Dialogue avec Tryphon (page 6)

Justin de Naplouse · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Pères de l’Église/Tome 2/Dialogue de saint Justin avec le juif Tryphon · 15 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

X. Lorsqu’ils eurent fini, je pris la parole en ces termes : (suite)

XLIX. Tryphon reprit : — L’opinion de ceux qui ne font de Jésus-Christ qu’un homme marqué du sceau de l’élection divine à la faveur de l’onction qu’il a reçue et par elle devenu le Christ, paraît bien plus probable que celle que vous défendez, et nous aussi nous attendons un Christ qui ne sera qu’un homme né d’entre les hommes et qui recevra l’onction sainte des mains d’Élie, quand celui-ci viendra. Bien que Jésus vous paraisse le Christ, vous ne devez toujours voir en lui qu’un homme, né comme les autres hommes. Mais comme Élie n’a pas paru, je ne peux pas même admettre que ce Jésus soit le Christ.

— Voilà votre avis, Tryphon. Mais répondez-moi, le prophète Zacharie ne dit-il pas qu’Élie doit venir avant le grand et terrible jour du Seigneur ?

— Oui, certainement, me répondit-il.

— Eh bien, repris-je, si nous sommes obligés, d’après l’Écriture, de reconnaître que les prophètes ont prédit deux avénements du Christ, l’un qui le fera voir sans éclat, sans beauté, exposé à toutes les douleurs, l’autre qui nous le montrera environné de gloire et s’avançant comme le juge de tous les hommes, ainsi que nous l’avons prouvé plus haut par tant d’endroits de l’Écriture, comment ne pas voir qu’il s’agit du second avénement dans ces mots de jour grand et terrible, et que c’est de ce dernier avénement qu’Élie est annoncé comme précurseur ?

— Oui, je vous l’accorde encore, me dit-il.

— Jésus-Christ lui-même, continuai-je, nous apprend qu’Élie doit venir en personne. Mais nous savons qu’il parle du jour où le Christ viendra du ciel dans toute sa gloire. Quant au premier avénement, on peut dire aussi qu’Élie a paru ; car l’esprit de Dieu qui était en lui s’est manifesté comme précurseur dans la personne de saint Jean, un des prophètes sortis de votre nation et le dernier qui parut parmi vous. Car voici ce qu’il disait assis sur les bords du Jourdain : « Je baptise dans l’eau pour la pénitence ; mais celui qui doit venir après moi et dont je ne suis pas digne de porter les souliers est plus puissant que moi ; celui-là vous baptisera dans l’esprit et dans le feu. Il tiendra le van à sa main, et il nettoiera son aire, et il amassera son froment dans le grenier, et il brûlera la paille dans un feu qui ne s’éteindra jamais. »

Votre roi Hérode l’avait fait jeter dans les fers ; mais lorsqu’il célébrait le jour de sa naissance, la fille de son frère l’ayant charmé par sa manière de danser, il l’obligea de lui demander tout ce qu’elle voudrait. La jeune princesse, d’après le conseil de sa mère, demanda la tête de Jean. Le roi l’envoya couper et la fit apporter dans un bassin.

Jésus notre maître, quand il a paru sur la terre, dit-il à ceu qui prétendaient comme vous qu’Élie devait précéder le Christ :

« Oui, Élie doit venir et rétablir Israël ; mais je vous déclare qu’Élie est déjà venu, et ils ne l’ont pas connu, et ils ont fait contre lui tout ce qu’ils ont voulu. » Il est écrit qu’alors ses disciples comprirent qu’il leur avait parlé de Jean-Baptiste.

— Vous me paraissez encore, reprit Tryphon, blesser les idées reçues, quand vous dites que l’esprit de Dieu qui était dans Élie fut aussi dans Jean-Baptiste.

— Est-ce que vous ne savez pas, lui dis-je, que c’est précisément ce qui est arrivé à Jésus, fils de Nave, qui fut chargé après Moïse de conduire le peuple d’Israël ? Est-ce que Dieu lui-même, lorsqu’il ordonna à Moise de lui imposer les mains, n’a pas dit en propres termes : « Et moi ? je transporterai sur lui l’Esprit saint qui est en toi ? »

— Oui, dit Tryphon.

— Ainsi, continuai-je, de même que du vivant de Moïse Dieu transporta sur le fils de Nave l’esprit qui était en lui, de même Dieu a pu transporter celui d’Élie sur Jean. Le premier avénement du Christ était sans gloire ; ainsi devait être le premier avénement de l’esprit précurseur, qui restait toujours en Élie pur et intact. Il est dit que Dieu combat Amalech d’une main invisible ; qu’Amalech ait été vaincu, vous ne le nierez pas. Mais si on prétend qu’il ne doit succomber qu’au jour où le Christ viendra dans sa gloire, pourquoi l’Écriture dit-elle que la main invisible du Seigneur poursuit Amalech ? Il faut donc reconnaître que la vertu de Dieu était cachée dans le Christ crucifié, qui fait trembler les démons et toutes les puissances et principautés de la terre. Ainsi la vertu d’Élie était cachée dans Jean-Baptiste.

L. — On voit bien, me dit Tryphon, que vous avez une longue habitude de la controverse, et qu’il vous est souvent arrivé de discuter avec toutes sortes de personnes et sur toutes sortes de sujets. Voilà pourquoi vous êtes toujours prêt à répondre.

Mais dites-moi donc comment vous pourriez prouver qu’il existe un autre Dieu que le Dieu créateur de toutes choses. Vous essayerez ensuite de me démontrer comment il a pu s’abaisser jusqu’à naître d’une vierge et se faire homme comme nous.

— Très-volontiers, lui dis-je ; mais permettez-moi de vous citer d’abord les paroles d’Isaïe sur la fonction de précurseur que le prophète Jean-Baptiste a remplie parmi vous avant la venue de Jésus-Christ.

— Je vous écoute, me dit-il.

Voici comment Isaïe parle de la mission de Jean qui précéda le Christ :

Ézéchiel dit à Isaïe : « La parole du Seigneur est juste ; que la vérité et la paix subsistent pendant mon règne. Console-toi, console-toi, mon peuple, dit le Seigneur ton Dieu. Prêtres, parlez au cœur de Jérusalem, et appelez-la par son nom ; ses maux sont finis, son iniquité lui est pardonnée, elle a reçu du Seigneur des grâces qui surpassent ses crimes. On entend la voix de celui qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur, rendez droits les sentiers. Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline sera abaissée, les chemins tortueux seront redressés, ceux qui étaient raboteux seront applanis ; la gloire du Seigneur sera révélée, le Seigneur va parler, toute la terre verra le Sauveur. Une voix m’ordonne de crier, et j’ai répondu : Que dirai-je par mes cris ? Tous les mortels ne sont que de l’herbe et toute leur beauté ressemble à la fleur des champs. Le Seigneur a répandu un souffle brûlant ; l’herbe de la prairie s’est desséchée, la fleur est tombée. Oui, les peuples sont comme l’herbe de la prairie. L’herbe sèche, la fleur tombe, mais la parole de notre Dieu subsiste dans l’éternité. Montez sur le sommet de la montagne, vous qui évangélisez Sion ; criez encore plus haut, ne craignez pas ; dites aux villes de Juda : Voici votre Dieu ! Et voilà que le Seigneur paraît revêtu de force ; son bras signale sa puissance ; le prix de sa victoire est en ses mains, ses œuvres le précèdent et l’annoncent. Il gouverne ses troupeaux comme un pasteur vigilant ; il rassemble ses agneaux, il les presse dans ses bras, il les réchauffe sur son sein ; il porte lui-même les brebis pleines. Qui a mesuré les eaux dans le creux de sa main, et qui la tenant étendue a pesé les cieux ? Qui a soutenu de trois doigts la masse de la terre ? qui a mis les collines en équilibre ? Qui a aidé l’esprit du Seigneur ? Qui est entré dans son conseil ? Qui l’a conduit ? Qui a-t-il consulté ? Qui l’a instruit ? Qui lui a enseigné les voies de la justice ? De qui tient-il la science ? Qui lui a ouvert les routes de la sagesse ? Les nations sont devant lui comme une goutte d’eau dans un vase d’airain, un grain de sable dans une balance ; les îles sont comme la poudre légère. Le Liban et ses forêts ne suffiraient pas au feu de ses autels. Tous les animaux de la terre ne seraient point un sacrifice digne de lui. Tous les peuples sont devant lui comme s’ils n’existaient pas. »

LI. Quand j’eus finis, Tryphon reprit : — Tous les mots de cette prophétie sont ambigus ; je n’y vois rien qui revienne à la question.

— Oui, lui dis-je, si le ministère prophétique n’avait pas cessé chez vous depuis Jean-Baptiste, vous pourriez trouver obscures les paroles que je viens de citer et qui se rapportent à Jésus-Christ.

Mais si Jean l’a précédé, prêchant aux hommes le baptême de la pénitence ; si Jésus-Christ vint à lui sur les bords du Jourdain et mit fin à sa prédication et à son baptême ; s’il commença lui-même à prêcher l’Évangile, annonçant aux hommes que le royaume de Dieu était proche ; qu’il aurait à souffrir de la part des scribes et des pharisiens, qu’il fallait qu’il fût crucifié et qu’il ressuscitât ; qu’il reparaîtrait dans Jérusalem, où il retrouverait ses disciples et vivrait avec eux ; mais qu’il s’élèverait dans l’intervalle de faux prêtres, de faux prophètes abusant de son nom pour tromper les peuples : si tout cela s’accomplit, ainsi que tout le monde peut le voir, comment douter encore lorsque les événements parlent si haut ?

Il avait annoncé clairement que désormais il ne s’élèverait plus de prophètes parmi vous. Et pour convaincre les hommes que le Testament nouveau promis dès longtemps, et qui n’était autre que lui-même en sa qualité de Christ, venait d’apparaître, voici ce qu’il disait aux Juifs : « La loi et les prophètes ont existé jusqu’à Jean. Depuis ce temps le royaume de Dieu souffre violence, et les violents seuls le ravissent ; et si vous voulez l’entendre, il est lui-même Élie qui doit venir. Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. »

LII. Le patriarche Jacob avait aussi prédit les deux avénements du Christ ; il avait annoncé qu’on le verrait dans le premier en proie à la douleur, et qu’ensuite il n’existerait plus chez vous ni rois, ni prophètes ; que les gentils, pleins de foi en Jésus souffrant et humilié, vivraient dans l’attente de son second avénement. C’est bien là ce que l’esprit prophétique exprimait d’une manière symbolique et mystérieuse. Alors je rapportai ses propres paroles :

« Juda, tes enfants te loueront ; ta main sera sur la tête de tes ennemis ; les enfants de ton père s’humilieront devant toi. Juda est comme un jeune lion. Mon fils, tu t’es levé pour le butin, et dans ton repos tu dors comme le lion et la lionne : qui osera le réveiller ? Le sceptre ne sortira pas de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que vienne celui à qui appartient le sceptre, et qui est l’attente des nations. Il liera son ânon à la vigne, à la vigne, le fils de son ânesse ; et il lavera son manteau dans le vin, et sa robe dans le sang de la vigne. Ses yeux seront plus rouges que le vin et ses dents plus blanches que le lait. »

Or, depuis les premiers temps jusqu’à l’époque où Jésus-Christ est né et a souffert, votre nation a toujours eu des princes et des prophètes. Vous n’oseriez, vous ne pourriez soutenir le contraire. Si vous dites qu’Hérode, sous le règne duquel Jésus-Christ a souffert, était d’Ascalon, vous convenez cependant qu’il y avait chez vous un prince des prêtres. Vous aviez donc même alors un pontife qui offrait des sacrifices selon la loi de Moïse, et qui en suivait toutes les observances, tandis que la succession des prophètes se continuait jusqu’à Jean qui fut le dernier, comme elle s’était perpétuée jusqu’à l’époque où la terre de Juda fut ravagée, les vases sacrés enlevés, votre peuple emmené captif à Babylone. La nation eut toujours quelques prophètes qui en étaient comme les maîtres, les chefs, les princes. L’esprit qui était en eux sacrait les rois et les établissait sur vous. Mais, depuis que notre Seigneur Jésus-Christ a paru au milieu de votre peuple et que vous l’avez mis à mort, vous avez cessé d’avoir des prophètes. La nation n’a plus de rois, votre pays est entièrement dévasté et ressemble à une demeure abandonnée. La prédiction des deux avénements du Christ se trouve dans ces paroles de Jacob : Il sera l’attente des nations. Elles annoncent d’une manière mystérieuse que les gentils croiront en lui. Et vous le voyez, de toutes les nations nous formons un nouveau peuple, un peuple saint qui adore le vrai Dieu par la foi en Jésus-Christ dont nous attendons le second avénement.

LIII. Ces autres paroles : « Il liera son âne à la vigne, et le fils de l’ânesse au cep de la vigne, » étaient tout à la fois et une figure et une prédiction de ce qu’il fit lors du premier avénement, et de la conversion des gentils qui devaient croire en lui. Jusqu’au moment où Jésus-Christ instruisit les nations, elles étaient comme l’ânon qui n’a jamais porté de bât et qui ne connaît pas le joug. Il leur envoya ses apôtres pour les instruire et les plier au joug de sa loi ; elles l’ont porté avec tant de docilité, qu’on les a vues disposées à tout souffrir dans l’attente des biens promis.

Pour Jésus-Christ notre Seigneur, il a véritablement paru sur une ânesse. Rappelez-vous ce qu’il fit lorsqu’il approchait de Jérusalem : il envoya ses disciples lui chercher une ânesse qui était attachée avec son ânon à l’entrée d’un bourg appelé Betphagé ; et quand ils l’eurent amenée, il monta dessus et entra dans la ville. L’action de Jésus-Christ, réalisant aux yeux de tout le monde les prophéties qui concernent le Christ, ne prouvait-elle pas évidemment qu’il était lui-même le Christ promis ? Et quand il accomplit ainsi tous les oracles et qu’on vous le prouve les Écritures à la main, vos cœurs restent toujours endurcis ! Ce que nous venons de dire avait été prédit en ces termes par Zacharie, un des douze prophètes : « Tressaille d’allégresse, fille de Sion ! pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! voilà que ton roi viendra vers toi, juste et sauveur, doux et pauvre, monté sur une ânesse et sur le fils de l’ânesse. »

Remarquez ces paroles de l’Esprit saint, qui dit formellement comme le patriarche Jacob, que le Christ se servira de l’ânesse et de l’ânon, et l’ordre donné par Jésus-Christ de lui amener l’un et l’autre, et vous comprendrez ce que signifiait cette ânesse. N’était-ce pas la figure de ceux de la synagogue qui devaient un jour, comme les gentils, croire en lui ?

Car, de même que l’ânon inaccoutumé au joug représentait les gentils, de même l’ânesse habituée à porter le bât figurait la nation juive. La loi donnée par les prophètes, qu’était-ce autre chose qu’un joug qui vous était imposé ? Zacharie avait encore prédit que le Christ serait frappé et ses disciples dispersés. N’est-ce pas ce qui est arrivé ? Lorsque Jésus fut mis en croix, ceux qui étaient avec lui prirent la fuite. Ils ne reparurent qu’après sa résurrection, lorsqu’il leur montra que celui qui devait ainsi souffrir d’après les prophètes, c’était lui-même. Alors ils furent forcés de croire, et ils partirent pour le faire connaître au monde entier. Et voilà pourquoi nous sommes si fermes dans sa foi et dans sa doctrine. Ne trouvons-nous pas en effet le plus puissant motif de croire et dans les prophéties et dans la conversion de ceux que nous voyons aujourd’hui par toute la terre amenés à la connaissance du vrai Dieu, au nom de Jésus crucifié ? Mais citons les paroles mêmes de Zacharie : « Glaive, lève-toi sur mon pasteur, sur l’homme de mon peuple, dit le Seigneur des armées. Frappe le pasteur, et ses brebis seront dispersées. »

LIV. Remarquez ces paroles de la prophétie de Jacob rapportées par Moïse : « Il lavera sa robe dans le vin et son manteau dans le sang de la vigne ; » elles signifient qu’il devait purifier, par son sang, ceux qui croient en son nom. Par sa robe, l’Esprit saint désigne ceux qui ont reçu de lui la rémission de leurs péchés, qu’il remplit toujours de son esprit, et qu’il revêtira de sa gloire au jour de son second avénement. Mais pourquoi ces mots : « Le sang de la vigne ? » N’est-ce pas pour nous faire entendre d’une manière ingénieuse que Jésus-Christ tire son sang, non de l’homme, mais de la vertu de Dieu, car ce n’est pas l’homme qui produit le sang de la vigne, et le prophète annonce qu’il en sera de même du sang du Christ, qu’il viendra, non de l’homme, mais de Dieu.

Cette prophétie vous prouve donc, mes amis, que le Christ n’est point né de l’homme comme nous naissons tous.

LV. — Nous admettrons votre explication, dit Tryphon, quand vous l’appuierez d’autres preuves ; mais pour le moment sortez de cette digression et prouvez-nous que l’Esprit saint reconnaît une autre Dieu que le créateur de l’univers. N’allez pas nous parler du soleil et de la lune que les nations, l’Écriture, adoraient comme des dieux. Il ne faut pas prendre à la lettre ce langage des prophètes : « Ton Dieu est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, » le désignant toutefois par les attributs de grand, de fort, de terrible ; les prophètes ne veulent pas dire pour cela que les astres soient des dieux. L’Écriture nous fait seulement entendre que, parmi les êtres que la crédulité humaine regardait comme des dieux et des seigneurs, il n’y a qu’un seul vrai Dieu, qu’un seul véritable Seigneur, celui qui a tout créé ; et pour nous le prouver, l’Esprit saint nous dit par David : « Les dieux des nations, c’est-à-dire ceux qu’elles honorent sous ce nom, ne sont pas des dieux, mais des simulacres des démons. » Le prophète exprime ensuite combien il déteste et ceux qui les fabriquent et ceux qui les adorent.

— Mon intention, repris-je, n’était pas de vous citer ces passages qui condamnent, je le sais, tous ceux qui se livrent à l’idolâtrie ; les preuves que je veux vous donner sont sans réplique : elles vous paraîtront nouvelles, et cependant vous les lisez tous les jours. Rien ne prouve mieux que la mauvaise disposition de votre cœur a fait pour vous des divines Écritures un livre scellé. Vous n’y voyez pas la sagesse divine renfermée dans chaque parole. J’en excepte un petit nombre que Dieu, dans son infinie miséricorde, a laissé parmi vous comme une semence de salut, pour me servir du langage d’Isaïe, afin que votre race ne pérît pas tout entière, comme celle de Sodôme et de Gomorrhe. Prêtez donc toute votre attention aux paroles des saintes Écritures que je vais vous citer ; elles n’exigent point d’explication, elles n’ont besoin que d’être écoutées.

LVI. Voyez quel nom Moïse, ce saint et fidèle serviteur du Très-Haut, donne à celui qui se fit voir à Abraham près du chêne de Mambré et qui était accompagné de deux anges, envoyés, comme lui, pour prononcer le jugement de Sodôme, par l’être qui réside au plus haut des cieux, que personne n’a vu, qui n’a parlé directement, lui-même, à personne, et que nous appelons le père, le créateur de toutes choses. Moïse déclare en propres termes qu’il est Dieu ; voici comme il s’exprime : « Or, Dieu apparut en la vallée de Mambré à Abraham, assis à l’entrée de sa tente, durant la chaleur du jour. Et comme il levait les yeux, trois hommes parurent debout près de lui, et aussitôt qu’il les eut apperçus, il courut au-devant d’eux dès l’entrée de sa tente, et il adora, s’inclinant vers la terre ; » et plus bas : « Abraham se levant dès le matin s’en alla au lieu où il s’était trouvé avec le Seigneur, et il regarda Sodôme et Gomorrhe et toute la terre de cette contrée, et il vit une flamme monter de la terre comme la vapeur d’une fournaise. » Quand j’eus fini, je demandai à mes interlocuteurs s’ils avaient saisi le sens de ces paroles. — Oui, répondirent-ils ; mais elles ne prouvent pas qu’il existe, ou que le Saint-Esprit ait dit qu’il existât un autre Dieu, un autre Seigneur que le créateur de toutes choses.

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