Quatrevingt-treize (page 30)
Le roi a fait son entrée à Paris par la porte Saint-Martin. Le prévôt des marchands l’a été recevoir à la Villette. Le parlement était en robe. La ville était à cheval.
Il mourut à l’étroit (en prison).
Le pape a fait un tour de calotte (un coup d’état ecclésiastique).
Église de Saint-Benoît le Bétourné (parce que l’autel était tourné vers l’occident).
Quand le régiment de Champagne est content, tout le monde doit l’être. Je m’en fous… était volontiers remplacé par : Je suis du régiment de Champagne.
Pas de petits princes d’Orléans. Le duc de Chartres, fort gros, quoique jeune, voit peu sa femme et ne passe pas pour grand acteur. Nulle grossesse n’est annoncée.
Le maréchal de Noailles est à craindre par trop d’esprit dans les matières de finances.
Le roi a des maîtresses, ce qui ôte à la reine le respect des gens de cour.
III
mirabeau.
Mirabeau alla à Saint-Cloud dans une chaise de poste qui l’attendait sur la route ayant pour postillon son neveu, le marquis du Saillant, le même qui a été aide de camp de mon père en 1811, et chargé par lui de nous accompagner de Bayonne à Madrid. M. du Saillant a conté à ma mère que Mirabeau songeait au duc de Guise, et craignait d’être assassiné à Saint-Cloud. (Les détails donnés par Louis Blanc sont absolument exacts, t. ier, p. 408, in-4o.)
Page 442, très belle page de Louis Blanc à propos de Necker.
Le 14 mai, le revirement contre Mirabeau commence. Après son discours sur le droit de guerre (pour le roi), Mirabeau est hué à la sortie de l’Assemblée, et le peuple marque l’arbre où Mirabeau sera pendu.
La découverte de l’armoire de fer prouve la corruption de Mirabeau. La Convention décrète que sa statue sera voilée jusqu’à ce que le rapport soit fait.
Mirabeau. — Quelque chose comme le tonnerre se laissant acheter. Un ouragan tournant court et faisant des concessions. L’ange exterminateur à vendre. Le foudroyeur corrompu par le foudroyé. La trompette du jugement dernier s’offrant au marchandage.
Effet effrayant du virus monarchique dans le sang révolutionnaire.
1re étape de la corruption, avril 1790 (?). L’hôtel Charost, faubourg Saint-Honoré. Le comte de La Marck. Le comte de Mercy, ambassadeur d’Autriche. On le sonde. Il se montre possible.
Mirabeau avait déjà reçu du duc d’Orléans 80,000 livres, comptées par Latouche et portées dans trois fiacres (chez Mirabeau ?) rue de la Chaussée-d’Antin.
2e étape. — On lui offre par La Marck, ses dettes payées, 208,000 livres, 6,000 francs par mois (secrets) et un million après la session, si l’on est content de lui. Il accepte avec joie. C’est Fontanges, archevêque de Toulouse, qui est chargé de liquider ses dettes.
(4 juillet 1790) Saint-Cloud. La reine, l’archevêque de Toulouse, un troisième reste inconnu, plus le roi survenant et restant avec Mirabeau une heure et demie.
Mirabeau appelait Lafayette Gilles-César.
IV
la convention.
Ce dossier, très volumineux, comprend sept parties portant les sous-titres que nous avons mentionnés page 352. C’est de ces notes qu’a été tiré le livre iii de la deuxième partie ; en général, les notes utilisées sont biffées, il en reste encore beaucoup à glaner. Un fragment important, sans date, mais dont l’écriture nous semble être de 1848, était sans doute destiné à être publié séparément :
la salle.
C’est dans cette salle du Manège que Louis xvi fut jugé. On l’amena à la barre par un couloir étroit pratiqué dans la largeur de la salle. Le fauteuil du président faisait face à la barre.
La forme de cette salle était oblongue. On y entendait très bien. À la Convention, les orateurs parlaient volontiers de leur place et ne montaient à la tribune que pour les grands mots ou les grands coups. L’aspect de la salle était pauvre et sordide. Les représentants y siégeaient vêtus de leurs habits de ville, la plupart malpropres pour la popularité. Danton et Lacroix y vinrent les premiers en sans-culottes, c’est-à-dire avec des pantalons larges et des vestes courtes. Cette veste courte était la carmagnole. De nos jours elle a été remplacée par la blouse courte. Au milieu de cette horde étaient gravement assis des huissiers vêtus de noir, en bas noirs avec souliers à boucles, des cravates blanches au cou, et poudrés. M. de Pontécoulant me disait : Les huissiers avaient l’air d’être les sénateurs ; les sénateurs n’avaient pas même l’air d’être des huissiers.
Peu à peu la misère acheva ce délabrement que la popularité avait commencé. D’apparent il devint réel. Les représentants avaient dix-huit francs par jour. Dix-huit francs en assignats, c’est-à-dire moins que rien, l’ironie de quelque chose. Avec ces chiffons d’assignats nul moyen de se loger, ni de se nourrir, ni de se vêtir. Les habits de négligés devinrent misérables. On alla faire des lois les coudes percés. Un jour, on fit aux membres de la Convention une distribution de pruneaux, une autre fois on leur délivra des bons de pain, une autre fois on leur donna du drap. Législateurs en guenilles sous lesquels la terre tremblait.
À cette époque il n’y avait plus dans Paris ni riches, ni pauvres. Il fallait un bon pour vivre. La commune distribuait à chaque habitant deux onces de pain par tête, d’un pain d’orge et de seigle à peine cuit. Un jour, Doumerc, qui fut depuis intendant général de l’armée, vint au comité de salut public tout rayonnant et dit : La France est sauvée ! J’ai fait mes calculs. Nous allons pouvoir donner quatre onces de pain au lieu de deux, et six sous à chaque officier.
Les membres de la Convention ne recevaient aucun imprimé à domicile, ni convocation, ni ordre du jour. En arrivant à la salle des séances chaque membre passait à ce qu’on appelait la distribution. C’était un petit guichet à travers lequel une vieille femme donnait à chacun le paquet d’imprimés du jour, rapports, pétitions, nominations des bureaux, etc.
Les séances au début étaient assez habituellement molles, vides, languissantes, puis tout à coup un vent soufflait, et cela devenait terrible.
La Convention ressemblait à la mer, en un instant bouleversée.
Alors c’étaient des cris, des vacarmes, des tumultes, des rires stridents, des railleries qui avaient la saveur du sang, des grincements de dents, des trépignements furieux, des poings montrés. Tout rugissait à la fois, dedans, dehors, en haut, en bas, et les tribunes répondaient à la montagne comme la cage des tigres à la cage des lions dans une ménagerie.
Plus tard la Convention siégea aux Tuileries dans la salle de spectacle. C’était un charmant théâtre dans le style rocaille. On l’agrandit comme on put, on y mit un plancher de sapin, des gradins et des bancs de bois de chêne, et la Convention s’y logea. Le comte de Provence dans un quatrain à Marie-Antoinette avait appelé ce théâtre la grotte de Cypris. Cette grotte devint un antre.
La Convention avait une garde. Pendant la Terreur cette garde ne se composa que de gens en bonnet rouge armés de piques. Après le neuf thermidor, la Convention fut gardée par des espèces de hallebardiers qui avaient des fraises et des chapeaux à la Henri iv. On les appelait les pituites.
La Convention voulait se perpétuer comme de nos jours la Constituante de 1848. Tallien poussait à la perpétuité. L’honneur de la dissolution de la Convention revient à trois représentants courageux : Thibaudeau, La Réveillère-Lépeaux et Pontécoulant. Ce fut sur la motion de Thibaudeau que l’assemblée se sépara.
Les souvenirs qu’elle laissa furent si terribles et l’on eut une telle crainte de voir se reformer une Montagne qu’il fut défendu aux membres des Cinq-Cents de choisir leur place. Tous les mois, en élisant le président et en reconstituant le bureau, on tirait au sort les numéros des sièges, et chaque membre était tenu de s’asseoir à son numéro. On interdit également au Conseil des Anciens et au Conseil des Cinq-Cents les motions d’ordre qui avaient été les coups de vent de la Convention. Un jour Saint-Just dit à Chabot : Attends ! tu vas voir une motion d’ordre qui va faire moutonner l’assemblée. — Quels moutons ! dit Lanjuinais.
la révolution. — détails. — petits faits caractéristiques.
(Démonstrations girondines.) Le 3 novembre 1792, des fédérés des provinces et des Dragons de la Liberté parcouraient Paris, le sabre à la main, en chantant ce refrain :
La tête de Marat, Robespierre et Danton,
Et d’tous ceux qui les défendront,
Ô gué !
Ivres. Et ils ajoutaient : Pas de procès au roi ! À la guillotine, Robespierre !
faïences.
Dans l’assiette :
Vivre libre ou mourir !
Sur le pot à l’eau, une cage vide avec cette légende :
Vive la liberté.
Plat à barbe. Au fond, un tombeau noir et des cyprès avec cette légende :
Aux mânes de Mirabeau.
On appelait les condamnés des charretées les cardinaux à cause de la chemise rouge.
Le Chapelier dit à d’Éprémesnil : — Monsieur d’Éprémesnil, problème à résoudre. — Lequel ? — Quand nous serons dans la charrette, auquel de nous deux s’adresseront les huées ? — À tous deux, dit d’Éprémesnil.
Riouffe, emprisonné plus d’un an à la Conciergerie et qui a échappé, écrit : — J’ai été quatorze mois sous l’échafaud.
93 avait mis en coupe réglée toute l’ancienne société française. Chaque jour des têtes tombaient, l’échafaud était permanent, et tous les soirs des troupes de chiens venaient lécher le sang tiède et fumant entre les fentes des pavés.
Quand un de ces condamnés sortait de la prison pour monter sur la charrette, le geôlier ramassait les quelques effets qu’il laissait dans son cachot et en dressait l’inventaire. Nous avons en ce moment sous les yeux un de ces procès-verbaux contenant vingt-quatre noms et signé par Guiard, concierge de la prison du Luxembourg ; nous ne pouvons nous empêcher d’en extraire quelques lignes où se rencontre un détail qui nous a frappé :
« À Maluisy, tombé sous le glaive de la loi.
« Deux étuis renfermant deux gobelets de cristal ; plus une boîte rouge en écaille avec un portrait de femme ; plus enfin une lunette d’approche. »
« À Chambon d’Arnouville, tombé sous le glaive de la loi.
« Une lunette d’approche, plus du galon en or, propre à être brûlé. »
« À Nicolaï, passé sous le glaive de la loi.
« Un étui de basane rouge, dans lequel est un gobelet et deux lunettes d’approche ; plus un couteau à gaine, manche d’ivoire. »
« À La Marelle, tombé sous le glaive de la loi.
« Trois flacons de cristal ; une lunette d’approche, plus une autre lunette d’approche ; une paire de boucles d’argent à jarretières. »
« À d’Haufefort, tombé sous le glaive de la loi.
« Une coupe garnie d’écaille ; un étui renfermant une lunette d’approche ; deux cuillers d’argent à café, une petite lame d’argent, servant de gratte-langue. »
À Fabre d’Églantine, condamné.
« Deux couverts d’argent à fileté, une paire de draps, un gros manchon, une lunette d’approche en ivoire, cinquante volumes reliés, trente-neuf Encyclopédie, six volumes de Molière, deux cahiers, histoire de la Révolution, une lampe à quinquet, trois matelas, un fauteuil de paille à dossier en lyre. »
Que signifient toutes ces lunettes d’approche et à quoi ont-elles servi ?
Que cherchaient-ils donc à l’horizon ces malheureux vers lesquels depuis tant d’années la révolution s’avançait ?
Hélas ! si au lieu de toutes ces vaines lunettes de verre et de bois, ils eussent eu la véritable longue-vue, celle qu’on appelle la prudence, peut-être eussent-ils distingué à temps la guillotine debout au loin dans les brumes de l’avenir, et qui sait si 89 n’eût pas évité 93 ?
Michel Lepelletier de Saint-Fargeau fut assassiné le 20 janvier 1793 par le garde du corps Paris chez Février, restaurateur au Jardin Égalité. Au moment de l’assassinat, Lepelletier de Saint-Fargeau était dans la seconde salle du restaurant située à droite et communiquant avec la première par une assez large arcade surbaissée qui permettait de voir d’une pièce ce qui se passait dans l’autre. Lepelletier de Saint-Fargeau était seul dans cette seconde salle. Il était assis près de la muraille, sur une chaise à dossier-lyre, devant une petite table sans nappe où son couvert était mis. Il avait à sa droite, à quelques pas de lui, une autre chaise pareille à la sienne sur laquelle une serviette était jetée, et devant lui, au mur qui lui faisait face, était adossée une autre petite table chargée de vaisselle et garnie de sa chaise également à dossier-lyre. Le garde du corps Paris le frappa, comme on sait, d’un coup de sabre dans le ventre, du côté gauche.
Le sabre était long et droit, le coup fut porté avec la pointe. En cet instant-là, trois personnes seulement qui causaient entre elles et qui étaient debout au milieu de la première salle eussent pu voir par l’arcade ce qui se passait dans la seconde. C’étaient trois hommes. Un de ces hommes (sans doute un habitué de la maison) était nu-tête, le second avait un chapeau rond, le troisième était enveloppé d’un manteau bleu et avait un chapeau à trois cornes ; celui-là tournait le dos à Lepelletier Saint-Fargeau.
Peut-être la dame assise au comptoir, qui était placée vis-à-vis de l’arcade, eût-elle pu aussi voir l’action violente qui s’accomplissait dans la salle voisine, mais elle était occupée dans ce moment à recevoir l’argent et peut-être à écouter les galanteries d’un individu qui venait de dîner et qui allait sortir. Le restaurant Février était décoré, selon la mode du temps, de rinceaux et d’arabesques qui couvraient les murailles du plancher au plafond et qui encadraient çà et là des paysages peints sur de larges panneaux. Quand Paris le frappa, Lepelletier était placé vis-à-vis d’une de ces peintures représentant une espèce de vieux châtelet avec tourelles, et il avait au-dessus de sa tête un autre paysage, d’aspect fort riant, dont le centre était occupé par un groupe de peupliers. Personne n’ignore (car les détails qu’on donne ici sont tous absolument inédits et inconnus, et nous ne voulons pas ce que tout le monde peut lire dans tous les papiers du temps), personne n’ignore que le dialogue entre Lepelletier et son assassin fut très rapide et très court. — N’êtes-vous pas Lepelletier Saint-Fargeau ? — Oui. — Ne venez-vous pas de voter la mort de Louis xvi ? — Oui. — Après ces deux oui, Paris frappa. Lepelletier Saint-Fargeau était en culotte courte et bas de soie. Il portait un habit à la française, couleur jaune clair, et un gilet rose. Paris était enveloppé d’un grand manteau de couleur brune et avait un chapeau à larges bords rabattu sur les yeux. Sous ces deux costumes, ces deux hommes rappelaient assez bien, l’un le berger, l’autre le brigand d’opéra-comique.
La guillotine, que les italiens appelaient Mamaia, était en usage à Gênes, à Bologne au xvie siècle, et en Angleterre au xviie. Elle s’est appelée en France un instant Louisette ou Louison, du nom du docteur Louis, co-propagateur avec Guillotin.
La première guillotine a été construite par l’allemand Schmitt, faiseur de clavecins. — Le 2 octobre 1791, Louis xvi signa le décret qui ordonnait la construction de cette machine.
La première exécution par la guillotine avait eu lieu le 25 avril 1792, — Quand on essaya la guillotine, on l’essaya d’abord sur un mouton vivant, plus tard sur Louis xvi. — Le premier être vivant que la guillotine ait frappé en France fut un mouton, le premier roi fut Louis xvi.
pressions du dehors.
Dès 1789, à propos des biens du clergé, Lemintier, évêque de Tréguier, pousse, en un mandement, à la guerre civile. Conseille le soulèvement, excite Kergué, Trogoff et le chevalier de Kéralio. Leur promet le tocsin des paysans.
Dans un village près de Caen, émeute de 300 dévotes voulant pendre leur curé dans l’église (Intrus. Assermenté), et descendant pour cela la lampe suspendue à une chaîne devant l’autel. Lanterne d’un nouveau genre.
Dans les paroisses de la Mayenne, les églises fermées, rouvertes par les fidèles à coups de hache.
À Paris, Chaumette avait dit : Fermez les boutiques à prêtres.
Symptômes menaçants. Dans la séance du 30 novembre, Lecointe-Puyraveau et Birotteau, arrivés d’Eure-et-Loir, racontent : Les curés exaspèrent les paysans. Disent qu’on veut détruire le culte.
Danton craint le bouleversement de la France par les curés. Question des prêtres. Question des subsistances. Sédition. Disette. Jacquerie royaliste.
Mars 1793.
La société populaire d’Amiens dénonce à l’Assemblée Robespierre, Danton et le parricide Marat, médecin du frère du tyran Capet.
Le club des Jacobins de Mâcon demande la guillotine permanente à Paris et roulante dans les départements. Un inventeur propose la guillotine à 30 colliers.
convention.
La Convention, tempête.
La monarchie, épave.
1792. 21 septembre. Midi. La salle du Manège.
Le premier qui fut président (à l’unanimité) ce fut Pétion.
Tallien, jeune, portait la carmagnole.
Ce fut Collot d’Herbois qui demanda la république et Grégoire qui la décida. Un comédien propose, un évêque dispose.
Il y a on ne sait quoi de profond dans cette coïncidence de l’excommunié et du prêtre. Cela semble prémédité par le hasard.
Dumouriez définissait la Convention : 300 scélérats appuyés sur 400 imbéciles.
Robespierre appelait Sieyès la taupe de la révolution.
Sieyès, en mourant (après 1830), répétait continuellement à travers son agonie : — Si M. de Robespierre vient, vous lui direz que je n’y suis pas.
La noblesse a été abolie sur la motion d’un député inconnu et obscur appelé Lambel (Lambel, terme héraldique qui marque une diminution dans les armoiries. Lambel des branches cadettes. Lambel ou barre de bâtardise. Le lambel a cette forme : [Croquis] ).
Il y a eu trois comités de salut public. Le 1er, 25 membres, girondin, influencé par Vergniaud. — Le 2e, 9 membres, intimidé par Danton (qui pourtant n’en était pas). — Le 3e, 10 membres (décemvirat), gouverné par Robespierre. Ce fut celui de la Terreur. — Séances secrètes. Tous les pouvoirs. Pas de président. Une tête, Robespierre.
Le comité de surveillance générale ébauche dès septembre 1792 dans la commune ce que sera le comité de salut public dans la Convention.
La Convention discute un arrêté de la commune relatif à la suspension de l’Ami des lois de Laya. Danton s’écrie : — Il ne s’agit pas d’une comédie, il s’agit d’une tragédie, couper la tête à un tyran ! Dépêchons-nous.
Il y avait la salle du Comité de sûreté générale.
La salle du Comité de salut public.
La salle du Conseil exécutif où siégeaient les ministres.
Un corridor obscur joignait, comme un trait d’union, le Comité de sûreté générale au Comité de salut public. Certains hommes s’y parlèrent bas. Une politique redoutable, mêlée des deux comités, sortait de ce corridor.
Le tribunal révolutionnaire occupait au premier étage du palais de justice une salle oblongue dont les fenêtres donnaient sur les cours intérieures. Au fond de la salle, à l’extrémité d’un plancher exhaussé d’un degré qui formait une sorte de préau en avant du tribunal et qui partageait la salle en deux, on apercevait une table rectangulaire, à panneaux pleins, en forme d’autel, élevée elle-même d’une marche au-dessus du plancher, derrière laquelle siégeaient, coiffés d’immenses chapeaux à la Henri iv, empanachés de plumes tricolores, couverts de longs manteaux pareils à des linceuls, un large ruban tricolore au cou, les cinq juges, le président au milieu d’eux. Derrière les juges, sur un banc en bois de chêne à haut dossier disposé en fer à cheval et s’élevant encore d’un degré, on voyait douze hommes accoutrés de longues redingotes ou de carmagnoles, têtes nues, les cheveux en désordre, presque tous sans cravates, quelques-uns sans bas dans leurs souliers ; c’étaient les jurés.
Le banc où ils siégeaient était revêtu d’un coussin de cuir et se prolongeait à droite et à gauche jusqu’à la naissance du plancher qui servait d’estrade au tribunal et autour duquel circulait un couloir communiquant à diverses portes au fond de l’enceinte.
Les deux extrémités du banc des jurés étaient terminées par des compartiments qui restaient habituellement vides, mais qui pouvaient être occupés au besoin par les accusés, les défenseurs, ou les gendarmes.
Au pied du tribunal et en avant, était la table du greffier, et à droite celle de l’accusateur public. Ces deux tables étaient supportées par des griffons peints en bronze. Les griffons étaient alors fort à la mode. La tribune de la Convention était appuyée sur des griffons.
L’accusateur public et le greffier portaient le même costume que les juges.
Deux gendarmes de Paris, dont l’habit était encore l’uniforme du temps de Louis xv, se tenaient debout des deux côtés de l’entrée de l’estrade.
Le reste de la salle, séparé par une barrière de bois à hauteur d’appui, était destiné au peuple. On y voyait beaucoup de femmes.
Les murailles, autrefois fleurdelysées, étaient nues et blanchies à la chaux.
C’est devant ce tribunal que comparut Marie-Antoinette. Elle était vêtue de blanc, et elle avait les cheveux gris. Quelques juges insistèrent pour qu’on la fît asseoir sur une chaise de paille, mais par je ne sais quel reste de respect, on lui donna le fauteuil de cuir du greffier. On la plaça à gauche du tribunal. En tournant la tête, elle pouvait voir par la fenêtre qui était derrière elle les tours bâties par saint Louis.
Sur les soixante-seize présidents de la Convention dix-huit ont été guillotinés, trois se sont suicidés, six ont été emprisonnés, huit ont été déportés, vingt-deux ont été mis hors la loi, quatre sont devenus fous. Sur soixante-seize la fatalité en a frappé soixante-et-un.
dénombrement des membres.
C’est sur des feuilles inégales que sont tracés les portraits, en une ou deux lignes, des membres de la Convention ; un trait de caractère, une réplique célèbre, un tic, une particularité fixe dans notre mémoire le type de tel ou tel conventionnel ; les pages 129 à 147 renferment le résumé de toutes les notes que Victor Hugo a prises pour donner une indication à chacun d’eux ; pourtant, dans ces notes que nous avons sous les yeux, tout n’a pas été employé, ou cité entièrement ; voici quelques exemples :
Gorsas, journaliste, qui voyant Marat vêtu proprement le jour où l’on jugea Louis xvi, dit : La mort est une fête pour cet orang-outang.
La Source, qui avait jeté ce cri bête : Malheur aux nations reconnaissantes ! un des premiers qui aient porté des favoris, grand col, cravate lâche, cheveux à la Titus, presque un visage d’élégant de l’empire. Précurseur en cela seulement.
Barbaroux, figure phocéenne, presque grecque, longs cheveux, la lèvre inférieure un peu dédaigneuse.
Boileau, un de ceux qui osaient colleter Marat.