La Guerre des Juifs (page 12)

Flavius Josèphe · Histoire

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — historiens/Flajose · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

7. [387] Josèphe, qui dans cet embarras ne perdit pas sa présence d'esprit, met alors sa confiance dans la protection de Dieu : « Puisque, dit-il, nous sommes résolus à mourir, remettons-nous en au sort pour décider l'ordre ou nous devons nous entretuer : le premier que le hasard désignera tombera sous le coup du suivant et ainsi le sort marquera successivement les victimes et les meurtriers, nous dispensant d'attenter à notre vie de nos propres mains. Car il serait injuste qu'après que les autres se seraient tués il y en eût quelqu'un qui pût changer de sentiment et vouloir survivre[76] ». Ces paroles inspirent confiance, et après avoir décidé ses compagnons, il tire au sort avec eux. Chaque homme désigné présente sans hésitation la gorge à son voisin dans la pensée que le tour du chef viendra bientôt aussi, car ils préféraient à la vie l'idée de partager avec lui la mort. A la fin, soit que le hasard, soit que la Providence divine l'ait ainsi voulu, Josèphe resta seul avec un autre : alors, également peu soucieux de soumettre sa vie au verdict du sort et, s'il restait le dernier, de souiller sa main du sang d'un compatriote, il sut persuader à cet homme d'accepter lui aussi la vie sauve sous la foi du serment[77].

8. [392] Ayant ainsi échappé aux coups des Romains et à ceux de ses propres concitoyens, Josèphe fut conduit par Nicanor auprès de Vespasien. De toutes parts les Romains accouraient pour le contempler et, autour du prétoire [77a], il y eut une presse énorme et un tumulte en sens divers : les uns se félicitaient de la capture du chef, d'autres proféraient des menaces, quelques-uns se poussaient simplement pour le voir de plus près. Les spectateurs les plus éloignés criaient qu'il fallait châtier cet ennemi de Rome, mais ceux qui étaient à côté se rappelaient ses belles actions et ne laissaient pas d'être émus par un si grand changement. Parmi les généraux il n'y en eut pas un qui, si fort qu'il eût d'abord été irrité contre lui, ne se sentit quelque pitié à sa vue : Titus fut touché par la constance que Josèphe montrait dans l'adversité et saisi de compassion en voyant sa jeunesse[78]. En se rappelant avec quelle ardeur il les avait combattus naguère [78a] et en le considérant tombé maintenant entre les mains de ses ennemis, il évoquait toute la puissance de la fortune, les rapides vicissitudes de la guerre, l'instabilité générale des choses humaines. Aussi amena-t-il dès lors beaucoup de Romains à partager sa pitié pour Josèphe et fut-il auprès de son père le principal avocat du salut de son captif. Cependant Vespasien commanda de garder celui-ci avec la plus grande exactitude, se proposant de l'envoyer le plus tôt possible à Néron[79].

9. [399] Quand Josèphe entendit cette décision, il exprima le désir de s'entretenir avec Vespasien seul à seul pendant quelques instants. Le général en chef fit sortir tout le monde excepté son fils Titus et deux de ses amis. Alors Josèphe : « Tu te figures, Vespasien, en prenant Josèphe, n'avoir en ton pouvoir qu'un simple captif, mais je viens vers toi en messager des plus grands événements : si je ne me savais pas envoyé par Dieu, je me serais souvenu de la loi juive et comment un chef doit mourir. Tu veux m'expédier à Néron :

t'imagines-tu donc que (Néron lui-même et) ses successeurs vont attendre jusqu'à toi[80] ?

Tu seras César, ô Vespasien tu seras empereur, toi et ton fils que voici : charge-moi donc plutôt de chaînes plus sûres encore et garde-moi pour toi-même. Tu n'es pas seulement mon maître, ô César, tu es celui de la terre, de la mer et de toute l'humanité. Quant à moi, je demande pour châtiment une prison plus rigoureuse si j'ai prononcé à la légère le nom de Dieu ». En entendant ces paroles, le premier mouvement de Vespasien fut l'incrédulité : il pensa que Josèphe avait inventé ce stratagème pour sauver sa vie. Peu à peu cependant la confiance le gagna, car déjà Dieu le poussait vers l'Empire et par d'autres signes encore lui présageait le diadème. D'ailleurs, il constata sur d'autres points la véracité de Josèphe. Un des deux amis présents à l'entretien secret avait dit : « Si ces paroles ne sont pas autre chose que le vain babil d'un homme qui cherche à détourner l'orage de sa tête, je m'étonne que Josèphe n'ait point prédit aux habitants de Jotapata la prise de leur ville ni à lui-même sa propre captivité ». Là-dessus Josèphe affirma qu'il avait en effet annoncé aux défenseurs de Jotapata que leur ville serait prise après quarante-sept jours de siège et que lui-même deviendrait captif des Romains. Vespasien se renseigna en particulier auprès des captifs pour vérifier ce dire et, comme ils confirmèrent le récit de Josèphe[81], il commença à croire à la prédiction qui concernait sa propre destinée. S’il ne délivra pas son prisonnier de sa garde et de ses chaînes, il lui donna un vêtement de prix et d'autres présents et continua à lui témoigner sa bienveillance et sa sollicitude, à quoi Titus ne manqua pas de l'encourager[82].

IX

1. Vespasien cantonne ses troupes à Césarée et à Scythopolis. – 2-4. Destruction des pirates de Joppé. – 5-6. Agitation de Jérusalem à la nouvelle de la prise de Jotapata ; sentiments envers Josèphe. – 7-8. Vespasien dans le royaume d’Agrippa. Soumission de Tibériade.

1. [409] Le quatrième jour du mois Panémos[83] f, Vespasien ramena ses troupes à Ptolémaïs et de là à Césarée-sur-mer, la plus grande ville de la Judée et peuplée en majorité de Grecs. Les habitants accueillirent l'armée et son chef avec toutes les expressions de bénédiction et d'enthousiasme, écoutant sans doute leur attachement pour les Romains, mais surtout leur haine envers ceux que les Romains avaient vaincus. Aussi la foule réclamait-elle à grands cris le supplice de Josèphe. Mais Vespasien écarta tranquillement cette supplique émanant d'une multitude incompétente. De ses trois légions, il en laissa deux à Césarée en quartiers d’hiver, trouvant la ville fort appropriée à cet objet. Quant à la quinzième légion, il la cantonna à Scythopolis, afin de ne pas accabler Césarée du poids de toute l'armée. Cette ville[84] jouit, elle aussi, en hiver d'un climat aussi agréable que l'été y est d'une chaleur suffocante, en raison de sa situation dans une plaine et au bord du fleuve (?).

2. [414] Sur ces entrefaites, des Juifs, que la sédition avait chassés des villes [[84a] ou qui avaient dû fuir leurs patries détruites, s'assemblèrent en une bande assez considérable et vinrent relever les murs de Joppé, naguère dévastée par Cestius et qu'ils choisirent comme place d’armes. N'y ayant rien à tirer de la campagne désolée par la guerre, ils résolurent de prendre la mer : à cet effet, ils bâtirent toute une flottille de brigantins et commencèrent à rançonner tous les parages de la Syrie, de Phénicie et de l'Égypte, de manière à rendre la navigation sur ces mers tout à fait impossible. Quand Vespasien eut connaissance de ce repaire de brigands, il envoya contre Joppé un corps de fantassins et de cavaliers ; ils entrèrent la nuit dans la ville qu'ils ne trouvèrent point gardée : les habitants avaient bien prévu l'attaque, mais, n'osant pas s'engager avec les Romains, ils s'étaient enfuis sur leurs navires, où ils passèrent la nuit hors de la portée des traits.

3. [419] La nature n'a pas donné de port à Joppé. Elle s'élève sur un rivage à pic qui court droit sur presque toute son étendue, mais dont les deux extrémités se recourbent un peu en forme de croissant : ces cornes sont une suite d'abruptes falaises et d'écueils qui s'avancent loin au milieu des flots : on y montre encore l'empreinte des chaînes d'Andromède pour faire ajouter foi à l'ancienneté de cette légende[85].

La bise, qui fouette de face le rivage, soulève contre les rochers qui la reçoivent des vagues énormes et rend ce mouillage plus dangereux pour des navires qu'une côte déserte[86].

C'est là que les gens de Joppé avaient jeté l'ancre, lorsque, vers le point du jour, une violente tempête vint fondre sur eux : c'était le vent que les marins qui naviguent dans ces parages appellent le « borée noir ». Une partie des bâtiments furent brisés sur place en s'entrechoquant ; d'autres vinrent se perdre contre les rochers. La plupart, craignant cette côte escarpée et l'ennemi qui l'occupait, essayèrent de gagner le large en cinglant droit contre le vent ; mais le flot, se dressant en montagne, ne tarda pas à les engloutir. Il n'y avait donc ni moyen de fuir, ni espoir de salut si l'on restait en place : la fureur de la tempête les repoussait de la mer et celle des Romains, de la ville. Un gémissement immense s'élève des embarcations quand elles s'entre-heurtent, un énorme fracas quand elles se brisent. Parmi cette multitude, les uns périssent submergés par les flots, les autres écrasés par les épaves ; plusieurs, trouvant le fer plus doux que l'abîme, se tuent de leurs propres mains. Le plus grand nombre, poussé par les vagues, fut jeté sur les rochers et mis en pièces. La mer rougissait de sang sur une grande étendue ; le rivage foisonnait de cadavres, car les Romains, postés sur la côte, massacraient ceux qui y étaient rejetés. Le nombre des cadavres charriés par les vagues s'éleva à quatre mille deux cents. Les Romains, après s'être emparés de la ville sans combat, la détruisirent de fond en comble.

4. [428] Ainsi, à peu de mois d'intervalle, Joppé fut deux fois prise par les Romains. Vespasien, pour empêcher les pirates de s'y nicher à nouveau, établit un camp fortifié sur l'acropole et y laissa la cavalerie avec un petit détachement de fantassins. Ces derniers devaient rester sur place et garder le camp, les cavaliers fourrager dans la région et détruire les villages et les bourgades des environs. Les cavaliers, fidèles à cette consigne, parcouraient tous les jours la campagne, la ravageaient et en firent un véritable désert.

5. [432] Quand la nouvelle de la catastrophe de Jotapata parvint à Jérusalem, la plupart d'abord ne voulurent pas y ajouter foi, tant le désastre était grand et parce qu’aucun témoin oculaire ne venait confirmer ce bruit. Nul, en effet, ne s'était sauvé pour en être le messager ; seule la renommée, qui, de sa nature, propage volontiers les tristes nouvelles, avait spontanément transmis celle-ci. Peu à peu cependant la vérité chemina de proche en proche et bientôt ne laissa plus de doute chez personne ; l'imagination ajoutait même à la réalité : c'est ainsi qu'on annonçait que Josèphe avait été tué, lui aussi, lors de la prise de la ville. Cette annonce remplit Jérusalem d'une affliction profonde ; tandis que les autres morts étaient regrettés par les maisons, par les familles où chacun d'eux était apparenté, la mort du général fut un deuil public. Alors que les uns pleuraient un hôte, les autres un proche, ceux-ci un ami, ceux-là un frère, tous s'unissaient pour pleurer Josèphe ; de sorte que pendant trente jours[87] les lamentations ne cessèrent pas dans la ville et qu'on se disputait les joueurs de flûte[88] pour accompagner les cantiques funèbres.

6. [438] Mais quand le temps dévoila la vérité entière, quand on sut comment les choses s'étaient passées à Jotapata, que la mort de Josèphe n'était qu'une fiction, qu'il était vivant entre les mains des Romains et recevait de leurs généraux plus d'égards qu'il ne convenait à un prisonnier, la colère contre Josèphe en vie s'éleva avec autant de force que naguère la sympathie pour Josèphe cru parmi les morts. Les uns le traitaient de lâche, les autres de traître, et ce n'était à travers la ville qu'indignation et injures à son adresse. En outre, les revers ne faisaient qu'irriter les Juifs et le malheur les enflammer davantage. L'adversité, qui apprend aux sages à mieux veiller à leur sécurité et à se garder de disgrâces pareilles, ne leur servait que d'aiguillon pour s'exciter à de nouveaux désastres, et toujours la fin d'un mal devenait le commencement d'un autre. Ils s'animaient avec d'autant plus de fureur contre les Romains qu'en se vengeant d'eux, ils espéraient se venger également de Josèphe. Voilà dans quel état d'agitation se trouvait la population de Jérusalem.

7. [443] Cependant

Vespasien était allé visiter le royaume d'Agrippa, où le roi l'invitait dans le double dessein de recevoir le général et son armée[89]

avec un éclat digne de sa propre opulence et d'apaiser, grâce à leur aide, les désordres dont souffraient ses Etats. Parti de Césarée-sur-mer, Vespasien se dirigea vers Césarée-de-Philippe. Là, il donna vingt jours de repos à l’armée pendant que lui-même célébrait des festins et rendait grâce à Dieu pour les succès qu'il avait obtenus. Mais quand il apprit que la sédition agitait Tibériade et que Tarichées s’était révoltée - les deux villes faisaient partie du royaume d'Agrippa -, il jugea à propos de marcher contre ces rebelles, d'abord pour se conformer à sa règle d'écraser les Juifs partout où ils bougeaient, ensuite pour obliger Agrippa et reconnaître son hospitalité en ramenant ces villes dans le devoir. Il envoya donc son fils Titus a Césarée (sur mer) pour chercher les troupes qui s'y trouvaient et les ramener à Scythopolis, la cité la plus importante de la Décapote et voisine de Tibériade ; il s'y rendit lui-même pour recevoir son fils, puis, s'avançant avec trois légions, il vint camper à trente stades de Tibériade, dans un lieu d'étapes, bien en vue des rebelles, qu'on nommait Sennabris[90]. De là, il envoya le décurion Valerianus avec cinquante cavaliers pour faire des offres de paix à ceux de la ville et les engager à traiter ; car il avait appris que le gros du peuple désirait la paix et n'était terrorisé que par quelques séditieux qui lui imposaient la guerre.

Valerianus s'avança à cheval jusqu'au pied de la muraille : là il mit pied à terre et en fit faire autant à ses cavaliers pour qu'on ne s'imaginât pas qu'il venait escarmoucher. Mais avant qu'il eût entamé les pourparlers, voici que les principaux séditieux s'élancent en armes à sa rencontre, ayant à leur tête un certain Jésus, fils de Sapphias[91], qui était comme le chef de cette troupe de bandits. Valerianus ne voulait pas s'exposer à combattre au mépris des ordres de son général, la victoire fût-elle certaine ; d'autre part il croyait dangereux pour une petite troupe de s'engager avec une grande, de lutter sans préparation contre des adversaires préparés. Bref, étonné par la hardiesse imprévue des Juifs, il s'enfuit à pied, suivi de ses cinquante compagnons[92], qui abandonnèrent également leurs moutures. Les gens de Jésus ramenèrent en triomphe ces chevaux dans la ville, aussi fiers que s'ils les avaient pris dans le combat et non dans un guet-apens.

8. [453] Inquiets des suites de cet incident, les anciens du peuple et les plus considérés s'enfuirent au camp des Romains et, après s'être assuré l'assistance du roi, vinrent tomber en suppliants aux genoux de Vespasien, le conjurant de ne les point regarder avec mépris et de ne pas imputer à la cité entière la démence de quelques-uns ; qu'il épargne un peuple qui s'est toujours montré dévoué aux Romains et se contente de châtier les auteurs de la révolte, qui les tiennent eux-mêmes prisonniers jusqu'à ce jour, alors que depuis si longtemps ils ont envie de traiter. Le général se laissa fléchir par ces supplications, quoique l'enlèvement des chevaux l'eût irrité contre la ville entière mais l'inquiétude où il vit Agrippa au sujet de Tibériade le toucha. Les délégués capitulèrent donc au nom de la bourgeoisie : sur quoi Jésus et ses gens estimant qu'ils n'étaient plus en sûreté à Tibériade, s'enfuirent à Tarichées. Le lendemain, Vespasien envoya Trajan avec des cavaliers sur la hauteur voisine de la ville pour s’assurer si, dans le peuple, tout le monde avait des sentiments pacifiques. Ayant constaté que la multitude faisait cause commune avec les délégués, Vespasien rassemble son armée et marche vers la ville. La population lui en ouvrit les portes et s'avança à sa rencontre avec des acclamations. l'appelant sauveur et bienfaiteur. Comme l'armée était gênée par l'étroitesse des avenues, Vespasien fit abattre une partie de la muraille située au midi et ouvrit ainsi à ses soldats un large passage. Toutefois, par égard pour le roi, il défendit tout pillage et toute violence et, pour la même raison, laissa subsister les murailles de la ville, après qu'Agrippa se fût, pour l'avenir, porté garant de la fidélité des habitants. C'est ainsi qu'il recouvra cette ville, non sans qu'elle eût fort souffert par l'effet de la sédition.

X

1-6. Défaite des Juifs devant Tarichées ; prise de cette ville par Vespasien et Titus. – 7-8 Le lac de Tibériade et le Jourdain. – 9. Combat naval sur le lac ; destruction de la flottille juive. – 10. Les captifs vendus à l’encan.

1. [462] Vespasien continuant sa marche, s'arrêta entre Tibériade et Tarichées[93]

et y dressa son camp[94], qu'il fortifia plus qu'à l'ordinaire, en prévision d'hostilités prolongées. En effet, tout ce qu'il y avait de factieux s'était jeté dans Tarichées, confiant dans la force de la place et dans le voisinage du lac que les indigènes appellent Gennésar. La ville, bâtie comme Tibériade au pied de la montagne, avait été pourvue par Josèphe, sur tout le pourtour que ne baignait pas le lac, de remparts solides, moins forts cependant que ceux de Tibériade ; car il avait fortifié cette dernière ville au début de la révolte, dans la plénitude de ses ressources et de son autorité, tandis que Tarichées n'obtint que les reliefs de ses largesses[95].

Les habitants tenaient prêtes sur le lac un grand nombre de barques, pour s'y réfugier s'ils étaient battus sur terre ; ils les avaient équipées de manière à livrer au besoin un combat naval. Pendant que les Romains fortifiaient l'enceinte de leur camp, Jésus et ses compagnons, sans se laisser intimider par la multitude et le bel ordre des ennemis, firent une sortie ; ils dispersèrent au premier choc les travailleurs et arrachèrent une partie du retranchement. Cependant, dès qu'ils virent les légionnaires former leurs rangs, ils se dépêchèrent de se retirer auprès des leurs, avant de s'exposer à quelque dommage ; les Romains, s'élançant à leurs trousses, les pourchassèrent jusqu'à leurs barques ; les Juifs y montent et s'éloignent jusqu'à l'extrême portée des traits. Ils jettent alors l'ancre et, serrant leurs vaisseaux les uns contre les autres à la manière d'une phalange, engagent contre l'ennemi resté à terre une sorte de combat naval. Cependant Vespasien, apprenant que la grande masse des Juifs était rassemblée dans la plaine située aux portes de la ville, envoie contre eux son fils avec six cents cavaliers de choix.

2. [471] Titus, trouvant l'ennemi en force prodigieuse, dépêcha à son père pour demander des troupes plus importantes ; lui-même cependant, voyant que la plupart de ses cavaliers brûlaient de combattre sans attendre l'arrivée des renforts, mais que pourtant quelques-uns trahissaient une émotion secrète à la vue du grand nombre des Juifs, monta sur un lieu d'où tous pouvaient l'entendre et leur dit : « Romains, il est bon de vous rappeler en commençant le nom de votre race, pour que vous sachiez qui nous sommes et contre qui nous avons à combattre. Jusqu'à, cette heure, aucune nation de l'univers n'a pu se soustraire à la force de nos bras ; quant aux Juifs, soit dit à leur éloge, ils ne se lassent jamais d'être vaincus. Eh bien, puisque dans l'adversité ils restent debout, eux, ne serait-il pas honteux de nous décourager, nous, en plein succès ? Je me réjouis de lire sur vos visages une louable ardeur ; je crains pourtant que la multitude des ennemis n'inspire à quelques-uns un secret effroi : qu'ils réfléchissent donc de nouveau qui vous êtes et contre quels adversaires vous allez livrer bataille. Ce sont des Juifs, c'est-à-dire des hommes qui ne sont certes dépourvus ni d'audace ni de mépris pour la mort, mais à qui manquent la discipline et la pratique de la guerre et qui méritent plutôt le nom de cohue que celui d’armée. Au contraire, ai-je besoin de rappeler quelle est notre expérience et notre discipline ? Si, seul de tous les peuples, nous nous exerçons aux armes durant la paix c'est pour ne pas avoir pendant la guerre à nous compter devant l'ennemi. A quoi servirait cette préparation continuelle si nous n’osions aborder qu'à nombre égal les adversaires qui en sont dénués ? Considérez encore que vous allez lutter, armés de toutes pièces contre des gens presque sans armes, cavaliers contre fantassins, que vous avez des chefs et qu'ils n'en ont pas : ces avantages multiplient infiniment votre effectif, comme ces infériorités réduisent infiniment le leur. Ce qui décide le succès dans la guerre, ce n'est pas le nombre, fût-il illimité [95a], c'est le courage, même d'une petite troupe : peu nombreux, de bons soldats sont lestes à la manœuvre et prompts à l'entr'aide ; les armées trop considérables se font plus de dommage a elles-mêmes qu'elles n’en éprouvent de la part de l'ennemi. Ce qui conduit les Juifs, c'est l'audace, la témérité et le désespoir : sentiments qui s'enflamment dans le succès et qui s'éteignent au moindre échec. Nous, c'est la valeur, la discipline et la fermeté, qui sans doute brillent du plus bel éclat dans la bonne fortune, mais qui, dans l'adversité, tiennent bon jusqu'au dernier moment. J'ajoute que vous lutterez pour de plus grands intérêts que les Juifs : car s'ils affrontent la guerre pour la patrie et la liberté, qu'y a- t-il de plus important pour nous que la gloire et le souci, après avoir dompté tout l'univers, de ne pas laisser mettre en balance avec notre pouvoir celui du peuple juif ? Aussi bien nous n’avons rien d’irrémédiable à redouter. Des renforts considérables sont là, à portée de main : mais il dépend de nous de brusquer la victoire et de devancer le secours que doit nous envoyer mon père. Le succès sera plus glorieux s’il n'est pas partagé. J'estime qu'en ce moment, c'est mon père, c'est moi, c'est vous-mêmes qu'on va juger ; on saura s'il est vraiment digne de ses succès passés. Si je suis digne d'être son fils et vous d'être mes soldats. La victoire est pour lui une habitude : de quel front oserais-je donc me présenter à lui, abandonné par vous ? Et vous-mêmes, pourriez-vous souffrir la honte de reculer quand votre chef est le premier au péril ? car je le serai, soyez-en sûr, et à votre tête je m’élancerai contre les ennemis. Ne m'abandonnez donc pas, ayez la ferme confiance qu'un Dieu m'assiste et de son bras soutient mon élan, et tenez aussi pour certain que notre triomphe ne se bornera pas à disperser les ennemis qui sont devant ces murs ».

3. [485] A ces paroles de Titus une sorte de fureur divine s'empare de ses hommes et lorsque, avant même que le combat s’engage, Trajan vient les rejoindre avec quatre cents cavaliers, ils s'en irritent comme si ce secours venait diminuer le mérite de leur victoire. En même temps Vespasien envoie Antonius Silo avec deux mille archers pour occuper la montagne qui fait face à la ville et battre les remparts : ces archers exécutent leur consigne et leur tir tient en échec ceux qui, du haut des murs, voudraient intervenir dans la lutte. Quant à Titus. il dirige le premier son cheval contre l'ennemi : derrière lui, ses escadrons branlent en poussant des cris et se déploient à travers la plaine dans toute l'étendue qu'occupaient les Juifs, de manière à faire illusion sur leur petit nombre. Les Juifs, quoique frappés par l'impétuosité et le bon ordre de cette attaque, soutiennent leurs charges pendant quelque temps. Mais de toutes parts les pointes des lances les transpercent, la trombe des cavaliers les renverse et les foule aux pieds. Quand la plaine fut partout couverte de cadavres, ils se dispersèrent et chacun, à toute vitesse, s'enfuit comme il put vers la ville. Titus les poursuit : il sabre par derrière les traînards ou massacre ceux qui s'agglomèrent ; parfois il devance les fuyards, se retourne et les charge de face ; là où il voit des grappes humaines s’entasser les unes sur les autres, il fonce sur elles et les taille en pièces. A tous, enfin, il cherche à couper la retraite vers les murailles et à les rejeter vers la plaine, jusqu'à ce qu'enfin leur masse réussisse à se frayer un passage et à s’engouffrer dans la ville[96].

4. [492] Mais là une nouvelle et terrible discorde les attendait. La population indigène, préoccupée de ses biens et de la conservation de la ville, avait dès l'origine désapprouvé la guerre ; maintenant la défaite l'en dégoûtait encore davantage. Mais la tourbe venue du dehors, qui était fort nombreuse, n'en était que plus enragée à l'y contraindre. Les deux partis s'exaspèrent l'un contre l'autre ; des cris, un tumulte éclatent : peu s'en faut qu'on en vienne aux mains. De sa position peu éloignée des murailles, Titus entend ce vacarme : « Voici le moment, s'écrie-t-il : pourquoi tarder, camarades, quand Dieu lui-même livre les Juifs entre nos mains ? Accueillez la victoire qui s'offre. N'entendez-vous pas ces clameurs ? Echappés à notre vengeance, voici les Juifs aux prises entre eux : la ville est à nous si nous faisons diligence, mais à la promptitude il faut joindre l'effort et la volonté ; sans risques il n'y a pas de grand succès. N'attendons pas que l'accord se rétablisse entre nos ennemis : la nécessité ne les réconciliera que trop vite. N'attendons pas même le secours des nôtres : après avoir défait avec si peu de monde une si grande multitude, nous aurons encore l'honneur d'être seuls à enlever la place ».

5. [497] Tout en parlant ainsi, il saute à cheval, conduit ses troupes vers le lac, s'y engage lui-même[97] et pénètre le premier dans la ville, suivi du reste de ses soldats. A la vue de son audace, l'effroi s'empare des défenseurs de la muraille : personne n'ose combattre ni résister ; tous quittent leur poste et s'enfuient, les gens de Jésus à travers la campagne, les autres courant vers le lac. Mais ceux-ci donnent dans l'ennemi qui marchait à leur rencontre ; plusieurs sont tués au moment de monter sur les barques, d'autres le sont, tandis qu'ils cherchent à rejoindre à la nage [97a] leurs compagnons, qui avaient précédemment pris le large[98]. Dans la ville même, on fit un grand carnage, non sans quelque résistance de la part de ceux des étrangers qui n'avaient pu fuir ; quant aux naturels, ils se laissèrent égorger sans combat, l'espoir du pardon et la conscience de n'avoir pas voulu la guerre leur ayant fait jeter les armes. Enfin Titus, après que les plus coupables eurent péri, prit en pitié la population indigène et arrêta le massacre [98a]. Quant à ceux qui s'étaient sauvés sur le lac, voyant la ville prise, ils gagnèrent le large et s'éloignèrent des ennemis le plus loin qu'ils purent.

6. [503] Titus envoya un cavalier annoncer à son père l'heureuse issue du combat. Vespasien, charmé, comme on le pense, de la valeur de son fils et d'un succès qui semblait terminer une grande partie de la guerre, se rendit lui-même sur les lieux et donna l'ordre de faire bonne garde alentour de la ville, de n'en laisser échapper personne et de tuer (quiconque tenterait de s'évader)[99]. Le lendemain il descendit au bord du lac et ordonna de construire des radeaux pour relancer les fugitifs. Comme il y avait abondance de bois et d'ouvriers, les embarcations fuient bientôt prêtes.

7. [506] Le lac de Gennésar doit son nom[100]

au territoire qui l'avoisine. Il mesure quarante stades de large sur cent [100a] de long. Ses eaux sont néanmoins d'une saveur douce et très bonnes à boire : plus légères que l'eau des marais, elles sont, en outre, d'une parfaite pureté, le lac étant partout bordé de rivages fermes ou de sable. Cette eau, au moment où on la puise, offre une température agréable, plus tiède que l'eau de rivière ou de source, et cependant plus fraîche que la grande étendue du lac ne le ferait supposer. Elle devient aussi froide que la neige quand on la tient exposée à l'air, comme les habitants ont coutume de le faire en été pendant la nuit[101].

On rencontre dans ce lac plusieurs sortes de poissons qui diffèrent, par le goût et par la forme, de ceux qu'on trouve ailleurs. Le Jourdain le traverse par son milieu. Ce fleuve prend en apparence sa source au Panion en réalité il sort de la fontaine de Phialé, d'où il rejoint le Panion en coulant sous terre. Phialé - la coupe - se trouve en montant vers la Trachonitide, à cent vingt stades de Césarée (de Philippe), à droite et à peu de distance de la route[102] :

c'est un étang ainsi nommé à cause de sa forme circulaire ; l'eau le remplit toujours jusqu'au bord sans jamais ni baisser ni déborder. Longtemps on ignora que le Jourdain y prenait sa source, mais la preuve en fut faite par le tétrarque Philippe : il fit jeter dans la Phialé des pailles qu'on trouva transportées dans le Panion, où les anciens plaçaient l'origine du fleuve. Panion[103]

est une grotte dont la beauté naturelle à encore été rehaussée par la magnificence royale, Agrippa l'ayant ornée à grands frais. Au sortir de cette grotte, le Jourdain, dont le cours est devenu visible, traverse les marais et les vases du lac Séméchonitis[104], puis parcourt encore cent vingt stades[105]

et, au-dessous de la ville de Julias, coule à travers le lac de Gennésar, d'où, après avoir bordé encore un long territoire désert, il vient tomber dans le lac Aspilaltite.

8. [516] Le long du lac

(de Tibériade) s'étend une contrée aussi nommée Gennésar[106], d'une nature et d'une beauté admirables. Il n'y a point de plante que son sol fertile refuse de porter et, en effet, les cultivateurs y élèvent toutes les espèces. L'air y est si bien tempéré qu'il convient aux végétaux les plus divers : le noyer, arbre qui se plaît dans les climats les plus froids, y croit en abondance, à côté des palmiers, que nourrit la chaleur, des figuiers et des oliviers, qui aiment un climat modéré. On dirait que la nature met son amour-propre à rassembler au même endroit les choses les plus contraires et que, par une salutaire émulation, chacune des saisons veut réclamer ce pays pour elle. Non seulement, en effet, contre toute apparence, il produit les fruits les plus divers, mais il les conserve : pendant dix mois, sans interruption, on y mange les rois des fruits, le raisin et la figue ; les autres mûrissent sur les arbres pendant toute l'année[107]. A l'excellence de l'air s’ajoute une source très abondante qui arrose la contrée : les habitants lui donnent le nom de Capharnaüm[108] ; quelques-uns prétendent que c’est une branche du Nil, car on y trouve un poisson analogue au coracin du lac d'Alexandrie[109]. Ce canton s'étend au bord du lac sur une longueur de trente stades et sur une profondeur de vingt. Telle est l'image qu'offre cette contrée bénie.

9. [522] Vespasien, dès que ses radeaux furent prêts, les chargea d'autant de troupes qu'il croyait nécessaires pour venir à bout des Juifs réfugiés sur le lac, et gagna le large avec cette flottille. Les ennemis ainsi pourchassés ne pouvaient ni s'enfuir à terre, où la guerre avait tout ravagé, ni soutenir un combat naval à armes égales. Leurs esquifs, petits et propres à pirater, étaient trop faibles pour se mesurer avec les radeaux ; chacun d'eux, d'ailleurs, n'était monté que par une poignée d'hommes qui redoutaient d'affronter les équipages romains bien fournis. Pourtant ils voltigeaient autour des radeaux, parfois même s'en rapprochaient, tantôt lançant de loin des pierres contre les Romains, tantôt frôlant le bord de leurs embarcations et les frappant à bout portant. Mais l'une et l'autre manœuvres tournaient à leur confusion : leurs pierres ne produisaient qu'un fracas inutile en venant se choquer contre des soldats bien protégés par leurs armures, tandis qu'eux mêmes offraient aux traits des Romains une cible sans défense ; d'autre part, quand ils osaient approcher, avant d'avoir pu rien faire ils se voyaient abattus et submergés avec leurs propres esquifs. Essayaient-ils de se frayer un passage, les Romains les transperçaient à coups de lances ou, sautant dans leurs barques, les passaient au fil de l'épée. Quelquefois les radeaux, en se rejoignant, les enfermaient entre eux et écrasaient hommes et bateaux. Quand les naufragés cherchaient à se sauver à la nage [109a], un trait avait vite fait de les atteindre ou un radeau de les saisir. Si, dans leur désespoir, ils montaient à l'abordage, les Romains leur coupaient la tête ou les mains. Ainsi ces misérables périssaient par milliers en mille manières ; tant que les survivants, fuyant vers le rivage, y virent refouler et entourer leurs barques. Alors, cernés de tous côtés [109b], beaucoup se jettent dans le lac, et y périssent sous les javelots ; d'autres sautent à terre, où les Romains les égorgent. On put voir tout le lac rouge de sang et regorgeant de cadavres, car pas un homme n'échappa. Pendant les jours suivants, tout le pays offrit une odeur et un spectacle également affreux. Sur les rives s'entassaient les débris et les cadavres enflés : ces corps, putréfiés par la chaleur ou par l’humidité, empestaient l'atmosphère, et l'horrible catastrophe qui plongeait dans le deuil les Juifs inspirait du dégoût même aux Romains. Telle fut l'issue de ce combat naval. On compta six mille cinq cents morts[110], y compris ceux qui étaient tombés dans la défense de la ville.

10. [532] Après le combat, Vespasien vint siéger sur son tribunal à Tarichées, pour y faire le triage des indigènes et de la tourbe venue du dehors, car c'étaient ceux-là qui visiblement avaient donné le signal de la guerre. Puis il se demanda, de concert avec ses lieutenants, s'il fallait aussi l'aire grâce à ces derniers. Tous furent unanimes à dire que la mise en liberté de ces hommes sans patrie serait funeste une fois graciés, ils ne se tiendraient pas tranquilles ; ils étaient même capables de forcer à la révolte ceux chez qui ils chercheraient un refuge. Vespasien ne pouvait que reconnaître qu'ils ne méritaient pas le pardon et qu'ils ne feraient qu'abuser de leur liberté contre leurs libérateurs[111] ;

mais il se demandait par quel moyen il pourrait s'en défaire : s'il les tuait sur place, il risquait d'exaspérer la colère des indigènes, qui ne supporteraient pas de voir massacrer un si grand nombre de suppliants auxquels ils avaient donné asile ; d'autre part, il lui répugnait de les laisser partir sous la foi de sa parole et de tomber ensuite sur eux. Toutefois ses amis finirent par faire prévaloir leur avis, que, vis-à-vis des Juifs, il n'y avait point d'impiété, et qu'il fallait préférer l'utile à l'honnête quand on ne pouvait les faire marcher ensemble. Vespasien accorda donc la liberté à ces émigrés en termes équivoques et leur permit de sortir de la ville par une seule route, celle de Tibériade. Prompts à croire ce qu'ils souhaitaient, les malheureux s'éloignent en toute confiance dans la direction prescrite, emportant ostensiblement leurs biens. Cependant les Romains avaient occupé toute la route jusqu'à Tibériade, afin que nul ne s'en écartât. Arrivés dans cette ville, ils les y enfermèrent. Vespasien, survenant à son tour, les fit tous transporter dans le stade et donna l'ordre de tuer les vieillards et les infirmes au nombre de douze cents : parmi les jeunes gens, il en choisit six mille des plus vigoureux et les expédia à Néron. qui séjournait alors dans l'isthme de Corinthe[112], Le reste de la multitude, au nombre de trente mille quatre cents têtes, fut vendu à l'encan, hors ceux dont Vespasien fit présent à Agrippa, à savoir les Juifs originaires de son royaume : le général lui permit d'agir avec eux à discrétion et le roi les vendit à son tour. Le gros de cette foule se composait de gens de la Trachonitide, de la Gaulanitide, d'Hippos et de Gadara pour la plupart : tourbe de séditieux et de bannis, qui, méprisés pendant la paix, avaient trouvé dans leur infamie de quoi les exciter à la guerre. Leur capture eut lieu le huit du mois Gorpiéos[113].

livre II livre IV

[1] Vespasien, né an 9 ap. J.-C., avait alors 57 ans.

[2] Les mss. ont τὸ πέμπτον καὶ τὸ δέκατον « la 5e et la 10e légions ». Mais ces deux légions faisaient partie de l'armée de Syrie et c'est bien la 15e seule que Titus amena d'Alexandrie (infra, V, 1). La correction est due à Cardwell et à Léon Renier. Il s'agit bien d'Alexandrie d'Égypte et non, comme l'ont cru Mommsen et Pick, d'Alexandrie près d'Issus. Cf. Schürer, I3, 610.

[3] Environ 92 kilomètres. A vol d'oiseau la distance n'est que de 70 kilomètres.

[3a] Nous lisons avec Niese τῶν πολεμίων (περισσεύειν) : les mss. ont τῷ πολέμῳ.

[4] Localité inconnue (d'après Riess : Djalis ou Djoulis, village à 11 kil. à l'Est d'Ascalon). Plusieurs mss. ont Σάλλις. S'agirait-il de Lachis (II Rois, 14, 19, etc.), qui était située dans le voisinage ?

[5] Site Inconnu. Des mss. ont Βεζεδέλ ou Beldezel.

[6] Après Rome et Alexandrie.

[7] C'est le commandant de la 12e légion, précédemment nommé (liv. II, XVIII, 11). Plusieurs mss. ont à tort Cestius ; c'est aussi la leçon de Vita, § 394, où il est question de l'introduction de la garnison romaine.

[8] Cf. Antiquités, XV, 294. C'est la Geba de Pline, V, 19, 75. Voir Schürer, II4, 199.

[9] La Galilée inférieure est au Sud, la Galilée supérieure au Nord. Josèphe entend par longueur la dimension Est-Ouest, par largeur la dimension Sud-Nord. Mais la plupart des bourgades mentionnées ici et dont plusieurs reparaissent ailleurs (Chaboulon, Bersabé, Méroth) ne peuvent être exactement localisées. Xaloth a été identifié à l'ancienne Kisloth-Tabor (Josué, 19, 12), à 8 milles à l'Est de Sepphoris.

[10] Évidente exagération puisque, la Galilée ayant 204 villes et bourgades (Vita, 235), cela donnerait une population de plus de 3 millions d'âmes.

[11] Cela paraît inexact si l'on prend la Pérée dans le sens restreint où Josèphe va la définir.

[12] Machérous compris, Pella non compris.

[13] Les mss. ont Σιλωνιτίδι, Σιλβωνιτίδι, Σιβωνίδι ; il s'agit sûrement du territoire d'Hesbon, ailleurs (Ant., XII, 233; XV, 294) appelé Ἐσσεβωνῖτις (Sebonotis en latin). Voir liv. II, XVIII, 1.

[14] C'est le lieu appelé plus haut Ghéma (liv. II, XII, 3), ailleurs (Ant., XX, 118) Γινκῆς.

[15] On place Anouath ou Anoua à 10 milles au Sud de Sichem (Naplouse), Jardan à Tell Arad, à 20 milles au S.-E. d'Hébron.

[16] Ce n'est pas exact : Jérusalem est à l'Est de la ligne médiane de la Judée.

[17] La toparchie de Pella n'est pas mentionnée ailleurs ; c'est sans doute une faute de texte pour Bethleptephé (Guerre, IV, 445), la Betholethephene de Pline, V, 14, 70. Pline, dans son énumération, omet l'Idumée et Engaddé, et compte en revanche Joppé comme une toparchie. Mais Joppé (II, VI, 3), comme Jamnia (II, IX, 1), avait une administration spéciale.

[18] Emplacement inconnu.

[18a] Nous lisons avec Niese ἀτρεμοῦντάς τε (ou μὲν ?) κατὰ πόλεις.

[19] Cette attaque ne doit pas être confondue, malgré la ressemblance des circonstances, avec celle qui est racontée Vita, c. 71, § 395 suiv., et qui se place avant l'arrivée de Vespasien. - Dans le récit de la Vita (§ 411 et suiv.) il semble y avoir ici une lacune. - Toutefois il se pourrait que Josèphe eût commis dans la Vita un anachronisme.

[20] Antiochus IV, roi de Commagène ; Sohémos, roi d'Emèse. Cf. II, XVIII, 9.

[21] Ce chiffre n'est guère exagéré. En effet on a :

3 légions à 6,120 hommes

18,360

10 cohortes à 1,000

10,000

13 cohortes à 720

9,360

6 alae à 500 (?)

3,000

Auxiliaires des rois syriens (3 x 3,000)

9,000

Auxiliaires arabes

6,000

Total

55,720

Si les alae sont à 1,000 hommes, le total est de 58,720, qui se rapproche singulièrement du nombre rond de 60,000.

[22] Ce chapitre remarquable paraît imité de la fameuse digression de Polybe sur la milice romaine (VI, 19-42). C'est une de nos meilleures sources pour la connaissance de l'armée impériale du premier siècle.

[22a] οὐχ ὁμοίως βεβαίων (Hudson)

[22b] τούς τε ὀξυβελεῖς καὶ καταπέλτας καὶ λιθόβολα. le mot ὀξυβελής (sous-entendu καταπέλτης) désignant une variété de catapulte (cf. infra, V, 269 : βιαιότεροι ὀξυβελεῖς καὶ μειζόνα λιθόβολα), H. Weil proposait se supprimer les mots καὶ κατπέλτας considérés comme une glose (Rev. ét. grecques, IV, 29). D'autres savants croient au contraire que l'ὀξυβελής (baliste) s'oppose au καταπέλτης ordinaire comme le mortier au canon, pour l'amplitude de l'angle de tir (Cagnat, Actes et conférences de la Soc. des Et. Juives, p. LII).

[23] λοχαγοῖς καὶ ταξιάρχοις : probablement les centurions et les tribuns.

[24] εἴ τινες διαφέροιντο. Il est probable qu'il s'agit surtout d'une juridiction pénale.

[24a] Dans ce passage les centurions et les tribuns sont désignés par leurs noms techniques (ἑκατοντάρχας, χιλιάρχους). mais ensuite on lit μεθ' ὧν (les tribuns) πρὸς τὸν ἡγεμόνα τῶν ὅλων οἱ ταξίαρχοι πάντες. il est impossible avec ce texte de comprendre le mot ταξίαρχοι que nous avons vu plus haut (§ 83) employé dans le sens de tribun (légat se ditἔπαρχος, § 310). Nous lisons μεθ' ὁ (le mss. C a ὃν) et prenons ταξίαρχοι dans le sens vague d' "officiers" commandant une unité (ce qui comprend à la fois les centurions et les tribuns).

[24b] ἐκεῖ πάλιν τειχίσασθαι. Nous retranchons ἐκεῖ avec Destinon.

[25] Pour cette description des sonneries, cf. Polybe, VI, 40.

[26] Une demi-coudée ou trois quarts de pied. Sur les monuments, au contraire, le pugio (poignard) est d'ordinaire à gauche et le glaive (gladius) à droite.

[27] Hasta et parma dans la garde, pilum et scutum dans la ligne.

[28] D'après Polybe, VI, 40, 3, c'est un roulement journalier qui règle l'ordre de marche.

[29] καὶ γὰρ ταύτης αὐτοῖς τὸ κρατεῖν βεβαιότερον : comprenne qui pourra. Le dernier mot de la phrase en grec est peut-être altéré et le sens de la phrase celui-ci : « car ils ont coutume de vaincre la fortune elle-même ».

[29b] Nous lisons avec Naber ταῖς ψυχαῖς ἐναπόκαμνον. certains mss. ont φυγαῖς ou φυλακαῖς

[30] μοῖρα. Probablement une cohorte mixte (cohors equitata).

[31] Par hélépoles Josèphe entend peut-être les béliers comme plus loin, VII, 21. Cependant dans le récit du siège de Jotapata il ne figurera qu'un seul bélier.

[32] τις ἑκατοντάρχης. Il paraît peu croyable qu'un seul centurion fût chargé de la surveillance de tout le gros de la phalange.

[33] μίσθιοι (mercenarii). Soit le reste des cohortes auxiliaires (plus haut, on n'en a mentionné qu'une fraction), soit des corps spéciaux d'archers et de cavaliers barbares.

[33a] πεζοί τε καὶ ὁπλίται. Ces deux derniers mots paraissent être de trop.

[34] A vingt stades suivant Vita, § 395. Garis y est qualifié de bourgade. - Kohout place, sans raison suffisante, la déroute de Garis avant la tentative de Placidus sur Jotapata.

[35] Les mss. ont Γαδαρέων ou Γαδάρων; mais Gadara, ville de la Décapole, était restée fidèle aux Romains ; au contraire, Gabara, ville importante de Galilée, à hauteur de Ptolémaïs, avait suivi le parti de Jean de Gischala (Vita, § 285). La correction est due à Gfrœrer.

[36] Il s'agit sans doute de la route de Gabara à Jotapata, longue de 40 stades (Vita., § 234).

[37] Le 8 juin 67 ap. J.-C. (Niese). Mais cette indication est en contradiction avec celle du VII, 36, où nous apprenons que la ville fut prise le 1er Panémos (20 juillet), après quarante-sept jours de siège (VII, 33). La date 21 Artémisios est donc erronée et il faut probablement lire 11 (l'archétype de Josèphe donnait les indications de ce genre en chiffres. Cf. en sens divers Niese, Hermes,

XXVIII 1893), 202 ; Unger, Ac. Munich.

1833, II, 437 ; Schürer, I, 612.

[38] Le décurion Æbutius était au service d'Agrippa ; au début de la guerre, il avait été chargé de la surveillance de la Grande Plaine et livra un combat contre Josèphe (Vita, § 116). Il y avait trois décurions ou lieutenants par turma (escadron). On s'étonne de voir le commandement de mille cavaliers confié à un décurion.

[39] Nous traduisons d'après le texte des mss (ἐστρατοπεδευκοτές). la vieille traduction latine suppose ἐστρατοπεδευκότων : il s'agirait du camp des Romains. Il n'est pas question ailleurs de ce camp juif extra muros ; sans doute à mesure que l'investissement se resserrait, les Juifs ramenèrent toutes leurs forces à l'intérieur de l'enceinte ; mais il n'en était pas de même au début.

[40] Schultz, en 1887, a identifié Jotapata avec Khirbet Djefat, à l'issue N. de la plaine d’Asochis. Dans les textes talmudiques on trouve la forme Yodaphat Mishna Arachin, IX, 6.

[40a] Nous lisons avec les mss. ML καθ' ὁ λήγοντι τῷ ὄρει πλαγίως (autres mss. πλαγίῳ) προσεκτείνεται (autres mss :προσέκτισται. Destinon : παρεκτείνεται)

[41] τοῦτο est amphibolique. Est-ce le quartier nord de la ville, ou le sommet qui le domine ? Dans le premier cas la précaution était insuffisante ; dans le second la fin de la phrase n'est pas d'accord avec le commencement.

[42] Nous traduisons le texte de la plupart des mss. (πρόσιτον), mais certains ont ἀπρόσιτον : Vespasien aurait dirigé ses terrassements, non vers le flanc nord, seul accessible, mais vers un des flancs qui ne l'étaient pas ; rien de moins vraisemblable. Kohout estime (à cause des « trois équipes » du VII, 8, des trois corps du VII, 20, des trois colonnes d'assaut du VII, 22 et des trois tours du VII, 30) que les Romains construisirent trois terrasses, une par légion, chacune munie d'un bélier. Toute la suite du récit prouve cependant qu'il n'y eut qu'un bélier mis en action.

[43] Végèce, 11,25, compte de son temps 55 catapultes par légion, ce qui ferait 165 pour une armée de trois légions comme celle de Vespasien.

[44] Ce procédé de défense était connu des ingénieurs romains (Végèce, IV, 15).

[45] τῶν ἄλλων ἔργων πυρπολήσεις : les ouvrages autres que les terrassements, lesquels étaient devenus inattaquables par l'effet des mesures décrites plus haut (VII, 9).

[46] Kohout rappelle l'anecdote de Manlius, assiégé dans le Capitole, qui jette des pains aux Gaulois (Florus, 1, 7, 15).

[47] Les mss. hésitent entre ἐξιοῦσι et εἰσιοῦσι. Herwerden propose : τοῖς εξιοῦσί τε καὶ εἰσιοῦσι : ceux qui sortaient ou qui rentraient.

[47a] εἶναι γὰρ τῇ πόλει καὶ σωτηρίας μὲν ἐλπὶς παραμένων (PALM), μένων ἐλπὶς καὶ παραμένοντος αὐτοῦ (VRC). Aucun de ces textes ne paraît correct. Je préférerais avec Herwerden : μὲν ἐλπίδα, παραμένοντα.

[47b] Nous traduisons le texte adopté par Niese d'après une correction du mss. Ambrosianus : καλὸν - εἰς μνήμην ὀψιγενῶν πεσεῖν (occumbere Lat.). Les autres mss. ont παισίνn ou παίδων (que conserve Naber en supprimant καλὸν ).

[47c] πρίν τι παθεῖν ἀεὶ δρῶντες. Naber conjecture δραμόντες.

[47d] ἑκάτεροι ne peut guère avoir d'autre sens.

[48] Les Romains préféraient les sacs de chiffons, centones (Végèce, IV, 23).

[49] Josèphe emploie, ici et plus bas, inexactement le terme grec hélépole, qui désigne la machine de siège inventée par Démetrius Poliorcète. Ce n’était pas un bélier, mais une batterie mobile avec plusieurs étages de pièces (Diodore, XX, 7, etc.).

[50] Les mss. ont des Σαβά ou Σαάβ ; Niese a proposé Γάβα, ville connue de la Galilée.

[51] Bourgade inconnue, peut-être Rouméh, au Nord de Sepphoris.

[52] τοῦ τε πέμπτου καὶ τοῦ δεκάτου τράπεντος τάγματος , texte altéré. On a vu plus haut que la 10e légion avait pris la fuite ; mais il n'a pas été question de la 5e. Il est possible que plus haut (21) le texte ait porté τοῦ [πέμπτου καὶ] τοῦ δεκάτου (la 15e légion, au lieu de la 10e), et qu'il faille rétablir les mêmes mots ici.

[52a] Nous lisons avec Holwerda ὑπὸ τα γέρρα (ἐπὶ mss.).

[53] τῆς μηχανῆς : ce terme vague, en grec, ne peut désigner que le pierrier, que les Romains nommaient « onagre ». CF. infra, § 246, où Josèphe emploie le mot λιθόβολος.

[53a] ἀνδρῶν μὲν γὰρ οὐδὲν (Niese) οὕτως, etc.

[54] Il est permis d'avoir quelques doutes sur l'exactitude des distances de Josèphe.

[54a] Lire φοβερός (Destinon) ou mieux φοβερώτατος, au lieu du φοβερώτερος des mss.

[55] La position des archers a paru bien éloignée ; Destinon propose donc d'intervertir l'ordre du texte : les archers auraient été placés soit derrière les cavaliers démontés, soit derrière les fantassins d'élite. Mais, en réalité, le texte - Le reste de la cavalerie… s’échapper inaperçu. - est une sorte de parenthèse, et Plus en arrière…, dans l'ordre de bataille, fait suite à …l’élite de l’infanterie.

[56] καὶ πρὸ πάντων ἀνὰ ἕξ ἄνδρας : texte et sens douteux. Kohout suppose ingénieusement qu'il y avait trois groupes de défenseurs, opposés aux trois colonnes d'assaut romaines. les six chefs de file sont les πρόμαχοι du § 270.

[56a] κατ' ὀλίγον (L) plutôt que πρὸς ὀλίγον de la plupart des mss.

[56b] ἀναρεθησομένας de la plupart des manuscrits (εὑρεθησομένας PAL); la traduction laine a capi.

[57] C'est le cordon d'investissement décrit plus haut, VII, 4.

[57a] les mss ont τά τε βέλη τοῖς τοξόταις (ou τοὺς τοξότας) ἐπανέχοντα (ou -ας) τῶν Ἀράβων, ce que je ne comprends pas. Je traduis comme s'il y avait τά τε βέλη τοῖς τοξόταις παρέχοντας τινὰς τῶν Ἀρ. (latin : atque Arabum quemdam sagittariis tela suggerere).

[58] C'est la manœuvre de la tortue (testudo).

[58a] τῆς ῥύμης (Destinon) ou ὁρμῆς (Niese) mais non ῥώμης

[59] A l'époque du siège (juin-juillet) le fenugrec (trigonello fœnum grœcum) était précisément en fleur. C'est une plante fourragère de la famille des papilionacées.

[60]

8 juillet 67 (Niese).

[61] Aujourd’hui Yafa, à 3 kilomètres au Sud-Ouest de Nazareth, déjà mentionnée dans Josué, XIX, 12. Cf. Vita, § 188 et 270.

[62] C'est le père du futur empereur ; il fut plus tard gouverneur de Syrie.

[63]

13 juillet 67 (Niese).

[64] ἐν ἀλογίστῳ τὴν (ou τῇ) κατὰ σφᾶς ἀσθένειαν (ou ἀσθενείᾳ) ᾤδουν (ou ὠρρώδουν), texte incompréhensible ; nous traduisons au jugé.

[65] Nous traduisons le texte du Mediceus.

[66] S. Cerealis Vettulenus, plus tard gouverneur de la Moesie inférieure.

[67]

15 juillet 67 (Niese).

[67a] τό γε πεσῖν αὐτοὺς (ou αὐτοὶ) ὑπὸ Ῥωμαίων προέλαβον mss. Haverscamp a tiré du ms. de Leyde la leçon τό γε μὴ πεσεῖν, mais le texte doit être profondément corrompu.

[68] C'est le côté par lequel l'ennemi était entré ; voir supra, VII, 7.

[69]

20 juillet 67 (Niese).

[70] En en suivant le texte des mss. MVRG : τοὺς ἀποκρυφους τῆς πόλρως μυχούς. Les trois derniers mots manquent dans les autres mss., il faudrait alors traduire « et recherchaient ceux qui s'étaient cachés ».

[70a] παντάχοθεν πάντων. Au lieu du dernier mot, on trouve aussi τῶν πύργων ou πάντων τῶν πύργων. mais on ne voit pas pourquoi les Romains n'auraient gardé que les tours.

[71] Paulinus est sans doute un parent de Valerius Paulinus, ami de Vespasien (Tacite, Hist., III, 43) et, à cette époque, gouverneur de la Narbonnaise.

[72] Nicanor, que nous retrouverons plus loin parmi les amis de Titus (liv. V, § 261), avait peut-être servi Agrippa, ce qui expliquerait sa liaison avec Josèphe (Kohout).

[73] Nous traduisons au jugé. Le texte des mss. - τοὺς τῶν πατέρων ou τοὺς θάτερον ὑβριστάς - n'est pas intelligible.

[74] Le Pentateuque ne renferme aucune disposition concernant le suicide. Josèphe a-t-il en vue quelque halakha qui avait, par analogie, étendu au suicide la prohibition du meurtre et certaines marques d'infamie comme celles des blasphémateurs (Ant. IV, 202 et la note) ?

[75] Telle était en effet la disposition de la loi ou de la coutume athénienne Cf. Eschine, C. Ctésiphon, 244. ἐάν τις αὑτον διαχρήσηται, τὴν χείρα τὴν τοῦτο πράξασαν χωρὶς τοῦ σώματος θάπτομεν. Il est surprenant de trouver chez Josèphe une érudition aussi précise, et l’on se demande si tout le développement n’est pas emprunté à quelque rhéteur fortement imprégné de platonisme : dans ce cas le σοφώτατος νομοθέτης du § 376 aurait bien pu être dans l'original. Platon, en effet, prescrit (Lois, IX, 873 D) d’ensevelir le suicidé sans honneur.

[76] Destinon supprime cette phrase comme interpolée. D'ailleurs, même avec le procédé suggéré par Josèphe, il y aura toujours un dernier survivant qui devra forcément se tuer lui-même.

[77] Il est permis d'avoir des doutes sur l'authenticité de cette historiette qui a fourni aux mathématiciens, depuis la Renaissance, un piquant sujet de problème.

[77a] Nous lisons avec Holwersa : περὶ τὸ στρατήγιον (mss. τῷ στρατηγῷ τοῦ στρατηγοῦ , etc.)

[78] Josèphe avait alors trente ans (Vita, c. 1).

[78a] οὐ πάλαι (VRC), mieux que πάλαι (PALM).

[79] La décision définitive sur le sort d'un personnage de cette importance appartenait à l'empereur, qui n'était pas lié par la promesse de Vespasien. Kohout rapproche avec raison Vita, c. 74, où Vespasien veut envoyer à Néron Philippe, fils de Jacime, qui s'est rendu sous capitulation.

[80] τί γάρ; Οἱ μετὰ Νέρωνας μέχρι σοῦ σιάδοχοι μενοῦσιν : le texte paraît altéré ou mutilé.

[81] Il est singulier que dans le long récit du siège de Jotapata Josèphe n'ait fait précédemment aucune allusion à cette prédiction. D'autre part, on a vu que les seuls captifs faits par les Romains, à part quelques transfuges, étaient des femmes et des enfants - auxquels il faut ajouter le « compère » à qui Josèphe a persuadé de partager son sort, et dont le témoignage pouvait être un peu suspect.

[82] On a contesté la véracité de tout ce récit et cherché à expliquer de différentes manières le traitement favorable dont Josèphe fut l'objet. Cependant le fait de la prédiction adressée à Vespasien est confirmé (d'après Pline ?) par Suétone (Vesp.,5) : unus ex nobilibus captiuis Iosephus, cum coiceretur in uincula, constantissime asseuerauit fore ut ab eodem breui solueretur, uerum iam imperatore., et par Dion Cassius (Xiphilin, DXVI, 1) qui précise même davantage, prétendant que Josèphe aurait annoncé l'élévation de Vespasien et sa mise en liberté. D'après Zonaras, XI, 16, Appien au livre XXII de son Histoire romaine, mentionnait également cette prédiction. Après la mort de Néron d'autres oracles firent à Vespasien des prédictions analogues (Tac., Hist., I, 10 ; II, 1, 4, 78 ; Suet., Tit., 5). Il est curieux que la tradition rabbinique attribue à Yohanan ben Zaccaï la prophétie de Josèphe. Ayant réussi à sortir de Jérusalem assiégée, le pieux docteur se présent devant Vespasien et le salue des mots (en latin) : Vive domine imperator ! Surprise indignée de Vespasien ; alors le rabbin : « Si tu ne règnes pas encore, tu régneras un jour, car ceci (le Temple) ne sera détruit que par la main d'un roi » (Midrasch Rabba sur Echa cité par Derenbourg, Essai, p. 282). Cf. en dernier lieu Vincenzo Ussani, Questioni Flaviane III, dans Rivista di Filologia; XXXIX (1911). p. 403.

[83]

23 juillet 67 (Niese).

[84] κἀκείνη c'est-à-dire Scythopolis ; mais alors, à la fin de la phrase (en grec), on ne peut conserver le mot grec (maritime), Scythopolis étant située fort loin de la mer, dans la plaine du Jourdain. Naber propose παραποτάμιος , nous avons traduit en ce sens, non sans réserve.

[84a] Nous lisons πόλεων avec le ms. V : les autres ont πολεμίων .

[85] Cf. Pline, H. N., V, § 69 lope - insidet collem, praeiacente saxo, in quo vinculorum Andromedae vestigia ostendunt. Strabon, I, 2, 35, et XVI, 2, 28, dit aussi que quelques-uns localisaient à Joppé la fable d'Andromède. Du temps de saint Jérôme (in Jon., 1), on montrait encore les trous où avaient été passés les anneaux des chaînes. Pausanias (IV, 35, 9) mentionne une source, à l'eau rouge, où Persée s'était lavé du sang du monstre. La localisation est peut-être due à l'influence du mythe phénicien de Derceto. La source commune de Pline et de Josèphe est peut être Mucien. Contra, Ussani, loc. cit., p. 399.

[86] ἑρημίας « le désert » : texte douteux.

[87] C'est la durée du deuil qui fut célébré pour Aaron (Nombres, XX, 30) et pour Moïse (Deut., XXXIV, 8).

[88] Jérémie, XLVIII, 36, fait déjà allusion à l'emploi de la flûte dans les lamentations funèbres. Cf. aussi Évangile selon Saint Mathieu, IX, 23.

[89] Ou plutôt une faible partie de son armée ; le reste ne viendra que plus tard.

[90] On identifie ce lieu avec un coteau Sin en Nabra, près de la rive O. du lac, où l'on aperçoit des traces de fortification (Saulcy, Voyage en Syrie, II, 482 ; Kasteren, Zeitsch. des deutchen Palast. Vereins, XI, 241). Sennabris est probablement identique à Ginnabris cité au liv. IV, VIII, 2.

[91] La plupart des mss. ont ici παῖς Ἰοῦφα, mais il s'agit évidememnt du Jésus, fils de Sapphias, qui a déjà été mentionné (liv., II, XXI, 3) comme « archonte » de Tibériade. Cf. Vita,

66 et 134.

[92] ἕτεροί τε ὁμοίως πέντε. Comme Valerianus avait 50 cavaliers (§ 448), Hudson écrit πεντήκοντα. Tous, en effet, avaient mis pied à terre, voir plus haut.

[93] Il semble bien résulter de ce texte et de la direction S. N. de l'itinéraire de Vespasien que Tarichées était située au N. de Tibériade à 30 stades, soit moins de 6 kilomètres, suivant Josèphe (Vita, § 157), sur la rive O. du lac, à ou vers Medjdel (Magdala) et non, comme l'affirme Pline. (H N., V, 71), sur la rive sud (a meridie Tarichea), où l'on cherche l’emplacement à Kerak, qui est au moins à 8 kilomètres de Tibériade. Rien ne prouve, comme le prétend Schürer (I. 615), que l'emplacement du camp de Vespasien, Ἀμμαθοῦς soit identique au Hammam actuel. De plus, Kerak n'est pas au pied d'une montagne comme l'était Tarichées (cf. plus bas). Voir l'excellente discussion dans Kohout, p. 637.

[94] Au lieu dit Ἀμμαθοῦς,les Thermes (liv. IV, I, 3)

[95] Ceci est en contradiction avec la Vita, où il est dit en propres termes (§ 156) que les gens de Tibériade insistèrent pour la réparation de leurs murailles lorsqu'ils apprirent que les fortifications de Tarichées étaient achevées (Ἠκηκόεισαν δὲ τὰς Ταριχέας ἤδη τετειχίσθαι).

[95a] Nous lisons avec Destinon κἂν ᾗ ἀμήχανον (μάχινον mss.).

[96] C’est probablement au cours de ce combat de cavalerie qu'eut lieu l'épisode noté par Suétone. Titus, c. 4 : legioni praepositus, Taricheas et Gamalam (erreur, cf. liv. IV I, 1 et la suite) urbes Iudaeae ualidissimas in potestate redegit, equo quadam acie sub feminibus amisso alteroque inscenso, cuius rector circa se dimicans occubuerat - traduction - placé à la tête d'une légion, il se rendit maître de Tarichées et de Gamala, les plus fortes places de Judée. Il eut un cheval tué sous lui dans un combat, et monta celui d'un ennemi qu'il venait de renverser.

[97] δι' ἧς ἑλάσας : ce n'est pas simplement le long du lac, mais en empruntant la grève et le lit même du lac que Titus accomplit cet exploit. Cf. Saulcy, Voyages, II, 474. On n'oublie pas que du côté du lac la ville n'avait pas de murailles (plus haut, X, 1) ; les défenseurs du rempart qui regardaient vers la plaine se virent tournés et pris à dos par les cavaliers romains.

[97a] Nous lisons avec Destinon προσνεῖν (προσπίπτειν ou προσμένειν mss.).

[98] Il s'agit du détachement déjà embarqué dont il a été question en X, 1.

[98a] φόνου (Hudson, et non πόνου (mss.).

[99] Le texte présente une lacune. La variante ἐκώλυσεν du Lugd. (ἐκέλευσεν dans les autres mss.) ne donne aucun sens.

[100] Ce nom apparaît pour la première fois dans I Macc., II, 67. Les dimensions données par Josèphe (7 km sur 18) sont un peu faibles (en réalité 9 sur 21)

[100a] Les mots πρὸς τούτοις ἑτέρων semblent interpolés.

[101] Sans doute dans des alcarazas, comme ils le fond encore aujourd'hui.

[102] Probablement le Birket Râm, ancien cratère volcanique ; de nos jours l'eau ne le remplit que très incomplètement. Les géographes modernes assurent que la nature des terrains exclut l'idée d'une communication entre le Birket et le Panion.

[103] Le Panion ou Paneion, c'est-à-dire la grotte de Pan, est mentionné dans le début du IIème siècle av. J.-C. (Polybe, XVI, 18) ; la grotte est reproduite dans l'Atlas du Voyage d'exploration du duc de Luynes, pl. 62-63. Dans son voisinage immédiat s'éleva la ville de Πανεάς, rebâtie par le tétrarque Philippe, et dont le nom officiel était Καισάρεια ὑπὸ Πανείῳ, aujourd’hui Banyâs. Cf. Schürer, II, 204.

[104] Aujourd’hui Houleh.

[105] Ce chiffre correspond à la distance réelle entre les deux lacs (environ 22 kilomètres)

[106] C’est la plaine el Ghuweïr, au N. O. du lac, entre Magdala (Tarichées ?) et Capernaüm. Les rabbins la vantent également comme un paradis, et les voyageurs modernes signalent sa fertilité, quoique la culture y soit presque abandonnée.

[107] περιγηρασκοντας αὐτοις ou ἑαυτοῖς. Texte douteux : Holwerda propose αὐτοις τοῖς δένδρεσίν

[108] L'emplacement de Capharnaüm est discuté : on se partage entre Tell Houm, célèbre par les ruines de sa belle synagogue, et Han Minye, plus au sud. Une source très abondante, Ain et Tabigha, jaillit au-dessus de cette dernière localité et communique par un canal avec la plaine.

[109] Le lac Marèolis. Le coracin ou poisson-corbeau (clarias macracanthas, clarias anguillaris du Nil) est un poisson d'un brun foncé, sans écailles, semblable à une anguille. Cf. Athenée, III. p. 121 B.

[109a] ἀνανέοντας (Cobet) plutôt que ἀνανεύοντας des mss.

[109b] ἐκκλειόμενοι (MVRC) plutôt que ἐκχεόμενοι.

[110] 6700 d'après les mss. PA. - C'est peut-être en souvenir de ce « combat naval » que furent frappés plus tard les bronzes de Vespasien et de ses fils avec la légende VICTORIA NAVALIS (Cohen-Feuardent, Vespasien, n°s 632-9 ; Titus, 386-,390 ; Domitien, 636-8). Quant à la pièce de la collection Leys avec IVDAEA NAVALIS (Madden, Coins of the Jews, p. 222). elle semble bien n'être qu'une surfrappe d'une pièce au type connu de la Iudœa capta. Au triomphe de Vespasien et de Titus figurèrent « de nombreux navires » (liv. VII, V, 2).

[111] Texte altéré.

[112] Évidemment pour être employés au percement du canal de Corinthe, dont Néron venait d'inaugurer les travaux (Suétone, Néron, 19 ; Dion LXIII, 16).

[113]

26 septembre 67 (Niese).

livre II livre IV

FLAVIUS JOSEPHE : Guerre des Juifs, livre V (traduction)

GUERRE DES

JUIFS

introduction

livre I

livre II

livre III

livre IV

livre VI

livre VII

texte numérisé et mis en page par François-Dominique FOURNIER

texte grec en unicode ajouté dans les notes le 06 mai 2006 (F.-D. F)

FLAVIUS JOSÈPHE

Guerre des juifs.

LIVRE 5

Depuis l’avance de Titus contre Jérusalem jusqu’aux premiers ravages de la famine.

I

Les factions à Jérusalem ; l’avance de Titus.

1-2. Ancienne et nouvelle faction à Jérusalem. - 3. Rôle de Simon fils de Gioras. - 4-5. Menace de famine et misère du peuple. - 6. Avance de Titus.

1. [1] Cependant

Titus, après avoir traversé, comme nous l'avons dit, le désert qui s'étend de l'Égypte à la Syrie, parvint à Césarée où il avait décidé de rassembler d'abord ses forces. Or, tandis qu'il affermissait à Alexandrie, de concert avec son père, l'empire que Dieu venait de leur assigner, l'insurrection de Jérusalem, reprenant des forces, se trouva divisé en trois factions ; l'un des partis se tourna contre lui-même. On petit dire que ce fut un bien dans le mal et que ce fut justice. Car cette usurpation des zélateurs sur le peuple, qui amena la ruine de la ville, nous en avons montré avec exactitude l’origine, et l'extrémité des maux qu'elle causa. On ne se trompera donc pas en disant que ce fut une sédition née d'une sédition, comme lorsque une bête féroce, prise de rage, commence, faute d'une proie étrangère, par se jeter sur ses propres chairs.

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