Dialogue avec Tryphon (page 8)

Justin de Naplouse · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Les Pères de l’Église/Tome 2/Dialogue de saint Justin avec le juif Tryphon · 15 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

X. Lorsqu’ils eurent fini, je pris la parole en ces termes : (suite)

« Et ta postérité sera comme la poussière de la terre, et sera multipliée en Occident et en Orient, au septentrion et au midi ; et toutes les tribus de la terre seront bénies en toi et en ta postérité.

« Et je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai en cette terre ; et je ne te délaisserai point jusqu’à ce que j’aie accompli tout ce que j’ai dit .

« Quand Jacob fut éveillé de son sommeil, il dit : Véritablement le Seigneur est en ce lieu ci, et je ne le savais pas.

« Et plein d’effroi, il dit : Que ce lieu est terrible ! C’est ici la maison de Dieu et la porte du ciel.

« Et Jacob, se levant le matin, prit la pierre qu’il avait mise sous sa tête, et l’éleva comme un monument, et y répandit de l’huile.

« Et il appela Béthel la ville qui avait auparavant le nom de Luza. »

LIX. Quand j’eus fini, je leur demandai la permission de citer un autre passage : Souffrez, leur dis-je, que je vous montre d’après le livre de l’Exode cet ange, ce Dieu, ce Seigneur, cet homme que virent Abraham et Isaac, apparaissant à Moïse au milieu d’un buisson ardent et conversant avec lui. — Volontiers, s’écrièrent-ils ; loin de vous trouver importun, nous vous écoutons avec plaisir.

— Voici, leur dis-je, ce que nous lisons dans l’Exode :

« Et il advint longtemps après que le roi d’Égypte mourut, et les enfants d’Israël gémirent, à cause de la multitude des travaux dont on les accablait. » Et ce qui suit jusqu’à ces paroles : « Va et assemble les anciens d’Israël, et tu leur diras : Le Seigneur, Dieu de vos pères, m’est apparu ; le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob, disant : Je vous ai visités et j’ai vu toutes les choses qui vous sont arrivées en Égypte. »

Sur ces paroles je fis cette réflexion : Vous voyez, mes amis, que celui que Moïse regarde comme un ange qui conversait avec lui du milieu d’un buisson ardent déclare à son serviteur Moïse ce qu’il était, c’est-à-dire le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob.

LX. — Nous ne comprenons pas ce passage comme vous, me dit Tryphon ; nous croyons plutôt que c’est un ange qui se montrait au milieu du feu et que c’est Dieu qui parlait à Moïse, de sorte qu’ils étaient deux dans la vision, Dieu et un ange.

— Eh bien ! répondis-je, admettons ce que vous dites là, c’est-à-dire que Dieu et un ange se sont fait voir en même temps dans cette circonstance. Vous m’accorderez que celui qui dit à Moïse : « Je suis le Dieu d’Abraham, etc., » n’est pas, comme je l’ai prouvé plus haut, le Dieu créateur de l’univers ; mais le Dieu qui se fit voir à Abraham et à Jacob, le Dieu ministre des volontés de celui qui a tout fait, le Dieu qui vint exécuter les décrets que sa justice avait portés sur Sodôme. Ainsi donc, en supposant avec vous qu’ils fussent deux dans cette vision, Dieu et un ange, qui oserait dire que le Dieu père et créateur de toutes choses ait quitté les hauteurs des cieux pour apparaître sur un petit coin de la terre ?

— Quand il serait prouvé, me dit Tryphon, que celui qui apparut à Abraham et qui est appelé Dieu et Seigneur aurait reçu du Dieu créateur, qui réside dans le ciel, la mission de punir la terre de Sodôme, qui empêche d’admettre qu’un ange était avec le Dieu qui parlait à Moïse ? Nous n’en conviendrons pas moins que ce Dieu n’est pas le Dieu créateur de l’univers ; mais celui qui apparut à Abraham, à Isaac, à Jacob, et qui est appelé l’ange du Dieu créateur, nom qui lui convient si bien, puisqu’il est chargé de faire connaître aux hommes la volonté du Dieu tout-puissant.

— Je vais plus loin, Tryphon, je vous prouverai qu’ils n’étaient pas deux dans la vision ; que celui qui est appelé du nom d’ange, et qui est Dieu, était seul quand il s’est montré à Moïse et s’est entretenu avec lui. Voici comme s’exprime l’Écriture :

« L’ange du Seigneur lui apparut dans une flamme de feu au milieu d’un buisson, et il voyait que le buisson brûlait et ne consumait point. Moïse dit donc : J’irai et je verrai cette grande vision, et pourquoi le buisson ne se consume pas. Mais le Seigneur, voyant qu’il venait pour regarder, l’appela du milieu du buisson. »

Ainsi que nous l’avons vu, l’Écriture appelle du nom d’ange celui qui apparut en songe à Jacob, et nous apprend après ce qu’est cet ange par ces paroles : « Je suis le Dieu qui t’apparut quand tu fuyais devant Esaü ton frère ; » elle nous dit, à l’époque d’Abraham, qu’il est le Seigneur qui portait de la part du Seigneur résidant au plus haut des cieux la sentence prononcée contre Sodôme. De même, dans la circonstance dont il s’agit, l’Écriture nous dit bien que l’ange du Seigneur apparut à Moïse, mais elle déclare ensuite que cet ange est Dieu et Seigneur, ne parlant ici que de celui qui nous est montré dans une foule d’endroits comme le ministre du Très-Haut, qui ne connaît point de Dieu au-dessus de lui.

LXI. Je vous prouverai, mes amis, par d’autres témoignages de l’Écriture, qu’avant toutes choses Dieu a engendré de lui-même dès le commencement une vertu, une intelligence que l’Esprit saint appelle la gloire du Seigneur, et désigne souvent par le nom de Fils, de Sagesse, de Dieu, de Seigneur, de Verbe ; celui à qui l’Écriture donne tous ces titres s’appelle lui-même chef suprême : c’est le nom qu’il a pris quand il s’est montré à Josué, fils de Nun sous une forme humaine, car il a tous ces noms comme ministre des ordres de Dieu le père et né de ce père par sa volonté. Ce qui se passe en nous est un exemple de cette génération. La parole que nous proférons nous l’engendrons sans rien perdre de nous-même, car la parole qui est en nous, je veux dire la raison, n’en est pas diminuée. C’est encore ce que nous voyons à l’égard du feu. Une flamme naît d’une autre, sans que la première en soit affaiblie ; la seconde existe et brille, sans diminuer celle à qui elle doit son existence et sa clarté. J’ai pour témoin de ce que j’avance le Verbe divin, le Dieu lui-même engendré du Père de toutes choses, le Verbe et la sagesse, la vertu et la gloire de ce Père tout-puissant. Écoutons ce que la Sagesse, le Verbe, dit par la bouche de Salomon :

« Lorsque je vous aurai annoncé ce qui arrive chaque jour, je reprendrai les choses depuis le commencement des siècles. Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies ; avant ses œuvres j’étais. Dès l’éternité j’ai été sacrée ; dès le commencement, avant que la terre fût. Les abîmes n’étaient pas et j’étais engendrée, les sources étaient sans eaux. Les montagnes n’étaient pas encore affermies, j’étais engendré avant les collines. Le Seigneur n’avait pas fait la terre et les fleuves et les montagnes. Lorsqu’il étendait les cieux, j’étais là ; lorsqu’il entourait l’abîme d’une digue ; lorsqu’il suspendait les nuées ; lorsqu’il fermait les sources de l’abîme ; lorsqu’il donnait à la mer des limites et les eaux ne les dépasseront pas ; lorsqu’il posait les fondements de la terre, alors j’étais auprès de lui ; nourri par lui, j’étais tous les jours ses délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans l’univers ; et mes délices sont d’habiter avec les enfants des hommes. Maintenant donc, mes enfants, écoutez moi : Heureux ceux qui suivent mes voies ! Écoutez mes leçons et soyez sages, ne perdez pas une de mes paroles. Heureux l’homme qui m’écoute, qui passe les jours à l’entrée de ma maison et qui veille au seuil de ma porte ! Celui qui me trouve, trouve la vie ; son salut viendra du Seigneur. Mais celui qui péche contre moi est le meurtrier de son âme, tous ceux qui me haïssent aiment la mort. »

LXII. Et cette vérité nous l’apprenons encore de l’Esprit-saint parlant par Moise, lorsqu’il nous montre, au moment de la création de l’homme, Dieu le père s’adressant en ces termes à celui que l’Écriture nous a fait voir comme Dieu en d’autres circonstances :

« Faisons l’homme à notre ressemblance et à notre image ; qu’il ait l’empire sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les troupeaux, sur toute la terre et tous les reptiles qui rampent sur sa surface. » Et Dieu fit l’homme, il le fit à sa ressemblance ; il fit l’homme et la femme et il les bénit en disant : « Croissez et multipliez, remplissez la terre et régnez sur elle. » Ne changez pas le sens des paroles que je viens de citer ; ne dites pas, comme vos docteurs, que, par ce mot faisons, Dieu s’est parlé à lui-même ; comme il vous arrive souvent de vous dire sur le point d’agir : Faisons cela. Ou bien que, s’adressant aux éléments, c’est-à-dire à la terre, et aux autres corps dont celui de l’homme est formé, Dieu leur ait dit faisons ; je vais vous citer un autre passage de Moïse qui lèvera toute équivoque, vous verrez que Dieu s’adresse ici à une autre intelligence bien distincte de lui-même. C’est ainsi qu’il s’exprime : « Voici qu’Adam a été fait comme l’un de nous, pour qu’il connaisse le bien et le mal. » Par ces mots : « comme l’un de nous, » il exprime clairement un nombre de personnes unies étroitement entre elles et fait entendre qu’elles sont au moins deux. Croyez-vous que j’admette ce qu’avance l’hérésie professée parmi vous ? Comment les maîtres qui l’enseignent pourraient-ils nous prouver que Dieu parle ici aux anges, et que le corps de l’homme est l’ouvrage de ces derniers ? La vérité, la voici : c’est que le Fils engendré du Père était avec lui avant toutes choses, et que le Père s’entretenait avec son fils, ce fils que Salomon appelle la Sagesse de Dieu, que l’Écriture nous montre, par le même Salomon, comme le principe de toutes choses et comme engendré de Dieu, et qui s’est révélé lui-même sous ces traits à Josué, fils de Nun.

Pour qu’il ne reste dans votre esprit aucun nuage sur la vérité que je soutiens, écoutez ces paroles tirées du livre de Josué : « Comme Josué était dans les champs de la ville de Jéricho, il leva les yeux et vit un homme debout devant lui, tenant une épée nue ; et Josué alla vers lui et lui dit : Es-tu avec nous ou avec nos ennemis ? Celui-ci lui répondit : Je suis le chef de l’armée du Seigneur et maintenant je viens. Josué tomba prosterné contre terre et l’adorant, il dit : Que dit mon Seigneur à son serviteur ? Ôte, dit-il, la chaussure de tes pieds, car le lieu où tu es est saint. Et Josué fit ce qui lui était commandé. Or, Jéricho était fermée et fortifiée dans la crainte des enfants d’Israël, et personne n’osait sortir ni entrer. Et le Seigneur dit à Josué : Voilà que j’ai livré en ta main Jéricho et tous ses guerriers. »

LXIII. — Rien de plus fort que tous ces témoignages, me dit Tryphon. Il reste un point à établir, c’est que ce fils de Dieu ait bien voulu naître d’une vierge selon la volonté de son père, se faire homme, souffrir le supplice de la croix et mourir, pour ressusciter ensuite et remonter aux cieux. Veuillez maintenant nous le prouver.

— Ce que vous voulez de moi, mes amis, leur répondis-je, je l’ai déjà fait par toutes les prophéties que j’ai cités et que je vais rappeler et développer de nouveau pour votre instruction. Puissé-je faire passer dans vos esprits toute la conviction du mien ! Je l’essaierai.

Ces paroles d’Isaïe : « Qui racontera sa génération ? Il a été retranché de la terre des vivants, » ne signifient-elles pas que celui que Dieu a livré à la mort pour les iniquités du peuple n’est pas né de l’homme ? Moïse, parlant de son sang, dit d’une manière mystérieuse qu’il lavera sa robe dans le sang du raisin ; n’est-ce pas nous faire entendre que ce sang lui viendra, non de l’homme, mais de la volonté de Dieu ? Et dans ces paroles de David : « Je vous ai engendré par ma pensée d’un sein mortel avant l’aurore dans la splendeur des cieux. L’Éternel l’a juré, il ne révoquera jamais son serment, vous êtes le prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech, » ne comprenez-vous pas que Dieu annonce qu’il avait résolu de le faire naître un jour du sein d’une femme. Dans un autre passage déjà cité, le Dieu créateur de toutes choses parle de lui en ces termes : « Votre trône, ô Dieu, est un trône éternel ; le sceptre de l’équité est le sceptre de votre empire. Vous aimez la justice et vous haïssez l’iniquité ; c’est pourquoi, ô Dieu, votre Dieu vous a sacré d’une onction de joie, au-dessus de tous ceux qui doivent y participer. La myrrhe, l’ambre et le sandal s’exhalent de vos vêtements, et des palais d’ivoire où les filles des rois font vos délices et votre gloire. La reine, votre épouse, est restée à votre droite, revêtue de l’or d’Ophir. Écoutez, ô ma fille, prêtez une oreille attentive, oubliez votre peuple et la maison de votre père, et le roi sera épris de votre beauté. C’est lui qui est votre Dieu, prosternez-vous devant lui. » D’après tous ces passages des Écritures, il est évident qu’il faut l’adorer, qu’il est déclaré Dieu et son Christ par le témoignage même de celui qui a fait toutes ces merveilles. Tous ceux qui croient en lui n’ont qu’une âme, ne forment qu’une même synagogue, une même Église ; et cette Église qui s’est établie en son nom, qui a pris son nom même, car nous sommes tous appelés Chrétiens, nous est présentée sous le nom de fille par l’Écriture, ainsi que les paroles que nous venons de citer vous l’apprennent en même temps qu’elles vous invitent à laisser dans l’oubli les anciennes pratiques de vos pères. « Écoutez, ô ma fille, nous dit le Seigneur par son prophète, et prêtez une oreille attentive ; oubliez votre peuple et la maison de votre père, et le roi sera épris de votre beauté. C’est lui qui est votre Dieu. Présentez-vous devant lui. »

— Oui, me dit Tryphon, pour vous autres qui êtes sortis d’entre les gentils et qui avez pris son nom, je veux bien qu’il soit votre Seigneur, votre Dieu, votre Christ, qu’il ait tous les titres dont parle l’Écriture ; mais nous, qui adorons le Dieu qui l’a fait, qu’avons-nous besoin de le reconnaître et de l’adorer ?

— Si je me laissais conduire comme vous autres, Tryphon, par la légèreté et l’amour de la dispute, je cesserais en ce moment tout entretien avec vous ; car ce qui vous préoccupe c’est moins le désir de comprendre que celui de trouver des objections. Comme je crains la justice de Dieu, je ne veux rien prononcer sur le sort d’un seul d’entre vous ; je ne dis point s’il sera retranché ou non d’entre ceux qui pourraient se sauver par la grâce du Seigneur des armées ; mais vous n’agissez pas ici comme vous le devriez. Quelle que soit votre conduite, je continuerai de répondre à tout ce qu’il vous plaira de me proposer ou de m’objecter. J’agirai donc envers vous comme je le fais envers tous ceux qui veulent discuter avec moi ou me demander des explications sur les points qui nous occupent en ce moment.

Si vous aviez réfléchi sur les dernières citations que je viens de faire, vous auriez compris que les élus d’entre vous n’ont pu se sauver que par le Christ, qu’ils sont à lui, et vous ne me feriez point à ce sujet de nouvelles difficultés. Faut-il vous rappeler les paroles de David, que j’ai citées plus haut ? Alors tâchez de comprendre, au lieu de chercher de mauvais détours et de vaines subtilités. Voici les paroles de David : « Jéhovah règne, que les peuples tremblent ; il est assis sur les chérubins, que la terre soit émue. Jéhovah est grand en Sion, il est élevé au-dessus de tous les peuples ; que tous célèbrent son nom, ce nom grand, saint et terrible. La force du roi chérit la justice : c’est vous, ô Dieu, qui en avez établi les lois ; vous avez rendu vos jugements et la justice au milieu de Jacob. Célébrez Jéhovah notre Dieu ; prosternez-vous devant son marchepied, car il est saint. Moïse et Aaron ont été ses ministres ; Samuel a invoqué son nom : ils adressaient au Seigneur, et le Seigneur leur répondait ; il leur parlait du milieu de la colonne de feu, et ils gardaient ses oracles et observaient ses lois. »

J’ai cité d’autres paroles de David que vous rapportez à tort au roi Salomon, parce qu’on lui en a fait l’application. Ces paroles mêmes suffisent pour prouver qu’elles ne peuvent s’entendre de ce prince, mais seulement de celui qui existe avant les siècles, et que si vous êtes sauvés, vous ne le serez que par lui. Voici comme s’exprime le prophète : « Seigneur, donnez au roi vos jugements et au fils du roi votre justice, il jugera votre peuple dans la justice et vos pauvres dans l’équité ; les montagnes produiront la paix au peuple et les collines la justice ; il jugera les pauvres d’entre le peuple, il sauvera le fils du pauvre, il brisera l’oppresseur, il sera craint autant que dureront le soleil et la lune, pendant le cours des générations. » Et le reste du psaume jusqu’à ces mots : « Son nom durera autant que le soleil, toutes les nations de la terre seront bénies en lui, toutes les nations le glorifieront. Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui seul opère les merveilles ! Béni soit à jamais le nom de sa gloire, toute la terre sera remplie de sa majesté ! Qu’il soit ainsi, qu’il soit ainsi. » Rappelez-vous également ces autres paroles de David déjà citées. Le prophète vous montre le Christ descendant des cieux et remontant aux cieux, pour vous faire comprendre qu’il est venu du ciel en qualité de Dieu, qu’il s’est fait homme pour habiter parmi les hommes, qu’il doit un jour reparaître, que ceux qui l’ont percé le verront et pousseront des gémissements. Citons de nouveau cette prophétie : « Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament annonce l’œuvre de ses mains ; le jour parle au jour et la nuit à la nuit. Il n’est point de discours, point de langage dans lequel on n’entende cette voix ; son éclat s’est répandu dans tout l’univers, il a retenti jusqu’aux extrémités de la terre. Dieu a placé le pavillon du soleil au milieu des cieux, semblable à un nouvel époux qui sort de son lit nuptial, cet astre s’élance comme un géant dans sa carrière ; il part des extrémités de l’aurore et il s’abaisse aux bornes du couchant ; rien ne se dérobe à la chaleur de ses rayons. »

LXV. — Je vous avoue, me dit Tryphon, que l’autorité de tous ces passages est fort imposante ; mais je ne sais comment les concilier avec d’autres où Dieu déclare qu’il ne cédera sa gloire à personne ; il le dit formellement dans Isaïe : « Je suis le Seigneur Dieu, c’est mon nom ; je ne céderai à nul autre ni ma gloire, ni mes attributions. »

— Si c’est de bonne foi, lui dis-je, que vous vous êtes arrêté après ces paroles, sans rappeler d’abord celles qui précèdent et sans y rattacher celles qui suivent, on peut vous le pardonner ; mais si vous avez voulu me dresser un piége et me forcer à dire que les Écritures se contredisent, vous vous êtes trompé, je n’oserai jamais ni le dire ni même penser que vous ayez eu cette intention. Quand on vient me proposer de semblables passages qui paraissent en contredire d’autres, j’avoue ingénuement que je ne les comprends pas, persuadé comme je le suis que l’Écriture ne peut être opposée à elle-même, et je tâche d’amener à mon sentiment ceux qui pourraient avoir cette pensée. Dans quelle intention avez-vous proposé cette difficulté ? Dieu le sait. Je veux vous rappeler tout le passage tel qu’il est, et vous comprendrez que Dieu ne communique sa gloire à personne qu’à son Christ. Ainsi donc, mes amis, je reprendrai plus haut quelques paroles auxquelles se rattache et d’où découle le passage que vient de citer Tryphon, comme aussi je rappellerai celles qui suivent ce passage et qui s’y lient étroitement. Les paroles que je cite ici, je ne vais pas les prendre de différents côtés, je les cite telles qu’elles se trouvent dans leur liaison et dans leur ensemble ; les voici, veuillez m’écouter : « C’est ici la parole du Seigneur, du Dieu qui a créé et étendu les cieux, qui affermit la terre et la couvre de fruits, qui donne le souffle aux animaux et la vie aux hommes. Moi le Seigneur, je t’ai appelé dans les décrets de ma justice, je te prendrai par la main, je te défendrai, je te donnerai pour signe d’alliance à mon peuple et pour lumière aux nations. Tu ouvriras les yeux des aveugles, tu briseras les fers des captifs, tu délivreras de la servitude ceux qui étaient assis dans les ténèbres. Je suis moi-même mon nom, je ne donnerai point ma gloire à un autre, et à des idoles les louanges qui me sont dues ; ce que je vous ai prédit n’est-il pas arrivé ? Je vous annonce des événements nouveaux, écoutez avant qu’ils arrivent ; chantez au Seigneur des cantiques, que ces louanges soient publiées d’un bout à l’autre ; que la mer et sa vaste étendue retentissent de sa gloire. Îles, habitants des îles, chantez, chantez le Seigneur ; que le désert et les villes élèvent leurs voix. Cédar qui habitez les palais, ville de Pétra, faites entendre ses louanges, poussez des cris d’allégresse du haut des montagnes. Mortels, portez-lui vos hommages ; annoncez sa gloire dans les îles. Le Seigneur, Dieu des vertus, sortira de son silence ; il ranimera son zèle comme un guerrier qui marche au combat ; il élève sa voix, il jette des cris et fond sur ses ennemis. » Ma citation finie, je les interpellai : Eh bien ! mes amis ne voyez-vous pas que Dieu déclare qu’il communiquera sa gloire, mais pas à d’autres qu’à celui qu’il a établi pour être la lumière des nations, et qu’il n’est pas vrai de dire avec Tryphon qu’il renferme cette gloire en lui seul ?

— Oui, nous l’avons bien compris, dit Tryphon ; achevez de démontrer ce qui vous reste à prouver.

LXVI. Alors, reprenant la suite des idées que j’avais interrompues et par lesquelles j’avais commencé à prouver que le Christ est né d’une vierge, et que le prophète Isaïe avait prédit que c’était en effet d’une vierge qu’il devait naître, je crus devoir citer de nouveau cette prédiction, conçue en ces termes : « Alors le Seigneur parla encore à Achaz et lui dit : Demande un prodige au Seigneur ton Dieu, au plus profond de l’abîme ou au plus haut des cieux. Achaz répondit : Je me tairai, je ne tenterai pas le Seigneur. Le prophète s’écria : Écoutez, maison de David ; n’est-ce pas assez pour vous de lasser la patience des hommes, faut-il que vous lassiez encore celle de mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur vous donnera lui-même un signe. Voilà que la vierge concevra et enfantera un fils, et il sera appelé Emmanuel ; il se nourrira de lait et de miel, jusqu’à ce qu’il sache rejeter le mal et choisir le bien. Avant que l’enfant puisse nommer son père et sa mère, la puissance de Damas sera détruite et les dépouilles de Samarie seront portées en triomphe devant Assur, et cette terre que vous détestez sera abandonnée par ses deux rois. Prince, le Seigneur amènera, par les armes du roi d’Assyrie, sur vous et sur votre peuple et sur la maison de votre père, des jours tels qu’on n’en a jamais vu de semblables depuis la séparation d’Éphraïm et de Juda. » Alors j’ajoutai : — N’est-il pas évident pour tout le monde qu’il n’est personne du sang d’Abraham, excepté Jésus notre Christ, qui soit né ou bien qu’on ait dit être né d’une vierge ?

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