Divinae institutiones (Institutions divines) (page 43)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

5 Quomodo sciri potest, utrum dissolvi se sentiat, an corpore liberari, cum in exitu lingua mutescat? Nam dum sentit, et loqui potest, nondum dissolutus est: ubi dissolutus est, iam nec sentire, nec loqui potest; ita queri de dissolutione aut nondum potest, aut iam non potest. At enim priusquam dissolvatur, intelligit se dissolutum iri. Quid, quod videmus plerosque morientium non dissolvi conquerentes, ut ait, sed exire se, et proficisci, et ambulare testantes; idque aut gestu significant, aut si adhuc possunt, et voce pronuntiant? Unde apparet non dissolutionem fieri, sed separationem, quae declarat animam permanere. Caetera Epicurei dogmatis argumenta Pythagorae repugnant disserenti, migrare animas de corporibus vetustate ac morte confectis, et insinuare se novis ac recens natis, et easdem semper renasci modo in homine, modo in pecude, modo in bestia, modo in volucre, et hac ratione immortales esse, quod saepe variorum ac dissimilium corporum domicilia commutent. Quae sententia deliri hominis, quoniam ridicula est, et mimo dignior quam schola fuit, ne refelli quidem serio debuit: quod qui facit, videtur vereri ne quis id credat. Praetereunda sunt igitur nobis ea, quae pro falso contra falsum disserebantur: satis est ea refutasse quae contra verum disputata sunt.

XII. 1 Répondons maintenant aux arguments que proposent ceux qui soutiennent un sentiment contraire, et que Lucrèce a rapportés dans son troisième livre :

Puisque l'âme, dit-il, naît avec le corps, il faut nécessairement qu'elle meure avec toi.

Il y a grande différence entre l'une et l'autre. Le corps est solide, visible et palpable; l'âme est subtile et imperceptible aux sens : le corps est formé de terre ; l'âme n'a rien de la grossièreté ni de la pesanteur de la terre, comme Platon le reconnaît; car si elle ne tirait son origine du ciel, elle ne pourrait avoir autant de promptitude, d'adresse et de force qu'elle en a. Le corps est visible et palpable, sujet à la corruption et à la mort, parce qu'il est formé d'un élément pesant et corruptible. Mais l'âme est immortelle, parce qu'elle est subtile et imperceptible à l'attouchement; elle est hors des atteintes et de toute violence étrangère. Il est vrai que le corps et l'âme naissent ensemble, et que le corps, qui est fait de terre, est comme un vase qui reçoit l'âme. Lorsque ces deux parties souffrent la séparation à laquelle on a donné le nom de mort, chacune d'elles retourne à sa nature ; le corps retourne à la terre d'où il a été tiré, et l'âme, qui a été créée par l'esprit de Dieu, demeure immortelle, parce que l'esprit de Dieu est éternel, Enfin, ce poète ayant oublié ce qu'il avait avancé, de la doctrine qu'il avait entrepris de soutenir, ajoute ce qui suit :

Ce qui a été tiré de la terre retourne à la terre; ce qui est descendu du ciel remonte au ciel.

Il est certain que ce discours ne convient pas à une personne qui est persuadée que l'âme meurt avec le corps; mais Lucrèce a été vaincu par la force de la vérité, et il l'a laissé échapper de sa plume.

La conclusion qu'il tire de ce que l'âme naît avec le corps, « qu'elle meurt aussi avec lui, » est fausse et peut-être tournée contre lui-même. Il est faux que le corps périsse lorsqu'il est séparé de l'âme ; il demeure entier plusieurs jours, et se conserve même très longtemps quand il a été embaumé. S'ils mouraient ensemble, comme ils naissent ensemble, l'âme ne se retirerait pas et n'abandonnerait pas le corps comme elle le fait, mais ils périraient tous deux au même moment, et le corps se dissoudrait avec la même vitesse avec laquelle l'âme disparaît ; ou dès que le corps serait dissous, l'âme se dissiperait de la même sorte qu'une liqueur se dissipe dès que le vase qui l'a contenue est rompu. Mais puisque le corps, qui est si fragile, ne se dissout pas aussitôt que l'âme en est séparée, et ne retourne pas à la terre d'où il est sorti, il faut conclure que l'âme, n'ayant rien de fragile, retourne au ciel comme au lieu de son origine et y vit éternellement.

L'accroissement, dit-il, que les sens prennent dans les enfants, la vigueur qu'ils ont dans les jeunes gens, et la diminution qu'ils souffrent dans les vieillards, est mie preuve évidente que l'âme est mortelle.

Pour répondre à cette objection Je dirai d'abord qu'il y a de la différence entre l'esprit qui est la source de nos pensées, et l’âme qui est le principe de notre vie. Le sommeil qui assoupit l'esprit, n'assoupit pas l'âme. La folie qui ôte l'usage de la raison ne prive pas de la vie, et c'est pour cela que l'on appelle insensés ceux qu'elle attaque, et que l'on ne les appelle pas morts. Il est donc vrai que l'esprit, ou la force d'entendre et de concevoir, croit ou diminue selon les divers âges ; mais il n'est pas vrai que l'âme croisse ou diminue; au contraire, elle est toujours au même état depuis le moment auquel elle a été créée, jusqu'à celui auquel elle est délivrée de la prison du corps, et auquel elle retourne au lieu de son origine Quoique cette âme ait été créée de Dieu, néanmoins parce qu'elle est enfermée dans le corps comme dans une obscure prison, elle n'a pas au commencement la science qui est quelque chose de divin, mais elle l'acquiert en écoutant et en apprenant, et bien loin de la perdre dans un âge avancé, elle l'augmente et la conserve, lors surtout qu'elle s'y est adonnée de bonne heure et qu'elle n'a pas mal employé les premières années de sa vie. Quand une extrême faiblesse vient affaiblir les organes, que les yeux s'obscurcissent, que la langue s'appesantit, que les oreilles s'endurcissent, ce sont des défauts, non de l'âme, mais du corps. La mémoire, dit-on, diminue aussi dans la vieillesse. Faut-il s'en étonner ? Quel sujet y a-t-il de trouver étrange que l'âme soit accablée sous les matériaux de la maison qui tombe en ruines, puisqu'elle ne peut devenir céleste et divine qu'en sortant de sa prison, où elle est retenue comme captive ?

Mais elle est sujette à la douleur et à la tristesse, et elle perd la raison par l'excès du vin, ce qui fait voir qu'elle est fragile et mortelle. Cela fait plutôt voir qu'elle a besoin de sagesse et de vertu pour dissiper la tristesse qu’elle sent, quand elle voit ou qu'elle souffre quelque indignité, et pour surmonter par l'abstinence le plaisir de boire et de jouir des autres objets qui flattent les sens, que si cette vertu lui manque, et qu'elle s'abandonne à la volupté, elle s'amollira par la jouissance des plaisirs, et deviendra sujette à la mort, parce que la vertu promet l'immortalité, au lieu que le plaisir cause la mort, comme nous l'avons déjà remarqué. La mort que souffre l'âme ne la détruit pas entièrement; elle ne fait que la tourmenter par un supplice éternel ; car l'âme étant sortie de Dieu, qui est éternel, elle ne peut être réduite au néant.

Mais l'âme, dit Lucrèce, participe aux maladies du corps; elle l'oublie en quelque sorte elle-même: elle languit, et puis elle reprend sa vigueur ordinaire.

C'est pour cela que la vertu est si nécessaire, parce qu'elle empêche l'âme de succomber sous la douleur qui accable le corps, et qu'elle ne s'oublie et ne se perde elle-même, comme l'esprit se perd quelquefois ; car comme l'esprit réside dans une certaine partie du corps, lorsque cette partie est blessée, l'esprit s'en retire et n'y retourne qu'après qu'elle a été guérie. Quand l'âme manque de venu, elle participé aux maladies du corps, auquel elle est unie, et se ressent de ses faiblesses et des misères; mais dès qu'elle est séparée du corps, elle est exempte des défauts qu'il lui avait communiqués, et jouit de la rigueur qui lui est propre.

Comme l'œil, dit ce poète, ne saurait voir quand il est arraché de sa place, ainsi l’âme ne saurait sentir quand elle est séparée du corps; ce qui donne sujet de croire qu'elle n'en est qu'une partie.

La comparaison n'est pas juste, ni l'induction que l'on en tire véritable. Bien que l'âme soit dans le corps, elle n'en est pas pour cela une partie, de même que les liqueurs ne sont pas une partie du vase où elles sont renfermées, ni les hommes une partie de la maison où ils logent.

Il emploie un argument beaucoup plus faible que ceux dont je viens de parler, quand il prétend prouver que l'âme est mortelle, parce qu'au lieu de se séparer tout d'un coup du corps, elle ne s'en détache que peu à peu, en commençant par les parties inférieures à mesure que la chaleur les abandonne. Quand quelqu'un meurt par le fer, son âme sort en un instant de son corps ; mais quand quelqu'un est consumé de maladie, son âme ne sort que peu à peu, et à mesure que le sang se dissipe et qu'il est épuisé par l'ardeur de la fièvre, comme l'huile d'une lampe s'use par le feu. Il ne faut pas s'imaginer que l'âme perde le sentiment de la même sorte que le corps le perd. Quand l’âme se retire, te corps se corrompt. Mais quand le corps commence à se corrompre, l'âme n'en souffre rien, et elle emporte avec elle le sentiment. Elle ne peut cesser de vivre et de sentir quand elle est séparée du corps, puisque c'était elle qui le faisait sentir et vivre. Quant à ce que Lucrèce dit, que :

Si l'âme était immortelle ou ne verrait jamais personne qui, en mourant, se plaignit de sa dissolution ; mais au contraire ceux qui meurent se réjouiraient de retrouver la liberté et de quitter leur corps, de la même sorte que les serpents se réjouissent de quitter leur peau.

Je n'ai jamais vu personne qui, en mourant, se plaignit de la dissolution de son corps. Peut-être que Lucrèce avait vu quelque épicurien qui en mourant discourait sur ce sujet.

Comment peut-on savoir si une personne en mourant sent la dissolution de son corps, ou si elle sent la séparation de son corps et de son âme, puisqu'il n'y a personne qui, en ce moment-là, ne soit réduit au silence? Pendant que l'on conserve le sentiment et l'usage de la parole, la dissolution n'est pas encore faite; dès qu'elle est faite, on n’a plus de parole pour s'en plaindre. Peut-être que l'on dira que la dissolution ne se fait point sentir avant qu'elle arrive. Mais que répondra-t-on à ce que l'on voit plusieurs personnes qui, bien loin de se plaindre en mourant de cette dissolution, témoignent par leurs gestes, ou déclarent même de vive voix, qu'elles sont bien aises de sortir de leur prison, ou du lieu de leur exil, pour retourner dans leur patrie. Ainsi, c'est plutôt une séparation à laquelle l'âme survit, qu'une dissolution qui l'anéantisse. Les autres arguments de ce poète épicurien sont contraires à l'opinion où a été Pythagore : que les âmes sortent des corps consumés par la vieillesse et les maladies, pour se joindre à de nouveaux, et pour renaître tantôt dans un homme, tantôt dans une bête, et tantôt dans un oiseau, et que c'est par ce changement qu'elles se rendent en quelque sorte immortelles. Cette imagination ridicule, et plus digne du théâtre que de l'école, ne mérite pas d'être réfutée sérieusement, parce qu'il semblerait que celui qui entreprendrait de la réfuter aurait appréhendé qu'elle ne trouvât créance dans quelques esprits. Je mécontenterai donc d'avoir détruit ce que l'on oppose à la vérité, sans me mettre en peine de détruire ce que l'on oppose à l'erreur.

XIII 1 Declaravi, ut opinor, animam non esse solubilem. Superest citare testes, quorum auctoritate argumenta firmentur. Neque nunc Prophetas in testimonium vocabo, quorum ratio et divinatio in hoc solo posita est, ut ad cultum Dei, et ad immortalitatem ab eo accipiendam creari hominem doceant: sed eos potius, quibus istos, qui respuunt veritatem, credere sit necesse. Hermes naturam hominis describens, ut doceret quemadmodum esset a Deo factus, haec intulit: καὶ τὸ αὐτό ἐξ ἀμφοτέρων φύσεων τῆς τε ἀθανάτου καὶ τῆς θνητῆς μίαν ἐποίει φύσιν ἀνθρώπου, τὸν αὐτὸν τῇ μὲν ἀθάνατον πῇ δὲ θνητὸν ποιήσας, καὶ τοῦτον φέρων ἐν μέσῳ θείας και ἀθανάτου φύσεως, καὶ τῆς θνητῆς, καὶ μεταβλητοῦ κατεστήσατο, ἵνα ὁρῶν ἅπαντα, ἅπαντα καὶ θαυμάσῃ. Sed hunc fortasse aliquis in numero philosophorum computet, quamvis in deos relatus Mercurii nomine ab Aegyptiis honoretur, nec plus ei auctoritatis tribuat, quam Platoni, aut Pythagorae. Maius igitur testimonium requiramus. Polites quidam consuluit Appollinem Milesium, utrumne maneat anima post mortem, an dissolvatur; et respondit his versibus:

2 Quid carmina Sibyllina? Nonne hoc ita esse declarant, cum fore aliquando denuntiant, ut a Deo de vivis ac mortuis iudicetur? quorum exempla paulo post inferemus. Falsa est ergo Democriti, et Epicuri, et Dicaearchi de animae dissolutione sententia: qui profecto non auderent de interitu animarum mago aliquo praesente disserere, qui sciret certis carminibus ciere ab inferis animas, et adesse, et praebere se humanis oculis videndas, et loqui, et futura praedicere; et si auderent, re ipsa et documentis praesentibus vincerentur. Sed quia non pervidebant animae rationem, quae tam subtilis est, ut oculos humanae mentis effugiat, interire dixerunt. Quid Aristoxenus, qui negavit omnino ullam esse animam, etiam cum vivit in corpore? sed sicut in fidibus ex intentione nervorum effici concordem sonum, atque cantum, quem musici harmoniam vocant: ita in corporibus ex compage viscerum ac vigore membrorum vim sentiendi existere; quo nihil dici delirius potest. Verum ille oculos quidem habuit incolumes, cor tamen caecum, quo vivere se, et habere mentem qua id ipsum cogitaverat, non videbat. Sed plerisque hoc philosophis accidit, ut putarent omnino non esse, quidquid oculis non apparet, cum mentis acies multo clarior debeat esse quam corporis, ad ea perspicienda, quorum vis ac ratio sentitur potius quam videtur.

XIII. 1 J'ai fait voir, si je ne me trompe, que l'âme n'est sujette à aucune dissolution. Il ne me reste plus rien à faire, si ce n'est de confirmer par autorité les raisons que j'en ai rapportées. Je n'emploierai point maintenant pour cet effet le témoignage des prophètes, dont tous les discours tendent à faire voir que l'homme est né pour servir Dieu, et pour mériter l'immortalité en le servant ; mais je produirai des auteurs que ceux qui rejettent la vérité n'oseraient récuser. Mercure Trismégiste, devinant la nature de l'homme, dit : « que Dieu le fit en partie mortel et en partie immortel, et qu'il le mit comme entre l'essence éternelle et immuable, et les essences sujettes au temps et au changement, afin qu'il pût tout voir et tout admirer. » Mais parce que quelqu'un le mettra peut-être au nombre des philosophes, bien qu'il ail été mis au nombre des dieux, et qu'il soit honoré comme tel par les Égyptiens, et qu'il prétendra que son autorité n'est pas plus grande que celle de Platon ou de Pythagore, j'apporterai un témoignage plus considérable. Un habitant de Polis, ayant consulté Apollon de Milet et lui ayant demandé si l'âme survivait au corps, ou si elle finissait avec lui, il répondit en ces termes :

Pendant que l'âme est enfermée dans le corps, elle est sujette aux maladies et à la mort ; mais dès qu'elle en est délivrée et qu'elle est montée au ciel, elle est exempte du la douleur et de toutes les incommodités de la terre.

2 Que dirons-nous des vers des sibylles? Ne publient-elles pas hautement la vérité que nous soutenons, quand elles déclarent que Dieu jugera les vivants et les morts. Ainsi, Démocrite, Épicure et Dicéarque se trompent, quand ils assurent que l'âme est mortelle. Ils n'oseraient parler de la sorte en présence d'un magicien qui saurait l'art de tirer les âmes de l'enfer, de les rendre visibles, et de leur faire prédire l'avenir; et s'ils l'osaient, ils seraient convaincus de la fausseté de leurs sentiments par des effets trop sensibles. Mais parce qu'ils n'ont pu découvrir la nature de l'âme, qui est en effet si subtile qu'elle échappe aux plus pénétrants, ils ont eu la témérité d'avancer qu'elle est sujette à la mort. Quel jugement ferons-nous d'Aristoxène, qui a nié que le corps eût une âme lors même qu'il est plein dévie, et qui a soutenu que ce que nous appelons âme, n'est autre chose que la puissance de sentir, qui dépend de la vigueur du corps et de la disposition des organes, de la même sorte que l'harmonie dépend des cordes et de la disposition d'un instru-ment de musique, ce qui est la chose la plus extravagante qu'on puisse jamais avancer. Ce philosophe avait de bons yeux à la tête, et n'en avait point à l'esprit, puisqu'il ne voyait pas qu'il avait une âme. Mais il y a eu des philosophes qui ont vu qu'il n'y a rien au monde que ce que les yeux y peuvent voir, bien que les yeux de l'esprit soient beaucoup plus perçants que ceux du corps pour découvrir des objets qui se font bien sentir, quoiqu'ils ne se laissent point voir.

XIV 1 Quoniam de immortalitate diximus animae, sequitur ut doceamus quatenus homini et quando tribuatur, ut in hoc quoque pravitatis ac stultitiae suae perspiciant errores, qui mortales quosdam decretis placitisque mortalium deos esse factos opinantur, vel quod artes invenerant, vel quod usum quarumdam frugum docuerant, vel quod utilia vitae hominum prodiderant, vel quod immanes bestias interemerant. Quae merita quam longe ab immortalitate semota sint, et docuimus in prioribus libris, et nunc docebimus; ut appareat solam esse iustitiam, quae vitam homini pariat aeternam, et solum Deum, qui aeternae vitae praemium largiatur. Nam illi, qui suis meritis immortales facti esse dicuntur, quia nec iustitia, nec ulla in his vera virtus fuit, non immortalitatem sibi, sed mortem peccatis ac libidinibus quaesierunt; nec coeleste praemium, sed inferna supplicia meruerunt, quae pendent simul cum iis omnibus, qui eos coluerunt. Cuius iudicii propinquare tempus ostendam, ut et iustis merces digna solvatur, et poena merita impiis irrogetur.

2 Plato et multi alii philosophorum, cum ignorarent originem rerum, supremumque illud tempus quo mundus esset effectus, multa millia saeculorum fluxisse dixerunt ex quo hic pulcherrimus mundi extiterit ornatus: secuti fortasse Chaldaeos, qui (ut Cicero tradidit in libro de Divinatione primo) quadringenta septuaginta millia annorum monimentis comprehensa se habere delirant: in quo quia se posse argui non putabant, liberum sibi crediderunt esse mentiri. Nos autem, quos divinae litterae ad scientiam veritatis erudiunt, principium mundi finemque cognovimus, de quo nunc in fine operis disseremus; quoniam de principio in secundo libro explicavimus. Sciant igitur philosophi, qui ab exordio mundi saeculorum millia enumerant, nondum sextum millesimum annum esse conclusum: quo numero expleto, consummationem fieri necesse est, et humanarum rerum statum in melius reformari; cuius rei argumentum prius enarrandum est, quo ratio eluceat. Mundum Deus, et hoc rerum naturae admirabile opus (sicut arcanis sacrae Scripturae continetur) sex dierum spatio consummavit; diemque septimum, quo ab operibus suis requieverat, sanxit. Hic est autem dies Sabbati, qui lingua Hebraeorum a numero nomen accepit, unde septenarius numerus legitimus ac plenus est. Nam et dies septem sunt, quibus per vicem revolutis orbes conficiuntur annorum; et septem stellae, quae non occidunt; et septem sidera quae vocantur errantia, quorum dispares cursus, et inaequabiles motus, rerum ac temporum varietates efficere creduntur.

3 Ergo quoniam sex diebus cuncta Dei opera perfecta sunt, per saecula sex, id est annorum sex millia, manere hoc statu mundum necesse est. Dies enim magnus Dei mille annorum circulo terminatur, sicut indicat propheta qui dicit: Ante oculos tuos, Domine, mille anni tanquam dies unus. Et sicut Deus sex illos dies in tantis rebus fabricandis laboravit: ita et religio, et veritas in his sex millibus annorum laboret necesse est, malitia praevalente ac dominante. Et rursus, quoniam perfectis operibus requievit die septimo, eumque benedixit, necesse est, ut in fine sexti millesimi anni malitia omnis aboleatur e terra, et regnet per annos mille iustitia; sitque tranquillitas, et requies a laboribus, quos mundus iamdiu perfert. Verum quatenus id eveniat, ordine suo explicabo. Saepe diximus, minora et exigua magnorum figuras et praemonstrationes esse; ut hunc diem nostrum, qui ortu solis occasuque finitur, diei magni speciem gerere, quem circuitus annorum mille determinat.

4 Eodem modo etiam figuratio terreni hominis coelestis populi praeferebat in posterum fictionem. Nam sicut perfectis omnibus, quae in usum hominis molitus est Deus, ipsum hominem sexto die ultimum fecit, eumque induxit in hunc mundum, tanquam in domum iam diligenter instructam: ita nunc sexto die magno verus homo verbo Dei fingitur; id est, sanctus populus doctrina et praeceptis Dei ad iustitiam figuratur. Et sicut tunc mortalis, atque imperfectus e terra fictus est, ut mille annis in hoc mundo viveret: ita nunc ex hoc terrestri saeculo perfectus homo fingitur; ut vivificatus a Deo, in hoc eodem mundo per annos mille dominetur. Quomodo autem consummatio futura sit, et qualis exitus humanis rebus impendeat, si quis divinas litteras fuerit scrutatus, inveniet. Sed et saecularium prophetarum congruentes cum coelestibus voces, finem rerum et occasum post breve tempus annuntiant, describentes quasi fatigati et delabentis mundi ultimam senectutem. Quae vero a prophetis et vatibus futura esse dicantur, priusquam superveniat extrema illa conclusio, collecta ex omnibus et coacervata subnectam.

XIV. 1 Après avoir établi l'immortalité de l'âme, je crois devoir faire voir de quelle manière et en quel temps elle la reçoit, afin que ceux qui s'imaginent qu'elle a été donnée à des hommes par la volonté d'autres hommes, en reconnaissance de ce qu'ils auraient inventé l'art de cultiver la terre, ou quelque autre art utile à la société, ou de ce qu'ils auraient tué des bêtes farouches, reconnaissent l'extravagance, l'aveuglement et la corruption de leur erreur. J'ai déjà montré dans les livres précédons combien la récompense que ces services méritent est au-dessous de l'immortalité, et je le montrerai encore dans ceux ci, afin que tout le monde reconnaisse que la vie éternelle n'est due qu'à la vertu, et qu'il n'y a que Dieu qui la donne. Ceux que l'on se persuade avoir été mis au nombre des dieux. n'avaient garde de la mériter, puisqu'ils n'avaient point de vertu véritable, et que, bien loin de faire de belles actions qui les aient rendus dignes d'aucune récompense, ils ont commis des crimes horribles qui les ont rendus dignes d'un éternel supplice, qu'ils souffrent avec ceux-là même par lesquels ils ont été adorés comme des dieux. Je parlerai ici de ce jugement où la vertu doit être récompensée et le crime châtié.

2 Platon, et plusieurs autres philosophes, ayant ignoré le temps de la création de l'univers, se sont imaginés que plusieurs millions d'années s'étaient écoulées depuis son commencement jusqu'à leur siècle. Les Chaldéens ont fait à peu près la même chose ; car, comme Cicéron le témoigne dans le premier livre de la Divination, ils assurent qu'ils ont dans leurs archives une histoire de quatre mille soixante-dix années, en quoi ils ont menti d'autant plus hardiment qu'ils étaient persuadés qu'on ne pouvait les convaincre de mensonge. Mais nous qui avons puisé la vérité dans la source de l'Écriture, nous savons quel a été le commencement du monde et quelle en sera la fin. Je décrirai celle-ci dans le reste de cet ouvrage, parce que j'ai traité de l'autre assez au long dans le second livre. Que les philosophes qui comptent plusieurs millions d'années depuis le commencement du monde, sachent qu'il n'y en a pas encore six mille, et que dès que ces six mille seront écoulées, l'univers finira et l'état des choses changera de face. Pour donner quelque jour à ce sujet, il est nécessaire de le reprendre de plus haut. Dieu a achevé en six jours ce merveilleux ouvrage de l'univers, comme l'Écriture le témoigne, et s'étant reposé le septième, il l'a sanctifié, et c'est ce jour que les Juifs appellent le jour du sabbat, qui signifie le nombre de sept, qui est un nombre plein. Il y a sept jours dont la révolution continuelle forme le cours des années; il y a sept étoiles qui ne se couchent jamais; il y a sept planètes qui forment toutes les saisons par l'égalité de leur mouvement. Or, comme tous ces ouvrages de Dieu ont été achevés en six jours, il faut nécessairement qu'ils durent six siècles ou six mille ans. Le grand jour est de mille ans, selon les paroles du prophète: « Seigneur, mille ans ne sont devant vous que comme un jour. »

3 Comme Dieu a travaillé six jours pour achever tout cet ouvrage, ainsi la religion et la vérité travailleront six mille ans pendant lesquels l'injustice régnera ; et comme il s'est reposé le septième jour et qu'il l'a béni, il faudra qu'à la fin des six mille ans l'injustice soit abolie, que la justice règne mille ans sur la terre, et que l'univers jouisse d'une parfaite tranquillité. J'expliquerai en détail, et par ordre, la manière dont cela doit arriver. J'ai déjà dit plus d'une fois que les moindres choses sont souvent des figures et des images des plus grandes. Notre jour ordinaire, qui est terminé par le lever et par le coucher du soleil, est une figure et une image du grand jour qui est renfermé dans le cercle des six mille ans.-

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