Réflexions ou sentences et maximes morales (page 2)

La Rochefoucauld · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Œuvres de La Rochefoucauld - T.1/Réflexions ou sentences et maximes morales · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CIV

Les hommes et les affaires ont leur point de perspective : il y en a qu’il faut voir de près, pour en bien juger ; et d’autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est éloigné. (éd. 1*.)

CV

Celui-là n’est pas raisonnable à qui le hasard fait trouver la raison, mais celui qui la connoît, qui la discerne et qui la goûte. (éd. 1.)

CVI

Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le détail, et comme il est presque infini, nos connoissances sont toujours superficielles et imparfaites. (éd. 1*.)

CVII

C’est une espèce de coquetterie de faire remarquer qu’on n’en fait jamais. (éd. 2.)

CVIII

L’esprit ne sauroit jouer longtemps le personnage du cœur. (éd. 2.)

CVIX

La jeunesse change ses goûts par l’ardeur du sang, et la vieillesse conserve les siens par l’accoutumance. (éd. 2*.)

CVX

On ne donne rien si libéralement que ses conseils. (éd. 1*.)

CXI

Plus on aime une maîtresse, et plus on est prêt de la haïr. (éd. 2.)

CXII

Les défauts de l’esprit augmentent en vieillissant, comme ceux du visage. (éd. 2.)

CXIII

Il y a de bons mariages, mais il n’y en a point de délicieux. (éd. 2.)

CXIV

On ne se peut consoler d’être trompé par ses ennemis, et trahi par ses amis, et l’on est souvent satisfait de l’être par soi-même. (éd. 1*.)

CXV

Il est aussi facile de se tromper soi-même sans s’en apercevoir qu’il est difficile de tromper les autres sans qu’ils s’en aperçoivent. (éd. 1*.)

CXVI

Rien n’est moins sincère que la manière de demander et de donner des conseils : celui qui en demande paroît avoir une déférence respectueuse pour les sentiments de son ami, bien qu’il ne pense qu’à lui faire approuver les siens, et à le rendre garant de sa conduite ; et celui qui conseille paye la confiance qu’on lui témoigne d’un zèle ardent et désintéressé, quoiqu’il ne cherche le plus souvent, dans les conseils qu’il donne, que son propre intérêt ou sa gloire. (éd. 1*.)

CXVII

La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber dans les pièges que l’on nous tend,

et on n’est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres. (éd. 1*.)

CXVIII

L’intention de ne jamais tromper nous expose à être souvent trompés. (éd. 1.)

CXIX

Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres, qu’enfin nous nous déguisons à nous-mêmes. (éd. 1*.)

CXX

L’on fait plus souvent des trahisons par foiblesse que par un dessein formé de trahira. (éd. 1*.)

CXXI

On fait souvent du bien pour pouvoir impunément faire du mal. (éd. 1*.)

CXXII

Si nous résistons à nos passions, c’est plus par leur foiblesse que par notre force. (éd. 2.)

CXXIII

On n’auroit guère de plaisir si on ne se flattoit jamais. (éd. 2.)

CXXIV

Les plus habiles affectent toute leur vie de blâmer les finesses, pour s’en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand intérêt. (éd. 1*.)

CXXV

L’usage ordinaire de la finesse est la marque d’un petit esprit, et il arrive presque toujours que celui qui s’en sert pour se couvrir en un endroit, se découvre en un autre. (éd. 1*.)

CXXVI

Les finesses et les trahisons ne viennent que de manque d’habileté. (éd. 1*.)

CXXVII

Le vrai moyen d’être trompé, c’est de se croire plus fin que les autres. (éd. 1*.)

CXXVIII

La trop grande subtilité est une fausse délicatesse, et la véritable délicatesse est une solide subtilité. (éd. 1*.)

CXXIX

Il suffit quelquefois d’être grossier pour n’être pas trompé par un habile homme. (éd. 1*.)

CXXX

La foiblesse est le seul défaut que l’on ne sauroit corriger. (éd. 2.)

CXXXI

Le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l’amour, c’est de faire l’amour. (éd. 2.)

CXXXII

Il est plus aisé d’être sage pour les autres que de l’être pour soi-même. (éd. 1*.)

CXXXIII

Les seules bonnes copies sont celles qui nous font voir le ridicule des méchants originaux. (éd. 2*.)

CXXXIV

On n’est jamais si ridicule par les qualités que l’on a que par celles que l’on affecte d’avoir. (éd. 1.)

CXXXV

On est quelquefois aussi différent de soi-même que des autres. (éd. 1*.)

CXXXVI

Il y a des gens qui n’auroient jamais été amoureux, s’ils n’avoient jamais entendu parler de l’amour. (éd. 2.)

CXXXVII

On parle peu, quand la vanité ne fait pas parler. (éd. 1*.)

CXXXVIII

On aime mieux dire du mal de soi-même que de n’en point parler. (éd. 1*.)

CXXXIX

Une des choses qui fait que l’on trouve si peu de gens qui paroissent raisonnables et agréables dans la conversation, c’est qu’il n’y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu’il veut dire qu’à répondre précisément à ce qu’on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au même temps que l’on voit, dans leurs yeux et dans leur esprit, un égarement pour ce qu’on leur dit, et une précipitation pour retourner à ce qu’ils veulent dire, au lieu de considérer que c’est un mauvais moyen de plaire aux autres, ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à soi-même, et que bien écouter et bien répondre est une des plus grandes perfections qu’on puisse avoir dans la conversation. (éd. 1*.)

CXL

Un homme d’esprit seroit souvent bien embarrassé sans la compagnie des sots. (éd. 1.)

CXLI

Nous nous vantons souvent de ne nous point ennuyer, et nous sommes si glorieux que nous ne voulons pas nous trouver de mauvaise compagnie. (éd. 1*.)

CXLII

Comme c’est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses, les petits esprits, au contraire, ont le don de beaucoup parler, et de ne rien dire. (éd. 1*.)

CXLIII

C’est plutôt par l’estime de nos propres sentiments que nous exagérons les bonnes qualités des autres, que par l’estime de leur mérite ; et nous voulons nous attirer des louanges, lorsqu’il semble que nous leur en donnons. (éd. 1*.)

CXLIV

On n’aime point à louer, et on ne loue jamais personne sans intérêt. La louange est une flatterie habile, cachée, et délicate, qui satisfait différemment celui qui la donne et celui qui la reçoit : l’un la prend comme une récompense de son mérite ; l’autre la donne pour faire remarquer son équité et son discernement. (éd. 1.)

CXLV

Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées qui font voir, par contre-coup, en ceux que nous louons, des défauts que nous n’osons découvrir d’une autre sorte. (éd. 1*.)

CXLVI

On ne loue d’ordinaire que pour être loué. (éd. 1*.)

CXLVII

Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit. (éd. 1*.)

CXLVIII

Il y a des reproches qui louent, et des louanges qui médisent. (éd. 1.)

CXLIX

Le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois. (éd. 1.)

CL

Le désir de mériter les louanges qu’on nous donne fortifie notre vertu, et celles que l’on donne à l’esprit, à la valeur et à la beauté contribuent à les augmenter. (éd. 1.)

CLI

Il est plus difficile de s’empêcher d’être gouverné que de gouverner les autres. (éd. 2.)

CLII

Si nous ne nous flattions point nous-mêmes, la flatterie des autres ne nous pourroit nuire. (éd. 1*.)

CLIII

La nature fait le mérite, et la fortune le met en œuvre. (éd. 1.)

CLIV

La fortune nous corrige de plusieurs défauts que la raison ne sauroit corriger (éd. 3*.)

CLV

Il y a des gens dégoûtants avec du mérite, et d’autres qui plaisent avec des défauts. (éd. 1*.)

CLVI

Il y a des gens dont tout le mérite consiste à dire et à faire des sottises utilement, et qui gâteroient tout s’ils changeoient de conduite (éd. 1*.)

CLVII

La gloire des grands hommes se doit toujours mesurer aux moyens dont ils se sont servis pour l’acquérir. (éd. 1*.)

CLVIII

La flatterie est une fausse monnoie, qui n’a de cours que par notre vanité. (éd. 5.)

CLIX

Ce n’est pas assez d’avoir de grandes qualités ; il en faut avoir l’économie. (éd. 1.)

CLX

Quelque éclatante que soit une action, elle ne doit pas passer pour grande, lorsqu’elle n’est pas l’effet d’un grand dessein. (éd. 1*.)

CLXI

Il doit y avoir une certaine proportion entre les actions et les desseins, si on en veut tirer tous les effets qu’elles peuvent produire. (éd. 1*.)

CLXII

L’art de savoir bien mettre en œuvre de médiocres qualités dérobe l’estime, et donne souvent plus de réputation que le véritable mérite. (éd. 1*.)

CLXIII

Il y a une infinité de conduites qui paroissent ridicules, et dont les raisons cachées sont très-sages et très-solides. (éd. 1*.)

CLXIV

Il est plus facile de paroître digne des emplois qu’on n’a pas que de ceux que l’on exerce. (éd. 1*.)

CLXV

Notre mérite nous attire l’estime des honnêtes gens, et notre étoile celle du public. (éd. 1.)

CLXVI

Le monde récompense plus souvent les apparences du mérite que le mérite même. (éd. 1*.)

CLXVII

L’avarice est plus opposée à l’économie que la libéralité. (éd. 2.)

CLXVIII

L’espérance, toute trompeuse qu’elle est, sert au moins à nous mener à la fin de la vie par un chemin agréable. (éd. 1*.)

CLXIX

Pendant que la paresse et la timidité nous retiennent dans notre devoir, notre vertu en a souvent tout l’honneur. (éd. 1*.)

CLXX

Il est difficile de juger si un procédé net, sincère et honnête est un effet de probité ou d’habileté. (éd. 1*.)

CLXXI

Les vertus se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. (éd. 1*.)

CLXXII

Si on examine bien les divers effets de l’ennui, on trouvera qu’il fait manquer à plus de devoirs que l’intérêt. (éd. 5.)

CLXXIII

Il y a diverses sortes de curiosité : l’une d’intérêt, qui nous porte à désirer d’apprendre ce qui nous peut être utile ; et l’autre d’orgueil, qui vient du désir de savoir ce que les autres ignorent. (éd. 1*.)

CLXXIV

Il vaut mieux employer notre esprit à supporter les infortunes qui nous arrivent qu’à prévoir celles qui nous peuvent arriver. (éd. 1*.)

CLXXV

La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s’attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l’une, tantôt à l’autre : de sorte que cette constance n’est qu’une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet. (éd. 1*.)

CLXXVI

Il y a deux sortes de constance en amour : l’une vient de ce que l’on trouve sans cesse dans la personne que l’on aime de nouveaux sujets d’aimer, et l’autre vient de ce que l’on se fait un honneur d’être constante. (éd. 1*.)

CLXXVII

La persévérance n’est digne ni de blâme, ni de louange, parce qu’elle n’est que la durée des goûts et des sentiments, qu’on ne s’ôte et qu’on ne se donne point. (éd. 1.)

CLXXVIII

Ce qui nous fait aimer les nouvelles connoissances n’est pas tant la lassitude que nous avons des vieilles, ou le plaisir de changer, que le dégoût de n’être pas assez admirés de ceux qui nous connoissent trop, et l’espérance de l’être davantage de ceux qui ne nous connoissent pas tant. (éd. 1*.)

CLXXIX

Nous nous plaignons quelquefois légèrement de nos amis pour justifier par avance notre légèreté. (éd. 1*.)

CLXXX

Notre repentir n’est pas tant un regret du mal que nous avons fait, qu’une crainte de celui qui nous en peut arriver. (éd. 1*.)

CLXXXI

Il y a une inconstance qui vient de la légèreté de l’esprit ou de sa foiblesse, qui lui fait recevoir toutes les opinions d’autrui, et il y en a une autre, qui est plus excusable, qui vient du dégoût des choses. (éd. 1*.)

CLXXXII

Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des remèdes : la prudence les assemble et les tempère, et elle s’en sert utilement contre les maux de la vie. (éd. 1*.)

CLXXXIII

Il faut demeurer d’accord, à l’honneur de la vertu, que les plus grands malheurs des hommes sont ceux où ils tombent par les crimes. (éd. 5*.)

CLXXXIV

Nous avouons nos défauts, pour réparer par notre sincérité le tort qu’ils nous font dans l’esprit des autres. (éd. 1*.)

CLXXXV

Il y a des héros en mal comme en bien. (éd. 1.)

CLXXXVI

On ne méprise pas tous ceux qui ont des vices, mais on méprise tous ceux qui n’ont aucune vertu. (éd. 1*.)

CLXXXVII

Le nom de la vertu sert à l’intérêt aussi utilement que les vices. (éd. 1.)

CLXXXVIII

La santé de l’âme n’est pas plus assurée que celle du corps ; et quoique l’on paroisse éloigné des passions, on n’est pas moins en danger de s’y laisser emporter que de tomber malade quand on se porte bien. (éd. 1*.)

CLXXXIX

Il semble que la nature ait prescrit à chaque homme, dès sa naissance, des bornes pour les vertus et pour les vices. (éd. 1*.)

CXC

Il n’appartient qu’aux grands hommes d’avoir de grands défauts. (éd. 1.)

CXCI

On peut dire que les vices nous attendent, dans le cours de la vie, comme des hôtes chez qui il faut successivement loger ; et je doute que l’expérience nous les fît éviter, s’il nous étoit permis de faire deux fois le même chemin. (éd. 1*.)

CXCII

Quand les vices nous quittent, nous nous flattons de la créance que c’est nous qui les quittons. (éd. 1*.)

CXCIII

Il y a des rechutes dans les maladies de l’âme, comme

dans celles du corps ; ce que nous prenons pour notre guérison n’est, le plus souvent, qu’un relâche, ou un changement de mal. (éd. 1*.)

CXCIV

Les défauts de l’âme sont comme les blessures du corps : quelque soin qu’on prenne de les guérir, la cicatrice paroît toujours, et elles sont à tout moment en danger de se rouvrir. (éd. 1*.)

CXCV

Ce qui nous empêche souvent de nous abandonner à un seul vice est que nous en avons plusieurs. (éd. 1*.)

CXCVI

Nous oublions aisément nos fautes lorsqu’elles ne sont sues que de nous. (éd. 1*.)

CXCVII

Il y a des gens de qui l’on peut ne jamais croire du mal sans l’avoir vu ; mais il n’y en a point en qui il nous doive surprendre en le voyant. (éd. 1*.)

CXCVIII

Nous élevons la gloire des uns pour abaisser celle des autres, et quelquefois on loueroit moins Monsieur le Prince et M. de Turenne si on ne les vouloit point blâmer tous deux. (éd. 1*.)

CXCIX

Le désir de paroître habile empêche souvent de le devenir. (éd. 1*.)

CC

La vertu n’iroit pas si loin si la vanité ne lui tenoit compagnie. (éd. 1*.)

CCI

Celui qui croit pouvoir trouver en soi-même de quoi se passer de tout le monde se trompe fort ; mais celui qui croit qu’on ne peut se passer de lui se trompe encore davantage. (éd. 1*.)

CCII

Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent leurs défauts aux autres et à eux-mêmes ; les vrais honnêtes gens sont ceux qui les connoissent parfaitement, et les confessent. (éd. 1*.)

CCIII

Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique de rien. (éd. 1.)

CCIV

La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu’elles ajoutent à leur beauté. (éd. 1*.)

CCV

L’honnêteté des femmes est souvent l’amour de leur réputation et de leur repos. (éd. 1*.)

CCVI

C’est être véritablement honnête homme que de vouloir être toujours exposé à la vue des honnêtes gens. (éd. 1.)

CCVII

La folie nous suit dans tous les temps de la vie. Si quelqu’un paroît sage, c’est seulement parce que ses folies sont proportionnées à son âge et à sa fortune. (éd. 1*.)

CCVIII

Il y a des gens niais qui se connoissent, et qui emploient habilement leur niaiserie. (éd. 1*.)

CCIX

Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. (éd. 1*.)

CCX

En vieillissant, on devient plus fou et plus sage. (éd. 1.)

CCXI

Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles, qu’on ne chante qu’un certain temps. (éd. 1*.)

CCXII

La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu’ils ont, ou par leur fortune. (éd. 1*.)

CCXIII

L’amour de la gloire, la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode et agréable, et l’envie d’abaisser les autres, sont souvent les causes de cette valeur si célèbre parmi les hommes. (éd. 1*.)

CCXIV

La valeur est, dans les simples soldats, un métier périlleux qu’ils ont pris pour gagner leur vie. (éd. 1*.)

CCXV

La parfaite valeur et la poltronnerie complète sont deux extrémités où l’on arrive rarement. L’espace qui est entre-deux est vaste, et contient toutes les autres espèces de courage : il n’y a pas moins de différence entre elles qu’entre les visages et les humeurs. Il y a des hommes qui s’exposent volontiers au commencement d’une action, et qui se relâchent et se rebutent aisément par sa durée ; il y en a qui sont contents quand ils ont satisfait à l’honneur du monde, et qui font fort peu de chose au delà. On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de leur peur ; d’autres se laissent quelquefois entraîner à des terreurs générales ; d’autres vont à la charge, parce qu’ils n’osent demeurer dans leurs postes. Il s’en trouve à qui l’habitude des moindres périls affermit le courage, et les prépare à s’exposer à de plus grands. Il y en a qui sont braves à coups d’épée, et qui craignent les coups de mousquet ; d’autres sont assurés aux coups de mousquet, et appréhendent de se battre à coups d’épée. Tous ces courages, de différentes espèces, conviennent en ce que, la nuit augmentant la crainte et cachant les bonnes et les mauvaises actions, elle donne la liberté de se ménager. Il y a encore un autre ménagement plus général ; car ou ne voit point d’homme qui fasse tout ce qu’il seroit capable de faire dans une occasion, s’il étoit assuré d’en revenir : de sorte qu’il est visible que la crainte de la mort ôte quelque chose de la valeur. (éd. 1*.)

CCXVI

La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu’on seroit capable de faire devant tout le monde. (éd. 1*.)

CCXVII

L’intrépidité est une force extraordinaire de l’âme, qui l’élève au-dessus des troubles, des désordres et des émotions que la vue des grands périls pourroit exciter en elle, et c’est par cette force que les héros se maintiennent en un état paisible, et conservent l’usage libre de leur raison dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles. (éd. 1*.)

CCXVIII

L’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. (éd. 2*.)

CCXIX

La plupart des hommes s’exposent assez dans la guerre pour sauver leur honneur ; mais peu se veulent toujours exposer autant qu’il est nécessaire pour faire réussir le dessein pour lequel ils s’exposent. (éd. 1*.)

CCXX

La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font

souvent la valeur des hommes et la vertu des femmes. (éd. 1*.)

CCXXI

On ne veut point perdre la vie, et on veut acquérir de la gloire : ce qui fait que les braves ont plus d’adresse et d’esprit pour éviter la mort, que les gens de chicane n’en ont pour conserver leur bien. (éd. 1*.)

CCXXII

Il n’y a guère de personnes qui, dans le premier penchant de l’âge, ne fassent connoître par où leur corps et leur esprit doivent défaillir. (éd. 2*.)

CCXXIII

Il est de la reconnoissance comme de la bonne foi des marchands : elle entretient le commerce, et nous ne payons pas parce qu’il est juste de nous acquitter, mais pour trouver plus facilement des gens qui nous prêtent. (éd. 1*.)

CCXXIV

Tous ceux qui s’acquittent des devoirs de la reconnoissance ne peuvent pas pour cela se flatter d’être reconnoissants. (éd. 1*.)

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