Harmonies poétiques et religieuses (page 6)

Alphonse de Lamartine · Lettres

Texte français, domaine public · Source : fr.wikisource.org — éd. 1860 · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Dieu le laissa jouir quelques années de son bonheur et de son jardin de Fiesole ; puis il mourut, laissant un souvenir doux à tout le monde. Sa femme m’écrivit pour me dire l’adieu qu’il m’avait adressé par elle en partant, et pour me renvoyer ces vers. Si je revois jamais les collines de Fiesole, que j’ai si souvent montées avec lui en récitant des vers de Dante, en écoutant les aventures de Bianca Capella, j’irai chercher son nom sous quelque dalle du campo santo de ce village, et m’entretenir de lui avec celle qu’il a tant aimée.

Alphonse de Lamartine L’Abbaye de Vallombreuse Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 345-347).

Alphonse de Lamartine L’Humanité Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 453-460).

Alphonse de Lamartine L’Hymne de la nuit Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 243-247).

Commentaire de la première Harmonie Commentaire de la deuxième Harmonie

Alphonse de Lamartine Commentaire de la deuxième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 249-250).

Cette Harmonie fut inspirée et écrite pendant une nuit d’été de 1824. J’avais loué auprès de Livourne une villa magnifique, la villa Palmieri, sur la route de Montenero. J’avais à gauche les cimes boisées des montagnes de Limone, j’avais à droite la mer ; le cap de Montenero s’élevait en face. Au sommet de ce cap, adossée au rocher et aux chênes verts, s’élève une église placée comme un temple grec en vue des flots ; c’est un pèlerinage pour les naufragés sauvés des vagues par les vœux à l’Étoile des mers. J’aimais ce site, j’y montais souvent. Je trouvais sur la route une autre villa, splendide autrefois, maintenant déserte, que lord Byron avait habitée un ou deux étés, quelque temps avant mon séjour à Livourne. J’arrêtais toujours mon cheval devant la porte de son jardin, pour y chercher la figure absente du grand poëte qui avait consacré cette solitude. Un peu plus haut, je quittais la route, je renvoyais mes chevaux à la locanda de Montenero, et je m’enfonçais seul dans les bois d’où l’on voit la mer. J’y passais des journées entières avec un livre ou avec mes pensées. J’écrivais sur les marges du livre les poésies que m’envoyaient le ciel ou les flots. C’est ainsi que fut écrite un jour cette seconde harmonie. Les broussailles au pied des chênes verts de Montenero sont pleines encore de pages déchirées des livres ou des albums, sur lesquelles j’essayais ainsi de noter quelques chants que le sommeil, ou la rêverie, ou la chute du jour, interrompaient, que je laissais en lambeaux sur l’herbe ou sur le sable, et que le vent de mer emportait aux vagues.

Alphonse de Lamartine L’idée de Dieu Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 463-466).

L’Humanité Commentaire de la onzième et de la douzième Harmonie

Alphonse de Lamartine L’Infini dans les Cieux Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 387-394).

Commentaire de la troisième Harmonie Commentaire de la quatrième Harmonie

Alphonse de Lamartine Commentaire de la quatrième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 395).

J’ai roulé des milliers de fois cette pensée dans mes yeux et dans mon esprit, en regardant du haut d’un promontoire ou du pont d’un vaisseau le soleil se coucher sur la mer, et plus encore en voyant l’armée des étoiles commencer, sous un beau firmament, sa revue et ses évolutions devant Dieu. Quand on pense que le télescope d’Herschel a compté déjà plus de cinq millions d’étoiles ; que chacune de ces étoiles est un monde plus grand et plus important que ce globe de la terre ; que ces cinq millions de mondes ne sont que les bords de cette création ; que si nous parvenions sur le plus éloigné, nous apercevrions de là d’autres abîmes d’espace infini comblés d’autres mondes incalculables, et que ce voyage durerait des myriades de siècles, sans que nous pussions atteindre jamais les limites entre le néant et Dieu, on ne compte plus, on ne chante plus ; on reste frappé de vertige et de silence, on adore, et l’on se tait.

Alphonse de Lamartine L’Insecte ailé Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 517-518).

Commentaire de la dix-septième Harmonie Pour le premier jour de l’année

Alphonse de Lamartine L’Occident Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 371-373).

Alphonse de Lamartine Commentaire de la onzième et de la douzième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 467).

Alphonse de Lamartine Pensée des Morts Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 355-363).

Commentaire de la douzième Harmonie Commentaire de la première Harmonie

Alphonse de Lamartine Commentaire de la première Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 365-367).

Cela fut écrit à la villa Luchesini, dans la campagne de Lucques, pendant l’automne de 1825. La campagne de Lucques est l’Arcadie de l’Italie. En quittant Pise et ses monuments de marbre blanc étincelant sous son ciel bleu, qui font de cette ville un musée en plein soleil, on s’enfonce dans des gorges fertiles, où l’olivier, le figuier, le grenadier, le maïs oriental, le peuplier, l’if poudreux, la vigne grimpante, inondent la campagne de végétation. Bientôt ces vallées s’élargissent et deviennent un bassin de quelques lieues de circonférence, dont la ville de Lucques occupe le centre. Ses remparts, ses clochers, ses tours, les toits crénelés de ses palais, jaillissent du sein des arbres, c’est une Florence en miniature. Mais aussitôt qu’on a traversé la capitale, on découvre sur le penchant des montagnes une nature infiniment plus accidentée, plus ombragée, plus arrosée, plus creusée, plus étagée, plus alpestre, plus apennine que la nature en Toscane : les cimes, voilées de châtaigniers et dentelées de roches, se perdent en une hauteur immense dans le ciel. Des ermitages, des couvents, des hameaux, des maisons de chevriers isolées, éclatent de blancheur, au milieu des figuiers et des caroubiers presque noirs, sur chaque piédestal de rocher, au bord écumant de chaque cascade. Au-dessous, cinq ou six villas majestueuses sont assises sur des pelouses entourées de cyprès, précédées de colonnades de marbre entrevues derrière la fumée des jets d’eau ; elles dominent la plaine de Lucques d’un côté, et de l’autre elles s’adossent aux flancs ombragés des montagnes. Des chemins étroits, encaissés par les murs des poderi et par le lit des torrents, mènent en serpentant à ces villas, où les grands seigneurs de Florence, de Pise, de Lucques, et les ambassadeurs étrangers, passent dans les plaisirs les mois d’automne. J’habitais un de ces magiques séjours ; je gravissais souvent le matin les sentiers rocailleux qui mènent au sommet de ces montagnes, d’où l’on aperçoit les maremmes de Toscane et la mer de Pise. Rien n’était triste alors dans ma vie, rien vide dans mon cœur, un soleil répercuté par les cimes dorées des rochers m’enveloppait ; les ombres des cyprès et des vignes me rafraîchissaient ; l’écume des eaux courantes et leurs murmures m’entretenaient ; l’horizon des mers m’élargissait le ciel et ajoutait le sentiment de l’infini à la voluptueuse sensation des scènes rapprochées que j’avais sous les pieds ; l’amitié, l’amour, le loisir, le bonheur, m’attendaient au retour à la villa Luchesini. Je ne rencontrais sur les bords des sentiers que des spectacles de vie pastorale, de félicité rustique, de sécurité et de paix. Des paysages de Léopold Robert, des moissonneurs, des vendangeurs, des bœufs accouplés ruminant à l’ombre, pendant que des enfants chassaient les mouches de leurs flancs avec des rameaux de myrte ; des muletiers ramenant aux villages lointains leurs femmes, qui allaitaient leurs enfants, assises dans un des paniers ; de jeunes filles dignes de servir de type à Raphaël, s’il eût voulu diviniser la vie et l’amour, au lieu de diviniser le mystère et la virginité ; des fiancés précédés des pifferari (joueurs de cornemuse), allant à l’église pour faire bénir leur félicité ; des moines, le rosaire à la main, bourdonnant leurs psaumes comme l’abeille bourdonne en rentrant à la ruche avec son butin ; des frères quêteurs, le visage coloré de soleil et de santé, le dos plié sous le fardeau de pain, de fruits, d’œufs, de fiasques d’huile et de vin, qu’ils rapportaient au couvent ; des ermites assis sur leurs nattes au seuil de leur ermitage ou de leur grotte de rocher au soleil, et souriant aux jeunes femmes et aux enfants qui leur demandaient de les bénir, voilà les spectacles de cette nature ; il n’y avait là rien pour la tristesse et la mort. Qu’est-ce qui me ramena donc à cette pensée ? Je n’en sais rien ; je m’imagine que ce fut précisément le contraste, l’étreinte de la volupté sur le cœur qui le presse trop fort, et qui en exprime trop complétement la puissance de jouir et d’aimer, et qui lui fait sentir que tout va finir promptement, et que la dernière goutte de cette éponge du cœur qui boit et qui rend la vie est une larme. Peut-être cela fut-il simplement la vue d’un de ces beaux cyprès immobiles se détachant en noir sur le lapis éclatant du ciel, et rappelant le tombeau.

Quoi qu’il en soit, j’écrivis les premières strophes de cette Harmonie aux sons de la cornemuse d’un pifferaro aveugle qui faisait danser une noce de paysans de la plus haute montagne sur un rocher aplani pour battre le blé, derrière la chaumière isolée qu’habitait la fiancée ; elle épousait un cordonnier d’un hameau voisin, dont on apercevait le clocher un peu plus bas, derrière une colline de châtaigniers. C’était la plus belle de ces jeunes filles des Alpes du midi qui eût jamais ravi mes yeux ; je n’ai retrouvé cette beauté accomplie de jeune fille, à la fois idéal et incarné, qu’une fois dans la race grecque ionienne, sur la côte de Syrie. Elle m’apporta des raisins, des châtaignes et de l’eau glacée, pour ma part de son bonheur ; je remportai, moi, son image. Encore une fois, qu’y avait-il là de triste et de funèbre ? Eh bien ! la pensée des morts sortit de là. N’est-ce pas parce que la mort est le fond de tout tableau terrestre, et que la couronne blanche sur ces cheveux noirs me rappela la couronne blanche sur son linceul ? J’espère qu’elle vit toujours dans son chalet adossé à son rocher, et qu’elle tresse encore les nattes de paille dorée en regardant jouer ses enfants sous le caroubier, pendant que son mari chante, en cousant le cuir à sa fenêtre, la chanson du cordonnier des Abruzzes : « Pour qui fais-tu cette chaussure ? Est-ce une sandale pour le moine ? est-ce une guêtre pour le bandit ? est-ce un soulier pour le chasseur ? — C’est une semelle pour ma fiancée, qui dansera la tarentelle sous la treille, au son du tambour orné de grelots. Mais, avant de la lui porter chez son père, j’y mettrai un clou plus fort que les autres, un baiser sous la semelle de ma fiancée ! J’y mettrai une paillette plus brillante que toutes les autres, un baiser sous le soulier de mon amour ! Travaille ! travaille, calzolaïo ! »

Alphonse de Lamartine Pour le premier jour de l’année Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 521-526).

Alphonse de Lamartine Poésie ou Pèlerinage dans le Golfe de Gênes Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 321-333).

Alphonse de Lamartine Commentaire de la dixième Harmonie Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 335-336).

Poésie ou Pèlerinage dans le Golfe de Gênes Le Moulin de Milly

C’était en 1824. Je voyageais entre Gênes et la Spezia pendant une magnifique nuit d’été. Une lune splendide éclairait la mer. Les pins-parasols, les oliviers, les châtaigniers, les rochers de la côte, obscurcissaient la terre. À chaque tournant de cap, à chaque échancrure de la rive, à chaque embouchure des montagnes de Gênes, la scène changeait. Le vertige de la course fougueuse des chevaux s’ajoutait au vertige de l’admiration pour ce sublime et mystérieux spectacle : les parfums qui s’exhalaient des champs de fleurs cultivées pour ces bouquets dont les Génois ont fait un art, une tapisserie végétale, achevaient de m’enivrer. Ce fut une ivresse de la terre, de la mer et de la nuit, une fièvre d’enthousiasme pour ce beau pays ; je ne songeais pas à rien écrire, j’avais le cœur plein d’autres pensées. Mais, quelques mois après, étant à Livourne, rivage terne et sans poésie, je me souvins de cette nuit sur la corniche, et j’essayai de la reproduire ici.

Hélas ! en lisant un jour ces vers à Chiavari, par une soirée d’été aussi splendide que la première, je m’aperçus que j’avais défiguré mon modèle. La poésie pleure bien, chante bien ; mais elle décrit mal. Le moindre coup de crayon d’un dessinateur ou d’un peintre vaut pour les yeux tout Homère, tout Virgile, tout Théocrite. J’aime mieux le balancement d’une seule voile de pêcheur sur les lames bordées d’écume de ce golfe ; j’aime mieux l’ombre d’un pin d’Italie transpercée d’une pluie de rayons de lune sur cette grève ; j’aime mieux les grands bras d’un châtaignier de ces montagnes penchés sous le vent tiède, sonore et embaumé de l’Apennin, que les deux ou trois cents vers dans lesquels j’ai tenté de me réfléchir à moi-même cette nuit. Impuissance de l’art, impuissance surtout de l’artiste devant la toute-puissance de la nature. « Dieu est le grand architecte, » disent les philosophes ; et le grand poëte, donc ! Demandons-lui pardon d’avoir barbouillé son poëme et défiguré sa création.

Alphonse de Lamartine Souvenirs d’Enfance Œuvres complètes de Lamartine, Chez l’auteur, MDCCCLX, 2 (p. 475-485).

Sur des Roses sous la neige Commentaire de la quatorzième Harmonie

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