Réflexions ou sentences et maximes morales

La Rochefoucauld · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Œuvres de La Rochefoucauld - T.1/Réflexions ou sentences et maximes morales · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

RÉFLEXIONS OU SENTENCES

ET

MAXIMES MORALES

PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION (1665).

AVIS AU LECTEUR.

Voici un portrait du cœur de l’homme que je donne au public, sous le nom de Réflexions ou Maximes morales. Il court fortune de ne plaire pas à tout le monde, parce qu’on trouvera peut-être qu’il ressemble trop, et qu’il ne flatte pas assez. Il y a apparence que l’intention du peintre n’a jamais été de faire paroître cet ouvrage, et qu’il seroit encore renfermé dans son cabinet, si une méchante copie qui en a couru, et qui a passé même, depuis quelque temps, en Hollande, n’avoit obligé un de ses amis de m’en donner une autre, qu’il dit être tout à fait conforme à l’original ; mais toute correcte qu’elle est, possible n’évitera-t-elle pas la censure de certaines personnes qui ne peuvent souffrir que l’on se mêle de pénétrer dans le fond de leur cœur, et qui croient être en droit d’empêcher que les autres les connoissent, parce qu’elles ne veulent pas se connoître elles-mêmes. Il est vrai que, comme ces Maximes sont remplies de ces sortes de vérités dont l’orgueil humain ne se peut accommoder, il est presque impossible qu’il ne se soulève contre elles, et qu’elles ne s’attirent des censeurs. Aussi, est-ce pour eux que je mets ici une Lettre que l’on m’a donnée, qui a été faite depuis que le manuscrit a paru, ci dans le temps que chacun se mêloit d’en dire son avis. Elle m’a semblé assez propre pour répondre aux principales difficultés que l’on peut opposer aux Réflexions, et pour expliquer les sentiments de leur auteur ; elle suffit pour faire voir que ce qu’elles contiennent n’est autre chose que l’abrégé d’une morale conforme aux pensées de plusieurs Pères de l’Église, et que celui qui les a écrites a eu beaucoup de raison de croire qu’il ne pouvoit s’égarer en suivant de si bons guides, et qu’il lui étoit permis de parler de l’homme comme les Pères en ont parlé. Mais si le respect qui leur est dû n’est pas capable de retenir le chagrin des critiques, s’ils ne font point de scrupule de condamner l’opinion de ces grands hommes en condamnant ce livre, je prie le lecteur de ne les pas imiter, de ne laisser point entraîner son esprit au premier mouvement de son cœur, et de donner ordre, s’il est possible, que l’amour-propre ne se mêle point dans le jugement qu’il en fera ; car s’il le consulte, il ne faut pas s’attendre qu’il puisse être favorable à ces Maximes : comme elles traitent l’amour-propre de corrupteur de la raison, il ne manquera pas de prévenir l’esprit contre elles. Il faut donc prendre garde que cette prévention ne les justifie, et se persuader qu’il n’y a rien de plus propre à établir la vérité de ces Réflexions que la chaleur et la subtilité que l’on témoignera pour les combattre : en effet il sera difficile de faire croire à tout homme de bon sens que l’on les condamne par d’autre motif que par celui de l’intérêt caché, de l’orgueil et de l’amour-propre. En un mot, le meilleur parti que le lecteur ait à prendre est de se mettre d’abord dans l’esprit qu’il n’y a aucune de ces Maximes qui le regarde en particulier, et qu’il en est seul excepté, bien qu’elles paroissent générales ; après cela, je lui réponds qu’il sera le premier à y souscrire, et qu’il croira qu’elles font encore grâce au cœur humain. Voilà ce que j’avois à dire sur cet écrit en général ; pour ce qui est de la méthode que l’on y eût pu observer, je crois qu’il eût été à désirer que chaque maxime eût eu un titre du sujet qu’elle traite, et qu’elles eussent été mises dans un plus grand ordre ; mais je ne l’ai pu faire sans renverser entièrement celui de la copie qu’on m’a donnée ; et comme il y a plusieurs maximes sur une même matière, ceux à qui j’en ai demandé avis ont jugé qu’il étoit plus expédient de faire une Table, à laquelle on aura recours pour trouver celles qui traitent d’une même chose.

PRÉFACE DE LA CINQUIÈME ÉDITION (1678).

LE LIBRAIRE AU LECTEUR.

Cette cinquième édition des Réflexions morales est augmentée de plus de cent nouvelles maximes, et plus exacte que les quatre premières. L’approbation que le public leur a donnée est au-dessus de ce que je puis dire en leur faveur, et si elles sont telles que je les crois, comme j’ai sujet d’en être persuadé, on ne pourroit leur faire plus de tort que de s’imaginer qu’elles eussent besoin d’apologie. Je me contenterai de vous avertir de deux choses : l’une, que par le mot d’intérêt, on n’entend pas toujours un intérêt de bien, mais le plus souvent un intérêt d’honneur ou de gloire ; et l’autre (qui est comme le fondement de toutes ces Réflexions), que celui qui les a faites n’a considéré les hommes que dans cet état déplorable de la nature corrompue par le péché, et qu’ainsi la manière dont il parle de ce nombre infini de défauts qui se rencontrent dans leurs vertus apparentes, ne regarde point ceux que Dieu en préserve par une grâce particulière.

Pour ce qui est de l’ordre de ces Réflexions, on n’aura pas de peine à juger que, comme elles sont toutes sur des matières différentes, il étoit difficile d’y en observer ; et bien qu’il y en ait plusieurs sur un même sujet, on n’a pas cru les devoir toujours mettre de suite, de crainte d’ennuyer le lecteur ; mais on les trouvera dans la Table.

RÉFLEXIONS MORALES.

Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés.(éd. 4.)

I

Ce que nous prenons pour des vertus n’est souvent qu’un assemblage de diverses actions et de divers intérêts que la fortune ou notre industrie savent arranger, et ce n’est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants et que les femmes sont chastes. (éd. 2*.)

II

L’amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs. (éd. 1.)

III

Quelque découverte que l’on ait faite dans le pays de l’amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues. (éd. 1*.)

IV

L’amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde. (éd. 1.)

V

La durée de nos passions ne dépend pas plus de nous que la durée de notre vie. (éd. 1.)

VI

La passion fait souvent un fou du plus habile homme et rend souvent les plus sots habiles. (éd. 1*.)

VII

Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et des passions. Ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avoient de se rendre maîtres du monde, n’étoit peut-être qu’un effet de jalousie. (éd. 1*.)

VIII

Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles ; et l’homme le plus simple qui a de la passion persuade mieux que le plus éloquent qui n’en a point. (éd. 1*.)

IX

Les passions ont une injustice et un propre intérêt qui fait qu’il est dangereux de les suivre, et qu’on s’en doit défier, lors même qu’elles paroissent les plus raisonnables. (éd. 1*.)

X

Il y a dans le cœur humain une génération perpétuelle de passions, en sorte que la ruine de l’une est presque toujours l’établissement d’une autre. (éd. 1*.)

XI

Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires : l’avarice produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité l’avarice ; on est souvent ferme par foiblesse, et audacieux par timidité. (éd. 1*.)

XII

Quelque soin que l’on prenne de couvrir ses passions

par des apparences de piété et d’honneur, elles paroissent toujours au travers de ces voiles. (éd. 1*.)

XIII

Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions (éd. 2.)

XIV

Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures : ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L’application à récompenser le

bien, et à se venger du mal, leur paroît une servitude à laquelle ils ont peine de se soumettre. (éd. 1*.)

XV

La clémence des princes n’est souvent qu’une politique pour gagner l’affection des peuples (éd. 1*.)

XVI

Cette clémence, dont on fait une vertu, se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble. (éd. 1*.)

XVII

La modération des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne à leur humeur. (éd. 1*.)

XVIII

La modération est une crainte de tomber dans l’envie et dans le mépris que méritent ceux qui s’enivrent de leur bonheur ; c’est une vaine ostentation de la force de notre esprit ; et enfin la modération des hommes dans leur plus haute élévation est un désir de paroître plus grands que leur fortune. (éd. 1*.)

XIX

Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d’autrui. (éd. 1.)

XX

La constance des sages n’est que l’art de renfermer leur agitation dans le cœur. (éd. 1*.)

XXI

Ceux qu’on condamne au supplice affectent quelque-fois une constance et un mépris de la mort qui n’est en effet que la crainte de l’envisager ; de sorte qu’on peut

dire que cette constance et ce mépris sont à leur esprit ce que le bandeau est à leurs yeux. (éd. 1*.)

XXII

La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir, mais les maux présents triomphent d’elle. (éd. 1*.)

XXIII

Peu de gens connoissent la mort : on ne la souffre pas ordinairement par résolution, mais par stupidité et par coutume, et la plupart des hommes meurent parce qu’on ne peut s’empêcher de mourir. (éd. 1*.)

XXIV

Lorsque les grands hommes se laissent abattre par la longueur de leurs infortunes, ils font voir qu’ils ne les soutenoient que par la force de leur ambition, et non par celle de leur âme, et qu’à une grande vanité près, les héros sont faits comme les autres homme. (éd. 1*.)

XXV

Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune que la mauvaise. (éd. 1*.)

XXVI

Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. (éd. 1.)

XXVII

On fait souvent vanité des passions même les plus criminelles ; mais l’envie est une passion timide et honteuse que l’on n’ose jamais avouer. (éd. 1*.)

XXVIII

La jalousie est, en quelque manière, juste et raisonnable, puisqu’elle ne tend qu’à conserver un bien qui nous appartient ou que nous croyons nous appartenir, au lieu que l’envie est une fureur qui ne peut souffrir le bien des autres. (éd. 1*.)

XXIX

Le mal que nous faisons ne nous attire pas tant de persécution et de haine que nos bonnes qualités. (éd. 1*.)

XXX

Nous avons plus de force que de volonté, et c’est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles. (éd. 1*.)

XXXI

Si nous n’avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres. (éd. 1*.)

XXXII

La jalousie se nourrit dans les doutes, et elle devient fureur, ou elle finit, sitôt qu’on passe du doute à la certitude. (éd. 1*.)

XXXIII

L’orgueil se dédommage toujours et ne perd rien, lors même qu’il renonce à la vanité. (éd. 1*.)

XXXIV

Si nous n’avions point d’orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres. (éd. 1.)

XXXV

L’orgueil est égal dans tous les hommes, et il n’y a de différence qu’aux moyens et à la manière de le mettre au jour. (éd. 1.)

XXXVI

Il semble que la nature, qui a si sagement disposé les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait aussi donné l’orgueil pour nous épargner la douleur de connoître nos imperfections. (éd. 1*.)

XXXVII

L’orgueil a plus de part que la bonté aux remontrances que nous faisons à ceux qui commettent des fautes, et nous ne les reprenons pas tant pour les en corriger, que pour leur persuader que nous en sommes exempts. (éd. 1*.)

XXXVIII

Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon nos craintes. (éd. 1.)

XXXIX

L’intérêt parle toutes sortes de langues, et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé. (éd. 1*.)

XL

L’intérêt, qui aveugle les uns, fait la lumière des autres. (éd. 1.)

XLI

Ceux qui s’appliquent trop aux petites choses deviennent ordinairement incapables des grandes. (éd. 1.)

XLII

Nous n’avons pas assez de force pour suivre toute notre raison. (éd. 1*.)

XLIII

L’homme croit souvent se conduire lorsqu’il est conduit et pendant que par son esprit il tend à un but, son cœur l’entraîne insensiblement à un autre. (éd. 1*.)

XLIV

La force et la foiblesse de l’esprit sont mal nommées ;

elles ne sont, en effet, que la bonne ou la mauvaise disposition des organes du corps (éd. 1.)

XLV

Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui de la fortune, (éd. 1*.)

XLVI

L’attachement ou l’indifférence que les philosophes avoient pour la vie n’étoit qu’un goût de leur amour-propre, dont on ne doit non plus disputer que du goût de la langue, ou du choix des couleurs. (éd. 1*.)

XLVII

Notre humeur met le prix à tout ce qui nous vient de la fortune. (éd. 2.)

XLVIII

La félicité est dans le goût, et non pas dans les choses ; et c’est par avoir ce qu’on aime qu’on est heureux, et non par avoir ce que les autres trouvent aimable. (éd. 1*.)

XLIX

On n’est jamais si heureux ni si malheureux qu’on s’imagine. (éd. 1*.)

L

Ceux qui croient avoir du mérite se font un honneur d’être malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu’ils sont dignes d’être en butte à la fortune. (éd. 1*.)

LI

Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mêmes que de voir que nous

désapprouvons dans un temps ce que nous approuvions dans un autre. (éd. 1*.)

LII

Quelque différence qui paroisse entre les fortunes, il y a néanmoins une certaine compensation de biens et de maux qui les rend égales. (éd. 1*.)

LIII

Quelques grands avantages que la nature donne, ce n’est pas elle seule, mais la fortune avec elle qui fait les héros. (éd. 1*.)

LIV

Le mépris des richesses étoit dans les philosophes un désir caché de venger leur mérite de l’injustice de la fortune, par le mépris des mêmes biens dont elle les privoit ; c’étoit un secret pour se garantir de l’avilissement de la pauvreté ; c’étoit un chemin détourné pour aller à la considération qu’ils ne pouvoient avoir par les richesses. (éd. 1*.)

LV

La haine pour les favoris n’est autre chose que

l’amour de la faveur. Le dépit de ne la pas posséder se console et s’adoucit par le mépris que l’on témoigne de ceux qui la possèdent ; et nous leur refusons nos hommages, ne pouvant pas leur ôter ce qui leur attire ceux de tout le monde. (éd. 1*.)

LVI

Pour s’établir dans le monde, on fait tout ce que l’on peut pour y paroître établi. (éd. 1.)

LVII

Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d’un grand dessein, mais des effets du hasard. (éd. 1*.)

LVIII

Il semble que nos actions aient des étoiles heureuses ou malheureuses, à qui elles doivent une grande partie de la louange et du blâme qu’on leur donne. (éd. 1*.)

LIX

Il n’y a point d’accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner à leur préjudice. (éd. 1*.)

LX

La fortune tourne tout à l’avantage de ceux qu’elle favorise. (éd. 1*.)

LXI

Le bonheur et le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur humeur que de la fortune. (éd. 2.)

LXII

La sincérité est une ouverture de cœur. On la trouve en fort peu de gens, et celle que l’on voit d’ordinaire n’est qu’une fine dissimulation, pour attirer la confiance des autres. (éd. 1*.)

LXIII

L’aversion du mensonge est souvent une imperceptible ambition de rendre nos témoignages considérables, et d’attirer à nos paroles un respect de religion. (éd. 1*.)

LXIV

La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font du mal. (éd. 1*.)

LXV

Il n’y a point d’éloges qu’on ne donne à la prudence ;

cependant elle ne sauroit nous assurer du moindre événement. (éd. 1*.)

LXVI

Un habile homme doit régler le rang de ses intérêts, et les conduire chacun dans son ordre ; notre avidité le trouble souvent, en nous faisant courir à tant de choses à la fois, que pour désirer trop les moins importantes, on manque les plus considérables. (éd. 1*.)

LXVII

La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l’esprit. (éd. 2.)

LXVIII

Il est difficile de définir l’amour : ce qu’on en peut dire est que, dans l’âme, c’est une passion de régner ; dans les esprits, c’est une sympathie ; et dans le corps, ce n’est qu’une envie cachée et délicate de posséder ce que l’on aime après beaucoup de mystères. (éd. 1*.)

LXIX

S’il y a un amour pur et exempt du mélange de nos autres passions, c’est celui qui est caché au fond du cœur, et que nous ignorons nous-mêmes. (éd. 1*.)

LXX

Il n’y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l’amour où il est, ni le feindre où il n’est pas. (éd. 1.)

LXXI

Il n’y a guère de gens qui ne soient honteux de s’être aimés, quand ils ne s’aiment plus. (éd. 5.)

LXXII

Si on juge de l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’à l’amitié. (éd. 1.)

LXXIII

On peut trouver des femmes qui n’ont jamais eu de galanterie, mais il est rare d’en trouver qui n’en aient jamais eu qu’une. (éd. 1*.)

LXXIV

Il n’y a que d’une sorte d’amour, mais il y en a mille différentes copies. (éd. 1*.)

LXXV

L’amour, aussi bien que le feu, ne peut subsister sans un mouvement continuel, et il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre. (éd. 1.)

LXXVI

Il est du véritable amour comme de l’apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu. (éd. 1*.)

LXXVII

L’amour prête son nom à un nombre infini de commerces qu’on lui attribue, et où il n’a non plus de part que le Doge à ce qui se fait à Venise. (éd. 1*.)

LXXVIII

L’amour de la justice n’est, en la plupart des hommes, que la crainte de souffrir l’injustice. (éd. 1*.)

LXXIX

Le silence est le parti le plus sur de celui qui se défie de soi-même. (éd. 1.)

LXXX

Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c’est qu’il est difficile de connoître les qualités de l’âme, et facile de connoître celles de l’esprit. (éd. 1*.)

LXXXI

Nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous, et nous ne faisons que suivre notre goût et notre plaisir quand nous préférons nos amis à nous-mêmes ; c’est néanmoins par cette préférence seule que l’amitié peut être vraie et parfaite. (éd. 5.)

LXXXII

La réconciliation avec nos ennemis n’est qu’un désir de rendre notre condition meilleure, une lassitude de la guerre, et une crainte de quelque mauvais événement. (éd. 1*.)

LXXXIII

Ce que les hommes ont nommé amitié n’est qu’une société, qu’un ménagement réciproque d’intérêts, et qu’un échange de bons offices ; ce n’est enfin qu’un commerce où l’amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner. (éd. 1*.)

LXXXIV

Il est plus honteux de se défier de ses amis que d’en être trompé. (éd. 2.)

LXXXV

Nous nous persuadons souvent d’aimer les gens plus puissants que nous, et néanmoins c’est l’intérêt seul qui produit notre amitié. Nous ne nous donnons pas à

eux pour le bien que nous leur voulons faire, mais pour celui que nous en voulons recevoir. (éd. 1*.)

LXXXVI

Notre défiance justifie la tromperie d’autrui. (éd. 2.)

LXXXVII

Les hommes ne vivroient pas longtemps en société, s’ils n’étoient les dupes les uns des autres. (éd. 5.)

LXXXVIII

L’amour-propre nous augmente ou nous diminue les bonnes qualités de nos amis à proportion de la satisfaction que nous avons d’eux ; et nous jugeons de leur mérite par la manière dont ils vivent avec nous. (éd. 1*.)

LXXXIX

Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement. (éd. 2*.)

XC

Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos défauts que par nos bonnes qualités. (éd. 5.)

XCI

La plus grande ambition n’en a pas la moindre apparence, lorsqu’elle se rencontre dans une impossibilité absolue d’arriver où elle aspire. (éd. 2.)

XCII

Détromper un homme préoccupé de son mérite est lui rendre un aussi mauvais office que celui que l’on rendit à ce fou d’Athènes qui croyoit que tous les vaisseaux qui arrivoient dans le port étoient à lui. (éd. 2*.)

XCIII

Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n’être plus en état de donner de mauvais exemples. (éd. 1.)

XCIV

Les grands noms abaissent au lieu d’élever ceux qui ne les savent pas soutenir. (éd. 2.)

XCV

La marque d’un mérite extraordinaire est de voir que ceux qui l’envient le plus sont contraints de le louer. (éd. 2.)

XCVI

Tel homme est ingrat, qui est moins coupable de son ingratitude que celui qui lui a fait du bien. (éd. 5.)

XCVII

On s’est trompé lorsqu’on a cru que l’esprit et le jugement étoient deux choses différentes : le jugement n’est que la grandeur de la lumière de l’esprit ; cette lumière pénètre le fond des choses, elle y remarque tout ce qu’il faut remarquer, et aperçoit celles qui semblent imperceptibles. Ainsi il faut demeurer d’accord que c’est l’étendue de la lumière de l’esprit qui produit tous les effets qu’on attribue au jugement. (éd. 1*.)

XCVIII

Chacun dit du bien de son cœur, et personne n’en ose dire de son esprit (éd. 1.)

XCIX

La politesse de l’esprit consiste à penser des choses honnêtes et délicates. . (éd. 1*.)

C

La galanterie de l’esprit est de dire des choses flatteuses d’une manière agréable . (éd. 1*.)

CI

Il arrive souvent que des choses se présentent plus achevées à notre esprit qu’il ne les pourroit faire avec beaucoup d’art. (éd. 1*.)

CII

L’esprit est toujours la dupe du cœur. (éd. 1.)

CIII

Tous ceux qui connoissent leur esprit ne connoissent pas leur cœur. (éd. 1*.)

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