Divinae institutiones (Institutions divines) (page 45)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

C'est de la que vient la coutume que nous avons de passer une nuit en prières, en attendant notre roi. Nous avons deux raisons d'observer cette cérémonie : l'une que c'est en cette nuit-là qu'il ressuscitera et sortira vivant du tombeau et l'autre que c'est aussi dans la nuit qu'il reprendra l'empire de l'univers; car il est tout ensemble notre libérateur, notre juge, notre vengeur, notre roi, notre Dieu, que nous appelons choisi. Avant que de descendre, il laissera tomber du haut du ciel une épée, pour faire connaître aux personnes de piété que celui qui descendra sera le chef d'une sainte milice. Il descendra au milieu de la terre, accompagné d'une incroyable multitude d'anges; il sera précédé d'un feu, dont l'ardeur ne pourra être éteinte. Les anges livreront aux innocents et aux justes l'armée qui aura assiégé la montagne, et cette armée sera taillée en pièces depuis la troisième heure jusqu'au soir, et on verra couler un torrent de sang. L'impie se sauvera seul après la défaite de ses troupes, ci perdra toute sa force.

2 C'est celui-là même que l'on appelle l'Antéchrist. Il se fera appeler choisi, et combattra contre le choisi véritable; et ayant été vaincu, il prendra la fuite, et recommencera plusieurs fois la guerre, et sera plusieurs fois vaincu, jusqu'à ce que tous les impies ayant été tués dans un quatrième combat, et leur chef ayant été pris, il recevra le juste châtiment de ses crimes. Les autres tyrans qui auront ravagé le monde, seront amenés liés avec lui au roi, qui leur reprochera leurs crimes, les condamnera, et les enverra au supplice. Lorsque le cours de l'impiété aura été arrêté de cette sorte, l'univers, qui aura été assujetti pendant plusieurs siècles à la tyrannie de l'erreur et de l'injustice, commencera à jouir de la liberté et à goûter les douceurs de la paix. Les dieux faits de la main des hommes ne recevront plus aucun culte. Leurs idoles seront ôtées des temples et jetées au feu, avec tous les ornements dont elles seront parées, selon que la sibylle la prédit, en quoi elle s'accorde avec les prophètes:

Ils briseront, disent-ils tous deux, les idoles et fouleront aux pieds les richesses et l'orgueil du siècle.

Les images des dieux seront jetées au feu et réduites en cendres.

XX 1 Post haec aperientur inferi, et resurgent mortui: de quibus iudicium magnum idem ipse rex ac Deus faciet, cui summus pater, et iudicandi, et regnandi dabit maximam potestatem; de quo iudicio et regno apud Erythraeam Sibyllam sic invenitur:

Nec tamen universi tunc a Deo iudicabuntur: sed ii tantum qui sunt in Dei religione versati. Nam qui Deum non agnoverunt, quoniam sententia de his in absolutionem ferri non potest, iam iudicati damnatique sunt, sanctis litteris contestantibus, non resurrecturos esse impios in iudicium. Iudicabuntur ergo qui Deum scierunt, et facinora eorum, id est mala opera cum bonis collata ponderabuntur; ut si plura et gravia fuerint bona iustaque, dentur ad vitam beatam: si autem mala superaverint, condemnentur ad poenam. Hic fortasse dixerit quispiam: Si est immortalis anima, quomodo patibilis inducitur, ac poenam sentiens? Si enim ob merita punietur, sentiet utique dolorem, atque ita etiam mortem. Si morti non est obnoxia, nec dolori quidem, patibilis igitur non est.

2 Huic quaestioni, sive argumento, a Stoicis ita occurritur: Animas quidem hominum permanere, nec interventu mortis in nihilum resolvi: sed eorum, qui iusti fuerunt, puras, et impatibiles, et beatas ad sedem coelestem, unde illis origo sit, remeare; vel in campos quosdam fortunatos rapi, ubi fruantur miris voluptatibus: impiorum vero, quoniam se malis cupiditatibus inquinaverunt, mediam quamdam gerere inter immortalem mortalemque naturam, et habere aliquid imbecillitatis ex contagione carnis. Cuius desideriis ac libidinibus addictae ineluibilem quemdam fucum trahant labemque terrenam; quae cum temporis diuturnitate penitus inhaeserit, eius naturae reddi animas, ut si non extinguibiles in totum, quoniam ex Deo sunt, tamen cruciabiles fiant per corporis maculam, quae peccatis inusta, sensum doloris attribuit.

Quin et supremo cum lumine vita reliquit, Non tamen omne malum miseris, nec funditus omnes Corporeae excedunt pestes; penitusque necesse est, Multa diu concreta modis inolescere miris. Ergo exercentur poenis, veterumque malorum Supplicia expendunt.

Haec propemodum vera sunt. Anima enim, cum divortium fecit a corpore, est, ut ait idem poeta, Par levibus ventis, volucrique simillima somno. quia spiritus est ipsa tenuitate incomprehensibilis: sed nobis, qui sumus corporales; Deo autem, cui subiacet posse omnia, comprehensibilis.

XX. 1 Les tombeaux seront ensuite ouverts et les morts en sortiront pour être jugés par le roi et par le Dieu à qui le père a donné le pouvoir de juger et de régner. Voici ce que la sibylle Erythrée a prédit de son jugement et de son règne :

Dieu jugera les hommes à la fin du monde et établira sur eux sa puissance.

Qu'alors la terre ouvrira son sein, et que les rois seront conduits devant le trône de Dieu pour être jugés.

Et en un autre endroit, les circonstances terribles de ce jugement sont plus expressément marquées, et il y est dit que le ciel sera ouvert, que les morts seront tirés de leurs tombeaux, et que les justes et les impies seront également jugés. Il est vrai pourtant que tous les hommes ne seront pas alors jugés, mais ceux-là seulement qui auront fait profession de la véritable religion. Il ne sera point nécessaire de juger ceux qui n'ont point connu Dieu, puisqu'ils ne sauraient recevoir aucune sentence favorable, selon le témoignage de l'Écriture, qui nous assure que les impies ne ressusciteront point pour paraître au jugement. Il n'y aura donc que ceux qui auront connu Dieu qui seront jugés, et dont les bonnes et les mauvaises actions seront mises dans la balance, afin que si les bonnes sont en plus grand nombre que les mauvaises, ils soient récompensés par la jouissance de la vie éternelle, et que si, au contraire, les mauvaises l’emportent sur les bonnes, ils soient condamnés au supplice. Peut-être que quelqu’un demandera en cet endroit, comment il se peut faire que l’âme que nous supposons immortelle soit condamnée au supplice et qu’elle en éprouve la rigueur; car si elle reçoit le châtiment dû à ses crimes, elle en souffrira de la douleur, et cette douleur lui causera la mort. Que si elle n’est pas sujette à la mort, elle ne l’est pas non plus à la douleur.

2 Voici de quelle manière il faut répondre à cette difficulté que proposent les stoïciens. Les âmes subsistent toujours et ne peuvent être réduites au néant; mais celles des gens de bien étant pures, impassibles et bienheureuses, elles retournent au ciel comme au lieu de leur origine, ou bien elles sont enlevées dans un pays heureux où elles jouissent des plus charmants plaisirs. Mais celles des impies qui se sont souillées par des désirs impurs, sont d’une condition qui tient comme le milieu entre la mort et l’immortalité; elles sont sujettes à la faiblesse comme à une maladie contagieuse, où elles sont tombées par l’habitude trop étroite qu’elles ont entretenue avec leurs corps; en se soumettant aux passions, elles ont contracté des taches qui ne se peuvent effacer, ce qui est cause que si, d’un côté, elles ne sont point sujettes à la mort, parce qu’elles sont originaires de Dieu, elles le sont de l’autre aux supplices et aux tourments, parce que leurs péchés leur ont laissé des impressions qui les rendent sensibles à la douleur.

L’homme n’est pas délivré de tous ses maux, quand il est délivré de la vie. Il y a des peines qui le suivent encore après sa mort, et lors même qu’il n’est plus sur la terre, il subit le châtiment dû aux crimes qu’il a commis.

Ces paroles semblent assez conformes à la vérité; car, bien que l’âme disparaisse comme une vapeur et qu’elle s’évanouisse comme un songe, et qu’à notre égard elle soit invisible et impalpable, elle n’échappe pas pour cela aux mains de la justice éternelle.

XXI 1 Primum igitur dicimus, tantam esse Dei potestatem, ut etiam incorporalia comprehendat, et quemadmodum voluerit, afficiat. Nam et Angeli Deum metuunt, quia castigari ab eo possunt inenarrabili quodam modo; et daemones reformidant, quia torquentur ab eo ac puniuntur. Quid ergo mirum, si cum sint immortales animae, tamen patibiles sint Deo? Nam cum in se nihil habeant solidum et contrectabile, a solidis et corporalibus nullam vim pati possunt: sed quia in solis spiritibus vivunt, a solo Deo tractabiles sunt, cui virtus ac substantia spiritalis est. Sed tamen docent nos sanctae Litterae, quemadmodum poenas impii sint daturi. Nam quia peccata in corporibus contraxerunt, rursus carne induentur, ut in corporibus piaculum solvant; et tamen non erit caro illa, quam Deus homini superiecerit, huic terrenae similis: sed insolubilis ac permanens in aeternum, ut sufficere possit cruciatibus, et igni sempiterno, cuius natura diversa est ab hoc nostro, quo ad vitae necessaria utimur, qui nisi alicuius materiae fomite alatur, extinguitur. At ille divinus per seipsum semper vivit ac viget sine ullis alimentis, nec admixtum habet fumum: sed est purus, ac liquidus, et in aquae modum fluidus. Non enim vi aliqua sursum versus urgetur, sicut noster, quem labes terreni corporis, quo tenetur, et fumus intermixtus exilire cogit, et ad coelestem naturam cum trepidatione mobili subvolare.

2 Idem igitur divinus ignis una eademque vi atque potentia, et cremabit impios, et recreabit, et quantum e corporibus absumet, tantum reponet, ac sibi ipse aeternum pabulum subministrabit; quod poetae in vulturem Tityi transtulerunt; ita sine ullo revirescentium corporum detrimento aduret tantum, ac sensu doloris afficiet. Sed et iustos cum iudicaverit, etiam in igni eos examinabit. Tum quorum peccata vel pondere, vel numero praevaluerint, perstringentur igni atque amburentur: quos autem plena iustitia et maturitas virtutis incoxerit, ignem illum non sentient; habent enim aliquid in se Dei, quod vim flammae repellat, ac respuat. Tanta vis est innocentiae, ut ab ea ignis ille refugiat innoxius; qui accepit a Deo hanc potentiam, ut impios urat, iustis obtemperet. Nec tamen quisquam putet animas post mortem protinus iudicari. Nam omnes in una communique custodia detinentur, donec tempus adveniat, quo maximus iudex meritorum faciat examen. Tum quorum fuerit probata iustitia, ii praemium immortalitatis accipient: quorum autem peccata et scelera detecta fuerint, non resurgent, sed cum impiis in easdem tenebras recondentur, ad certa supplicia destinati.

XXI. 1 La puissance de Dieu est si grande qu’il se saisit sans peine des purs esprits, et les châtie comme il lui plaît. Les anges et les démons l'appréhendent, parce qu'il sait les punir d'une manière que nul discours ne peut expliquer. Il ne faut donc pas trouver étrange que les âmes, quoiqu’immortelles, soient capables de souffrir les supplices auxquels la justice les condamne. Il est vrai que, n'ayant rien de solide ni de palpable, elles ne peuvent aussi rien souffrir de la part des corps qui sont palpables et solides. Elles sont spirituelles, mais elles n'en dépendent pas moins absolument de Dieu, dont la nature et la puissance est un pur esprit. L'Écriture nous enseigne la manière dont les impies seront punis ; car, comme leurs âmes se sont souillées par les péchés qu'elles ont commis avec leurs corps, elles seront réunies à ces corps pour être punies. Les corps que Dieu leur donnera alors ne seront pas semblables à ceux que nous avons maintenant, et seront des corps d'un tempérament inaltérable et d'une condition indissoluble, qui ne seront point consumés par l'activité d'un feu éternel. Ce feu-là sera fort différent de celui que nous employons à divers usages. Le nôtre s'éteint si nous manquons de lui fournir incessamment de la matière pour l'entretenir ; mais le feu que Dieu allumera pour châtier les impies sera un feu qui n'aura besoin d'aucun aliment, qui n'aura point de fumée, et qui aura la pureté et la fluidité de l'eau. Il n'est pas porté en haut par une force étrangère, comme le nôtre, que les parties terrestres et les vapeurs grossières dont il est mêlé contraignent de s'élever vers le ciel par un mouvement déréglé et inégal.

Ce feu divin aura le pouvoir et de brûler les impies et de les conserver ; car, se servant à soi-même d'aliment, il sera comme une image de la fable du vautour dont les poètes ont feint que Titye était rongé sans être consumé. Il brûlera et tourmentera les corps sans les détruire. Le Sauveur jugera les justes et les fera passer par le feu. Ceux dont les péchés l'emporteront sur les vertus, ou par le poids ou par le nombre, seront légèrement touchés par la flamme. Mais ceux dont la vertu sera parfaite n'en sentiront aucune atteinte, parce qu'ils ont eu eux une force secrète qui les garantira. Ce feu, qui a reçu de Dieu le pouvoir de tourmenter les coupables, respectera les innocents. Que personne cependant tic s'imagine que les âmes soient jugées incontinent après leur mort ; elles seront toutes gardées dans une vaste prison jusqu'à ce que le souverain juge vienne les examiner. Il donnera alors l'immortalité en récompense à ceux dont l'innocence aura été reconnue ; et pour celles qui auront été convaincues de leurs crimes, il les privera de la résurrection, et les jettera dans une région obscure où elles souffriront les supplices qu'elles méritent.

XXII. 1 Figmenta haec esse poetarum quidam putant, ignorantes unde illa poetae acceperint, ac negant haec fieri posse; nec mirum est ita illis videri. Aliter enim, quam res habet, traditur a poetis: qui licet sint multo antiquiores quam historici, et oratores, et caetera genera scriptorum; tamen quia mysterium divini sacramenti nesciebant, et ad eos mentio resurrectionis futurae obscuro rumore pervenerat, eam vero temere ac leviter auditam in modum commentitiae fabulae prodiderunt. Et tamen iidem testati sunt, non auctorem se certum, sed opinionem sequi; ut Maro qui ait:

Quamvis igitur veritatis arcana in parte corruperint; tamen ipsa res eo verior invenitur, quod cum prophetis in parte consentiunt: quod nobis ad probationem rei satis est. Errori tamen eorum subest ratio nonnulla. Nam cum prophetae assiduis concionibus praedicarent, iudicaturum esse de mortuis Filium Dei, et haec annuntiatio non lateret, quoniam rectorem coeli non alium putabant esse, quam Iovem, iudicare apud inferos Iovis filium tradiderunt: sed tamen non Apollinem, aut Liberum, aut Mercurium, qui coelestes putantur, sed eum qui et mortalis fuerit, et iustus, vel Minoem, vel Aeacum, vel Rhadamantum.

2 Corruperunt igitur poetica licentia, quod acceperant; vel opinio veritatem per diversa ora sermonesque varios dissipata mutavit. Nam quod peractis apud inferos mille annis, rursus ad vitam restitui cecinerunt, Marone ita dicente:

haec eos ratio fefellit, quod resurgent defuncti, non post mille annos mortis suae: sed ut restituti rursus in vitam, mille annis cum Deo regnent. Deus enim veniet, ut orbe hoc ab omni labe purgato, redivivas iustorum animas, corporibus innovatis, ad sempiternam beatitudinem suscitet. Itaque praeter aquam oblivionis vera sunt caetera: quam idcirco finxerunt, ne quis illud opponeret: Cur ergo non meminerunt se aliquando vixisse, aut qui fuerint, aut quae gesserint? Sed nihilominus tamen verisimile non putatur; et res tota velut licenter et fabulose ficta respuitur. Nobis autem de resurrectione affirmantibus, et docentibus animas ad alteram vitam non oblitas sui, sed in eodem sensu ac figura esse redituras, illud opponitur. Tot iam saecula transierunt: quis unquam unus ab inferis resurrexit, ut exemplo eius fieri posse credamus? At enim resurrectio fieri non potest, dominante adhuc iniustitia. Hoc enim saeculo necantur homines vi, ferro, insidiis, venenis; afficiuntur iniuriis, egestate, carceribus, tormentis, proscriptionibus. Eo accedit, quod iustitia invisa est; quod omnes, qui Deum sequi volunt, non tantum odio habentur: sed vexantur omnibus contumeliis, et excruciantur multiplici genere poenarum, et ad impios cultus manufactorum deorum non ratione, aut veritate, sed nefanda corporum laceratione coguntur.

3 Num igitur oportet ad haec eadem resurgere, et reverti homines ad vitam, in qua tuti esse non possint? Cum ergo iusti tam viles habeantur, tam facile tollantur; quid putemus futurum fuisse, si quis ab inferis rediens vitam postliminio recepisset? Auferretur profecto ab oculis hominum; ne viso eo, vel audito, deos universi relinquerent, et ad unius se Dei cultum religionemque converterent. Ergo semel fieri resurrectionem necesse est, cum malum fuerit ablatum; quoniam eos, qui resurrexerint, nec mori iam ulterius, nec violari ullo modo fas est, ut beatam possint agere vitam, quorum mors resignata est. Poetae vero cum scirent, hoc saeculum malis omnibus redundare, oblivionis amnem induxerunt, ne laborum ac malorum memores animae reverti ad superos recusarent; unde Virgilius:

Ignorabant enim quomodo, aut quando id fieri oporteret. Itaque renasci eas putaverunt, et denuo ad uterum revolvi, atque ad infantiam regredi. Unde etiam Plato de anima disserens, ex hoc ait posse cognosci animas esse immortales atque divinas, quod in pueris mobilia sunt ingenia, et ad percipiendum facilia; quod ea quae discant, ita celeriter rapiant, uti non tunc primum discere illa videantur, sed recognoscere, atque reminisci: in quo vir sapiens poetis ineptissime credidit.

XXII. 1 Quelques-uns, qui ne savent pas d'où les poètes ont pris ce que je viens de dire, jugent que l'exécution en est impossible, et prennent ces récits pour des contes faits à plaisir. Il y a d'autant moins de sujet de s'étonner de leur sentiment, que les poètes, qui ont traité cette matière, l'ont fort déguisée et en ont altéré la vérité; car, bien qu'ils aient été plus anciens que les historiens, que les orateurs et que les autres écrivains, néanmoins parce qu'ils n'étaient pas instruits des mystères de Dieu, et qu'ils n'avaient qu'une idée fort grossière et fort confuse de la résurrection, ils en ont parlé d'une manière fort imparfaite, et comme d'une imagination fabuleuse; ils ont même témoigné qu'ils n'en avaient point de preuve certaine, et qu'ils ne suivaient qu'un bruit vague et qu'une opinion douteuse. C'est ainsi que Virgile, voulant comme s'excuser de ce qu'il en avançait, a demandé permission de raconter ce qu'il avait appris par le rapport d'autrui. Ainsi, bien qu'ils aient en quelque sorte altéré la vérité, ce qu'ils ont avancé ne laisse pas d'y être d'autant plus conforme dans le fond, que cela s'accorde avec les prédictions des prophètes, ce qui nous suffit pour former une preuve invincible. Il faut pourtant avouer que leur erreur n'est pas sans fondement; car, comme les prophètes publiaient sans cesse que le Fils de Dieu jugerait les hommes après leur mort, les poètes, qui ne connaissaient point d'autre souverain seigneur du ciel que Jupiter, ont dit que son fils jugerait dans les enfers. Ils n'ont pas néanmoins attribué ce pouvoir-là à Apollon, à Bacchus ou à Mercure, qui passent pour des dieux du ciel, mais ils l'ont attribué ou à Minos, ou à Eaque, ou à Rhadamanthe.

2 Ils ont corrompu par une licence poétique ce qu'ils avaient appris; et ces bruits vagues et confus qui ont couru parmi le peuple, ont altéré la vérité. Ils se sont trompés, quand ils ont dit que les morts ressusciteront après qu'ils auront passé mille ans dans les enfers. Voici comment Virgile en parle :

Lorsque les âmes ont passé mille ans dans les enfers, elles sont conduites au fleuve de l'Oubli, afin qu'elles soient contentes de retourner sur la terre et de rentrer dans des corps.

Leur méprise est, en ce qu'ils ont dit, que les morts ressusciteront mille ans après leur mort, au lieu qu'ils ressusciteront pour régner mille ans avec Dieu, qui descendra pour purifier le monde, pour donner une nouvelle vie aux âmes des justes, pour réparer leurs corps et pour les mettre en possession d'une félicité éternelle. Tout ce qu'ils ont débité est véritable, à la réserve du fleuve de l'Oubli, qu'ils n'ont inventé que pour qu'on ne leur demandât pas pourquoi les âmes ne se souviennent plus dans les enfers de la vie qu'elles ont menée sur la terre, des emplois qu'elles y ont eus, et des actions qu'elles y ont faites. Cependant cette doctrine paraît incroyable, et on s'imagine que c'est une fable inventée par une licence poétique. Quant à nous, lorsque nous expliquons le mystère de la résurrection, et que nous assurons que les âmes n'oublient point en l'autre vie ce qu'elles ont fait en celle-ci, et qu'elles conserveront un souvenir de ce sentiment, on nous fait ont autre objection, qui est que : depuis tant de siècles personne n'est encore ressuscité pour confirmer notre doctrine par un exemple. Mais il est aisé de leur répondre: que la résurrection ne peut arriver pendant un siècle où l'injustice règne encore ; où les meurtres sont commis en trahison par le poison, par le fer et par le feu: où la vertu est noircie pas les médisances, déshonorée par les injures, chargée de chaînes et condamnée aux plus rigoureux supplices; où l'innocence est si odieuse que tous ceux qui veulent suivre Dieu, non seulement deviennent l'objet de la haine publique, mais sont encore chargés de toutes sortes d'outrages, tourmentés par de nouveaux genres de supplices, et contraints, par la plus barbare de toutes les cruautés, à rendre un culte religieux à des dieux faits par la main des hommes, sans qu'on puisse trouver aucun prétexte de raison pour couvrir cette violence.

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