Divinae institutiones (Institutions divines) (page 44)
La formation de l'homme terrestre est aussi une figure et une image de la formation de l'homme céleste. Comme Dieu, après avoir créé toutes les choses qui étaient nécessaires pour l'usage de l'homme, l'a fait le dernier, le sixième jour, et l'a placé dans le monde comme dans un palais bien meublé ; ainsi le Verbe formera un saint peuple par ses principes et par sa doctrine, au grand jour qui sera le dernier des six mille ans ; et comme Dieu n'a fait au commencement du monde qu'un homme mortel et imparfait, afin qu'il vécût mille ans sur la terre, ainsi il fera à la fin un homme parfait, afin qu'ayant une nouvelle vie, il règne sur la même terre durant mille ans. Quiconque lira avec soin les livres sacrés, y apprendra de quelle manière arrivera la fin du monde. Les hommes du siècle qui se sont mêlés de prédire l'avenir, se sont accordés avec les prophètes juifs dans les descriptions qu'ils ont faites de la décadence et de la vieillesse, qui doit prendre dans peu de temps le débris de l'univers. Je recueillerai tout ce que les peuples ont dit des circonstances qui arriveront avant la ruine du monde.
XV 1 Est in arcanis sanctarum litterarum, transcendisse in Aegyptum cogente inopia rei frumentariae principem Hebraeorum cum omni domo et cognatione. Cuius posteri cum diutius in Aegypto commorantes in magnam gentem crevissent, et gravi atque intolerando servitutis iugo premerentur, percussit Aegyptum Deus insanabili plaga, et populum suum liberavit, traductum medio mari cum discissis fluctibus, et in utramque partem dimotis, ut per siccum populus graderetur. Conatusque rex Aegyptiorum profugos insequi, coeunte in statum suum pelago, cum omnibus copiis interceptus est. Quod facinus tam clarum tamque mirabile, quamvis ad praesens virtutem Dei hominibus ostenderet, tamen praesignificatio et figura maioris rei fuit, quam Deus idem in extrema temporum consummatione facturus est; liberavit enim plebem suam de gravi servitute mundi. Sed quoniam tunc una plebs Dei, et apud unam gentem fuit, Aegyptus sola percussa est. Nunc autem, quia Dei populus ex omnibus linguis congregatus apud omnes gentes commoratur, et ab his dominantibus premitur; necesse est universas nationes, id est orbem totum, coelestibus plagis verberari, ut iustus et cultor Dei populus liberetur. Et sicut tunc signa facta sunt, quibus futura clades Aegyptiis ostenderetur, ita in ultimo fient prodigia miranda per omnia elementa mundi, quibus imminens exitus universis gentibus intelligatur.
2 Propinquante igitur huius saeculi termino, humanarum rerum statum commutari necesse est, et in deterius nequitia invalescente prolabi; ut iam nostra haec tempora, quibus iniquitas et malitia usque ad summum gradum crevit, in illius tamen insanabilis mali comparatione, felicia et prope aurea possint iudicari. Ita etenim iustitia rarescet, ita impietas, et avaritia, et cupiditas, et libido crebrescent, ut si qui tum forte fuerint boni, praedae sint sceleratis, ac divexentur undique ab iniustis; soli autem mali opulenti sint: boni vero in omnibus contumeliis atque in egestate iactentur. Confundetur omne ius, et leges interibunt. Nihil quisquam tunc habebit, nisi aut male quaesitum, aut defensum manu: audacia et vis omnia possidebunt. Non fides in hominibus, non pax, non humanitas, non pudor, non veritas erit; atque ita neque securitas, neque regimen, neque requies a malis ulla. Omnis enim terra tumultuabitur: frement ubique bella: omnes gentes in armis erunt, et se invicem oppugnabunt. Civitates inter se finitimae praeliabuntur; et prima omnium Aegyptus stultarum superstitionum luet poenas, et sanguine velut flumine operietur. Tunc peragrabit gladius orbem, metens omnia, et tanquam messem cuncta prosternens. Cuius vastitatis et confusionis haec erit causa, quod Romanum nomen, quo nunc regitur orbis (horret animus dicere: sed dicam, quia futurum est) tolletur de terra, et imperium in Asiam revertetur, ac rursus Oriens dominabitur, atque Occidens serviet. Nec mirum cuiquam debet videri, si regnum tanta mole fundatum, ac tandiu per tot et tales viros auctum, tantis denique opibus confirmatum, aliquando tamen corruet. Nihil est enim humanis viribus laboratum, quod non humanis aeque viribus destrui possit, quoniam mortalia sunt opera mortalium. Sic et alia prius regna, cum diutius floruissent, nihilominus tamen occiderunt. Nam et Aegyptios, et Persas, et Graecos, et Assyrios proditum est regimen habuisse terrarum; quibus omnibus destructis, ad Romanos quoque rerum summa pervenit. Qui quanto caeteris omnibus regnis magnitudine antestant, tanto maiore decident lapsu, quia plus habent ponderis ad ruinam, quae sunt caeteris altiora.
3 Non inscite Seneca Romanae urbis tempora distribuit in aetates. Primam enim dixit infantiam sub rege Romulo fuisse, a quo et genita, et quasi educata sit Roma; deinde pueritiam sub caeteris regibus, a quibus et aucta sit, et disciplinis pluribus institutisque formata: at vero Tarquinio regnante, cum iam quasi adulta esse coepisset, servitium non tulisse, et reiecto superbae dominationis iugo, maluisse legibus obtemperare quam regibus; cumque esset adolescentia eius fine Punici belli terminata, tum denique confirmatis viribus coepisse iuvenescere. Sublata enim Carthagine, quae tamdiu aemula imperii fuit, manus suas in totum orbem terra marique porrexit; donec regibus cunctis et nationibus Imperio subiugatis, cum iam bellorum materia deficeret, viribus suis male uteretur, quibus se ipsa confecit. Haec fuit prima eius senectus, cum bellis lacerata civilibus, atque intestino malo pressa, rursus ad regimen singularis imperii recidit, quasi ad alteram infantiam revoluta. Amissa enim libertate, quam Bruto duce et auctore defenderat, ita consenuit, tanquam sustentare se ipsa non valeret, nisi adminiculo regentium niteretur. Quod si haec ita sunt, quid restat, nisi ut sequatur interitus senectutem? Et id futurum brevi conciones prophetarum denuntiant sub ambage aliorum nominum, ne facile quis intelligat. Sibyllae tamen aperte interituram esse Romam loquuntur, et quidem iudicio Dei, quod nomen eius habuerit invisum, et inimica iustitiae, alumnum veritatis populum trucidarit. Hystaspes quoque, qui fuit Medorum rex antiquissimus, a quo amnis quoque nomen accepit qui nunc Hydaspes dicitur, admirabile somnium sub interpretatione vaticinantis pueri ad memoriam posteris tradidit, sublatum iri ex orbe imperium nomenque Romanum multo ante praefatus est, quam illa Troiana gens conderetur.
XV. 1 Il est rapporté dans l'histoire sainte que le premier de la nation des Juifs fut obligé, par une stérilité, une disette de blé, de se réfugier en Egypte avec sa famille et sa parenté. Ses descendants s'y étant fort multipliés par la suite des temps, ils y furent réduits sous le joug pesant d'une servitude insupportable, en haine de quoi Dieu frappa l'Egypte d'une plaie incurable, délivra son peuple, et sépara les eaux de la mer pour lui ouvrir un passage au milieu de cet élément. Le roi d'Egypte ayant entrepris de les poursuivre, fut enseveli sous les flots qui reprirent leur place naturelle. Bien qu'un si rare événement fût une éclatante preuve de la puissance que Dieu employait contre les ennemis de son peuple, il ne laissait pas d'être le signe et la figure d'un miracle plus surprenant, qu'il accomplira à la fin des siècles lorsqu'il délivrera ses élus de la servitude du monde. L'Egypte fut seule frappée en ce temps-là, parce qu'il n'y avait qu'un peuple de Dieu dans les fers de cette nation. Mais comme à la fin du monde le peuple de Dieu sera répandu sur toutes les parties de la terre, et qu'il n'y en aura aucune où il ne gémisse sous l'oppression, il n'y en aura aussi aucune qui ne sente les coups par laquelle la justice divine leur rendra la liberté. Comme la désolation de l'Egypte fut alors prédite par des présages extraordinaires, la ruine du monde sera marquée par des signes prodigieux qui paraîtront dans tous les éléments.
2 Lorsque la fin de l'univers approchera, la face des choses sera tellement défigurée, et leur état tombera, par le prodigieux accroissement de la malice dans une telle extrémité de débordements et d'excès, que notre temps, qui semble être monté au plus haut point de la malice, peut passer en comparaison de celui-là pour un temps fort doux et pour un siècle d'or. L'honneur et la vertu seront si rares, le crime, l'impiété, l'avarice, l'intempérance si communs, que le peu qui restera de gens de bien seront la proie des médians, exposés aux plus cruelles persécutions, accablés d'outrages, et que les médians seront dans l'abondance de toute sorte de biens. Les lois seront universellement violées. Nul ne possédera que ce qu'il aura usurpé ou conservé par la violence. Il n'y aura plus parmi les hommes ni bonne foi, ni humanité, ni sincérité, ni honneur, ni paix ; et par une suite nécessaire, il n'y aura ni sûreté, ni police, ni repos. Toute la terre sera remplie de tumulte ; tous les pays seront ébranlés par le bruit des armes; toutes les nations seront aux mains les unes contre les autres. Les villes voisines se feront la guerre, et l'Egypte sera inondée comme d'un fleuve de sang, et portera la première le juste châtiment de ses extravagantes superstitions. La désolation fera le tour du monde et abattra tout, comme les blés au temps de la moisson. La cause de cette désolation sera que l'empire romain qui s'étend maintenant sur toute la terre, que cet empire si puissant (je ne le saurais dire sans horreur, mais je le dirai pourtant puisque cela doit arriver), sera détruit, que l'Occident sera réduit à la servitude et que l'Orient aura l'autorité de commander. Il ne faut pas s'étonner qu'un État qui paraît si solidement établi, qui a été élevé à un si haut point de grandeur pendant une longue suite d'années et par les exploits héroïques de tant d'illustres personnages et qu'ils ont soutenu par de si immenses richesses, ne tombe enfin en ruine. Ce qui peut être élevé par la puissance des hommes, peut être détruit par la même puissance. Ils ne peuvent rien faire qui ne soit sujet au temps et à la destruction, puisqu'ils y sont sujets eux-mêmes. Les autres empires qui avaient subsisté plus longtemps ont enfin été détruits. Les Égyptiens, les Perses, les Grecs et les Assyriens ont autrefois étendu leur domination sur l'univers, et leur puissance s'étant évanouie, les Romains sont enfin devenus maîtres du monde. Mais plus leur élévation a été prodigieuse, plus leur chute sera funeste.
Sénèque a donné élégamment des âges à la ville de Rome ; il a dit quelle avait été comme dans l'enfance sous le règne de Romulus, son fondateur; dans la jeunesse sous les autres rois, qui ont pris le soin de l'agrandir et de l'instruire ; qu'étant presque parvenue à un âge parfait sous Tarquin, elle avait secoué le joug de son insolente domination et avait mieux aimé être gouvernée par la sage disposition des lois que par la volonté des princes. Il ajoute que cette ville s'étant trouvée comme à la fin de sa jeunesse avant la guerre d'Afrique, elle avait augmenté en force, et qu'ayant ruiné Carthage qui lui avait disputé si longtemps l'empire, elle avait étendu ses bras de tous côtés sur mer et sur terre, jusqu'à ce qu'ayant dompté tous les rois et subjugué tous les peuples, et comme épuisé, par leur défaite, la matière de ses conquêtes, elle avait tourné ses armes contre elle-même. Le temps de la guerre civile, auquel elle a déchiré ses propres entrailles, a été comme le commencement de sa vieillesse, d'où elle est retombée dans le gouvernement monarchique comme dans une seconde enfance ; car ayant alors perdu la liberté qu'elle avait autrefois acquise par les conseils et par le courage de ces vertus, elle tomba dans une si pitoyable faiblesse, qu’il semblait qu'elle ne se pouvait plus conduire que par le secours des empereurs. Tout ce discours étant véritable, de quoi la vieillesse peut-elle être suivie, si ce n'est de la mort? Et cette mort doit bientôt arriver, selon que les prophètes l'ont prédit, en termes obscurs et embarrassés pour n'être pas entendus. Les sibylles déclarent ouvertement que Rome périra par un juste effet de la colère de Dieu, dont elle a haï le nom et persécuté les serviteurs. Hidaspe, ancien roi des Mèdes, qui a donné son nom à un fleuve, qui le retient encore aujourd'hui, a prédit, avant la fondation de Troie, sous le nom d'un jeune enfant, que le nom et l'empire des Romains seraient détruits
XVI 1 Quomodo autem id futurum sit, ne quis incredibile arbirtretur, ostendam. In primis multiplicabitur regnum, et summa rerum potestas per plurimos dissipata et concisa minuetur. Tunc discordiae civiles in perpetuum serentur; nec ulla requies bellis exitialibus erit, donec reges decem pariter existant, qui orbem terrae, non ad regendum, sed ad consumendum partiantur. Hi, exercitibus in immensum auctis, et agrorum cultibus destitutis, quod est principium eversionis et cladis, disperdent omnia, et comminuent, et vorabunt. Tum repente adversus eos hostis potentissimus ab extremis finibus plagae septentrionalis orietur, qui tribus ex eo numero deletis, qui tunc Asiam obtinebunt, assumetur in societatem a caeteris, ac princeps omnium constituetur. Hic insustentabili dominatione vexabit orbem: divina et humana miscebit; infanda dictu et execrabilia molietur; nova consilia in pectore suo volutabit, ut proprium sibi constituat imperium, leges commutet, et suas sanciat; contaminabit, diripiet, spoliabit, occidet. Denique immutato nomine, atque imperii, sede translata, confusio ac perturbatio humani generis consequetur. Tum vero detestabile atque abominandum tempus existet, quo nulli hominum sit vita iucunda.
2 Evertentur funditus civitates, atque interibunt, non modo ferro atque igni, verum etiam terrae motibus assiduis, et eluvie aquarum, et morbis frequentibus, et fame crebra. Aer enim vitiabitur, et corruptus ac pestilens fiet, modo importunis imbribus, modo inutili siccitate, nunc frigoribus, nunc aestibus nimiis; nec terra homini dabit fructum: non seges quidquam, non arbor, non vitis feret. Sed cum in flore spem maximam dederint, in fruge decipient. Fontes quoque cum fluminibus arescent, ut ne potus quidem suppetat; et aquae in sanguinem aut amaritudinem mutabuntur. Propter haec deficient et in terra quadrupedes, et in aere volucres, et in mari pisces. Prodigia quoque in coelo mirabilia mentes hominum maximo terrore confundent, et crines cometarum, et solis tenebrae, et color lunae, et cadentium siderum lapsus. Nec tamen haec usitato modo fient: sed existent subito et ignota et invisa oculis astra; sol in perpetuum fuscabitur, ut vix inter noctem diemque discernatur. Luna iam non tribus deficiet horis: sed perpetuo sanguine obfusa, meatus extraordinarios peraget, ut non sit homini promptum, aut siderum cursus, aut rationem temporum agnoscere: fiet enim vel aestas in hyeme, vel hyems in aestate. Tunc annus breviabitur, et mensis minuetur, et dies in angustum coarctabitur. Stellae vero creberrimae cadent, ut coelum omne caecum sine ullis luminibus appareat. Montes quoque altissimi decident, et planis aequabuntur: mare innavigabile constituetur.
3 Ac ne quid malis hominum terraeque desit, audietur e coelo tuba; quod hoc modo Sibylla denuntiat, dicens: Σάλπιγξ οὐρανόθεν φωνὴν πολύθρηνον ἀφήσει.
4 Itaque trepidabunt omnes, et ad luctuosum illum sonitum contremiscent. Tum vero per iram Dei adversus homines qui iustitiam non agnoverunt, saeviet ferrum, ignis, fames, morbus, et super omnia metus semper impendens. Tunc orabunt Deum, et non exaudiet; optabitur mors, et non veniet: ne nox quidem requiem timori dabit; nec ad oculos somnus accedet: sed animas hominum sollicitudo ac vigilia macerabit: plorabunt, et gement, et dentibus strident; gratulabuntur mortuis, et vivos plangent. His et aliis pluribus malis solitudo fiet in terra, et erit deformatus orbis atque desertus; quod in carminibus Sibyllinis ita dicitur:
Ita enim conficietur humanum genus, ut vix decima pars hominum relinquatur; et unde mille processerant, vix prodient centum. De cultoribus etiam Dei duae partes interibunt, et tertia quae fuerit probata, remanebit.
XVI. 1 J'expliquerai de quelle manière cela doit arriver, de peur que cela ne paraisse incroyable : premièrement, l'autorité souveraine sera partagée entre plusieurs, et affaiblie par ce partage. Les semences des guerres civiles prendront racine, et il n'y aura ni paix, ni trêve jusqu'à ce qu'il y ait dix rois qui partageront entre eux tout le monde, non pour le gouverner, mais pour le détruire. Ils lèveront de puissantes armées, abandonneront le soin de cultiver la terre, ce qui est la source de toute calamité et de toute désolation, et dissiperont et détruiront toutes choses. Up très puissant ennemi s'élèvera tout d'un coup contre eux des extrémités du nord, et en ayant défait trois de ceux qui commanderont en Asie, il s'associera avec les autres et sera choisi par eux pour être leur chef. Il exercera une tyrannie insupportable sur l'univers, violera les lois divines et humaines, concevra d'exécrables desseins pour établir sa domination, abolira les anciennes ordonnances, et en inventera de nouvelles, souillera les choses saintes, enlèvera le bien des peuples, dépouillera et massacrera les innocents. Enfin, ayant changé de nom et transféré le siège de son empire, il fera de l'univers un théâtre de désordre et de confusion. Alors le temps sera si malheureux, qu'il n'y aura plus d'homme sur la terre a. qui la vie ne soit ennuyeuse.
2 Les villes seront dépeuplées et détruites non seulement par le fer et par le feu, mais aussi par (es tremblements de terre, par les inondations, par les maladies contagieuses et par la famine. L'air sera corrompu par des exhalaisons dangereuses et rendu nuisible par l'excès, tantôt de l'humidité ou de la sécheresse, et tantôt du froid et de la chaleur. La terre sera réduite à une triste stérilité, et ne produira plus ni herbes ni graines; les arbres ne porteront plus de fruits. L'espérance que leur fleur aura donnée sera une espérance trompeuse. Les fontaines et les fleuves tariront de telle sorte, que l'on sera pressé par la soif, et l'eau sera changée en sang ou en amertume, et fera mourir également les bêtes, les poissons et les oiseaux. Les esprits seront troublés par les prodiges extraordinaires qui paraîtront au ciel, par l'obscurcissement du soleil, par la pâleur de la lune et par la chute des astres. Ces prodiges arriveront d'une manière surprenante et imprévue. Le soleil sera couvert d'un nuage si épais, qu'il n'y aura plus de différence entre le jour et la nuit. La lune sera teinte de sang et souffrira une éclipse, non passagère et de peu d'heures, mais perpétuelle; elle aura un mouvement irrégulier qui confondra toutes les saisons. Les années, les mois et les jours seront raccourcis. Plusieurs étoiles tomberont, tellement que le ciel demeurera sans lumière. Les plus hautes montagnes s'abaisseront si bas qu'elles deviendront égales aux plaines. La mer ne sera plus navigable,
3 et pour comble de malheur, on entendra une trompette, selon le témoignage de la sibylle, qui retentira du haut du ciel.
4 Il n'y aura point de cœur où ce triste son ne jette l'épouvante et le tremblement. Alors le fer, le feu, la famine et la maladie servant comme de ministres à la colère de Dieu, se déchargeront sur les hommes qui n'auront point connu sa justice. Mais l'appréhension dont ils seront agités les tourmentera plus cruellement qu'aucun autre mal. Ils imploreront la miséricorde, et ne seront point exaucés ; ils invoqueront la mort, et ne recevront point son secours ; ils ne trouveront aucun repos ; dans la nuit, le sommeil n'approchera point de leurs yeux ; ils seront affligés par l’insomnie et par l'inquiétude du corps; de sorte qu'ils fondront en pleurs, jetteront des cris, grinceront les dents, déploreront la condition des vivants et envieront celle des morts. La multitude de ces maux et de plusieurs autres, défigurera et désolera la terre, comme la sibylle l'a prédit, quand elle a dit que:
Le genre humain, sera si fort diminué de cette sorte, qu'à peine en restera-t-il la dixième partie. Les deux tiers des serviteurs de Dieu seront enlevés, et il ne restera que l'autre tiers, composé de ceux qui auront été éprouvés.
XVII 1 Sed planius, quomodo id eveniat, exponam. Imminente iam temporum conclusione, propheta magnus mittetur a Deo, qui convertat homines ad Dei agnitionem, et accipiat potestatem mirabilia faciendi. Ubicumque non audierint eum homines, claudet coelum; et abstinebit imbres, et aquam convertet in sanguinem, et cruciabit illos siti ac fame; et quicumque conabitur eum laedere, procedet ignis de ore eius, atque amburet illum. His prodigiis atque virtutibus convertet multos ad Dei cultum; peractisque operibus ipsius, alter Rex orietur ex Syria malo spiritu genitus, eversor ac perditor generis humani, qui reliquias illius prioris mali cum ipso simul deleat. Hic pugnabit adversus prophetam Dei; vincet, et interficiet eum, et insepultum iacere patietur. Sed post diem tertium reviviscet; atque inspectantibus et mirantibus cunctis, rapietur in coelum. Rex vero ille teterrimus erit quidem et ipse, sed mendaciorum propheta; et seipsum constituet ac vocabit Deum, et se coli iubebit ut Dei filium: et dabitur ei potestas, ut faciat signa et prodigia, quibus visis, irretiat homines ut adorent eum. Iubebit ignem descendere de coelo, et solem a suis cursibus stare, et imaginem loqui; et fient haec sub verbo eius: quibus miraculis etiam sapientium plurimi allicientur ab eo. Tunc eruere templum Dei conabitur, et iustum populum persequetur; et erit pressura et contritio, qualis numquam fuit a principio mundi.
2 Quicumque crediderint atque accesserint ei, signabuntur ab eo tanquam pecudes: qui autem recusaverint notam eius, aut in montes fugient, aut comprehensi exquisitis cruciatibus necabuntur. Idem iustos homines obvolvet libris prophetarum, atque ita cremabit; et dabitur ei desolare orbem terrae mensibus quadraginta duobus. Id erit tempus, quo iustitia proiicietur, et innocentia odio erit; quo mali bonos hostiliter praedabuntur: non lex, aut ordo, aut militiae disciplina servabitur; non canos quisquam reverebitur, non officium pietatis agnoscet; non sexus aut infantiae miserebitur: confundentur omnia et miscebuntur contra fas, contra iura naturae. Ita quasi uno communique latrocinio terra universa vastabitur. Cum haec ita erunt, tunc iusti et sectatores veritatis segregabunt se a malis, et fugient in solitudines. Quo audito, impius rex inflammatus ira veniet cum exercitu magno, et admotis omnibus copiis circumdabit montem, in quo iusti morabuntur, ut eos comprehendat. Illi vero, ubi se clausos undique atque obsessos viderint, exclamabunt ad Deum voce magna, et auxilium coeleste implorabunt; et exaudiet eos Deus, et mittet regem magnum de coelo, qui eos eripiat ac liberet, omnesque impios ferro ignique disperdat.
XVII. 1 Je crois devoir expliquer en détail la manière dont ces choses arriveront. Lorsque la fin des siècles sera proche, Dieu enverra un grand prophète pour attirer les hommes à sa connaissance, et lui communiquera le pouvoir de faire des miracles. Dans les pays où sa doctrine sera rejetée, il fermera le ciel, arrêtera la pluie, changera l'eau en sang, tourmentera les désobéissants et les rebelles par la soif et par la faim, et fera sortir de sa bouche un feu qui dévorera ceux qui seront assez insolents pour entreprendre de le blesser. Il convertira par ses miracles un grand nombre de personnes au culte de Dieu. Lorsqu'il aura obéi à sa volonté et exécuté ses ordres, il s'élèvera en Syrie un autre roi, produit par le mauvais esprit, qui sera le destructeur et l'extermina leur du genre humain, et qui s'étant joint à d'autres médians princes dont j'ai parlé, dissipera avec lui le reste de ceux qui auront échappé à ses premières cruautés. Ce dernier fera la guerre au prophète de Dieu, le vaincra, le fera mourir et le laissera sans sépulture. Mais ce prophète ressuscitera le troisième jour, et sera enlevé au ciel en présence et au grand étonnement de tout le monde. Ce roi sera très méchant, et, de plus, faux prophète, se fera appeler Dieu, et commandera qu'on l'adore comme le Fils de Dieu, et il aura le pouvoir de faire des prodiges par lesquels il trompera tellement les hommes qu'ils l'adoreront. Il commandera que le feu descende du ciel, que le soleil s'arrête dans sa course, que des images parlent ; et ces prodiges, qu'il fera par sa seule parole, attireront à sa suite une foule de savants. Il s'efforcera de renverser le temple de Dieu ; il persécutera le peuple innocent, et l'affliction sera plus violente qu'elle n'avait été depuis le commencement du monde.
Il marquera comme des bêtes ceux qui s'approcheront de lui et qui croiront en lui, et ceux qui refuseront de recevoir sa marque, s'enfuiront sur les montagnes; ou s'ils se laissent prendre, ils souffriront des tourments exquis, et mourront par de cruels genres de mort. Il fera envelopper les gens de bien dans les livres des prophètes, et les fera brûler de la sorte. Il aura la permission de ravager la terre en l'espace de quarante-deux mois, pendant lesquels la vertu sera rejetée, l'innocence odieuse, et les gens de bien serviront comme de proie aux méchants : il n'y aura plus d'ordre, de règle et de discipline; nul ne respectera les cheveux gris des vieillards ; nul n'aura pitié de la faiblesse ou du sexe des femmes, ou de l'âge des enfants. Tous les droits seront violés, et la terre sera comme exposée à un brigandage général et abandonnée au pillage. Alors les défenseurs de la vérité se sépareront des médians et s'enfuiront dans les solitudes. Le roi impie, transporté de colère au premier bruit de cette nouvelle, pressera son armée, investira la montagne où les saints se seront retirés. Quand ils se verront entourés et poussés de toute part, ils élèveront leurs voix et imploreront le secours de Dieu, et il les exaucera, et enverra du haut du ciel un puissant roi qui les délivrera et qui défera les impies par le fer et par le feu.
XVIII 1 Haec ita futura esse, cum prophetae omnes ex Dei spiritu, tum etiam vates ex instinctu daemonum cecinerunt. Hystaspes enim, quem superius nominavi, descripta iniquitate saeculi huius extremi, pios ac fideles a nocentibus segregatos, ait cum fletu et gemitu extenturos esse ad coelum manus, et imploraturos fidem Iovis; Iovem respecturum ad terram, et auditurum voces hominum, atque impios extincturum. Quae omnia vera sunt, praeter unum, quod Iovem dixit illa facturum quae Deus faciet. Sed et illud non sine daemonum fraude subtractum est, missum iri a Patre tunc Filium Dei, qui deletis omnibus malis, pios liberet. Quod Hermes tamen non dissimulavit. In eo enim libro, qui λόγος τέλειος inscribitur, post enumerationem malorum de quibus diximus, subiecit haec: Ἐπὰν δὴ ταῦτα ὧδε γένηται, ὦ Ἀσκλήπιε. τότε ὁ κύριος, καὶ πατὴρ, καὶ θεὸς, καὶ τοῦ πρώτου καὶ ἑνὸς θεοῦ δημιουργὸς, ἐπιβλέψας τοῖς γενομένοις, καὶ τῇ ἑαυτοῦ βουλήσει τοῖς τοιούτοις, τὸ ἀγαθὸν ἀντερείσας τῆ ἀταξίᾳ, καὶ ἀνακαλεσάμενος τὴν πλάνην, καὶ τὴν κακίαν ἐκκαθαρας, πῇ μὲν ὕδατι πολλῷ καταλύσας, πῇ δὲ πυρὶ ὀξυτάτῳ διακαύσας, ἑνίοτε δὲ πολέμοις καὶ λοιμοῖς ἐκπιέσας, ἤγαγεν ἐπὶ τὸ ἀρχαῖον καὶ ἀποκατέστησεν τὸν ἑαυτοῦ κόσμον. Sibyllae quoque non aliter fore ostendunt, quam ut Dei Filius a summo patre mittatur, qui et iustos liberet de manibus impiorum, et iniustos cum tyrannis saevientibus deleat; e quibus una sic tradidit:
XVIII. 1 Les prophètes remplis de l'esprit de Dieu, et les devins, animés par le démon, ont également prédit que tout ce que je viens de raconter arriverait. Hydaspe, dont j'ai déjà parlé, après avoir déjoué l'injustice et la misère de ces derniers temps, dit que les fidèles se sépareront alors des impies, élèveront les mains au ciel et imploreront le secours de Jupiter ; que Jupiter jettera les yeux sur la terre, qu'il écoutera les cris des fidèles et exterminera les impies. Tout ce qu'il avance en ces endroits-là est fort vrai, à la réserve qu'il attribue à Jupiter ce qui n'appartient qu'à Dieu. C'est aussi par un mauvais artifice des démons que l’on a comprimé, que le Fils de Dieu sera envoyé par son père, pour exterminer les méchants et pour mettre les bons en liberté; ce que Mercure Trismégiste n'a point dissimulé; car dans un livre intitulé Discours parfait, après avoir fait un long dénombrement des malheurs que j'ai touchés, il ajoute ce qui suit : « Quand cela sera arrivé de cette sorte, mon cher Asclépius, le Seigneur, le Dieu, et le père et le créateur du premier et du seul Dieu, jetant les yeux sur la terre, opposant l'ordre de sa volonté au dérèglement des hommes, et les rappelant de leur égarement, les nettoiera de leurs vices. Soit qu'il les lave par les déluges, ou qu'il les consume par le feu, ou qu'il les afflige par les maladies, il rendra au monde sa première face et son ancienne beauté. » Les sibylles en ont parlé de la même sorte, et ont témoigné que le Fils de Dieu descendra par l'ordre de son père sur la terre, pour délivrer de la servitude les personnes saintes et religieuses, et pour exterminer leurs persécuteurs. Une d'entre elles en parle de cette sorte :
Un puissant roi envoyé du ciel reconstruira les murailles et les fortifications des villes les plus florissantes, et domptera l'orgueil des princes.
Que Dieu enverra du ciel un autre roi, qui mettra fin à la guerre.
Ce roi délivrera les peuples du joug de la servitude, et les affranchira des lois injustes qui leur auront été imposées.
XIX 1 Oppresso igitur orbe terrae, cum ad destruendam immensarum virium tyrannidem humanae opes defecerint, siquidem capto mundo cum magnis latronum exercitibus incubabit, divino auxilio tanta illa calamitas indigebit. Commotus igitur Deus et periculo ancipiti, et miseranda comploratione iustorum, mittet protinus liberatorem. Tunc aperietur coelum medium intempesta et tenebrosa nocte, ut in orbe toto lumen descendentis Dei tanquam fulgur appareat; quod Sibylla his versibus locuta est:
Haec est nox, quae a nobis propter adventum regis ac Dei nostri pervigilio celebratur: cuius noctis duplex est ratio, quod in ea et vitam tum recepit, cum passus est, et postea regnum orbis terrae recepturus est. Hic est enim liberator, et iudex, et ultor, et rex, et Deus quem nos Christum vocamus, qui priusquam descendat, hoc signum dabit. Cadet repente gladius e coelo, ut sciant iusti ducem sanctae militiae descensurum: et descendet comitantibus angelis in medium terrae; et antecedet eum flamma inextinguibilis; et virtus angelorum tradet in manus iustorum multitudinem illam, quae montem circumsederit, et concidetur ab hora tertia usque ad vesperum, et fluet sanguis more torrentis; deletisque omnibus copiis, impius solus effugiet, et peribit ab eo virtus sua.
2 Hic est autem, qui appellatur Antichristus: sed seipsum Christum mentietur, et contra verum dimicabit, et victus effugiet, et bellum saepe renovabit, et saepe vincetur; donec quarto praelio confectis omnibus impiis debellatus, et captus, tandem scelerum suorum luat poenas. Sed et caeteri principes, ac tyranni, qui contriverunt orbem, simul cum eo vincti adducentur ad regem, et increpabit eos, et coarguet; et exprobrabit his facinora ipsorum, et damnabit eos, ac meritis cruciatibus tradet. Sic extincta malitia, et impietate compressa, requiescet orbis, qui per tot saecula subiectus errori ac sceleri nefandam pertulit servitutem. Non colentur ulterius dii manu facti: sed a templis, et pulvinaribus suis deturbata simulacra igni dabuntur, et cum donis suis mirabilibus ardebunt, quod etiam Sibylla cum Prophetis congruens futurum esse praedixit:
XIX. 1 Lorsque l'univers gémira sous l'oppression, et qu'il n'aura plus aucune force pour secouer le joug des tyrans, dont la fureur et la violence seront soutenues par de puissantes armées de voleurs, il aura besoin de l'assistance et de la protection du ciel. Alors Dieu, touché par l'extrémité du péril où seront exposés les gens de bien, et par les accents lamentables de leurs plaintes, leur enverra un libérateur. Alors le ciel s'ouvrira au milieu d'une nuit obscure, et Dieu en descendra avec une lumière aussi vive et aussi éclatante que celle des éclairs, comme la Sybille l'a prédit en ces termes :