Réflexions ou sentences et maximes morales (page 3)

La Rochefoucauld · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — Œuvres de La Rochefoucauld - T.1/Réflexions ou sentences et maximes morales · 6 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

CCXXV

Ce qui fait le mécompte dans la reconnoissance qu’on attend des grâces que l’on a faites, c’est que l’orgueil de celui qui donne et l’orgueil de celui qui reçoit ne peuvent convenir du prix du bienfait. (éd. 1*.)

CCXXVI

Le trop grand empressement qu’on a de s’acquitter d’une obligation est une espèce d’ingratitude. (éd. 1*.)

CCXXVII

Les gens heureux ne se corrigent guère, et ils croient toujours avoir raison, quand la fortune soutient leur mauvaise conduite. (éd. 5*.)

CCXXVIII

L’orgueil ne veut pas devoir, et l’amour-propre ne veut pas payer. (éd. 1*.)

CCXXIX

Le bien que nous avons reçu de quelqu’un veut que nous respections le mal qu’il nous fait. (éd. 1*.)

CCXXX

Rien n’est si contagieux que l’exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n’en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation, et les mauvaises par la malignité de notre nature, que la honte retenoit prisonnière, et que l’exemple met en liberté. (éd. 1*.)

CCXXXI

C’est une grande folie de vouloir être sage tout seul. (éd. 2*.)

CCXXXII

Quelque prétexte que nous donnions à nos afflictions, ce n’est souvent que l’intérêt et la vanité qui les causent. (éd. 1*.)

CCXXXIII

Il y a dans les afflictions diverses sortes d’hypocrisie : dans l’une, sous prétexte de pleurer la perte d’une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes ; nous regrettons la bonne opinion qu’elle avoit de nous ; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre considération. Ainsi les morts ont l’honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c’est une espèce d’hypocrisie, à cause que dans ces sortes d’afflictions, on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie, qui n’est pas si innocente, parce qu’elle impose à tout le monde : c’est l’affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d’une belle et immortelle douleur. Après que le temps, qui consume tout, a fait cesser celle qu’elles avoient en effet, elles ne laissent pas d’opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes et leurs soupirs ; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader, par toutes leurs actions, que leur déplaisir ne finira qu’avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d’ordinaire dans les femmes ambitieuses : comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s’efforcent de se rendre célèbres par la montre d’une inconsolable affliction. Il y a encore une autre espèce de larmes qui n’ont que de petites sources, qui coulent et se tarissent facilement : on pleure pour avoir la réputation d’être tendre ; on pleure pour être plaint ; on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas. (éd. 1*.)

CCXXXIV

C’est plus souvent par orgueil que par défaut de lumières qu’on s’oppose avec tant d’opiniâtreté aux opinions les plus suivies : on trouve les premières places prises dans le bon parti, et on ne veut point des dernières. (éd. 5*.)

CCXXXV

Nous nous consolons aisément des disgrâces de nos amis, lorsqu’elles servent à signaler notre tendresse pour eux. (éd. 1*.)

CCXXXVI

Il semble que l’amour-propre soit la dupe de la bonté, et qu’il s’oublie lui-même, lorsque nous travaillons pour l’avantage des autres : cependant c’est prendre le chemin le plus assuré pour arriver à ses fins ; c’est prêter à usure, sous prétexte de donner ; c’est enfin s’acquérir tout le monde par un moyen subtil et délicat. (éd. 1*.)

CCXXXVII

Nul ne mérite d’être loué de bonté, s’il n’a pas la force d’être méchant : toute autre bonté n’est le plus souvent qu’une paresse ou une impuissance de la volonté. (éd. 1*.)

CCXXXVIII

Il n’est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien. (éd. 1*.)

CCXXXIX

Rien ne flatte plus notre orgueil que la confiance des grands, parce que nous la regardons comme un effet de notre mérite, sans considérer qu’elle ne vient le plus souvent que de vanité, ou d’impuissance de garder le secret. (éd. 1*.)

CCXL

On peut dire de l’agrément, séparé de la beauté, que c’est une symétrie dont on ne sait point les règles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs, et avec l’air de la personne. (éd. 1*.)

CCXLI

La coquetterie est le fond de l’humeur des femmes ; mais toutes ne la mettent pas en pratique, parce que la coquetterie de quelques-unes est retenue par la crainte ou par la raison. (éd. 1*.)

CCXLII

On incommode souvent les autres, quand on croit ne les pouvoir jamais incommoder. (éd. 1*.)

CCXLIII

Il y a peu de choses impossibles d’elles-mêmes, et l’application pour les faire réussir nous manque plus que les moyens. (éd. 1*.)

CCXLIV

La souveraine habileté consiste à bien connoître le prix des choses. (éd. 1*.)

CCXLV

C’est une grande habileté que de savoir cacher son habileté. (éd. 1*.)

CCXLVI

Ce qui paroît générosité n’est souvent qu’une ambition déguisée, qui méprise de petits intérêts, pour aller à de plus grands. (éd. 1*.)

CCXLVII

La fidélité qui paroît en la plupart des hommes n’est qu’une invention de l’amour-propre, pour attirer la confiance ; c’est un moyen de nous élever au-dessus des autres, et de nous rendre dépositaires des choses les plus importantes. (éd. 1*.)

CCXLVIII

La magnanimité méprise tout, pour avoir tout. (éd. 1*.)

CCXLIX

Il n’y a pas moins d’éloquence dans le ton de la voix, dans les yeux, et dans l’air de la personne, que dans le choix des paroles. (éd. 1*.)

CCL

La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu’il faut, et à ne dire que ce qu’il faut. (éd. 1*.)

CCLI

Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, et d’autres qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualités. (éd. 1*.)

CCLII

Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts, qu’il est extraordinaire de voir changer les inclinations. (éd. 1*.)

CCLIII

L’intérêt met en œuvre toutes sortes de vertus et de vices. (éd. 1*.)

CCLIV

L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres ; c’est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu’il se cache sous la figure de l’humilité. (éd. 1*.)

CCLV

Tous les sentiments ont chacun un ton de voix, des gestes et des mines qui leur sont propres, et ce rapport, bon ou mauvais, agréable ou désagréable, est ce qui fait que les personnes plaisent ou déplaisent. (éd. 1*.)

CCLVI

Dans toutes les professions, chacun affecte une mine et un extérieur, pour paroître ce qu’il veut qu’on le croie : ainsi on peut dire que le monde n’est composé que de mines. (éd. 1*.)

CCLVII

La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de l’esprit. (éd. 1*.)

CCLVIII

Le bon goût vient plus du jugement que de l’esprit. (éd. 5.)

CCLIX

Le plaisir de l’amour est d’aimer, et l’on est plus heureux par la passion que l’on a que par celle que l’on donne. (éd. 2*.)

CCLX

La civilité est un désir d’en recevoir et d’être estimé poli. (éd. 1*.)

CCLXI

L’éducation que l’on donne d’ordinaire aux jeunes gens est un second amour-propre qu’on leur inspire. (éd. 1*.)

CCLXII

Il n’y a point de passion où l’amour de soi-même règne si puissamment que dans l’amour, et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu’on aime qu’à perdre le sien. (éd. 1*.)

CCLXIII

Ce qu’on nomme libéralité n’est le plus souvent que la vanité de donner, que nous aimons mieux que ce que nous donnons. (éd. 1*.)

CCLXIV

La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui ; c’est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber ; nous donnons du secours aux autres, pour les engager à nous en donner en de semblables occasions, et ces services que nous leur rendons sont, à proprement parler, des biens que nous nous faisons à nous-mêmes par avance. (éd. 1*.)

CCLXV

La petitesse de l’esprit fait l’opiniâtreté, et nous ne croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons. (éd. 1*.)

CCLXVI

C’est se tromper que de croire qu’il n’y ait que les violentes passions, comme l’ambition et l’amour, qui

puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu’elle est, ne laisse pas d’en être souvent la maîtresse : elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie ; elle y détruit et y consume insensiblement les passions et les vertus. (éd. 1*.)

CCLXVII

La promptitude à croire le mal, sans l’avoir assez examiné, est un effet de l’orgueil et de la paresse : on veut trouver des coupables, et on ne veut pas se donner la peine d’examiner les crimes. (éd. 1*.)

CCLXVIII

Nous récusons des juges pour les plus petits intérêts, et nous voulons bien que notre réputation et notre gloire dépendent du jugement des hommes, qui nous sont tous contraires, ou par leur jalousie, ou par leur préoccupation, ou par leur peu de lumière ; et ce n’est que pour les faire prononcer en notre faveur que nous exposons, en tant de manières, notre repos et notre vie. (éd. 1*.)

CCLXIX

Il n’y a guère d’homme assez habile pour connoître tout le mal qu’il fait. (éd. 2*.)

CCLXX

L’honneur acquis est caution de celui qu’on doit acquérir. (éd. 1*.)

CCLXXI

La jeunesse est une ivresse continuelle : c’est la fièvre de la raison. (éd. 1*.)

CCLXXII

Rien ne devroit plus humilier les hommes qui ont mérité de grandes louanges, que le soin qu’ils prennent encore de se faire valoir par de petites choses. (éd. 5*.)

CCLXXIII

Il y a des gens, qu’on approuve dans le monde, qui n’ont pour tout mérite que les vices qui servent au commerce de la vie. (éd. 1*.)

CCLXXIV

La grâce de la nouveauté est à l’amour ce que la fleur est sur les fruits : elle y donne un lustre qui s’efface aisément, et qui ne revient jamais. (éd. 5*.)

CCLXXV

Le bon naturel, qui se vante d’être si sensible, est souvent étouffé par le moindre intérêt. (éd. 1*.)

CCLXXVI

L’absence diminue les médiocres passions, et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougies, et allume le feu. (éd. 1*.)

CCLXXVII

Les femmes croient souvent aimer, encore qu’elles n’aiment pas : l’occupation d’une intrigue, l’émotion d’esprit que donne la galanterie, la pente naturelle au plaisir d’être aimées, et la peine de refuser, leur persuadent qu’elles ont de la passion, lorsqu’elles n’ont que de la coquetterie. (éd. 1*.)

CCLXXVIII

Ce qui fait que l’on est souvent mécontent de ceux qui négocient, est qu’ils abandonnent presque toujours l’intérêt de leurs amis pour l’intérêt du succès de la négociation, qui devient le leur par l’honneur d’avoir réussi à ce qu’ils avoient entrepris. (éd. 1*.)

CCLXXIX

Quand nous exagérons la tendresse que nos amis ont pour nous, c’est souvent moins par reconnoissance que par le désir de faire juger de notre mérite. (éd. 1*.)

CCLXXX

L’approbation que l’on donne à ceux qui entrent dans le monde vient souvent de l’envie secrète que l’on porte à ceux qui y sont établis. (éd. 1*.)

CCLXXXI

L’orgueil, qui nous inspire tant d’envie, nous sert souvent aussi à la modérera. (éd. 2*.)

CCLXXXII

Il y a des faussetés déguisées qui représentent si bien la vérité, que ce seroit mal juger que de ne s’y pas laisser tromper. (éd. 1*.)

CCLXXXIII

Il n’y a pas quelquefois moins d’habileté à savoir profiter d’un bon conseil, qu’à se bien conseiller soi-même. (éd. 1*.)

CCLXXXIV

Il y a des méchants qui seroient moins dangereux s’ils n’avoient aucune bonté. (éd. 1*.)

CCLXXXV

La magnanimité est assez définie par son nom ; néanmoins on pourroit dire que c’est le bon sens de l’orgueil, et la voie la plus noble pour recevoir des louanges. (éd. 1*.)

CCLXXXVI

Il est impossible d’aimer une seconde fois ce qu’on a véritablement cessé d’aimer. (éd. 1*.)

CCLXXXVII

Ce n’est pas tant la fertilité de l’esprit qui nous fait trouver plusieurs expédients sur une même affaire, que c’est le défaut de lumière qui nous fait arrêter à tout ce qui se présente à notre imagination, et qui nous empêche de discerner d’abord ce qui est le meilleur. (éd. 1*.)

CCLXXXVIII

Il y a des affaires et des maladies que les remèdes aigrissent en certains temps, et la grande habileté consiste à connoître quand il est dangereux d’en user. (éd. 1*.)

CCLXXXIX

La simplicité affectée est une imposture délicate. (éd. 2.)

CCXC

Il y a plus de défauts dans l’humeur que dans l’esprit. (éd. 2.)

CCXCI

Le mérite des hommes a sa saison aussi bien que les fruits. (éd. 2.)

CCXCII

On peut dire de l’humeur des hommes, comme de la plupart des bâtiments, qu’elle a diverses faces, les unes agréables, et les autres désagréables. (éd. 2*.)

CCXCIII

La modération ne peut avoir le mérite de combattre l’ambition et de la soumettre : elles ne se trouvent jamais ensemble. La modération est la langueur et la paresse de

l’âme, comme l’ambition en est l’activité et l’ardeur. (éd. 1*.)

CCXCIV

Nous aimons toujours ceux qui nous admirent, et nous n’aimons pas toujours ceux que nous admirons. (éd. 2*.)

CCXCV

Il s’en faut bien que nous ne connoissions toutes nos volontés. (éd. 2*.)

CCXCVI

Il est difficile d’aimer ceux que nous n’estimons point ; mais il ne l’est pas moins d’aimer ceux que nous estimons beaucoup plus que nous. (éd. 2*.)

CCXCVII

Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et réglé, qui meut et qui tourne imperceptiblement notre volonté ; elles roulent ensemble, et exercent successivement un empire secret en nous, de sorte qu’elles ont une part considérable à toutes nos actions, sans que nous le puissions connoître. (éd. 1*.)

CCXCVIII

La reconnoissance de la plupart des hommes n’est qu’une secrète envie de recevoir de plus grands bienfaits. (éd. 2*.)

CCXCIX

Presque tout le monde prend plaisir à s’acquitter des petites obligations ; beaucoup de gens ont de la reconnoissance pour les médiocres ; mais il n’y a quasi personne qui n’ait de l’ingratitude pour les grandes. (éd. 2*.)

CCC

Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses. (éd. 2*.)

CCI

Assez de gens méprisent le bien, mais peu savent le donner. (éd. 2*.)

CCCII

Ce n’est d’ordinaire que dans de petits intérêts où nous prenons le hasard de ne pas croire aux apparences. (éd. 3*.)

CCCIII

Quelque bien qu’on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau. (éd. 3.)

CCCIV

Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient, mais nous ne pouvons pardonner à ceux que nous ennuyons. (éd. 3.)

CCCV

L’intérêt, que l’on accuse de tous nos crimes, mérite souvent d’être loué de nos bonnes actions. (éd. 3.)

CCCVI

On ne trouve guère d’ingrats tant qu’on est en état de faire du bien. (éd. 3*.)

CCCVII

Il est aussi honnête d’être glorieux avec soi-même qu’il est ridicule de l’être avec les autres. (éd. 3.)

CCCVIII

On a fait une vertu de la modération, pour borner l’ambition des grands hommes, et pour consoler les gens médiocres de leur peu de fortune et de leur peu de mérite. (éd. 3.)

CCCIX

Il y a des gens destinés à être sots, qui ne font pas seulement des sottises par leur choix, mais que la fortune même contraint d’en faire. (éd. 3*.)

CCCX

Il arrive quelquefois des accidents dans la vie d’où il faut être un peu fou pour se bien tirer. (éd. 3.)

CCCXI

S’il y a des hommes dont le ridicule n’ait jamais paru, c’est qu’on ne l’a pas bien cherché. (éd. 3*.)

CCCXII

Ce qui fait que les amants et les maîtresses ne s’ennuient point d’être ensemble, c’est qu’ils parlent toujours d’eux-mêmes. (éd. 3*.)

CCCXIII

Pourquoi faut-il que nous ayons assez de mémoire pour retenir jusqu’aux moindres particularités de ce qui nous est arrivé, et que nous n’en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois nous les avons contées à une même personne ? (éd. 3*.)

CCCXIV

L’extrême plaisir que nous prenons à parler de nous-mêmes nous doit faire craindre de n’en donner guère à ceux qui nous écoutent. (éd. 3.)

CCCXV

Ce qui nous empêche d’ordinaire de faire voir le fond de notre cœur à nos amis, n’est pas tant la défiance que nous avons d’eux, que celle que nous avons de nous-mêmes. (éd. 3*.)

CCCXVI

Les personnes foibles ne peuvent être sincères. (éd. 3*.)

CCCXVII

Ce n’est pas un grand malheur d’obliger des ingrats, mais c’en est un insupportable d’être obligé à un malhonnête homme. (éd. 3.)

CCCXVIII

On trouve des moyens pour guérir de la folie, mais on n’en trouve point pour redresser un esprit de travers. (éd. 3*.)

CCCXIX

On ne sauroit conserver longtemps les sentiments qu’on doit avoir pour ses amis et pour ses bienfaiteurs si on se laisse la liberté de parler souvent de leurs défauts. (éd. 3.)

CCCXX

Louer les princes des vertus qu’ils n’ont pas, c’est leur dire impunément des injures. (éd. 3*.)

CCCXXI

Nous sommes plus près d’aimer ceux qui nous haïssent que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons. (éd. 3.)

CCCXXII

Il n’y a que ceux qui sont méprisables qui craignent d’être méprisés. (éd. 3.)

CCCXXIII

Notre sagesse n’est pas moins à la merci de la fortune que nos biens. (éd. 3.)

CCCXXIV

Il y a dans la jalousie plus d’amour-propre que d’amour. (éd. 3.)

CCCXXV

Nous nous consolons souvent, par foiblesse, des maux dont la raison n’a pas la force de nous consoler. (éd. 3.)

CCCXXVI

Le ridicule déshonore plus que le déshonneur. (éd. 3.)

CCCXXVII

Nous n’avouons de petits défauts que pour persuader que nous n’en avons pas de grands. (éd. 3.)

CCCXXVIII

L’envie est plus irréconciliable que la haine (éd. 3.)

CCCXXIX

On croit quelquefois haïr la flatterie, mais on ne hait que la manière de flatter. (éd. 3*.)

CCCXXX

On pardonne tant que l’on aime. (éd. 3.)

CCCXXXI

Il est plus difficile d’être fidèle à sa maîtresse quand on est heureux que quand on en est maltraité. (éd. 3*.)

CCCXXXII

Les femmes ne connoissent pas toute leur coquetterie. (éd. 3.)

CCCXXXIII

Les femmes n’ont point de sévérité complète sans aversion. (éd. 3.)

CCCXXXIV

Les femmes peuvent moins surmonter leur coquetterie que leur passion. (éd. 3.)

CCCXXXV

Dans l’amour, la tromperie va presque toujours plus loin que la méfiance. (éd. 3.)

CCCXXXVI

Il y a une certaine sorte d’amour dont l’excès empêche la jalousie. (éd. 3.)

CCCXXXVII

Il est de certaines bonnes qualités comme des sens : ceux qui en sont entièrement privés ne les peuvent apercevoir, ni les comprendre. (éd. 3*.)

CCCXXXVIII

Lorsque notre haine est trop vive, elle nous met au-dessous de ceux que nous haïssons. (éd. 3*.)

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