Harmonies poétiques et religieuses
Alphonse de Lamartine Aux Chrétiens dans les temps d’épreuve Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 287-291).
Commentaire de la cinquième Harmonie Hymne de l’enfant à son réveil
Alphonse de Lamartine Avertissement Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 197-199).
Voici quatre livres de poésies écrites comme elles ont été senties, sans liaison, sans suite, sans transition apparente : la nature en a, mais n’en montre pas ; poésies réelles et non feintes, qui sentent moins le poëte que l’homme même ; révélation intime et involontaire de ses impressions de chaque jour ; pages de sa vie intérieure, inspirées tantôt par la tristesse, tantôt par la joie, par la solitude ou par le monde, par le désespoir ou l’espérance, dans ses heures de sécheresse ou d’enthousiasme, de prière ou d’aridité.
Ces Harmonies, prises séparément, semblent n’avoir aucun rapport l’une avec l’autre ; considérées en masse, on pourrait y retrouver un principe d’unité dans leur diversité même ; car elles étaient destinées, dans la pensée de l’auteur, à reproduire un grand nombre des impressions de la nature et de la vie sur l’âme humaine ; impressions variées dans leur essence, uniformes dans leur objet, puisqu’elles auraient été toutes se perdre et se reposer dans la contemplation de Dieu : sujet infini comme la nature, grand et saint comme la Divinité, les forces humaines n’y atteignent pas. Je n’en publie aujourd’hui que quatre livres : cela me semble bien peu, peut-être trouvera-t-on que c’est trop encore. S’il en est autrement, j’en publierai, par la suite, plusieurs autres livres, à mesure que les années, les lieux, les sentiments, les vicissitudes de la vie et de la pensée, me les inspireront à moi-même. Je demande grâce pour les imperfections de style dont les esprits délicats seront souvent blessés. Ce que l’on sent fortement s’écrit vite. Il n’appartient qu’au génie d’unir deux qualités qui s’excluent : la correction et l’inspiration.
Il y a des âmes méditatives que la solitude et la contemplation élèvent invinciblement vers les idées infinies, c’est-à-dire vers la religion ; toutes leurs pensées se convertissent en enthousiasme et en prière, toute leur existence est un hymne muet à la Divinité et à l’espérance. Elles cherchent en elles-mêmes, et dans la création qui les environne, des degrés pour monter à Dieu, des expressions et des images pour se révéler à elles-mêmes, pour se révéler à lui : puissé-je leur en prêter quelques-unes !
Il y a des cœurs brisés par la douleur, refoulés par le monde, qui se réfugient dans le monde de leurs pensées, dans la solitude de leur âme, pour pleurer, pour attendre ou pour adorer : puissent-ils se laisser visiter par une muse solitaire comme eux, trouver une sympathie dans ses accords, et dire quelquefois en l’écoutant : « Nous prions avec tes paroles, nous pleurons avec tes larmes, nous invoquons avec tes chants ! »
C’est à eux seuls que ces vers s’adressent. Le monde n’en a pas besoin : il a ses soins et ses pensées. Mais si quelques-uns de ces esprits qui ne sont plus au monde répondent en secret à mes faibles accents ; si quelques-uns de ces cœurs arides s’ouvrent, et retrouvent une larme ; si quelques âmes sensibles et pieuses me comprennent, me devinent, et achèvent en elles-mêmes les hymnes que je n’ai fait qu’ébaucher, c’est assez ; c’est tout ce que j’aurais voulu obtenir ; c’est plus que je n’ose espérer.
Alphonse de Lamartine Commentaire de la cinquième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 283-284).
Qui n’a pas senti les voluptés du retour dans le site où l’on a passé son enfance, et dans les habitudes de sa première vie ?
Je venais de vivre plusieurs années à l’étranger, dans d’autres lieux, dans d’autres mœurs, dans d’autres pensées. J’eus un congé en 1829, je revins pendant l’été à Saint-Point. Ma mère vivait, et venait souvent habiter avec moi. Son âme, comme une journée d’été, s’embellissait des teintes du soir ; sa piété sereine et toute composée de bénédiction, de reconnaissance et d’espérance, était involontairement communicative ; sa présence éclairait, vivifiait, sanctifiait la maison.
Un jour, elle était assise sous un grand cerisier dans le verger en pente, en face du petit balcon de bois que j’avais construit pour descendre de ma tour dans le jardin. C’était un dimanche après vêpres. Mon enfant jouait à ses pieds avec des fleurs et des oiseaux que les petites filles du village lui avaient apportés ; ma femme lisait à côté ; sa mère, excellente femme, plus âgée que la mienne, tenait à la main sa Bible reliée en maroquin noir, que les Anglaises pieuses lisent pour toute distraction les jours saints ; à quelque distance, un groupe de deux ou trois petites filles du village regardaient avec timidité les dames étrangères ; les chiens couraient après les paons, la cloche de l’église carillonnait ; le soleil, qui baissait vers la montagne, jetait sur la pelouse les ombres dentelées des noisetiers. Cette scène de famille, de campagne, de quiétude dans le bonheur, à l’ombre des murs du clocher, me pénétra profondément. Moi-même j’étais heureux : ma jeunesse avait passé ses amertumes ; mon cœur était plein sans déborder ; des perspectives douces s’entr’ouvraient devant moi ; ma famille paraissait avoir de longues années à vivre ; la renommée m’avait accueilli à mes premiers pas dans la poésie ; la diplomatie et la politique me promettaient, pour mon âge mûr, des occupations, des voyages, les exercices d’esprit nécessaires à mon activité ; ma fortune, modeste alors, me suffisait et au delà ; j’entrevoyais, après les emplois publics et les lettres, des années de paix, de contemplation, de moissons de cœur dans cette vie rurale, commencement et fin de toute heureuse vie. De ce sentiment de bonheur au sentiment de reconnaissance qui en reporte au ciel la bénédiction, il n’y a que le cri de l’âme. Ce cri sortit dans cet instant de la mienne, et je commençai ces vers devant ce groupe de ma mère, de ma femme, et au doux gazouillement de mon enfant.
Alphonse de Lamartine Bénédiction de Dieu Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 275-281).
Commentaire de la quatrième Harmonie Commentaire de la cinquième Harmonie
Alphonse de Lamartine Désir Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 499-502).
Alphonse de Lamartine Commentaire de la seizième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 503).
Cette Harmonie fut écrite à Florence, en 1828. C’est l’époque de ma vie où ma pensée, sans désirs, sans soins et sans soucis sur la terre, se tourna le plus habituellement vers le ciel, et où tous mes chants étaient des hymnes. Il y a des âmes chez lesquelles la piété est un fruit des larmes ; il y en a d’autres chez lesquelles l’adoration est un parfum d’été qui s’exhale dans les rayons de joie. Je suis de ces derniers. La douleur me crispe, et me rend silencieux et stérile ; le bonheur me féconde, et m’invite à me répandre en reconnaissance et en cantiques. J’étais heureux.
Alphonse de Lamartine Hymne de l’enfant à son réveil Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 295-298).
Aux Chrétiens dans les temps d’épreuve Commentaire de la septième Harmonie
Alphonse de Lamartine Commentaire de la septième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 299).
Hymne de l’enfant à son réveil Hymne du soir dans les Temples
Ces strophes sont du même printemps que la Bénédiction (cinquième Harmonie).
On pourrait dans ce genre en faire de bien diverses et de bien meilleures. La poésie de l’enfance n’est pas trouvée : La Fontaine lui aigrit un peu l’esprit ; ses fables lui inspirent plus de malice que de bonté, aucune piété. Celui qui ferait le livre de cantiques des enfants aurait fait un bon et beau livre. Les éléments de ce chant, naïf sans afféterie et enfantin sans puérilité, se rencontrent dans Fénelon, dans Bernardin de Saint-Pierre, dans Pluche, dans quelques écrivains anglais. Il faut leur épeler les pages de la nature, et leur chanter en notes simples leurs propres impressions. C’est un livre qu’une femme de génie devrait tenter ; nous y échouerions.
Alphonse de Lamartine Hymne du matin Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 253-261).
Commentaire de la deuxième Harmonie Commentaire de la troisième Harmonie
Alphonse de Lamartine Commentaire de la troisième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 263-264).
Cette Harmonie fut écrite à Montenero, comme la précédente, pendant une halte de toute une journée sous les chênes verts de ce beau cap. Elle fut notée sur les feuilles blanches d’une belle édition in-quarto de Pétrarque que je portais souvent avec moi. Au moment où je détachais ces feuilles, elles me furent enlevées par le vent violent du soir qui s’élève de Limone, et qui souffle par rafale à la mer. Elles tourbillonnèrent un moment au-dessus de moi, et retombèrent à mille pieds sous la concavité du cap. Je les crus englouties par les lames. Je les regrettai un moment, puis je retournai prendre mon cheval à la locanda, et je n’y pensai plus.
Le surlendemain, une jolie enfant à demi nue, fille d’un pauvre ramasseur de coquillages des faubourgs de Livourne, me les rapporta, toutes trempées de l’eau salée. Elle me dit que son père les avait trouvées surnageant sur l’écume au bas du cap de Montenero ; qu’il les avait fait lire aux capucins du couvent ; que les capucins, ne comprenant pas cette langue, avaient dit qu’il fallait reporter ces papiers au Français, à la villa Palmieri. Je remerciai la petite fille ; je lui donnai pour son père autant d’écus italiens qu’il y avait de pages, et pour elle une robe de cotonnade rayée de rouge, une chemise et des souliers. Elle s’en alla joyeuse et les mains pleines de figues, croyant sans doute qu’elle m’avait rapporté un trésor. Hélas ! ce n’était que des feuilles arrachées au vent de mer, et rejetées au vent du temps !
Alphonse de Lamartine Commentaire de la huitième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 311-312).
J’ai dédié celle-ci à la princesse Borghèse, née la Rochefoucauld, parce que cette charmante femme, qui habitait alors Florence, fut la première personne à qui je lus cette Harmonie. Elle avait l’imagination grandiose de l’Italienne, et la tendresse religieuse d’une jeune mère qui prie pour ses enfants. Elle comprit ces vers, et elle les adopta. Elle possède maintenant à Rome ces jardins, ces villas, ces palais, ces galeries admirables qui font de cette famille la famille hospitalière de tous les arts et de tous les étrangers.