Quatrevingt-treize (page 31)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Quatrevingt-treize · 43 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Lanjuinais, breton, têtu, intrépide, œil perçant, nez sagace.

Buzot, ascétique, dédaigneux comme Barbaroux, grand nez, grande bouche, grands yeux ; un des rares élégants qui portaient encore la lévite à deux collets et les cheveux roulés. Dînait beaucoup.

Camus, janséniste, auteur de la constitution civile du clergé, croyait aux miracles du diacre Pâris.

Cambon, créateur des finances, nez aquilin, cheveux noirs soigneusement peignés, cravate bien nouée, les bras croisés. Air honnête.

Antoine-Louis-Léon Florelle de Saint-Just qui avait écrit (à Daubigny) : Je me sens de quoi surnager dans le siècle. Saint-Just disait : La révolution ne commencera que quand le tyran finira.'

Bancal, qui avait lu à la tribune le manuscrit de Thomas Paine demandant pour Louis xvi le sursis au nom de la République d’Amérique.

Bourdon de l’Oie, qui proposait de rayer Marat du club des Jacobins.

Julien, qui comparait la Montagne aux Thermopyles. Un emphatique.

Gamon, qui réclamait contre l’exclusion des femmes aux tribunes publiques.

Fabre d’Églantine (à cause de l’églantine d’or des Jeux Floraux). — Ancien académicien, auteur du Philinte de Molière, homme de plaisir, secrétaire de Danton.

Chalier. — Le Marat de Lyon. Piémontais, jaune comme Marat, perruque poudrée, mimique italienne, avait dû être prêtre, avait été marchand, riche adorant les pauvres, enthousiaste, amer, féroce. Une tourterelle sur l’épaule.

Père Duchêne. Hébert, marchand de contremarques, dévot, puis athée. Coupeur de bourses (ainsi qualifié par les jacobins).

(Ne pas confondre avec un Hébert, dentiste, de Lyon, qui a publié en 1779 un écrit intitulé : Le Citoyen Dentiste.)

Guillotiné le 24 mars 1794. Lâche sur l’échafaud. Sa femme, une ex-religieuse, guillotinée 20 jours après. Le cachot qu’il occupa à la Conciergerie fut ensuite le cachot de Danton et de Robespierre, qui l’avaient fait guillotiner. Violent et féroce dans son journal. Doux, aimable et affectueux dans la vie privée} homme de populace doublé d’un homme du monde (Félix Pyat).

Il se fit de service au Temple le jour où Louis xvi quitta ses ordres et son épée, afin de voir le visage humilié du roi.

Vergniaud. — Logeait rue des Jeûneurs — puis dans un petit pavillon entouré des jardins de Tivoli. — Économe. Modeste. Vit de peu. Turgot avait payé son éducation chez les jésuites. Vergniaud entra au séminaire et recula au moment d’être prêtre. Alla à Bordeaux étudier le droit. Le président Dupaty le protégea. À Paris, député, va chez Mme Roland, mais préfère Mme Simon-Candeille (depuis Mme Périé). Rêvassait beaucoup. Écrivait sur son genou. Jetait là le papier griffonné au hasard. Apprenait par cœur ses discours.

Pâle. Yeux noirs, bouche large, gros sourcils, cheveux châtains, grêlé, comme Mirabeau, et moins. — En tout, moins que Mirabeau. — Écrivait à sa sœur de lui envoyer des chemises.

Brissot, voix forte, âme faible. Ayant au pied un boulet, Morande. Un Rousseau manqué. Nature basse. Vues grandes. Marat lui disait : — Brissot, pourquoi as-tu prêté la patte à Lafayette ?

Louvet, avait fait Faublas. Vivait avec Lodoïska. Demeurait rue Saint-Honoré. Il accuse à la Convention Robespierre, Danton et Marat. Quand il arrive à Marat, il dit : Dieu ! je l’ai nommé ! (28 ans. L’air d’une femme. Blond. Pâle. Yeux bleus.)

Barère. Beau parleur. Élégant. L’air dégagé. Haute taille. Se faisait appeler de Vieuzac comme Brissot se faisait appeler de Warville. Familier d’Orléans par la Genlis. Tuteur de Paméla.

Garat, remarquable comme écrivain. Toujours hésitant entre le scrupule de commettre une action violente et la peur de ne pas la commettre. C’est à lui que Robespierre dit un jour : Ah ! je suis bien las de la Révolution !

Chaumette, homme du mal, fils d’un cordonnier, avait été mousse, novice-moine, clerc de procureur, clubiste, journaliste. Ami d’Hébert. Âme basse et dure.

Lamourette, évêque fait pour laisser son nom à un baiser, doux et vaillant, du reste ; il disait : Qu’est-ce que la guillotine ? Une chiquenaude sur le cou.

louis xvi. — sa famille. — son procès.

Louis xvi, duc de Berri, jeune, réputé impuissant. Les yeux bridés. L’air bête. Honnête. De bons sens. Droit. Formes grossières.

Le comte de Provence (Louis xviii), spirituel, vif, sec. Les jésuites lui avaient fait donner le nom de Xavier.

Éducation. — On fait de Louis xvi un ouvrier serrurier et du comte de Provence un lettré.

Marie-Antoinette. Goûts de plaisirs. Petits jeux chez Mme de Duras. Bals de l’Opéra. Leçons de comédie de l’acteur Michu. Soubrette de comédie au besoin et s’y plaisant.

Le comte de Provence, courtisan de la reine, va jusqu’à faire tendre sous la Seine un grand filet d’or et d’argent pour l’arrêter au passage (dans un voyage par eau à Fontainebleau) devant Sainte-Assise qu’il habite.

Louis xvi était un neutre. Ni bon ni méchant ; doux et froid, ayant tout l’aspect d’un impuissant, d’abord avec sa femme, puis avec la nation. Roi eunuque en présence d’une révolution à six mamelles.

Douze pairs de France protestent en 1781 contre la naissance du fils de Louis xvi. Leur protestation, déposée au greffe du Parlement, mais tenue secrète, disparue pendant la révolution, réclamée comme papier d’état par Napoléon, puis ressaisie par Louis xviii (qui en avait été l’instigateur), est aujourd’hui détruite.

En 1788, Marie-Antoinette, déjà triste, n’alla qu’une fois à l’Opéra, comme le prouve ce passage du registre secret de l’Académie royale de musique pour l’année 1789-1790. — « Les présences de la reine au spectacle (qui sont de 240 livres par fois) ont produit l’année dernière : — 240 livres. »

Quand Louis xvi fut arrêté à Varennes, dans la soirée du 22 juin 1791, il dînait. Le roi était assis à une table oblongue et carrée, dans une arrière-salle du rez-de-chaussée de l’auberge……. Le plafond de cette salle était fait de planches nues, soutenues par une longue solive transversale qui passait précisément au-dessus de la tête du roi. Le roi occupait seul le haut bout de la table. Il avait à sa droite la reine et madame Royale, à sa gauche monsieur le dauphin et madame Élisabeth. Le roi et la reine étaient assis sur des fauteuils, madame Royale et madame Élisabeth sur des chaises de paille grossière ; monsieur le dauphin mangeait debout, la table étant trop haute et les chaises trop basses. Cette table était formée de planches posées sur deux tréteaux. Les murs de la salle avaient un aspect délabré ; au-dessus de la porte qui était à plein-cintre et dans le style des portes rustiques du temps de Louis xiii, le plâtre était tombé et laissait dans plusieurs endroits la brique à nu. Le roi faisait face à cette porte ; il avait derrière lui un fauteuil vide, et au-dessus de sa tête, une planche adossée à la muraille supportait des vaisselles et des poteries. Une seule chandelle éclairait la table royale ; le roi était vêtu d’habits de couleur sombre et il avait sur la tête un de ces chapeaux à forme ronde et à larges bords comme nous en voyons encore aujourd’hui aux paysans d’opéra-comique. Le jeune dauphin était en veste avec collet de dentelle ; la reine et madame Royale étaient coiffées d’étroits chapeaux ronds à haute forme conique qui était une mode d’alors ; madame Élisabeth était en bonnet. La table était assez abondamment servie ; le roi seul mangeait avec appétit. Au moment où la porte s’ouvrit brusquement et où la foule armée de torches et de piques fit irruption dans la salle, le roi avait la main sur la bouteille posée à sa droite comme quelqu’un qui va se verser à boire, et il demeura quelques instants dans cette attitude.

(Dicté le 22 août 1842.)

1791. Les tantes du roi. Mesdames de France, voulant fuir, avaient un magot de 12 millions en or dont elles avaient payé chaque louis 29 francs. — Elles s’enfuient. Sont arrêtées à Amay-le-Duc.

Le comte de La Marck, consulté secrètement par Mirabeau sur ce qu’il y a à faire pour les princesses, question de vie et de mort pour elles, répond : — J’ai passé ma nuit à boire. Mes idées ne sont pas bien nettes. Puis il conseille à Mirabeau de faire quelque chose de grand, de monter à la tribune et de défendre ces princesses qui sont des femmes, ces femmes qui sont des citoyennes.

Mirabeau dit : Ce n’est pas si mal vu pour un ivrogne. — Mais n’en fait rien.

Dès le jour de son avènement, Louis XVI est posé sur 93, il s’enfonce doucement dans l’abîme, il s’enlise dans la révolution.

10 août.

Louis xvi, pressé par Rœderer, dit : Allons à l’Assemblée. Il y va. En route il prend le chapeau d’un garde national et le met sur sa tête en place de son chapeau de roi à plume blanche (dont il coiffe le garde national, lequel l’ôta. Prudence des deux côtés).

Le roi traversant les Tuileries et voyant des feuilles jaunies à terre dit : Les feuilles tombent de bonne heure cette année. Le petit dauphin jouait avec ces feuilles mortes qu’il poussait du pied.

Ils traversent la foule hostile sur la terrasse des Feuillants. Un sapeur appelé Rocher commence par insulter la reine, puis la voit tremblante pour son fils, prend l’enfant dans ses bras, joue des coudes et apporte le dauphin sain et sauf dans l’Assemblée. — Vergniaud présidait.

La famille royale passa la nuit dans les combles de l’Abbaye adossée au Manège. Le lendemain la reine, sans le sou, prie sa première femme de chambre. Mme Augié, de lui prêter 25 louis.

(Chercher au Moniteur les spectacles du 10 août.)

6 octobre. — Le jour où la tragédie de la royauté commença, la main fatale qui fait tout prit Louis xvi qui était à Versailles et le transporta à Paris. Versailles n’était que le décor de la grande comédie de l’étiquette.

Après les 5 et 6 octobre, M. de Montmorin, qui fut massacré plus tard le 2 septembre, s’écria dans un salon où était M. de Chartres, depuis Louis-Philippe, alors âgé de dix-sept ans :

— Il faut aller tous près du roi et entourer le trône.

Le duc de Chartres s’écria :

— Il y a encore des lanternes !

Ceci est raconté par Monnier dans une lettre écrite à Mirabeau.

Le Temple. Deux hautes tours inégales, carrées, adossées l’une à l’autre, sans communication entre elles, chacune ayant au dedans quatre étages, au dehors deux tourelles, au sommet une plate-forme. Pour escalier une vis de Saint-Gilles. Intérieur délabré. Une vieille bibliothèque formée des vieux livres dévots du Temple et de quelques nouveaux livres, licencieux, rebut de la bibliothèque du comte d’Artois. Quand le comte d’Artois venait à Paris, il habitait le Prieuré, qui était dans l’enclos avec la Tour. L’enclos était un jardin inculte, à allées pavées, à palissades de planches, fermé d’une haute muraille qui n’avait qu’une porte, donnant rue Vieille-du-Temple.

Le roi, d’abord déposé dans le Prieuré, puis dans la Tour (le jour même de son entrée).

Élisabeth au rez-de-chaussée dans la cuisine où l’on a dressé un lit de sangles, les domestiques au premier, la reine et ses enfants au second, le roi au troisième, dans une cellule qui avait été la chambre d’un valet de pied du comte d’Artois, lequel valet avait collé au mur des estampes obscènes que le roi arracha. Un lit en chêne. Quelques chaises, vieux rideaux de damas vert au lit.

Le 21 septembre, un municipal nommé Lubin proclame la république au pied de la Tour du Temple. Louis xvi ouvre la fenêtre. Les cris du peuple et les menaces du sabre nu des gendarmes le forcent de la refermer.

Quand un des municipaux, geôliers du jour, arrivait avec un visage sympathique, le petit dauphin, qui allait chaque matin les regarder tous, entrait en battant des mains chez sa mère et disait : — Maman, il y en a un qui n’a pas l’air méchant.

Le concierge de la Tour s’appelait Mathey.

Le dauphin appelait Louis xvi papa-roi.

La séance de condamnation de Louis xvi employa un jour et deux nuits, et dura trente-sept heures. Robespierre, rentré chez Duplay, ne dit pas un mot.

Pendant ce temps-là, au Temple, Louis xvi lisait le Mercure de France et donnait à deviner à Cléry un logogriphe dont le mot était : sacrifice.

Cinq se récusèrent dans le jugement de Louis xvi. L’un d’eux, Noël des Vosges, dit : Mon fils vient d’être tué à la frontière, je ne puis juger l’homme qui est la cause de sa mort.

Cavaignac : Ma conscience et la loi. La mort.

Louis xvi, le 20 janvier, renvoie à Malesherbes 125 louis qu’il lui avait empruntés.

… Et la Conciergerie où l’on entendait de ces dialogues effrayants :

La Reine : Gendarme, n’est-ce pas votre avis qu’ils vont me couper en petits morceaux ?

Le gendarme : Sois tranquille, tu arriveras saine et sauve à l’échafaud.

Mercier suppose que Robespierre a épargné Madame Royale pour l’épouser et arriver à régner (t. ier, p. 311).

Après le 20 juin, Louis xvi découragé rejette les plans d’évasion offerts par Lafayette. La reine dit : M. de Lafayette sauverait le roi, qu’il ne sauverait pas la monarchie.

Marie-Antoinette. Jugée le 13 octobre, condamnée le 14, exécutée le 16. Gobel, évêque constitutionnel de Paris, lui envoie trois prêtres, l’abbé Lambret, un de ses vicaires, l’abbé Lothringer (alsacien) et l’abbé Girard, curé de Saint-Landry. Elle les récuse, ne voulant pas de prêtre assermenté. Elle savait le numéro d’une maison de la rue Saint-Honoré d’où un prètre invisible à la foule la bénirait à son passage. Sa bière coûta 7 francs.

Louis xvi croyait au droit du trône et non au droit du peuple. Louis xvi avait des idées de roi ; ne jugeons pas les idées fausses comme les idées vraies. Le point de départ est tout pour la conscience. On n’est pas Judas sans le savoir. On ne trahit que ce qu’on croit trahir.

[notes personnelles.]

maires de paris.

Pache est au 31 mai ce que Pétion est au 10 août. Il donne l’impulsion, puis serre le frein.

La Terreur compromet la république et sauve la révolution. Moyen anarchique de gouvernement. Concentration d’effroi d’où sort la dictature.

Deux courants d’abord : la Terreur selon Danton, et la Terreur selon Robespierre.

Que fallait-il pour faire la Révolution ? Deux choses. Le génie et l’envie. Mirabeau fut le génie. Marat fut l’envie.

Camille Desmoulins est le premier qui ait dit le divin Marat (dès 1791).

Avant la révolution, depuis des siècles le catholicisme disait : c’est moi qui éclaire. Une fausse lumière nocturne vacillait aux mains du clergé et lui faisait voir partout des fantômes, fantômes de dogmes dans le ciel, fantômes de crimes sur la terre. De là les superstitions, les fanatismes, l’ignorance du peuple et les horreurs sans nombre : les vaudois, les albigeois, la Saint-Barthélemy, les bûchers de sorciers, les Cévennes, les dragonnades. Calas, Sirven, Labarre. Tout cela s’est retrouvé au dénouement. C’est avec la chandelle du prêtre qu’a été suiffée la guillotine du roi.

Michelet dit de Robespierre avec profondeur : — Il avait le cœur moins roi que prêtre.

Moi je dis : — Robespierre est le tyran, Bonaparte est le despote. La révolution, refaisant la France et l’Europe, se sert de deux sortes de glaives ; pour l’intérieur du glaive civil que manie le tyran, pour l’extérieur du glaive militaire que manie le despote. Elle remet sa hache à Robespierre et son épée à Bonaparte.

… Puis la révolution passa de l’état sanguin à l’état nerveux, de l’homme taureau à l’homme fantôme, de l’orateur apoplectique au dictateur pâle, de Mirabeau à Robespierre.

La révolution était en équilibre avec elle-même. Elle était à elle-même sa plénitude. Toutes les fureurs des hommes ne pouvaient augmenter d’une quantité appréciable la révolution ; toutes les pluies des nuées n’ajoutent pas une goutte d’eau à l’océan.

Ah ! tristes rois ! quels écroulements ! faire envie mène à faire pitié !

Danton épousa en secondes noces Mlle Louise Gély. La famille voulut un mariage catholique. Danton, amoureux, y consentit. Il fut marié dans une chambre par un prêtre non assermenté, l’abbé de Kéravenanc, plus tard curé de Saint-Germain-des-Prés, et qui m’a souvent dit la messe en 1815, 1816, 1817, 1818, quand j’étais écolier à la pension Cordier-Decotte, rue Sainte-Marguerite.

Cette révolution de 93 qui va se perdre dans le Directoire comme le Rhin dans un marais.

Liberté, loi naturelle.

Égalité, loi sociale.

Fraternité, loi religieuse et morale.

La chute de la Bastille, ce n’est pas la démolition d’un édifice, c’est la construction d’une société.

La Révolution, c’est la civilisation en mal d’enfant.

Quel que soit leur prétexte, honte aux assassins. Anathème à tous les massacres. Tacite ne s’agenouille pas pour laver du sang sur des pavés. La conscience humaine ne sait que faire des apologies du meurtre. L’histoire ne se sert pas de ces éponges-là.

93, c’est la guerre de la France contre l’Europe et de Paris contre la France. Pourquoi cette guerre, double en apparence, une en réalité ? L’Europe voulait supprimer la révolution française, la France voulait étouffer l’éruption parisienne ; c’est-à-dire que l’Europe voulait anéantir l’effet et que la France voulait anéantir la cause. Or, cause et effet, c’était le même phénomène, c’était la nouvelle ère humaine, dont la révolution était l’aurore et Paris le soleil. On tentait d’éteindre cela.

De là l’avortement de l’effort européen.

De là l’avortement de l’effort girondin.

bons. — méchants.

Cette grande ligne mystérieuse, division absolue des âmes, traverse la lumière et l’ombre et la maintient distincte et visible dans la fange comme dans l’idéal. Il y a les bons du mal et les méchants du bien.

Bonchamp Marat

Jean Chouan Hébert

Dans le paroxysme les révolutions sont difficilement clémentes. La vie est leur étoffe.

L’effort des révolutionnaires, qui veulent se maintenir en même temps civilisateurs, doit être de modérer la dépense.

V

RÉSERVÉ POUR LE VOLUME : PAGES D’HISTOIRE.

Tout un dossier de 27 pages non numérotées, sur papier de fil grand format, était enfermé dans une double chemise ; la première porte ceci :

93

Choses faites, Réservées.

La seconde chemise porte une indication précieuse pour un volume resté à l’état de projet et auquel une des préfaces fait allusion :

Réservé pour le volume (II)

PAGES D’HISTOIRE.

Ceci fera les divisions :

Tribunes publiques.

Robespierre, Danton, Marat.

Les rues de Paris.

Tout cela devra être complété.

« Tout cela » n’a pas été « complété », mais transformé ; la division indiquée sous le titre : Les rues de Paris, ne justifie ici son titre que par les premières lignes, c’est surtout une véritable appréciation de la Révolution ; dans le texte publié, c’est un fourmillement de détails groupés et vivants. Les Tribunes publiques, au contraire, dans le volume ne tiennent qu’une page (142), donnent ici prétexte à de copieux développements. Pour le chapitre : Robespierre, Danton, Marat, le livre ii de la deuxième partie nous les présente discutant, se querellant, agissant ; ici ce sont des portraits profondément fouillés.

Cette partie du Reliquat ne peut donc être considérée comme se rapportant directement aux chapitres publiés, ce sont des à-côtés, ou plutôt une version abandonnée entièrement rédigée ; elle est, comme la version publiée, datée du même jour :

Aujourd’hui vingt-et-un janvier 1873, je commence à écrire cette seconde partie du livre 93.

les rues de paris.

À l’époque où furent jetées les fondations de la république, les rues de Paris ont eu deux aspects révolutionnaires très distincts, avant et après le 9 thermidor.

Avant thermidor, c’était grandiose et farouche.

On pouvait prendre là sur le fait cette bizarrerie hautaine propre aux peuples qui commencent la liberté par tous les essais du bien et du mal à la fois.

On se permet tout, parce que tout a été défendu. Aucune délivrance n’agit autrement.

Il sied pourtant de ne verser ni dans un extrême ni dans l’autre ; ni dans l’erreur de ces esprits à vue basse qui considèrent la Révolution comme un incident dans la vie monarchique des peuples, comme un entr’acte entre deux despotismes, et comme une intercalation sur laquelle Dieu ouvre la parenthèse par Louis xvi et la ferme par Napoléon ; ni dans l’erreur des optimistes absolus qui glorifient l’événement en bloc sans tenir compte des fractures faites à la loi morale.

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