Divinae institutiones (Institutions divines) (page 7)

Lactance · Doctrine

Texte français, domaine public · Source : remacle.org — eglise/lactance · 47 pages

Aussi en latin.

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ob hoc desiderium facilius creditum est Julio Proculo mentienti, qui subornatus a patribus est, ut nuntiaret plebi vidisse se regem humano habitu augustiorem, eumque mandasse ad populum, ut sibi delubrum fieret, se deum esse, et Quirinum vocari. Quo facto, et ipsi populo persuasit Romulum ad deos abiisse, et senatum suspicione caedis regiae liberavit.

XV. Si l'on demande présentement comment Saturne et ses enfants n'étant que des hommes ont été honorés comme des dieux, il est facile de répondre à cela : que s'il est vrai, comme on le suppose, qu'avant Uranus et Saturne la royauté était inconnue aux hommes, qui n'étant encore qu'en petit nombre, vivaient à l'aventure et ne reconnaissaient d'autres lois que celles de l'instinct, qui seul gouvernait alors, il ne faut pas douter que les premiers qui reçurent de ces peuples grossiers le nom et le pouvoir de souverain, n'en reçussent en même temps des honneurs extraordinaires, jusqu'à être appelés dieux par leurs nouveaux sujets : soit pour quelque vertu apparente qui était en eux (n'étant pas difficile d'en imposer à des esprits si peu éclairés), soit que la flatterie commençât dès lors à corrompre les puissances par des louanges outrées, soit enfin que les sujets se fussent laissé corrompre eux-mêmes par les bienfaits de leurs souverains. D'ailleurs, considérant combien ils étaient redevables aux soins que leurs premiers rois avaient pris de les rassembler dans des villes, de les avoir civilisés, d'avoir changé leur vie toute brute et agreste en des mœurs polies et honnêtes, et ne les trouvant plus sur la terre, ils s'avisèrent, pour soulager leur douleur et réparer en quelque sorte leur perte, de les faire revivre dans leurs portraits; et poussant encore plus loin leur amour et leur reconnaissance, il se mirent à honorer leur mémoire d'un culte religieux ; peut-être aussi dans le dessein d'exciter par là leurs successeurs dans leurs États à devenir aussi les héritiers de leurs vertus. C'est ce que Cicéron exprime à peu près dans les mêmes termes: « C'a été, dit-il, en quelque façon un usage reçu de tout temps parmi les hommes, de mettre au nombre des dieux, du moins par les mouvements d'une volonté reconnaissante, ou à l'aide d'une réputation vertueuse, les grands personnages qui par leurs bienfaits ont su gagner le cœur des peuples. » C'est à ce charme des bienfaits qu'un Hercule, qu'un Castor, qu'un Pollux son frère, qu'un Esculape, que tant d'autres, doivent leur divinité. C'est ce qui a fait chez les Romains tant d'apothéoses, et tant de consécrations chez les peuples d'Afrique. Ainsi s'établirent peu à peu les diverses religions. Le culte passa des fils aux neveux, et des neveux à la postérité la plus éloignée.

Il y en avait qui par la grandeur de leurs exploits avaient rendu leur nom si célèbre, qu'ils étaient adorés comme dieux du premier ordre par toutes les nations du monde. Mais ceux dont les vertus moins éclatantes n'avaient eu pour témoins que leurs citoyens, et avaient été renfermées dans l'enceinte d'une ville, ou tout au plus dans les limites d'une province, étaient reconnus pour les dieux d'une province ou d'une ville, et quelquefois d'une nation tout entière. Telle fut Isis parmi les Égyptiens, le dieu Faune chez les Latins, et Quirinus dans Rome. C'est encore ce qui mit Athènes sous la protection de Minerve, Samos sous celle de Junon, et Paphos sous celle de Vénus; c'est ce qui établit le culte particulier de Vulcain à Lemnos, de Bacchus à Naxos et d'Apollon à Delphes. Ainsi, à mesure que cet esprit de reconnaissance se répandait avec la politesse sur la terre, le nombre des dieux augmentait dans le ciel. Mais ce qui contribua beaucoup à l'établissement de cette erreur fut la piété ou superstitieuse ou intéressée des successeurs de ces nouvelles divinités. Car s'imaginant qu'il leur serait glorieux d'avoir un dieu pour père ou pour aïeul, ils furent les premiers à mettre de ces dieux dans leur famille, et ils ordonnèrent ensuite aux peuples qui dépendaient d'eux d'adorer ces idoles de leur vanité. Virgile sera notre garant de ce que nous venons d'avancer. Lorsque après la mort d'Anchise, Énée son fils le mit au nombre des dieux, ce prince troyen dit à ceux qui l'accompagnaient :

Faite les effusions ordinaires devant Jupiter, et invoquez Anchise notre très honoré seigneur et père.

Mais il ne lui donne pas seulement l'immortalité, et il n'en fait pas un dieu oisif, et qui ne soit bon à rien ; pour lui attirer de la considération, il lui donne un pouvoir absolu sur les vents.[52] Jupiter reçut les mêmes honneurs divins de quatre dieux subalternes,[53] qui à leur tour se les firent rendre avec usure par les pauvres mortels.

Les poètes vinrent ensuite, qui, parmi les égarements de la poésie, mêlèrent des louanges excessives qui mettaient de plain-pied leurs héros dans le ciel. En cela, semblables à ces infâmes flatteurs qui ne rougissent point de donner un encens impur aux crimes des princes. Le mal vint d'abord du côté de la Grèce. Cette nation naturellement légère, et qui sait joindre à cette légèreté une grande facilité à parler et à écrire, fit élever, si j'ose m'exprimer ainsi, une infinité de nuages remplis de fictions et de mensonges qui obscurcirent la vérité. Ce fut donc les Grecs qui les premiers instituèrent des fêtes et des sacrifices à ces dieux de leur façon, et firent ensuite passer chez les autres peuples ce culte sacrilège. C'est cette institution vaine et ridicule qui anime contre eux le zèle de la sibylle et qui lui fait adresser à la Grèce ces paroles :

O aveugle Grèce, pourquoi mets-tu ta confiance dans tes princes ? Que te sert d'offrir à des morts insensibles et sourds tes présents et les vœux ? Apprends que les dieux auxquels tu sacrifies, ne sont que de vaines idoles. Qui t'a fait tomber dans une erreur si déplorable, que d'abandonner le vrai Dieu pour courir après des dieux imaginaires ?

Cicéron, qui n'est pas seulement un orateur parfait, mais encore un excellent philosophe, puisqu'il est le seul qui s'est conformé en toutes choses aux sentiments de Platon, Cicéron, dis-je, dans le discours qu'il a composé pour se consoler lui-même de la mort de sa fille, ne fait point de difficulté d'avouer que les dieux que Rome adorait n'avaient été que des hommes. Et ce témoignage est d'autant plus important, qu'il est rendu par un homme revêtu de la dignité d'augure, et qui confesse ingénument qu'il les adore avec le peuple. Et certes, en nous apprenant que, pour donner quelque soulagement à sa douleur, il a résolu de consacrer l’image de sa fille de la même manière que celles des premiers dieux furent consacrées, il nous apprend la mort de ces dieux, le motif de leur consécration, et l'origine du culte qu'on leur rend. « Lors donc, ajoute-t-il, que nous voyons cette multitude de dieux de l'un et de l'autre sexe, et que nous rencontrons à chaque pas, soit dans les villes, soit à la campagne, les temples que la religion leur a élevés, reconnaissons du moins que nous devons à leurs soins officieux, à leur prudence consommée, et à l'excellence de leur esprit, les sages lois qui nous gouvernent, et l'extrême politesse qui nous distingue des peuples barbares. Que s'il fut jamais quelque créature digne des honneurs divins, sans doute c'est l'admirable personne dont je pleure la perte; et si on les a accordés à la postérité de Cadmus, ou à celle d'Amphion et de Tindare, qui peut te les refuser, ô ma fille! Reçois-les donc de moi, et attends-les de toute la terre, après qu'avec la permission des dieux immortels, j'aurai consacré ta mémoire, et que je t'aurai donné parmi eux une place, que la bonté de ton cœur et les lumières divines de ton esprit t'ont si bien méritée. » Quelqu'un dira peut-être que l'excès de la douleur faisait écrire à Cicéron tant d'extravagances; mais si l'on considère que tout ce discours[54]

est rempli d'une doctrine sublime, d'exemples choisis, et de toutes les sortes d'ornements que fournit l'éloquence, on changera de sentiment, et on demeurera d'accord que ce n'est point l'ouvrage d'un esprit accablé de tristesse et que le chagrin affaiblit, mais d'un homme qui parle de sens rassis, et qui fait paraître partout une fermeté et une constance digne d'un grand philosophe. Et je ne saurais m'imaginer qu'il y ait pu mettre tant de variété, une abondance si fleurie, et des ornements si recherchés, si la raison, ses amis et le temps n'eussent adouci sa douleur, et n'eussent rendu son affliction moins vive et moins sensible.

Mais ce qui doit nous convaincre qu'il parle ici de sang-froid et avec réflexion, c'est que partout ailleurs il tient le même langage, dans ses livres de la République, dans celui de la Gloire, et particulièrement dans celui des Lois.

Car après avoir, à l'imitation de Platon, établi des lois pour une république bien policée, lorsqu'il vient à parler de la religion, voici ce qu'il en dit : « Qu'on honore les dieux, soit qu'ils soient originaires du ciel, soit qu'ils y aient été reçus pour leur vertu; tels que sont Hercule, Esculape, Quirinus, etc. » Et dans ses Tusculanes il avance hardiment que le genre humain remplit le ciel de toutes parts. « Si je voulais, dit-il, fouiller dans l'antiquité, et surtout dans les monuments que nous ont laissés les Grecs, il ne me serait pas difficile de montrer que les dieux des nations les plus anciennes ont eu même origine que nous, et ne sont montés au ciel qu'après avoir longtemps demeuré sur la terre. Combien la Grèce montre-t-elle de tombeaux qui ont été dressés à ces hommes divins? Ouvrez les livres sacrés, vous qui êtes initiés aux mystères, et vous connaîtrez que le ciel est redevable à la terre de presque tous ses dieux. » Il confirme encore la même chose par la bouche d'Atticus, avec cette différence que lorsqu'il parle d'Hercule, d'Esculape, de Castor, de Pollux, il soutient sans hésiter qu'ils ont été des hommes. Mais quand il vient à parler de Jupiter, d'Apollon, de Neptune, et des autres dieux qu'il appelle les dieux des nations, il ne propose son sentiment qu'en tremblant, et on voit bien qu'il craint de se commettre ou avec le peuple, ou avec les ministres de la religion. Mais enfin il nous fait assez entendre que Jupiter même et les dieux anciens doivent être compris dans cette notion générale qu'il nous donne de la manière dont s'est faite la consécration des autres. Et il est aisé de conclure de ce qu'il nous dit, que si les peuples ont fait leurs dieux par le même motif qu'il a eu de faire sa fille déesse, cette impiété trouverait peut-être quelque excuse dans la douleur, mais qu'il n'y en peut avoir pour la fausse prévention.

Et certainement il faut avoir perdu la raison pour croire que le ciel s'ouvre selon le bizarre caprice d'une multitude insensée afin de recevoir ceux qu'il lui plaît d'y faire monter, ou qu'un homme puisse conférer à un autre homme la divinité qu'il n'a pas. A qui, par exemple le dieu Jules[55] est il redevable de la sienne, sinon au plus scélérat de tous les hommes, à un Antoine ? et le dieu Quirinus ne serait encore aujourd'hui que Romulus, si des bergers[56] ne s'étaient avisés d'en faire un dieu Cependant l'un[57] est le meurtrier de son frère et l'autre[58] de sa patrie. Et si le hasard n'avait donné cette année-là le consulat à Marc Antoine, César, tout dieu qu'il est maintenant, aurait été privé des honneurs funèbres qu'on rend aux hommes,[59] bien loin d'avoir reçu ceux qu'on ne défère qu'aux dieux.

Pour Romulus, ce fut la douleur que le peuple romain ressentit de sa perte qui lui fit ajouter foi à Julius Proculus, qui, gagné par les sénateurs, protesta avec serment que ce roi lui était apparu tout brillant de gloire, et qu'il lui avait ordonné de dire de sa part à ses chers Romains de lui bâtir un temple sous le nom de Quirinus. Ce rapport de Proculus mit Romulus dans le ciel, et déchargea le sénat du soupçon de sa mort.

CAPUT XVI. Qua ratione dii esse non possint, quos sexus differentia discernit; et quod in naturam Dei non cadit officium generandi.

Poteram iis, quae retuli, esse contentus; sed supersunt adhuc multa suscepto operi necessaria. Nam quam vis ipso religionum capite destructo, universa sustulerim, libet tamen prosequi caetera, et redarguere plenius inveteratam persuasionem, ut tandem homines suorum pudeat ac poeniteat errorum. Magnum hoc opus, et homine dignum.

Relligionum animos nodis exsolvere pergo, ut ait Lucretius, qui quidem hoc efficere non poterat, quia nihil veri afferebat. Nostrum est hoc officium, qui et verum Deum asserimus, et falsos refutamus. Illi ergo, qui poetas finxisse de diis fabulas opinantur, et deas feminas et esse credunt et colunt, revolvuntur imprudentes ad id quod negaverant, coire illos, ac parere. Nec enim fieri potest, quin duo sexus generandi causa sint instituti. Recepta vero sexuum diversitate, non intelligunt consequens esse, ut concipiant: quod in Deum cadere non potest. Sed sit ut isti putant; nam et Jovis esse filios dicunt, et caeterorum deorum. Nascuntur ergo et quotidie quidem dii novi, nec enim vincuntur ab hominibus fecunditate. Igitur deorum innumerabilium plena sunt omnia, nullo scilicet moriente. Nam cum hominum vis incredibilis, numerus sit inaestimabilis, quos tamen, sicuti nascuntur, mori necesse est; quid deorum esse tandem putemus, qui tot saeculis nati sunt, immortalesque manserunt? Cur ergo tam pauci coluntur? nisi forte arbitramur, non generandi causa, sed tantummodo capiendae voluptatis duos esse sexus deorum; et ea exercere, quae homunculos et facere et pati pudet.

Cum vero dicantur aliqui ex aliquibus nati, consequens est, ut semper nascantur; siquidem aliquando sunt nati: vel, si aliquando nasci desierunt, scire nos convenit, cur aut quando desierint. Non illepide Seneca in libris moralis Philosophiae: « Quid ergo est, inquit, quare apud poetas salacissimus Jupiter desierit liberos tollere? Utrum sexagenarius factus est, et illi lex Papia fibulam imposuit? an impetravit jus trium liberorum? an tandem illi venit in mentem: Ab alio expectes, alteri quod feceris, et timet, ne quis sibi faciat, quod ipse Saturno? » At isti, qui deos asserunt, videant quomodo respondeant huic argumento quod inferemus: Si duo sunt sexus deorum, sequitur concubitus; et si coeunt, et domos habeant necesse est, nec enim carent virtute ac pudore, ut hoc promiscue aut in propatulo faciant, sicut muta videmus facere animalia. Si domos habent, consequens est ut et urbes habeant, et quidem auctore Nasone qui ait:

Si habent urbes, et agros igitur habebunt. Jam, quis non videat quae sequantur? arare illos, et colere: quod quidem victus causa fit. Ergo mortales sunt. Quod argumentum retroversum idem valet. Si enim agros non habent, ne urbes quidem: si urbes non habent, ne domos quidem. Si domibus carent, ergo et concubitu. Si concubitus ab his abest, et sexus igitur femineus: in diis autem videmus et feminas esse; ergo dii non sunt. Dissolvat hoc argumentum, si quis potest. Ita enim res rem sequitur, ut haec ultima necesse sit confiteri. Sed ne illud quidem dissolvet aliquis. Ex duobus sexibus alter fortior, alter infirmior est. Robustiores enim mares sunt, feminae imbecilliores. Imbecillitas autem non cadit in deum; ergo nec femineus sexus. Huic additur superioris argumenti extrema illa conclusio, ut dii non sint, quoniam in diis et feminae sunt.

CAPUT XVII. De Stoicorum eadem sententia; et ibi de deorum aerumnis et turpitudinibus.

Ob has rationes Stoici alioversus deos interpretantur; et quia non pervident, quid sit in vero, conantur eos cum rerum naturalium ratione conjungere. Quos Cicero secutus, de diis, ac religionibus eorum hanc sententiam tulit: Videtisne igitur, ut a physicis rebus bene atque utiliter inventis tracta ratio sit ad commentitios ac fictos deos? quae res genuit falsas opiniones, erroresque turbulentos, et superstitiones pene aniles.

Et formae enim deorum nobis, et aetates, et vestitus, ornatusque noti sunt: genera praeterea, conjugia, cognationes omnes, omniaque traducta ad similitudinem imbecillitatis humanae. Quid planius, quid verius dici potest? Romanae philosophiae princeps, et amplissimo sacerdotio praeditus, commentitios ac fictos deos arguit; quorum cultus superstitiones pene aniles esse testatur: falsis opinionibus, erroribusque turbulentis implicatos esse homines queritur. Nam totus liber tertius de Natura deorum omnes funditus religiones evertit ac delet. Quid ergo a nobis expectatur amplius? Num eloquentia superare possumus Ciceronem? minime id quidem; sed fiducia illi defuit ignoranti veritatem, quod ipse simpliciter in eodem opere confitetur. Ait enim facilius se posse dicere, quid non sit, quam quid sit; hoc est, falsa se intelligere, vera nescire. Clarum est igitur homines fuisse illos, qui dii putantur, et eorum memoriam post mortem consecratam esse. Ideo etiam aetates diversae sunt, et certae imagines singulorum, quod in eo habitu, et aetate simulacra eorum configurata sunt, in qua quemque mors deprehendit.

Consideremus, si placet, aerumnas infelicium deorum. Isis filium perdidit; Ceres filiam; expulsa et per orbem terrae jactata, Latona vix insulam parvam (Delon), in qua pareret, invenit. Deum mater et amavit formosum adolescentem, et eumdem cum pellice deprehensum exsectis virilibus semivirum reddidit; et ideo nunc sacra ejus a Gallis sacerdotibus celebrantur. Juno pellices acerrime persecuta est, quia parere ipsa non potuit ex fratre. Insulam Samum scribit Varro prius Partheniam nominatam, quod ibi Juno adoleverit, ibique etiam Jovi nupserit. Itaque nobilissimum et antiquissimum templum ejus est Sami, et simulacrum in habitu nubentis figuratum, et sacra ejus anniversaria nuptiarum ritu celebrantur. Si ergo adolevit, si virgo fuit primo, postea mulier, hominem fuisse, qui non intelligit, pecudem se fatetur. Quid loquar obscoenitatem Veneris omnium libidinibus prostitutae, non deorum tantum, sed et hominum? Haec enim ex famoso Martis stupro genuit Harmoniam; ex Mercurio Hermaphroditum, qui est natus Androgynus; ex Jove Cupidinem; ex Anchise Aeneam; ex Bute Erycen; ex Adonio quidem nullum potuit, quod etiamtum puer ab apro ictus occisus est: quae prima, ut in Historia Sacra continetur, artem meretriciam instituit, auctorque mulieribus in Cypro fuit, uti vulgato corpore quaestum facerent: quod idcirco imperavit, ne sola praeter alias mulieres impudica, et virorum appetens videretur. Etiamne habet haec aliquid numinis? cujus plura numerantur adulteria, quam partus. Sed ne illae quidem virgines illibatam castitatem servare potuerunt.

Unde enim putemus Erichthonium esse natum? an ex terra, ut poetae videri volunt? At res ipsa clamat. Nam cum Vulcanus diis arma fecisset, eique Jupiter optionem dedisset praemii quod vellet postulandi, jurassetque, ut solebat, per infernam paludem se nihil negaturum, tum faber claudus Minervae nuptias postulavit. Hic Jupiter Opt. Max. tanta religione constrictus abnuere non potuit: Minervam tamen monuit repugnare, pudicitiamque defendere. Tum in illa colluctatione Vulcanum in terram profudisse aiunt semen, unde sit Erichthonius natus; idque illi nomen impositum ἀπὸ τῆς ἔριδος, καὶ χθονὸς, id est, ex certamine atque humo. Cur igitur virgo eum puerum cum dracone conclusum et obsignatum tribus virginibus Cecropidis commendavit? evidens, ut opinor, incestum, quod nullo modo possit colorari. Altera cum pene amatorem suum perdidisset, qui erat Turbatis distractus equis praestantissimum medicum Asclepium curando juveni advocavit; eumque sanatum:

Secretis alma recondit Sedibus, et nymphae Egeriae, nemorique relegat: Solus ubi in silvis Italis ignobilis aevum Exigeret, versoque ubi nomine Virbius esset.

Quid sibi vult haec tam diligens, tam sollicita curatio? quid secretae sedes? quid relegatio vel tam longe, vel ad mulierem, vel in solitudinem? quid deinde nominis commutatio? Postremo, quid equorum tam pertinax abominatio? quid significant haec omnia, nisi conscientiam stupri, et amorem minime virginalem? Erat plane cur tantum laborem pro tam fideli juvene susciperet, qui amanti novercae obsequium pernegarat.

CAPUT XVIII. De deorum consecratione propter collata in homines beneficia.

Hoc loco refellendi sunt etiam ii, qui deos ex hominibus esse factos, non tantum fatentur, sed ut eos laudent etiam gloriantur, aut virtutis gratia, ut Herculem; aut munerum, ut Cererem ac Liberum; aut artium repertarum, ut Aesculapium ac Minervam. Haec vero quam inepta sint, quamque non digna propter quae homines inexpiabili se scelere contaminent, hostesque Deo vero fiant, quo contempto, mortuorum sacra suscipiunt, ex singulis rebus ostendam. Virtutem esse dicunt, quae hominem tollat in coelum: non illam, de qua philosophi disserunt, quae posita est in bonis animi; sed hanc corporalem, quae dicitur fortitudo: quae quoniam praecipua in Hercule fuit, immortalitatem meruisse creditur. Quis tam stulte ineptus est, ut corporis vires divinum vel etiam humanum bonum judicet; cum sint et majores pecudibus attributae, et uno morbo saepe frangantur, vel ipsa senectute minuantur et corruant? Itaque idem ille, cum deformari ulceribus toros suos cerneret, nec sanari se voluit, nec senem fieri, ne quando seipso minor aut deformior videretur. Hunc e rogo quo vivum se ipse combusserat, ascendisse in coelum putaverunt: eaque ipsa, quae stultissime admirati sunt, simulacris et imaginibus expressa et consecrata posuerunt, ut in perpetuum vanitatis eorum monimenta perstarent, qui ob necem bestiarum deos fieri credidissent. Sed haec Graecorum fortasse culpa sit, qui res levissimas pro maximis semper habuerunt. Quid nostri, num sapientiores? qui athleticam quidem virtutem contemnunt, quia nihil obest: sed regiam, quia late solet nocere, sic admirantur, ut fortes et bellicosos duces in deorum coetu locari arbitrentur; nec esse ullam aliam ad immortalitatem viam, quam exercitus ducere, aliena vastare, urbes delere, oppida excidere, liberos populos aut trucidare, aut subjicere servituti: videlicet quo plures homines afflixerint, spoliaverint, occiderint, eo se nobiliores, et clariores putant, et inanis gloriae specie capti, sceleribus suis nomen virtutis imponunt. Jam mallem, ut a ferarum caedibus deos sibi fingerent, quam immortalitatem tam cruentam probarent. Si quis unum hominem jugulaverit, pro contaminato ac nefario habetur, nec ad terrenum hoc domicilium deorum admitti eum fas putant. Ille autem, qui infinita hominum millia trucidaverit, cruore campos inundaverit, flumina infecerit, non modo in templum, sed etiam in coelum admittitur. Apud Ennium sic loquitur Africanus; Si fas endo plagas coelestum ascendere cuiquam est, Mi soli coeli maxima porta patet. Scilicet quia magnam partem generis humani extinxit ac perdidit. O quantis in tenebris, Africane, versatus es! vel potius, o poeta, qui per caedes et sanguinem patere hominibus in coelum ascensum putaveris! Cui vanitati et Cicero assensit: Est vero, inquit, Africane: nam et Herculi eadem ista porta patuit. Tamquam ipse plane, cum id fieret, janitor fuerit in coelo. Equidem statuere non possum, dolendumne potius, an ridendum putem; cum videam graves et doctos, et, ut sibi videntur, sapientes viros, in tam miserandis errorum fluctibus volutari. Si haec est virtus, quae nos immortales facit, mori quidem malim, quam exitio esse quamplurimis. Si aliter immortalitas parari non potest, nisi per sanguinent, quid fiet, si omnes in concordiam consenserint? Quod certe fieri poterit, si pernicioso et impio furore projecto, innocentes esse ac justi velint. Num igitur nemo erit coelo dignus? num peribit virtus, quia hominibus in homines saevire non dabitur? Sed isti, qui eversiones urbium populorumque summam gloriam computant, otium publicum non ferent; rapient, saevient, et injuriis insolenter illatis, humanae societatis foedus irrumpent, ut habere hostem possint, quem sceleratius deleant, quam lacessierint. Nunc ad reliqua pergamus. Nomen deorum Cereri ac Libero traditio munerum fecit. Possum divinis docere litteris, vinum atque fruges ante progeniem Coeli atque Saturni fuisse in usu hominum: sed ab his sane inventa esse fingamus. Num potest plus aut majus videri, collegisse fruges, hisque fractis, panem facere docuisse, aut uvas de vitibus lectas expressisse, vinumque fecisse, quam fruges ipsas, aut vites generasse, ac protulisse de terra? Reliquerit haec sane Deus humanis ingeniis eruenda: tamen fieri non potest, quin ipsius sint omnia, qui et sapientiam tribuit homini, ut inveniret, et illa ipsa, quae possent inveniri. Artes quoque suis inventoribus immortalitatem peperisse dicuntur, ut Aesculapio medicina, Vulcano fabrica. Colamus igitur et illos, qui fullonicam sutrinamque docuerunt. Cur autem figulinae repertori honos non habetur? an quia isti divites vas Samia contemnunt? Sunt et aliae artes, quarum repertores humanae vitae plurimum profuerunt. Cur non et illis attributa sunt templa? sed nimirum Minerva est, quae omnes reperit: ideoque illi opifices supplicant. Ergo ab his sordibus Minerva ascendit in coelum. Est vero cur quisquam derelinquat eum, qui terram cum animantibus, coelum cum astris et luminibus exorsus est, ut eam veneretur, quae telam docuit ordiri? Quid ille, qui vulnera in corporibus sanare docuit? num potest esse praestantior, quam qui corpora ipsa formavit, sentiendi ac vivendi rationem dedit? herbas denique ipsas, et caetera quibus medendi ars constat, excogitavit ac protulit?

XVI. Ce que nous avons rapporté jusqu'ici pourrait peut-être suffire pour ébranler le culte des faux dieux; mais il nous reste encore beaucoup de choses à dire qui nous paraissent nécessaires au dessein que nous avons entrepris de le renverser entièrement. Car quoiqu'il semble que la tête de ce monstre étant abattue, le corps ait dû tomber par terre, nous estimons toutefois lui devoir encore porter quelques coups, et achever d'arracher de l'esprit des hommes cette fatale prévention où ils sont depuis si longtemps : heureux si nous pouvons leur inspirer une confusion salutaire, et un sincère repentir de leurs erreurs! l'entreprise est grande, mais elle est digne d'un homme, et elle n'est pas au-dessus de ses forces.

Nous continuerons donc à dénouer ces nœuds, dont l'erreur tient les esprits embarrassés. C'est ce qu'un poète philosophe[60] avait entrepris de faire; mais en vain, puisque ne connaissant pas la vérité, il n'avait garde de détruire le mensonge; il n'appartient qu'à ceux qui adorent le vrai Dieu d'attaquer les faux dieux.

Ceux qui accusent les poètes d'avoir mêlé des fables aux mystères de leur religion, en introduisant parmi les dieux une naissance semblable à la nôtre, et qui cependant croient que les sexes s'y rencontrent, tombent sans y penser dans l'impiété qu'ils condamnent. Car dès lors qu'ils admettent plusieurs sexes, ils ne peuvent se dispenser d'admettre la fin que la nature a eue lorsqu'elle a mis cette diversité entre l'un et l'autre; c'est-à-dire la naissance des enfants, ce qui ne saurait convenir à la divinité. Ils donnent des fils à Jupiter et aux autres dieux : ainsi chaque jour en voit naître de nouveaux, car ils auraient honte de céder aux hommes en fécondité. Cependant, comme il n'en meurt point, car les dieux sont immortels, le monde s'en remplira de telle sorte, qu'il ne sera pas assez grand pour les contenir tous. Que si le nombre des hommes qui sont sur la terre, et que la mort en retire après quelques années, est en quelque manière infini, puisqu'on ne le peut compter, quel doit être celui des dieux qui ne meurent point, et qui se multiplient depuis tant de siècles? Car dès qu'on suppose la naissance de quelques-uns, on doit supposer en même temps que cette divine race se perpétue toujours par de nouvelles naissances, et qu'il n'y a plus d'interruption, à moins qu'on ne nous apprenne ce qui la pourrait causer. Sénèque à ce sujet demande agréablement d'où vient que Jupiter, qui n'a jamais passé pour un dieu fort chaste, a sitôt cessé d'être père. Est-ce qu'il est sexagénaire, et ne lui est-il plus permis d'user du mariage? La loi Papia le lui défend-elle? Ou peut-être a-t-il allégué le privilège des trois enfants.[61]

Ne serait-ce point aussi qu'il craint de mettre au monde un fils qui le traite comme il a traité le pauvre Saturne?

Mais enfin si les deux sexes se trouvent parmi les dieux, il s'y doit faire des mariages : on sait les suites de ces engagements. Ils ont trop de pudeur et de retenue, pour exposer à la vue de tout le monde ce qui se doit passer en secret ; et il n'appartient qu'à un cynique effronté,[62] à des animaux sans raison et sans honte, de faire en public une action que la nature d'elle-même inspire de cacher. Il leur faut donc des maisons ou plutôt des palais; car comment des gens, accoutumés à loger dans des temples magnifiques, pourraient-ils se résoudre à vivre dans des cabanes ? Ovide, leur bon ami, y a pourvu ; il a eu soin de leur bâtir d'assez belles maisons dans le ciel, et même de les garnir de Pénates[63] : ces maisons forment des villes : ces villes sont environnées de campagnes propres au labourage ; il faut vivre; il faut semer de l'ambroisie, il faut cultiver du nectar : que conclurons-nous de cette induction, sinon que les dieux sont mortels?

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