La Légende des siècles (page 5)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — La Légende des siècles · 69 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

On eût dans un brasier cueilli des touffes d’herbe,

Seigneur, plus aisément, certes, qu’on n’eût trouvé

Quelqu’un qui devant vous prît le haut du pavé ;

Plus d’un richomme avait pour orgueil d’être membre

De votre servidumbre et de votre antichambre ;

Le Cid dans sa grandeur allait, venait, parlait,

La faisant boire à tous, comme aux enfants le lait ;

D’altiers ducs, tout enflés de faste et de tempête,

Qui, depuis qu’ils avaient le chapeau sur la tête,

D’aucun homme vivant ne s’étaient souciés,

Se levaient, sans savoir pourquoi, quand vous passiez ;

Vous vous faisiez servir par tous les gentilshommes ;

Le Cid comme une altesse avait ses majordomes ;

Lerme était votre archer ; Gusman, votre frondeur ;

Vos habits étaient faits avec de la splendeur ;

Vous si bon, vous aviez la pompe de l’armure ;

Votre miel semblait or comme l’orange mûre.

Sans cesse autour de vous vingt coureurs étaient prêts.

Nul n’était au-dessus du Cid, et nul auprès.

Personne, eût-il été de la royale estrade,

Prince, infant, n’eût osé vous dire : Camarade !

Vous éclatiez, avec des rayons jusqu’aux cieux,

Dans une préséance éblouissante aux yeux ;

Vous marchiez entouré d’un ordre de bataille ;

Aucun sommet n’était trop haut pour votre taille,

Et vous étiez un fils d’une telle fierté

Que les aigles volaient tous de votre côté.

Vous regardiez ainsi que néants et fumées

Tout ce qui n’était pas commandement d’armées,

Et vous ne consentiez qu’au nom de général ;

Cid était le baron suprême et magistral ;

Vous dominiez tout, grand, sans chef, sans joug, sans digue,

Absolu, lance au poing, panache au front. »

Absolu, lance au poing, panache au front. » Rodrigue

Répondit : « Je n’étais alors que chez le roi. »

Et le scheik s’écria : « Mais, Cid, aujourd’hui, quoi,

Que s’est-il donc passé ? quel est cet équipage ?

J’arrive, et je vous trouve en veste, comme un page,

Dehors, bras nus, nu-tête, et si petit garçon

Que vous avez en main l’auge et le caveçon !

Et faisant ce qu’il sied aux écuyers de faire !

— Scheik, dit le Cid, je suis maintenant chez mon père. »

VI BOOZ ENDORMI

*

Booz s’était couché de fatigue accablé ;

Il avait tout le jour travaillé dans son aire ;

Puis avait fait son lit à sa place ordinaire ;

Booz dormait auprès des boisseaux pleins de blé.

Ce vieillard possédait des champs de blés et d’orge ;

Il était, quoique riche, à la justice enclin ;

Il n’avait pas de fange en l’eau de son moulin ;

Il n’avait pas d’enfer dans le feu de sa forge.

Sa barbe était d’argent comme un ruisseau d’avril.

Sa gerbe n’était point avare ni haineuse ;

Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :

« Laissez tomber exprès des épis », disait-il.

Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,

Vêtu de probité candide et de lin blanc ;

Et, toujours du côté des pauvres ruisselant,

Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.

Booz était bon maître et fidèle parent ;

Il était généreux, quoiqu’il fût économe ;

Les femmes regardaient Booz plus qu’un jeune homme,

Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.

Le vieillard, qui revient vers la source première,

Entre aux jours éternels et sort des jours changeants ;

Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,

Mais dans l’œil du vieillard on voit de la lumière.

*

Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens.

Près des meules, qu’on eût prises pour des décombres,

Les moissonneurs couchés faisaient des groupes sombres ;

Et ceci se passait dans des temps très-anciens.

Les tribus d’Israël avaient pour chef un juge ;

La terre, où l’homme errait sous la tente, inquiet

Des empreintes de pieds de géants qu’il voyait,

Était encor mouillée et molle du déluge.

*

Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,

Booz, les yeux fermés, gisait sous la feuillée ;

Or, la porte du ciel s’étant entre-bâillée

Au-dessus de sa tête, un songe en descendit.

Et ce songe était tel, que Booz vit un chêne

Qui, sorti de son ventre, allait jusqu’au ciel bleu ;

Une race y montait comme une longue chaîne ;

Un roi chantait en bas, en haut mourait un Dieu.

Et Booz murmurait avec la voix de l’âme :

« Comment se pourrait-il que de moi ceci vînt ?

Le chiffre de mes ans a passé quatre-vingt,

Et je n’ai pas de fils, et je n’ai plus de femme.

» Voilà longtemps que celle avec qui j’ai dormi,

Ô Seigneur ! a quitté ma couche pour la vôtre ;

Et nous sommes encor tout mêlés l’un à l’autre,

Elle à demi vivante et moi mort à demi.

» Une race naîtrait de moi ! Comment le croire ?

Comment se pourrait-il que j’eusse des enfants ?

Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;

Le jour sort de la nuit comme d’une victoire ;

» Mais, vieux, on tremble ainsi qu’à l’hiver le bouleau ;

Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe.

Et je courbe, ô mon Dieu ! mon âme vers la tombe,

Comme un bœuf ayant soif penche son front vers l’eau. »

Ainsi parlait Booz dans le rêve et l’extase,

Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyés ;

Le cèdre ne sent pas une rose à sa base,

Et lui ne sentait pas une femme à ses pieds.

*

Pendant qu’il sommeillait, Ruth, une moabite,

S’était couchée aux pieds de Booz, le sein nu,

Espérant on ne sait quel rayon inconnu,

Quand viendrait du réveil la lumière subite.

Booz ne savait point qu’une femme était là,

Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d’elle.

Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèle ;

Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.

L’ombre était nuptiale, auguste et solennelle ;

Les anges y volaient sans doute obscurément.

Car on voyait passer dans la nuit, par moment,

Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.

La respiration de Booz qui dormait,

Se mêlait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.

On était dans le mois où la nature est douce,

Les collines ayant des lys sur leur sommet.

Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire ;

Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;

Une immense bonté tombait du firmament ;

C’était l’heure tranquille où les lions vont boire.

Tout reposait dans Ur et dans Jérimadeth ;

Les astres émaillaient le ciel profond et sombre ;

Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l’ombre

Brillait à l’occident, et Ruth se demandait,

Immobile, ouvrant l’œil à moitié sous ses voiles,

Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été,

Avait, en s’en allant, négligemment jeté

Cette faucille d’or dans le champ des étoiles.

CASSANDRE

Argos. La cour du palais.

Cassandre sur un char. Clytemnestre. Le chœur.

LE CHŒUR.

Elle est fille de roi. — Mais sa ville est en cendre.

Elle a droit à ce char et n’en veut pas descendre.

Depuis qu’on l’a saisie elle n’a point parlé.

Le marbre de Syrta, la neige de Thulé

N’ont pas plus de froideur que cette âpre captive.

Elle est à l’avenir formidable attentive.

Elle est pleine d’un dieu redoutable et muet ;

Le sinistre Apollon d’Ombos, qui remuait

Dodone avec le souffle et Thèbe avec la lyre,

Mêle une clarté sombre à son morne délire.

Elle a la vision des choses qui seront ;

Un reflet de vengeance est déjà sur son front ;

Elle est princesse, elle est pythie, elle est prêtresse,

Elle est esclave. Étrange et lugubre détresse !

Elle vient sur un char, étant fille de roi.

Le peuple qui regarde aller, pâles d’effroi,

Les prisonniers pieds nus qu’on chasse à coups de lance,

Et qui rit de leurs cris, a peur de son silence.

(Le char s’arrête.)

CLYTEMNESTRE.

Femme, à pied. Tu n’es pas ici dans ton pays.

LE CHŒUR.

Allons, descends du char, c’est la reine, obéis.

CLYTEMNESTRE.

Crois-tu que j’ai le temps de t’attendre à la porte ?

Hâte-toi. Car bientôt il faut que le roi sorte.

Peut-être entends-tu mal notre langue d’ici ?

Si ce que je te dis ne se dit pas ainsi

Au pays dont tu viens et dont tu te sépares,

Parle en signes alors, fais comme les barbares.

LE CHŒUR.

Si l’on parlait sa langue, on saurait son secret.

On sent en la voyant ce qu’on éprouverait

Si l’on venait de prendre une bête farouche.

CLYTEMNESTRE.

Je ne lui parle plus. L’horreur ferme sa bouche.

Triste, elle songe à Troie, au ciel jadis serein.

Elle ne prendra pas l’habitude du frein

Sans le couvrir longtemps d’une sanglante écume.

(Clytemnestre sort.)

LE CHŒUR.

Cède au destin. Crois-moi. Je suis sans amertume.

Descends du char. Reçois la chaîne à ton talon.

CASSANDRE.

Dieux ! Grands dieux ! Terre et ciel ! Apollon ! Apollon !

APOLLON LOXIAS, dans l’ombre.

Je suis là. Tu vivras, afin que ton œil voie

Le flamboiement d’Argos plein des cendres de Troie.

Homère était jadis le poëte ; la guerre Était la loi ; vieillir était d'un cœur vulgaire ; La hâte des vivants et leur unique effort Était l'embrassement tragique de la mort. Ce que les dieux pouvaient donner de mieux à l'homme, C'était un grand linceul libérateur de Rome, Ou quelque saint tombeau pour Sparte et pour ses lois ; L'adolescent hagard se ruait aux exploits ; C'était à qui ferait plus vite l'ouverture Du sépulcre, et courrait cette altière aventure. La mort avec la gloire, ô sublime présent ! Ulysse devinait Achille frémissant ; Une fille fendait du haut en bas sa robe, Et tous criaient : Voilà le chef qu'on nous dérobe ! Et la virginité sauvage de Scyros Était le masque auguste et fatal des héros ; L'homme était pour l'épée un fiancé fidèle ; La muse avait toujours un vautour auprès d'elle ; Féroce, elle menait aux champs ce déterreur. Elle était la chanteuse énorme de l'horreur, La géante du mal, la déesse tigresse, Le grand nuage noir de l'azur de la Grèce. Elle poussait aux cieux des cris désespérés. Elle disait : Tuez ! tuez ! tuez ! mourez ! Des chevaux monstrueux elle mordait les croupes, Et, les cheveux au vent, s'effarait sur les groupes Des hommes dieux étreints par les héros titans ; Elle mettait l'enfer dans l'œil des combattants, L'éclair dans le fourreau d'Ajax, et des courroies Dans les pieds des Hectors traînés autour des Troies ; Pendant que les soldats touchés du dard sifflant, Pâles, tombaient, avec un ruisseau rouge au flanc, Que les crânes s'ouvraient comme de sombres urnes, Que les lances trouaient son voile aux plis nocturnes, Que les serpents montaient le long de son bras blanc, Que la mêlée entrait dans l'Olympe en hurlant, Elle chantait, terrible et tranquille, et sa bouche Fauve, bavait du sang dans le clairon farouche ! Et les casques, les tours, les tentes, les blessés, Les noirs fourmillements de morts dans les fossés, Les tourbillons de chars et de drapeaux, les piques Et les glaives, volaient dans ses souffles épiques ! La muse est aujourd'hui la Paix, ayant les reins Sans cuirasse et le front sous les épis sereins ; Le poëte à la mort dit : Meurs, guerre, ombre, envie ! — Et chasse doucement les hommes vers la vie ; Et l'on voit de ses vers, goutte à goutte, des pleurs Tomber sur les enfants, les femmes et les fleurs, Et des astres jaillir de ses strophes volantes ; Et son chant fait pousser des bourgeons verts aux plantes ; Et ses rêves sont faits d'aurore, et, dans l'amour, Sa bouche chante et rit, toute pleine de jour.

*

En vain, montrant le poing dans tes mornes bravades, Tu menaces encor, noir passé ; tu t'évades ! C'est fini. Les vivants savent que désormais,

S'ils le veulent, les plans hideux que tu formais

Crouleront, qu'il fait jour, que la guerre est impie,

Et qu'il faut s'entr'aider, car toujours l'homme expie

Ses propres lâchetés, ses propres trahisons ;

Ce que nous serons sort de ce que nous faisons.

Moi, proscrit, je travaille à l'éclosion sainte

Des temps où l'homme aura plus d'espoir que de crainte

Et contemplera l'aube, afin de s'ôter mieux

L'enfer du cœur, ayant le ciel devant les yeux.

Sait-on si ce n’est pas de la clarté qui sort

Du cerveau des songeurs sacrés, creusant le sort,

La vie et l’inconnu, travailleurs de l’abîme ?

Voici ce que j’ai vu dans une nuit sublime :

5Cette nuit-là pas une étoile ne brillait ;

C’était au mois d’Eglad que nous nommons juillet ;

Et sous l’azur noir, face immense du mystère,

Dans tous les lieux déserts qui sont sur cette terre,

Forêts, plages, ravins, caps où rien ne fleurit,

10Les solitaires, ceux qui vivent par l’esprit,

Sondant l’éternité, l’âme, le temps, le nombre,

Effarés et sereins, étaient épars dans l’ombre ;

L’un en Europe ; l’autre en Inde, où, dans les bois

Cachant ses jeunes faons, la gazelle aux abois

15Attend pour s’endormir que le lion s’endorme ;

Un autre dans l’horreur de l’Afrique difforme.

Tous ces hommes avaient l’idéal pour objet ;

Et chacun d’eux était dans son antre et songeait.

Ces prophètes étaient frères sans se connaître ;

20Pas un d’eux ne savait, isolé dans son être

Et sa pensée ainsi qu’un roi dans son état,

Que quelqu’un de semblable à lui-même existât ;

Ils veillaient, et chacun se croyait seul au monde ;

Aucun lien entre eux que l’énigme profonde

25Et la recherche obscure et terrible de Dieu.

Ils pensaient ; l’infini sans borne et sans milieu

Pesait sur eux ; pas un qui de la solitude

N’eût la mystérieuse et sinistre attitude ;

Pourtant ils étaient doux ces hommes effrayants.

30Sphar était attentif aux nuages fuyants ;

Stélus laissait, du fond des mers, du bord des grèves,

Du haut des cieux, venir à lui les vastes rêves ;

Pythagore disait : Dieu ! fais ce que tu dois !

Thur regardait l’abîme et comptait sur ses doigts ;

35Sadoch rêvait l’éden, ayant pour lit des pierres ;

Zès, qui n’ouvrait jamais qu’à demi les paupières,

Contemplait cette chose implacable, la nuit ;

Sadoch guettait l’autre être insondable, le bruit ;

Sostrate étudiait, dans l’eau qu’un souffle mène,

40Dans la fumée et l’air, la destinée humaine ;

Lycurgue, formidable et pâle, méditait ;

Eschyle était semblable au rocher qui se tait,

Et tournait vers l’Etna fumant son grand front chauve ;

Isaïe, habitant d’un sépulcre, esprit fauve,

45Adressait la parole à ceux qui ne sont plus ;

Comme Isaïe, un sage, un fou, Phégorbélus

Parlait dans la nuée aux faces invisibles,

Et disait, feuilletant on ne sait quelles bibles :

— Je parle, et ne sais pas si je suis écouté ;

50Les spectres plus nombreux que les mouches d’été

M’entourent, et sur moi se précipite et tombe

La légion de ceux qui rêvent dans la tombe ;

On me hait dans le monde étrange de la mort ;

Je sens parfois, la nuit, un rêve qui me mord,

55Et les êtres de l’ombre, essaim, foule inconnue,

M’attaquent quand je dors ; pourtant je continue,

Et je cherche à savoir le grand secret caché

Qu’Ève devina presque et qu’entrevit Psyché. —

Orobanchus, gardien de l’autel des Trois Grâces,

60

Maudissait vaguement les casques, les cuirasses

Et les glaives, semeurs tragiques du trépas,

Et, sombre, murmurait : — Mortels, n’oubliez pas

Qu’Aglaé dans sa main tient un bouton de rose. —

Chacun recommandait à l’ombre quelque chose

65De faible, le haillon, le chaume, le grabat ;

Phtès, les damnés sur qui trop de haine s’abat,

Hermanès, l’humble toit du lépreux sans défense,

Gyr le droit, et Lysis la vénérable enfance.

Tous voulaient secourir l’homme, et le protéger

70Contre ce monstre obscur, l’innombrable danger ;

Tous calculaient le mal à fuir, le bien à faire.

La terre est sous les yeux du destin ; cette sphère

Semble être par quelqu’un confiée aux penseurs.

La nuit était immense, et dans ses épaisseurs

75Tout sommeillait, les bois, les monts, les mers, les sables ;

Eux, ils ne dormaient point, étant les responsables.

Les heures s’écoulaient, la nuit passait ; mais rien,

Ni la faim, ni la soif, ni le vent syrien

Qui va des mers d’Adram jusqu’au Tibre de Rome,

80Ne troublait ces esprits, souffrant des maux de l’homme ;

Ils avaient la révolte en eux, l’altier frisson

Que donne, à qui se sent des ailes, la prison ;

Chacun tâchait de rompre un anneau de la chaîne ;

Plus d’imposture ! plus de guerre ! plus de haine !

85Il sortait de chacun de ces séditieux

Une sommation qui s’en allait aux cieux.

La vérité faisait, claire, auguste, insensée,

De chacun de ces fronts jaillir une pensée,

La justice, la paix, l’enfer amnistié.

90Ces cerveaux lumineux dégageaient la pitié,

La bonté, le pardon aux vivants éphémères,

L’espérance, la joie et l’amour, des chimères,

Des rêves comme en font les astres, s’ils en font ;

Cela se répandait sous le zénith profond ;

95Tous ces hommes étaient plongés dans les ténèbres ;

Seuls et noirs, combinant les rhythmes, les algèbres,

Le chiffre avec le chant, le passé, le présent,

Ajoutant quelque chose à l’homme, agrandissant

La prunelle, l’esprit, la parole, l’ouïe,

100Ils songeaient ; et l’aurore apparut, éblouie.

À

LA FRANCE

――

Livre, qu’un vent t’emporte

En France où je suis né !

L’arbre déraciné

Donne sa feuille morte.

V. H.

La vieille en pleurs disait : — La misère en est cause,

Pour mon bon vieux défunt je n'aurai pas grand'chose,

Un seul cierge, un seul prêtre, et deux mots d'oraison

À la porte. On peut bien entrer dans la maison,

Avoir l'autel, avoir les saints, avoir les châsses,

Tout le clergé chantant des actions de grâces,

Des psaumes, des bedeaux, tout ; mais il faut payer,

Hélas ! et moi qui dois trois termes de loyer,

Je n'ai pas de quoi faire enterrer mon pauvre homme. —

Ainsi parlait la veuve, et je songeais à Rome.

Quoi ! le riche et le pauvre ont des enterrements

Différents ; l'un a droit aux embellissements,

L'autre pas ; l'un descend chez les morts, l'autre y tombe,

Et l'un n'est pas l'égal de l'autre dans la tombe !

Quoi ! Dieu n'est pas gratis ! Quoi ! prêtres, le Martyr,

Le Saint, l'Ange, ne veut de sa boîte sortir

Que pour de l'or ; sinon vous refermez l'armoire

Sur le ciel, sur la Vierge et sa robe de moire,

Et sur l'enfant Jésus rose et couleur de chair !

Quoi ! votre crucifix coûte plus ou moins cher,

Selon qu'il va devant ou qu'il marche derrière !

Prêtres, vous mesurez au cercueil la prière ;

Longue, si le cadavre est grand ; courte, s'il n'est

Qu'un méchant pauvre mort, — le prêtre s'y connaît, —

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