Harmonies poétiques et religieuses (page 2)

Alphonse de Lamartine · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — éd. 1860 · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Les grands temples de l’Italie et les grandes cathédrales de la France, de l’Angleterre, de l’Allemagne, les grandes mosquées même de l’Orient, m’ont toujours attiré sous leurs voûtes, sous leurs dômes, sous leurs coupoles. Je ne m’étonne pas qu’un seul de ces édifices bien senti, bien analysé, bien étudié et bien vivifié (Notre-Dame de Paris), ait inspiré à Victor Hugo une véritable épopée monumentale. Élevé sous un autre ciel que lui, les cathédrales gothiques ont moins d’attrait pour moi ; j’aime mieux les églises d’Italie, peuplées de tombes, de statues, de tableaux ; véritables musées religieux, où l’on sent à la fois la hauteur, la grandeur et la sérénité lumineuse d’un culte plus moderne. La cathédrale n’est qu’un vaste sépulcre, tout y est sombre, tout y gémit, rien n’y chante ; les voûtes sonores des églises d’Italie chantent d’elles-mêmes, ce sont les temples de la résurrection.

J’allais souvent, aux heures brûlantes du milieu du jour, à Florence, errer dans ces belles nefs de San-Spirito, de Santa-Maria Novella ou du Duomo ; ce furent ces églises qui m’inspirèrent cet hymne. Après les mers, après les Alpes, après les forêts et leurs murmures, ce qui contient le plus de poésie, c’est un temple ; car l’âme de l’homme les moule, pour ainsi dire, sur elle-même : ses mystères, ses ténèbres, ses demi-clartés, ses illuminations soudaines, ses regrets sur des tombes, ses transfigurations des êtres aimés et divinisés par elle, ses larmes, ses soupirs, ses gémissements, ses extases et ses joies, tout est là. Un temple bien compris, c’est l’abrégé de l’humanité.

Alphonse de Lamartine Hymne du soir dans les Temples Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 303-310).

Commentaire de la septième Harmonie Commentaire de la huitième Harmonie

Alphonse de Lamartine Commentaire de la huitième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 429).

Les hommes doués d’une sensibilité excessive jouissent plus et souffrent plus que les natures moyennes et modérées. J’ai participé à ces excès d’impressions dans la mesure de mon organisation. Ceux qui sentent plus expriment plus aussi : ils sont éloquents ou poëtes. Leurs organes paraissent faits d’un métal plus fragile, mais plus sonore que le reste de l’argile humaine. Les coups que la douleur y frappe y résonnent et y prolongent leur vibration dans l’âme des autres. La vie du vulgaire est un vague et sourd murmure du cœur ; la vie des hommes sensibles est un cri ; la vie du poëte est un chant.

Alphonse de Lamartine Hymne à la Douleur Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 425-428).

Commentaire de la septième Harmonie Commentaire de la huitième Harmonie

Alphonse de Lamartine Impressions du matin et du soir, hymne Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 417-420).

Commentaire de la sixième Harmonie Commentaire de la septième Harmonie

Alphonse de Lamartine Commentaire de la septième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 421).

Écrite à Florence, sur le bord de l’Arno, un soir, en voyant coucher le soleil.

Alphonse de Lamartine Invocation Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 233-238).

Lettre à M. le comte d’Esgrigny Commentaire de la première Harmonie

Alphonse de Lamartine Commentaire de la première Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 239-240).

J’avais passé le cap des tempêtes que tout homme doit passer dans sa jeunesse, avant d’arriver à ces espaces calmes et lumineux de la vie où l’on goûte quelques années de sérénité. J’étais marié, je venais d’être père ; deux enfants balbutiaient en me souriant dans leur berceau aux pieds de leur jeune mère. J’avais dans la diplomatie un emploi régulier et actif de mes facultés, conforme à mes goûts. J’habitais l’Italie, cette seconde patrie de mes yeux et de mon cœur. Tout était repos d’esprit, silence des passions, hymne intérieur en moi et autour de moi. Mon père, ma mère, mes sœurs, mes amis d’enfance ou de jeunesse, vivaient encore tous, et multipliaient mon bonheur en s’y intéressant. J’avais retrouvé dans ce bonheur la première piété inspirée à ses enfants par notre mère. Je ne discutais plus avec moi-même la foi du berceau. J’éprouvais une grande douceur à croire, à adorer, à prier, à jouir, dans la langue à laquelle les vertus et les grâces de cette mère donnaient tant de charme, tant d’élévation. Je conçus la pensée d’écrire au hasard, dans mes heures de loisir et d’inspiration, quelques cantiques modernes, comme ceux que David avait écrits avec ses larmes. Les poésies pieuses manquent à l’humanité moderne : j’espérais en jeter quelques notes au vent. Mais mon heure n’était pas venue ; je le sentis bientôt. Je me contentai de balbutier ces harmonies, espèce de retentissements poétiques, quelquefois pieux, des impressions que l’heure, le jour, le site, l’anniversaire, la mémoire me donnaient, et que le souffle perpétuellement religieux de mon âme renvoyait à Dieu. J’en écrivis une, puis deux, puis trois, puis deux volumes, avant de songer à les publier. C’étaient comme les annotations en vers de ma vie intérieure. La pensée que cela n’était pas destiné aux regards du public, ou du moins que cela ne serait lu qu’après moi, donnait plus de liberté, plus de sécurité, et, pour ainsi dire, plus d’onction à ces vers. C’était entre Dieu et moi.

Cette première Harmonie, dans laquelle j’essayais le ton et je tâtais la corde, fut écrite à Florence, dans l’église de Santa-Croce, où j’allais souvent me recueillir entre les tombeaux des grands poëtes toscans.

Alphonse de Lamartine Jéhovah ou l’Idée de Dieu Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 433-440).

Commentaire de la huitième Harmonie Le Chêne, suite de Jéhovah

Alphonse de Lamartine Commentaire de la quatrième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 271-272).

J’ai toujours aimé, non pas les ténèbres de l’homme, mais les ténèbres de Dieu : elles redoublent en nous le sentiment de la solitude. Or, la solitude avec Dieu, c’est la jouissance sans distraction de l’infini, c’est la conversation sans témoin avec ce qu’on adore. Aussi toutes les fois qu’un édifice marqué du signe de la Divinité, un temple en ruines au Parthénon, une colonne en tronçons au cap Sunium, un fronton de marbre jaune doré du soleil sur la croupe des montagnes d’Égine, une avenue de piliers dans le désert de Balbek, un ermitage de caloyer grec sur un rocher du Péloponèse, une abbaye démantelée dans les forêts de sapins du Jura ou du Bugey, une croix sur un chemin, frappent mes yeux, mon âme salue la seule grande pensée, la pensée de Dieu.

C’est sous l’impression de ce sentiment habituel chez moi que j’écrivis un soir ces vers. Il y avait dans les bois de Limone, près de Livourne, deux ou trois petits sanctuaires abandonnés par les ermites, mais où la piété des villageois voisins entretenait toujours une de ces lampes votives que les Italiennes allument jusque dans les maisons. Surpris un soir par la nuit en cherchant ma route, j’aperçus une de ces lueurs : je crus que c’était un foyer où je trouverais un asile ou un guide ; ce n’était qu’une de ces chapelles désertes. J’y entrai pour attendre la lune, qui ne devait pas tarder à se lever. Le feu a la vie et la parole comme l’eau, comme tous les éléments doués de mouvement ; voilà pourquoi les paysans disent que le feu tient compagnie. Il tient compagnie non-seulement à l’homme, mais à Dieu qui l’a créé : c’est pour cela sans doute qu’il fait partie de tous les cultes. Pendant que cette petite clarté vacillait au vent sur son huile d’or, dans son vase suspendu de cristal, je composai deux ou trois de ces strophes, et je bénis du cœur la main qui l’avait allumée.

La lune se leva, je repris mon sentier où j’achevai ces strophes à la clarté de la mer, en traversant la plaine qui s’étend entre les montagnes de Limone et la villa Palmieri.

Alphonse de Lamartine La Lampe du Temple Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 267-270).

Commentaire de la troisième Harmonie Commentaire de la quatrième Harmonie

Alphonse de Lamartine La Perte de l’Anio Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 377-382).

↑ Mécène, dans les derniers temps de sa vie, ne pouvait dormir qu’à Tibur, au bruit des cascatelles. (Historique.)

Alphonse de Lamartine Commentaire de la troisième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 383-384).

Pendant mon séjour à Florence, un événement naturel, l’éboulement d’un rocher à Tivoli, bouleversa la fameuse chute d’eau sous le temple de la Sibylle et sous le palais de Mécène à Tibur, près de Rome. Ce fut un deuil pour toute l’Italie et pour tous les artistes, poëtes ou peintres, nationaux ou étrangers, qui venaient, de temps immémorial, étudier les formes, les écumes, les poussières humides et les murmures des eaux du prœceps Anio d’Horace, auprès de ces belles cascades. J’avais passé moi-même bien des heures de mon enfance et de ma jeunesse au bord de ces gouffres, à respirer la fraîcheur et à aspirer les éblouissements. Il me sembla que cette catastrophe enlevait un de ses joyaux à la couronne de l’Italie ; qu’il allait se faire un silence de plus dans la campagne silencieuse de Rome. J’écrivis ces vers avec le cœur d’un Italien ; et comme j’avais contristé, un an ou deux avant, cette terre, je profitai avec empressement de cette circonstance pour me réconcilier avec elle :

Je les adressai à un des hommes les plus lettrés, les plus patriotes, les plus excellents de l’Italie, le marquis Tancredo de Barollo, de Turin. Le marquis de Barol était mon ami ; il avait épousé une Française d’une famille, d’une beauté, d’un esprit et d’une vertu supérieurs. Madame de Barol a consacré, depuis la mort de son mari, son génie pieux à Dieu, et son immense fortune à la charité. Silvio Pellico, le grand poëte de la captivité et de la résignation, vit maintenant auprès de cette sainte femme, et il l’assiste dans ses œuvres de soulagement des prisonniers.

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