La Légende des siècles
XXI
Dieu fait les questions pour que l’enfant réponde.
— Les deux bêtes les plus gracieuses du monde,
Le chat et la souris, se haïssent. Pourquoi ?
Explique-moi cela, Jeanne. — Non sans effroi
Devant l’énormité de l’ombre et du mystère,
Jeanne se mit à rire. — Eh bien ? — Petit grand-père,
Je ne sais pas. Jouons. — Et Jeanne repartit :
— Vois-tu, le chat c’est gros, la souris c’est petit.
— Eh bien ? — Et Jeanne alors, en se grattant la tête,
Reprit : — Si la souris était la grosse bête,
À moins que le bon Dieu là-haut ne se fâchât,
Ce serait la souris qui mangerait le chat.
Je me penchai. J’étais dans le lieu ténébreux ;
Là gisent les fléaux avec la nuit sur eux ;
Et je criai : — Tibère ! — Eh bien ? me dit cet homme.
— Tiens-toi là. — Soit. — Néron ! — L’autre monstre de Rome
5Dit : — Qui donc m’ose ainsi parler ? — Bien. Tiens-toi là.
Je dis : — Sennachérib ! Tamerlan ! Attila !
— Qu’est-ce donc que tu veux ? répondirent trois gueules.
— Restez là. Plus un mot. Silence. Soyez seules.
Je me tournai : — Nemrod ! — Quoi ? — Tais-toi. — Je repris :
10— Cyrus ! Rhamsès ! Cambyse ! Amilcar ! Phalaris !
—
Que veut-on ? — Restez là. — Puis, passant aux modernes,
Je comparai les bruits de toutes les cavernes,
Les antres aux palais et les trônes aux bois,
Le grondement du tigre au cri d’Innocent trois,
15Nuit sinistre où pas un des coupables n’échappe,
Ni sous la pourpre Othon, ni Gerbert sous la chape.
Pensif, je m’assurai qu’ils étaient bien là tous,
Et je leur dis : — Quel est le pire d’entre vous ?
Alors, du fond du gouffre, ombre patibulaire
20Où le nid menacé par l’immense colère
Autrefois se blottit et se réfugia,
Satan cria : — C’est moi ! — Crois-tu ? dit Borgia.
*
Je ne me sentais plus vivant ; je me retrouve, Je marche, je revois le but sacré. J'éprouve Le vertige divin, joyeux, épouvanté, Des doutes convergeant tous vers la vérité ; Pourtant je hais le dogme, un dogme c'est un cloître. Je sens le sombre amour des précipices croître Dans mon sauvage cœur, saignant, blessé, banni, Calme, et de plus en plus épars dans l'infini. Si j'abaisse les yeux, si je regarde l'ombre, Je sens en moi, devant les supplices sans nombre, Les bourreaux, les tyrans, grandir à chaque pas Une indignation qui ne m'endurcit pas, Car s'indigner de tout, c'est tout aimer en somme, Et tout le genre humain est l'abîme de l'homme. Le philosophe plane et rêve sur ces flots De douleurs, de tourments, d'angoisses, de sanglots, Où partout quelque esquif lutte, chavire et sombre ; Ainsi qu'une hirondelle au-dessus d'une eau sombre, Dans ce monde qui semble au hasard châtié, L'âme tournoie autour d'un gouffre, la pitié. Que croire ? — Oh ! la pitié me prend, m'emplit, m'enivre, Me donne le dégoût formidable de vivre, Me porte à des excès étranges, secourir Au hasard, à tâtons, ceux que je vois souffrir, Être indulgent, pensif, tendre, clément, stupide ; Si bien que par moments la foule me lapide. C'est bien fait, certe. — Amis, je rentre en tout cela, J'étais absent, j'arrive, et je dis : me voilà !
Prendre garde à ce peuple obscur sur qui l'on marche, Aimer mieux me jeter aux flots qu'entrer dans l'arche, N'avoir jamais le mal des autres pour souhait, Plaindre la haine, même en celui qui me hait, Je reviens à mon œuvre. Et j'offre à cette bouche Qui s'ouvre obscurément dans toute âme farouche, Aux noirs désespérés errant sans feu ni lieu, Un peu de vie à boire, et ce verre d'eau, Dieu.
La terre a vu jadis errer des paladins ;
Ils flamboyaient ainsi que des éclairs soudains,
Puis s’évanouissaient, laissant sur les visages
La crainte, et la lueur de leurs brusques passages ;
Ils étaient, dans des temps d’oppression, de deuil,
De honte, où l’infamie étalait son orgueil,
Les spectres de l’honneur, du droit, de la justice ;
Ils foudroyaient le crime, ils souffletaient le vice ;
On voyait le vol fuir, l’imposture hésiter,
Blêmir la trahison, et se déconcerter
Toute puissance injuste, inhumaine, usurpée,
Devant ces magistrats sinistres de l’épée ;
Malheur à qui faisait le mal ! Un de ces bras
Sortait de l’ombre avec ce cri : « Tu périras ! »
Contre le genre humain et devant la nature,
De l’équité suprême ils tentaient l’aventure ;
Prêts à toute besogne, à toute heure, en tout lieu,
Farouches, ils étaient les chevaliers de Dieu.
Ils erraient dans la nuit ainsi que des lumières.
Leur seigneurie était tutrice des chaumières ;
Ils étaient justes, bons, lugubres, ténébreux ;
Quoique gardé par eux, quoique vengé par eux,
Le peuple en leur présence avait l’inquiétude
De la foule devant la pâle solitude ;
Car on a peur de ceux qui marchent en songeant,
Pendant que l’aquilon, du haut des cieux plongeant,
Rugit, et que la pluie épand à flots son urne
Sur leur tête entrevue au fond du bois nocturne.
Ils passaient effrayants, muets, masqués de fer.
Quelques-uns ressemblaient à des larves d’enfer ;
Leurs cimiers se dressaient difformes sur leurs heaumes,
On ne savait jamais d’où sortaient ces fantômes ;
On disait : « Qui sont-ils ? d’où viennent-ils ? Ils sont
Ceux qui punissent, ceux qui jugent, ceux qui vont. »
Tragiques, ils avaient l’attitude du rêve.
Ô les noirs chevaucheurs ! ô les marcheurs sans trêve !
Partout où reluisait l’acier de leur corset,
Partout où l’un d’eux, calme et grave, apparaissait
Posant sa lance au coin ténébreux de la salle,
Partout où surgissait leur ombre colossale,
On sentait la terreur des pays inconnus ;
Celui-ci vient du Rhin ; celui-là du Cydnus ;
Derrière eux cheminait la Mort, squelette chauve ;
Il semblait qu’aux naseaux de leur cavale fauve
On entendît la mer ou la forêt gronder ;
Et c’est aux quatre vents qu’il fallait demander
Si ce passant était roi d’Albe ou de Bretagne ;
S’il sortait de la plaine ou bien de la montagne,
S’il avait triomphé du maure, ou du chenil
Des peuples monstrueux qui hurlent près du Nil ;
Quelle ville son bras avait prise ou sauvée ;
De quel monstre il avait écrasé la couvée.
Les noms de quelques-uns jusqu’à nous sont venus ;
Ils s’appelaient Bernard, Lahire, Éviradnus ;
Ils avaient vu l’Afrique ; ils éveillaient l’idée
D’on ne sait quelle guerre effroyable en Judée,
Rois dans l’Inde, ils étaient en Europe barons ;
Et les aigles, les cris des combats, les clairons,
Les batailles, les rois, les dieux, les épopées,
Tourbillonnaient dans l’ombre au vent de leurs épées ;
Qui les voyait passer à l’angle de son mur
Pensait à ces cités d’or, de brume et d’azur,
Qui font l’effet d’un songe à la foule effarée :
Tyr, Héliopolis, Solyme, Césarée.
Ils surgissaient du sud ou du septentrion,
Portant sur leur écu l’hydre ou l’alérion,
Couverts des noirs oiseaux du taillis héraldique,
Marchant seuls au sentier que le devoir indique,
Ajoutant au bruit sourd de leur pas solennel
La vague obscurité d’un voyage éternel,
Ayant franchi les flots, les monts, les bois horribles,
Ils venaient de si loin, qu’ils en étaient terribles ;
Et ces grands chevaliers mêlaient à leurs blasons
Toute l’immensité des sombres horizons.
La Vérité, lumière effrayée, astre en fuite,
Évitant on ne sait quelle obscure poursuite,
Après s'être montrée un instant, disparaît.
Ainsi qu'une clarté passe en une forêt,
Elle s'en est allée au loin dans l'étendue,
Et s'est dans l'infini mystérieux perdue,
Mêlée à l'ouragan, mêlée à la vapeur,
Sombre, et de leur côté les hommes ont eu peur.
Peur d'elle, comme elle a peur des hommes peut-être.
Son effacement laisse obscure la fenêtre
Ouverte dans notre âme et béante au milieu
De l'ombre où l'épaisseur du temple cache Dieu.
Maintenant il fait nuit, le mensonge est à l'aise.
Cependant, par moments, sur la noire falaise,
D'où l'on voit l'inconnu sans borne, et les roulis
Du firmament tordant les astres dans ses plis,
Sommet d'où l'on entend Dieu tourner son registre,
Et d'où l'on aperçoit le modelé sinistre
Des mondes ignorés, des vagues univers,
L'un pour l'autre effrayants parce qu'ils sont divers,
Faîte où les visions se confrontent entr'elles,
Où les réalités, pour nous surnaturelles,
Semblent avoir parfois la figure du mal,
Du haut de cette cime appelée Idéal,
Par instants un chercheur fait l'annonce sacrée,
Et dit : — La Vérité, qui guide, échauffe et crée,
Haute lueur par qui l'âme s'épanouit,
Vivants, va revenir bientôt dans votre nuit ;
Attendez-la. Soyez prêts à la voir paraître. —
La terre alors se met à rire ; alors le prêtre,
Alors le juge, alors le reître, alors le roi,
Quiconque vit d'erreur, d'imposture et d'effroi,
Dracon au nom des lois, Tibère au nom des hommes,
Caïphe au nom du ciel, tout ce que les Sodomes
Contiennent de plus sage et de plus vertueux,
Tous les cœurs nés, ainsi que l'hydre, tortueux,
Les frivoles, les purs, les doctes, les obscènes,
Tout le bourdonnement de ces mouches malsaines,
S'acharne ; un homme est fou du moment qu'il est seul.
On rit d'abord ; le rire a fait plus d'un linceul ;
Puis on s'indigne : — Il faut qu'un tel forfait s'expie ;
L'homme osant n'être pas aveugle, est un impie !
Quoi ! celui-ci prétend qu'il voit de la clarté !
Il dit qu'il voit de loin venir la vérité !
Il sait l'heure, il connaît l'astre, il a l'insolence
D'être une voix chez nous qui sommes le silence,
D'être un flambeau chez nous qui sommes la noirceur !
Il vit là-haut ! il est ce monstre, le penseur !
Quoi ! sa prunelle est sainte, et serait la première
Qu'éblouirait l'auguste et lointaine lumière !
L'abîme est noir pour nous et pour lui serait bleu !
Si ce n'est pas un fou, ce serait donc un dieu !
À bas ! — Et cris, fureur, sarcasme, affronts, supplices !
Les ignorants naïfs et les savants complices,
Tous, car c'est l'homme auquel on ne pardonne point,
Arrivent, et chacun avec sa pierre au poing.
Ah ! tu viens annoncer la vérité ! prédire
La fin de la bataille et la fin du délire,
La fin des guerres, plus d'échafaud, le grand jour,
Le plein midi, la paix, la liberté, l'amour !
Ah ! tu vois tout cela d'avance ! Plus d'envie,
L'homme buvant la joie aux sources de la vie,
Et la Fraternité, de ses larges rameaux
Laissant tomber les biens en foule et non les maux.
Pour avoir de tels yeux il faut être stupide !
À mort ! Et chacun grince, et trépigne, et lapide ;
Avec tout ce qu'on a sous la main, fouets, bâtons,
On frappe, on raille, on tue au hasard, à tâtons,
Tant les âmes ont peur de manquer de ténèbres,
Et tant les hommes sont facilement funèbres !
L'ennemi public meurt. Bien. Tout s'évanouit.
Nous allons donc avoir tranquillement la nuit !
La sainte cécité publique est rétablie.
On boit, on mange, on rampe, on chuchote, on oublie,
L'ordre n'est plus troublé par un noir songe-creux ;
On est des loups contents et des ânes heureux ;
Le bonze met son masque et le temple son voile ;
Quant au rêveur marchant en avant de l'étoile,
Qui venait déranger Moïse et Mahomet,
On ne sait même plus comment il se nommait.
Et qu'annonçait-il donc ? La vérité ? Quel songe !
Au fond, la vérité, vivants, c'est un mensonge ;
La vérité n'est pas. Fermons les yeux. Dormons.
Tout à coup, au milieu des psaumes, des sermons,
Des hymnes, des chansons, des cris, des ironies,
Quelque chose à travers les brumes infinies
Semble apparaître au seuil du ciel, et l'on croit voir
Un point confus blanchir au fond du gouffre noir,
Comme un aigle arrivant dont grandit l'envergure ;
Et le point lumineux devient une figure,
Et la figure croît de moment en moment,
Et devient, ô terreur, un éblouissement !
C'est elle, c'est l'étoile inouïe et profonde,
La Vérité ! c'est elle, âme errante du monde,
Avec son évidence où nul rayon ne ment,
Et son mystère aussi d'où sort un flamboiement ;
Elle, de tous les yeux le seul que rien n'endorme,
Elle, la regardée et la voyante énorme,
C'est elle ! Ô Vérité, c'est toi ! Divinement,
Elle surgit ; ainsi qu'un vaste apaisement
Son radieux lever s'épand dans l'ombre immense ;
Menace pour les uns, pour les autres clémence,
Elle approche ; elle éclaire, à Thèbes, dans Ombos,
Dans Rome, dans Paris, dans Londres, des tombeaux,
Une ciguë en Grèce, une croix en Judée,
Et dit : Terre, c'est moi. Qui donc m'a demandée ?
Ô Dieu, dont l’œuvre va plus loin que notre rêve,
Créateur qui n’as pas de relâche et de trêve !
Œil sans paupière et sans sommeils !
Éternel jet de vie ! âme jamais fermée !
5Gouffre mystérieux d’où sort une fumée
D’hommes, d’êtres et de soleils !
Humanités dans tous les espaces semées,
Liguez-vous ; dressez-vous innombrables armées,
Et déclarez la guerre à Dieu ;
10
Soit. Luttez, attaquez cet être inabordable,
Cet infini si doux qu’il en est formidable,
Et si profond qu’il en est bleu.
Mesurez-vous, vous l’ombre, à lui la plénitude.
Vous aurez, ô passants, légions, multitude,
15Assiégeants de l’immense tour,
Essaim tourbillonnant autour du grand pilastre,
Vivants, avant qu’il ait usé son premier astre,
Dépensé votre dernier jour !
Quand le Cid fut entré dans le Généralife, Il alla droit au but et tua le calife, Le noir calife Ogrul, haï de ses sujets. Le cid Campeador aux prunelles de jais, Au poing de bronze, au cœur de flamme, à l'âme honnête, Fit son devoir, frappa le calife à la tête, Et sortit du palais seul, tranquille et rêveur. Devant ce meurtrier et devant ce sauveur Tout semblait s'écarter comme dans un prodige.
Soudain parut Médnat, le vieillard qui rédige Le commentaire obscur et sacré du koran Et regarde la nuit l'étoile Aldebaran. Il dit au Cid, après le salut ordinaire :
— Cid, as-tu rencontré quelqu'un ? — Oui, le tonnerre.
— Je le sais ; je l'ai vu, répondit le docteur. Il m'a parlé. J'étais monté sur la hauteur, Pour prier. Le tonnerre a dit à mon oreille : Me voici, la douleur des peuples me réveille, Et je descends du ciel quand un prince est mauvais ; Mais je vois arriver le Cid et je m'en vais.
Tout était vision sous les ténébreux dômes ;
J'aperçus dans l'espace étoilé trois fantômes ;
Les deux premiers très-loin et le dernier plus près.
Le premier spectre dit : — Mané Thécel Pharès.
Son doigt levé montrait l'obscurité maudite ;
Il ressemblait au sphinx monstrueux qui médite
Dans Assur, accroupi parmi les dieux camards.
Le second murmura ce mot : — Ides de Mars.
Et le troisième esprit cria : — Quatre-vingt-treize.
Devant mes yeux erraient des lueurs de fournaise ;
Et, par je ne sais quel étrange changement,
Chacun de ces trois mots, au fond du firmament,
Était une des trois syllabes redoutables
D'un autre mot, écrit par Aaron sur les tables,
Et que, longtemps avant que Jésus triomphât,
Les gouffres répétaient aux gouffres : — Josaphat.
Un poëte est un monde enfermé dans un homme.
Plaute en son crâne obscur sentait fourmiller Rome ;
Mélésigène, aveugle et voyant souverain
Dont la nuit obstinée attristait l’œil serein,
5Avait en lui Calchas, Hector, Patrocle, Achille ;
Prométhée enchaîné remuait dans Eschyle ;
Rabelais porte un siècle ; et c’est la vérité
Qu’en tout temps les penseurs couronnés de clarté,
Les Shakspeares féconds et les vastes Homères,
10Tous les poëtes saints, semblables à des mères,
Ont senti dans leurs flancs des hommes tressaillir,
Tous, l’un le roi Priam et l’autre le roi Lear.
Leur fruit croît sous leur front comme au sein de la femme.
Ils vont rêver aux lieux déserts ; ils ont dans l’âme
15Un éternel azur qui rayonne et qui rit ;
Ou bien ils sont troublés, et dans leur sombre esprit
Ils entendent rouler des chars pleins de tonnerres.
Ils marchent effarés, ces grands visionnaires.
Ils ne savent plus rien, tant ils vont devant eux,
20Archiloque appuyé sur l’ïambe boiteux,
Euripide écoutant Minos, Phèdre et l’inceste.
Molière voit venir à lui le morne Alceste,
Arnolphe avec Agnès, l’aube avec le hibou,
Et la sagesse en pleurs avec le rire fou.
25Cervantes pâle et doux cause avec don Quichotte ;
À l’oreille de Job Satan masqué chuchote ;
Dante sonde l’abîme en sa pensée ouvert ;
Horace voit danser les faunes à l’œil vert ;
Et Marlow suit des yeux au fond des bois l’émeute
30Du noir sabbat fuyant dans l’ombre avec sa meute.
Alors, de cette foule invisible entouré,
Pour la création le poète est sacré.
L’herbe est pour lui plus molle et la grotte plus douce ;
Pan fait plus de silence en marchant sur la mousse ;
35La nature, voyant son grand enfant distrait,
Veille sur lui ; s’il est un piége en la forêt,
La ronce au coin du bois le tire par la manche
Et dit : Ne va pas là ! Sous ses pieds la pervenche
Tressaille ; dans le nid, dans le buisson mouvant,
40Dans la feuille, une voix, vague et mêlée au vent,
Murmure : — C’est Shakspeare et Macbeth ! — C’est Molière
Et don Juan ! — C’est Dante et Béatrix ! — Le lierre
S’écarte, et les halliers, pareils à des griffons,
Retirent leur épine, et les chênes profonds,
45Muets, laissent passer sous l’ombre de leurs dômes
Ces grands esprits parlant avec ces grands fantômes.
Pages.
Dédicace
v
Préface
VII
I
D’ÈVE À JÉSUS
I. Le Sacre de la femme