Divinae institutiones (Institutions divines) (page 40)
3 Interim necessarium puto admonere lecturos, quod haec nostra quae tradimus; pravae vitiosaeque mentes aut omnino non intelligent (hebetatur enim acies eorum terrenis cupiditatibus, quae sensus omnes gravant, imbecillesque reddunt); aut etiam si intelligent, dissimulabunt tamen, et haec vera esse nolent, quia trahuntur a vitiis, et scientes malis suis favent, quorum suavitate capiuntur, et virtutis viam deserunt, cuius acerbitate offenduntur. Nam qui avaritia, et opum inexplebili quadam siti flagrant, quia non possunt, venditis aut dilargitis quae amant, tenui cultu vitam degere, sine dubio malunt id esse fictum, quo desideriis suis renuntiare coguntur. Item, qui libidinum stimulis incitati, ut ait poeta, In furias ignemque ruunt, utique incredibilia nos afferre dicunt; quia vulnerant aures eorum praecepta continentiae, quae illos a voluptatibus suis prohibent, quibus animam suam cum corpore adiudicaverunt. Qui vero ambitione inflati, aut amore potentiae inflammati, omne studium suum ad honores acquirendos contulerunt, ne si solem quidem ipsum gestemus in manibus, fidem commodabunt ei doctrinae, illos iubet omni potentia et honore contempto humiles vivere, atque ita humiles, ut et accipere iniuriam possint, et referre nolint, si acceperint. Ii sunt homines, qui contra veritatem clausis oculis quoquo modo latrant. Qui autem sani sunt, vel erunt, id est, non ita vitiis immersi, ut insanabiles sint, et credent his, et libenter accedent; et quaecumque dicimus, aperta, et plana, et simplicia, et quod maxime opus est, vera et inexpugnabilia illis videbuntur.
4 Nemo virtuti favet, nisi qui sequi potest; sequi autem non facile est omnibus: ii possunt, quos paupertas et rerum indigentia exercuit, et capaces virtutis effecit. Nam si virtus est tolerantia malorum, non capiunt ergo virtutem, qui semper in bonis fuerunt, quia mala neque experti sunt, neque ferre possunt assuetudine ac desiderio bonorum, quae sola noverunt. Eo fit, ut pauperes et humiles Deo credant facilius, qui sunt expediti, quam divites, qui sunt impedimentis pluribus implicati: immo vero catenati et compediti serviunt ad nutum dominae cupiditatis, quae illos inextricabilibus vinculis irretivit; nec possunt in coelum aspicere, quoniam mens eorum in terram prona humique defixa est. Virtutis autem via non capit magna onera gestantes. Angustus admodum trames est, per quem iustitia hominem deducit in coelum. Hunc tenere non potest, nisi qui fuerit expeditus et nudus. Nam isti locupletes multis et ingentibus sarcinis onerati per viam mortis incedunt, quae latissima est; quoniam late perditio dominatur. His acerba sunt, his venena, quae Deus ad iustitiam praecipit, quaeque nos Dei magisterio de virtute ac veritate disserimus. Quibus si repugnare audebunt, necesse est hostes se esse virtutis iustitiaeque fateantur. Aggrediar nunc quod superest, ut finis operi possit imponi.
Id autem superest, ut de iudicio Dei disseramus: quod tum constituetur, cum Dominus noster redierit in terram; ut unicuique pro merito aut praemium persolvat, aut poenam. Itaque ut in quarto libro de primo adventu eius diximus, sic in hoc secundum referamus adventum, quem Iudaei quoque et confitentur, et sperant, sed frustra, quoniam necesse est ad eos confundendos revertatur, ad quos convocandos prius venerat. Nam qui violaverunt impie humilem, sentient in potestate victorem; eaque omnia quae legunt, et non intelligunt, Deo repensante patientur, quippe qui peccatis omnibus inquinati, et insuper sancto cruore perfusi, ab illo ipso, qui nefandas manus intulerunt, sint ad aeterna supplicia destinati. Sed erit nobis contra Iudaeos separata materia, in qua illos erroris et sceleris revincemus.
I. Nous avons non seulement posé les fondements de notre ouvrage, comme dit un excellent orateur, mais nous l'avons élevé presque jusqu'au comble. Il ne reste plus que la couverture et les ornements, sans lesquels il serait inutile et désagréable. Que servirait-il d'être délivré des fausses religions et de connaître la véritable? Que servirait-il de surmonter les difficultés qui se rencontrent au service de Dieu, si l'on n'en recevait la récompense? Je parlerai dans ce livre-ci de la béatitude éternelle, qui est la récompense que Dieu propose à ceux qui renoncent aux douceurs des biens de la terre, pour suivre la vertu avec toutes ses amertumes. Je rapporterai les témoignages formels de l'Écriture et les raisons solides sur lesquelles cette promesse est fondée, et je ferai voir clairement qu'il faut préférer l'avenir au présent, le ciel à la terre, et l'éternité au temps.
2 Je commencerai par la création du monde, et je dirai en quel temps et pour quelles raisons Dieu s'y est occupé. Platon a parlé de la structure de ce merveilleux ouvrage. Mais comme il ne savait rien des mystères que l'on n'apprend que de Dieu et des prophètes, il a dit qu'il avait toujours été ; ce qui n'est pas véritable. Tous les corps pesants et solides ont eu un commencement et auront une fin. Aristote ne pouvant comprendre comment un édifice d'une si vaste étendue pouvait périr, a dit qu'il avait toujours été, et qu'il serait toujours. Il est certain qu'il n'y entendait rien ; car tout ce qui est, a eu un commencement et, rien ne peut être, s'il n'a commencé d'être. Nous voyons que la terre, l'eau et le feu se dissipent, s'écoulent et s'éteignent : ce sont cependant les parties les plus solides de l'univers : il faut donc croire que le tout n'est pas d'une autre nature que ses parties. Tout ce qui est né peut mourir ; tout ce qui est visible et corporel peut se résoudre et se perdre, comme dit Platon.
Il n'y a eu parmi les philosophes qu'Épicure, qui, selon le témoignage de Démocrite, ait découvert la vérité, et qui ait dit que le monde a eu un commencement et qu'il aura une fin. Il n'a pourtant pu ni expliquer la manière, ni marquer le temps auquel un si grand ouvrage finira. Nous qui le savons, non par des conjectures, mais par la révélation que Dieu a eu la bonté de nous en faire, nous le déclarerons et remarquerons, en même temps que les philosophes ont si imparfaitement découvert les traces de la vérité, qu'ils n'ont jamais pu la suivre.
3 Je crois devoir avertir en cet endroit ceux qui prendront la peine de lire cet ouvrage, que les esprits corrompus ne comprendront point ceci, parce qu'ils sont appesantis par les concupiscences terrestres, ou que s'ils le comprennent, ils feront semblant de ne le point comprendre, et souhaiteront qu'il ne soit pas véritable, parce qu'ils sont entraînés par le poids de leurs vices, qu'ils aiment leur maladie et qu'ils se détournent de la vertu dont l'amertume les dégoûte. Ceux qui brûlent d'avarice et du désir insatiable de s'enrichir, ne pouvant se résoudre ni à vendre, ni à donner le bien qu'ils aiment avec une excessive passion, pour vivre ensuite, dans une grande modération!, veulent que cette doctrine, qui est si contraire à leurs dérèglements, ne soit qu'une fable. Ceux qui sont piqués par l'aiguillon de la volupté, entrent en fureur, trouvant tout ce que nous disons incroyable. Les préceptes de la continence qui les privent des plaisirs auxquels ils se sont abandonnés, blessent leurs oreilles. Ceux qui sont enflés d'ambition et possédés du désir de la grandeur, ne songeant qu'aux moyens de parvenir aux honneurs et aux dignités, ne demeureront jamais d'accord de la vérité d'une doctrine, qui ordonne de renoncer à la grandeur et A la puissance pour vivre dans l'humilité et dans la bassesse; et de quelque lumière qu'on éclaire leur esprit, jamais on ne les pourra porter à se réduire volontairement à un état où ils soient exposés à recevoir les injures les plus atroces, sans pouvoir les repousser ni en tirer aucune vengeance. Toutes ces personnes-là ferment les yeux pour ne point voir la vérité, et ouvrent la bouche pour rire contre elle de toute leur force. Ceux qui ne sont pas si incurables, c'est-à-dire qui ne sont pas plonges si avant dans le bourbier de leurs vices, demeurent aisément d'accord de ce que nous leur proposons et reconnaissent que cela est incontestable.
4 Il n'y a que ceux qui sont capables de la vertu qui lui soient favorables. Tout le monde n'en est-il pas capable? Pour l'être, il faut avoir souffert la pauvreté, et les incommodités qui en sont inséparables. Si le principal emploi de la vertu est de supporter le mal, ceux qui sont accoutumés au bien sont incapables de la vertu. C'est pour cela que les pauvres sont plus disposés à croire les maximes de notre religion que les riches : ils ne trouvent pas dans leur condition tant d'obstacles à la foi. Les autres sont non seulement embarrassés dans la jouissance des biens du monde, mais chargés de chaînes; ils sont accablés du joug de la concupiscence, cette maîtresse impérieuse qui les attache à la terre, et qui les empêche de lever les yeux au ciel. Le chemin de la vertu est si étroit que l'on n'y saurait entrer avec beaucoup de bagage. Il faut être presque nu pour y être conduit, par la main de la justice, jusqu'à la porte du ciel. Ces riches superbes, suivis d'un grand train et d'un long équipage, marchent dans le chemin de la mort, qui est un chemin fort large. Les lois que Dieu nous a laissées et que nous tâchons de publier, ne sont pour eux que de l'aigreur et du poison. Ils ne peuvent néanmoins les rejeter sans se déclarer ennemis de la vertu et de la justice.
J'achèverai maintenant ce qui reste à mon ouvrage, et il n'y reste plus rien que de parler du jugement que Dieu établira sur la terre, lorsqu'il y sera revenu pour rendre à chacun selon ses œuvres, et pour y ordonner des peines et des récompenses. J'ai parlé dans le quatrième livre de son premier avènement ; je parlerai dans celui-ci du second que les Juifs confessent et qu'ils espèrent en vain, parce que ce second avènement ne sera que pour la consolation de ceux qui auront été assemblés en son nom. Ceux qui ont été assez impies pour l'outrager dans l'état de sa faiblesse, reconnaîtront avec frayeur sa puissance, et subiront, par un ordre inévitable de la justice, les châtiments qu'ils lisent dans les prophètes sans les entendre. Ils seront condamnés au feu éternel par la bouche de celui dont ils ont répandu le sang. Mais je ferai un ouvrage exprès pour découvrir leurs erreurs et leurs crimes. Tâchons cependant d'enseigner la vérité à ceux qui l'ignorent.
II. 1 Nunc ignaros veritatis instruamus. Dispositione summi Dei sic ordinatum, ut iniustum hoc saeculum decurso temporum spatio terminum sumat, extinctaque protinus omni malitia, et piorum animis ad beatam vitam revocatis, quietum, tranquillum, pacificum, aureum denique, ut poetae vocant, saeculum, Deo ipso regnante, florescat. In primis causa eorum omnium philosophis haec fuit, quod rationem mundi, quae totam sapientiam continet, non comprehenderunt. Ea vero sensu proprio, et interna intelligentia non potest comprehendi, quod illi sine doctore per seipsos facere voluerunt. Itaque in varias sibique saepe contrarias sententias inciderunt, ex quibus exitum non haberent; et in eodem luto (sicut Comicus ait) haesitaverunt; scilicet assumptionibus eorum non respondente ratione, cum assumpsissent quidem vera, sed quae affirmari probarique non possent sine scientia veritatis rerumque coelestium: quae (ut saepe iam dixi) non potest esse in homine, nisi Deo docente percepta. Nam si potest homo intelligere divina, poterit et facere; nam intelligere, est quasi e vestigio subsequi. Non potest autem facere quae Deus, quia mortali corpore indutus est; ergo nec intelligere quidem potest, quae facit Deus. Quod an fieri possit, ex immensitate rerum atque operum divinorum facile est unicuique metiri. Nam si mundum cum omnibus quae sunt in eo contemplari velis, intelliges profecto, quantum Dei opus humanis operibus antestet. Ita quantum inter opera divina et humana interest, tantum distare inter Dei hominisque sapientiam necesse est. Nam quia Deus incorruptus, atque immortalis est, et ideo perfectus, quia sempiternus est, sapientia quoque eius, perinde ut ipse, perfecta est; nec obstare illi quidquam potest, quia nulli rei Deus ipse subiectus est.
2 Homo autem quin subiectus est passioni, subiecta est et sapientia eius errori; et sicut hominis vitam multae res impediunt, quominus possit esse perpetua: ita sapientiam quoque eius multis rebus impediri necesse est, quominus in perspicienda penitus veritate perfecta sit. Ergo nulla est humana sapientia, si per se ad notionem veri scientiamque nitatur; quoniam mens hominis cum fragili corpore illigata, et in tenebroso domicilio inclusa, neque liberius evagari, neque clarius perspicere veritatem potest; cuius notitia divinae conditionis est. Deo enim soli opera sua nota sunt. Homo autem non cogitando, aut disputando assequi eam potest, sed discendo, et audiendo ab eo, qui scire solus potest, et docere. Ideo Marcus Tullius sententiam Socratis de Platone transferens dicentis, venisse tempus, ut ipse migraret e vita, illos autem, apud quos causam suam perorabat, agere vitam: Utrum melius sit, inquit, dii immortales sciunt; hominem arbitror scire neminem. Quare necesse est omnes philosophiae sectas alienas esse a veritate; quia homines erant, qui eas constituerunt, nec ullum fundamentum aut firmitatem possunt habere, quae nullis divinarum vocum fulciuntur oraculis.
III. 1 Et quoniam de philosophorum erroribus loquimur, Stoici naturam in duas partes dividunt: unam, quae efficiat; alteram, quae se ad faciendum tractabilem praebeat. In illa prima esse vim sentiendi; in hac, materiam; nec alterum sine altero posse. Quomodo potest idem esse quod tractat, et quod tractatur? Si quis dicat idem esse figulum quod lutum, aut lutum idem esse quod figulum, nonne aperte insanire videatur? At isti uno naturae nomine duas res diversissimas comprehendunt, Deum et mundum, artificem et opus; dicuntque alterum sine altero nihil posse, tanquam natura sit Deus mundo permixtus. Nam interdum sic confundunt, ut sit Deus ipse mens mundi et mundus sit corpus Dei. Quasi vero simul esse coeperint mundus, et Deus; ac non ipse mundum fecerit: quod et ipsi fatentur alias, cum hominum causa praedicant esse fabricatum, et sine mundo esse, si velit, possit; siquidem Deus est divina et aeterna mens a corpore soluta et libera. Cuius vim maiestatemque quoniam intelligere non poterant, miscuerunt eum mundo, id est, operi suo. Unde est illud Virgilianum:
Ubi est ergo illud, quod iidem ipsi aiunt, et factum esse divina providentia, et regi? Si enim fecit mundum, fuit ergo sine mundo. Si regit, non utique sicut mens corpus regit, sed tanquam dominus domum, navim gubernator, auriga currum. Nec tamen mixti sunt iis rebus, quas regunt. Nam si haec omnia, quae videmus, Dei membra sunt, iam insensibilis ab his constituitur Deus, quoniam membra sensu carent, et mortalis, quoniam videmus membra esse mortalia.
2 Possum enumerare, quoties repentinis quassatae motibus vel hiaverint terrae, vel desederint in abruptum; quoties demersae fluctibus, et urbes, et insulae abierint in profundum; frugiferos campos paludes inundaverint; flumina et stagna siccaverint; montes etiam vel deciderint abrupti, vel planis fuerint adaequati. Plurimas regiones, et multorum fundamenta montium latens et internus ignis absumit. Et hoc parum est, si membris suis non parcit Deus, nisi etiam homini liceat aliquid in Dei corpus: maria extruuntur; montes exciduntur, et ad eruendas opes interiora terrae viscera effodiuntur. Quid quod ne arari quidem sine laceratione divini corporis potest? ut iam scelerati et impii simus, qui Dei membra violemus. Patiturne ergo vexari corpus suum Deus, et debilem se vel ipse facere, vel ab homine fieri sinit? nisi forte divinus ille sensus, qui mundo et omnibus mundi partibus permixtus est, primam terrae faciem reliquit, ac se in ima demersit, ne quid doloris de assidua laceratione sentiret. Quod si hoc vanum et absurdum est, tam igitur ipsi eguerunt, quam haec indigent sensu, qui non perspexerunt divinum quidem spiritum esse ubique diffusum, eoque omnia contineri, non tamen ita, ut Deus ipse, qui est incorruptus, gravibus et corruptibilibus elementis misceatur.
Illud ergo rectius, quod a Platone (in Timaeo) sumpserunt, a Deo factum esse mundum, et eiusdem providentia gubernari. Oportebat igitur et Platonem, et eos qui idem senserunt, docere atque explicare, quae causa, quae ratio fuerit tanti operis fabricandi; quare hoc, aut cuius gratia fecerit.
3 At iidem Stoici, hominum, inquiunt, causa mundus effectus est. Audio. Sed Epicurus ignorat, ipsos homines quare, aut quis effecerit. Nam Lucretius, cum diceret mundum non esse a diis constitutum, sic ait (lib. V de Natura rerum):
4 Et merito. Illi enim nullam rationem afferebant, cur humanum genus vel creatum, vel constitutum esset a Deo. Nostrum hoc officium est, sacramentum mundi et hominis exponere, cuius illi expertes, sacrarium veritatis nec attingere, nec videre potuerunt. ergo (ut paulo ante dicebam) cum assumpsissent id quod erat verum, id est, mundum a Deo factum, et hominum causa esse factum; tamen, quoniam eos in consequentibus ratio defecit, non potuerunt defendere id quod assumpserant. Denique Plato, ne Dei opus imbecillum et ruinosum faceret, in aeternum dixit esse mansurum. Si hominum causa factus est, et ita factus est ut esset aeternus, cur ergo ipsi quorum causa factus est, non sunt sempiterni? Si mortales, propter quos factus est, ergo et ipse mortalis atque solubilis. Neque enim pluris est ipse, quam ii, quorum gratia factus est.
Quod si ei ratio quadraret, intelligeret periturum esse, quia factus est; nec posse in aeternum manere, nisi quod tangi non potest.
5 Qui autem negat hominum causa factum, hic nullam rationem tenet. Si enim dicit, ipsum fabricatorem sua causa tanta haec opera esse molitum, cur ergo nos nati sumus? cur mundo ipso fruimur? Quid sibi vult humani generis caeterorumque animantium fictio? Cur aliena commoda intercipimus? Cur denique augemur, minuimur, interimus? Quid habet rationis ipsa generatio? quid perpetua successio? Nimirum videri nos Deus voluit, et suis variis imaginibus tanquam sigilla confingere, quibus se oblectaret; et nihilominus tamen, si ita esset, curae haberet animantes, praecipueque hominem, cuius imperio cuncta subiecit. Qui autem dicunt semper fuisse mundum, omitto illud, quod esse ipse sine aliquo principio non potest, unde extricare se nequeunt; sed hoc dico: si mundus semper fuit, nullam potest habere rationem. Quid enim potuit in eo ratio moliri, quod nunquam sumpsit exordium? Nam prius quam fiat aliquid, aut struatur, opus est consilio, ut disponi possit quemadmodum fiat, nec incipi quidquam potest sine provisione rationis. Itaque omne opus ratio praecedit. Non habet ergo rationem, quod factum non est. Atqui mundus rationem habet, qua et constat, et regitur; ergo et factus est: si factus est, et resolvetur. Reddant ergo isti rationem, si possunt, cur aut factus in principio sit, aut postea resolvatur.
6 Quod quia docere non poterat Epicurus, sive Democritus, sua sponte natum esse dixit, seminibus inter se passim coeuntibus, quibus iterum resolutis, dissidium atque interitum secuturum. Corrupit ergo quod recte viderat, et totam rationem penitus ignorantia rationis evertit; redegitque mundum, et omnia quae in eo geruntur, ad similitudinem cuiusdam vanissimi somnii, siquidem rebus humanis ratio nulla subsistat. Cum vero mundum, omnesque partes eius, ut videmus, mirabilis ratio gubernet; cum coeli temperatio, et aequalis in ipsa varietate cursus astrorum luminumque coelestium, temporum constans ac mira descriptio, terrarum varia foecunditas, plana camporum munimenta, et aggeres montium, viriditas ubertasque silvarum, fontium saluberrima eruptio, fluminum opportuna inundatio, maris opulenta et copiosa interfusio, ventorum diversa et utilis aspiratio, caeteraque omnia ratione summa constent: quis tam caecus est, ut existimet sine causa esse facta, in quibus mira dispositio providentissimae rationis elucet? Si ergo sine causa nec est, nec fit omnino quidquam: si et providentia summi Dei ex dispositione rerum, et virtus ex magnitudine, et potestas ex gubernatione manifesta est: hebetes ergo et insani, qui providentiam non esse dixerunt. Non improbarem; si deos idcirco non esse dicerent, ut unum dicerent: cum autem ideo ut nullum, qui eos delirasse non putat, ipse delirat.
II. 1 Dieu a ordonné que ce siècle injuste finirait après avoir duré un certain espace de temps, et que le péché étant détruit et le bonheur des gens de bien assuré, il y aurait sous son règne un siècle tranquille, heureux, et qui mériterait d'être appelé le siècle d'or, à plus juste titre que celui des poètes. L'égarement des philosophes procède principalement de ce qu'ils n'ont rien su de la création du monde, qui renferme les plus rares secrets de la divine sagesse. Ayant entrepris de les pénétrer par leurs propres lumières, bien que cela soit impossible, ils se sont engagés en des erreurs et des contradictions d'où ils ne peuvent sortir. Ils ont entrevu quelques vérités; mais ils n'en ont pu trouver les preuves, qui ne dépendent que de la révélation. Si l'homme pouvait pénétrer les œuvres de Dieu, il pourrait les imiter, l'an étant presque la même chose que l'autre. Or, comme il ne les peut imiter, revêtu qu'il est d'un corps faible et mortel, il ne les peut non plus pénétrer. Si nous considérons attentivement le monde et les merveilles qu'il renferme, nous reconnaîtrons aisément combien ce vaste ouvrage des mains de Dieu est au-dessus de tous les ouvrages des mains des hommes. Or, la sagesse de Dieu n'est pas moins au-dessus de la sagesse des hommes, que ses ouvrages sont au-dessus de leurs ouvrages. Comme Dieu est parfait, parce qu'il est immortel et incorruptible, sa sagesse est aussi parfaite. Comme il n'a rien qui lui sont contraire, il n'a rien aussi qui soit au-dessus de lui
Mais comme l'homme est sujet à plusieurs imperfections, sa sagesse est sujette à l'erreur; et comme il y a plusieurs obstacles qui empêchent que sa vie ne soit éternelle, il y a aussi plusieurs défauts qui empêchent que sa sagesse ne soit parfaite. Cette sagesse est extrêmement faible quand elle veut s'élever d'elle même à la connaissance de la vérité. L'âme étant enfermée dans le corps comme dans une prison fort obscure, n'a pas la liberté de s'étendre ni de regarder la lumière : il n'y a que Dieu qui connaisse ses ouvrages. L'homme ne peut arriver à la connaissance de la vérité, ni par la force de son esprit, ni par la subtilité de ses raisonnements, mais seulement par l'attention qu'il porte aux discours de celui qui peut seul l'enseigner, et par la docilité qu'il a pour recevoir sa doctrine. Cicéron, après avoir traduit un passage où Platon fait dire à Socrate que le temps était venu auquel il était prêt de sortir de la vie, au lieu que ceux devant qui il parlait, vivaient encore, ajoute : « Les dieux immortels savent lequel des deux est le plus avantageux: mais je suis persuadé que nul homme ne le sait. » Ainsi toutes les sectes ayant été inventées par des hommes sujets à l'erreur, et établies sur un autre fondement que celui de la parole de Dieu qui est infaillible, elles ne peuvent être que très éloignées de la vérité.
III. 1 Puisque je parle ici des erreurs des philosophes, je puis marquer, comme en passant, celles où les stoïciens sont tombés touchant la nature. Ils la divisent en deux parties, dont l'une a la force d'agir, et l'autre est maniable et traitable; l'une a du sentiment, et l'autre n'en a point; mais elles ne peuvent être l'une sans l'autre. Comment ce qui manie et ce qui forme, peut-il être la même chose que ce qui est manié et formé? Ne serait-ce pas une manifeste extravagance de dire que le potier et la terre ne sont qu'une même chose ? C'est ce que font les stoïciens quand, sous le nom de nature, ils entendent deux choses aussi différentes, que le sont Dieu et le monde, l'ouvrier et l'ouvrage, et quand ils disent que l'un ne peut rien faire sans l'autre; comme si la nature était un mélange de Dieu et du monde. Quand je supposerais ici que Dieu est l'âme du monde, et que le monde est le corps de Dieu, il ne s'ensuivrait pas qu'ils seraient de même temps, et que Dieu n'aurait point fait le monde. Ils avouent eux-mêmes que Dieu l'a fait pour l'usage des hommes, et que quand le monde ne serait pas, Dieu ne laisserait pas que d'être, parce qu'il est un esprit éternel et qui n'est point attaché à un corps. Comme ils n'en ont pu comprendre la grandeur, ils l'ont joint à son ouvrage, comme une âme a un corps; et c'est pour cela que Virgile a dit que:
C’est comme un esprit répandu dans toutes les parties de l'univers, qui les agite et les anime.
Comment cela s'accorde-t-il avec ce que les stoïciens disent : que Dieu a fait le monde, et qu'il le gouverne par sa providence? S'il a fait le monde, il a été sans le monde. S'il le gouverne, il le gouverne non comme l'âme gouverne le corps), mais comme le maître gouverne sa maison, comme le pilote gouverne son vaisseau, comme le conducteur d'un chariot gouverne ses chevaux, et sans être mêlés ni confondus avec les choses qu'ils gouvernent. Si les parties de l'univers sont les membres de Dieu, elles feront un Dieu privé de sentiment et sujet à la mort, puisqu'elles sont elles-mêmes insensibles et mortelles.
2 Il est aisé de faire le dénombrement des tremblements qui ont ébranlé la terre, des inondations qui ont abimé les îles et les villes, des feux souterrains qui consument les montagnes, et des autres changements qui surviennent dans la nature. Cela fait voir le peu de soin que Dieu aurait de conserver son corps, si l'opinion des stoïciens était véritable. Mais ce serait peu qu'il négligeât si fort de le conserver, s'il ne l'exposait aux injures que les hommes lui veulent faire. Les uns bâtissent dans la mer ; les autres coupent les montagnes; les autres ouvrent la terre pour y chercher de l'or. Ceux qui la labourent déchirent la peau de Dieu, ce qui ne se peut faire sans impiété. Dieu permet-il que son corps soit coupé de la sorte? Est-ce que cette âme céleste se retire au centre de la terre, et qu'elle en abandonne la surface pour ne point sentir de douleur? Si cela est impertinent et ridicule, ces philosophes ont eu aussi peu de sens que la-terre même, puisqu'ils n'ont pas reconnu que l'esprit de Dieu est répandu de telle sorte dans toutes les parties du monde, qu'il ne laisse pas de demeurer incorruptible et immuable.
Ce qu'ils ont appris de Platon est très véritable: que Dieu a créé le monde et qu'il le gouverne par sa providence. Ce philosophe et les autres qui ont suivi son sentiment devaient expliquer la manière dont Dieu a créé le monde, la raison et la fin pour laquelle il l'a créé.
3 Les stoïciens disent qu'il l'a créé pour l'usage des hommes ; mais Épicure déclare qu'il ne sait pour quelle fin les hommes mêmes ont été créés. « C'est une folie, dit-il, que d'avancer que les beautés de l'univers ont été produites en faveur de l'homme; car, quelle utilité les dieux peuvent-ils tirer de nous, pour se mettre en peine de faire quelque chose en notre considération! »
Il semble que cela ait quelque sorte de fondement, car ces philosophes n'apportaient aucune raison pour laquelle Dieu a créé les hommes. C'est à nous, à qui Dieu a révélé ses secrets, de les expliquer, et non à ceux qui n'en avaient point de connaissance, bien qu'ils eussent reconnu, comme je l'ai déjà dit, que Dieu avait créé le monde pour l'usage des hommes : n'ayant pas néanmoins reconnu la suite de ces vérités, ils n'ont pu soutenir le principe. Platon, appréhendant d'attribuer à Dieu un ouvrage imparfait et de peu de durée, a dit qu'il était éternel. Pourquoi donc les hommes ne sont-ils pas aussi éternels? Les hommes pour lesquels le monde a été fait devant finir, pourquoi, le monde ne doit-il pas finir ? Est-il probable qu'il soit plus stable et plus durable que ceux à l'usage desquels il se rapporte?
Si Platon avait fait une sérieuse réflexion sur ces conséquences, il aurait reconnu que le monde ayant eu un commencement, il doit aussi avoir une fin, et que rien de ce qui est visible et palpable n'est éternel.