Ruy Blas (page 3)

Victor Hugo · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Ruy Blas · 12 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ne vous a vu porter cette livrée encore ?

Ruy Blas.

Ni personne à Madrid.

Don Salluste, désignant du doigt la porte par où est sorti don César.

Ni personne à Madrid.C’est fort bien. Allez clore

Cette porte. Quittez cet habit.

Ruy Blas dépouille son surtout de livrée et le jette sur un fauteuil.

Cette porte. Quittez cet habit.Vous avez

Une belle écriture, il me semble. — Écrivez :

Il fait signe à Ruy Blas de s’asseoir à la table où sont les plumes et les écritoires. Ruy Blas obéit.

Vous m’allez aujourd’hui servir de secrétaire.

D’abord, un billet doux, — je ne veux rien vous taire, —

Pour ma reine d’amour, pour dona Praxedis,

Ce démon que je crois venu du paradis.

— Là, je dicte. « Un danger terrible est sur ma tête.

« Ma reine seule — peut conjurer la tempête,

« En venant me trouver ce soir dans ma maison.

« Sinon, je suis perdu. Ma vie et ma raison

« Et mon cœur, je mets tout à ses pieds que je baise. »

Il rit et s’interrompt.

Un danger ! la tournure, au fait, n’est pas mauvaise

Pour l’attirer chez moi. C’est que j’y suis expert.

Les femmes aiment fort à sauver qui les perd.

— Ajoutez : — « Par la porte au bas de l’avenue,

« Vous entrerez la nuit sans être reconnue.

« Quelqu’un de dévoué vous ouvrira. » — D’honneur,

C’est parfait. — Ah ! signez.

Ruy Blas.

C’est parfait. — Ah ! signez.Votre nom, monseigneur ?

Don Salluste.

Non pas. Signez César. C’est mon nom d’aventure.

Ruy Blas, après avoir obéi.

La dame ne pourra connaître l’écriture ?

Don Salluste.

Bah ! le cachet suffit. J’écris souvent ainsi.

Ruy Blas, je pars ce soir, et je vous laisse ici.

J’ai sur vous les projets d’un ami très sincère.

Votre état va changer, mais il est nécessaire

De m’obéir en tout. Comme en vous j’ai trouvé

Un serviteur discret, fidèle et réservé…

Ruy Blas, s’inclinant.

Monseigneur !

Don Salluste, continuant.

Monseigneur ! Je vous veux faire un destin plus large.

Ruy Blas, montrant le billet qu’il vient d’écrire.

Où faut-il adresser la lettre ?

Don Salluste.

Où faut-il adresser la lettre ? Je m’en charge.

S’approchant de Ruy Blas d’un air significatif.

Je veux votre bonheur.

Un silence. Il fait signe à Ruy Blas de se rasseoir à table.

Je veux votre bonheur.Écrivez : — « Moi, Ruy Blas,

« Laquais de monseigneur le marquis de Finlas,

« En toute occasion, ou secrète ou publique,

« M’engage à le servir comme un bon domestique. »

Ruy Blas obéit.

— Signez. De votre nom. La date. Bien. Donnez.

Il ploie et serre dans son portefeuille la lettre et le papier que Ruy Blas vient d’écrire.

On vient de m’apporter une épée. Ah ! tenez,

Elle est sur ce fauteuil.

Il désigne le fauteuil sur lequel il a posé l’épée et le chapeau. Il y va et prend l’épée.

Elle est sur ce fauteuil.L’écharpe est d’une soie

Peinte et brodée au goût le plus nouveau qu’on voie.

Il lui fait admirer la souplesse du tissu.

Touchez. — Que dites-vous, Ruy Blas, de cette fleur ?

La poignée est de Gil, le fameux ciseleur,

Celui qui le mieux creuse, au gré des belles filles,

Dans un pommeau d’épée une boîte à pastilles.

Il passe au cou de Ruy Blas l’écharpe à laquelle est attachée l’épée.

Mettez-la donc. — Je veux en voir sur vous l’effet.

— Mais vous avez ainsi l’air d’un seigneur parfait !

Écoutant.

On vient… oui. C’est bientôt l’heure où la reine passe. —

— Le marquis Del Basto ! —

La porte du fond sur la galerie s’ouvre. Don Salluste détache son manteau et le jette vivement sur les épaules de Ruy Blas, au moment où le marquis Del Basto paraît ; puis il va droit au marquis, en entraînant avec lui Ruy Blas stupéfait.

Scène CINQUIÈME.

DON SALLUSTE, RUY BLAS, DON PAMFILO D’AVALOS, MARQUIS DEL BASTO. — Puis LE MARQUIS DE SANTA-CRUZ. — Puis LE COMTE D’ALBE. — Puis toute la cour.

Don Salluste, au marquis del Basto.

Le marquis Del Basto ! —Souffrez qu’à votre grâce

Je présente, marquis, mon cousin don César,

Comte de Garofa près de Velalcazar.

Ruy Blas, à part.

Ciel !

Don Salluste, bas à Ruy Blas.

Ciel !Taisez-vous !

Le Marquis Del Basto, saluant Ruy Blas.

Ciel !Taisez-vous !Monsieur… charmé.

Il lui prend la main, que Ruy Blas lui livre avec embarras.

Don Salluste, bas à Ruy Blas.

Ciel !Taisez-vous !Monsieur… charmé.Laissez-vous faire.

Saluez !

Ruy Blas salue le marquis.

Le Marquis Del Basto

Saluez !J’aimais fort madame votre mère.

Bas, à don Salluste, en lui montrant Ruy Blas.

Bien changé ! Je l’aurais à peine reconnu.

Don Salluste, bas, au marquis.

Dix ans d’absence !

Le Marquis Del Basto, de même.

Dix ans d’absence !Au fait !

Don Salluste

Dix ans d’absence ! Au fait !Le voilà revenu !

Vous souvient-il, marquis ? oh ! quel enfant prodigue !

Comme il vous répandait les pistoles sans digue !

Tous les soirs danse et fête au vivier d’Apollo,

Et cent musiciens faisant rage sur l’eau !

À tous moments, galas, masques, concerts, fredaines,

Éblouissant Madrid de visions soudaines !

— En trois ans, ruiné ! — c’était un vrai lion.

— Il arrive de l’Inde avec le galion.

Ruy Blas, avec embarras.

Seigneur…

Don Salluste, gaiement.

Seigneur…Appelez-moi cousin, car nous le sommes.

Les Bazan sont, je crois, d’assez francs gentilshommes.

Nous avons pour ancêtre Iniguez d’Iviza.

Son petit-fils, Pedro De Bazan, épousa

Marianne De Gor. Il eut de Marianne

Jean, qui fut général de la mer Océane

Sous le roi don Philippe, et Jean eut deux garçons

Qui sur notre arbre antique ont greffé deux blasons.

Moi, je suis le marquis de Finlas ; vous, le comte

De Garofa. Tous deux se valent si l’on compte.

Par les femmes, César, notre rang est égal.

Vous êtes Aragon, moi je suis Portugal.

Votre branche n’est pas moins haute que la nôtre :

Je suis le fruit de l’une, et vous la fleur de l’autre.

Ruy Blas, à part.

Où donc m’entraîne-t-il ?

Pendant que don Salluste a parlé, le marquis de Santa-Cruz, don Alvar De Bazan y Benavides, vieillard à moustache blanche et à grande perruque, s’est approché d’eux.

Le Marquis De Santa-Cruz, à don Salluste.

Où donc m’entraîne-t-il ?Vous l’expliquez fort bien.

S’il est votre cousin, il est aussi le mien.

Don Salluste.

C’est vrai, car nous avons une même origine,

Monsieur De Santa-Cruz.

Il lui présente Ruy Blas.

Monsieur De Santa-Cruz.Don César.

Le Marquis De Santa-Cruz.

Monsieur De Santa-Cruz. Don César.J’imagine

Que ce n’est pas celui qu’on croyait mort.

Don Salluste.

Que ce n’est pas celui qu’on croyait mort.Si fait.

Le Marquis De Santa-Cruz.

Il est donc revenu ?

Don Salluste.

Il est donc revenu ?Des Indes.

Le Marquis De Santa-Cruz, examinant Ruy Blas.

Il est donc revenu ? Des Indes.En effet !

Don Salluste.

Vous le reconnaissez ?

Le Marquis De Santa-Cruz.

Vous le reconnaissez ?Pardieu ! Je l’ai vu naître !

Don Salluste, bas à Ruy Blas.

Le bon homme est aveugle et se défend de l’être.

Il vous a reconnu pour prouver ses bons yeux.

Le Marquis De Santa-Cruz, tendant la main à Ruy Blas.

Touchez là, mon cousin.

Ruy Blas, s’inclinant.

Touchez là, mon cousin.Seigneur…

Le Marquis De Santa-Cruz, bas à don Salluste et lui montrant Ruy Blas.

Touchez là, mon cousin. Seigneur…On n’est pas mieux !

À Ruy Blas.

Charmé de vous revoir !

Don Salluste, bas au marquis et le prenant à part.

Charmé de vous revoir !Je vais payer ses dettes.

Vous le pouvez servir dans le poste où vous êtes.

Si quelque emploi de cour vaquait en ce moment,

Chez le roi, — chez la reine… —

Le Marquis De Santa-Cruz, bas.

Chez le roi, — chez la reine… —Un jeune homme charmant !

J’y vais songer. — Et puis il est de la famille.

Don Salluste, bas.

Vous avez tout crédit au conseil de Castille,

Je vous le recommande.

Il quitte le marquis de Santa-Cruz, et va à d’autres seigneurs auxquels il présente Ruy Blas. Parmi eux le comte d’Albe, très superbement paré.

Don Salluste lui présente Ruy Blas.

Je vous le recommande.Un mien cousin, César,

Comte de Garofa, près de Velalcazar.

Les seigneurs échangent gravement des révérences avec Ruy Blas interdit.

Don Salluste, au comte de Ribagorza.

Vous n’étiez pas hier au ballet d’Atalante ?

Lindamire a dansé d’une façon galante.

Il s’extasie sur le pourpoint du comte d’Albe.

C’est très beau, comte d’Albe !

Le Comte D’Albe.

C’est très beau, comte d’Albe ! Ah ! j’en avais encor

Un plus beau. Satin rose avec des rubans d’or.

Matalobos me l’a volé.

Un Huissier de cour, au fond du théâtre.

Matalobos me l’a volé.La reine approche !

Prenez vos rangs, messieurs.

Les grands rideaux de la galerie vitrée s’ouvrent. Les seigneurs s’échelonnent près de la porte, des gardes font la haie. Ruy Blas, haletant, hors de lui, vient sur le devant comme pour s’y réfugier. Don Salluste l’y suit.

Don Salluste, bas à Ruy Blas.

Prenez vos rangs, messieurs.Est-ce que, sans reproche,

Quand votre sort grandit, votre esprit s’amoindrit ?

Réveillez-vous, Ruy Blas. Je vais quitter Madrid.

Ma petite maison, près du pont, où vous êtes,

— Je n’en veux rien garder, hormis les clefs secrètes, —

Ruy Blas, je vous la donne, et les muets aussi.

Vous recevrez bientôt d’autres ordres. Ainsi

Faites ma volonté, je fais votre fortune.

Montez, ne craignez rien, car l’heure est opportune.

La cour est un pays où l’on va sans voir clair.

Marchez les yeux bandés ; j’y vois pour vous, mon cher !

De nouveaux gardes paraissent au fond du théâtre.

L’Huissier, à haute voix.

La reine !

Ruy Blas, à part.

La reine !La reine ! ah !

La reine, vêtue magnifiquement, paraît, entourée de dames et de pages, sous un dais de velours écarlate porté par quatre gentilshommes de chambre, tête nue. Ruy Blas, effaré, la regarde comme absorbé par cette resplendissante vision. Tous les grands d’Espagne se couvrent, le marquis Del Basto, le comte d’Albe, le marquis de Santa-Cruz, don Salluste. Don Salluste va rapidement au fauteuil, et y prend le chapeau, qu’il apporte à Ruy Blas.

Don Salluste, à Ruy Blas en lui mettant le chapeau sur la tête.

La reine ! La reine ! ah ! Quel vertige vous gagne ?

Couvrez-vous donc, César. Vous êtes grand d’Espagne.

Ruy Blas, éperdu, bas à don Salluste.

Et que m’ordonnez-vous, seigneur, présentement ?

Don Salluste, lui montrant la reine qui traverse lentement la galerie.

De plaire à cette femme et d’être son amant.

fin du premier acte.

ACTE DEUXIÈME.

LA REINE D’ESPAGNE.

PERSONNAGES

LA REINE.

RUY BLAS.

DON GURITAN.

CASILDA.

LA DUCHESSE D’ALBUQUERQUE.

UN HUISSIER DE CHAMBRE.

DUÈGNES, PAGES, GARDES.

Un salon contigu à la chambre à coucher de la reine. À gauche, une petite porte donnant dans cette chambre. À droite, sur un pan coupé, une autre porte donnant dans les appartements extérieurs. Au fond, de grandes fenêtres ouvertes. C’est l’après-midi d’une belle journée d’été. Grande table. Fauteuils. Une figure de sainte, richement enchâssée, est adossée au mur ; au bas on lit : santa Maria Esclava. Au côté opposé est une madone devant laquelle brûle une lampe d’or. Près de la madone, un portrait en pied du roi Charles II.

Au lever du rideau, la reine dona Maria De Neubourg est dans un coin, assise à côté d’une de ses femmes, jeune et jolie fille. La reine est vêtue de blanc, robe de drap d’argent. Elle brode et s’interrompt par moments pour causer. Dans le coin opposé est assise, sur une chaise à dossier, dona Juana de la Cueva, duchesse d’Albuquerque, camerera mayor, une tapisserie à la main ; vieille femme en noir. Près de la duchesse, à une table, plusieurs duègnes travaillant à des ouvrages de femmes. Au fond, se tient don Guritan, comte d’Onate, majordome, grand, sec, moustaches grises, cinquante-cinq ans environ ; mine de vieux militaire, quoique vêtu avec une élégance exagérée et qu’il ait des rubans jusque sur les souliers.

Scène PREMIÈRE.

LA REINE, LA DUCHESSE D’ALBUQUERQUE, DON GURITAN, CASILDA, Duègnes.

La Reine.

Il est parti pourtant ! Je devrais être à l’aise ;

Eh bien, non ! ce marquis de Finlas ! il me pèse !

Cet homme-là me hait.

Casilda.

Cet homme-là me hait.Selon votre souhait

N’est-il pas exilé ?

La Reine.

N’est-il pas exilé ? Cet homme-là me hait.

Casilda.

Votre majesté…

La Reine.

Votre majesté…Vrai ! Casilda, c’est étrange,

Ce marquis est pour moi comme le mauvais ange.

L’autre jour, il devait partir le lendemain,

Et, comme à l’ordinaire, il vint au baise-main.

Tous les grands s’avançaient vers le trône à la file ;

Je leur livrais ma main, j’étais triste et tranquille,

Regardant vaguement, dans le salon obscur,

Une bataille au fond peinte sur un grand mur,

Quand tout à coup, mon œil se baissant vers la table,

Je vis venir à moi cet homme redoutable !

Sitôt que je le vis, je ne vis plus que lui.

Il venait à pas lents, jouant avec l’étui

D’un poignard dont parfois j’entrevoyais la lame,

Grave, et m’éblouissant de son regard de flamme.

Soudain il se courba, souple et comme rampant… —

Je sentis sur ma main sa bouche de serpent !

Casilda.

Il rendait ses devoirs : — rendons-nous pas les nôtres ?

La Reine.

Sa lèvre n’était pas comme celle des autres.

C’est la dernière fois que je l’ai vu. Depuis,

J’y pense très-souvent. J’ai bien d’autres ennuis,

C’est égal, je me dis : — L’enfer est dans cette âme.

Devant cet homme-là je ne suis qu’une femme. —

Dans mes rêves, la nuit, je rencontre en chemin

Cet effrayant démon qui me baise la main ;

Je vois luire son œil d’où rayonne la haine ;

Et, comme un noir poison qui va de veine en veine,

Souvent, jusqu’à mon cœur qui semble se glacer,

Je sens en longs frissons courir son froid baiser !

Que dis-tu de cela ?

Casilda.

Que dis-tu de cela ? Purs fantômes, madame.

La Reine.

Au fait, j’ai des soucis bien plus réels dans l’âme.

À part.

Oh ! ce qui me tourmente, il faut le leur cacher !

À Casilda.

Dis-moi, ces mendiants qui n’osaient approcher…

Casilda, allant à la fenêtre.

Je sais, madame, ils sont encor là, dans la place.

La Reine.

Tiens ! jette-leur ma bourse…

Casilda prend la bourse et va la jeter par la fenêtre.

Casilda.

Tiens ! jette-leur ma bourse…Oh ! madame, par grâce,

Vous qui faites l’aumône avec tant de bonté,

Montrant à la reine don Guritan, qui, debout et silencieux au fond de la chambre, fixe sur la reine un œil plein d’adoration muette.

Ne jetterez-vous rien au comte d’Onate ?

Rien qu’un mot ! — un vieux brave ! amoureux sous l’armure !

D’autant plus tendre au cœur que l’écorce est plus dure !

La Reine.

Il est bien ennuyeux !

Casilda.

Il est bien ennuyeux ! J’en conviens. — Parlez-lui !

La Reine, se tournant vers don Guritan.

Bonjour, comte !

Don Guridan approche avec trois révérences, et vient baiser en soupirant la main de la reine, qui le laisse faire d’un air indifférent et distrait. Puis il retourne à sa place, à côté du siége de la camerera mayor.

Don Guritan, en se retirant, bas à Casilda.

Bonjour, comte !La reine est charmante aujourd’hui !

Casilda, le regardant s’éloigner.

Oh ! le pauvre héron ! près de l’eau qui le tente,

Il se tient. Il attrape, après un jour d’attente,

Un bonjour, un bonsoir, souvent un mot bien sec,

Et s’en va tout joyeux, cette pâture au bec.

La Reine, avec un sourire triste.

Tais-toi !

Casilda.

Tais-toi !Pour être heureux, il suffit qu’il vous voie !

Voir la reine, pour lui cela veut dire : — joie !

S’extasiant sur une boîte posée sur le guéridon.

Oh ! la divine boîte !

La Reine.

Oh ! la divine boîte !Ah ! j’en ai la clef là.

Casilda.

Ce bois de calambour est exquis !

La Reine, lui présentant la clef.

Ce bois de calambour est exquis !Ouvre-la.

Vois : — je l’ai fait emplir de reliques, ma chère ;

Puis je vais l’envoyer à Neubourg, à mon père ;

Il sera très-content ! —

Elle rêve un instant, puis s’arrache vivement à sa rêverie.

À part.

Il sera très content ! —Je ne veux pas penser !

Ce que j’ai dans l’esprit, je voudrais le chasser.

À Casilda.

Va chercher dans ma chambre un livre… — je suis folle !

Pas un livre allemand ! tout en langue espagnole.

Le roi chasse. Toujours absent. Ah ! quel ennui !

En six mois, j’ai passé douze jours près de lui.

Casilda.

Épousez donc un roi pour vivre de la sorte !

La reine retombe dans sa rêverie, puis en sort de nouveau violemment et comme avec effort.

La Reine.

Je veux sortir !

À ce mot, prononcé impétueusement par la reine, la duchesse d’Albuquerque, qui est jusqu’à ce moment restée immobile sur son siége, lève la tête, puis se dresse debout et fait une profonde révérence à la reine.

La Duchesse d’Albuquerque, d’une voix brève et dure.

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