir les conjurés, est donné ici au public pour la première fois.

NOTE IV.

Par les raisons exprimées dans la note I, nous croyons devoir réimprimer ici le monologue tronqué qui se disait et qui se dit encore sur le théâtre :

Scène II.

DON CARLOS, seul.

Don Carlos, resté seul, tombe dans une profonde rêverie. Ses bras se croisent, sa tête fléchit sur sa poitrine ; puis il la relève et se tourne vers le tombeau.

Charlemagne, pardon ! ces voûtes solitaires

Ne devraient répéter que paroles austères.

Tu t’indignes sans doute à ce bourdonnement

Que nos ambitions font sur ton monument.

— Ah ! c’est un beau spectacle à ravir la pensée

Que l’Europe ainsi faite et comme il l’a laissée !

Un édifice avec deux hommes au sommet,

Deux chefs élus auxquels tout roi né se soumet.

Presque tous les états, duchés, fiefs militaires,

Royaumes, marquisats, tous sont héréditaires ;

Mais le peuple a parfois son pape ou son césar,

Tout marche, et le hasard corrige le hasard.

De là vient l’équilibre, et toujours l’ordre éclate ;

Électeurs de drap d’or, cardinaux d’écarlate,

Double sénat sacré dont la terre s’émeut,

Ne sont là qu’en parade, et Dieu veut ce qu’il veut.

Qu’une idée, au besoin des temps, un jour éclose,

Elle grandit, va, court, se mêle à toute chose,

Se fait homme, saisit les cœurs, creuse un sillon,

Maint roi la foule aux pieds ou lui met un bâillon ;

Mais qu’elle entre un matin à la diète, au conclave,

Et tous les rois soudain verront l’idée esclave

Sur leurs têtes de rois que ses pieds courberont

Surgir, le globe en main ou la tiare au front.

Le pape et l’empereur sont tout. Rien n’est sur terre

Que par eux et pour eux. Un suprême mystère

Vit en eux ; et le ciel, dont ils ont tous les droits,

Leur fait un grand festin des peuples et des rois.

Le monde au-dessous d’eux s’échelonne et se groupe.

Ils font et défont. L’un délie, et l’autre coupe.

L’un est la vérité, l’autre est la force. Ils ont

Leur raison en eux-même, et sont parce qu’ils sont.

Quand ils sortent, tous deux égaux, du sanctuaire,

L’un dans sa pourpre, et l’autre avec son blanc suaire,

L’univers ébloui contemple avec terreur

Ces deux moitiés de Dieu, le pape et l’empereur.

— L’empereur ! l’empereur ! être empereur ! — Ô rage,

Ne pas l’être ! et sentir son cœur plein de courage !

Qu’il fut heureux celui qui dort dans ce tombeau !

Qu’il fut grand ! De son temps c’était encor plus beau.

Oh ! quel destin ! — Pourtant cette tombe est la sienne !

Tout est-il donc si peu que ce soit là qu’on vienne ?

Quoi donc ! avoir été prince, empereur et roi !

Avoir été l’épée, avoir été la loi !

Vivant, pour piédestal avoir eu l’Allemagne !

Quoi ! pour titre césar, et pour nom Charlemagne !

Avoir été plus grand qu’Annibal, qu’Attila,

Aussi grand que le monde !… Et que tout tienne là !

Ah ! briguez donc l’empire ! et voyez la poussière

Que fait un empereur ! Couvrez la terre entière

De bruit et de tumulte. Élevez, bâtissez

Votre empire, et jamais ne dites : C’est assez !

Si haut que soit le but où votre orgueil aspire,

Voilà le dernier terme !… — Oh ! l’empire ! l’empire !

Que m’importe ? j’y touche, et le trouve à mon gré.

Quelque chose me dit : Tu l’auras ! Je l’aurai.

Si je l’avais !… — Ô ciel ! être ce qui commence !

Seul, debout, au plus haut de la spirale immense !

D’une foule d’états l’un sur l’autre étagés

Être la clef de voûte, et voir sous soi rangés

Les rois, et sur leur tête essuyer ses sandales :

Voir au-dessous des rois les maisons féodales,

Margraves, cardinaux, doges, ducs à fleurons ;

Puis évêques, abbés, chefs de clan, hauts barons ;

Puis clercs et soldats ; puis, loin du faîte où nous sommes,

Dans l’ombre, tout au fond de l’abîme, — les hommes.

Les hommes ; c’est-à-dire une foule, une mer,

Un grand bruit ; pleurs et cris ; parfois un rire amer.

Ah ! le peuple ! océan ! onde sans cesse émue,

Où l’on ne jette rien sans que tout ne remue !

Vague qui broie un trône et qui berce un tombeau !

Miroir où rarement un roi se voit en beau !

Ah ! si l’on regardait parfois dans ce flot sombre,

On y verrait au fond des empires sans nombre,

Grands vaisseaux naufragés, que son flux et reflux

Roule, et qui le gênaient, et qu’il ne connaît plus !

Gouverner tout cela ! monter, si l’on vous nomme,

À ce faîte ! y monter, sachant qu’on n’est qu’un homme

Avoir l’abîme là ! — Malheureux ! qu’ai-je en moi ?

Être empereur ? mon Dieu ! j’avais trop d’être roi !

Certe, il n’est qu’un mortel de race peu commune

Dont puisse s’élargir l’âme avec la fortune.

Mais, moi ! qui me fera grand ? qui sera ma loi ?

Qui me conseillera ?

Il tombe à genoux devant le tombeau. Qui me conseillera ? Charlemagne ! c’est toi !

Ah ! puisque Dieu, pour qui tout obstacle s’efface,

Prend nos deux majestés et les met face à face,

Verse-moi dans le cœur, du fond de ce tombeau,

Quelque chose de grand, de sublime et de beau !

Oh ! par tous ses côtés fais-moi voir toute chose !

Montre-moi que le monde est petit, car je n’ose

Y toucher. Apprends-moi ton secret de régner,

Et dis-moi qu’il vaut mieux punir que pardonner !

— N’est-ce pas ? — Ombre auguste, empereur d’Allemagne !

Oh ! dis-moi ce qu’on peut faire après Charlemagne !

Parle ! dût en parlant ton souffle souverain

Me briser sur le front cette porte d’airain !

Ou, si tu ne dis rien, laisse en ta paix profonds

Carlos étudier ta tête comme un monde ;

Laisse qu’il te mesure à loisir, ô géant !

Car rien n’est ici-bas si grand que ton néant !

Que la cendre à défaut de l’ombre me conseille !

Il approche la clef de la serrure.

ÉDITION DÉFINITIVE 1880

NOTE I.

LE MANUSCRIT ORIGINAL.

Le manuscrit original d’Hernani porte, sur la première page, cette épigraphe : Tres para una.

Chaque acte est daté au commencement et à la fin.

Le premier acte a été commencé le 29 août 1829. Le second acte, commencé le 3 septembre, terminé le 6. Le troisième acte, commencé le 8 septembre, terminé le 14. Le quatrième acte, commencé le 15 septembre, terminé le 20. Le cinquième, commencé le 21, terminé le 25.

Voici, d’après le manuscrit, les variantes et les fragments inédits, vers remplacés et vers supprimés.

ACTE I.

Scène II.

HERNANI, DON CARLOS, DOÑA SOL.

On frappe à la porte

Hernani, montrant l’armoire à don Carlos.

Cachons-nous.

Don Carlos.

Cachons-nous.Dans l’armoire ?

Hernani.

Cachons-nous.Dans l’armoire ? Entrez-y, je m’en charge.

Nous y tiendrons tous deux.

Don Carlos.

Nous y tiendrons tous deux.Grand merci, c’est trop large.

Monsieur, est-ce une gaîne à mettre des chrétiens ?

Voyons, nous nous serrons, vous y tenez, j’y tiens,

Le duc ouvre en entrant cette boîte où nous sommes

Pour y prendre un cigare, il y trouve deux hommes !

ACTE II.

Scène I.

DON CARLOS, LES SEIGNEURS.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Don Carlos.

Que j’achèterais bien de trois de mes Espagnes

Trois espagnols pareils à ce roi des montagnes !

Don Matias.

Vous gagneriez peut-être au marché. Car on dit

Qu’un grand nom est caché sous son nom de bandit.

Don Carlos.

Ce que si haut en lui j’estime et je proclame,

Ce n’est pas le grand nom, marquis, c’est la grande âme.

Mais quel est ce grand nom ? — Ce doit être un de ceux

Qui pour m’avouer roi furent si paresseux

Que je n’ai jamais vu leurs visages…

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Don Matias.

Enfin, dans tous ces bruits qu’on invente et qu’on forge,

Ce Hernani, dit-on, n’est autre que don Jorge

D’Aragon, se disant duc de Segorbe, né

Dans l’exil, fils proscrit d’un père infortuné

Qui, pour avoir aimé la reine comme une autre,

Finit sur l’échafaud sa lutte avec le vôtre.

Et, lui, veut se tailler, dit-on, le déloyal,

Un bon manteau de duc dans le manteau royal.

Don Carlos.

Oui, voilà qui ressemble à mon homme !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Don Carlos.

Regardant la croisée de doña Sol qui reste obscure.

Rien encore ! Il faut pourtant finir,

Messieurs. À tout moment l’autre peut survenir.

Quelle heure est-il ?

Don Matias.

Quelle heure est-il ? Seigneur, je ne sais.

Une lanterne traverse lentement le fond, portée, au bout d’un long bâton, par un homme vêtu de noir qu’on distingue à peine dans la nuit profonde.

Don Carlos.

Quelle heure est-il ? Seigneur, je ne sais.Dans la place

Qui brille ainsi là-bas ?

Don Ricardo.

Qui brille ainsi là-bas ? C’est le crieur qui passe.

Don Carlos.

Il dit l’heure. Écoutons. Paix !

Le crieur, au fond.

Il dit l’heure. Écoutons. Paix ! Minuit. Priez tous

Pour les âmes des morts !

Tous trois se mettent à genoux et prient. Le crieur passe lentement et disparaît. Ils se relèvent.

Don Carlos, achevant tout haut sa prière.

Pour les âmes des morts ! … Ils espèrent en vous,

Mon Dieu ! pardonnez-leur leurs péchés et leurs fautes !

De votre paradis les murailles sont hautes,

Laissez-les-leur franchir, Seigneur, ainsi qu’à nous !

Don Ricardo, montrant les murailles de l’hôtel.

Faut-il aussi franchir celles-là ?

Don Carlos.

Faut-il aussi franchir celles-là ? Taisez-vous !

Vous êtes un impie !…

La fenêtre de doña Sol s’éclaire.

Don Carlos.

........Allez tous trois dans l’ombre,

Là-bas, épier l’autre, et faites de façon

Qu’il ne puisse mêler sa flûte à ma chanson.

Ce qui gâterait l’air.

ACTE III.

Scène III.

HERNANI, DON RUY GOMEZ, DOÑA SOL, PAGES, VALETS.

Hernani, à un jeune valet.

........Viens, toi ! Tu gagneras la somme.

À doña Sol qui veut le retenir. Pardieu ! ne puis-je pas faire à ces gens du bien ?

Moi, je donne ma tête ; eux, ils en veulent bien.

C’est pour eux. Ils iront la vendre à Saragosse,

Si vous n’en voulez pas pour le cadeau de noce !

Scène IV.

HERNANI, DOÑA SOL.

Doña Sol revient tout éperdue vers Hernani immobile.

Doña Sol.

Êtes-vous insensé ? Quelle étrange démence !

Je vous revois, la vie en mon cœur recommence,

Et vous voulez vous perdre ! Et quel est mon forfait ?

Ah ! vous êtes sauvé malgré vous. C’est bien fait !

Vous mériteriez bien que de vous je me venge,

Mais je suis bonne. — Hélas ! mon Hernani, mon ange,

Que je baise à genoux le bord de ton manteau !

Ah ! tu m’es donc rendu !

Hernani, regardant sa ceinture désarmée. — À part.

Ah ! tu m’es donc rendu !Quoi, pas même un couteau !

Doña Sol.

Quel bonheur ! c’est bien lui ! c’est bien lui ! Quelle joie !

Dieu permet qu’il soit là, près de moi ! que je voie

Encor ses yeux, son front, sa brave et noble main !

Hélas ! il était temps ! c’était trop tard demain !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Hernani.

Ah ! qu’un coup de poignard de toi me serait doux !

Doña Sol.

Hernani !

Hernani, appuyé sur son sein.

Hernani !Reçois donc mon âme dans ton âme,

Mon pas dans ton sentier, ma cendre dans ta flamme !

Tu le veux. Qu’il en soit ainsi ! J’ai résisté.

Scène V.

HERNANI, DOÑA SOL, DON RUY GOMEZ.

Don Ruy Gomez, s’adressant aux portraits.

....................

Avez-vous de vos jours vu rien de pareil ? Non !

Don Manuel ! toi qui vis les frères Transtamare

Blas ! qui vis de Luna déchirer la simarre !

Sanchez ! toi qui connus les assassins d’Inès !

Nuño ! toi qui fus pris par les maures !…

Hernani.

Nuño ! toi qui fus pris par les maures !…Daignez,

Seigneur duc…

Don Ruy Gomez

Seigneur duc…Voyez-vous ? il veut parler, l’infâme !…

Scène VI.

— Scène des portraits. —

DON RUY GOMEZ, DON CARLOS, DOÑA SOL, ETC.

Don Ruy Gomez.

....................

Christoval prit la plume et donna son cheval.

Il y mourut. — Cet autre est don Nuño, le père

De Sanchez que voici. Tous deux dans son repaire

Tuèrent Mauregat, l’usurpateur maudit.

— Celui-ci, c’est don Juan de Silva, qui vendit

Ses terres pour payer la rançon de Ramire…

Sortie des courtisans, suivant le roi et doña Sol.

Don Pedro, au vieux duc d’Alcala.

Duc, que dis-tu du roi ?

Le duc d’Alcala.

Duc, que dis-tu du roi ? Pour un homme, une fille,

Laide ou jolie ! au lieu d’une épée, une aiguille !

Gomez et le bandit se tirent de ce pas,

Mais l’altesse est dupée ! et moi je ne vois pas

Que monseigneur le roi dans tout ce qui se passe

Ait son compte.

Don Ricardo, bas à don Matias.

Ait son compte.Le duc a la vue un peu basse !

ACTE IV.

Scène III.

— Scène des conjurés. —

Hernani.

… Ma vie, à vous, la sienne, à moi !

Don Ruy Gomez, tirant le cor de sa ceinture.

Elle ! je te la cède, et te rends ce cor.

Hernani.

Elle ! je te la cède, et te rends ce cor.Quoi !

La vie et doña Sol ! — Non ! je tiens ma vengeance !

Avec Dieu dans ceci je suis d’intelligence.

J’ai mon père à venger… peut-être plus encor !

Don Ruy Gomez.

Elle ! je te la donne, et je te rends ce cor.

Scène IV.

— Après le pardon du roi. —

Hernani, regardant doña Sol avec amour.

........Ah ! ma haine s’en va !

Mon Dieu ! n’interromps pas ce rêve, ce beau rêve

Commencé !

Doña Sol.

Commencé ! C’en est un funèbre qui s’achève !

Hernani.

Non ! c’est trop de bonheur, et j’en ai du remords.

— Doña Sol ! doña Sol ! mon père est chez les morts.

Mon père veut du sang, mon père veut sa proie.

— Me voici ton époux. Fêtes, fanfares, joie !

Me voici duc, puissant, riche, envié de tous,

Et surtout, ô bonheur ! me voici ton époux !

C’est bien. — Mais tout cela ne venge pas mon père !

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