Satires (page 7)
De Sulmonensi mera Cecropis ? omnia Graece,
Cum sit turpe magis nostris nescire latine.
Hoc sermone pavent ; hoc iram, gaudia, curas,
Hoc cuncta effundunt animi secreta. Quid ultra ?
Concumbunt graece. Dones tamen ista puellis :
Tunc etiam, quae sextus et octogesimus annus
Pulsat, adhuc graece ? non est hic sermo pudicus
In vetula, quoties lascivum intervenit illud
Votre Syphax vaincu, votre char triomphal,
Et, sans venir ici m’étourdir davantage,
Retournez en Afrique avec votre Carthage.
Grâce pour mes enfants, grâce, dieu de Délo,
Et toi, Diane aussi, laisse tes javelots,
Mes enfants n’ont rien fait, n’immolez que leur mère,
S’écriait Amphion ; mais, sourd aux cris d’un père,
L’immortel a saisi son arc et son carquois ;
La flèche part : il frappe, il immole à la fois
Et ce troupeau d’enfants et leur mère elle-même,
Niobé qui se croit, en son orgueil extrême,
Plus noble que Latone et sa postérité.
A quoi sert la vertu ? qu’importe la beauté,
Lorsqu’une épouse altière, abusant de ses charmes,
S’en fait, pour te vexer, un prétexte et des armes,
Et que, par des discours pleins d’aigreur et de fiel,
De ces dons précieux elle corrompt le miel ?
Aussi, quel homme épris des vertus de sa femme,
Sentit jamais pour elle une assez vive flamme,
Pour n’être pas tenté sept fois au moins par jour,
De maudire en secret l’objet de son amour ?
Il est des torts moins grands, des travers à la mode,
Dont pourtant avec peine un mari s’accommode.
Quoi de plus fatiguant que cette vanité,
Qui, croyant que le grec sied seul à la beauté,
Tourne en petite grecque une campanienne,
Ou change une toscane en pure athénienne ?
Toujours du grec, lorsque sous le toit d’un Romain,
Il est bien plus honteux d’ignorer le latin !
Crainte, colère, amour, chagrin, secrets de l’âme,
Tout en grec ; c’est en grec qu’une amante se pâme.
Qu’à de jeunes beautés on passe un tel travers ;
Mais soupirer en grec après soixante hivers !
Vieille infâme, crois-tu que l’on puisse à ton âge
Te permettre en public cet obscène langage,
Zoé kai Psukê : modo sub lodice relictis
Uteris in turba. Quod enim non excitat inguen
Vox blanda et nequam ? digitos habet, ut tamen omnes
Subsidant pennae. Dicas haec mollius Hoemo
Quanquam et Carpophoro, facies tua computat annos.
Si tibi legitimis pactam junctamque tabellis
Non es amaturus, ducendi nulla videtur
Causa : nec est quare coenam et mustaces perdas, 20
Labente officio, crudis donanda, nec illud
Quod prima pro nocte datur, cum lance beata
Dacicus et scripte radiat Germanicus auro 21
Si tibi simplicitas uxoria, deditus uni
Est animus : submitte caput, cervice parata
Ferre jugum : nullam invenies quae parcat amanti.
Ardeat ipsa licet, tormentis gaudet amantis,
Et spoliis. Igitur longe minus utilis illi
Uxor, quisquis erit bonus optandusque maritus.
Nil unquam invita donabis conjuge : vendes,
Hac obstante, nibil ; nihil, haec si nolet, emetur.
Haec dabit affectus : ille excludetur amicus
Jam senior, cujus barbam tua janua vidit.
Testandi cum sit lenonibus atque lanistis
Libertas, et juris idem contingat arenae,
Ce Zoé kai Psuké, dans un hideux conflit,
Récemment étouffé sous le drap de ton lit ?
On sait tout ce que peut sur la faiblesse humaine,
La dangereuse voix d’une impure syrène.
Plus prompts que le toucher, ses lubriques accents
De l’impuissance même éveilleraient les sens ;
Mais, va ! ce doux refrain des amoureux mystères,
Plus mollement qu’Emus en vain tu le profères,
De dix lustres complets entassés sur ton front,
Tu n’en portes pas moins l’ineffaçable affront.
Si l’amour ne doit pas survivre à l’hyménée,
A quoi bon, Posthumus, en presser la journée ?
A quoi bon ce banquet, ces gâteaux délicats,
Friandise indigeste à la fin du repas ;
Et ce riche bassin, prix d’une ardeur pudique,
Où brille en pièces d’or le vainqueur germanique ?
Mais si, de ton épouse amant respectueux,
Tu veux bien consentir à combler tous ses vœux,
Au joug, d’un cœur soumis, cours présenter ta tête.
Toute femme prétend régner sur sa conquête :
Toutes, insultant même à l’amour d’un époux,
Se font de son tourment le plaisir le plus doux.
Et quand même la tienne à son devoir fidèle,
Répondrait à l’ardeur dont tu brûles pour elle,
Tu n’en serais pas moins pillé, persécuté :
L’amant le plus docile est le plus maltraité.
Oui, ta femme à son gré fera tout sans ton ordre :
Rien de ses volontés ne la fera démordre :
Elle seule aura droit de vendre, d’acquérir :
Elle te prescrira ceux que tu dois chérir :
L’ami que ta maison a connu dès l’enfance,
De paraître chez toi recevra la défense ;
L’histrion, le lutteur, dans ses droits respecté,
Dispose de ses biens en pleine liberté :
Toi, contraint de souscrire un codicile infâme,
Non unus tibi rivalis dictabitur heres.
Pone crucem servo. Meruit quo crimine servus
Supplicium ? quis testis adest ? quis detulit ? audi ;
Nulla unquam de morte hominis cunctatio longa est.
O demens ! ita servus homo est ? nil fecerit, esto ;
Hoc volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas.
Imperat ergo viro : sed mox haec regna relinquit,
Permutatque domos, et flamea conterit : inde
Advolat, et spreti repetit vestigia lecti.
Ornatas paulo ante fores, pendentia linquit
Vela domus, et adhuc virides in limine ramos.
Sic crescit numerus, sic fiunt octo marlti
Quinque per autumnos : titulo nos digna sepulchri. 22
Desperanda tibi salva concordia socru :
Illa docet spoliis nudi gaudere mariti :
Illa docet, missis a corruptore tabellis,
Nil rude, nec simplex rescribere : decipit illa
Custodes, aut aere domat. Tunc corpore sano
Advocat Archigenen, onerosaque pallia jactat.
Abditus interea latet et secretus adulter,
Impatiensque morae pavet, et praeputia ducit.
Scilicet exspectas ut tradat mater honestos,
Atque alios mores quam quos habet ? Utile porro
Filiolam turpi vetulae producere turpem.
Tu légueras les tiens aux amants de ta femme.
—Vite qu’à cet esclave un gibet soit dressé.
— Quel crime a-t-il commis ? qui vous l’a dénoncé ?
Avez-vous des témoins ? il faut au moins l’entendre.
Pour mettre un homme à mort, on ne peut trop attendre.
— Un homme ! l’imbécile ! est-ce un homme en effet
Qu’un misérable esclave ? au reste, il n’a rien fait :
Soit : mais il périra : je le veux, je l’ordonne ;
Et ma seule raison, c’est l’ordre que j’en donne.
Ainsi tu fléchirais sous le joug conjugal ;
Mais non ; elle renonce au voile nuptial,
Court porter chez un autre un amour infidèle,
Et bientôt, désertant cette maison nouvelle,
Ces bandeaux, ces festons, ces portiques sacrés
D’un feuillage encor vert récemment décorés,
Elle fuit, et chez toi revient avec audace,
Dans ton lit méprisé redemander sa place.
Voilà comme, en cinq ans, une femme chez nous,
Beau sujet d’épitaphe, a souvent huit époux !
Plus de repos pour toi, plus de paix sur la terre,
Si ta femme près d’elle a conservé sa mère.
Sa mère lui dira par quels adroits moyens,
On outrage un époux, on dissipe ses biens ;
Comment, en femme habile et sans se compromettre,
On fait à son amant parvenir une lettre ;
Et s’il faut endormir d’incommodes argus,
C’est elle qui bientôt les aura corrompus :
Près de sa fille alors elle appelle Archigène,
Écarte un drap trop lourd qui lui pèse et la gène ;
L’adultère introduit, de désirs palpitant,
S’excite dans un coin au plaisir qui l’attend.
Penses-tu qu’à l’honneur cette mère infidèle,
Puisse engager ta femme à vivre autrement qu’elle ?
D’une mère sans mœurs l’amour-propre blessé,
A corrompre sa fille est trop intéressé.
Nulla fere causa est, in qua non femina litem
Moverit. Accusat Manilia, si rea non est.
Componunt ipsae per se formantque libellos,
Principium atque locos Celso dictare paratae.
Endromidas Tyrias, et femineum ceroma
Quis nescit ? Vel quis non vidit vulnera pali, 23
Quem cavat assiduis sudibus, scutoque lacessit,
Atque omnes implet numeros ? dignissima prorsus
Florali matrona tuba, nisi si quid in illo 24
Pectore plus agitat, veraeque paratur arenae.
Quem praestare potest mulier galeata pudorem,
Quae fugit a sexu, vires amat ? Haec tamen ipsa
Vir nollet fieri ; nam quantula nostra voluptas !
Quale decus rerum, si conjugis auctio fiat,
Balteus et manicae, et cristae, crurisque sinistri 25
Dimidium tegmen ! Vel si diverse movebit
Praelia, tu felix, ocreas vendente puella !
Hae sunt quae tenui sudant in cyclade, quarum
Delicias et panniculus bombycinus urit.
Aspice quo fremitu monstratos perferat ictus,
Et quinto galeae curvetur pondere, quanta
Poplitibus sedeat ; quam denso fascia libro ;
Et ride, positis scaphium cum sumitur armis.
Dicite, vos, neptes Lepidi, Coecive Metelli,
Gurgitis aut Fabii, quae ludia sumpserit unquam
Il est peu de procès où l’ardente chicane
D’un sexe querelleur n’ait emprunté l’organe.
Manilie au barreau vient discuter les lois :
Accusée ou plaignante, elle y soutient ses droits,
Et seule rédigeant ses moyens de défense,
Donnerait à Celsus des leçons d’éloquence.
Qui n’a pas vu souvent des femmes sans pudeur
Usurper l’endromide et l’huile du lutteur ?
Qui n’a point, sur le psi en butte à leurs atteintes,
Remarqué de l’épieu les profondes empreintes ?
Art sublime et vraiment digne des jeux Floraux,
A moins que, méditant de plus rudes assauts,
En plein amphithéâtre, athlètes formidables,
Elles n’aillent livrer des combats véritables !
De quoi pourrait rougir, sous un casque effronté,
Celle qui, préférant la force à la beauté,
Pour sa seule vigueur prétend qu’on la renomme ?
Ne croyez point pourtant qu’elle voulût être homme.
Femme expérimentée, elle sait trop combien
Le plaisir d’un amant est moins vif que le sien ;
Le bel honneur pour toi, lorsque, dans une enchère,
Le crieur Machéra, d’une épouse si fière,
Adjuge au plus offrant, l’attirail tout entier,
Son cimier, ses jambarts, ses gants, son baudrier !
Ou que, dans d’autres jeux athlète plus savante,
Elle met en public ses bottines en vente !
Et voilà ces beautés qu’on voit si mollement
Succomber sous le poids du moindre vêtement,
Que d’un fil de Bombyx la simple trame écrase,
Que brûle, que dévore une légère gaze !
Regarde cependant ces habits retroussés,
Ce casque, ce jarret, ces coups sûrs et pressés,
Et ris, lorsqu’en un coin détachant leur ceinture,
Certain besoin les force à quitter leur armure.
Filles des Fabius, parlez : un histrion
Hos habitus ? quando ad palum gemat uxor Asyli ?
Semper habet lites alternaque jurgia lectus
In quo nupta jacet : minimum dormitur in illo.
Tunc gravis illa viro, tunc orba tigride pejor,
Cum simulat gemitus occulti conscia facti,
Aut odit pueros, aut ficta pellice plorat,
Uberibus semper lacrymis, semperque paratis
In statione sua, atque exspectantibus illam,
Quo jubeat manare modo. Tu credis amorem ;
Tu tibi tunc, curruca, places, fletumque labellis
Exsorbes : quae scripta, et quas lecture tabellas,
Si tibi zelotypae retegantur scrinia moechae !
Sed jacet in servi complexibus aut equitis. Dic,
Dic aliquem, sodes, dic. Quintiliane, colorem. 26
Haeremus. Dic ipsa : « Olim convenerat, inquit,
Ut faceres, tu, quod velles ; nec non ego possem
Indulgere mihi : clames licet, et mare coelo
Confundas, homo sum. » Nihil est audacius illis 27
Deprensis. Iram atque animos a crimine sumunt.
Unde haec monstre tamea, vel quo de fonte requiris ?
Livrerait-il sa femme à cette abjection ?
Et jamais a-t-on vu, contre un pieu, dans l’arène,
L’épouse d’Asylus s’escrimer hors d’haleine ?
Théâtre de discorde et de transports jaloux,
La couche nuptiale est l’enfer des époux :
On n’y saurait dormir ; et c’est lorsqu’une femme
De quelque tort secret s’accuse au fond de l’âme,
Qu’on la voit s’emporter comme un tigre en fureur,
Chez elle sans raison prendre tout en horreur ;
Tantôt persécuter ton affranchi fidèle ;
Tantôt te supposer une amante nouvelle ;
Et pour te mieux trahir, les yeux noyés de pleurs,
En soupirs de commande exhaler ses douleurs.
Sot époux ! ses soupirs ont pour toi mille charmes :
Tu crois que c’est l’amour qui fait couler ses larmes ;
Tu le crois, et ces pleurs longtemps étudiés,
Par tes lèvres déjà je les vois essuyés.
Oh ! que si tu pouvais, de cette digne épouse
Adultère à la fois effrontée et jalouse,
Ouvrir le portefeuille et lire les billets,
La belle découverte, et les touchants secrets !
Tu la surprends aux bras d’un insolent esclave ;
Au sein d’un chevalier tu la vois qui te brave ;
—Parle, si tu le peux, parle, Quintilien,
Parle, et pour l’excuser, cherche quelque moyen.
— Je n’en saurais trouver. — Eh bien ! parle toi-même.
— Moi ! dit-elle, affectant une assurance extrême ;
Quoi ! ne sommes-nous pas convenus entre nous,
Toi, de vivre à ton gré ; moi, de suivre mes goûts !
Pousse des cris, confonds et le ciel et la terre ;
Je suis homme ! Telle est leur audace ordinaire.
Prenez-les sur le fait, la honte dans leur cœur
Ne fait que redoubler la haine et la fureur.
D’où provient, diras-tu, cette horrible licence ?
Dans quelle source impure a-t-elle pris naissance ?
Praestabat castas humilis fortuna Latinas
Quondam, nec vitiis contingi parva sinebant
Tecta labor, somnique breves, et vellere Tusco
Vexate duraeque manus, ac proximus urbi
Annibal, et stantes Collina in turre mariti.
Nunc patimur longae pacis mala : saevior armis
Luxuria incubuit, victumque ulciscitur orbem.
Nullum crimen abest facinusque libidinis, ex quo
Paupertas Romana perit. Hinc fluxit ad istos.
Et Sybaris colles : hinc et Rhodos, et Miletos,
Atque coronatum, et petulans, madidumque Tarentum.
Prima peregrinos obscena pecunia mores
Intulit, et turpi fregerunt saecula luxu
Divitiae molles. Quid enim Venus ebria curat ?
Inguinis et capitis quae sint discrimina, nescit,
Grandia quae mediis jam noctibus ostrea mordet,
Cum perfusa mero spumant unguenta Falerno, 28
Cum bibitur concha, cum jam vertigine tectum
Ambulat, et geminis exsurgit mensa lucernis.
I nunc, et dubita qua sorbeat aëra sanna
Tullia, quid dicat note collactea Maurae,
Maura Pudicitiae veterem cum praeterit aram.
Noctibus hic ponunt lecticas, micturiunt hic,
Le voici, Posthumus ; la médiocrité
Jadis de tout péril sauvait la chasteté ;
Et si le Latium eut des femmes pudiques,
Les veilles, le travail, les besoins domestiques,
Annibal sous nos murs plantant ses étendards,
Les maris nuit et jour debout sur les remparts,
Voilà ce qui d’un peuple, armé pour sa défense,
Sous le chaume longtemps conserva l’innocence.
Maintenant accablés du plus grand des fléaux,
D’une trop longue paix nous subissons les maux.
Le luxe, les plaisirs, plus cruels que la guerre,
Ont enfin subjugué les maîtres de la terre :
Ils ont vengé le monde ; et le Tibre indompté
A vu fuir ses vertus avec sa pauvreté.
Rhodes et Sybaris, et Milet et Tarente
les roses, les festins, l’ivresse pétulante,
Apportant parmi nous des exemples impurs,
De la ville aux sept monta ont infecté les murs.
Infâme argent ! c’est toi qui, servant la mollesse,
De nos antiques mœurs énervas la rudesse !
C’est toi qui dans le sein d’un peuple de bergers
Répandis ce torrent de vices étrangers !
Et quels excès craindrait de commettre une femme,
Lorsqu’au milieu des nuits, dans une orgie infâme,
Elle peut, sans horreur, mêlant, confondant tout,
Des plus sales plaisirs affronter le dégoût,
Et que, d’huîtres gorgée, invoquant les bacchantes,
D’un falerne arrosé d’essences enivrantes,
Elle boit jusqu’à l’heure où les flambeaux doublés,
Se lèvent en tournant à ses regards troublés ?
Eh bien ! doute à présent des exploits de Tullie,
Des discours qu’elle tient à sa chère Julie,
De ses gestes lascifs, de son rire moqueur,